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Tunis | 6 ans de prison pour exploitation d’enfants dans la mendicité

11. Mai 2026 um 11:53

La chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a condamné une femme à six ans de prison et à une amende de 20 000 dinars pour traite des êtres humains. La justice a établi son implication dans l’exploitation de ses enfants mineurs à des fins de mendicité sur l’avenue Habib Bourguiba et dans plusieurs rues de la capitale.

D’après l’enquête, la prévenue répartissait ses enfants dans des endroits très fréquentés de Tunis et les obligeait à mendier dans des conditions difficiles afin de collecter de l’argent qu’elle récupérait ensuite intégralement, a rapporté Mosaïque FM.

Le tribunal a considéré que la prévenue exploitait le jeune âge de ses enfants pour susciter la compassion des passants et qu’un tel agissement est une forme d’exploitation économique et une grave violation des droits de l’enfant.

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«Meraviglia» | Appui à l’entrepreneuriat vert en Tunisie

11. Mai 2026 um 11:33

Lancement, samedi 9 mai 2026, au Centre culturel international d’Hammamet, du projet «Meraviglia» par l’Association d’éducation relative à l’environnement (Aere) de Hammamet avec le soutien du programme Interreg Next Med de l’Union européenne. 

La Tunisie a fait de la transition écologique un axe stratégique de diversification économique. Elle essaie de conjuguer finance verte, innovation technologique et mesures concrètes de décarbonation. Des projets d’énergie renouvelable aux initiatives de réduction des déchets et des émissions de carbone, le pays s’engage pour un avenir plus vert. L’économie verte est pour lui une opportunité pour atteindre des objectifs de croissance économique et de développement durable tout en contribuant à la lutte contre les effets du changement climatique tout en assurant une croissance qui intègre la préservation et la valorisation du capital naturel et humain.

Le projet «Meraviglia» vise à soutenir l’entrepreneuriat vert en Tunisie et dans la région méditerranéenne, et à transformer les défis environnementaux en opportunités d’emploi pour les jeunes et les femmes peu ou pas qualifiés.

Les opportunités sont grandes mais les obstacles structurels aussi et principalement l’accès au financement, la formation et l’accompagnement des porteurs de projets and last but not least la bureaucratie et la lourdeur administrative. Aussi ce projet vient-il à point nommé pour appuyer les stratégies nationales de promotion de l’entrepreneuriat vert dans notre pays. De plus, il est synergique et en phase avec les différents programmes d’appui qui soutiennent les entrepreneurs tunisiens tels que le projet Greenov’i, le Green Tunisian Business Program ou encore le Startup Act.

Du chômage à l’éco-entrepreneuriat 

En Tunisie, il existe un énorme potentiel de création d’emplois verts que l’Organisation Internationale du travail (OIT) estime à 272 000 d’ici 2030. L’Aere avec le soutien du programme Interreg Next Med de l’UE les partenaires du projet Meraviglia cherchent à contribuer à relever ce défi. Le président de l’Aere, Salem Sahli, a précisé que le projet réunit 8 partenaires et couvre six pays méditerranéens : la France, l’Italie, le Liban, la Jordanie, la Turquie et la Tunisie.

«Meraviglia s’attache à identifier 6 défis environnementaux urgents dans le gouvernorat de Nabeul et à les transformer en projets économiques à fort potentiel de création d’emplois, afin de répondre aux défis économiques, écologiques et sociaux, car les groupes vulnérables et les personnes peu qualifiées rencontrent d’importantes difficultés d’accès au marché du travail», a-t-il expliqué. Et d’ajouter : «Ces jeunes, chômeurs ou diplômés, femmes ou hommes, futurs entrepreneurs verts sont porteurs d’initiatives originales et innovantes. Mais celles-ci restent peu connues et ne bénéficient pas souvent de formation et d’un accompagnement leur permettant ainsi de se développer rapidement.»

L’Aere cherche à apporter un appui à ce secteur prometteur-créateur de richesses et d’emploi en agissant sur le cadre réglementaire, en valorisant le travail réalisé par les entrepreneurs verts et en les incitant à adopter ce nouveau mode de croissance économique verte.

Un modèle de croissance durable et créative

SI l’objectif premier de l’entrepreneuriat vert est d’avoir un impact positif sur l’environnement, il est aussi important de souligner que la créativité est au cœur même de ce modèle économique. En effet, la «créativité verte» promeut une croissance durable et créative. «S’étalant sur trois ans (2025-2028), ce projet se concentrera principalement sur la formation des groupes vulnérables dans les régions ciblées, tout en renforçant leurs compétences entrepreneuriales afin de les intégrer au cycle économique et de relever les défis environnementaux», a précisé l’expert en entrepreneuriat Karim Rejeb, tout en soulignant que l’entrepreneuriat vert représente un atout pour accompagner la Tunisie vers la transition écologique. «Ce projet se distingue par sa prise en compte des spécificités locales, puisqu’il ne se limitera pas à la ville d’Hammamet mais couvrira l’ensemble du gouvernorat de Nabeul afin de parvenir à une prise en compte des enjeux environnementaux, économiques et sociaux de ce territoire», a-t-il dit.

Dr. Sahli a insisté sur l’importance de privilégier le soutien à l’entrepreneuriat vert pour stimuler le développement, intégrer tous les groupes sociaux au cycle économique et relever les défis environnementaux actuels tout en créant un modèle innovant de Tiers-Lieux dédiés aux compétences environnementales, une Académie virtuelle dédiée à l’entrepreneuriat vert, des parcours de formation transnationaux combinant e-learning, mentorat et mises en situation pratiques et des  résidences d’éco-entrepreneurs favorisant l’apprentissage interculturel.

Des défis et des opportunités 

Les parties prenantes des organisations de la société civile, les associations, les universitaires et les médias présents à cette journée ont mis l’accent sur l’innovation et le développement de l’entrepreneuriat vert à l’échelle régionale, en mettant en lumière les leviers d’adaptation des curricula de formation et les compétences clés pour répondre aux besoins réels des micro-entreprises vertes. Pour certains, l’économie verte représente une opportunité de réaliser une croissance économique et un développement durable, tout en contribuant à la lutte contre le chômage. Il est essentiel que l’économie verte soit intégrée dans les stratégies visant à garantir une croissance respectueuse et valorisante du capital naturel et humain. Des jeunes entrepreneurs ont souligné que certains projets restent souvent dans l’ombre et manquent de l’accompagnement nécessaire pour les propulser vers une croissance rapide et durable. Ils ont appelé à un bon accompagnement du projet pour assurer sa pérennité surtout que les obstacles financiers et réglementaires freinent considérablement la croissance des projets, limitant ainsi leur contribution à la construction d’un écosystème d’entrepreneuriat vert. 

Pour que l’économie verte atteigne son plein potentiel, il est crucial de surmonter les défis financiers, institutionnels et de coordination.  Il est vrai, comme l’a souligné Chiheb Ben Fradj de l’Aere que les jeunes entrepreneurs ont besoin d’un soutien accru pour franchir ces obstacles. Une meilleure coordination entre les acteurs publics et privés, ainsi qu’un soutien financier et réglementaire renforcé, sont essentiels pour favoriser une croissance durable et efficace des projets. La question est donc d’identifier ce qui bloque dans le lancement des projets verts et de les transformer en opportunités ou du moins d’en extraire des leviers susceptibles de permettre à l’entrepreneuriat ver en Tunisie de prendre son envol.

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Football | L’Espérance doute, le Club africain se rassure

11. Mai 2026 um 09:16

L’Espérance de Tunis ne méritait pas de gagner hier, dimanche 10 mai 2026, au stade de Radès, devant son public, son match de la saison contre le Club africain, qui l’a battue par un but assassin du défenseur Ghaith Zaanouni, dans les prolongations (0-1). Le club de Bab Jedid a mérité de remporter son 14e championnat de Tunisie de football, un titre qui lui échappait depuis 2015.

Latif Belhedi

Cette victoire amplement méritée est le couronnement d’une volonté, d’une constance et d’une détermination qui a beaucoup manqué cette saison aux «Sang et Or». Ces derniers dominaient certes leurs adversaires, créaient beaucoup d’occasions, mais manquaient la dernière touche consistant à mettre la balle dans les filets. Hier aussi, les occasions n’ont pas manqué pour terrasser les «Clubistes», mais la balle manquait à chaque fois le cadre. Manque de concentration, fébrilité devant les buts ou manque d’adresse des joueurs ?

Il y a de tout cela à la fois et c’est tout naturellement que la saison se termine pour les Espérantistes sur cette note terne avec une élimination de la Ligue des Champions au niveau des demi-finales face à Mamelodi Sundowns et une perte du Championnat de Tunisie sur la ligne d’arrivée.

Une saison mi-figue mi-raisin

Eu égard la richesse supposée de son effectif, dont la valeur marchande est de très loin supérieure à celle de tous ses adversaires locaux, on peut se poser des questions sur la qualité de la gestion administrative, sportive et technique de cette équipe qui, en d’autres temps et avec des moyens financiers beaucoup moins importants, arrivait à dominer ses adversaires sur les plans national et continental.

Avec une saison quasi-terminée – il reste quelques matches de coupe de Tunisie à jouer –, les Espérantistes seraient bien inspirés de faire le bilan d’une saison mi-figue mi-raisin, de revoir certains choix et de réformer le club qui peine à passer à un cap supérieur.

La métamorphose des « Clubistes »

Pour ce qui est du Club Africain, il a montré cette saison une grande détermination et une maturité technique et tactique qui lui manquaient jusque-là, et l’on peut affirmer sans risque de se tromper que le coach Faouzi Benzarti, un grand meneur d’homme, n’est pas étranger à cette métamorphose.

Avec le renouveau du Stade Tunisien, de l’Union sportive monastirienne et du Club sportif sfaxien, qui dispute aujourd’hui la seconde place à l’Espérance de Tunis et une présence la saison prochaine en Ligue des champions d’Afrique, et en attendant le retour espéré de l’Etoile du Sahel, c’est le championnat national de football qui en sort gagnant.

L’Espérance a beaucoup perdu de sa superbe, le club de Bab Souika se faisant désormais accrocher même par les « petits » clubs. La compétition est donc de nouveau ouverte. Et c’est tant mieux ainsi.

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Que veut dire «Je l’aime… mais je ne peux pas l’épouser» ?

11. Mai 2026 um 08:38

Le recul du mariage en Tunisie ne traduit pas seulement une transformation sociale. Il révèle une tension plus profonde : des individus plus libres dans leurs expériences, mais encore structurés par des normes qui conditionnent leurs choix affectifs.

Manel Albouchi *

En séance, un jeune homme me dit, après un long silence : «Je l’aime… mais je ne peux pas l’épouser.» Ce n’est pas une contradiction ; c’est une condition.

Aujourd’hui, en Tunisie, on peut aimer librement mais choisir reste souvent soumis à des exigences invisibles.

