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Mondial 2030 : Fitch craint un surcoût pour le Maroc

18. September 2026 um 16:50

Les investissements engagés par le Maroc pour préparer l’organisation de la Coupe du monde 2030 devraient soutenir l’activité économique, mais pourraient également accroître certaines pressions sur les finances publiques, selon Fitch Ratings.

Le vaste programme d’infrastructures engagé par le Maroc en préparation de la Coupe du monde de football 2030 devrait contribuer à soutenir la croissance, mais il comporte également des risques pour les finances publiques, estime Fitch Ratings dans un nouveau rapport qui vient d’être publié.

L’agence de notation souligne que la majeure partie des investissements liés aux infrastructures est réalisée en dehors du budget central de l’État. Cette configuration limite leur impact budgétaire immédiat, mais peut rendre plus difficile l’évaluation de l’ensemble des engagements financiers associés aux projets. Le Fonds monétaire international (FMI) les estime à environ 190 milliards de dirhams, soit environ 17,39 milliards d’euros.

Dans sa dernière évaluation, Fitch a confirmé la note souveraine du Maroc à BB+, avec une perspective stable. L’agence prévoit toutefois que la dette du gouvernement central restera relativement élevée, autour de 67 % du PIB en 2028, contre une médiane de 51 % pour les pays notés BB.

Le déficit budgétaire devrait atteindre 4 % du PIB en 2026, contre 3,5 % en 2025, avant de revenir en moyenne à 3,4 % en 2027-2028, selon les projections de Fitch. L’agence prend notamment en compte les dépenses supplémentaires liées à la hausse des prix de l’énergie et aux mesures de soutien qui en découlent.

Les risques associés aux grands projets d’infrastructures ne se limitent cependant pas à leur coût direct. Fitch et le FMI soulignent également les risques liés au financement des entreprises publiques, aux partenariats public-privé et aux éventuelles obligations contingentes susceptibles, à terme, de peser sur les comptes publics.

Une contribution attendue à la croissance

Les investissements liés au Mondial 2030 constituent parallèlement un important moteur de l’activité économique marocaine. Le FMI estime que l’accélération des dépenses d’infrastructures devrait soutenir la demande intérieure, l’emploi et, à moyen terme, la capacité productive du pays. L’institution souligne néanmoins que l’efficacité de ces dépenses dépendra de la qualité de leur gestion et de leur capacité à générer des gains durables de productivité.

Un autre risque concerne la possibilité que l’accélération des investissements privés et publics provoque des tensions sur l’économie, notamment à travers une hausse de l’inflation, une détérioration du déficit courant ou une augmentation des pressions sur les finances publiques.

Des marges de sécurité encore disponibles

Fitch relève toutefois plusieurs facteurs qui limitent les risques financiers. Les réserves internationales du Maroc s’élevaient à environ 48 milliards de dollars fin 2025. Tandis que leur niveau moyen devrait représenter environ 5,1 mois de paiements extérieurs courants sur la période 2026-2028. Le pays bénéficie également d’une nouvelle ligne de crédit flexible du FMI d’environ 4,5 milliards de dollars, approuvée en avril 2026. Fitch prévoit par ailleurs une croissance réelle de 4 % en 2026, après 4,9 % en 2025, puis une moyenne de 4,2 % en 2027-2028.

Le défi pour les autorités consiste ainsi à maintenir le rythme des investissements nécessaires aux infrastructures du Mondial tout en maîtrisant leur coût global et leurs éventuelles conséquences sur la dette et le déficit publics.

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À Tanger, les femmes écrivent la Méditerranée

18. September 2026 um 10:18
Du 24 au 27 septembre, les Rencontres Méditerranéennes de Tanger reviennent pour une deuxième édition. Dans la Kasbah et plusieurs lieux de la ville, les voix féminines seront au cœur de quatre jours de rencontres, de lectures, de poésie et…

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L’autoroute Donald J. Trump, colonne vertébrale du Sahara occidental

18. September 2026 um 08:57

«La voie express Tiznit-Dakhla a été baptisée Autoroute Donald J. Trump», l’annonce a été faite par Maghreb Arabe Presse (MAP), l’agence de presse officielle marocaine, quand elle a rendu publique une lettre envoyée par le roi Mohammed VI le 2 juillet 2026 au président américain pour annoncer sa décision. Le souverain y souligne vouloir ainsi remercier M. Trump pour sa «reconnaissance historique de la souveraineté du Maroc en 2020 sur son Sahara qui restera à jamais gravée dans la mémoire des Marocains. En hommage à ce témoignage d’amitié et de paix, j’ai pris la décision de baptiser l’une des infrastructures routières les plus importantes du royaume du nom d’Autoroute Donald J. Trump». L’ouvrage s’étend sur 1055 kilomètres, ce qui en fait la plus longue infrastructure routière d’Afrique. Suffisant pour satisfaire la folie de grandeur du président américain.

Imed Bahri

Il convient de rappeler qu’en décembre 2020, Trump avait apporté son soutien à un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine pour le Sahara occidental, en contrepartie d’une normalisation des relations du Maroc avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham.

Le magazine américain Politico a publié une enquête de Memphis Barker intitulée «L’avenir du Sahara occidental passe par l’autoroute Donald J. Trump», une voie de 1 055 kilomètres qui semble jouer un rôle inhabituel dans la stratégie du président pour le Moyen-Orient. Pour le Royaume chérifien, cette autoroute au nom du président américain qui a reconnu sa souveraineté sur le Sahara occidental est une illustration de la domination exercée sur ce territoire et du bras de fer que le royaume est en train de remporter à l’international concernant cet épineux dossier. 

Cette voie, anciennement connue sous le nom de Route Nationale 1, est la plus longue du Maroc et d’Afrique. Elle a été rebaptisée en l’honneur de Trump par le roi Mohammed VI, en signe de reconnaissance au président américain qui a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental en 2020.

Lors de son voyage sur cette route, qui porte encore son nom d’origine, l’autoroute Tiznit-Dakhla, dont la première phase débute dans la région de Guelmim-Oued Noun, le journaliste américain n’a remarqué ni le nom de Trump ni un drapeau américain. «Oui, j’en ai entendu parler dans les journaux», a déclaré le propriétaire d’un café routier où s’arrêtent les camions. Un autre homme, Ibrahim, a grommelé : «C’est la politique».

