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Pourquoi je préfère Donald Trump aux démocrates

11. Januar 2026 um 10:36

Oui, le titre choque. Il est fait pour ça. Car il est temps d’arrêter de faire semblant. D’arrêter de jouer au théâtre humanitaire, pendant que les bombes tombent. D’arrêter de croire que la barbarie devient acceptable dès lors qu’elle est prononcée avec de belles phrases, de bons accents, de grandes déclarations morales.

Dr Hichem Ben Azouz *

Cette «Chronique d’un Empire qui a enfin cessé de mentir» ne défend pas Trump. Elle accuse l’illusion démocrate et occidentale. Celle qui anesthésie les consciences depuis des décennies.

Gaza : le moment où le masque tombe

À Gaza, il ne reste plus rien à débattre. Plus de «complexité». Plus d’«équilibre». Plus de «processus de paix».

Ces mots sont devenus des paravents. Des formules creuses répétées pour gagner du temps pendant que les corps des morts s’accumulent.

Il y a un peuple écrasé, massacré, affamé, déplacé, rayé méthodiquement. Un génocide filmé en direct. Compté. Documenté. Et pourtant pleinement soutenu. Soutenu par qui ? Les républicains, sans gêne, sans pudeur, sans détour. Les démocrates, avec des mots graves, des pauses étudiées, des mines attristées. Les Européens, champions du double langage, qui invoquent le droit international le matin et livrent des armes le soir.

À Gaza, il n’y a pas de fracture morale occidentale. Il y a un consensus impérial, solide, transversal, assumé dans les faits.

Les démocrates «tuent» proprement.

L’histoire est claire. Les démocrates n’ont jamais été le camp de la paix. Ils sont le camp de la violence présentable, celle qui se donne bonne conscience. Sous eux : les drones sont devenus une routine administrative, les assassinats ciblés une procédure normalisée, les États détruits une «transition», les morts civils des «dommages collatéraux».

Sous Barak Obama, prix Nobel de la paix, l’exécution extrajudiciaire est devenue politique d’État. Y compris contre des citoyens américains. Mais avec des discours. Toujours des discours.

Les démocrates ne tuent pas moins. Ils tuent en parlant mieux. Leur crime n’est pas seulement de tuer. Il est de nommer cela civilisation, démocratie, progrès, stabilité.

Trump : la brutalité sans fard

Trump ne vend pas la démocratie. Il vend la force. Il ne parle pas de droits humains. Il parle d’intérêts. Il ne prétend pas sauver le monde. Il annonce qu’il le domine. Et c’est précisément pour cela que je le préfère.

Non parce qu’il serait moral. Mais parce qu’il détruit le mensonge.

Avec Trump, le Sud global comprend enfin ce que les démocrates s’acharnent à dissimuler : l’Empire n’a jamais eu de valeurs, seulement des intérêts armés. Trump ne rend pas l’Empire plus violent. Il le rend lisible.

Deux partis, un même Empire

Le Parti démocrate et le Parti républicain ne sont pas des adversaires idéologiques. Ils sont deux styles de gestion du même pouvoir. L’un frappe en citant les droits humains. L’autre frappe en assumant la force brute. Mais la main qui signe les guerres est la même. Les intérêts sont les mêmes. Les morts aussi. La différence n’est pas éthique. Elle est esthétique.

Fanon avait déjà tout dit.

Frantz Fanon n’a jamais cru à l’humanisme colonial. Il savait que l’Empire parle de l’Homme pendant qu’il retire l’humanité aux colonisés. Il savait que le langage est une arme. Que la morale est un camouflage.

Gaza ne fait que confirmer une vérité ancienne : l’Occident ne reconnaît l’humanité que lorsqu’elle lui ressemble. Les autres sont négociables.

Léo Ferré l’avait dit avant tout le monde : «La morale, c’est la faiblesse de la cervelle.» La morale occidentale est une faiblesse armée. Un décor humanitaire pour des cimetières coloniaux.

Préférer la vérité à l’hypocrisie

Je ne choisis pas Trump. Je refuse le mensonge démocrate et occidental. Je refuse la compassion sélective. Je refuse l’indignation programmable. Je refuse cet humanisme qui parle de paix pendant qu’il soutient un génocide.

Trump est obscène. Mais l’Empire qui tue en pleurant est bien plus obscène encore. S’il faut un clown brutal pour que le monde voie enfin le visage réel de l’Empire, alors oui, je préfère le bourreau sans masque au prêtre du massacre. Parce que toute décolonisation commence ainsi : nommer le crime ; brûler le langage qui le protège.

* Médecin, Johannesburg.

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Evitons à la Tunisie une nouvelle révolution inutile !

11. Januar 2026 um 09:48

La Tunisie entame sa seizième année depuis son entrée chaotique et douloureuse dans une nouvelle ère politique, en décembre 2010/janvier 2011, hâtivement mise sous le signe de la liberté de la justice et de la dignité. Elle entame la nouvelle année dans une ambiance confuse, tendue et pleine d’incertitude.

Raouf Chatty

Cette ambiance marquée par le désenchantement et la fatigue se nourrit des frustrations d’un peuple dont les espoirs et les attentes ont été déçus tout au long de ces années et qui lutte dur pour affronter les difficultés de son quotidien. 

Cette atmosphère pourrait se muer, à court terme et sous le poids des contraintes économiques et de la fatigue psychique de la population, en une véritable révolution sociale qui sapera la stabilité du pays, aggravera ses difficultés intérieures, le fragilisera davantage, l’exposera à des dangers réels et hypothéquera son avenir pour des décennies encore.

Il est donc urgent pour le pouvoir politique de prendre aujourd’hui la mesure des menaces intérieures et de prendre les mesures appropriées pour remédier à cette situation explosive, desserrer l’étau politique, décrisper l’ambiance et épargner à la nation des débordements prévisibles.

La situation actuelle est d’autant plus grave que la Tunisie se meut dans un environnement régional précaire et trouble.

Cette ambiance marquée par le désenchantement et la fatigue…
… se nourrit des frustrations d’un peuple dont les attentes ont été déçus.

Des retards dans tous les domaines

Les Tunisiens en veulent aux nombreux gouvernements qui se sont succédé et au microcosme politique, économique, syndical, médiatique et intellectuel qui avait occupé les devants de la scène depuis 2012. Ils leur imputent la responsabilité des déboires, des retards enregistrés dans tous les domaines et de la situation difficile dans laquelle le pays se débat depuis de nombreuses années.

Leurs critiques concernent notamment la décennie dominée par les islamistes et leur gestion calamiteuse des affaires publiques qui a débouché sur une faillite généralisée, laissant le pays pratiquement à genou. Cette faillite a atteint son paroxysme avec le décès de vingt-deux mille Tunisiens de l’épidémie coronavirus.  

Héritiers d’un bilan catastrophique, les six gouvernements qui ont géré le pays au cours des six dernières années sous la conduite du président de la république Kaïs Saïed n’ont pas réussi, eux non plus, à redresser la situation. En l’absence de vision, de stratégie, de planification, ils se sont contentés de parer au plus pressé, naviguant le plus souvent à vue, pour répondre aux revendications d’une population impatiente et désespérée.

Ces six gouvernements n’ont pas réussi non plus à mettre en œuvre les politiques sociales et socialisantes du chef de l’Etat, qui accapare tous les pouvoirs depuis la proclamation de l’état d’exception en juillet 2021. Et c’est vers lui qu’une partie du peuple se tourne naturellement aujourd’hui. Car elle approuve son attachement à la souveraineté nationale, sa volonté proclamée d’améliorer le quotidien des plus démunis et son combat contre la corruption et la mauvaise gestion sanctionné par des poursuites judiciaires contre des hauts responsables et d’hommes d’affaires.

Cependant, les partisans de Saïed attendent de lui des réponses concrètes à leurs attentes en matière de démocratie politique, de justice sociale et de sécurité globale, y compris économique. Ils veulent vivre dans un pays stable, réellement souverain et invulnérable, un pays réaliste, pragmatique et ambitieux, qui rompt avec les idéologies éculées et impose le respect dans son environnement maghrébin, arabe, africain et euroméditerranéen.

Les Tunisiens déplorent l’aggravation de la pauvreté, du chômage, de la bureaucratie, du laxisme, du laisser-aller, de la cupidité et du népotisme, qui sont censés faire partie du passé. Ils réclament l’amélioration de leurs conditions de vie et se plaignent de la dégradation du niveau de l’enseignement, de la vétusté de l’école publique, de la situation calamiteuse dans les hôpitaux, les transports publics, les médias…

Ils déplorent surtout l’hégémonie du tout argent, la prédominance des intérêts privés et du corporatisme, le creusement des disparités sociales, l’effondrement de la classe moyenne, la hausse de la criminalité et de l’insécurité…

Marche de protestation samedi 10 janvier 2026 à Tunis.
Les marches de protestation se poursuivent et se ressemblent.

Vers un Pacte de salut national 

Le pays a aujourd’hui besoin de sérénité et de concorde nationale. Or, l’État est le seul en mesure de favoriser l’adoption d’un Pacte de salut national engageant le pouvoir politique et les forces démocratiques et laïques autour des questions prioritaires impliquant le présent et l’avenir de la nation.

Ce Pacte identifiera les grandes réformes à adopter dans les domaines politique, judiciaire, administratif, économique, financier, fiscal, social, sanitaire, agricole, commercial, éducatif… sur la base d’un diagnostic objectif de la situation globale du pays, tenant compte de son potentiel global tout comme de son environnement régional.

Pour réunir les conditions nécessaires pour son décollage global, la Tunisie doit surtout croire en son potentiel, s’affranchir des démons du «révolutionnisme» paralysant et stérilisant, combattre la culture de l’anarchie et du laisser-aller, réhabiliter l’autorité de la loi et de l’Etat, cultiver les valeurs de l’intégrité, du travail, de la discipline et de la rigueur et engager le peuple sur la voie de la confiance, de la production et de la productivité au travail.

Sans la réhabilitation de ces valeurs, le pays ne pourra pas décoller ni reprendre sa place dans son espace géopolitique.

Ces remèdes exigent cependant organisation, pragmatisme, courage et volonté de la part de toutes les parties pour changer positivement la situation et sauver la Tunisie d’un bond dans le vide qui hypothèquera durablement son avenir et empêchera son décollage pour des décennies.

* Ancien ambassadeur.

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Gestion portuaire | Le retard structurel coûte des centaines de millions à la Tunisie  

11. Januar 2026 um 08:35

Le Maroc a construit le port de Tanger Med, un hub du commerce international opérationnel depuis 2017. À titre de comparaison, lorsque la Tunisie a évoqué le projet du port en eaux profondes d’Enfidha, à la fin des années 1990, l’idée même du port de Tanger Med n’existait pas. On mesure aujourd’hui, alors que le port en eaux profondes tunisien tarde à sortir des cartons, l’ampleur de notre retard dans le domaine de la marine marchande et qui se calcule désormais en décennies.

Lassaad Bouazzi *

Lors de son audience avec le Président de la République, le 9 janvier 2026, Fadhila Gargouri, premier substitut du président de la Cour des comptes, a présenté au Chef de l’État le rapport de l’année écoulée.

Les pertes enregistrées par onze organismes publics seulement sont estimées à 1 070 millions de dinars. L’un de ces organismes, qui figure sur la liste juste après Tunisair, est l’Office de la marine marchande et des ports (OMPP).

À mon avis, les pertes enregistrées par cet Office (291 millions de dinars) sont dues essentiellement à la politique nationale en matière de gestion portuaire.

En effet, à la différence des États avancés en matière de gouvernance portuaire, la Tunisie demeure attachée au modèle du «port de service», une entreprise publique intégrée dont la rentabilité est limitée par la lourdeur administrative et le manque de concurrence.

Lorsque je commandais le navire-école de l’Académie navale, j’ai effectué une escale au port de Casablanca en 1997, et j’ai pu constater l’avance enregistrée par le Maroc sur notre pays dans le domaine de la gestion portuaire. Ce pays a suivi l’exemple de la Belgique (port d’Anvers) en adoptant le modèle du «port propriétaire». C’est aujourd’hui le modèle le plus répandu dans le monde, car il favorise la performance, l’investissement privé et la rentabilité des ports.

Aujourd’hui, le Maroc a construit Tanger Med, premier port en Méditerranée et en Afrique et 19e port mondial. Ce hub du commerce international, qui dessert quatre continents, a développé plus de 3000 ha de zones d’activités économiques. Celles-ci accueillent plus de 1300 entreprises pour un volume d’affaires de 14 milliards d’euros (en 2023), dans des secteurs clés comme les industries automobile, l’aéronautique, le textile, l’agro-alimentaire et la logistique. Le FDI Intelligence du Financial Times a publié le classement des zones économiques pour l’année 2020 «FDI’s Global Free Zone of the Year». Tanger Med Zones est consacrée 2e zone économique mondiale après Dubaï Multi Commodities Center aux Émirats arabes unis, alors qu’elle était classée 5e en 2019.

On peut ainsi mesurer l’écart qui sépare le 1er port marocain du port de Radès, au sud de Tunis. À titre de comparaison, lorsque la Tunisie a commencé à parler du projet du port en eaux profondes d’Enfidha, à la fin des années 1990, l’idée même du port de Tanger Med n’existait pas encore. On mesure aujourd’hui, alors que port en eaux profondes d’Enfidha tarde à sortir des cartons, l’ampleur du retard enregistré par la Tunisie dans le domaine de la marine marchande et qui se calcule désormais en décennies.

