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La Tunisie ne capte que 0,11 % des investissements industriels européens

21. Oktober 2026 um 16:12

À l’occasion des 70 ans des relations tuniso-allemandes, Nizar Yaïche, ancien ministre des Finances et expert international, alerte sur le faible poids de la Tunisie dans la création de valeur des investissements industriels européens. Malgré ses atouts en matière de compétences, de coûts et de proximité, le pays reste largement cantonné à la sous-traitance à faible valeur ajoutée.

La Tunisie dispose de plusieurs avantages pour renforcer son intégration industrielle avec l’Allemagne et, plus largement, avec l’Europe. Compétences disponibles, coûts de main-d’œuvre compétitifs, proximité géographique et accès aux marchés africains constituent autant de leviers pour attirer les investisseurs et développer des activités industrielles à plus forte valeur ajoutée. Pourtant, ces atouts ne se traduisent pas encore par une contribution significative à la richesse générée par les investissements industriels européens.

C’est le décalage mis en évidence par Nizar Yaïche lors de son intervention consacrée au diagnostic général de l’industrie tunisienne, dans le cadre d’une rencontre organisée par la Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS) Tunisie et la Conect sur le thème « 70 ans de partenariat tuniso-allemand : de la coopération à la co-construction industrielle ».

0,11 % du chiffre d’affaires : le poids limité de la Tunisie

Les chiffres présentés par Nizar Yaïche illustrent l’écart entre le potentiel industriel tunisien et la valeur que le pays parvient à capter. Selon les données avancées par l’intervenant, la Tunisie ne représenterait que 1 % des emplois créés par les investissements industriels extérieurs à l’Union européenne, tandis que sa part dans le chiffre d’affaires associé à ces investissements se limiterait à 0,11 %, soit environ un millième du total.

Le chiffre d’affaires généré par emploi créé en Tunisie atteindrait, par ailleurs, environ 42 000 euros par an, un niveau que Nizar Yaïche juge nettement inférieur à celui enregistré dans plusieurs autres pays.

Ces indicateurs posent une question centrale : au-delà des emplois créés, quelle richesse les investissements industriels européens génèrent-ils réellement en Tunisie ? Pour l’intervenant, le nombre d’implantations ou les effectifs annoncés ne suffisent pas à mesurer les bénéfices d’un partenariat industriel. La capacité à développer des compétences, à maîtriser des technologies et à produire davantage de valeur ajoutée constitue un critère tout aussi déterminant.

Le problème ne réside donc pas dans l’absence d’investissements étrangers, mais dans la place occupée par la Tunisie au sein des chaînes de valeur industrielles. Comme le souligne Nizar Yaïche, son diagnostic porte précisément sur ces investissements et non sur l’ensemble de l’industrie tunisienne.

Des atouts compétitifs qui ne suffisent plus

Ce constat est d’autant plus frappant que la Tunisie possède plusieurs avantages susceptibles de renforcer son attractivité industrielle. Nizar Yaïche met notamment en avant la compétitivité des coûts de main-d’œuvre, la disponibilité des talents et la proximité géographique avec l’Europe.

L’accès au marché africain représente également un levier stratégique. La population du continent pourrait atteindre 2,5 milliards de personnes d’ici à 2050, selon la projection évoquée par l’intervenant. Cette évolution ouvre des perspectives pour les entreprises qui souhaitent faire de la Tunisie une base de production et de développement vers les marchés africains.

Des réussites industrielles montrent déjà que cette ambition est possible. Nizar Yaïche cite des entreprises dont les activités s’appuient sur des compétences tunisiennes et qui ont développé des centres d’expertise capables de rayonner au-delà du marché national. Ces expériences démontrent que le pays peut accueillir des activités plus complexes et participer davantage à la création de valeur.

Il rappelle également qu’au lendemain de la révolution tunisienne, alors que l’environnement était marqué par l’incertitude, des salariés tunisiens se sont mobilisés pour protéger les investissements étrangers. À ses yeux, cet épisode témoigne de leur engagement et de leur contribution à la continuité des activités économiques.

Pour autant, ces atouts ne suffisent pas à garantir une meilleure position dans les chaînes de valeur européennes. L’enjeu consiste désormais à transformer les avantages de localisation en capacités industrielles, technologiques et commerciales durables.

 

La sous-traitance, une limite à dépasser

Pour Nizar Yaïche, le modèle actuel atteint ses limites lorsque les investissements se traduisent principalement par des emplois sans permettre à la Tunisie de capter une part plus importante du chiffre d’affaires et de la valeur créée. Il décrit ainsi la place occupée par le pays dans une partie de ces investissements comme celle d’un sous-traitant à faible valeur ajoutée.

Cette analyse ne remet pas en cause l’utilité des implantations étrangères ni les emplois qu’elles génèrent. Elle interroge plutôt leur contribution à la transformation de l’économie tunisienne. Une activité industrielle peut créer des postes et soutenir les exportations sans nécessairement favoriser une montée en gamme suffisante des entreprises locales.

La réponse passe, selon lui, par une évolution du partenariat avec l’Europe. Plutôt que de rester cantonnée à l’exécution de certaines étapes de production, la Tunisie doit pouvoir prendre une place plus importante dans la conception, l’innovation, la maîtrise technologique et le développement des produits.

Cette ambition suppose de privilégier la complémentarité et la coproduction, afin que les entreprises tunisiennes et européennes construisent ensemble des activités industrielles et des chaînes de valeur plus intégrées. Elle nécessite également des mécanismes de financement capables de soutenir l’investissement productif sans alourdir davantage l’endettement des entreprises et de l’État.