Les chiffres le confirment. Le nombre de mariages est passé d’environ 83 000 en 2019 à moins de 73 000 en 2023, avec une nouvelle baisse en 2024. Sur dix ans, la diminution approche 30 %. Dans le même temps, l’âge moyen au mariage recule nettement : autour de 35 ans pour les hommes et 29 ans pour les femmes, contre respectivement 27 et 21 ans dans les années 1960.

Ce décalage dit quelque chose de précis : le mariage n’est plus un passage évident. Il est devenu un espace de décision, et parfois de blocage.

Aimer n’est pas choisir

Car aimer et s’engager ne relèvent pas du même registre. L’amour se déploie dans une expérience intime. Il surgit sans autorisation. Le mariage, lui, engage un ordre : celui du regard social, de la famille, de la continuité. Il transforme le lien en position visible, donc évaluable. C’est dans cet écart que se loge une tension nouvelle.

Le sujet ne manque pas de désir. Il doute de sa légitimité à le suivre. Ce doute ne prend pas toujours la forme d’un conflit explicite. Il apparaît souvent comme une hésitation diffuse : «je ne sais pas ce que je veux».  Mais ce «je ne sais pas» n’est pas un vide. C’est un espace saturé. Saturé d’attentes, de modèles, de représentations du «bon choix». Saturé au point que le désir ne disparaît pas : il devient difficile à reconnaître comme pleinement sien.

Le social et le psychique

La psychologie du développement, notamment avec Erik Erikson, a montré que l’identité se fragilise lorsque les repères sont multiples et contradictoires. Les travaux de Albert Bandura soulignent quant à eux que nos désirs eux-mêmes se construisent dans l’apprentissage social. Et lorsque les attentes deviennent trop nombreuses, la décision peut s’épuiser : on parle alors de fatigue décisionnelle.

Dans le domaine amoureux, cette fatigue ne produit pas toujours un choix. Elle produit souvent une suspension. On n’abandonne pas l’amour. On retarde l’engagement.

Peu à peu, le lien se transforme. L’amour reste, mais il change de fonction. Il devient attachement, présence, parfois refuge. L’autre n’est plus seulement aimé : il devient support de stabilité psychique. Et c’est là que la confusion s’installe. Car ce qui ressemble à de l’amour peut parfois être une tentative de se sécuriser soi-même.

Choisir sous condition

Dans le contexte tunisien, cette dynamique est renforcée par un double mouvement : une ouverture des expériences individuelles, et une persistance des normes de respectabilité. Le sujet ne choisit pas seulement une personne. Il choisit aussi la manière dont il sera vu. Autrement dit, il ne choisit jamais seul.

Ce qui se joue ici ne relève pas d’une fragilité individuelle. C’est une organisation du lien social qui s’inscrit dans le psychisme, au point de devenir difficile à distinguer de ce que le sujet croit être son propre désir.

Le travail thérapeutique ne consiste pas à dire quoi choisir. Il consiste à restituer une distinction : entre ce que le sujet désire, ce qu’il a appris à désirer, et ce qu’il pense devoir choisir pour être reconnu.

Le but est de transformer «Je l’aime… mais je ne peux pas l’épouser» en : «Je l’aime… mais je ne suis pas encore libre de choisir.» Et cette nuance est décisive. Car elle déplace la question. Ce n’est plus seulement : «est-ce la bonne personne ?» Mais : «dans quelle mesure suis-je en position d’assumer mon propre désir ?»

* Psychothérapeute.

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‘‘Sous l’eau’’ de Hamdi Jouini | Un drame écologique

11. Mai 2026 um 07:38

Le court métrage de fiction ‘‘Sous l’eau’’, réalisé par Hamdi Jouini, sera présent au Short Film Corner du Marché du Film, organisé dans le cadre du Festival de Cannes.

Produit par Aflem AW, avec le soutien de Rosa Luxemburg Foundation, ‘‘Sous l’eau’’ est un drame social et écologique de 30 minutes qui questionne les conséquences humaines et institutionnelles de la crise climatique.

Le film raconte l’histoire de Tarek, père d’une fillette atteinte d’une maladie chronique causée par la pollution de l’air. Dans l’espoir d’offrir une vie meilleure à sa famille, il décide de s’installer sur une zone côtière plus saine. Mais leur quotidien bascule.

À travers une approche sensible et engagée, ‘‘Sous l’eau’’ explore les enjeux liés à la justice climatique, aux inégalités environnementales et à l’incapacité des systèmes administratifs et juridiques à répondre aux nouvelles réalités écologiques.

Le film réunit notamment les comédiens Badis Galaoui, Mariem Ben Hassen, Kmar Jouini, Jamel Madani et Abdelmonem Chouayet.

Le projet est porté par une équipe technique composée de Hamdi Jouini à la réalisation et au scénario, Tarak Lazhari à la direction de production, Mouheb Bouden à la direction de la photographie, Amal Rouissi au montage et Karim Thlibi à la composition musicale originale.

La présence du film au Short Film Corner du Marché du Film de Cannes constitue une importante opportunité de visibilité internationale pour le projet et son équipe, dans un espace dédié aux rencontres entre cinéastes, producteurs, distributeurs et professionnels du cinéma du monde entier.

Aflem AW est la branche de production cinématographique de l’entreprise tunisienne La Com Chez Vous. Elle développe et accompagne des projets audiovisuels et cinématographiques à travers la production, la coproduction et la distribution.

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Energie | La Tunisie peut être un acteur du Gazoduc Transsaharien

11. Mai 2026 um 07:35

Alors que le premier trimestre 2026 marque une accélération décisive pour le Gazoduc Transsaharien (TSGP), les discussions se focalisent légitimement sur le triangle Nigeria-Niger-Algérie. Ce mégaprojet de plus de 4000 km est en passe de redessiner la carte énergétique euro-africaine. Pourtant, une lecture purement géographique de cette infrastructure omet un actif stratégique majeur : la Tunisie.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Loin d’être une simple observatrice du transit des molécules, Tunis a une opportunité historique de s’imposer comme l’interface de stabilité et le garant institutionnel de ce corridor. Dans la géopolitique moderne de l’énergie, la fiabilité normative et la maîtrise numérique vaudront autant, sinon plus, que la possession de la ressource brute.

Pour la Tunisie, l’enjeu n’est pas de se positionner en opposition à d’autres initiatives continentales, mais de valoriser la maturité de ses réseaux existants en Méditerranée centrale. Dans un marché mondial fragmenté, la valeur ajoutée tunisienne réside dans sa capacité à offrir un cadre de «de-risking» institutionnel.

En tant que partenaire historique des échanges énergétiques transfrontaliers, la Tunisie peut agir comme un laboratoire de conformité normative.

Dans un projet de cette envergure, la prévisibilité du cadre réglementaire et l’alignement sur les standards internationaux (ESG) sont des actifs précieux que Tunis peut monnayer en expertise de régulation.

Le pari du Software Corridor

Cependant, la véritable révolution est technologique. Un gazoduc en 2026 n’est plus un simple alignement de tubes d’acier ; c’est un actif numérique complexe, vulnérable et gourmand en données. C’est ici que la Tunisie, forte de son écosystème d’ingénierie et de services informatiques, doit revendiquer sa part de souveraineté. Nous devons projeter le pays comme une plateforme de services technologiques à haute valeur ajoutée, abritant un pôle régional de maintenance prédictive IA et de cybersécurité pour le corridor.

À cet égard, le secteur bancaire tunisien a un rôle crucial à jouer. Pour financer et garantir ces infrastructures technologiques complexes, nous avons besoin de nouveaux instruments de financement structuré qui accompagnent ces projets de Software Corridor. C’est en alignant nos capacités de financement sur nos ambitions technologiques que nous transformerons cette infrastructure en un moteur de croissance locale.

En développant des solutions de surveillance IoT (Internet des Objets) permettant le monitoring en temps réel des émissions de méthane — une exigence stricte des régulations carbone européennes —, la Tunisie peut ancrer ce projet dans la modernité industrielle.

De la molécule au co-développement industriel

Cet investissement n’est pas un pari sur le passé. Le TSGP est conçu pour être «H2-ready». En s’impliquant aujourd’hui dans la gouvernance de ce corridor, la Tunisie sécurisera son droit de tirage sur les futurs réseaux d’hydrogène vert à l’horizon 2030-2035, comme le prévoit le projet SoutH2 Corridor.

La question n’est plus l’utilité géographique, mais notre agilité à transformer un flux de molécules en un hub de services certifiés.

Le corridor transsaharien doit enfin servir de colonne vertébrale à une intégration économique locale, via des zones industrielles transfrontalières où l’expertise tunisienne en matière de partenariats public-privé (PPP) pourra s’exprimer.

L’inertie est le seul véritable risque. En misant sur sa stabilité institutionnelle et son savoir-faire technologique, la Tunisie peut devenir l’aiguilleur discret mais vital de ce grand axe transcontinental, le cerveau d’une Afrique qui se connecte enfin à elle-même.

* Ingénieur informatique, cadre d’une banque publique.

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Semi-Marathon de Bizerte | Ferveur, partage et santé

11. Mai 2026 um 07:17

Le dimanche 10 mai 2026, la cité corsaire a de nouveau vibré sous les foulées des coureurs à l’occasion de la deuxième édition du Semi-Marathon de Bizerte. Fort du succès de l’année passée, cet événement s’impose désormais comme un pilier du calendrier sportif national et international et un symbole fort du dynamisme de la région.

Lotfi Sahli

Dès les premières lueurs de l’aube, une marée humaine s’est ruée vers le village de la course avec un enthousiasme frappant. Cette année, le rayonnement de l’événement a franchi de nouvelles frontières : jeunes et moins jeunes, seniors, hommes et femmes venus de toutes les régions de la Tunisie ont rejoint un peloton de plus en plus cosmopolite.

Aux côtés des représentants des pays maghrébins et des nations européennes, on notait aussi la présence de participants venus d’Asie, confirmant l’attractivité croissante de Bizerte sur la scène sportive nationale et mondiale.

Plaisir et santé

Trois épreuves ont permis à cette foule hétéroclite de partager la même passion :

– le semi-marathon (21 km) : le défi majeur pour les athlètes en quête de performance ;

– le 10 km : l’épreuve intermédiaire ;

– la course pour tous (5 km) : un concentré de plaisir et de santé accessible au grand public ;

– la course des enfants (1 km) : pour cultiver l’esprit sportif chez les futures générations.

La manifestation a célébré la diversité dans une atmosphère de convivialité et de dépassement de soi. L’énergie déployée par les coureurs a été portée par une animation culturelle vibrante : des performances live (musiciens, saxophonistes et DJ) pour galvaniser les troupes ; des troupes folkloriques locales pour honorer le patrimoine tunisien ; une organisation logistique et de sécurité irréprochable pour un confort de course optimal.

