Accord UE–Mercosur : Bruxelles jubile, les agriculteurs vent debout
Après plus de 25 ans de négociations, l’Union européenne (UE) a donné son feu vert à l’accord de libre-échange avec le Mercosur, vendredi 9 janvier, malgré la colère des agriculteurs et l’opposition de la France. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué un « accord historique » avec l’Amérique latine, qu’elle dit avoir « hâte » de signer.
Conclu entre l’Union européenne, l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, ce traité donnerait naissance à l’une des plus vastes zones de libre-échange au monde, regroupant plus de 700 millions de consommateurs. Mais sa mise en œuvre reste conditionnée à une ratification par le Parlement européen, attendue en février ou mars, dans un climat politique explosif.
La contestation agricole ne cesse de s’amplifier. En France, la FNSEA, principal syndicat agricole, a annoncé une grande mobilisation le 20 janvier à Strasbourg, devant le siège du Parlement européen. Vendredi déjà, des manifestations ont eu lieu en Pologne et en Italie, tandis que la mobilisation se poursuivait en France.
Une cinquantaine de tracteurs français et allemands ont bloqué le pont de l’Europe reliant Strasbourg à Kehl, en Allemagne. Deux autoroutes à la frontière franco-belge, ainsi qu’un dépôt pétrolier dans le nord de la France, ont également été paralysés.
L’Italie, arbitre décisif
À Bruxelles, une majorité d’États membres a donné son feu vert politique à l’accord, grâce au soutien déterminant de l’Italie. La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, met en avant un « équilibre » entre les bénéfices attendus pour l’industrie et les « garanties » accordées aux agriculteurs.
En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz a parlé d’un « signal fort », particulièrement attendu par l’industrie automobile, fragilisée par les droits de douane américains et la concurrence chinoise.
À l’inverse, la France, comme la Hongrie, la Pologne, l’Irlande et l’Autriche, s’oppose à ce traité jugé « d’un autre âge », dont les négociations ont débuté en 1999. Paris entend poursuivre la bataille au Parlement européen et s’inquiète d’une éventuelle application provisoire de l’accord avant sa ratification.
Par ailleurs, 150 eurodéputés sur 720 ont appelé à saisir la justice afin de tenter de suspendre le processus.
« Échec diplomatique » pour la France
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a renforcé l’argumentaire des partisans de l’accord, la Commission européenne martelant la nécessité pour l’UE de diversifier ses partenariats commerciaux. Le président brésilien Lula a, lui, parlé d’un « jour historique pour le multilatéralisme ».
Pour tenter d’apaiser la colère agricole, Bruxelles a multiplié les concessions ces derniers mois, notamment en renforçant les garanties pour les produits les plus sensibles. Vendredi, les Vingt-Sept se sont alignés sur la position plus protectrice du Parlement européen afin de prévoir des mécanismes de sauvegarde en cas de déstabilisation des marchés.
Mais ces efforts n’ont pas suffi à calmer la fronde. En France, dans un contexte d’instabilité politique, Emmanuel Macron a jugé l’accord « pas acceptable en l’état ». La pression est pourtant montée, la droite menaçant de faire tomber le gouvernement en cas de soutien au traité.
Malgré l’opposition officielle de Paris, l’extrême droite a annoncé le dépôt de deux motions de censure, à l’Assemblée nationale et au Parlement européen, idem pour la gauche radicale, sans grande chance de succès.
L’Union européenne s’apprête ainsi à signer un accord commercial majeur contre l’avis de sa première puissance agricole, une situation presque inédite. « Certes, la France a obtenu quelques avancées pour les agriculteurs, mais c’est un échec diplomatique et tactique », tranche, sous couvert d’anonymat, un ancien ministre français.
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