Pire encore, au lieu d’accélérer la mise en œuvre des réformes structurelles nécessaires, on continue de roupiller, en opposant une sourde oreille aux appels pressants à ces réformes. Tandis que les opérateurs continuent de baver des retards cumulés et les finances publiques, donc les contribuables, de saigner, en accumulant les déficits et les pertes. Mauvaise gouvernance ? Bureaucratie ? Incompétence ? Manque de volonté politique ? Il y a sans doute un peu de tout cela dans ce sous-développement clairement assumé…

* Officier retraité de la marine tunisienne.

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Trump comme alibi | Quand la fiction remplace l’information

10. Januar 2026 um 09:38

La tribune publiée par Kapitalis sous la signature de Mohamed Sadok Lejri, intitulé «Trump ajoute Tebboune et Macron à son tableau de chasse», ne relève pas du journalisme d’analyse mais d’une construction idéologique reposant sur une déformation manifeste des faits.

Djamal Guettala 

Donald Trump a évoqué Imane Khelif dans un contexte précis : celui de la polémique américaine sur les athlètes transgenres dans le sport, déclaration reprise notamment par L’Équipe au moment de sa diffusion. Cette sortie, aussi contestable soit-elle, ne visait ni l’Algérie comme État ni son président Abdelmadjid Tebboune. Trump n’a cité ni Alger ni Tebboune. Il n’a pas davantage établi le moindre lien avec la politique algérienne. Le reste n’existe que dans l’imagination de ceux qui l’écrivent.

À partir de cette donnée simple, la tribune publiée par Kapitalis opère pourtant un glissement grave : une phrase sur une sportive devient une attaque géopolitique contre l’Algérie, et une polémique américaine est transformée en humiliation infligée à Tebboune et à Macron.

Ce procédé n’est pas de l’interprétation, c’est de la projection. Les mots employés — «vassalité», «servilité», «nif au vestiaire», «infériorité» — relèvent du registre du ressentiment, pas de l’information.

Le cœur du problème est là : Trump n’est pas décrit tel qu’il parle ou agit, mais tel que l’auteur a besoin qu’il soit pour alimenter un discours de dénigrement politique. On fait dire à Trump ce qu’il n’a pas dit, on lui prête des intentions qu’il n’a pas formulées, puis on bâtit sur cette base fictive une charge contre l’Algérie et la France. C’est une falsification narrative.

Il ne s’agit pas ici de défendre Tebboune ni Macron. Ils sont critiquables sur bien des terrains. Mais les critiquer sur la base de propos que Trump n’a jamais tenus revient à fabriquer un procès à partir d’un dossier vide. Cela affaiblit la critique elle-même et décrédibilise celui qui la formule.

En définitive, la tribune publiée par Kapitalis parle moins de Trump que de la vision obsessionnelle de son auteur : une lecture des rapports de force internationaux réduite à une dramaturgie de la soumission et de l’humiliation. Trump devient un personnage de fiction utilisé pour régler des comptes idéologiques. Ce n’est plus de la géopolitique, c’est du théâtre politique.

Or le lecteur n’attend pas d’un média qu’il mette en scène des fantasmes, mais qu’il distingue clairement ce qui relève du fait, de l’analyse et de l’opinion. En brouillant ces trois registres, l’article ne produit pas de l’information : il produit de la confusion.

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Trump ajoute Tebboune et Macron à son tableau de chasse

09. Januar 2026 um 10:24

L’Algérie est souvent en bisbille avec la France et leurs disputes ne sont pas sans nous rappeler celles des vieux couples. La dernière sortie de Donald Trump devant les élus de son parti a été humiliante pour les deux pays, aussi bien pour la France que pour l’Algérie. En revanche, face à Trump, aucun des deux ne semble vouloir faire le fier. Les dirigeants algériens ont laissé leur «nif» au vestiaire et la France a vu diluer toute sa glorieuse histoire dans la marée du larbinisme.

Mohamed Sadok Lejri *

Abdelmajid Tebboune et Emmanuel Macron ont silencieusement reconnu leur infériorité et leur grande servilité devant le plus fort. Finalement, la lâcheté de certains dirigeants se révèle dès que le danger apparaît et à la première attitude provocatrice de Trump.

Vladimir Poutine et Xi Jinping ne sont pas des dirigeants en carton, c’est pourquoi Trump n’ose pas les humilier. Le Russe et le Chinois reçoivent de sa part tous le respect et les égards qui leur sont dus.

Le régime algérien, frère et grand ami du Venezuela bolivarien devant l’Eternel, symbole de l’anticolonialisme et engagé depuis toujours dans la lutte contre l’impérialisme, observe un silence assourdissant depuis l’arrestation de l’ancien président vénézuélien Nicolas Maduro.

Les médias algériens à la botte du pouvoir en place traitent, depuis quelques jours, ce sujet d’actualité avec beaucoup de pusillanimité. Une chose est sûre, le pouvoir ne veut pas se mouiller et protège ses arrières.

Tebboune et la docilité de vassal

Mardi 6 janvier 2026, la boxeuse algérienne Imane Khelif, championne olympique à Paris et cible d’accusations sur son genre, a de nouveau fait l’objet de moqueries de la part de Trump. Ce dernier, très hostile à l’idée de voir des athlètes transgenres participer à des compétitions féminines, avait déjà déclaré que lors des Jeux Olympiques qui se dérouleront à Los Angeles, en 2028 «il ne restera pas les bras croisés à regarder des hommes battre des athlètes féminines».

Dans un numéro digne d’un one-man-show fait de railleries et de critiques acerbes visant la sportive algérienne sans la nommer, il a d’abord mimé une scène d’haltérophilie pour expliquer qu’un transgenre soulèvera toujours les kilos avec une aisance nettement supérieure à celle d’une femme avant de créer un vrai spectacle autour de la personne d’Imane Khelif et du combat qui l’avait opposée à l’italienne Angela Carini lors des derniers Jeux olympiques de Paris. Je vous reproduis la traduction publiée par le journal électronique algérien TSA : «𝑉𝑜𝑢𝑠 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑠𝑜𝑢𝑣𝑒𝑛𝑒𝑧 𝑑𝑒 𝑐𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑏𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑏𝑜𝑥𝑒𝑢𝑠𝑒 𝑐ℎ𝑎𝑚𝑝𝑖𝑜𝑛𝑛𝑒 𝑑’𝐼𝑡𝑎𝑙𝑖𝑒? 𝑃𝑢𝑖𝑠 𝑎𝑟𝑟𝑖𝑣𝑒 𝑐𝑒𝑡 ℎ𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑎 𝑐ℎ𝑎𝑛𝑔é 𝑑𝑒 𝑠𝑒𝑥𝑒. 𝐶’é𝑡𝑎𝑖𝑡 𝑢𝑛 𝑏𝑜𝑛 𝑏𝑜𝑥𝑒𝑢𝑟, 𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑖𝑙 𝑎 𝑑é𝑐𝑖𝑑é 𝑑𝑒 𝑑𝑒𝑣𝑒𝑛𝑖𝑟 𝑢𝑛𝑒 𝑓𝑒𝑚𝑚𝑒, 𝑐’𝑒𝑠𝑡 𝑠𝑜𝑛 𝑎ff𝑎𝑖𝑟𝑒 […]. 𝐴𝑢 𝑝𝑟𝑒𝑚𝑖𝑒𝑟 𝑟𝑜𝑢𝑛𝑑, 𝑖𝑙 𝑙𝑢𝑖 𝑎 𝑎𝑠𝑠é𝑛é 𝑢𝑛𝑒 𝑔𝑎𝑢𝑐ℎ𝑒. 𝐸𝑙𝑙𝑒 𝑠’𝑒𝑠𝑡 𝑟é𝑓𝑢𝑔𝑖é𝑒 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑒 𝑐𝑜𝑖𝑛 𝑑𝑢 𝑟𝑖𝑛𝑔, 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑠𝑜𝑢𝑣𝑒𝑛𝑒𝑧? 𝐸𝑙𝑙𝑒 𝑛’𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑎𝑠 𝑡𝑜𝑚𝑏é𝑒, 𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑎 𝑓𝑎𝑖𝑡 𝑝𝑙𝑒𝑖𝑛 𝑑𝑒 𝑐ℎ𝑜𝑠𝑒𝑠, 𝑑𝑢 𝑓𝑎𝑖𝑡 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑣𝑖𝑜𝑙𝑒𝑛𝑐𝑒 𝑑𝑢 𝑐ℎ𝑜𝑐. 𝐼𝑙𝑠 𝑜𝑛𝑡 𝑒𝑠𝑠𝑎𝑦é 𝑑𝑒 𝑙’𝑒𝑛𝑐𝑜𝑢𝑟𝑎𝑔𝑒𝑟, 𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑎 𝑝𝑟é𝑓é𝑟é 𝑎𝑏𝑎𝑛𝑑𝑜𝑛𝑛𝑒𝑟. 𝐸𝑡, à 𝑙𝑎𝑓𝑖𝑛, 𝑐𝑒𝑡 ℎ𝑜𝑚𝑚𝑒-f𝑒𝑚𝑚𝑒 𝑎 𝑔𝑎𝑔𝑛é 𝑙𝑎 𝑚é𝑑𝑎𝑖𝑙𝑙𝑒 𝑑’𝑜𝑟 […]. 𝑇𝑜𝑢𝑡 𝑐𝑒𝑙𝑎 𝑒𝑠𝑡 𝑟𝑖𝑑𝑖𝑐𝑢𝑙𝑒.»

Je pense que l’enseignement qu’on peut tirer de tout cela, c’est que le régime algérien bombe le torse et devient hystérique quand il s’agit de la France ; il joue aux gros bras en se surexcitant régulièrement sur le Maroc ; il rugit dans ses frontières et déploie une poigne de fer contre ses propres citoyens, mais, face aux Américains… gargouillis intestinaux et prout ! Ce régime s’incline avec une docilité de vassal devant les grands de ce monde et puise sa survie dans l’obséquiosité qu’il leur témoigne.

L’Algérie, notamment la frange la plus éclairée de la population algérienne, mérite mieux que ça.

Macron déshonore la France

Deux jours après, le 8 janvier, Trump a raconté une conversation avec Macron durant laquelle il l’aurait forcé à accepter ses exigences sur le prix des médicaments, en le menaçant d’une taxe sur les produits français. Il a imité le chef d’Etat français : «Emmanuel, si lundi tu n’as pas accepté tout ce qu’on demande, j’imposerai une taxe de 25 % sur tous les produits qui viennent de France.» Puis, toujours en l’imitant, il a joué la phrase que Macron aurait répondue : «Non, non, non, tu ne peux pas faire ça». Avant de répliquer : «Si, je peux le faire, et je le ferai». Et le président américain de continuer son imitation. «Emmanuel m’a dit : “Marché conclu Donald, j’adorerais augmenter le prix de mes médicaments sur ordonnance de 200%. Cela serait un honneur Donald, tout ce que tu veux. Ne le dis pas à la population, Donald, je t’en supplie”».

L’oligarchie mondialiste et dépourvue de patriotisme qui gouverne en France, et dont Macron est un simple pion, a déshonoré la France de la manière la plus humiliante qui soit !

Il faut dire que les dirigeants européens tels que Merz, Starmer et Von der Leyen ne valent pas mieux et ne sont guère mieux lotis que les élites françaises. Ce n’est donc pas à Trump qu’il faut s’en prendre, mais aux dirigeants européens et aux imbéciles qui votent encore pour eux. Trump n’a fait que mettre ces larbins émasculés du mondialisme Made in USA devant leur lâcheté et leur avilissement.

La France ne rayonnera de nouveau qu’avec une bonne dose de testostérone et une fois qu’elle aura retrouvé la mémoire et le sens de l’honneur. Et elle ne pourra jamais recouvrer sa dignité et rétablir son honneur avec un Raphaël Glucksmann, un Gabriel Attal, un Edouard Philippe ou un Jordan Bardella à l’Elysée !

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Impérialisme américain | Chassez le naturel, il revient au galop !

08. Januar 2026 um 09:32

L’enlèvement de Nicolás Maduro par les forces américaines, survenue le 3 janvier 2026 lors de l’opération dite «Absolute Resolve» (Détermination absolue), a provoqué une onde de choc mondiale, probablement en raison de son caractère spectaculaire et aventureux. Car il s’agit bien d’une extraction forcée d’un dirigeant en exercice par une puissance étrangère, en dehors de tout cadre légal international classique.

Ridha Ben Slama *

Cet évènement est entouré de fortes suspicions de trahisons internes au sein de l’élite dirigeante et militaire vénézuélienne. Le fils du président enlevé, Nicolás Maduro Guerra, a ouvertement dénoncé une trahison au sein du cercle rapproché de son père. Des rapports suggèrent que la localisation précise de Maduro dans une maison sécurisée a pu être livrée par des membres de sa propre garde ou de son entourage direct.

Pourtant, avant sa chute, Maduro avait multiplié les mesures (en vain) pour prévenir toute défection, notamment en renforçant la surveillance des généraux par des agents de contre-espionnage cubains. Malgré cela, l’efficacité de l’opération américaine laisse supposer un effondrement ou une passivité suspecte d’une partie de la hiérarchie militaire au moment de l’assaut.