Synergie régionale

La réussite de cette deuxième édition repose sur la mobilisation du Running Club Bizerte, soutenu par la municipalité, le Croissant-Rouge, la protection civile et les forces de l’ordre.

La remise de trophées et de cadeaux a conclu en beauté cette matinée, récompensant les vainqueurs, mais aussi l’esprit d’émulation et de partage qui a régné sur la ville.

«Plus qu’une course, le Semi-Marathon de Bizerte 2026 a été le miroir d’une ville ouverte sur le monde, unie par l’effort et une ferveur populaire inégalée», a déclaré le Dr Mohamed Gabsi, qui s’est félicité du succès de cette manifestation, tout en se réjouissant du bon déroulement technique des compétitions, ainsi que sur les plans humain et sécuritaire.

«Avec un nombre aussi important de participants, notre priorité absolue reste la santé de tous. L’essentiel est que chaque coureur, du professionnel au jeune amateur, puisse rentrer chez lui sain et sauf après avoir vécu cette belle expérience», a-t-il ajouté.

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Gestern — 10. Mai 2026Haupt-Feeds

Ibn Khaldoun est tunisien et ne saurait être partagé

10. Mai 2026 um 14:02

Ibn Khaldoun (1332-1406) n’a jamais évoqué l’Algérie comme entité politique au sens moderne du terme dans ses écrits. Il a plutôt parlé de l’Ifriqiya, région géographique et souveraine dont Tunis, sous la dynastie hafside, était la capitale et le cœur battant. Et il était convaincu que la stabilité de toute la région dépendait de celle de l’Ifriqiya… (Image : Statue d’Ibn Khaldoun au centre de Tunis).

Sami Jallouli *

L’implication d’une station de radio privée tunisienne dans la diffusion d’une distorsion flagrante de l’histoire et de l’identité tunisiennes, et dans l’attribution par l’un de ses intervenants d’Ibn Khaldoun à un pays autre que le leur, est extrêmement dangereuse…

Ibn Khaldoun était un savant tunisien. Né, élevé et instruit en Tunisie, il a évolué au sein de son contexte géographique, culturel, social et politique.

A propos d’un vol culturel et historique

L’affirmation selon laquelle l’Algérie aurait exercé une influence fondamentale sur ses écrits et, notamment, sa ‘‘Muqaddimah’’ relève non seulement d’une erreur historique, mais constitue une projection délibérée visant à attribuer le patrimoine intellectuel d’une nation à une autre. On pourrait le faire parfois par simple courtoisie, mais cela ne saurait devenir un fait d’histoire.

La spécialisation professionnelle de l’intervenant, qu’il soit vétérinaire ou historien, m’importe peu. Ce qui compte pour moi, c’est la rigueur intellectuelle et la neutralité éthique.

Les faits historiques ne sauraient être soumis aux caprices personnels. Le royaume de Numidie relevait historiquement de la sphère d’influence, tant territoriale que souveraine, de l’empire carthaginois. Saint Augustin, bien que né à Souk Ahras, a passé ses années de formation intellectuelle à Carthage, sachant que ces régions sont restées sous influence tunisienne pendant des siècles.

Ironie de l’Histoire, les Tunisiens, fondateurs du Caire et d’Al-Azhar, et qui ont posé les fondements de l’université Al-Qarawiyyin de Fès, n’ont pas organisé des séminaires pompeux pour tirer profit de ces réalisations pour pour s’approprier l’histoire d’autrui.

L’histoire instrumentalisée à des fins de propagande

Nul ne s’oppose à l’ouverture culturelle, mais la raison nous dicte de rejeter la falsification de l’histoire et sa transformation en outil de propagande pour se forger une légitimité illusoire au détriment de l’identité d’autrui. L’histoire est une science qui s’appuie sur les documents, non sur de simples récits fabriqués.

La Tunisie est fortement présente même à travers les symboles partagés. La grande combattante pour la liberté algérienne, Jamila Bouhired, dont j’ai eu l’honneur de parler lors d’un événement organisé par la Faculté de droit de Sousse, alors que j’étais étudiant, n’était pas considérée comme tunisienne, bien qu’elle fût de mère tunisienne originaire de Sfax. L’État tunisien l’a décorée de l’Ordre de la République en reconnaissance de son engagement. Nombre de figures de la révolution algérienne ont été accueillies par la Tunisie ou y sont nées, pourtant personne ne les a revendiqués comme tunisiens ni ne les a rattachés à la Tunisie. Nous mentionnons ces faits uniquement pour réfuter les fausses allégations.

Si l’on suivait cette logique, on dirait que les orientalistes qui ont écrit sur la Tunisie étaient tunisiens, on attribuerait le peintre suisse Paul Klee à la Tunisie parce qu’il y aurait découvert la lumière et les couleurs, selon ses dires, et on prétendrait que Farid Al-Atrash était tunisien parce qu’il avait chanté la Tunisie dans son fameux tube «Bissat Errih» !

De même, personne n’a osé qualifier de suisse le romancier libyen Ibrahim Al-Koni, qui a écrit ses chefs-d’œuvre dans la tranquillité de la Suisse et y a remporté de nombreux prix, car la résidence est certes un lieu d’inspiration, mais elle ne confère pas l’identité…

L’histoire est un ensemble de faits prouvés

L’appartenance, l’origine et le cœur sont une chose, et le simple fait de voyager en est une autre… L’histoire n’est pas un désir, mais un ensemble de faits prouvés et consignés…
Il convient de noter que la présence de personnalités officielles ou militaires, même retraitées, à des programmes médiatiques doit s’accompagner d’une grande précision et d’une prudence verbale exemplaire, afin d’éviter toute instrumentalisation politique de bonnes intentions…

L’Algérie est un beau pays, et je ne crois pas qu’elle ait besoin de construire son histoire aux dépens de ses voisins. Elle possède déjà suffisamment d’atouts pour bâtir une histoire et une identité locales fortes…

* Conseiller juridique et blogueur.

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Les difficultés structurelles du tourisme tunisien

10. Mai 2026 um 09:07

Au-delà des chiffres encourageants, le secteur touristique tunisien est confronté à des difficultés latentes. Près de 8 milliards de dinars de recettes témoignent d’une certaine vigueur, mais ne garantissent pas l’invulnérabilité.

Michael Trout

Derrière cette croissance se cache une lenteur décisionnelle au sein des organismes censés piloter le secteur. Le soutien public s’est amenuisé au fil du temps, laissant des lacunes autrefois comblées par des investissements réguliers. Routes, hôtels et services, vétustes, ne parviennent plus à répondre à la demande actuelle. Les difficultés pourraient s’aggraver en 2026, alors que les premiers signaux d’alarme commencent à apparaître.

Un moteur économique désormais négligé

Récemment, Mohamed Yahyaoui, président de la Commission du tourisme au Parlement tunisien, a évoqué le manque d’attention dont souffre le secteur lors d’une interview radio. Bien que le tourisme tunisien génère des recettes en devises essentielles et contribue à la stabilité du commerce, il reste négligé. L’attention se relâche, même lorsque les retombées économiques sont évidentes. Les ressources demeurent limitées, malgré un impact mesurable. Sur les ondes, les inquiétudes se sont fait entendre discrètement mais fermement.

Un signe est particulièrement frappant : le secteur a perdu 4 % de son financement cette année, malgré la persistance de problèmes de gestion. Ce n’est pas un hasard, affirme Yahyaoui : cette situation révèle le peu d’importance que les décideurs accordent à un secteur capable de soutenir une reprise économique plus large. Bien que modestes en apparence, ces coupes budgétaires témoignent d’une négligence plus profonde. Ce qui ressemble à un ajustement budgétaire pourrait en réalité être une incapacité à saisir les opportunités à long terme.

Inquiétudes concernant l’été 2026

À l’approche de l’été 2026, des signes d’hésitation apparaissent : les réservations sont inférieures de près de 10 % au rythme de l’année dernière. La demande est particulièrement faible dans les principales régions européennes, notamment en France. Malgré une activité croissante dans la planification des voyages, le nombre de réservations confirmées reste inférieur aux tendances précédentes.

Plusieurs facteurs expliquent cette tendance : les pressions économiques en Europe, où la réduction des budgets des ménages entraîne une plus grande prudence en matière de dépenses de loisirs. La hausse des tarifs aériens, qui augmente le coût global des voyages. La concurrence accrue d’autres destinations méditerranéennes comme l’Espagne et la Grèce, qui déploient des promotions agressives.

Cependant, les experts mettent en garde contre une interprétation trop hâtive des chiffres actuels. Les habitudes de réservation penchent désormais vers la spontanéité : les voyageurs attendent plus longtemps, ce qui fausse les anciens indicateurs.

Les observateurs soulignent que ce recul n’est pas un échec, mais une adaptation, façonnée par la nouvelle manière dont les gens envisagent de voyager.

Défis de gouvernance et de coordination

Répartie entre plusieurs ministères – Intérieur, Commerce, Transports, Environnement et Tourisme – la principale difficulté réside dans la dispersion des pouvoirs. Là où une fonction s’arrête, une autre commence, brouillant les frontières, notamment entre le ministère et l’Office national du tourisme.

Bien que censé orienter la politique par le dialogue, le Haut conseil du tourisme fonctionne difficilement dans ces conditions. La lenteur des décisions freine l’élaboration des politiques. Pour y remédier, Yahyaoui suggère une solution : activer pleinement le Haut conseil et organiser des sessions fréquentes.

Une autre option, plus claire grâce à la coordination, consiste à former une équipe interministérielle directement dirigée par le ministre du Tourisme. L’efficacité s’accroît lorsque la structure est au service de la finalité.

Lacunes infrastructurelles et freins à l’investissement

Malgré des progrès visibles, de réels problèmes persistent. De nombreuses villes côtières anciennes souffrent de négligence : l’entretien est insuffisant et les mises à jour sont au point mort. Avec 164 hôtels fermés, le nombre d’établissements accueillant des visiteurs diminue et leur attrait s’estompe progressivement. Des plans obsolètes freinent le développement et les investisseurs hésitent. Près d’un milliard de dinars restent inexploités, bloqués par des stratégies dépassées ; Tabarka est l’une des zones les plus touchées.

Le transport aérien est confronté à des contraintes persistantes. Les petits aéroports régionaux fonctionnent sans soutien suffisant ni planification à long terme, ce qui limite leur rôle dans la réduction de la congestion des grands aéroports et freine la croissance du tourisme local.

Si de nouvelles tendances comme la location de courte durée, les séjours nature et les expériences immersives suscitent un intérêt croissant, elles sont entravées par une réglementation dépassée qui ne parvient pas à s’adapter à l’évolution du secteur.

La reprise reste lente après les fermetures généralisées liées aux crises sanitaires ; les charges financières supplémentaires et la complexité des démarches administratives continuent de dissuader les personnes souhaitant créer ou développer une entreprise.

Opportunités manquées et obstacles juridiques

Malgré les troubles dans les régions méditerranéennes voisines, la Tunisie n’a connu qu’une progression limitée de son attractivité touristique, grâce à un sentiment de sécurité.