Barker indique que parmi tous les hôtels, lieux de divertissement et cryptomonnaies portant le nom de Donald J. Trump, aucun n’égale cette autoroute en termes d’importance géopolitique. 

Derrière le discours flatteur se cache un rêve plus grand

En 2015, le roi Mohammed VI annonçait son projet de construction d’une autoroute plus longue que toutes celles existantes dans le pays. Il affirmait que cette voie renforcerait la position du Sahara comme pôle économique et reconnecterait le Maroc à ses racines africaines mais elle poursuivait également un objectif plus ambitieux.

Dans le cadre du «Plan de développement des régions du Sud», nom officiel donné par le régime au Sahara occidental, le roi a présenté un plan visant à consolider le contrôle marocain sur le territoire. Il a également promis de construire des ports, de lancer des programmes de protection sociale et d’intégrer les Sahraouis au tissu social marocain.

Politico ajoute que derrière ce discours flatteur pour les Nations Unies se cache un rêve plus grand. Depuis que la France et l’Espagne ont abandonné leurs protectorats marocains dans les années 1950, la dynastie alaouite au pouvoir, dont le roi Mohammed VI est le vingt-troisième monarque, a une priorité : la reconquête du Sahara occidental.

La région est riche en ressources naturelles, du phosphate aux poissons mais cette volonté de reconquête du Sahara occidental trouve son origine dans le sentiment que les colonisateurs européens, en se retirant, ont tracé arbitrairement les frontières du Maroc, les jugeant trop étroites pour un pays dont la domination s’étendait autrefois au sud (à travers le Mali, la Mauritanie et le Sénégal) et à l’est (à travers des parties de l’Algérie actuelle).

Dans son discours de 2015 commémorant le 40e anniversaire de la Marche Verte, lors de laquelle 350 000 personnes ont franchi la frontière pour se réfugier au Sahara occidental et ont contraint l’Espagne, qui contrôlait le territoire depuis longtemps, à accélérer son retrait, le roi Mohammed VI a déclaré : «J’ai décidé de consacrer tous les moyens disponibles à la restauration de l’intégrité territoriale du Royaume». Grâce à ces dépenses massives, totalisant environ 8 milliards de dollars, il espère surmonter le principal obstacle qui freine encore l’expansion du Maroc à savoir la réticence du peuple sahraoui à rejoindre le Maroc.

Le Sahara occidental gardé par 100 000 soldats marocains

La région est le théâtre d’une guerre intermittente menée par le Maroc contre le Front Polisario, qui revendique l’indépendance du territoire. Les affrontements militaires se déroulent généralement à l’abri des regards, derrière une digue de sable de trois mètres de haut qui traverse le désert. Construite dans les années 1980 et toujours gardée par 100 000 soldats marocains, cette zone est l’une des plus minées au monde.

Dans sa lettre à Trump confirmant le nouveau nom de l’autoroute, le roi Mohammed VI a exprimé sa profonde gratitude. Il a écrit que la décision du président en 2020 de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental «restera à jamais gravée dans la mémoire des Marocains». En retour, le roi a normalisé les relations avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham, une mesure controversée dans un pays où la population soutient fortement la cause palestinienne. Cependant, cette initiative s’est avérée bien plus fructueuse.

Avant l’intervention de Trump, la question de la souveraineté définitive sur le Sahara occidental restait en suspens sous l’égide des Nations Unies, qui avaient tenté, sans succès, de réunir les conditions d’un référendum après avoir négocié un cessez-le-feu en 1991. Suite à la reconnaissance de Trump, la situation a commencé à évoluer en faveur du Maroc. La France, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Union européenne soutiennent désormais le projet du roi d’accorder «l’autonomie» au Sahara occidental sous son autorité. La plupart des États africains et arabes ont déjà donné leur accord.

En baptisant la route du nom de Trump, le roi a rappelé aux derniers opposants, notamment le Front Polisario et ses alliés algériens, le soutien de la Maison-Blanche à la revendication de souveraineté du Maroc. Le président américain a écrit sur Truth Social : «J’espère emprunter un jour cette grande route et j’espère bientôt!».

Politico a également indiqué que le Maroc interdisait depuis des années l’accès au Sahara occidental aux journalistes étrangers non accompagnés. En mai 2025, deux journalistes italiens, déguisés en touristes, ont été arrêtés à l’entrée de Laâyoune, capitale administrative de la région, puis conduits vers le nord et expulsés. Un journaliste espagnol avait subi le même sort quelques semaines auparavant.

Pourtant, les autorités marocaines ont récemment commencé à inviter des personnalités politiques occidentales à visiter la ville et la compagnie aérienne low-cost Ryanair propose désormais des «aventures marocaines» à Dakhla, la péninsule située à l’extrémité sud de l’Autoroute Donald Trump, qui se positionne comme une destination prisée des kitesurfeurs. À la surprise générale des Sahraouis, le réalisateur britannico-américain Christopher Nolan y a tourné des scènes de son film ‘‘Odyssey’’.

Une atmosphère pesante dans les «territoires du Sud»

Depuis des décennies, le gouvernement attire les Marocains vers le sud grâce à des impôts plus bas, des salaires plus élevés, des subventions sur l’alimentation et le carburant, et la promesse d’un meilleur niveau de vie. On estime aujourd’hui que la majorité des quelque 600 000 habitants de la région sont originaires du nord. Cela suffirait, si le droit de vote à un éventuel référendum était étendu aux personnes arrivées après 1974, comme le souhaite Rabat, afin de faire basculer le vote en sa faveur.

Memphis Barker a constaté une atmosphère pesante à Laâyoune, malgré les affirmations du gouvernement selon lesquelles tous ces investissements portent leurs fruits, même si les «territoires du Sud» ne représentent qu’un faible pourcentage de l’économie globale, estimé à environ 4% du PIB. Ce pourcentage est toutefois en augmentation, la région de Laâyoune a enregistré la plus forte croissance économique parmi les régions du pays en 2024, 7,4 %, selon les chiffres officiels. Elle affiche également le taux de pauvreté le plus bas du Maroc.