Retour de la politique de la canonnière

L’histoire et la géopolitique contemporaine, particulièrement au regard de ce qui se manifeste actuellement, confirment que la cohésion nationale d’un pays demeure le facteur déterminant de la souveraineté d’un État. Lorsqu’un «front intérieur» se fissure, à cause des erreurs et des abus du pouvoir en place, il cesse d’être un bouclier, ce qui favorise toutes sortes d’interventions extérieures.

Néanmoins, cette approche néo-colonialiste, parfois appelée «politique de la canonnière», a suscité une condamnation internationale quasi générale. Les arguments avancés pour justifier cet enlèvement font effectivement l’objet de vives critiques, de nombreux observateurs les qualifiant de prétextes juridiques fragiles ou de motivations cachées. Des points de contestation majeurs sont soulevés par les commentateurs et les juristes. Les griefs avancés de «narcoterrorisme» ne sont pasprouvés. Le président Trump a affirmé que Maduro utilisait des gangs criminels (comme le Tren de Aragua) pour terroriser les communautés américaines. Or, des rapports de renseignement américains d’avril 2025 indiquaient que le régime de Maduro ne dirigeait pas ces opérations vers les États-Unis.Des élus américains ont souligné que si la lutte contre le narcotrafic était le seul motif, des actions similaires auraient dû être menées contre les cartels mexicains, ce qui n’est pas le cas.

Les États-Unis invoquent l’auto-défense contre le trafic de drogue, mais le droit international (malmené sans cesse) ne reconnaît ce droit que face à une attaque armée cinétique. Sans mandat du Conseil de sécurité de l’Onu, l’opération est largement considérée comme une violation de la souveraineté vénézuélienne.

Par ailleurs, bien que Maduro soit contesté dans son pays, il restait le chef d’État de facto et sa destitution concerne les Vénézuéliens seuls. L’idée que cet enlèvement restaurerait la démocratie est fallacieuse, ce qui risque de se passer c’est une fragmentation du pays et une perte de souveraineté. 

En fait, l’argument du narcotrafic masque l’objectif réel : reprendre le contrôle des plus grandes réserves pétrolières au monde. Alors que les administrations précédentes cherchaient souvent un consensus (même minimal) avec le Congrès ou les alliés régionaux, l’opération de 2026 a été menée dans le secret total. Le Secrétaire d’État Marco Rubio (dont la famille est d’origine cubaine) a d’ailleurs justifié l’absence d’information préalable du Congrès par le caractère de «maintien de l’ordre» (law enforcement) plutôt que d’acte de guerre. 

Ce mode d’intervention directe pour enlever un dirigeant étranger sur son propre sol n’est pas une action inédite, elle s’inscrit dans une lignée historique d’actions américaines. Le cas de Nicolás Maduro présente des similitudes frappantes, tout au moins, avec des cas précédents.

Au cours de l’opération «Just Cause», 26 000 soldats américains ont envahi le Panama (1989). Les États-Unis avaient inculpé aussi le général Manuel Noriega pour «narcoterrorisme», il a été jugé et condamné par un tribunal de Miami à 40 ans de prison.

Les prédécesseurs de Trump (comme Bush ou Obama) avaient utilisé des méthodes similaires par l’usage d’opérations extralégales ou secrètes (assassinats ciblés/opérations secrètes) face à des cibles. L’opération en Irak sous la présidence de George W. Bush visait à renverser le régime de Saddam Hussein dans son ensemble, pas seulement à l’éliminer par une frappe ciblée ponctuelle.

L’invasion a débuté en mars 2003 dans le but déclaré de désarmer l’Irak de ses prétendues armes de destruction massive, qui se sont avérées inexistantes. La détention de Saddam Hussein a eu lieu plus tard, lors d’une opération terrestre, suite à une trahison.

Volonté d’expansion et d’intervention directe

L’appétence de Donald Trump charrie avec elle des perspectives inquiétantes, marquée par une volonté d’expansion et d’intervention directe à travers des menaces lancées concernant d’autres pays :

1. Intensification des revendications de Trump sur le Groenland, affirmant le 4 janvier 2026 que les États-Unis en ont «absolument besoin» pour leur sécurité nationale et l’accès aux minéraux critiques. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a exigé l’arrêt de ces «fantasmes d’annexion», rappelant que le territoire n’est pas à vendre. 

2. Pressions sur le président colombien Gustavo Petro que Trump a qualifié d’«homme malade» impliqué dans la production de cocaïne. Il a déclaré qu’une opération militaire en Colombie lui «semblait une bonne idée» si le flux de stupéfiants vers les États-Unis ne s’arrêtait pas.

3. Guerre commerciale contre le Canada qui fait face à des menaces principalement économiques, mais la rhétorique de Trump touche également à la souveraineté : il a imposé ou menacé d’imposer des tarifs de 25% (voire plus) sur les produits canadiens pour forcer le Canada à durcir le contrôle de sa frontière contre le fentanyl (un analgésique qui interagit principalement sur les récepteurs du cerveau). Des observateurs s’inquiètent de ses références répétées au Canada comme le «51e État» de l’Amérique, suggérant une remise en cause des normes internationales de souveraineté. 

4. Il a prédit aussi que le gouvernement cubain était «prêt à tomber» suite à l’action au Vénézuéla.

5. Des frappes militaires ciblées contre les cartels de la drogue sur le sol mexicain restent une option sérieusement envisagée par son administration. 

Un goût démesuré pour le spectacle

Le personnage de Trump, homme d’affaires médiatique devenu un homme politique atypique, témoigne d’un goût démesuré pour le spectacle, les rodomontades, une communication grandiloquente et souvent controversée, s’appuyant sur une image d’anti-establishment, tout en cultivant des positions conservatrices qui divergent parfois du parti républicain classique. Son slogan politique populiste «Make América Great Again» prône un retour à un passé idéalisé.

Outre cet aspect, il ne faut pas omettre qu’il y a des plans déjà «programmés», par les administrations précédentes et les services de renseignements, qui reposent sur une part de réalité institutionnelle de longue date, tout en marquant une rupture radicale dans l’exécution. L’administration Biden avait augmenté la prime pour la capture de Maduro à 25 millions de dollars début janvier 2025. Trump a doublé cette mise à 50 millions en août 2025 après avoir désigné le régime comme organisation terroriste. Le refus de reconnaître la légitimité de Maduro après l’élection de 2024 était une position partagée par l’administration Biden.

Certains analystes notent que la chute de Maduro était «conceptualisée» dans les documents de sécurité nationale de la Maison Blanche depuis des années, prévoyant une reprise en main du continent. 

La nature du système américain est donc fondamentalement le même. Malgré les alternances politiques et les crises apparentes, ses fondements restent constants. Cette approche s’appuie sur plusieurs piliers structurels, les agences fédérales et l’appareil militaire (le «Deep State» pour certains, la «bureaucratie permanente» pour d’autres) assurent une continuité dans les dossiers de sécurité nationale et de politique étrangère. Les simulacres ou les changements d’hommes et de styles, le système américain (politique, militaire, économique ou culturel) demeure constant, souvent lié au pragmatisme, à l’action, au capitalisme libéral, même si des tensions et des conflits internes existent.

Ce qu’il ne faut pas négliger aussi, concernant cet évènement et d’autres à venir, c’est que l’action présidentielle est souvent pré-configurée par des cercles d’influence extérieurs au gouvernement. En 2026, le rôle des think tanks (comme l’Heritage Foundation ou le Center for American Progress) reste central pour rédiger les programmes politiques et fournir les cadres administratifs prêts à l’emploi dès l’entrée en fonction d’une administration. Sans oublier le rôle du lobby pro-israélien aux États-Unis qui reste un pilier central de la politique étrangère américaine. Une constellation d’organisations aux sensibilités diverses s’active, dont l’American Israel Public Affairs Committee, les chrétiens évangéliques, et la Zionist Organization of America qui adopte des positions plus radicales et proches de la droite israélienne. 

En résumé, si les motifs juridiques (narcoterrorisme) étaient effectivement prêts et «programmés» par l’État profond américain depuis des années, le passage à l’acte militaire et l’enlèvement physique de Maduro sont des décisions propres à la doctrine de 2026 «Trump Corollary», à travers un recentrage hémisphérique et une Europe reléguée au rang de zone secondaire. 

L’horizon politique aux États-Unis est dominé par la préparation des élections de novembre 2026. Trump utiliserait des dossiers internationaux pour détourner l’attention des affaires intérieures ou des tensions sociales. Les prochains mois de 2026 s’annoncent marqués par une accélération de la «rupture» trumpiste, tant par des actions unilatérales à l’étranger que par une refonte profonde de la bureaucratie américaine.

* Écrivain.

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Tunisie | Face à la logique de la force, un front intérieur fort

07. Januar 2026 um 10:55

Ecoutez bien ! Laissons de côté les vaines fanfaronnades et les discours clivants. On peut s’accorder à dire que les États-Unis sont un État voyou, et en parler comme on veut, mais force est de constater que cela ne changera rien, du moins pas pour l’instant. La seule solution pour contrer la logique de la force réside dans une nation forte et unie.

Sami Jallouli *

Qu’on le veuille ou non, nous sommes confrontés à une force irrésistible une fois qu’elle a pris une décision. Qu’on l’appelle arrogance ou démonstration de force, elle n’en demeure pas moins une réalité tangible. Nous avons vu des banques et des multinationales capituler et débourser des centaines de millions de dollars pour se sauver.

Par exemple, la société française Alstom, dont le directeur avait d’abord raillé une amende américaine d’environ 770 millions de dollars, a finalement cédé et payé. Qui plus est, les Américains ont pris le contrôle de l’entreprise.

Pire encore, une équipe du FBI a pénétré dans le siège de l’entreprise, en plein cœur de Paris, et a confisqué tous les documents qu’elle souhaitait sans que personne n’ose l’arrêter, alors même qu’elle se trouvait sur le territoire d’un pays aussi puissant que la France.

Une autorité transnationale

Cette influence s’étend jusqu’à vous, même si vous n’avez jamais mis les pieds en Amérique. Le simple fait d’utiliser le dollar pour une transaction financière, ou Gmail pour vos communications, suffit à vous placer sous leur juridiction, qui exerce une autorité internationale et transnationale.

Vous pourriez dire que c’est illégal, et je serais d’accord, mais une fois entré sur leur territoire, vous ne pouvez rien y faire…

Le problème, c’est que certaines personnes continuent d’aborder les questions cruciales et stratégiques sous un angle émotionnel, oubliant que diriger des pays est totalement différent de diriger des organisations de défense des droits de l’homme.

Oui, nous rejetons toute ingérence étrangère, mais la souveraineté se consolide en renforçant le front intérieur, et non par des slogans. Ce renforcement ne peut être réalisé que par un véritable dialogue national, une ouverture à tous ceux qui croient en un État civil et démocratique, et en offrant aux jeunes la possibilité d’innover et de travailler sans contraintes juridiques obsolètes.

Il y a quelques mois, dans un article paru dans la revue L’Économiste Maghrébin, j’appelais à la nécessité de s’asseoir à la table du dialogue et à l’avènement d’un examen approfondi des politiques publiques… Je crois que cette opportunité demeure, malgré son retard…

L’édification d’un système économique et politique cohérent, la maîtrise des sciences et la formation d’un front national pour défendre nos intérêts supérieurs constituent le seul rempart imprenable. Autrement, notre rhétorique actuelle ne fera qu’engendrer un populisme fallacieux et opportuniste aux conséquences désastreuses pour tous.

Article traduit de l’arabe.

* Juriste et politologue.

Page Facebook de l’auteur.

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Souveraineté et mise sous tutelle | Le cas du Venezuela

07. Januar 2026 um 10:34

L’extraction d’un chef d’État en exercice, sans conflit armé ni effondrement institutionnel visible, marque une inflexion majeure dans les pratiques de la puissance internationale. Au-delà du cas vénézuélien, cet épisode interroge la réalité contemporaine de la souveraineté, la portée effective du droit international et les nouvelles formes de domination politique à l’ère de la contrainte indirecte. (Ph. L’après Maduro au Venezuela frappé du sceau de l’incertitude).

Sabrine Bouzeriata *

Ce qui s’est produit récemment au Venezuela ne peut être réduit à un simple épisode de transition politique ou à une correction tardive d’un régime contesté.

Il s’agit d’un événement révélateur d’une transformation profonde de l’ordre international, où la force ne s’exerce plus prioritairement par la guerre, mais par l’érosion méthodique des capacités étatiques.

Une défaite déjà inscrite dans les institutions

Un président en exercice a été neutralisé au cœur même de son appareil institutionnel, sans invasion, sans affrontement militaire, sans rupture formelle de l’ordre constitutionnel.

Cette réalité oblige à déplacer le regard : la question n’est plus celle de la légitimité d’un régime, mais celle des conditions dans lesquelles un État peut encore exercer une souveraineté effective.

Le Venezuela n’a pas été défait militairement. Il a été progressivement affaibli. Les sanctions économiques prolongées, l’isolement financier, la pression sur la monnaie, la contraction des échanges et la fragmentation sociale ont produit un environnement où l’État fonctionne en tension permanente. L’acte final n’a fait que matérialiser une défaite déjà inscrite dans les structures.

Cette séquence illustre une évolution majeure des rapports de force internationaux. La domination ne passe plus nécessairement par l’intervention directe, mais par la création d’un épuisement stratégique. Il ne s’agit plus de renverser un pouvoir, mais de le rendre inopérant, incapable de décider, de protéger ou de résister.