Près de 130 propositions de loi visant à moderniser le secteur ont été déposées par des parlementaires. Les résistances proviennent principalement des représentants du gouvernement lorsque les changements touchent à des domaines sensibles comme le droit des investissements.

Des règles obsolètes du Code des investissements freinent encore le développement, affectant autant les entreprises locales qu’internationales. Le progrès est bloqué là où la volonté politique faiblit, même face à des opportunités évidentes.

Malgré les défis, des progrès sont visibles. En 2027, Tunis assumera le rôle de capitale arabe du tourisme, une décision prise lors du 28e Conseil ministériel arabe du tourisme, qui s’est tenu à Bagdad en décembre 2025. À l’avenir, des discussions entre la Commission du tourisme, les agences de voyages et les représentants du ministère visent à élaborer une stratégie ciblée.

Traduit de l’anglais.

Source : Tourisme Rewiew News.

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‘‘Exile’’ de Mehdi Hmili | Une société dans l’abîme

10. Mai 2026 um 08:24

Quelques impressions sur le film ‘‘Exile’’ de Mehdi Hmili qui puise sa force dans le noir social. C’est du bon cinéma tunisien aux accents sociaux sombres.

Mohamed Sadok Lejri

La première moitié du long-métrage est particulièrement prenante. Le cinéaste y déploie une palette d’ocre et de sépia, ces teintes crépusculaires enveloppent aussi bien l’enceinte étouffante d’une usine sidérurgique décrépite que les paysages extérieurs, comme si la rouille du monde industriel avait fini par contaminer l’horizon. Ainsi, cette gamme chromatique renvoie à la vétusté de l’usine sidérurgique et au décor de fer rouillé qui illustre parfaitement la condition de vie des ouvriers, semblables à des morts-vivants.

Le sang et l’acier

L’usine sidérurgique délabrée qui imprègne tout le film est le cadre d’un drame humain où le sang et l’acier se confondent. C’est dans cette atmosphère crépusculaire que le protagoniste interprété par Ghanem Zrelli tente de démêler le vrai du faux après la perte tragique de son compagnon de misère. La douleur physique se mue en une exigence de justice où la soif de vengeance lutte avec la quête de vérité. S’engage alors une quête de vérité labyrinthique, une plongée dans les recoins sombres d’un système broyeur où la violence, aussi délétère soit-elle, s’avère le seul remède à l’oppression.

Si Mehdi Hmili affirme son identité visuelle avec une rigueur implacable, cette suprématie de la mise en scène s’opère au détriment d’une narration qui, dans la deuxième partie du film, s’abandonne aux conventions du thriller commercial américain.

À force de flirter avec les archétypes du genre, le récit perd de son intensité comme de sa profondeur, finit par basculer dans la caricature et laisse les codes narratifs calqués sur le modèle américain phagocyter l’essence même du propos, pourtant si bien exprimé au cours de la première partie.

Hybridation des genres

Si la première moitié du film impressionne par la puissance de son propos et une virtuosité esthétique et sonore exemplaire, l’œuvre peinera à maintenir cet équilibre dans sa seconde partie et l’intrigue à gagner en vraisemblance. Hélas, cette force initiale se délite lorsque l’intrigue bifurque vers une structure narrative calquée sur les standards du thriller américain, aboutissant à une hybridation des genres qui manque singulièrement de cohérence. Le virage vers le divertissement dessert la profondeur du message, laissant le spectateur sur sa faim et insatisfait par ce mélange de styles inabouti.

Dans cette fresque résolument virile où s’entrecroisent les figures de l’amitié trahie et les rouages de la corruption, ‘‘Exile’’ se veut le miroir symbolique d’une frange de la société plongée dans l’abîme et qui se consume dans un lent délitement, dans une précarité totale ; des ouvriers qui ne sont rien d’autres que de simples rouages d’un mécanisme froid et inhumain, de la chair à machine.

En revanche, malgré les écueils précédemment cités, le film délivre un message puissant : son propos sur ces hommes, simples extensions de l’acier et jetables à la moindre fatigue, demeure d’une grande force. Et enfin, last but not least, ‘‘Exile’’ est porté par un puissant langage métaphorique et une bande originale envoûtante signée Amélie Legrand.

* Les inquisiteurs de Facebook et autres coincés du derrière qui s’acharnent sur le film et appellent à sa censure, prétextant quelques séquences audacieuses ou un langage cru, ne voient pas que ce réalisme est précisément ce qui fait sa force. Ces esprits étriqués, dont l’inculture n’a d’égale que la pudibonderie, feraient mieux de s’en tenir aux films familiaux, du genre ‘‘𝑆𝑎ℎ𝑏𝑒𝑘𝑅𝑎𝑗𝑒𝑙’’et le cinéma «nadhif» égyptien, plutôt que de vouloir amputer une œuvre de sa vérité et de s’arroger le droit de décider pour nous de ce que nous sommes en mesure de voir ou non.

** Il est regrettable de ne pas avoir conservé le titre arabe.

Bande annonce.

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Vers une inévitable hausse du prix des voitures ?

10. Mai 2026 um 08:11

Cet article de Nikkei Asia montre comment les perturbations de la chaîne d’approvisionnement dues à la guerre en Iran pourraient bientôt se répercuter sur le prix des véhicules. Il montre comment les équipementiers automobiles subissent l’onde de choc de la hausse des prix du lingot d’aluminium (+ 20 % au Japon) depuis le début du conflit, des alliages secondaires et des plastiques issus du naphta, qui atteignent des records historiques. Raisons pour lesquelles les experts n’excluent plus une hausse du prix des véhicules à l’horizon 2027.

Le conflit prolongé au Moyen-Orient fait grimper les prix des matériaux utilisés dans l’automobile, comme l’aluminium et les plastiques, et l’on craint de plus en plus que cette tendance ne se propage en aval et ne finisse par renchérir les véhicules eux‑mêmes.

Aluminium et plastiques sous tension

Deux mois après le début des frappes usraéliennes contre l’Iran, les prix de l’aluminium — utilisé dans les jantes et les panneaux de carrosserie — s’envolent. Au 24 avril, le prix de gros du lingot d’aluminium au Japon s’établissait autour de 720 000 yens (environ 3911 €) la tonne métrique, en hausse de plus de 20 % depuis la fin février. Ce métal est de plus en plus recherché parce qu’il permet d’alléger les voitures, en particulier les véhicules électriques.

La chaîne d’approvisionnement de l’aluminium a été perturbée par la guerre au Moyen‑Orient, région qui représente 10 % de la production mondiale. La fermeture du détroit d’Ormuz rend les exportations difficiles et plusieurs fonderies de la zone ont été endommagées lors des attaques iraniennes contre les pays voisins.

La flambée des cours du lingot s’est étendue aux alliages d’aluminium, y compris les alliages de deuxième fusion issus du recyclage, utilisés dans certaines pièces de moteur.

Les prix de gros, qui suivent ceux du lingot, ont augmenté de 8 % en avril par rapport à février et continuent d’atteindre des niveaux record.

Les prix des plastiques servant à fabriquer des pièces automobiles grimpent eux aussi. La filiale de Mitsui Chemicals, Prime Polymer, et d’autres sociétés ont annoncé des hausses de 80 à 90 yens [0,44-0,49€] par kilo — environ 30 % — pour le polyéthylène et le polypropylène à compter d’avril, en raison de la flambée des cours du naphta (matière première pétrochimique issue du raffinage) sur les indices asiatiques.

«Nous n’avons pas eu d’autre choix que d’accepter une augmentation aussi forte si nous voulions avant tout sécuriser nos approvisionnements», explique le représentant d’une entreprise de transformation.

La plupart des entreprises semblent avoir rapidement accepté l’essentiel des hausses. Le polyéthylène haute densité se négocie désormais autour de 396 yens [2,15€] le kilo, et le polypropylène autour de 418 yens [2,27€], des records qui n’avaient plus été atteints depuis deux ans.

Le 21 avril, Prime Polymer a annoncé une nouvelle hausse de 39 yens [0,21€] pour certaines transactions à livrer en mai. Si les équipementiers automobiles et les autres acheteurs acceptent ces augmentations successives, le coût de fabrication des véhicules s’en trouvera alourdi.

Le caoutchouc et l’acier emboîtent le pas

Le prix du caoutchouc utilisé dans les pneus devrait également monter. Les fabricants de caoutchouc synthétique ont annoncé des hausses applicables dès les livraisons et les expéditions de mai. D’ordinaire, les augmentations annoncées au cours du trimestre avril-juin n’entrent en vigueur qu’en août : ce calendrier est donc inhabituellement rapide.

«Cette hausse repose sur l’hypothèse que les prix reviendront à leur niveau initial dès que la pénurie de naphta sera résorbée», précise Shinichi Kato, président du distributeur de caoutchouc Shinichi Kato Office.

Les cours internationaux du caoutchouc naturel progressent eux aussi de concert. Une voiture particulière classique utilise entre 32 et 40 kg de caoutchouc pour ses pneus.

En Chine, le prix du caoutchouc naturel s’envole, car les manufacturiers de pneumatiques cherchent à remplacer une partie des matières premières synthétiques par cette alternative naturelle moins chère. Des spéculateurs parient que la hausse du caoutchouc synthétique tirera celle du caoutchouc naturel vers le haut.

L’acier, qui entre dans la composition de la caisse des véhicules, montre, lui aussi, des signes de renchérissement.

En mars, Nippon Steel et JFE Steel ont déclaré qu’elles comptaient relever leurs prix de 10 000 [54€] yens par tonne — environ 10 % — pour les livraisons au détail à partir de mai. Si cette augmentation se confirme, le prix de la tôle d’acier laminée à chaud de référence dans la région de Tokyo devrait dépasser 110 000 yens [598€] la tonne. Tokyo Steel, qui utilise des fours à arc électrique (alimentés à l’électricité plutôt qu’au charbon), s’apprête aussi à augmenter ses prix de vente.

Ces hausses surviennent alors que les prix des principales matières premières comme le charbon à coke (utilisé dans les hauts‑fourneaux) augmentent, ce qui dégrade la rentabilité.

La progression des coûts de main‑d’œuvre et de logistique constitue un autre frein. La flambée de l’énergie et des matières premières liée au conflit iranien pèse également sur les relations commerciales : les aciéristes électriques sont particulièrement touchés en raison de leur forte consommation d’électricité.

D’ordinaire, les grands constructeurs automobiles et les aciéristes négocient directement le prix de l’acier.

Toyota, dont le poids est considérable, achète l’acier pour le compte de ses fournisseurs de pièces. À partir d’un tarif de gros renégocié tous les six mois, le constructeur fixe le prix auquel il cède le métal à ses équipementiers. La dynamique actuelle de hausse de l’acier devrait inciter les grossistes à durcir leur position lors des négociations du second semestre.