Le PIB par habitant s’élève à 74 000 dirhams (7900 dollars américains), soit plus de deux fois et demie celui de la région de Marrakech, qui attire chaque année un grand nombre de touristes. Les critiques soulignent que plus d’un tiers de cette somme est alloué aux forces de sécurité. Bien que l’on dise généralement que les Sahraouis qui se sont retirés de la vie politique ne subissent aucune discrimination sur le marché du travail, beaucoup peinent encore à trouver un emploi.

Le chômage dans la région a atteint 22% en 2024, un taux nettement supérieur à la moyenne nationale de 13%. Un Sahraoui a déclaré : «C’est une farce. Ils construisent tout ça mais nous n’en profitons pas. Ni du phosphate ni du poisson ni des tomates».

Dans le nord du pays, certains Marocains se demandent si toutes ces dépenses consacrées aux régions du sud n’ont pas contribué au désespoir qui s’est emparé d’autres parties du pays, poussant de nombreux jeunes à traverser la frontière à la nage pour rejoindre Ceuta.

Le mouvement indépendantiste du Sahara s’essouffle

Concrètement, le mouvement indépendantiste du Sahara occidental s’essouffle. En 2010, Rabat a écrasé le dernier grand défi à son autorité : un immense campement de protestation rassemblant 20 000 personnes aux abords de Laâyoune. Ses leaders étudiants sont désormais emprisonnés. Il ne reste du mouvement de protestation populaire dans la ville que des graffitis effacés à la hâte –«Libérez les prisonniers»– et de brefs rassemblements menés par des femmes, comme les chants qui ont suivi l’élimination du Maroc de la Coupe du monde en juillet.

Militairement, le Front Polisario est lui aussi en perte de vitesse. Il est impuissant face aux drones marocains, qui anéantissent facilement les combattants qui sillonnaient les dunes à bord de Land Cruisers équipés de lance-roquettes.

Le 28 juillet, l’ambassadeur des États-Unis au Maroc, Richard Duke Buchan, fut l’un des premiers hauts responsables américains à fouler le sol de Laâyoune. Sur sa plateforme X, il publia une photo de lui devant le grand et impeccable McDonald’s de la ville, accompagnée du message suivant : «Des tajines du désert aux doubles hamburgers américains, Laâyoune a tout pour plaire». Il conclut sa publication par : «Sahara marocain, j’adore !».

À terme, Rabat espère obtenir davantage –peut-être un consulat américain à part entière à Laâyoune– mais surtout, la poursuite du dialogue diplomatique pour résoudre le conflit persistant concernant le statut contesté du Sahara occidental.

Riccardo Fabiani, directeur pour l’Afrique du Nord à l’International Crisis Group, affirme que le projet de rattachement du Sahara occidental accapare «80 à 90 % de l’attention de tous les ministères» et que les pressions américaines détermineront la suite des événements étant donné que Washington est le principal interlocuteur sur la question du Sahara occidental aux Nations Unies et le renouvellement du mandat de la mission, prévu le 31 octobre, pourrait mettre un terme définitif à cette opération de maintien de la paix vieille de 35 ans.

Massad Boulos, envoyé spécial du président Trump pour les affaires arabes et africaines, mène des négociations directes et rares, entre l’Algérie, le Maroc et le Front Polisario. Il pourrait exercer une pression accrue sur les opposants à Rabat pour qu’ils acceptent le plan d’autonomie du roi, allant jusqu’à menacer de désigner le Front comme organisation terroriste, l’excluant ainsi de facto du processus de négociation. Il pourrait même relancer la demande du Maroc d’un vote sur le statut du Sahara occidental à l’AG de l’Onu, un vote que des années d’efforts diplomatiques ont déjà assuré au Maroc une victoire probable. Le mois dernier encore, la Colombie a déclaré son soutien total à la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

En 2021, Rabat a poussé 8 000 migrants à travers la frontière vers Ceuta pour protester contre la prise en charge médicale par l’Espagne de Brahim Ghali, le dirigeant de 76 ans du Front Polisario. Politico indique que le dernier afflux datant de cet été, bien plus important, semble être spontané cependant, la décision du Maroc de ne pas entraver le passage des migrants suggère une volonté de satisfaire et de plaire à la Maison-Blanche qui considère le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez comme l’incarnation de tous les maux de l’Europe : partialité anti-israélienne, soutien à l’immigration et insuffisance des dépenses de défense.

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Portrait. Il était une fois Halima Hamdane

18. September 2026 um 08:51
Conteuse, écrivaine et passeuse d’histoires entre les deux rives de la Méditerranée, Halima Hamdane puise dans les récits de son enfance pour nourrir ses spectacles. Du Maroc aux scènes internationales, son parcours est celui d’une femme qui a fait du…

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Maroc-Israël : Moncef Marzouki critique la décision de son « deuxième pays »

18. September 2026 um 08:09

L’ancien président de la République tunisienne, Moncef Marzouki, a exprimé son opposition au rétablissement des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël, dénonçant une décision qu’il considère comme contestable sur le plan moral et préjudiciable aux intérêts du Maroc.

Dans une publication consacrée à cette décision, l’ancien chef de l’État tunisien réaffirme son attachement au Maroc, qu’il décrit comme son « deuxième pays », ainsi que son soutien à la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Il rend également hommage au roi Mohammed VI pour son soutien à la révolution tunisienne de 2011 et salue la solidarité du peuple marocain envers les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie.

Une opposition fondée sur la situation palestinienne

Dans son message, Moncef Marzouki estime que la décision marocaine intervient dans un contexte marqué par la guerre à Gaza, les violences en Cisjordanie et les tensions régionales. Il évoque également les actions israéliennes à Jérusalem-Est, ainsi que les interventions et menaces impliquant le Liban, la Syrie et la Jordanie.

L’ancien président tunisien considère que le renforcement des relations diplomatiques avec Israël constitue une décision « moralement condamnable » et politiquement dommageable pour l’image et les intérêts du Maroc. Il estime notamment que cette démarche pourrait profiter au gouvernement israélien, en particulier à Benjamin Netanyahu et aux ministres Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, à l’approche des élections israéliennes.