Dans ce cadre, les références au droit international, à la démocratie ou aux droits humains conservent une présence discursive, mais leur application apparaît sélective. Elles fonctionnent comme des instruments de légitimation a posteriori, rarement comme des garde-fous contraignants. La cohérence normative cède le pas à l’utilité géopolitique.

Le coût de la dissidence géostratégique

Le constat est désormais difficile à contourner : certains États peuvent s’écarter largement des standards démocratiques sans subir de conséquences majeures, tant qu’ils respectent les lignes d’alignement stratégique. D’autres, en revanche, sont sanctionnés non pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils refusent d’être.

Le critère central n’est donc ni la gouvernance, ni la transparence, ni même la stabilité interne. Il est celui de la conformité géopolitique. Le coût de la dissidence stratégique est devenu plus élevé que celui de l’autoritarisme aligné.

Ce qui frappe également, c’est la normalisation du procédé. L’événement est traité comme une opération de gestion politique : communiqués sobres, procédures juridiques invoquées, narratifs maîtrisés. Le chef d’État se transforme en objet sécuritaire, et la société concernée disparaît du champ de l’analyse.

Au-delà du cas vénézuélien, cette séquence interpelle directement les États du Sud, notamment ceux du pourtour méditerranéen. Elle rappelle que la souveraineté proclamée ne suffit plus. Sans capacité économique autonome, sans cohésion sociale, sans marge stratégique réelle, l’État devient vulnérable à des formes de pression indirectes, mais redoutablement efficaces.

Les constitutions ne garantissent plus à elles seules la protection du pouvoir politique. Les élections non plus. Ce qui demeure déterminant, c’est l’existence d’un rapport de force tangible, multidimensionnel, capable de dissuader toute mise sous tutelle.

Ce qui s’est joué au Venezuela n’est donc pas une exception. C’est un précédent. Un avertissement clair : dans le nouvel ordre mondial, la souveraineté n’est plus un droit abstrait, mais une capacité concrète. Et tout État incapable de la défendre s’expose à être traité non comme un acteur, mais comme un dossier.

* Journaliste et analyste politique.

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L’impérialisme du XXIe siècle ou le nouveau primitivisme des puissances

06. Januar 2026 um 10:20

Depuis quelques années, une théorie séduisante mais pernicieuse émerge dans certains cercles stratégiques occidentaux : la «Théorie Donroe» (1), qui postule que certains États ou régions, en raison de facteurs culturels, historiques ou religieux structurels, seraient «incapables» d’accéder à une démocratie stable ou à une souveraineté pleine sans supervision extérieure. Présentée comme un réalisme géopolitique éclairé, cette théorie n’est en réalité qu’un habillage savant d’un vieux réflexe colonial : le «déni d’égalité politique universelle». L’affaire du Venezuela, avec la tentative de renversement reconnu par une partie de la communauté internationale, en est une illustration flagrante, mais on en trouve les prémisses dans les discours sur le Monde arabe, l’Afrique ou l’Asie centrale.

Abdelhamid Larguèche *

I. Les présupposés philosophiques d’une régression 

La Théorie Donroe repose sur trois piliers philosophiques malsains :

1. Le culturalisme déterministe qui essentialise les peuples et les cultures, leur assignant une trajectoire politique fixe. Comme le soulignait déjà Emmanuel Todd dans ‘‘Après l’empire’’, cette tendance à figer les civilisations est un symptôme de l’affaiblissement de l’Occident, qui, ne parvenant plus à imposer son modèle par la simple force, le fait désormais par le discours de l’«incapacité native». Ce déterminisme nie la possibilité de l’événement politique – au sens d’Alain Badiou, c’est-à-dire de la rupture historique par laquelle un peuple invente sa propre forme d’émancipation.

2. L’universalisme asymétrique : sous couvert de défendre des valeurs universelles (démocratie, droits humains), cette théorie en réserve l’application aux seuls peuples «éligibles», jugés selon des critères opaques définis par les puissances dominantes. Badiou y verrait une «trahison de l’idée même d’universalité» : l’universel ne se décrète pas depuis un centre, il se conquiert dans la singularité des luttes.

3. La négation de la souveraineté comme concept vide :  pour les tenants de la Théorie Donroe, la souveraineté des États «faillis» ou «immatures» serait un concept dépassé, justifiant des interventions sous formes variées : ingérences humanitaires, sanctions ciblées, soutien à des oppositions, jusqu’à la reconnaissance de présidents autoproclamés. Cette posture revient à «institutionnaliser l’état d’exception géopolitique».

II- L’application géopolitique : un impérialisme de l’urgence permanente

Sur le terrain, la Théorie Donroe sert à légitimer une gamme d’actions qui violent le droit international tout en prétendant le servir :

– «La délégitimation systématique» : tout régime qui résiste à l’alignement géopolitique occidental est progressivement étiqueté comme «illégitime», «autoritaire» ou «défaillant». Le Venezuela de Maduro, la Syrie d’Assad, ou encore la Biélorussie de Loukachenko deviennent ainsi des cibles désignées, non pas nécessairement pour ce qu’ils font, mais pour ce qu’ils «symbolisent» : une résistance à l’ordre libéral-atlantiste.

– L’ingérence comme norme : le «droit d’ingérence» mute en «devoir d’ingérence» pour les États «responsables». Cette logique a été poussée à son paroxysme dans la tentative de changement de régime au Venezuela en 2019, où les États-Unis et plusieurs alliés ont reconnu un président parallèle sans élection, au nom de la «restauration démocratique».

– La criminalisation de la résistance : tout État qui défend sa souveraineté face à ces pressions est accusé de «nationalisme déviant» ou de «populisme rétrograde». La Théorie Donroe fournit ainsi un lexique commode pour diaboliser la résistance à l’hégémonie.

III- Les conséquences : un monde moins stable, moins libre, moins juste 

L’application de cette théorie produit des effets contraires à ses prétentions :

1. Destabilisation régionale : les interventions menées au nom du «salut démocratique» génèrent souvent du chaos, des guerres civiles et des flux migratoires. L’exemple libyen, après 2011, est une tragique démonstration de ce scénario.

2. Renforcement des régimes autoritaires :  sous la menace permanente d’une ingérence, les régimes ciblés se durcissent, mobilisent le nationalisme comme bouclier et répriment toute opposition interne perçue comme une «cinquième colonne».

3. Érosion de l’ordre international : en sapant le principe de souveraineté, pilier de la Charte de l’Onu, cette théorie ouvre la voie à un monde de puissances rivales où chaque bloc justifiera ses ingérences par sa propre «exception». Nous risquons de basculer dans une «jungle normative», où le droit n’est plus que l’instrument du plus fort.

4. Trahison des peuples :  en niant aux peuples leur capacité à écrire leur propre histoire, on les infantilise et on étouffe dans l’œuf les véritables mouvements d’émancipation locaux, qui ne sauraient être réduits à une imitation du modèle occidental.

IV- Pour un universalisme de l’émancipation, contre un universalisme de la tutelle 

Il est urgent d’opposer à la Théorie Donroe une autre vision du monde, fondée sur :

– L’égalité politique inconditionnelle :  tout peuple, quelle que soit sa culture ou son histoire, est présumé capable de se gouverner et de choisir son destin. C’est le principe de base de l’auto-détermination.

– La non-ingérence comme éthique minimale : le respect scrupuleux de la souveraineté n’est pas un relativisme moral, mais la condition nécessaire pour que les changements soient durables et légitimes.

– La solidarité des luttes singulières : plutôt que d’imposer un modèle, il s’agit de soutenir les forces progressistes et démocratiques «là où elles émergent», à leur rythme et selon leurs modalités propres, comme le suggère une lecture attentive de Badiou sur l’«idée» et de Todd sur la nécessaire «décentralisation du monde».

– «Un multilatéralisme authentique» :  refonder les institutions internationales pour qu’elles ne soient plus le lieu où les puissances légitiment leurs interventions, mais l’espace où se construisent des compromis entre égaux.

V- Refuser le primitivisme savant 

La Théorie Donroe est un retour en arrière masqué en avancée conceptuelle. Sous des atours scientifiques, elle réactive le vieux mythe de la «mission civilisatrice». Face à cela, la tâche de la pensée critique est de démasquer cette fiction et de rappeler, avec force, que «la liberté ne s’exporte pas, elle se conquiert de l’intérieur»

Le Venezuela, comme d’autres pays pris dans l’étau de ces théories, nous rappelle une évidence trop souvent oubliée : un peuple n’a pas besoin de tuteurs pour être libre ; il a besoin de respect, de temps et du droit à l’expérimentation politique – y compris celui de se tromper et de se corriger lui-même. 

C’est seulement en renonçant à cette arrogance théorique que nous pourrons espérer construire un monde commun, où la diversité des chemins ne sera plus perçue comme une menace, mais comme la richesse de l’humanité politique en mouvement.

* Historien.

1- Le terme «Théorie Donroe» est une construction fictive vulgarisée par les médias, utile pour critiquer un courant de pensée réel qui, sous divers noms et formes, a justifié l’ingérence, l’interventionnisme et le déni de souveraineté au nom de la démocratie, de la stabilité ou des droits humains ou tout simplement des intérêts stratégiques. Cette théorie de Monroe née aux USA en 1823, revient en force sous une version nouvelle.

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Du Venezuela au reste du monde | L’âge des dominations

06. Januar 2026 um 09:29

Imaginez un instant le fantôme de Simón Bolívar errant dans les rues de Caracas, témoin muet d’un renversement du sens de l’histoire, le libérateur de 1813 contemplant l’extraction du dirigeant qui se proclame son héritier, emporté par une puissance étrangère. La scène dépasse la provocation symbolique. Elle dit la dissonance d’une époque où l’indépendance, conquise au nom de la souveraineté des peuples, se voit réinterprétée à l’aune d’une doctrine de domination qui se dispense des formes. Ce n’est plus seulement une transgression ; c’est le retour d’un impérialisme qui se drape dans les habits du droit pour mieux fragiliser l’architecture normative qu’il prétend défendre. Comme l’avait pressenti Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme, la banalisation de l’exception finit par transformer la violence en routine administrative — et la routine en horizon politique.

Yahya Ould Amar *

L’extraction du président vénézuélien Nicolás Maduro décrite par Donald Trump, appartient à cette catégorie rare d’événements qui comptent moins par ce qu’ils font que par ce qu’ils autorisent à penser. En rebaptisant la force en droit, les grandes puissances ne se contentent pas d’agir, elles réécrivent la grammaire de l’ordre international. Ce texte interroge ainsi un monde qui apprend à vivre sans l’illusion de l’égalité souveraine, où les hiérarchies s’exercent à visage découvert, et où la puissance cesse de se contenir par les règles pour s’autoriser d’elles. Quand cette frontière se déplace, ce ne sont pas seulement des dirigeants qui tombent, ni des régimes qui changent, ce sont les cartes mentales du monde — et les limites du pensable — qui se redessinent.

Le basculement d’époque

Parler d’«arrestation» pour qualifier l’extraction de Nicolás Maduro hors du Venezuela par les États-Unis n’est pas une simple facilité de langage. Les mots tracent des frontières. Nommer «arrestation» une opération menée sans juridiction locale, sans coopération judiciaire, sans extradition, c’est brouiller la ligne entre police et armée, entre justice et stratégie, entre ordre public et ordre international. C’est ici que commence la gravité morale de l’époque, lorsque la puissance ne se contente plus d’agir, mais de requalifier son acte. Elle ne dit plus «nous avons frappé», elle affirme «nous avons fait respecter la loi». Dans ce glissement, la force perd sa honte — et le précédent naît.

Si l’on accepte qu’une opération coercitive extraterritoriale puisse devenir une opération de «justice», alors le monde entre dans un âge où la guerre se rebaptise police et où l’exception cesse d’être une transgression pour devenir une méthode de gouvernement. Hier les «cas» Noriega, Saddam, Gbagbo ou Kadhafi ; aujourd’hui le «cas Maduro» ; demain un «cas X».

L’acte importe, mais le message est plus lourd encore, la souveraineté n’est plus un droit, elle devient une tolérance conditionnelle. Et lorsque Washington évoque la possibilité de «gérer» le Venezuela, le basculement est total, de la sanction d’un homme à la tutelle d’un pays de 27 millions d’habitants. Quand la frontière entre droit et puissance se déplace, les cartes du monde, elles aussi, finissent toujours par bouger.

Le retour silencieux de la tutelle comme horizon

L’enlèvement de Nicolás Maduro réactive une idée que l’ordre international contemporain croyait avoir reléguée à l’histoire, celle selon laquelle certains États peuvent, au nom d’un bien supérieur qu’ils définissent seuls, suspendre la souveraineté des autres. Le glissement est subtil mais décisif. On ne parle plus de conquête ni même d’intervention, mais de «gestion», de «stabilisation», de «remise en ordre». Le vocabulaire est propre, technique, presque managérial ; il transforme l’État en problème à administrer. Dès lors, la violence cesse d’être tragique pour devenir instrumentale, et la morale se déplace, la responsabilité invoquée remplace la légitimité consentie.

Ainsi la tutelle devient acceptable. On affirme qu’un dirigeant ne représente plus son peuple, que le peuple doit être protégé, que l’économie doit être réparée, que l’État doit être réorganisé.

Chaque étape paraît raisonnable ; ensemble, elles recomposent une hiérarchie où certains décident pour d’autres. Le message envoyé, surtout aux États vulnérables, est limpide, la souveraineté n’est plus un principe égalitaire, mais une permission conditionnelle. Cette «bienveillance» stratégique, comme l’avait averti Amartya Sen dans ‘‘L’Idée de justice’’, risque moins de corriger les injustices que de les perpétuer, en parlant au nom des peuples tout en faisant taire leurs voix.