Vers une inévitable hausse du prix des voitures ?

Même si le conflit au Moyen‑Orient prenait fin, la plupart des experts pensent que les prix de l’énergie mettront du temps à baisser et que le trafic dans le détroit d’Ormuz ne reviendra pas à la normale rapidement. Étant donné le décalage entre la montée des matières premières et celle des pièces et des produits finis, certains jugent qu’une baisse des prix est improbable dans un avenir proche.

«Le niveau actuel des prix des matières premières est en quelque sorte un signal d’inquiétude sur l’offre. Nous en sommes même à un point où la production automobile elle‑même risque de ralentir par manque de matériaux», estime Takayuki Homma, économiste en chef chez Sumitomo Corp. Global Research.

La grande question est de savoir comment ces tendances vont se répercuter sur le prix des voitures. D’après une source de l’industrie des matériaux, les constructeurs absorberont le surcoût si la pénurie de naphta dure environ trois mois ; en revanche, si elle persiste un an, le prix des véhicules pourrait augmenter de 100 000 à 150 000 yens [540-814€].

«Si ces prix élevés deviennent la norme, les entreprises ne pourront inévitablement plus les assumer seules, explique Seiji Sugiura, analyste senior au Tokai Tokyo Intelligence Laboratory. Dans ce cas, l’impact pourrait se transmettre au prix des automobiles à partir de début 2027, une fois passée la campagne de ventes de fin d’année», ajoute-t-il.

L’envolée des matières premières risque de peser lourdement sur les bénéfices des constructeurs : «Les producteurs d’aluminium répercutent progressivement les hausses sur leurs produits, a déclaré l’Association japonaise de l’aluminium lors d’une conférence de presse le 27 avril. Nous demandons la compréhension des utilisateurs.»

Traduction : Fausto Giudice.  

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Le poème du dimanche | ‘‘Rivage en deux temps’’ de Michel Cassir

10. Mai 2026 um 07:20

Né en 1952 à Alexandrie, Michel Cassir est poète et universitaire scientifique d’origine égypto-libanaise.

Cassir a vécu sa petite enfance en Egypte puis au Liban et au Mexique, avant de s’installer en France. Il dirige, depuis 2001, la collection de poésie «Levée d’Ancre» aux Éditions l’Harmattan. Il a publié une trentaine d’ouvrages littéraires ainsi que des textes dans des anthologies et revues poétiques dans une quinzaine de pays. Lauréat en 2008 du Prix littéraire, «Le jasmin d’Argent» pour l’ensemble de son œuvre.

Tahar Bekri          

          I

river le large

c’est river l’âge

le son en tremble

au bord de quelle tempête

à l’approche de quel pirate

le rivage aurait pu être

la paix retrouvée

entre deux tumultes

entre deux prières

le vide qu’on arrache à nos pieds

enfin dévolus à l’errance

le sang charrié par les vagues

et leurs embarcations

tu n’atteindras jamais

le rivage de ton vivant

gémit la rafale

qui entraîne le migrant

à sa perte

dévider toute mémoire

dans le lointain

il est un rivage

qui n’était au départ

que l’esquisse d’un tableau

tentative de s’en remettre à l’infini

page blanche le rivage

me dévisage de son flanc

amoindri par le manque

de visibilité

entre le bleu défoncé

et la plage orpheline

de la belle saison

promise par l’image

                       II

     parfois l’œil

monstre furtif

absorbe la marée

alors le cœur

s’ouvre à la confidence

des mouettes

pour habiter

enfin le rivage 

Inédit, mars 2025.

(Remerciements à l’auteur)

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Calendrier des épreuves pratiques et orales du Bac 2026

09. Mai 2026 um 13:38

Le ministère de l’Éducation a annoncé, ce vendredi 9 mai 2026, le calendrier des épreuves pratiques et orales du baccalauréat 2026, qui se dérouleront les 14 et 15 mai 2026.

La première journée sera consacrée à l’épreuve orale d’éducation musicale, avec 4 058 candidats répartis dans 72 centres d’examen.

Les épreuves pratiques de technologie auront lieu du 14 au 23 mai 2026 et concerneront 21 677 candidats répartis dans 289 centres.

Concernant l’épreuve pratique d’études médiatiques, les tests se dérouleront les 16, 19, 20, 21 et 23 mai 2026. 162 435 candidats y participeront, répartis dans les centres suivants : 340 centres le 16 mai, 567 le 19, 519 le 20, 504 le 21 mai et 340 le 23.

Quant à l’épreuve pratique et orale pour la filière sportive, elle aura lieu les 19, 20, 22 et 23 mai. 2 064 candidats y participeront, répartis dans 87 centres, selon un communiqué du ministère.

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TTM pour dynamiser le tourisme local et régional  

09. Mai 2026 um 13:03

Le Tunisian Travel Market (TTM), première édition du salon dédié au tourisme local et régional (Algérie et Libye), qui représente plus de la moitié du chiffre d’affaires, a ouvert ses portes à la Cité de la Culture de Tunis, en présence du ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Sofiane Tekaya.

L’événement, qui se déroule du 7 au 9 mai 2026, est organisé par la Fédération tunisienne des agences de voyages et de tourisme (FTAV), sous la tutelle du ministère et en collaboration avec le ministère des Affaires culturelles.

«Dynamiser le tourisme national et celui des pays voisins est une priorité à ce stade», a déclaré M. Tekaya lors de l’ouverture du salon, soulignant que les visiteurs algériens et libyens, associés au tourisme national, représentent plus de 50 % de l’activité touristique du pays. Selon le ministre, ces marchés bénéficient d’une attention particulière, notamment grâce à l’amélioration de la qualité des services et à la promotion de la réservation anticipée, avec des offres préférentielles allant jusqu’à 55 % dans certains hôtels.

Le salon, placé sous le thème «Tourisme national et tourisme des pays voisins : coopération, partenariat et investissement», ambitionne de devenir une plateforme de référence pour les opérateurs tunisiens et régionaux. Les organisateurs souhaitent promouvoir un modèle touristique moderne, durable et innovant, axé sur le tourisme alternatif et responsable, la digitalisation du secteur, les nouvelles formes de mobilité et les offres de réservation anticipée.

Le programme comprend des conférences consacrées aux quartiers, au développement durable, à la digitalisation et à l’innovation, ainsi que des rencontres entre professionnels tunisiens, algériens et libyens et la signature d’accords avec les fédérations des pays voisins. L’accès au grand public, des actions promotionnelles et des offres spéciales pour l’été 2026 sont prévus.

Cette première édition réunit au moins un millier de professionnels de Tunisie, d’Algérie et de Libye, parmi lesquels des agences de voyages, des hôteliers et des plateformes touristiques.

Cet événement s’inscrit dans une stratégie visant à rapprocher le tourisme des citoyens, à maîtriser les coûts et les prix, et à renforcer la compétitivité de la Tunisie en tant que destination, notamment en vue de 2027, année où Tunis deviendra la capitale arabe du tourisme.

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Distribution agricole en Tunisie | Un bouc émissaire dans le souk des bestiaux

09. Mai 2026 um 11:40

Le 12 mai prochain, l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE) tient sa 10e édition du Tunisia Economic Forum. Le thème retenu — «La réforme des circuits de distribution agricole» — est louable dans son intitulé. Le diagnostic implicite qui le sous-tend, lui, mérite d’être sérieusement contesté. Car derrière l’appel à «moderniser» et à «fluidifier» les circuits, perce une vieille musique familière : ce sont les intermédiaires qui bloquent tout. Ce sont eux les coupables. Ce sont eux qu’il faut réformer, réguler, voire éliminer. Sauf que cette thèse, aussi commode soit-elle pour les chefs d’entreprises réunis en forum, repose sur un diagnostic incomplet et partial. C’est comme si on considérait le thermomètre comme la cause de la fièvre

Moktar Lamari *

Commençons par nommer les choses. L’IACE, un think tank ou un lobby ?

L’IACE se présente comme un espace de réflexion et de dialogue. Dans les faits, c’est l’émanation organisée du patronat tunisien, de ses oligopoles agro-industriels, de ses groupes de grande distribution, de ses conglomérats qui contrôlent à la fois la production, le stockage et la mise en marché. Un lobby, en somme, qui coche toutes les cases de la définition — représentation d’intérêts sectoriels, accès privilégié aux décideurs publics, production d’un discours pseudo-technique habillé en intérêt général.

Il n’y a là rien d’illégal. Mais il y a quelque chose d’intellectuellement problématique à laisser ce groupe d’intérêt définir le diagnostic de la chaîne agricole sans que personne ne soulève la question : cui bono ? À qui profite l’accusation portée contre les intermédiaires ?

Cinq limites du raisonnement de l’IACE

1ère limite : confondre symptôme et cause. Les marges excessives entre producteur et consommateur — parfois multipliées par trois selon leurs propres données sont réelles. Mais elles ne sont pas la cause du dysfonctionnement ; elles en sont la conséquence.

Une offre agricole insuffisante, fragmentée, mal organisée, crée structurellement des rentes d’intermédiation. Accuser l’intermédiaire sans traiter la faiblesse de l’offre, c’est comme reprocher au pompier de mouiller les meubles.

2e limite : occulter le problème d’investissement. Le secteur agricole tunisien investit peu. Très peu. Les taux d’intérêt bancaires appliqués aux agriculteurs et aux PME agroalimentaires oscillent entre 13 % et 16 %, dans un contexte où le taux directeur de la Banque Centrale de Tunisie est fixé à 7 %.

Un spread de 6 à 9 points au-dessus du taux directeur : voilà ce qu’on appelle des taux usuraires dans le langage courant, et un rationnement du crédit dans le langage académique. Qui sont les banquiers qui pratiquent ces marges ? Souvent les mêmes groupes financiers dont les représentants siègent dans les forums de l’IACE. Le conflit d’intérêts est flagrant. Et le Forum du 12 mai en parlera-t-il ? On peut en douter.

3e limite : ignorer la faible productivité agricole. La Tunisie affiche une productivité agricole parmi les plus basses du Maghreb, avec un rendement céréalier moyen d’environ 1,5 à 1,8 tonne/hectare, contre 3 à 5 tonnes en Turquie ou au Maroc dans les zones irriguées comparables.

Une productivité aussi basse implique des coûts de revient élevés, qui remontent mécaniquement toute la chaîne de valeur. Ce n’est pas l’intermédiaire qui crée ce différentiel de coût : c’est l’absence d’investissement dans l’irrigation, la mécanisation, les intrants de qualité, la R&D agronomique.

Là encore, les entreprises membres de l’IACE, qui approvisionnent ces filières en matériel et en intrants, ont leur part de responsabilité — qu’on ne saurait sous-estimer.

4e limite : ignorer la collusion oligopolistique en aval. La grande distribution tunisienne est concentrée. Quelques enseignes — souvent liées à de grands groupes privés proches du milieu patronal — exercent un pouvoir d’achat monopolistique sur les fournisseurs. Elles imposent leurs prix d’achat, leurs délais de paiement, leurs référencements discriminatoires.

