Ilhan Omar, l’élue démocrate d’origine somalienne, est aux antipodes du président américain. Elle défend une ligne progressiste - droits des minorités, accueil des immigrés, justice sociale, critique de l’islamophobie – là où Trump a bâti son discours sur le nationalisme, la fermeture des frontières, la chasse aux clandestins et la stigmatisation de certaines communautés, notamment du tiers-monde.
Née en Somalie, arrivée aux États-Unis comme réfugiée, musulmane voilée, membre de l’aile progressiste du Parti démocrate, défendant les droits des réfugiés et des minorités, très critique à l’égard de l’action du président républicain, Ilhan Omar, qui cristallise les tensions politiques américaines, incarne tout ce que Donald Trump déteste.
Faut-il rappeler que depuis sa première élection à la présidence des États-Unis en 2016, le milliardaire républicain n’a pas manqué une occasion de s’en prendre, face à la presse ou via les réseaux sociaux, à ses adversaires politiques, à l’instar de Hillary Clinton, Joe Biden, Nancy Pelosi, ou encore Kamala Harris. Mais Ilhan Omar, sur laquelle il fait une fixation maladive, est sa tête de Turc préférée.
« C’est un président qui n’admet même pas que sa propre mère et son grand-père étaient des immigrés, que quatre de ses enfants ont des mères qui sont des immigrées. C’est la preuve qu’il n’est pas simplement xénophobe. Il est xénophobe et raciste parce qu’en réalité, il n’aime pas juste les immigrés qui me ressemblent ». Implacable constat.
Acharnement
N’a-t-il pas hésité à qualifier l’élue du Minnesota d’« ordure », ajoutant que « ses amis sont des ordures, qu’ils retournent d’où ils viennent et qu’ils règlent leurs problèmes ».
En avril 2019, il fait apparaître Ilhan Omar dans une vidéo aux côtés d’images du 11-Septembre, laissant entendre qu’elle aurait encouragé les attentats. En juillet de la même année, il demande à l’élue et à trois autres démocrates de « retourner dans leur pays » alors qu’elles sont évidemment étasuniennes. Peu après, il l’accuse à tort de soutenir Al-Qaïda et d’en faire la promotion.
Septembre 2020 : « Quid d’Omar dans le Minnesota ? Elle veut nous dire comment diriger notre pays… Et toi, comment ça va dans ton pays ? Comment il allait ton pays quand tu l’as quitté ? ». En novembre de l’année suivante, il lui réclame des excuses pour avoir « abandonné » la Somalie et l’accuse d’orchestrer une « immigration de masse ».
Pourquoi tant de rancune envers l’élue démocrate ? C’est que cette femme, partie de rien et de nulle part, est au cœur du mouvement de résistance à la politique migratoire de l’administration Trump, laquelle mène une sanglante chasse aux immigrants clandestins dont certains vivent depuis des décennies aux Etats-Unis avec familles et enfants et payent leurs impôts comme tout contribuable américain.
Parcours de combattante
Remarquable parcours de cette femme de 43 ans. Fuyant la guerre civile en Somalie – son pays de naissance -, ayant passé son enfance dans un camp de réfugiés au Kenya avant d’être accueillie à 12 ans aux États-Unis avec sa famille, elle obtint la citoyenneté américaine en 2000 avant de gravir progressivement les échelons politiques jusqu’au Congrès où elle se fera élire à la Chambre des Représentants avec la volonté affichée de porter la voix des réfugiés et d’envoyer un message d’espoir à l’Amérique fracturée de Donald Trump. Elle deviendra ainsi l’une des deux premières femmes musulmanes à entrer au Congrès des États-Unis avec sa consœur Rashida Tlaib.
En 2018, elle remporte la primaire démocrate dans le Minnesota avec comme mesure phare de son programme : l’abolition de l’ICE, cette police de l’immigration aujourd’hui utilisée comme milice masquée par l’administration Trump.
Mère de trois enfants, Ilhan Omar défend des positions ancrées à la gauche radicale, comme l’instauration d’un salaire minimum, ou encore la mise en place d’une assurance santé universelle. Ses détracteurs l’accusent d’antisémitisme en raison de ses critiques du lobbying pro-israélien aux États-Unis .
Pourtant, tout au long de sa carrière en politique dans l’Amérique de Trump, et même avant en 2014 – alors qu’elle n’était élue que localement -, elle a eu affaire à la violence, verbale et physique.
« Chaque fois que le président utilise une rhétorique haineuse contre moi, les menaces de mort contre ma personne explosent », a déclaré celle qui affirme recevoir le plus grand nombre de menaces de mort parmi tous les membres du Congrès ; une situation qui l’a conduite à bénéficier d’une protection rapprochée de six agents de la police du Capitole pendant son premier mandat.
Résilience
La violence ? C’est son quotidien. Au cours d’une réunion publique tenue mardi 27 janvier 2026 à Minneapolis, dans le Minnesota, un homme est parvenu à l’arroser d’une substance nauséabonde encore non identifiée et contenue dans une seringue, puis à la toucher, avant que la sécurité n’intervienne. Et c’est sans surprise que les enquêteurs découvrent que l’agresseur dispose d’un casier judiciaire et qu’il avait publié en ligne des messages de soutien au président Donald Trump !
Faisant montre d’un remarquable sang-froid, Ilhan Omar est restée sereine au moment de son agression. Elle a même repris son discours comme si de rien n’était. « J’ai survécu à la guerre, je survivrai certainement à l’intimidation », a-t-elle déclaré à la presse avec flegme.
Admirable.
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