La doctrine Monroe : l’aveu d’un monde qui régresse

La doctrine Monroe appartient à un siècle prédateur (XIXe), celui où l’ordre international ne se fondait pas sur des règles communes, mais sur la capacité des puissants à réserver des espaces. Elle ne proclamait pas la liberté des peuples ; elle bornait un territoire d’influence. Ce n’était pas une doctrine de droit, mais un acte de possession : «ici, nous déciderons».

Si elle a été abandonnée, ce n’est pas par vertu, mais par intelligence stratégique. Après 1945, les États-Unis ont compris qu’une hégémonie durable se dissimule dans les règles. Le droit, les institutions, l’universalisme imparfait étaient plus efficaces que la tutelle assumée. Gouverner par la norme stabilisait ; gouverner par l’exception exposait. La doctrine Monroe devenait alors un archaïsme nuisible, incompatible avec la crédibilité morale nécessaire pour contenir les autres empires.

Son retour aujourd’hui sonne comme un aveu de déclin. Les puissances véritablement assurées n’ont pas besoin de sanctuariser ; ce sont les puissances inquiètes qui bornent, administrent et prétendent «gérer». La réactivation de la doctrine Monroe n’exprime pas une force retrouvée, mais une légitimité qui s’effrite. Lorsque les règles cessent de servir le plus fort, celui-ci revient à la géographie et à la contrainte. Le coût est immédiat, moralement, la souveraineté devient une permission conditionnelle ; géopolitiquement, la hiérarchie remplace l’ordre, et la stabilité cède la place à la domination assumée.

Le danger est systémique. Les sphères d’influence obéissent à une loi de conservation, ce qui est toléré ici est reproduit ailleurs. La logique qui s’affirme à Caracas trouve ses échos en mer de Chine méridionale comme en Ukraine. À force d’exceptions, l’universalisme se délite et l’ordre post-1945 se fragmente en un archipel de dominations. Le monde ne devient pas plus pacifique ; il devient plus pensable pour la force. Et dans un tel monde, la stabilité n’est plus garantie par les règles communes, mais par les rapports de puissance.

La tentation de l’urgence stratégique

Il faut pourtant accepter, ne serait-ce qu’un instant, de regarder l’épisode depuis la rationalité de la puissance. Du point de vue des États-Unis, la tentation de l’exception ne procède ni d’un cynisme gratuit ni d’un mépris abstrait du droit, mais d’un sentiment d’urgence stratégique : monde fragmenté, institutions multilatérales paralysées, adversaires qui testent les lignes rouges, alliés jugés hésitants, opinion publique fatiguée de l’impuissance. Dans cette lecture, agir vite, frapper fort et requalifier l’action en «justice» serait une manière de restaurer la dissuasion, de reprendre l’initiative, de montrer que la puissance sait encore décider quand les règles s’enlisent. Cette logique est intelligible — et c’est précisément ce qui la rend dangereuse. Car en substituant l’efficacité immédiate à la légitimité durable, elle confond capacité d’agir et capacité de structurer. L’histoire des grandes puissances est pourtant sans appel, celles qui gouvernent par l’exception finissent par multiplier les coups, mais perdent la maîtrise de l’époque. La rationalité de l’urgence est compréhensible ; son coût stratégique, lui, est systémique. À l’horizon 2030, des simulations du Rand Corporation prévoient une multiplication par trois des conflits hybrides si cette logique persiste.

Les risques s’ordonnent dans le temps

À court terme, la normalisation de l’exception abaisse le seuil d’acceptabilité de l’usage de la force, les crises deviennent plus fréquentes, moins encadrées. À moyen terme, elle fragilise les alliances, politise durablement l’économie mondiale et installe une méfiance structurelle entre partenaires qui ne savent plus si la règle protège encore. À long terme enfin, le risque est civilisationnel, un monde où la souveraineté est conditionnelle, où le droit est sélectif, devient un monde structurellement instable, condamné à gérer par la domination ce qu’il n’a plus la capacité de gouverner par des normes communes. Ce risque civilisationnel évoque la chute de Rome, non par invasion barbare, mais par érosion interne des normes. Dans un monde interconnecté, cette instabilité pourrait accélérer les migrations climatiques et les pandémies, transformant les exceptions en catastrophes globales.

La souveraineté redevient une variable du rapport de force

Pour le Sud global, l’enlèvement de Nicolás Maduro n’est p0as un fait divers géopolitique. Il dit, sans détour, que la souveraineté n’est pas un droit inaliénable garanti par des normes universelles, mais une fonction conditionnelle, elle vaut tant qu’elle ne contrarie pas l’utilité stratégique des puissants.

Pendant des décennies, l’intégration économique, la conformité réglementaire, la reconnaissance diplomatique ont été présentées comme des assurances implicites. L’épisode vénézuélien fissure cette croyance. Il suggère que l’alignement ne protège pas nécessairement, que la vertu normative n’est pas un bouclier, et que l’ordre mondial n’est pas injuste par accident mais hiérarchique par construction. À partir de là, la rationalité dominante change, la question n’est plus «comment être conforme ?», mais «comment survivre politiquement ?».

Les États du Sud global doivent diversifier leurs alliances par calcul existentiel. Ils doivent réduire les dépendances réversibles demain en leviers de contrainte : monnaies, systèmes de paiement, infrastructures critiques, données, approvisionnements stratégiques. Ils doivent durcir leur appareil sécuritaire au nom de la stabilité préventive — non par goût de l’autoritarisme, mais parce qu’un monde où la tutelle est pensable rend la fragilité interne dangereuse. La mondialisation, autrefois promesse de convergence, se reconfigure en espace de vulnérabilité.

L’universalisme occidental cesse d’être une promesse crédible pour devenir un récit parmi d’autres. Cela peut produire deux trajectoires opposées. La première est défensive : repli, fragmentation, cynisme, où la politique devient une gestion permanente du risque d’ingérence. La seconde est celle de l’émergence d’un Sud global plus conscient de lui-même, moins demandeur de reconnaissance, plus soucieux de bâtir des équilibres autonomes — régionaux, financiers, technologiques. Des pays comme le Brésil ou l’Inde, via les Brics+, accélèrent déjà leurs alliances alternatives, avec une augmentation de 25% des échanges intra-Sud en 2025 selon la Banque mondiale, signe d’une multipolarité émergente qui défie l’hégémonie occidentale.

Économie mondiale

Le premier effet de cet épisode vénézuélien est que les investisseurs ne se demandent plus seulement si un projet est rentable, mais s’il est exposable à une requalification juridique, à une sanction, à une tutelle soudaine, à une «gestion» externe. Les chaînes de valeur se régionalisent, la redondance remplace l’optimisation, et la liquidité se concentre dans les juridictions perçues comme«amies». Ce mouvement n’est pas idéologique ; il est prudentiel. Mais la prudence, à l’échelle globale, renchérit le capital et ralentit la productivité.

La finance internationale, elle, réagit par rétrécissement de l’horizon. Le temps long — celui des infrastructures, de l’énergie, de l’éducation, de la transformation productive — devient plus difficile à financer quand la souveraineté peut être suspendue et les actifs requalifiés. Les flux se raccourcissent, les garanties se multiplient, les conditions se durcissent. Les pays perçus comme «exposés» paient plus cher leur dette, voient leurs IDE se raréfier ou se politiser, et apprennent que la discipline macroéconomique ne suffit plus à compenser le risque d’exception.

Le Venezuela devient alors un laboratoire involontaire. Non pas pour ses fondamentaux — déjà fragiles — mais pour ce qu’il autorise à penser ailleurs : que des actifs stratégiques puissent être administrés au nom de la stabilité, que des contrats soient relus à l’aune d’une tutelle, que la gouvernance d’un pays devienne une variable de valorisation. À partir de là, les marchés internalisent un principe simple qui est que la géopolitique n’est plus un choc exogène, c’est une hypothèse permanente.

Ainsi, l’enjeu économique de cette séquence dépasse le cas vénézuélien. Il tient en une phrase : plus la puissance politise l’ordre international, plus le monde devient coûteux. Coûteux en capital, en temps, en croissance potentielle. La stabilité obtenue par l’exception se paie d’une instabilité diffuse, intégrée dans les prix, les contrats et les anticipations. Et cette facture, comme toujours, est d’abord réglée par ceux qui vivent loin du centre de décision — là où la règle était censée compenser l’absence de puissance. Selon le FMI, cette géopolitisation pourrait réduire la croissance mondiale de 1,5% par an, avec les pays émergents supportant 60% du fardeau, exacerbant les inégalités et risquant des soulèvements comme ceux vus en 2024 au Sri Lanka et au Pakistan.

Le droit subsiste, mais il n’arbitre plus l’exception

Face à l’enlèvement de Maduro, l’Onu apparaît dans sa vérité contemporaine structurellement impuissante lorsque l’exception est assumée par les puissants. Les textes existent, les principes sont clairs, l’indignation est possible ; pourtant, quand la coercition est requalifiée en «police» et la tutelle en «gestion», l’Onu ne tranche plus — elle consigne. Le Conseil de sécurité devient un théâtre de récits concurrents où le veto fige le droit au moment précis où il devrait agir. Cette scène n’est pas singulière, elle se répète de Ukraine à Gaza, partout où les intérêts vitaux des grandes puissances se heurtent. Là aussi, les résolutions s’empilent, les condamnations se répondent, mais l’arbitrage se dérobe. Ce n’est pas un effondrement spectaculaire ; c’est une neutralisation silencieuse du droit par saturation politique.

À horizon dix à quinze ans, le monde qui se dessine n’est ni celui du chaos pur, ni celui d’un ordre stabilisé. C’est un monde plus dur, plus cher, plus hiérarchique. Les conflits n’y seront pas nécessairement plus nombreux, mais plus localisés, plus ambigus, plus difficiles à contenir. Le droit continuera d’exister, mais comme ressource argumentative, non comme barrière. Les économies fonctionneront, mais sous prime géopolitique permanente. La paix, quand elle existera, sera moins le produit des règles que de la fatigue des puissants. Ce monde-là ne s’effondre pas, il s’use.

Pourtant, l’Onu pourrait renaître via une réforme élargissant son Conseil de Sécurité et supprimant le droit de véto au sein de celui-ci. Sans cela, elle risque de devenir un vestige, comme la Société des Nations post-1919.

Elections de mi-mandat, novembre 2026

Il faut enfin introduire une variable politique décisive, celle du temps électoral américain. La réactivation d’une doctrine Monroe opérationnelle repose sur une fenêtre politique étroite, fragile, et potentiellement réversible. À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, plus de deux cents sondages nationaux et locaux convergent vers un constat défavorable aux Parti républicain : perte de la Chambre, Sénat incertain, et surtout érosion du mandat politique nécessaire pour assumer une doctrine de puissance aussi coûteuse symboliquement. Or la doctrine Monroe n’est pas une politique de consensus ; c’est une doctrine clivante, qui exige continuité, crédibilité et acceptation durable des coûts normatifs. Une alternance — ou même une majorité divisée — suffirait à la fragiliser, car elle expose immédiatement ses contradictions : contradiction entre primauté régionale et alliances globales, entre discours de droit et pratiques d’exception, entre leadership moral revendiqué et tutelle assumée. À cela s’ajoutent d’autres forces de rappel, la fatigue stratégique de l’électorat, la priorité donnée aux enjeux domestiques (inflation, dette, immigration), et la pression des milieux économiques, peu enclins à soutenir une doctrine qui politise les marchés et renchérit durablement le coût du capital. Autrement dit, la doctrine Monroe réactivée pourrait bien être un pari de fin de cycle : spectaculaire à court terme, mais structurellement vulnérable à la sanction démocratique. Dans l’histoire américaine, les doctrines durables sont celles qui survivent aux alternances ; celles qui disparaissent avec les majorités révèlent moins une stratégie qu’un moment politique.

Ces élections pourraient marquer un tournant, similaire à 1974 post-Watergate, où l’Amérique réaffirme son attachement aux normes, ou au contraire accélérer le déclin, comme en 1930 avant l’isolationnisme.

Au terme de cet article, les risques de guerres ne sont pas seulement ceux liés à des enchaînements de crises, mais d’un glissement de civilisation. Un monde où la force se rebaptise droit, est un monde qui abaisse le seuil de la guerre, multiplie les rapports de sujétion et prépare des conflits d’autant plus violents qu’ils auront été longtemps normalisés.

L’enlèvement de Nicolás Maduro n’est pas en soi la cause de ces périls ; il en est le signal. Car lorsque la souveraineté devient conditionnelle, lorsque le droit cesse de contenir la puissance, lorsque les hiérarchies cessent d’être dissimulées, alors la rivalité stratégique se mue en lutte existentielle.

Les guerres ne naissent pas seulement de l’agression, mais de l’échec collectif à maintenir des limites crédibles; les dominations ne durent qu’au prix d’un ressentiment accumulé ; et les civilisations échouent moins par faiblesse que par excès de certitude.

En croyant sécuriser l’ordre international par l’exception, on fragilise ce qui rendait encore la coexistence possible. L’histoire nous enseigne qu’un monde qui accepte facilement la domination finit par découvrir que la paix sans règles n’est jamais qu’une guerre différée.

Sommes-nous prêts à vivre dans un monde où la paix dépend moins du droit que de la patience des puissants ?

* Economiste, banquier et financier.  