Dans ce contexte, l’intermédiaire — souvent un petit commerçant, un grossiste de souk, un camionneur — n’est pas le dominant de la filière : il est coincé entre un producteur appauvri en amont et une grande enseigne prédatrice en aval. Le désigner comme bouc émissaire, c’est précisément protéger ceux qui exercent le pouvoir de marché réel.

5e limite : l’absence de toute autocritique. Le communiqué de l’IACE parle de «transparence», d’«écosystème résilient», de «passage de la stratégie à l’exécution». Belles formules. Mais où est l’autocritique des chefs d’entreprises eux-mêmes ? Où est la question sur les délais de paiement imposés aux sous-traitants ? Sur le dumping fiscal pratiqué par certains conglomérats grâce à l’optimisation offshore ? Sur les ententes tarifaires dans la grande distribution que plusieurs enquêtes ont documentées ?

On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre, et reprocher à la bergère de mal distribuer ses produits laitiers.

Remettre la réflexion sur ses pieds

Premièrement : plafonner les spreads bancaires sur le crédit agricole. Un taux maximum de taux directeur + 3 points — soit 10 % au plafond actuel — est une mesure urgente, calibrée sur ce que pratiquent le Maroc (8 %) ou l’Égypte pour ses filières stratégiques. Le forum devrait mettre cette question, et non les intermédiaires, au cœur de ses panels.

Deuxièmement : conditionner les avantages fiscaux des grandes enseignes à des délais de paiement contractuels. Toute entreprise bénéficiant d’exonérations fiscales ou d’avantages du Code d’Investissement devrait être soumise à un plafond de 60 jours de paiement à ses fournisseurs agricoles, sous peine de pénalités automatiques. C’est la règle en France depuis la Loi de modernisation de l’économie (LME) de 2008. La Tunisie attend toujours.

Troisièmement : investir massivement dans les infrastructures de stockage et de froid. Les pertes post-récolte en Tunisie sont estimées entre 25 % et 35 % selon les filières — tomates, pommes de terre, agrumes. Ce gaspillage structurel crée l’illusion d’une pénurie artificielle que les intermédiaires sont accusés d’exploiter. La réponse est logistique et infrastructurelle, pas policière.

Quatrièmement : ouvrir l’IACE à une représentation des producteurs agricoles et des PME agroalimentaires.

Un forum qui parle de distribution agricole sans agriculteurs à la table, c’est un procès où l’accusé n’est pas convié. Si l’IACE veut être un espace de dialogue national et non une chambre d’écho oligopolistique, qu’il commence par inviter ceux dont il prétend résoudre les problèmes.

Le thermomètre n’est pas la fièvre

L’intermédiaire est, au fond, le thermomètre de la filière agricole tunisienne. Il mesure — parfois amplifie — les dysfonctionnements structurels d’une offre sous-investie, d’une logistique défaillante, d’un crédit inaccessible, d’une productivité anémique. Le briser ne guérira pas le malade. Il laissera simplement le patient sans diagnostic.

Le vrai Forum économique que la Tunisie attend n’est pas celui où le patronat interroge les autres. C’est celui où il interroge aussi ses propres pratiques — ses marges, ses délais, ses ententes, ses taux d’intérêt.

Ce jour-là, le débat sera vraiment national. En attendant, le Tunisia Economic Forum 2026 ressemble davantage à un procès organisé par les bouchers pour réformer les bergers.

* Ph.D.

Blog de l’auteur: E4T, Économie pour la Tunisie

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Boualem Sansal annonce un récit sur le pouvoir et la peur

09. Mai 2026 um 10:16

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal publiera le 2 juin 2026 un nouvel ouvrage intitulé ‘‘La Légende’’, aux Éditions Grasset⁠. Présenté comme un récit personnel nourri par une expérience de détention et par une réflexion sur les mécanismes du pouvoir, le livre s’annonce comme l’un des textes les plus politiques de l’auteur.

Dans les premières pages dévoilées par l’éditeur, Boualem Sansal décrit «un monde inversé» «où la vérité dérange, où la justice inquiète, où la liberté fait peur». L’écrivain affirme que son histoire lui aurait progressivement échappé, portée par «un tribunal d’exception», «la prison» et «les médias des cinq continents».

«Mon récit me permet de me réapproprier la légende», écrit-il, dans un texte qui prend la forme d’une dénonciation de ce qu’il qualifie de «justice aux ordres» et de «pouvoir sans contrepoids».

L’éditeur présente ‘‘La Légende’’ comme «l’histoire d’un homme que l’on a voulu effacer — et qui devient un symbole». Une formule qui donne au livre une portée dépassant le simple témoignage autobiographique.

Connu pour ses romans et essais critiques sur l’autoritarisme, les dérives idéologiques et les fractures politiques du monde contemporain, Boualem Sansal est notamment l’auteur de ‘‘2084 : la fin du monde’’, ‘‘Le Village de l’Allemand’’ et ‘‘Rue Darwin’’.

Membre de l’Académie française, l’écrivain a reçu de nombreuses distinctions littéraires en France et à l’international. Avec ‘‘La Légende’’, il semble vouloir inscrire une expérience personnelle dans une réflexion plus large sur la justice, la fabrication des récits publics et la place de l’écrivain face au pouvoir.

Djamal Guettala 

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Le Sahel au bord du gouffre

09. Mai 2026 um 09:42

Pendant que le monde se focalise sur le Moyen Orient, le Sahel se défait, de la Méditerranée à la mer Rouge, de l’océan Indien aux côtes de l’Atlantique. Dans les sables brûlants du Sahel, l’État n’est plus qu’un fantôme, une fiction administrative en dissolution accélérée. Ce n’est pas un accident de l’histoire. C’est l’aboutissement d’une abdication collective, aux responsabilités partagées entre puissances coloniales avec la non viabilité de leurs découpages territoriaux, gouvernants, partenaires extérieurs complaisants et institutions internationales sourdes aux réalités qu’elles prétendaient transformer.

Yahya Ould Amar *

Les ruines sont désormais visibles – reste à savoir jusqu’où l’onde de choc ira. Le Sahel est devenu le laboratoire mondial de ce qui arrive lorsque l’État cesse d’être une promesse commune et que la souveraineté se fragmente entre milices, trafiquants, juntes, puissances étrangères et communautés abandonnées.

L’État fantôme

Il faut nommer les réalités sans détour, même lorsqu’elles dérangent, l’État sahélien est devenu une anomalie historique faute de viabilité durable.

La racine des conflits armés au Sahel n’est ni exclusivement religieuse, ni seulement ethnique ou climatique, elle réside d’abord dans la faillite de l’État comme arbitre légitime. Le contrat social s’est brisé. Trop souvent replié sur la capitale, capturé par des «élites» prédatrices, incapable de protéger, de redistribuer, de juger équitablement et d’assurer les services publics élémentaires, l’État a cessé d’apparaître comme une promesse commune pour devenir, dans de vastes périphéries, une présence intermittente.

Là où il ne protège plus, d’autres souverainetés s’installent comme les autorités tribales, les réseaux religieux, les milices communautaires, les groupes armés, les trafiquants et entrepreneurs de guerre.

La pauvreté, la corruption, l’exclusion de communautés entières, les rivalités pastorales et foncières, la pression démographique, les chocs climatiques avec la raréfaction de l’eau et des pâturages, la circulation des armes, les trafics transfrontaliers et les ingérences étrangères ne sont donc pas des causes isolées – ce sont les accélérateurs d’un même effondrement politique.

Entre promesses de développement trahies, générations sacrifiées, territoires abandonnés, populations déplacées et armées devenues arbitres du pouvoir, la frontière entre l’État faible et l’État fantôme a été franchie presque partout au Sahel, jusqu’à ce que les ruines rendent l’effondrement visible.

Lorsque l’État échoue trop longtemps, les peuples cessent d’y croire et finissent par accepter n’importe quel ordre, pourvu qu’il donne l’illusion d’une protection.

Il serait abusif d’imputer l’échec de la construction étatique au Sahel à un rejet supposé de l’État par les sociétés sahéliennes, comme si celui-ci n’était qu’une anomalie historique étrangère à leurs réalités.

De la fiction administrative à l’arc du chaos

Du Mali en lambeaux au Soudan dévasté, du Niger fragilisé à la Libye morcelée sur les rives méditerranéennes, jusqu’en Somalie aux abords de la mer Rouge et de l’océan Indien en passant par l’Ethiopie, se dessine une vaste continuité de délitement étatique qui reconfigure le flanc sud de l’Europe.

Seul Djibouti, préservé des déchirures qui l’avaient meurtri durant une décennie jusqu’en 2001, échappe aujourd’hui au délitement tragique des États de la région. Par sa stabilité, sa position stratégique en face du détroit de Bab El Mendeb, du Yémen et de l’Arabie Saoudite, son hospitalité et son rôle de carrefour entre la mer Rouge et la Corne de l’Afrique, il s’affirme comme une terre de refuge, de paix et d’investissement dans un environnement régional gagné par les conflits armés.

Il faut regarder cette réalité de délitement sans détour, avant que les foyers de crise aujourd’hui dispersés ne s’agrègent en un arc d’instabilité continu, reliant les rivages de l’océan Indien à ceux de l’Atlantique, la Méditerranée à la mer Rouge, faisant de l’Afrique le continent du chaos et de la désolation.

Ce que Paris, Londres et Washington décrivent comme un simple déficit de gouvernance relève en réalité d’une crise plus profonde, liée à l’épuisement d’un modèle étatique de façade, faiblement enraciné et toujours concurrencé par des loyautés plus anciennes — tribales, régionales, confessionnelles ou claniques. Longtemps maintenu par la rente, l’aide internationale et l’assistance militaire, l’État sahélien voit aujourd’hui ses trois béquilles s’écrouler en même temps.

Les coups d’État militaires survenus ces dernières années au Mali, au Burkina Faso et au Niger constituent des symptômes avancés d’un affaissement profond de l’autorité publique, et des signaux d’alerte pour l’ensemble des États voisins. Les juntes ont pris le contrôle d’appareils bureaucratiques déjà fantomatiques, dont l’autorité est largement contestée à l’intérieur de leurs frontières. Ces régimes peuvent durer comme appareils de coercition, mais non comme projets politiques viables.

La démographie ajoute une dimension explosive que les analyses conventionnelles traitent, par myopie, comme un dividende accélérateur de croissance économique, alors qu’elle constitue le multiplicateur des crises. Une population qui double dans des États – en crise économique – qui s’affaiblissent, dans un environnement climatique qui se désertifie, cette équation n’a pas de solution pacifique à moyen terme.

Le changement climatique n’est pas une menace future au Sahel — c’est un fait présent et cumulatif. La zone de précipitations utiles recule vers le sud de 50 à 80 km par décennie.