Marzouki critique par ailleurs le renforcement des relations bilatérales au moment où, selon lui, les liens de certains États arabes et musulmans avec Israël se sont refroidis. Il plaide pour une approche régionale axée sur la désescalade et s’oppose à l’extension de l’influence israélienne dans la région.

Le Maroc et Israël vers un échange d’ambassadeurs

La réaction de Moncef Marzouki intervient après l’annonce, le 16 septembre 2026, d’un accord entre le Maroc et Israël visant à élever leurs relations diplomatiques au niveau des ambassades et à procéder à un échange d’ambassadeurs. L’annonce a été faite à New York à l’issue d’une rencontre entre le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, son homologue israélien Gideon Sa’ar et l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz.

Les deux pays ont également annoncé leur intention de renforcer leur coopération économique, de finaliser des accords relatifs à la protection des investissements et à la prévention de la double imposition, ainsi que de rétablir les liaisons aériennes directes.

Lire aussi : Interview de Moncef Marzouki sur France 24 : Tunis hausse le ton et convoque l’ambassadrice de France

Cette évolution s’inscrit dans le cadre de la normalisation des relations maroco-israéliennes engagée en 2020, dans le contexte des accords d’Abraham négociés sous l’égide des États-Unis. Les représentations diplomatiques des deux pays étaient jusqu’alors maintenues au niveau de bureaux de liaison.

Le message de Moncef Marzouki met ainsi en évidence la tension entre le choix diplomatique du Maroc de renforcer ses relations avec Israël et les critiques liées à la situation palestinienne et aux équilibres régionaux.

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Phosphate | Washington lorgne le Maroc et la Tunisie

18. September 2026 um 07:52

Géopolitique des ressources, souveraineté alimentaire et occasion stratégique pour la Tunisie… Notre phosphate intéresse Washington. Celui des Marocains aussi. Mais derrière cette attention américaine se cache une question autrement plus importante pour notre pays : comment une richesse minière nationale, longtemps présentée comme un pilier de l’économie, pourrait-elle devenir un atout stratégique dans la nouvelle guerre mondiale des engrais et de la sécurité alimentaire ? Et surtout, la Tunisie saura-t-elle transformer ses réserves et ses capacités industrielles en véritable influence économique, plutôt que de rester un fournisseur fragilisé par ses propres blocages ?

Moktar Lamari *

L’analyse publiée par le Washington Institute for Near East Policy, sous le titre «The Phosphate Pivot : Why Morocco and Tunisia Matter to U.S. Food Security» («Le pivot du phosphate : pourquoi le Maroc et la Tunisie sont importants pour la sécurité alimentaire des États-Unis»), place les deux pays du Maghreb au cœur d’une réflexion stratégique américaine.

Un signal qui mérite une attention particulière à Tunis, où le phosphate demeure une ressource économique et industrielle majeure, mais dont le potentiel est régulièrement entravé par les difficultés de production, de transport et de gouvernance.

La Chine ferme le robinet : l’Amérique découvre la fragilité de sa souveraineté alimentaire

Premier transformateur mondial d’engrais, la Chine a fortement réduit ses exportations de phosphates en mars 2025. Selon le think tank américain, les exportations seraient passées de 950 000 tonnes à seulement 13 000 tonnes en un seul mois. L’institut rappelle également que Pékin a officialisé, en décembre, la suspension des exportations jusqu’en août 2026.

Dans le même temps, les prix du phosphate diammonique (DAP), l’un des engrais phosphatés les plus couramment utilisés, ont bondi de 28 % en un an. Les auteurs de l’analyse, Ghazi Ben Ahmed, Sabina Henneberg et Mohsine El Ahmadi, décrivent les conséquences pour l’agriculture américaine : «Les agriculteurs américains, qui se préparaient aux semis de printemps, ont été confrontés à une pénurie d’approvisionnement et à l’absence d’alternative fiable en perspective.»

Washington a alors découvert une réalité peu confortable : la sécurité alimentaire des États-Unis pouvait être exposée aux décisions d’une puissance considérée comme rivale. Le phosphate a ainsi été ajouté à la liste américaine des minerais critiques pour 2025.

Mais une inscription sur une liste ne produit ni engrais ni récoltes. Elle ne construit pas d’usines, ne sécurise pas les ports et ne garantit pas les livraisons aux agriculteurs. La vraie question est donc celle de l’approvisionnement : où trouver des sources fiables, diversifiées et politiquement sécurisées de phosphate ?

Les auteurs résument leur approche en ces termes : «La solution ne réside pas dans le remplacement d’une dépendance par une autre, mais dans la mise en place d’un réseau diversifié de fournisseurs fiables, de capacités de production redondantes et de partenariats industriels politiquement alignés.»

Et c’est précisément ici que la Tunisie devrait commencer à regarder les cartes géopolitiques avec davantage d’attention.

Le Maroc : une puissance phosphatière que Washington ne peut ignorer

Avec environ 70 % des réserves mondiales connues de phosphate, le Maroc constitue le premier maillon évident de la stratégie américaine de sécurisation des approvisionnements. À travers le groupe OCP, le Royaume a développé d’importantes capacités de raffinage, de transformation et de production d’engrais. Il investit également dans les chaînes d’approvisionnement africaines et dans des partenariats technologiques liés à l’agriculture.

L’intérêt américain pour le Maroc ne relève donc pas seulement de ses réserves minières. Il repose aussi sur sa capacité à transformer la matière première, à développer une industrie des engrais et à s’insérer dans des réseaux commerciaux et technologiques internationaux.

Les États-Unis possèdent eux-mêmes des gisements de phosphate, notamment en Floride, dans l’Idaho et en Caroline du Nord. Toutefois, leur production nationale connaît un déclin structurel depuis plusieurs décennies. Selon les auteurs, «les réserves américaines ne représentent qu’une fraction de celles du Maroc, et les coûts d’extraction augmentent».

Pour Washington, le Maroc offre ainsi une combinaison de ressources naturelles, de capacités industrielles et d’alignement géopolitique.