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Venezuela | L’enlèvement du couple Maduro, ou le retour du Gringo

05. Januar 2026 um 10:07

On pensait que Trump bluffait dans l’affaire du Venezuela et que les Etats-Unis n’iraient pas jusqu’à intervenir militairement en dehors de l’embargo sur les exportations de pétrole et de quelques bateaux de pêcheurs ou de trafiquants de temps à autre bombardés et coulés pour les besoins de la cause. On se trompait.

Dr Mounir Hanablia *

Le moindre des paradoxes n’est pas de voir le président américain réduire son homologue venezuélien à affronter la même justice avec laquelle à la fin de son mandat il aura maille à partir. Ce qui importe c’est que la justice américaine dispose depuis quelques décennies et avec la complicité du Congrès Américain de l’arsenal législatif (Foreign Corrupt Practice Act) nécessaire pour juger, condamner, et détenir, tous ceux à travers le monde que l’administration américaine, ou les grands intérêts privés américains, considèrent comme étant susceptibles de leur nuire.

L’un des exemples les plus célèbres à ce sujet est la manière avec laquelle Général Electric s’était assuré le contrôle de la division ‘Energie’ du groupe français Alstom. Les Européens qui avaient les premiers le devoir de réagir contre cela se sont tus. Or depuis la mise en accusation d’Israël et de Benjamin Netanyahu par la Cour pénale internationale, le droit international a cessé d’être l’outil commode que la superpuissance américaine parfois soucieuse de s’assurer une caution universelle, utilise pour donner l’illusion d’un monde civilisé usant des rigueurs de la Loi contre les Etats ou les gouvernements parias.

Le passé explique le présent et éclaire l’avenir

Trujillo avait certes été assassiné en République Dominicaine en 1961. Diem l’a été au Sud Vietnam. Allende au Chili est mort lors d’un coup d’État militaire organisé par la CIA et cela s’est révélé politiquement coûteux. Saddam Hussein a été pris et livré à ses ennemis chiites. Kadhafi a été lynché de la manière que l’on sait par les milices islamistes soutenues par Sarkozy et Bernard-Henry Lévy. Bachar El Assad s’est enfui à Moscou pour échapper au sort semblable que Daech lui destinait.

Le précédent significatif par sa ressemblance avec l’enlèvement de Maduro est, cependant, celui de Noriega du Panama, un agent de la CIA qui avait fait assassiner son prédécesseur Torrijos avant de devenir président et d’être accusé d’être un trafiquant de drogue. Capturé à la fin des années 80 par l’armée américaine lors de l’invasion du Panama, il avait été jugé, condamné, et détenu aux Etats Unis.

L’administration américaine n’a pas agi différemment en s’emparant du président Maduro afin de s’assurer le contrôle de ce pays riche en pétrole. Le prétexte, le trafic de drogue et le terrorisme, importent peu; au Mexique, pays limitrophe par où transite la majeure partie de la drogue à destination des Etats-Unis et où les trafiquants circulent au grand jour et disposent d’une puissance de feu supérieure à la police qu’ils affrontent régulièrement dans des batailles rangées, Trump n’intervient pas.

En fait, la guerre contre l’Iran, le Hamas et le Hezbollah avait démontré la capacité des Israéliens disposant de la technologie américaine à frapper à la tête de leurs ennemis grâce à une évidente supériorité de ses moyens informatiques.

Trump alimente l’hostilité contre les Etats-Unis

Nous sommes devant deux cas de figures. Le premier est que ce sont donc tous les dirigeants du monde qui peuvent, un jour, après une brève opération de police menée par les unités d’élite de l’armée américaine disposant de moyens d’information en temps réel, se retrouver – quand ils ne sont pas assassinés – devant un procureur américain pour des charges dont ils auront pu jusque-là ignorer l’existence.

Il est douteux sans être impossible que Trump désire inspirer cette crainte qui ne peut à court terme que susciter l’hostilité générale contre les Américains, même auprès de leurs propres alliés.

Le second cas de figure est que ces derniers, les Américains, les Gringos ainsi qu’on les appelle au Mexique, s’estiment chez eux en Amérique Latine au point d’en faire juger les dirigeants récalcitrants par leur propre justice. On aurait en effet pu éliminer Maduro, mais ce qui importait aux yeux de ce qu’il convient d’appeler ses ravisseurs était de démontrer le caractère immanent et transcendant, autrement dit quasiment divin, de la souveraineté américaine au moins en Amérique du Sud par rapport à toutes les autres.

C’est là une autre traduction de la «destinée manifeste de l’Amérique», et de sa traduction politique dans l’hémisphère occidental, dite «doctrine de Monroe». Mais un vieux dicton romain dit bien: «Si tu désires la paix, prépare la guerre !».

Comment résister à une domination américaine ?

Il ne faut pas compter sur la bonne volonté des puissances impériales pour se protéger. Que peuvent faire à cette fin les États en faillite ? D’aucuns estiment qu’il n’y a d’autre choix que de s’insérer dans le projet économique et politique dominant, celui de la vente du pays aux intérêts étrangers. D’autres, qu’il faut résister quitte à s’allier avec tous ceux qui le font contre cette domination globale. Encore faudrait-il en avoir les moyens. Toute la question est là.

Il serait illusoire de prétendre se protéger contre un débarquement d’une armée disposant de la panoplie technologique complète du XXIe siècle. Mais il vaut mieux l’astreindre à le faire pour éliminer un dirigeant qui ne leur siérait pas plutôt que le voir enlever d’une manière ignominieuse ou éliminer par un bombardement.

Il demeure donc prioritaire de se fixer des objectifs minimums, et le premier est de protéger ses propres dirigeants.

Depuis l’usage massif des nouvelles technologies de l’information, ceux qui nous observent lisent en nous comme dans un livre ouvert. La nécessité est donc de s’assurer une maîtrise minimale de l’information capable de sauvegarder une partie de nos secrets. Cela suppose une capacité dans le chiffrement informatique qu’une nation dont la population est éduquée peut raisonnablement acquérir, en attendant le développement des ordinateurs quantiques, par définition inviolables.

Avec la dessalaison de l’eau de mer et la maîtrise de l’énergie solaire, cela constituerait plus que le braiement de quelques excités dans les rues régulièrement réunis pour la circonstance ou de quelques politicards maniant la rhétorique anti impérialiste, les bases du respect effectif de la souveraineté.

Certes on en est loin, mais il faudrait déjà commencer par s’y préparer. Toute la question est de savoir si le peuple d’un pays a ou non la volonté de ne pas se laisser réduire en esclavage, sinon exterminer comme l’avaient été il n’y a pas si longtemps les Indiens.       

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Etats-Unis | La force au mépris du droit

05. Januar 2026 um 09:20

«Il ne faut pas être trop ambitieux , il faut être réaliste et ne pas considérer que le droit international peut et doit triompher partout sur la planète, mais d’abord dans les zones où il rejoint l’intérêt des principales puissances», déclarait Henry Kissinger, l’ancien secrétaire d’Etat des États-Unis. Cette vieille doctrine américaine a encore été confirmée dans l’agression américaine contre le Venezuela, un Etat souverain, samedi 3 janvier 2026, au mépris des règles les plus élémentaires du droit international.

Abderrahmane Cherfouh *

Le viol du droit international par Donald Trump échappe à toute sanction et ne suscite que des réactions timides et mitigées de la part du monde soi-disant libre.

Le viol du même droit international par Israël se poursuit depuis 77 ans et il échappe à toute sanction.

De nos jours, les États-Unis sont économiquement les plus forts et militairement les plus puissants. Ils dictent le droit. Ils imposent leur loi. Mais la dernière agression américaine contre un Etat indépendant et l’enlèvement de son président a mis à nu le monde irrationnel dans lequel nous vivons où règne la loi du plus fort, ouvrant la voie à toutes les dérives et tous les abus. Les pays du monde entier sont désormais avertis : le droit international est une vieille fiction qui a fait son temps. Le droit est désormais au bout des fusils.   

Dans sa préparation de l’enlèvement de Nicolas Maduro et de son épouse et de leur exfiltration, Trump a mis une impressionnante machine de propagande accusant Maduro d’être un narcotrafiquant inondant les Etats-Unis de cocaïne et faisant des milliers de victimes parmi les Américains, ce qui est, bien sûr, loin d’être prouvé.

La démocratie, Trump n’en a que faire

Maduro est, également, accusé d’être un dictateur qui a écrasé et affamé son peuple alors que lui et sa bande menait une vie de luxe. Cela est certes juste et prouvé, mais est-ce la raison pour laquelle on a été le chercher jusque dans sa chambre à coucher ?

Non, bien sûr. La démocratie, Trump n’en a que faire, et la liberté du peuple vénézuélien est le dernier de ses soucis. Seul le pétrole dont regorge le sol de ce pays latino-américain l’intéresse, et lui-même le crie sur tous les toits.     

Comment cette propagande américaine savamment orchestrée, utilisant des techniques ultrasophistiquées, ne fascinerait-elle pas le commun des mortels et le citoyen lambda de tous pays ? Les actes d’accusation portées contre Maduro ressemblent à s’y méprendre à ceux qui étaient formulés, il y a presque 23 ans, contre le régime de Saddam Hussein et ses soi-disant armes chimiques de destruction massive constituant une supposée menace pour la paix dans le monde.

Il n’y a aucun doute sur le fait que Maduro a toutes les caractéristiques d’un dictateur détesté par son peuple et qui exerçait un pouvoir absolu qui lui permettait de tenir le pays d’une main de fer, de museler la presse, d’emprisonner ses opposants et de s’enrichir illicitement. Débarrasser le Venezuela de ce dictateur est au cœur de la propagande de Trump pour justifier son intervention dans ce pays.

Pour des centaines de millions d’opprimés de la planète écrasés par des dictatures malveillantes et des régimes autoritaires, cela représente un fort message d’espoir qu’un jour, ils pourront se libérer, eux aussi, du joug de leurs oppresseurs. Et présentement, la question qui est sur toutes les lèvres est la suivante : à  qui le tour ? Sauf que, et cela est de notoriété publique, un grand nombre de dictateurs à travers le monde sont des alliés des Etats-Unis qui les protègent, y compris en dans cette Amérique Latine que les Américains considèrent comme leur «espace vital».   

Un homme dangereux que rien ne semble pouvoir arrêter

Par ailleurs, après sa rhétorique annexionniste voulant que le Canada devienne le 51e État des États-Unis, Trump a également réitéré sa volonté de conquérir le Groenland. «Nous avons besoin du Groenland absolument», a-t-il lancé, sans ciller. Mais pour le moment, son objectif affiché est clair : diriger le Venezuela, imposer sa mainmise sur ses richesses pétrolières, prélude au remodelage géostratégique de l’ensemble l’Amérique du Sud. Ce qui fait de la Colombie et du Cuba, les deux Etats qui résistent encore à ses élans impérialistes, des probables prochaines cibles.

On voit bien que cet homme est, dans l’incohérence même de sa démarche au regard du reste du monde, est conséquent avec lui même et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Ses déboires passés et sa grande amitié avec le pédophile Jeffrey Epstein ne semblent pas l’affecter outre mesure. Pas plus que son soutien indéfectible au criminel de guerre et génocidaire recherché par la Cour pénale international, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Cet homme est un danger pour l’humanité. Ses méthodes brutales révulsent, notamment la manière inhumaine avec laquelle il fait expulser les immigrés et les accusations racistes du genre de celles lancées contre les Haïtiens : «A Springfield, ils mangent les chiens, ils mangent les chats, ils mangent les animaux domestiques des gens qui habitent là. Voilà ce qui se passe dans notre pays et c’est une honte».

Tout indique désormais que Trump et la clique de ses conseillers restent inébranlables dans leur détermination à dominer le monde sur terre, sur mer et dans l’air. De grosses tempêtes pointent à l’horizon.

* Médecin, Canada.

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Que nous apprend l’agression américaine contre le Venezuela ?

04. Januar 2026 um 09:35

Ce qu’ont fait les Etats-Unis au Venezuela, hier, samedi 3 janvier 2026, en enlevant et en exfiltrant le président Nicolas Maduro, ils n’oseront jamais le faire à la Corée du Nord qui possède une arme nucléaire qui pourrait raser Los Angeles et Chicago. Cela s’appelle la dissuasion. Il y a aujourd’hui neuf pays possédant l’arme nucléaire, et il est à craindre que dans vingt ans, il y en aura 30, dont le Venezuela.

Lahouari Addi *

L’homme entretient un rapport avec la réalité qu’il veut modifier pour qu’elle soit conforme à ses intérêts. Cela est vrai pour les individus, mais aussi pour les Etats. Même si nous avons un pouvoir, direct ou indirect, sur la réalité comme l’atteste l’histoire, elle échappe le plus souvent à notre volonté pour prendre une direction souvent imprévue.

La sociologie nous apprend que nous ne sommes pas des acteurs omniscients et omnipuissants. Nous sommes des agents de structures dont les configurations se dessinent à travers les actions antagoniques de tous les agents. Ceci est vrai au niveau microsociologique, mais aussi au niveau macrosociologique de la scène mondiale où les Etats croient être des acteurs alors qu’ils ne sont que des agents. A terme, la structure limitera la puissance des plus puissants.

Volonté de puissance et besoin de sécurité

La théorie réaliste des relations Internationales, qui remonte à Hans Morgenthau, et aujourd’hui représentée par John Mearsheimer, enseigne que les rapports entre Etats sont alimentés par une dynamique contradictoire opposant la volonté de puissance des uns et le désir de sécurité des autres.