Cette équation démographique et climatique rejoint une loi plus profonde de l’économie, les sociétés ne divergent pas seulement par leurs richesses, mais par les cercles cumulatifs — vertueux ou destructeurs — dans lesquels elles sont enfermées.

En effet, il existe, dans la théorie économique des nations fragiles, un seuil invisible – point critique où le revenu réel, la capacité productive et la puissance fiscale deviennent suffisants pour transformer la survie économique en dynamique cumulative de développement – mais décisif, en deçà, la pauvreté cesse d’être un simple retard de développement pour devenir une force d’aspiration vers le bas ; au-delà, l’accumulation du capital, de la confiance, de l’éducation, des infrastructures et des institutions peut au contraire produire une dynamique cumulative de prospérité.

Gunnar Myrdal avait montré que le sous-développement n’est pas un état immobile, mais un processus circulaire, la faiblesse des revenus réduit l’épargne, l’investissement et la qualité des services publics ; cette faiblesse dégrade à son tour la productivité, nourrit l’exode des compétences, accroît la défiance envers l’État, affaiblit la fiscalité, puis réduit encore davantage la capacité publique à protéger, instruire, soigner et équiper le territoire.

Le Sahel est précisément pris dans cette causalité cumulative négative, des États pauvres administrent des territoires immenses, jeunes, fragmentés et climatiquement vulnérables avec des ressources fiscales dérisoires ; leur impuissance économique devient impuissance politique, puis leur impuissance politique aggrave leur impuissance économique.

Tant qu’un pays ne franchit pas le seuil critique où l’investissement public, la sécurité, l’éducation, la justice et les infrastructures commencent à se renforcer mutuellement, il risque d’être aspiré par une spirale où chaque retard prépare le suivant, et où la pauvreté devient une architecture durable de la guerre.

La question décisive est de savoir si l’Etat sahélien n’est pas, en deçà de ce seuil critique de revenu, de capacité productive, donc condamné à devenir un État fantôme, non viable, trop pauvre pour protéger, trop faible pour administrer, trop absent pour unir, trop discrédité pour gouverner.

Dans cet immense espace sahélien de près de cinq millions de kilomètres carrés, l’État sahélien se défait sous nos yeux. Héritées des conférences coloniales de la fin du XIXᵉ siècle, ces architectures politiques — frontières tracées à l’équerre, découpages imposés à des sociétés complexes, indifférence aux réalités ethniques, linguistiques, religieuses et aux conditions mêmes de viabilité économique — n’ont que rarement réussi à se transformer en véritables nations.

Les groupes armés ne sont plus seulement des acteurs militaires. Ils sont devenus des prestataires de services : justice appliquée de façon cohérente là où les tribunaux étatiques ne sont que corruption organisée, redistribution économique là où l’État prélève sans donner, protection physique là où la sécurité est inexistante, parfois les armées nationales y commettent des atrocités. Leur modèle est l’administration territoriale. Ce sont les Talibans de 1994 à 1996 — et nous savons où cette trajectoire conduit.

Des dominos à des stades différents d’inclinaison

L’idée du cordon sanitaire — isoler le Sahel, contenir sa contagion par des frontières renforcées — se fracasse sur une réalité géographique et humaine qui la précède de plusieurs siècles, dans cet espace, les frontières n’ont jamais été des réalités physiques pour les populations y compris les frontières maritimes.

La Libye est le cas le plus éloquent. Elle n’est pas une victime de l’instabilité sahélienne — elle en est l’amplificateur structurel. La destruction de l’État libyen par l’intervention de l’Otan en  2011 a ouvert dans tout le Sahel un immense marché noir des armes, transformant les arsenaux libyens en carburant militaire du chaos régional.

Aujourd’hui bicéphale — Tripoli soutenue par la Turquie et le Qatar, Benghazi par les Émirats, l’Égypte et les successeurs de Wagner — la Libye entretient une partition dont chaque parrain tire profit et que personne n’a réellement intérêt à résoudre. Ses 1700 kilomètres de frontière commune avec le Niger, le Tchad, le Soudan et l’Algérie sont des artères vitales pour les trafics de migrants, d’armes et de drogue.

Plus au Sud, le Nigéria — 230 millions d’habitants, premier producteur pétrolier du continent — vit une guerre civile rampante que les observateurs s’obstinent à traiter comme un problème de gouvernance régionale. Boko Haram et l’ISWAP (l’État islamique Afrique de l’Ouest) contrôlent des portions entières des États du Nord-Est depuis 2009. Leur connexion avec le GSIM sahélien est opérationnelle. Le Sahel et le Nigéria forment désormais un continuum sécuritaire. Un Nigéria en décomposition partielle serait une recomposition comparable en impact géopolitique à la désintégration soviétique — mais à une échelle démographique dix fois supérieure. Les États côtiers qui avaient été présentés comme des succès — Côte d’Ivoire, Ghana, Sénégal — voient leurs régions septentrionales pénétrées selon exactement le même modèle de diffusion qu’au Mali d’avant 2012, d’abord les zones rurales frontalières, ensuite les axes routiers, enfin les villes secondaires. La fenêtre d’action préventive se ferme dans les trois à cinq ans.

Si le verrou algérien céderait…

Il est un pays, l’Algérie, dont l’effondrement, que personne de la région ne souhaite, concentrerait en un seul choc géopolitique toutes les catastrophes évoquées jusqu’ici — et auquel les capitales occidentales consacrent une réflexion stratégique désespérément insuffisante, considérant le pays comme une menace en cas de conflit majeur. Non pas parce qu’une catastrophe est imminente mais parce qu’elle est calculable, et que ses effets seraient proprement incommensurables avec le basculement dans le chaos de plusieurs états de la région et au-delà.

L’Algérie est un pôle de stabilité régionale dont la continuité repose sur deux variables, le prix du pétrole et le pari sur son développement industriel. Le pays est engagé dans une transition industrielle réelle, soutenue par des investissements massifs et des projets structurants, réduisant à l’horizon 2030 sa dépendance aux hydrocarbures.

Les revenus des hydrocarbures financent la paix sociale avec des subventions massives sur les carburants, l’alimentation, emploi public à environ 34 % de la population active. Les réserves de change sont passées de 143 milliards de dollars en 2014 à 47 milliards en 2025. La fenêtre de viabilité financière se ferme dans cinq à sept ans, peut-être moins si la transition énergétique européenne et mondiale vers la décarbonisation réduit les prix et achats du gaz algérien.

Mais la menace algérienne brandie par une partie des élites et médias en Occident est tripolaire — et c’est précisément pourquoi elle est si difficile à articuler dans les chancelleries occidentales habituées à des diagnostics binaires.

Premier pôle : le risque d’effondrement interne

L’Algérie est solide, mais si le régime vacille sous la pression conjuguée d’une crise économique ou sanctions imposées et d’une déstabilisation orchestrée de l’extérieur, ce sont les 6000 kilomètres de frontières avec la Libye, le Niger, le Mali et la Mauritanie qui deviennent des passoires absolues. Si Alger bascule dans une instabilité ouvrant sur la Méditerranée, c’est une vague migratoire d’une ampleur sans précédent vers la France, l’Italie et l’Espagne, avec tout ce que cela aura comme impact politique en Europe.

Deuxième pôle : l’Algérie comme menace aux intérêts occidentaux

Ici, il faut nommer ce que les diplomates occidentaux ne formulent pas publiquement, que l’Algérie est un acteur hostile aux intérêts stratégiques de l’Occident sur plusieurs dossiers simultanés. Entre autres, ses achats d’armements russes massifs — Alger est le troisième importateur mondial d’armes russes après l’Inde et la Chine — envoient un signal explicite sur ses alignements stratégiques réels. Sa relation entretenue avec Moscou pendant et après l’invasion de l’Ukraine, son refus de condamner la Russie à l’Onu, et sa politique de non-alignement revendiquée, considérée comme une couverture diplomatique pour un penchant structurel anti-occidental. En cas de crise majeure, les bases aériennes et navales algériennes pourraient être utilisées — ou proposées — à des acteurs hostiles à l’Otan.

Troisième pôle : l’Algérie dans l’axe des puissances menaçantes

Et c’est ici que le tableau géopolitique prend sa dimension la plus inquiétante pour l’Occident. L’Algérie s’inscrit dans un axe de puissances dont chacune, à des degrés divers et selon des logiques propres, représente aujourd’hui un défi existentiel pour l’ordre occidental en Méditerranée et en Afrique. La Turquie d’Erdogan a construit une présence militaire en Libye, noué des alliances avec les juntes sahéliennes via la Diyanet et les marchands d’armes, et utilisé les flux migratoires comme levier de chantage systématique sur l’Europe. Elle est membre de l’Otan tout en sapant méthodiquement ses intérêts — combinaison paradoxale qui paralyse pour le moment toute réponse collective occidentale. L’Égypte du maréchal Sissi soutient Haftar en Libye, maintient des contacts réguliers avec Moscou et Pékin, et conduit une politique sahélienne visant à contrebalancer l’influence européenne et à sécuriser son flanc occidental — notamment via le Soudan, aujourd’hui en guerre civile avec des ramifications qui s’étendent jusqu’à la mer Rouge. Ces trois pays — Algérie, Turquie, Égypte — ne forment pas un bloc homogène. Mais ils partagent une caractéristique stratégique décisive en cas de conflit majeur, ils occupent les positions-clés du verrou méditerranéen, et leur politique étrangère est, dans les faits, structurellement incompatible avec les intérêts de sécurité européens.

Personne n’a intérêt à la paix

La Russie a déployé l’Africa Corps au Mali, au Burkina, au Niger, en Libye et en République centrafricaine pour un coût financé en partie via des concessions minières. Elle chasse l’Occident de ses zones d’influence historiques, accède à l’or malien, à l’uranium nigérien, aux diamants centrafricains, et — point capital — génère délibérément des flux migratoires supplémentaires qui alimentent les populismes européens et fragilisent l’Union Européenne.

La Chine prend les ressources sans faire la guerre et sans créer d’ennemis. Pékin est le premier partenaire commercial africain depuis 2009 déployant une stratégie d’offre sans conditionnalités avec des prêts sans exigences démocratiques, des investissements sans transparence. Elle installe des entreprises d’extraction dans les zones contestées, négocie avec les groupes armés aussi facilement qu’avec les gouvernements reconnus.

La réalité la plus difficile à accepter est qu’aucun des acteurs qui ont le pouvoir de stabiliser la région n’a réellement intérêt à le faire – exceptée l’Algérie en raison de sa région Touareg. C’est un système d’intérêts croisés, d’une cohérence perverse, qui maintient le chaos comme équilibre optimal pour chacun de ses participants — sauf pour les populations sahéliennes, qui en paient le prix de leur vie.

