LF 2026 en Tunisie et en Algérie : deux budgets, deux visions de l’État et de l’économie
Les lois de finances 2026 de l’Algérie et de la Tunisie illustrent de manière frappante les trajectoires économiques divergentes des deux pays du Maghreb. Confrontés à des défis communs – pressions sociales, incertitudes géopolitiques, ralentissement mondial -, Alger et Tunis y répondent par des choix budgétaires profondément différents, révélateurs de leurs modèles économiques respectifs et de leurs marges de manœuvre financières.
Alors, nous avons fourni à ChatGPT les données essentielles des deux lois de finances pour l’exercice 2026 et nous lui avons demandé de faire une analyse comparée. Le rendu est on ne peut plus éloquent.
Tout d’abord, ce machin comme l’aurait appelé De Gaulle, qu’on le veuille ou pas “intelligent“, fait état d’“une différence d’échelle qui conditionne l’action publique“ dans les deux pays.
Ainsi, le premier élément de comparaison est sans équivoque : l’ampleur des budgets. Dans ce cadre, l’Algérie a adopté pour 2026 l’un des budgets les plus élevés de son histoire (17 636 milliards DA, ou 135 milliards de dollars américains), avec un niveau de dépenses publiques qui dépasse largement celui des exercices précédents. Cette capacité financière repose essentiellement sur les revenus des hydrocarbures, qui continuent d’offrir à l’État algérien un espace budgétaire significatif.
À l’inverse, la Tunisie évolue dans un cadre beaucoup plus contraint. Son budget de l’État, nettement inférieur en volume (79,6 milliards de dinars, soit environ 22,8 milliards de dollars américains) reflète une économie aux ressources limitées et fortement dépendante de la mobilisation fiscale. « Cette différence d’échelle n’est pas anodine : elle détermine la capacité de chaque État à investir, à soutenir la croissance ou à amortir les chocs sociaux », explique-t-on.
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Recettes publiques : rente énergétique contre effort fiscal
Les lois de finances 2026 des deux pays confirment l’opposition structurelle entre les deux modèles de financement public. En Algérie, malgré les discours récurrents sur la diversification économique, les hydrocarbures demeurent le pilier central des recettes budgétaires. Le budget repose implicitement sur des hypothèses de prix du pétrole et du gaz suffisamment favorables pour soutenir un niveau élevé de dépenses. Les recettes hors hydrocarbures progressent, mais restent insuffisantes pour modifier en profondeur la structure budgétaire du pays.
En Tunisie, l’absence de rente naturelle impose une autre logique. La fiscalité interne représente l’essentiel des ressources de l’État, avec une pression accrue sur les ménages et les entreprises. La loi de finances 2026 confirme cette tendance, au risque d’alourdir le coût de l’activité économique dans un contexte de croissance déjà fragile. D’où l’inquiétude notamment dans les milieux professionnels.
Dépenses : volontarisme algérien, rigidité tunisienne
Un autre point de différence se voit au niveau des dépenses, où les contrastes sont tout aussi marqués. En effet, l’Algérie maintient une “approche volontariste et expansionniste“. Les transferts sociaux, les subventions, les programmes de logement, les investissements publics et les dépenses de souveraineté occupent une place centrale. L’État continue d’assumer un rôle moteur dans l’économie, misant sur la dépense publique pour soutenir la demande interne et préserver la stabilité sociale.
Par contre, la Tunisie fait face à une forte rigidité de ses dépenses publiques. La masse salariale de la fonction publique, les dépenses sociales et le service de la dette absorbent une part importante du budget. L’investissement public reste limité, souvent relégué au second plan. La loi de finances 2026 apparaît ainsi davantage comme un exercice de gestion des contraintes que comme un véritable outil de transformation économique, a-t-on lu récemment dans un article chez nos confrères de L’Economiste Maghrébin.
Déficit et modes de financement : deux vulnérabilités distinctes
Les deux pays affichent des déficits budgétaires, mais leur nature diffère profondément. En Algérie, le déficit demeure élevé en valeur absolue, mais il reste relativement soutenable grâce à un endettement public modéré et à des financements majoritairement internes. Le principal risque est externe : une baisse durable des prix des hydrocarbures pourrait rapidement fragiliser l’équilibre budgétaire.
En Tunisie, le déficit est plus problématique au regard des capacités économiques du pays. Son financement repose sur une combinaison d’endettement intérieur, d’emprunts extérieurs et, fait notable, de recours au financement direct de la Banque centrale. Cette option, bien que présentée comme exceptionnelle, soulève des interrogations sur les risques inflationnistes et la soutenabilité macroéconomique à moyen terme.
Deux visions de l’État et de l’économie
Au-delà des chiffres, les lois de finances 2026 – tunisienne et algérienne – traduisent deux conceptions distinctes du rôle de l’État.
L’Algérie privilégie un “État-protecteur et investisseur“, utilisant la dépense publique comme levier de stabilité sociale et de croissance. Ce choix permet de préserver la cohésion sociale, mais reporte à plus tard certaines réformes structurelles, notamment en matière de diversification productive et d’efficacité de la dépense.
La Tunisie s’inscrit dans une logique plus défensive, celle d’un État sous contrainte, cherchant à maintenir ses fonctions essentielles dans un contexte de ressources limitées. Cette loi de finances a également une forte teinte sociale si on se rapporte au total du budget. Cette approche limite les déséquilibres immédiats, mais réduit la capacité de l’économie à générer une croissance suffisante pour desserrer l’étau budgétaire. Pourtant, il est ici aussi question d’État social, l’essence même d’un État protecteur…
Une comparaison révélatrice des défis à venir
La lecture croisée des lois de finances 2026 de l’Algérie et de la Tunisie, opérée par l’IA, met en évidence deux trajectoires budgétaires asymétriques. L’Algérie dispose encore d’un coussin financier qui lui permet de retarder certaines décisions structurelles, mais reste vulnérable aux chocs externes. La Tunisie, quant à elle, fait face à une urgence différente : restaurer la croissance et la confiance pour éviter l’enfermement dans un cycle de déficits et d’endettement.
Dans les deux cas, la loi de finances 2026 apparaît moins comme une réponse définitive que comme un moment charnière, révélant les limites actuelles des modèles économiques et les choix stratégiques qui s’imposeront dans les années à venir.
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