Les théoriciens du courant réaliste expliquent que la scène mondiale est anarchique et est régulée par le rapport de force. Ceci est encore attesté par le rocambolesque kidnapping du président vénézuélien Nicolas Maduro par les Etats-Unis.

Cet événement, rare dans l’histoire des relations internationales, est l’expression de tendances hégémoniques d’un voisin puissant qui veut soumettre un pays qui possède l’une des plus grandes réserves de pétrole du monde. Pour les théoriciens du courant réaliste, cette politique agressive relève de la stratégie à court terme, car elle aura des conséquences.

Reposant sur un pessimisme anthropologique foncier, qui remonte à Thomas Hobbes, la théorie réaliste suggère de tenir compte des besoins respectifs de sécurité de tous les Etats pour éviter les conflits militaires. Contrairement aux apparences, elle est contre la guerre qui ne se justifie que par la légitime défense. Morgenthau n’a-t-il pas été un fervent opposant à la guerre du Vietnam que son étudiant, un certain Henry Kissinger, devenu Secrétaire d’Etat de l’administration Nixon, justifiait ?

Le réalisme encourage la mise en place d’un droit international dont la vocation est de prévenir les guerres en tenant compte des intérêts nationaux de chacun.

La militarisation de la scène mondiale

Le droit international, qui a interdit la guerre entre Etats depuis la création de l’Onu, est l’expression même du refus de la militarisation de la scène mondiale. Mais les Etats militairement forts, notamment les Etats-Unis, considèrent le droit international comme une entrave à leur puissance, et ils le violent régulièrement : outre les guerres coloniales menées par la France et la Grande Bretagne, il y a eu la Corée, le Vietnam, l’Afghanistan, l’Irak, sans oublier les multiples interventions des Etats-Unis en Amérique latine dont le destin a été décidé par la doctrine Monroe.

Les dirigeants américains croient pouvoir faire correspondre la réalité à leurs intérêts, mais celle-ci évoluera vers une situation imprévisible. L’histoire étant un enchaînement de causes, certains pays militairement faibles, qui se sentent menacés, vont arriver à la conclusion que s’ils possédaient l’arme nucléaire, ils ne seront pas attaqués par un Etat militairement plus fort. Ce qu’ont fait, en effet, les Etats-Unis au Vénézuéla, ils n’oseront jamais le faire à la Corée du Nord qui possède une arme qui pourrait raser Los Angeles et Chicago. Cela s’appelle la dissuasion.

La sécurité est un besoin aussi fort que l’alimentation. Pour exister, tout en ayant le sentiment d’être en sécurité, les Etats chercheront un moyen pour se protéger, et ce moyen sera l’arme nucléaire.

Hegel disait que la réalité est rationnelle, et c’est en effet vers la rationalité de la dissuasion que la réalité de la scène mondiale se dirige, c’est-à-dire celle de la prolifération nucléaire.

Il y a aujourd’hui neuf pays possédant l’arme nucléaire, et il est à craindre que dans vingt ans, il y en aura 30, dont le Vénézuéla.

* Chercheur à l’Institut d’études politiques de Lyon.

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Ce que l’affaire du Venezuela nous dit

04. Januar 2026 um 08:57

Hier matin, samedi 3 janvier 2026, le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a été capturé avec son épouse à Caracas et exfiltré par des unités spéciales américaines. Ces événements sont intervenus 36 ans, jour pour jour, après la capitulation de l’ancien président du Panama, Manuel Noriega, qui s’est rendu, le 3 janvier 1990, aux troupes américaines ayant envahi son pays deux semaines auparavant. Aussi répréhensibles moralement et du point de vue du droit international qu’ils puissent paraître, ces événements ne font que refléter la réalité brute et sans fard de notre monde et des véritables rapports de force sur la scène internationale.

Elyes Kasri *

De nombreux idéalistes et idéologues gauchistes vont crier au scandale et au banditisme international en feignant d’ignorer que ce qui est arrivé à Caracas pourrait bien être répliqué dans d’autres régions, y compris la nôtre, car si l’Amérique du Sud tombe sous le coup de la fameuse doctrine Monroe [qui établit le continent américain comme sphère d’influence des États-Unis, les positionnant comme protecteurs face aux autres puissances, doctrine qui évoluera vers un interventionnisme pour défendre les intérêts de Washington, Ndlr], l’Afrique du Nord fait partie, qu’on le veuille ou non, de la ceinture sécuritaire de l’Alliance Atlantique avec un dénominateur commun pétrolier.

Caracas pourrait n’être en fin de compte que le prélude d’une tragédie qui pourrait frapper bientôt Téhéran et probablement l’Afrique du nord.

On ne nargue pas impunément à l’Amérique

Feu Habib Bourguiba l’avait pressenti, il y a plus d’un demi-siècle, notamment en prodiguant de précieux conseils au bouillonnant colonel libyen Mouammar Kadhafi qui a fini par payer lui-même et son pays au prix cher son inconscience et sa transe révolutionnaire.

L’inoubliable discours de Bourguiba du 15 décembre 1972 au Palmarium [où il lui a expliqué qu’on ne s’attaque pas impunément à l’Amérique, quand on n’a pas les moyens économiques, technologiques et militaires pour lui faire face, Ndlr], reste plus que jamais d’actualité.

Évidemment, n’est pas Bourguiba qui veut.

Par ailleurs, et en dépit de son caractère assez inédit et surprenant, l’opération américaine de neutralisation de la direction politique du Venezuela, pays détenteur des plus grandes réserves mondiales de pétrole et pourtant mal géré et connu plutôt pour les rodomontades pseudo révolutionnaires de ses dirigeants, n’a pas suscité une grande réaction négative chez les Tunisiens car ils ont pendant des décennies entières souffert des effets pernicieux des pétrodollars dans leur voisinage immédiat avec leurs effets inflationnistes et corrupteurs et surtout des pétro-barbouzes, sorte de voyous de quartier dopés aux recettes pétrolières détournées sans vergogne parmi une clique militaire aussi corrompue qu’impopulaire et arrogante.

Les Tunisiens et les pétro-barbouzes

Depuis son indépendance, la Tunisie a payé au prix fort son voisinage plein de pétro-barbouzes et de richesses naturelles détournées et mal utilisées avec tous les effets pervers imaginables sur son économie et sa stabilité.

Si les enseignements de la fin tragique du bouillonnant colonel libyen et de l’enfer que vit son pays depuis son élimination n’ont pas été suffisamment tirés, il reste à espérer que le sort de Nicolas Maduro et de son pays donneront matière à réflexion aux pétro-barbouzes du coin.

Sinon, la 6ème flotte n’est qu’à quelques encablures. Quant à la Russie et la Chine, elles ont visiblement d’autres chats à fouetter pour le moment que de voler au secours de leurs supposés protégés.

* Ancien ambassadeur.

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Tunisie | Un Etat social sans croissance forte est une fiction

03. Januar 2026 um 11:22

Renforcer l’État social, comme le préconise aujourd’hui le régime en place en Tunisie, est un objectif légitime. Mais sans croissance d’au moins 3 %, il restera un projet sans fondations… de la pure gesticulation politique. Vouloir protéger les plus vulnérables sans relancer la croissance finit par affaiblir l’ensemble du tissu économique, y compris ceux que l’on prétend défendre.

Moktar Lamari *

Depuis trois années, le discours politique officiel en Tunisie insiste sur la nécessité d’édifier un État social fort, protecteur, équitable, capable de garantir la dignité, l’accès aux services publics et la justice sociale.

Ce projet, porté avec constance par le président Kaïs Saïed, répond à une aspiration réelle et profonde de larges franges de la population. Mais à force de privilégier l’intention politique sans en affronter les contraintes économiques, une question centrale demeure trop souvent éludée : un modèle social renforcé est-il possible sans croissance économique significative ?

La réponse, aussi inconfortable soit-elle, est non. Sans une croissance annuelle d’au moins 3 % (et plusieurs années de suite), le renforcement du modèle social tunisien relève davantage de la simple rhétorique que de la politique publique effective.

Vivre au-dessus de ses moyens

Le modèle social — subventions, services publics, protection sociale, investissements dans la santé, l’éducation et les infrastructures — a un coût. Ce coût n’est pas idéologique, il est comptable. Or, dans une économie à croissance faible, voire stagnante, l’État ne crée pas suffisamment de richesses nouvelles pour financer durablement ces engagements. Il ne fait alors que redistribuer une richesse existante qui s’amenuise, aggravant mécaniquement les tensions budgétaires.

Depuis plusieurs années, la croissance tunisienne évolue en dessous de son potentiel. Elle est insuffisante pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail, encore moins pour réduire le chômage structurel, améliorer les revenus et élargir l’assiette fiscale. Dans ce contexte, chaque dinar supplémentaire dépensé pour le social est financé soit par l’endettement, soit par la compression d’autres dépenses, soit par une pression fiscale accrue sur une économie déjà fragilisée.

Le paradoxe est là : vouloir protéger les plus vulnérables sans relancer la croissance finit par affaiblir l’ensemble du tissu économique, y compris ceux que l’on prétend défendre.

Les subventions généralisées, par exemple, deviennent de plus en plus coûteuses dans un contexte inflationniste et bénéficient souvent davantage aux ménages les plus aisés qu’aux plus pauvres. Sans croissance, leur réforme devient politiquement risquée et économiquement explosive.

Modèle de survie ?

Une croissance d’au moins 3 % n’est pas un chiffre arbitraire. Elle correspond, dans le cas tunisien, au seuil minimal permettant de stabiliser les finances publiques, de créer des emplois nets et d’augmenter les recettes fiscales sans alourdir la pression sur les acteurs existants. En dessous de ce seuil, l’État court après les urgences, gère la pénurie et transforme le modèle social en simple mécanisme de survie.

Or, le discours dominant tend parfois à opposer croissance et justice sociale, comme si la première était suspecte et la seconde moralement supérieure. Cette opposition est intellectuellement séduisante, mais économiquement dangereuse. Il n’y a pas de justice sociale durable sans création de richesse. La redistribution ne précède pas la production ; elle en dépend.

Le renforcement du rôle de l’État, tel qu’il est envisagé aujourd’hui, suppose un secteur productif dynamique, capable d’investir, d’exporter, d’innover et de créer de l’emploi.

Cela implique un climat de confiance, une visibilité réglementaire, un accès au financement et une administration efficace. Sans ces conditions, la croissance restera molle, et le modèle social restera sous-financé.

Le risque majeur est alors celui d’un État social sans moyens, contraint de multiplier les annonces sans pouvoir les traduire en politiques effectives. Les attentes sociales augmentent, mais les ressources stagnent. Ce décalage alimente frustration, perte de crédibilité et tensions sociales. À terme, c’est le modèle lui-même qui se délégitime.

Sans croissance forte, point de salut

Il ne s’agit pas de renoncer à l’ambition sociale portée par le président, ni de l’opposer à une vision purement libérale de l’économie. Il s’agit de rappeler une évidence souvent oubliée : la croissance n’est pas un luxe, c’est une condition de souveraineté sociale. Sans elle, l’État devient dépendant de financements extérieurs, de mesures d’urgence et d’arbitrages douloureux.

La vraie question n’est donc pas de savoir si la Tunisie veut un modèle social fort. La société tunisienne a déjà répondu. La vraie question est de savoir comment créer les conditions d’une croissance inclusive, soutenable et durable, capable de financer ce modèle sans l’asphyxier.

En l’absence d’une stratégie claire de relance de l’investissement, de modernisation productive et d’intégration économique, le modèle social restera une promesse fragile. Et les promesses sociales, lorsqu’elles ne reposent pas sur des bases économiques solides, finissent toujours par se retourner contre ceux qu’elles prétendent protéger.

Renforcer l’État social est un objectif légitime. Mais sans croissance d’au moins 3 %, il restera un projet sans fondations… de la pure gesticulation politique.

* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur: E4T.

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La Tunisie et sa souveraineté vestimentaire

03. Januar 2026 um 10:55

La question du plein emploi en Tunisie est trop souvent abordée par le haut : chiffres macroéconomiques, réformes financières, plans d’austérité ou promesses d’investissements étrangers. Elle est rarement pensée à partir du quotidien, de ce qui touche chaque citoyen dans ses gestes les plus simples. Or, s’habiller est l’un de ces gestes universels, répétitifs, constants, et pourtant profondément politiques. Et si s’habiller tunisien pourrait aider à retrouver le plein emploi, la dignité économique et l’empreinte culturelle ?

Zouhaïr Ben Amor *

Pendant plusieurs décennies, la Tunisie a su se vêtir elle-même. Cette réalité, aujourd’hui presque oubliée, n’était ni marginale ni archaïque : elle constituait un véritable système économique intégré, capable de faire travailler des dizaines de milliers de personnes, de structurer les villes et les villages, et d’ancrer la production dans la culture locale. La mémoire de cette époque n’est pas une nostalgie : elle est un gisement de solutions.

La thèse défendue dans cet article est simple mais exigeante : la souveraineté vestimentaire peut devenir un levier central du plein emploi en Tunisie, tout en restaurant une dignité économique, une cohérence culturelle et une ambition africaine.