Le drame sahélien tient précisément à cette convergence monstrueuse, ainsi pour les populations, le chaos est une tragédie ; pour plusieurs acteurs extérieurs, il est devenu une ressource. Il ouvre des accès miniers, justifie des présences militaires, affaiblit les concurrents et permet à des puissances moyennes ou globales de peser à faible coût sur l’équilibre du monde. La guerre devient, dans certains espaces, une modalité de gestion des rapports de force. Le Sahel n’est donc pas abandonné par hasard, il est aussi exploité parce que son désordre produit des dividendes stratégiques.

L’âge des souverainetés fantômes

L’hypothèse d’un effondrement total de l’Etat sahélien est aussi peu probable que celle d’une stabilisation. Ce qui s’installe, c’est une souveraineté à géométrie variable, où l’État subsiste comme enveloppe formelle — siège à l’Onu, drapeau, monnaie — pendant que le territoire réel est administré par une mosaïque d’acteurs. Groupes armés, milices ethniques tiennent les axes routiers, juntes militaires dans les capitales, compagnies étrangères dans les périmètres miniers. Chacun prélève, chacun protège, chacun gouverne à sa manière. C’est un ordre parallèle, fonctionnel et durable, précisément parce qu’il rend services là où l’État a failli.

Ce qui s’installe, c’est la privatisation de la souveraineté sur le monopole public de la contrainte, de l’impôt, de la justice et de la protection qui se disperse entre entrepreneurs de guerre, milices identitaires, compagnies étrangères, réseaux criminels et appareils militaires concurrents.

L’Alliance des États du Sahel — Mali, Burkina, Niger — est moins une construction politique qu’une posture anticoloniale commune. Les juntes partagent un discours, pas une vision. Elles se heurtent aux mêmes contraintes structurelles que les régimes qu’elles ont renversés, sans l’aide internationale qui en masquait la fragilité, ni la légitimité démocratique qui en différait l’implosion. Africa Corps ne peut pas remplacer un État. L’or malien et l’uranium nigérien financeront un temps les appareils sécuritaires, pas le développement. D’ici 2028-2030, ces régimes auront soit négocié un retour partiel à une légitimité civile, soit sombré dans une violence interne que leurs propres armées ne maîtriseront plus.

Le vrai basculement géopolitique ne viendra pas du Mali ou du Burkina mais du Sénégal, du Ghana et surtout de la Côte d’Ivoire. Ces États ont servi de contre-exemples, de preuves que la gouvernance pouvait fonctionner en Afrique de l’Ouest. Leur déstabilisation partielle — déjà engagée dans leurs régions septentrionales — invaliderait définitivement le paradigme du développement par la gouvernance, promu depuis trente ans par les institutions de Bretton Woods.

Si un scénario mérite d’être qualifié de systémique, c’est la décomposition partielle du Nigéria. Avec une économie déjà sous pression, un Nord-Est en guerre depuis quinze ans et une fédération dont les lignes de fracture ethniques et religieuses n’ont jamais été véritablement suturées, le Nigéria n’est pas un État fragile au sens conventionnel — c’est un agrégat sous tension dont la rupture provoquerait un déversement humain sans équivalent dans l’histoire africaine contemporaine.

Le Soudan et la Somalie sont l’exemple de ce que devient un territoire quand l’État a définitivement cessé d’être le cadre de référence des populations. Deux géographies distinctes, deux trajectoires différentes, une même conclusion, l’irréversibilité à court terme.

Dans ce contexte, la stabilisation durable au Sahel est improbable avant plusieurs décennies.

Enfin, le Sahel révèle ce que devient le monde lorsque l’État cesse de protéger et d’unir, une souveraineté de façade, livrée aux milices, aux trafiquants et aux puissances extérieures. Ce naufrage est l’échec d’États sans contrat social, sans justice et sans enracinement. Le choix est entre la reconstruction patiente d’États légitimes, capables de rendre justice et de protéger les peuples, ou l’acceptation d’un monde où la peur remplacera la loi, où les milices remplaceront les institutions, et où la souveraineté ne sera plus qu’un mot imprimé sur des cartes.

* Economiste, banquier et financier.

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Abdelwahab Doukkali | Le Maghreb perd une voix, une élégance…

09. Mai 2026 um 09:05

La disparition de Abdelwahab Doukkali, annoncée vendredi 8 mai 2026 à Casablanca à l’âge de 85 ans, dépasse le simple fait culturel. Avec lui s’éteint l’un des derniers grands représentants d’une génération d’artistes qui avaient donné à la chanson maghrébine sa profondeur, sa retenue et sa dignité esthétique.

Dans le monde arabe, certaines voix finissent par devenir des repères intimes. Elles traversent les décennies sans perdre leur force parce qu’elles accompagnent les existences autant qu’elles habitent la mémoire collective. Celle de Doukkali appartenait à cette catégorie rare.

Depuis la fin des années 1950, le musicien marocain avait construit une œuvre singulière, loin des logiques de mode et des emballements médiatiques. Chanteur, compositeur, interprète et joueur de oud, il imposait une présence artistique fondée sur la sobriété et l’émotion juste. Chez lui, rien ne semblait fabriqué. La musique avançait avec lenteur, presque avec gravité.

Des titres comme ‘‘Mersoul El Hob’’, ‘‘Ma Ana Illa Bachar’’, ‘‘Kan Ya Ma Kan’’ ou ‘‘Aghar Alayk’’ ont traversé les générations et les frontières. Ils racontaient les fragilités humaines sans excès, avec cette mélancolie discrète qui caractérise les grandes œuvres populaires. Sa chanson ‘‘Souk Al Bachariya’’, récompensée au Festival du Caire en 1997, reste l’un des symboles de cette capacité à mêler poésie, critique sociale et exigence musicale.

Mais l’importance de Doukkali ne résidait pas uniquement dans son répertoire. Elle tenait aussi à ce qu’il représentait culturellement : une fidélité à l’idée d’un art noble, travaillé, respectueux de son public et de sa langue musicale. À une époque dominée par l’immédiateté et la consommation rapide, il incarnait encore la patience des œuvres construites pour durer.

Le Maroc perd aujourd’hui un monument culturel. Le Maghreb, lui, voit disparaître une partie de sa mémoire sentimentale. Car les chansons de Doukkali ont vécu dans les maisons populaires, les radios anciennes, les cafés, les fêtes familiales et les longues nostalgies nocturnes de plusieurs générations.

Sa mort résonne enfin comme le signe d’une transition culturelle plus profonde : celle de l’effacement progressif des grandes figures qui avaient façonné l’âge classique de la chanson arabe moderne.

Il restera pourtant cette voix reconnaissable entre toutes. Une voix qui n’avait pas besoin de crier pour bouleverser.

Djamal Guettala 

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Colloque à Sousse | Pouvoirs et développement en Afrique

09. Mai 2026 um 08:46

A l’initiative de l’Université de Sousse, et en collaboration avec le Centre d’études africaines de l’Université de Porto (Ceaup) et l’Institut d’études orientales de Moscou, la Faculté de droit et des sciences politiques de Sousse (FDSPS) ont organisé, les 5 et 6 mai 2026, un colloque international intitulé «Gouvernement central, autorités locales et développement en Afrique».

Adel Ben Youssef *

Cette rencontre intellectuelle vise à explorer les dynamiques entre les instances gouvernementales centrales et locales, ainsi que leur impact sur le développement socio-économique et culturel du continent africain.

Elle a réuni une trentaine de spécialistes venus de 10 pays, considérés comme des amis et partenaires de la Tunisie, pour débattre de thématiques et de problématiques en lien avec une question majeure pour le continent africain et au-delà : la relation entre gouvernance et développement.

Les étudiants en master et doctorat, issus des diverses disciplines enseignées dans cette institution qui célèbre cette année ses 40 ans (droit privé, droit public, sciences politiques ou études de genre) ont répondu présents. Ils se sont illustrés par leurs interventions pertinentes à l’issue des présentations, ainsi que lors des séances plénières et de clôture, apportant une contribution riche au succès du colloque.

Interactions entre États et sociétés civiles

Depuis les années 1990, bon nombre de pays africains ont engagé des réformes administratives, influencées par les dynamiques régionales et internationales. Ces politiques innovantes, s’inscrivant dans un mouvement global, ont profondément transformé l’équilibre entre les centres de pouvoir et redéfini les interactions entre les États et leurs sociétés civiles.

Des spécialistes (juristes, anthropologues, historiens, politologues et sociolinguistes) se sont penchés sur ces évolutions, analysant les mutations qu’elles ont entraînées.

Leur travail met en lumière de nouvelles formes de compétition pour le pouvoir et l’accès aux ressources, tout en explorant l’émergence de dynamiques inédites favorisant la convergence entre communautés et citoyenneté. Une analyse comparative avec l’histoire de la décentralisation en Europe, notamment depuis la révolution industrielle, offre un regard enrichissant sur les relations entre pouvoir central et pouvoir local.

La conférence a examiné les dynamiques historiques des États africains et leurs interactions avec des sociétés en constante évolution.

Des thématiques d’une grande richesse et des problématiques captivantes ont animé des échanges fructueux entre chercheurs africains et européens.

Au cours de deux journées intenses, une trentaine de conférenciers ont exploré dix grands axes liés à la décentralisation et ses multiples répercussions en Afrique. Les débats ont porté sur des questions variées, telles que la résistance face à la décentralisation, les défis spécifiques aux systèmes fédéraux, les relations entre pouvoirs centralisés et autonomies régionales, la participation politique à travers les partis, le parlementarisme et les collectivités locales.

Construction de l’État et de la nation

D’autres sujets importants incluaient la construction de l’État et de la nation dans un cadre historique propre à l’Afrique, ainsi que l’influence des langues et des politiques linguistiques sur l’unité territoriale.

Ont également été abordés le rôle des minorités, les enjeux liés au régionalisme ou au clanisme ethnique, l’impact des investissements étrangers sur le développement local et les systèmes fiscaux, ainsi que le rôle stratégique des forces armées dans la consolidation étatique en Afrique.

Pendant la séance de clôture, le Professeur Maciel Morais Santos, spécialiste en histoire contemporaine et directeur du Ceaup, a souligné quatre points essentiels : l’importance d’une approche interdisciplinaire pour aborder les thématiques évoquées par les intervenants au colloque, l’émergence de nouvelles perspectives pour le continent africain, la publication par le Ceaup des actes du colloque sous forme d’un ouvrage scientifique référencé, ainsi que la création de réseaux de recherche destinés à encourager de futurs projets de coopération entre le Nord et le Sud.

Dans ce sens, il a parlé d’un projet d’accord cadre de convention bilatérale entre l’université de Sousse, la FDSP et le Ceaup a été élaboré en vue de le signer après l’approbation officielle des autorités de tutelle, à Tunis et Porto.

La cinquième conférence se tiendra en Ethiopie zen septembre 2028 et c’est le professeur éthiopien Aron Tesfaye (présent à Sousse) qui a été chargé d’en assurer la coordination avec l’Institut d’études de paix et de sécurité à l’Université d’Addis-Abeba.

* Université de Sousse.

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