Le prochain budget européen, une échéance stratégique

Le calendrier européen constitue, à cet égard, un enjeu important. Nizar Yaïche appelle à saisir les discussions autour du prochain cadre budgétaire de l’Union européenne, qui doit débuter en 2028, pour repositionner la coopération industrielle entre les deux rives.

Il évoque des orientations susceptibles de réduire les ressources consacrées à l’action extérieure européenne. Les chiffres circulant à ce sujet, dont une baisse de 17 %, ne sont toutefois pas encore définitifs, précise-t-il. Cette perspective renforce, selon lui, la nécessité de préparer des propositions concrètes et de défendre une ambition commune avant l’ouverture de ce nouveau cycle.

La Tunisie doit ainsi dépasser une logique fondée principalement sur l’attractivité de ses coûts et le volume des emplois créés. Pour tirer pleinement parti de son partenariat avec l’Europe, elle doit chercher à accroître la valeur qu’elle génère, les compétences qu’elle développe et la place qu’elle occupe dans les chaînes de production.

Le chiffre de 0,11 % résume le décalage que Nizar Yaïche souhaite mettre en lumière. Au-delà des investissements annoncés, la question est désormais de savoir comment faire de la coopération industrielle tuniso-européenne un véritable moteur de création de richesse en Tunisie.

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Magasin Général fait mieux que croître

21. Oktober 2026 um 06:01

La Société Magasin Général a publié ses indicateurs d’activité relatif au troisième trimestre 2026. Les chiffres ont confirmé la solide dynamique commerciale de l’enseigne de distribution bien que le pouvoir d’achat s’est effrité ces dernières années.

 

Le chiffre d’affaires trimestriel, hors taxes, du trimestre s’est établi à 354,443 MDT, contre 318,393 MDT sur la même période en 2025, soit une progression de 11,3 %. Sur les neuf premiers mois de l’année, les ventes, hors taxes, ont totalisé 945,318 MDT, en hausse de 8,8 % en glissement annuel. Il s’agit d’une performance d’autant plus notable qu’elle s’inscrit dans un réseau de distribution stable, composé de 04 points de vente, inchangé sur un an.

Le premier enseignement de ces chiffres est que la croissance de Magasin Général ne repose pas sur l’ouverture de nouvelles surfaces. La hausse du chiffre d’affaires provient d’une amélioration du trafic en magasin et d’un panier moyen plus élevé. Le troisième trimestre fait mieux que la moyenne des neuf mois, ce qui suggère une accélération de la dynamique commerciale au cours de l’été et du début de l’automne.

Cette accélération trimestrielle mérite d’être soulignée. Elle contraste avec un premier semestre plus modéré et pourrait traduire l’effet de la rentrée scolaire, période traditionnellement forte pour la grande distribution tunisienne, ainsi qu’une meilleure tenue de la consommation des ménages malgré un environnement inflationniste persistant.

 

La masse salariale sous contrôle

Le deuxième point saillant concerne la maîtrise des charges. Les charges de personnel du troisième trimestre ont atteint 25,377 MDT, en hausse de 8,0 % sur un an. À première vue, cette progression est significative. Mais rapportée au chiffre d’affaires, elle devient vertueuse. Le ratio masse salariale sur chiffre d’affaires (hors taxes) est passé de 7,38 % au troisième trimestre 2025 à 7,16 % au troisième trimestre 2026. Sur les neuf mois, le ratio s’établit à 8,18 %, contre 8,09 % un an plus tôt, soit une légère dégradation de 9 points de base.

Cette nuance est importante. L’enseigne de distribution parvient à faire croître son chiffre d’affaires plus vite que sa masse salariale sur le trimestre, ce qui est le signe d’une productivité en amélioration. En revanche, sur l’ensemble de l’année, la tendance reste fragile. La masse salariale progresse de 10,0 % sur neuf mois, soit un rythme supérieur à celui du chiffre d’affaires. L’effet du troisième trimestre est positif.

 

L’angle mort de l’analyse

Les achats de marchandises vendues se sont élevés à 296,423 MDT au troisième trimestre, en hausse de 11,0 %. Sur neuf mois, ils ont totalisé 795,655 MDT, également en progression de 8,6 %. Ces montants évoluent quasiment au même rythme que celui du chiffre d’affaires, ce qui laisse supposer une stabilité de la marge commerciale brute. C’est un point que les indicateurs d’activité ne permettent pas de confirmer avec certitude, faute de publication du taux de marge, mais l’alignement des progressions est plutôt rassurant.

Les états financiers permettront de mesurer l’impact de la pression sur les prix, des promotions et de la concurrence sur la rentabilité nette. Car en grande distribution, la croissance du chiffre d’affaires n’est pas une fin en soi. Elle doit se traduire en résultat.

 

De nouvelles parts de marché ?

Reste une question de fond. Est-ce Magasin Général est-il en train de gagner des parts de marché ou de simplement suivre l’inflation ? Le rythme de croissance affiché au troisième trimestre, dans un pays où l’inflation alimentaire reste élevée, pourrait en partie refléter la hausse des prix plutôt qu’une croissance en volume.

Les indicateurs publiés ne permettent pas de trancher. Néanmoins, ce que nous pouvons confirmer est que l’enseigne fait mieux que résister Elle croît, contrôle ses charges et préserve son réseau. Pour un distributeur, c’est déjà beaucoup. Pour l’actionnaire, la question du résultat reste cruciale.

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