Le Royaume est présenté comme le plus ancien allié africain des États-Unis, une relation formalisée par le Traité d’amitié de 1786, toujours en vigueur. Ce partenariat a été renforcé en 2004, lorsque le Maroc a été désigné comme Allié majeur non membre de l’Otan, reconnaissant son rôle de partenaire de sécurité et de porte d’entrée entre l’Afrique, l’Europe et le monde atlantique.

Les auteurs soulignent également les liens économiques étroits du Maroc avec l’Europe et les États-Unis. Dans leur lecture, le Royaume représente un pilier de stabilité, de modération et d’engagement transatlantique dans une région méditerranéenne de plus en plus soumise à la compétition géopolitique et aux influences extérieures.

Leur conclusion est explicite : tout effort sérieux visant à construire une infrastructure robuste d’approvisionnement en engrais, compatible avec les intérêts occidentaux en matière de sécurité des chaînes d’approvisionnement au Maghreb, doit commencer par le Maroc. Le Royaume dispose déjà d’une position dominante dans l’économie mondiale du phosphate.

Et la Tunisie dans tout cela ? Le second nœud que Washington ne peut négliger

C’est à ce moment précis que l’analyse devient particulièrement intéressante pour les Tunisiens.

Car le Maroc, malgré sa puissance phosphatière, ne peut à lui seul garantir la résilience à long terme de l’approvisionnement occidental en engrais. Les auteurs estiment que sa domination rend justement nécessaire la création d’un second nœud d’approvisionnement. Et ce second nœud, selon eux, pourrait être la Tunisie.

La formule mérite d’être soulignée : la Tunisie ne serait pas simplement un concurrent du Maroc, mais un complément logique dans une architecture régionale de sécurisation des engrais.

Pourquoi ? Parce qu’une chaîne d’approvisionnement concentrée dans un seul pays, même performant et allié, présente une fragilité intrinsèque. Une panne industrielle, une crise politique, un problème logistique, un conflit social ou une perturbation des exportations peut rapidement affecter l’ensemble du système.

La diversification devient donc une exigence stratégique. Et c’est précisément ce qui redonne à la Tunisie une place potentiellement importante.

Le pays possède une longue expérience de l’exploitation et de la transformation du phosphate. Son secteur a historiquement contribué aux exportations, à l’activité industrielle et aux recettes économiques. Pourtant, ses capacités restent exposées à des difficultés récurrentes : perturbations de la production, tensions sociales, contraintes logistiques et fragilités de la gouvernance industrielle.

Le paradoxe tunisien est brutal : une ressource qui pourrait contribuer à renforcer la souveraineté économique et l’influence internationale du pays devient aussi le miroir de ses insuffisances productives et institutionnelles.

Alors que les États-Unis cherchent à réduire leur vulnérabilité face à la Chine, la Tunisie devrait se demander comment réduire ses propres vulnérabilités : celles qui empêchent de produire régulièrement, de transporter efficacement et de valoriser davantage le phosphate.

Le phosphate tunisien : une occasion stratégique, pas une simple mine à exploiter

L’analyse américaine ne dit pas que la Tunisie dispose déjà des mêmes capacités que le Maroc. Elle met plutôt en évidence la complémentarité potentielle des deux pays dans un système d’approvisionnement plus diversifié.

Pour la Tunisie, cette perspective ouvre plusieurs questions industrielles et économiques.

Comment renforcer la fiabilité de la production ? Comment améliorer les infrastructures de transport et d’exportation ? Comment développer davantage la transformation locale et les engrais à plus forte valeur ajoutée ? Comment attirer des partenariats industriels et technologiques capables d’inscrire le phosphate tunisien dans des chaînes de valeur internationales plus solides ?

Ces questions sont d’autant plus importantes que la sécurité alimentaire ne dépend pas seulement des terres agricoles ou de la disponibilité de l’eau. Elle dépend aussi de l’accès aux engrais, dont le phosphate constitue un élément essentiel.

Pour les États-Unis, la sécurisation des approvisionnements est devenue une question de souveraineté stratégique. Pour la Tunisie, elle pourrait devenir une occasion de repenser son propre modèle industriel.

Mais une occasion ne se transforme pas automatiquement en résultat. Elle exige des infrastructures, des investissements, une gouvernance prévisible, des capacités productives et une stratégie de long terme.

Le Maroc a engagé une stratégie combinant extraction, industrie et géopolitique. Les auteurs soulignent notamment le rôle de ses infrastructures tournées vers l’Atlantique, dont le complexe portuaire de Tanger Med, qui contribue à relier l’Europe, l’Afrique et les grandes routes commerciales maritimes mondiales.

La Tunisie, de son côté, doit réfléchir à la manière dont elle peut valoriser ses propres atouts géographiques, industriels et portuaires pour renforcer son intégration dans les chaînes d’approvisionnement internationales.

Washington cherche la sécurité alimentaire. Tunis doit chercher la stratégie industrielle.

Le message du Washington Institute est finalement plus large qu’une simple analyse des réserves de phosphate. Il décrit une transformation de la géopolitique des matières premières : les minerais essentiels, les engrais et les infrastructures industrielles deviennent des instruments de résilience économique et de sécurité nationale.

La Chine a rappelé aux États-Unis les risques d’une dépendance excessive. Le Maroc apparaît comme un fournisseur stratégique disposant d’une position dominante. La Tunisie est identifiée comme un complément possible, capable de contribuer à la diversification de l’approvisionnement.

Mais pour que cette reconnaissance se transforme en bénéfice concret, la Tunisie devra dépasser la logique de la ressource extraite et vendue. Elle devra renforcer la transformation industrielle, la fiabilité de la production et la capacité à nouer des partenariats durables.

Le phosphate tunisien intéresse Washington parce qu’il peut contribuer à résoudre un problème américain. La question est désormais de savoir si Tunis saura utiliser cet intérêt pour résoudre ses propres problèmes économiques.

Sinon, le phosphate restera une richesse géologique à la merci des blocages terrestres, tandis que d’autres pays transformeront la géologie en puissance industrielle, commerciale et géopolitique.

* Economiste universitaire.

Source : Washington Institute for Near East Policy, «The Phosphate Pivot: Why Morocco and Tunisia Matter to U.S. Food Security», auteurs Ghazi Ben Ahmed, Sabina Henneberg et Mohsine El Ahmadi.

Blog de l’auteur : E4T.

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Eliminatoires CAN 2027 : Ouahbi dévoile la liste du Maroc

17. September 2026 um 17:01
Le sélectionneur national, Mohamed Ouahbi, a dévoilé, jeudi 17 septembre au Complexe Mohammed VI de football, la liste des joueurs convoqués pour les matchs du Gabon et du Lesotho, comptant respectivement pour les 1re et 2e journées des éliminatoires pour…

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Le Maroc et Israël décident d’élever leurs missions diplomatiques en ambassades

17. September 2026 um 14:45

Israël et le Maroc ont convenu de renforcer leurs missions diplomatiques en ouvrant respectivement des ambassades.

Lors de la réunion organisée sous les auspices des États-Unis le 16 septembre, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, et son homologue marocain, Nasser Bourita, « ont réaffirmé leur engagement à prendre une série de mesures visant à renforcer les relations entre Israël et le Maroc, notamment (…) l’élévation de leurs missions diplomatiques respectives au rang d’ambassade, ainsi que la nomination d’ambassadeurs ». C’est ce qu’il ressort d’un communiqué du ministère israélien des Affaires étrangères.

De même, est annoncé que des accords économiques seraient conclus entre les deux pays, avant la fin de 2026 ainsi qu’une extension des vols directs entre les deux pays.

A cet égard, notons que près de 20 000 touristes israéliens sont attendus au Maroc d’ici fin 2026, grâce à la reprise des vols directs entre Tel-Aviv et Marrakech, rapporte The Jerusalem Post.

Le Maroc est l’un des quatre pays arabes — avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan — à avoir normalisé leurs relations avec Israël en 2020, dans le cadre des Accords d’Abraham conclus sous la médiation des États-Unis.

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Edito. Rabat/Tel Aviv : Pourquoi ?

17. September 2026 um 14:32
Réunis mercredi 16 septembre à New York avec l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et son homologue israélien, Gideon Saar, ont arrêté une série de mesures. La plus importante reste…

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« The Gentlemen » : la saison 3 de Guy Ritchie pose ses caméras au Maroc

17. September 2026 um 10:19
Le tournage de la troisième saison de The Gentlemen a débuté au Maroc. Rabat accueille les premières prises de vues, avant un passage à Erfoud. De la capitale aux portes du désert, la série de Guy Ritchie s’offre de nouveaux…

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(Vidéo) Aziz Konkrite : Digger et se reconnecter avec ses racines

16. September 2026 um 16:41
Explorer, collecter, se reconnecter. Avec le deuxième volume de Siba Sawt-System, Aziz Konkrite continue de nous faire voyager musicalement, au gré de ses découvertes, dans son Maroc. Siba, l’anarchie en français. Mais également une région du Maroc où Aziz Konkrite,…

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À Montpellier, Arabesques met le Maroc au cœur de sa 21e édition

16. September 2026 um 11:30
Depuis le 8 septembre, le festival Arabesques fait vibrer Montpellier au rythme des cultures du monde arabe. Pour sa 21e édition, le Maroc occupe une place importante dans la programmation. Oum a ouvert le festival, avant Meryem Aboulouafa et Zina…

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Fin de l’opération Marhaba 2026 avec le départ des derniers MRE

16. September 2026 um 08:10
L’opération Marhaba 2026 a pris fin, mardi 15 septembre, au port Tanger Med. Les derniers voyageurs ont quitté le Royaume au terme d’une campagne marquée par la mobilisation des différents intervenants pour assurer des conditions optimales d’embarquement des Marocains résidant…

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La destination Maroc brille à l’IFTM TopResa 2026 de Paris

15. September 2026 um 18:38
Le Maroc a inauguré, mardi 15 septembre, son Pavillon au salon du tourisme (IFTM Top Résa 2026), qui se tient du 15 au 17 septembre à Paris lors d’une cérémonie officielle.     En bref Le Maroc inaugure son Pavillon…

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On a lu pour vous. « L’homme qui lisait des livres » de Rachid Benzine récompensé

15. September 2026 um 11:57
Avec L’homme qui lisait des livres, Rachid Benzine remporte le Prix du livre de la Liberté intérieure 2026. Dans ce court roman situé à Gaza, l’écrivain franco-marocain raconte la rencontre entre un jeune photographe français et un vieux libraire palestinien.…

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Les dessous de la rupture entre l’Algérie et les Émirats

15. September 2026 um 08:59

L’Algérie a justifié la rupture de ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis par «une accumulation d’actes provocateurs et hostiles» sans pour autant révéler «ces actes». Aucune explication. En réalité, cette rupture n’est pas un différend bilatéral, c’est l’influence régionale grandissante de l’Axe Rabat-Abou Dhabi-Tel Aviv qui agace Alger, un axe concurrent et aux intérêts divergents. Le modèle d’influence des Émirats gagne en puissance alors le modèle traditionnel de l’Algérie est confronté à une pression grandissante et ses outils ne sont plus efficaces et adaptées au contexte régional actuel. L’architecture régionale est en pleine mutation et l’influence n’est plus dictée automatiquement par la taille du territoire. La donne a changé et les outils ont évolué. (Photo : Abdelmadjid Tebboune discute avec Mohammed Ben Zayed , lors du sommet du G7 en Italie le 14 juin 2024).

Imed Bahri

L’analyste politique marocain Amine Ayoub a publié une analyse dans Ynet Global, version anglophone en ligne du journal israélien Yediot Aharonot, dans laquelle il revient sur le divorce houleux entre Alger et Abou Dhabi. Selon lui, lorsque l’Algérie a ordonné à l’ambassadeur des Émirats de quitter son territoire sous quarante-huit heures, le 10 septembre 2026, et a annoncé des restrictions visant les aéronefs militaires et civils immatriculés aux Émirats —tout en exemptant les vols commerciaux jusqu’à la fin de l’année—, cette rupture a immédiatement mis en lumière un réalignement régional plus profond. Les déclarations officielles algériennes ont fait état d’une accumulation d’actes «provocateurs et hostiles», sans toutefois désigner un incident déclencheur unique.

Deux modèles de puissance régionale distincts

Abou Dhabi a exprimé ses regrets et a dit espérer que cette rupture pourrait, à terme, être annulée. L’absence d’une cause bien déterminée est, en soi, un élément révélateur. Il ne s’agit pas tant d’un différend bilatéral que d’une confrontation ouverte entre deux modèles de puissance régionale distincts, s’étendant de l’Afrique du Nord au Sahel et au Moyen-Orient au sens large.

L’Algérie s’appuie sur un modèle étatique fondé sur l’étendue de son territoire, ses ressources énergétiques, sa capacité militaire et une diplomatie formelle.

Les Émirats, quant à eux, opèrent selon un modèle en réseau, déployant capitaux, logistique, infrastructures commerciales et partenariats de sécurité ciblés bien au-delà de leurs frontières. Dans des environnements politiques fragmentés, ce modèle en réseau permet de générer un levier d’influence plus rapidement et avec plus de souplesse que le poids géographique traditionnel.

Cette différence est devenue de plus en plus manifeste à mesure que l’Algérie et les Émirats ont poursuivi des intérêts divergents sur plusieurs théâtres régionaux au cours des dernières années.

Le Maroc, ligne de fracture

Le Maroc en offre l’illustration la plus frappante. Pendant des décennies, la rivalité entre Alger et Rabat a été centrée sur la question du Sahara occidental, l’Algérie apportant un soutien de longue date au Front Polisario. La nature de cette confrontation bilatérale a changé en novembre 2020, lorsque les Émirats ont ouvert un consulat à Laâyoune, dans la partie marocaine du territoire contesté, et exprimé leur soutien à l’intégrité territoriale du Maroc. Cette initiative s’inscrivait dans le contexte de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël dans le cadre des Accords d’Abraham et de la reconnaissance, par les États-Unis, de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

Il n’en a pas résulté une alliance militaire formelle dirigée contre l’Algérie mais plutôt un réseau de plus en plus dense de partenariats qui se chevauchent. Parmi les exemples concrets, on peut citer les investissements émiratis dans les infrastructures et l’énergie au Maroc —notamment des projets majeurs dans les secteurs de l’eau et de l’électricité— ainsi que le développement, depuis 2020, d’une coopération industrielle et de défense entre Rabat et Tel Aviv.

La portée de ces initiatives dépasse le simple cadre économique. Selon Amine Ayoub, elles renforcent les capacités du Maroc, approfondissent ses partenariats extérieurs et confèrent à des acteurs tiers des intérêts croissants dans l’environnement stratégique entourant le Sahara occidental, autant de formes d’influence que l’Algérie ne peut aisément contrer par la diplomatie traditionnelle ou des pressions bilatérales.

Le Maroc ne fait plus face à l’Algérie en tant que voisin isolé. Cela s’inscrit dans un réseau en pleine expansion reliant Rabat, Abou Dabi, Tel Aviv et Washington. Pour Israël, cet aspect est crucial, car la relation avec le Maroc renforce sa présence stratégique et ses liens de défense vers l’ouest. La coopération avec Rabat étend l’influence d’Israël le long des façades atlantique et méditerranéenne de l’Afrique du Nord, selon des modalités inédites il y a dix ans.

La combinaison de la reconnaissance diplomatique, des investissements économiques et de la coopération sécuritaire a modifié l’équilibre des influences aux abords de la frontière occidentale de l’Algérie, sans pour autant nécessiter un pacte militaire formel.

Cette évolution a des conséquences concrètes sur la manière dont l’Algérie évalue ses options régionales et sur la façon dont les puissances extérieures interagissent avec le Maghreb.

Le Sahel, théâtre d’une rivalité plus profonde

Une évolution parallèle s’observe au sud de l’Algérie. Alger a longtemps considéré le Sahel comme un terrain privilégié pour la médiation diplomatique. L’Accord d’Alger de 2015 sur le Mali a marqué l’apogée de cette approche, fondée sur des négociations formelles entre États et des engagements institutionnels. Les coups d’État militaires survenus au Mali, au Burkina Faso et au Niger entre 2020 et 2023 ont bouleversé le paysage institutionnel sur lequel reposait la diplomatie algérienne.

Les nouveaux gouvernements militaires se sont montrés moins réceptifs aux médiations extérieures, perçues comme une entrave à leur souveraineté et plus ouverts à des partenariats alternatifs offrant des ressources sans les mêmes conditions politiques.

Des acteurs extérieurs proposant des ressources flexibles ont investi l’espace ainsi libéré. ​​Les Émirats ont apporté capitaux, projets commerciaux et capacités logistiques dans des zones où l’Algérie misait davantage sur la proximité géographique et une médiation fondée sur la souveraineté.

Dans la Corne de l’Afrique, les investissements émiratis dans les infrastructures portuaires, aériennes et de sécurité —notamment leur présence de longue date à Berbera dans le Somaliland— ont créé des canaux d’influence opérant largement en dehors des cadres traditionnels de médiation diplomatique. Ces relations confèrent à Abou Dhabi un accès concret et un levier d’action, même là où les institutions politiques formelles sont faibles ou fragmentées.

Ce contraste est également visible en Libye. L’Algérie a généralement privilégié les institutions formelles et les processus soutenus par l’Onu visant la réconciliation nationale. À l’inverse, les Émirats ont entretenu des liens plus étroits avec les forces militaires de l’Est associées à Khalifa Haftar, privilégiant des objectifs sécuritaires ciblés au détriment de règlements politiques globaux. Cette divergence d’approche ne relève pas de la simple tactique, elle reflète deux conceptions distinctes de l’exercice de l’influence dans des contextes politiques fragmentés où l’autorité de l’État est contestée ou incomplète.

Le cas du Soudan accentue cette même divergence. Les Émirats ont fait face à de graves accusations de la part d’enquêteurs de l’Onu et de Human Rights Watch concernant des réseaux assurant la logistique et le soutien aux Forces de soutien rapide (FSR), Abou Dabi dément fermement avoir apporté un tel soutien. Au-delà du différend sur ces accusations précises, cet épisode illustre une tendance plus large.

Dans des environnements politiques fragmentés, les capitaux, la logistique et les réseaux informels peuvent générer un levier d’influence plus rapidement que la médiation diplomatique traditionnelle. Pour l’Algérie, cela représente un défi majeur, alors que les États africains fragiles deviennent le théâtre d’une concurrence accrue pour l’influence extérieure.

Israël, bénéficiaire discret

L’auteur estime que l’angle israélien constitue l’élément le plus déterminant de cette rupture, bien qu’il faille l’aborder avec précaution. Il considère qu’Israël n’est pas à l’origine de la rupture entre Alger et Abou Dabi mais cette que rupture renforce une configuration régionale dans laquelle le Maroc et les Émirats sont de plus en plus liés à Israël, tandis que l’Algérie demeure en marge de ce réseau.

Les Accords d’Abraham ne se limitaient pas à de simples accords commerciaux bilatéraux. Ils ont jeté les bases de partenariats croisés dans les domaines du renseignement, de la sécurité maritime, de la défense aérienne et des technologies de défense. L’intensification de la coopération entre Israël, le Maroc et les Émirats a tissé une toile de plus en plus dense de relations sécuritaires couvrant certaines parties de l’Afrique du Nord.

Ces relations englobent une coopération industrielle dans le domaine de la défense, le partage de renseignements sur les menaces communes et une coordination des positions diplomatiques sur des questions régionales clés. L’Algérie, qui applique une politique stricte de non-normalisation et place la question palestinienne au cœur de son identité régionale, reste en dehors de ce réseau.

Et Washington dans tout ça !

La politique américaine doit éviter de considérer l’Algérie et les partenaires des Accords d’Abraham comme des piliers interchangeables de sa stratégie en Afrique du Nord. L’Algérie demeure un fournisseur d’énergie important pour l’Europe et conserve un rôle dans certains dispositifs de lutte antiterroriste. Toutefois, sa posture stratégique est limitée par une doctrine d’autonomie et par des liens étroits en matière de défense avec des fournisseurs non occidentaux. Selon les données du Sipri*, la Russie a représenté 48% des importations d’armes majeures de l’Algérie entre 2020 et 2024, alors même que le volume global des importations d’armes algériennes a diminué en valeur absolue sur cette période, chutant d’environ 73% par rapport au quinquennat précédent.

Dans son analyse, Amine Ayoub estime que Washington aurait tout intérêt à accorder une importance accrue au réseau Maroc-Israël-Émirats en tant que cadre émergent pour la sécurité régionale, le commerce et la coopération technologique, tout en maintenant un engagement pragmatique avec l’Algérie lorsque les intérêts américains l’exigent.

Il convient également d’encourager les partenaires à la prudence sur les théâtres d’opérations africains fragiles afin que les rivalités n’exacerbent pas les conflits et ne profitent pas, en fin de compte, aux acteurs hostiles.

L’objectif ne doit pas être d’isoler l’Algérie de façon permanente. Il s’agit de reconnaître que l’architecture régionale est en pleine mutation et d’aligner la politique américaine sur les partenaires les plus disposés et les plus aptes à approfondir la coopération concrète en matière de sécurité et d’intérêts économiques communs.

Un ordre régional en mutation 

La rupture entre l’Algérie et les Émirats ne signifie pas l’effondrement de la diplomatie arabe. Elle confirme que l’influence régionale ne se transmet plus automatiquement par la taille du territoire ou une hiérarchie formelle. Le pouvoir se génère de plus en plus grâce à la mobilité des capitaux, aux infrastructures commerciales, aux réseaux logistiques et aux partenariats de sécurité adaptatifs qui transcendent les frontières traditionnelles.

L’Algérie conserve des atouts considérables : son territoire, ses ressources énergétiques, une armée puissante et des décennies d’expérience diplomatique. Ces atouts demeurent pertinents. Toutefois, ils se traduisent moins efficacement en ce levier d’influence transfrontalier propre aux puissances agissant en réseau.

La rupture entre Alger et Abou Dhabi n’a pas engendré le nouvel ordre régional, elle a mis en lumière l’ampleur de l’érosion de l’ancien.

L’avantage dont bénéficie Israël ne réside donc ni dans une nouvelle alliance spectaculaire ni dans un gain militaire immédiat. Il tient à l’expansion constante d’un réseau stratégique dans une région où la position de l’Algérie est de plus en plus contestée. Dans la nouvelle configuration qui se dessine en Afrique du Nord et en Méditerranée orientale, le Maroc et les Émirats arabes unis renforcent leurs liens avec Tel Aviv, tandis que l’Algérie s’éloigne davantage de cette dynamique émergente. C’est pourquoi, selon Amine Ayoub, Israël s’impose comme le vainqueur discret.

* L’indice ou les bases de données du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) mesurent les dépenses militaires mondiales, le volume des transferts d’armes et la production d’armements à travers des rapports de référence.

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Géopolitique de la colonisation : Sebta reste une ville marocaine

14. September 2026 um 15:11
Cet appel d’air brûlant soufflant sur les braises du dossier, déjà bien épineux, du Sahara donne froid à la tête au moment où se profilent déjà de gros soucis pour les relations futures entre Rabat et Madrid. Bomber le torse,…

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À Essaouira, l’art ouvre une nouvelle maison

14. September 2026 um 09:27
La Villa des Arts by Flavie a ouvert ses portes à Essaouira. Porté par l’artiste et designer Flavie Bébéar, ce nouvel espace mêle art contemporain, design, musique, rencontres et bien-être. Pensée moins comme une galerie que comme une maison ouverte,…

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Sebta : le gouvernement espagnol accusé d’abandonner la ville

14. September 2026 um 08:13
Les expatriés espagnols du préside occupé de Sebta ont accusé le gouvernement espagnol d’avoir abandonné la ville et manifestent régulièrement dans la rue. Au même moment, des migrants continuent de camper sur les plages et de dormir dans les rues…

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Crise Sebta. Le Maroc refuse d’être un fonds de commerce préélectoral en Espagne

11. September 2026 um 11:53
Le Maroc refuse d’être un fonds de commerce préélectoral et n’admet pas davantage d’être le bouc-émissaire de règlements de compte politiciens en Espagne, a indiqué le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger…

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