Quand la Tunisie s’habillait elle-même

Il fut un temps où la Tunisie produisait l’essentiel de ce qu’elle portait. Les tissus sortaient d’usines nationales, parmi lesquelles la célèbre Sogitex, symbole d’une industrie textile publique protégée et structurante. Ces tissus étaient ensuite transformés localement : robes, jupes, costumes, draps, manteaux. Dans chaque quartier, dans chaque rue presque, travaillaient des couturières et des tailleurs.

Ce modèle reposait sur plusieurs piliers solides : une industrie textile nationale protégée ; un artisanat de confection dense et diffus; un commerce de proximité; et une culture du sur-mesure et de la réparation.

Même les chaussures, souvent peu confortables mais accessibles, étaient tunisiennes. Les espadrilles, imparfaites mais bon marché, permettaient à chacun de se chausser dignement. Les importations étaient limitées aux accessoires : boutons, fermetures éclair, mercerie. La valeur ajoutée, elle, restait locale.

Ce choix n’était pas accidentel. Il relevait d’une politique économique consciente, fondée sur la protection des industries naissantes, comme l’ont fait avant nous l’Europe, les États-Unis ou le Japon (Chang, 2002).

Le rôle structurant du protectionnisme intelligent

Contrairement au discours dominant actuel, le protectionnisme n’est pas un gros mot. Il devient nocif lorsqu’il est aveugle et permanent. Mais lorsqu’il est temporaire, ciblé et stratégique, il constitue un outil de développement essentiel (Rodrik, 2011).

Dans le cas tunisien, la protection du textile a permis : la montée en compétence de la main-d’œuvre ; la stabilisation de l’emploi urbain et féminin ; et la constitution d’un tissu industriel et artisanal cohérent.

Le textile est un secteur intensif en main-d’œuvre, particulièrement adapté à un pays à forte démographie active et à faible capital. En abandonnant cette protection sans stratégie de substitution, la Tunisie a exposé son industrie à une concurrence internationale écrasante, souvent fondée sur des coûts sociaux et environnementaux insoutenables.

La double destruction : malls et friperies

Aujourd’hui, deux modèles dominent l’habillement en Tunisie, et tous deux sont destructeurs de souveraineté.

Les malls ou l’importation du prestige :les centres commerciaux proposent des produits importés, souvent haut de gamme, inaccessibles à la majorité. Ils drainent les devises, créent peu d’emplois qualifiés et participent à une dépendance culturelle, où l’élégance est perçue comme nécessairement étrangère.

Les friperies ou l’illusion de l’accessibilité : à l’autre extrême, les friperies offrent des vêtements à bas prix, mais au coût caché immense. Elles détruisent la production locale, inondent le marché de vêtements usagés venus du Nord et transforment la Tunisie en décharge textile mondiale (Niinimäki et al., 2020).

Entre le luxe importé et la seconde main massive, l’industrie nationale n’a plus d’espace pour respirer.

Définition et portée de la souveraineté vestimentaire

Par analogie avec la souveraineté alimentaire (Patel, 2009), la souveraineté vestimentaire peut se définir comme la capacité d’un pays à produire majoritairement, sur son territoire, des vêtements accessibles, adaptés culturellement, socialement et économiquement à sa population.

Il ne s’agit ni d’autarcie ni de repli identitaire. Il s’agit de maîtrise : maîtrise des chaînes de valeur, des emplois, des savoir-faire, des normes.

La dépendance vestimentaire est une fragilité stratégique. Un pays incapable d’habiller sa population dépend entièrement de flux extérieurs, soumis aux crises, aux ruptures logistiques et aux rapports de force internationaux.

Gandhi et le vêtement comme acte politique

L’exemple de Mahatma Gandhi est ici central. En promouvant le khadi, tissu filé et tissé localement, Gandhi ne prônait pas le retour au passé, mais un acte de désobéissance économique face à l’industrie textile britannique. Le vêtement devenait un symbole de dignité, d’autonomie et de résistance (Roy, 1999).

La leçon est universelle : se vêtir n’est jamais neutre. C’est choisir un système économique plutôt qu’un autre.

Le textile comme moteur du plein emploi

Relancer une filière textile intégrée permettrait  d’absorber une partie massive du chômage, de créer des emplois féminins stables, de revitaliser les régions, et de réhabiliter les métiers manuels.

Chaque dinar investi dans le textile crée plus d’emplois que dans les secteurs capitalistiques. Le plein emploi ne viendra pas des technologies importées seules, mais de secteurs à forte intensité humaine, enracinés localement (ILO, 2018).

Habiller l’Afrique : une ambition réaliste

La Tunisie ne doit pas penser petit. L’Afrique est le continent de demain : croissance démographique, urbanisation, émergence d’une classe moyenne. La demande en vêtements adaptés, abordables et de qualité y est immense.

Grâce à sa position géographique, son savoir-faire et son histoire textile, la Tunisie peut devenir une plateforme vestimentaire africaine, à condition de reconstruire d’abord son marché intérieur.

Azzedine Alaïa et le génie tunisien du vêtement

La preuve que la Tunisie possède un talent exceptionnel dans l’art d’habiller est incarnée par Azzedine Alaïa. Parti de Tunisie, devenu l’un des plus grands couturiers à Paris, Alaïa n’a jamais renié son rapport charnel au tissu, à la coupe, au corps.

Son parcours démontre que l’excellence tunisienne peut être universelle sans être déracinée. Il est l’illustration parfaite de ce que pourrait devenir une filière nationale ambitieuse : une alliance entre artisanat, créativité et modernité.

Se vêtir pour se redresser

La souveraineté vestimentaire n’est ni un slogan ni une utopie. Elle est un choix de société. Elle engage l’emploi, la culture, l’environnement, la dignité.

S’habiller tunisien, ce n’est pas seulement consommer autrement. C’est produire autrement, penser autrement, transmettre autrement. C’est redonner un sens au travail, une valeur au geste, une cohérence à l’économie.

Comme hier, dans les rues d’Ez-Zahra et d’ailleurs, la Tunisie peut à nouveau se vêtir elle-même – et, ce faisant, se remettre debout.

Bibliographie indicative

Chang, H.-J. (2002). Kicking Away the Ladder. Anthem Press.

Rodrik, D. (2011). The Globalization Paradox. Oxford University Press.

Patel, R. (2009). Food Sovereignty. Journal of Peasant Studies.

Niinimäki, K. et al. (2020). The Environmental Price of Fast Fashion. Nature Reviews Earth & Environment.

Roy, A. (1999). The Politics of the Spinning Wheel. Oxford India.

International Labour Organization (2018). Employment-intensive industries and development.

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Pour une ouverture inclusive de l’espace aérien tunisien

01. Januar 2026 um 12:25

Depuis plusieurs saisons, il est possible d’observer que la tarification aérienne sur les liaisons reliant la Tunisie à ses principaux marchés émetteurs, et en particulier la France — qui abrite près de 1,5 million de Tunisiens résidents à l’étranger et constitue également un important réservoir touristique — obéit à une logique de convergence tarifaire défavorable à la fois à la diaspora, au secteur du tourisme et à l’économie nationale dans son ensemble.

Hakim Tounsi *

Les compagnies aériennes opérant sur ces routes, qu’elles soient tunisiennes ou françaises, appliquent dès l’ouverture des ventes des niveaux de prix élevés et remarquablement homogènes sur des périodes pourtant parfaitement prévisibles de déplacement de la diaspora et des flux touristiques saisonniers, réduisant la concurrence à une réalité largement théorique.

Présentée comme une application du yield management, cette pratique repose en réalité sur l’anticipation d’une demande supposée captive, comme le démontrent les ajustements tarifaires tardifs observés fréquemment lorsque les volumes ne suivent pas les projections initiales. Ces corrections interviennent généralement trop tard pour rattraper des projets de voyage déjà abandonnés, installant durablement un effet dissuasif sur les déplacements.

Une demande supposée captive

Ce verrouillage du marché est renforcé par le cadre actuel des accords bilatéraux, qui limite de facto l’accès aux droits de trafic aux seuls pavillons tunisien et français. Cette configuration permet aux compagnies en place de conserver la maîtrise de la capacité et de restreindre l’accès des tour-opérateurs aux opérations charter, afin de préserver leur contrôle sur les flux et les niveaux de prix.

Les conséquences, aggravées par la fragilité structurelle d’une compagnie aérienne nationale en quête permanente de ses équilibres, sont directes et mesurables : une accessibilité aérienne réduite pour la diaspora, une contraction des flux touristiques sur des périodes clés et un impact négatif sur un secteur stratégique de l’économie nationale, fortement créateur d’emplois et de valeur ajoutée.

Dans un pays où le tourisme constitue un pilier de la croissance, cette restriction de la mobilité affecte l’ensemble de la chaîne économique, de l’hôtellerie aux services locaux.

Introduire une pression concurrentielle

Dans un environnement libéral où l’État n’a ni vocation ni légitimité à intervenir sur les prix, il dispose néanmoins d’un levier efficace, réaliste et juridiquement maîtrisé pour réintroduire une concurrence effective. Celui-ci consiste à autoriser, dès le début de chaque saison, l’accès aux droits de trafic de troisième et quatrième liberté à des compagnies aériennes européennes opérant sous licence de l’Union européenne, y compris celles disposant de bases en France, afin qu’elles puissent assurer des vols directs entre la France et la Tunisie dans le cadre d’opérations charter ou ponctuelles.

Une telle ouverture, annoncée en amont et en anticipation d’un futur accord d’Open Sky entre la Tunisie et l’Union européenne, permettrait aux tour-opérateurs de sécuriser des chaînes charter sur la durée, sans dépendre du bon vouloir des transporteurs historiques, tout en introduisant une pression concurrentielle saine sur la capacité et les niveaux de prix.

À titre d’exemple, un tour-opérateur basé en France pourrait ainsi affréter librement, comme cela a déjà été le cas pour la compagnie nationale, un avion auprès d’un transporteur européen tel qu’Electra Airways afin de desservir Tunis, Monastir, Enfidha, Tabarka ou Djerba.

Seule une concurrence loyale et effective est en mesure de rétablir des niveaux de prix justes et économiquement soutenables. Aller à l’encontre de cette ouverture reviendrait à accepter le maintien d’une économie de rente de fait, avec ses dérives connues, qui faussent les tarifs, rigidifient le marché et dégradent durablement la relation avec les passagers, au détriment du tourisme, de la diaspora et de l’intérêt économique national.

Par cette tribune, il est lancé un appel aux autorités compétentes afin qu’elles examinent sans délai cette opportunité, susceptible de redonner un nouvel élan à la capacité aérienne reliant la Tunisie à ses marchés européens traditionnels, au premier rang desquels la France, qui présente un potentiel immédiat considérable. Cette ouverture gagnerait à être pensée de manière inclusive, sans exclusion d’aéroports ni de segments de clientèle, afin de maximiser son impact économique, touristique et social.

* Economiste, Fondateur Dirigeant du tour opérateur Authentique en France.



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Culte de la personne et Etat de droit en Tunisie

30. Dezember 2025 um 10:04

En Tunisie, comme dans tout le monde arabe, durant des siècles jusqu’à nos jours, la population qui portait les stigmates du tribalisme, a été à la merci de l’arrogance, de l’arbitraire et de la brutalité, cette mère de toutes les lâchetés, à la merci des sauts d’humeur du «Chef». Les notions de «droit», celle de «dignité humaine», de «citoyenneté», de «raison»… restent jusqu’à aujourd’hui étrangères à notre culture.

Salah El Gharbi *

Le soutien inconditionnel qu’une partie de la population continue à manifester, bruyamment, à l’actuel chef de l’Etat semble décontenancer, agacer et surtout frustrer les nostalgiques de la «belle époque», en pensant particulièrement, au leadership du «Combattant suprême».

Comme ces esprits chagrinés n’ont jamais appris à prendre du recul ni à tirer des leçons du passé, ils sont réduits à être, constamment, dans le déni, en train de débiter les mêmes litanies, vantant tantôt les mérites du «libérateur des femmes», tantôt «le promoteur de l’enseignement pour tous»… Et comme si ces zélateurs du «bourguibisme» cherchaient à se donner bonne conscience, ils s’obstinent, désespérément, à laisser entendre que, de toute évidence, Kaïs Saïed ne serait qu’une création in nihilo, un accident de l’Histoire, une sorte d’épiphénomène étrange qui n’a rien à voir avec le plus prestigieux de ses prédécesseurs.  

De fidèles produits du «Système»

Il est vrai que l’actuel Maître du Palais de Carthage offre un profil atypique et a des attitudes et des réactions que certains trouveraient étranges. Il est aussi probant que «la démocratie» est loin d’être le dada du nouveau président. Néanmoins, et malgré les apparences, l’homme reste, fondamentalement, un fidèle produit du «Système», héritier d’une pratique politique mise en place par «le Combattant suprême» en 1957.

En fait, et contrairement aux apparences, le péché originel, c’était Habib Bourguiba qui l’avait commis, quand ce militant, juriste de formation, qui venait de mettre fin à la présence française, au nom du «droit», s’était institué comme un «Bey républicain», en s’octroyant un pouvoir illimité, dans le temps, et ce, au mépris du «droit».

Depuis, étant donné qu’il était à la tête «d’une poussière d’individus, d’un magma de tributs…», autrement dit, d’une population qui n’avait jamais connu que le mépris, les brimades et l’injustice, Bourguiba et les siens étaient en terrain conquis d’avance et avaient le loisir d’imposer leurs volontés. Ainsi, malade et sénile, le vieux président allait se cramponner au pouvoir des années durant, avant d’être délogé honteusement.

D’ailleurs, les soutiens échaudés de l’actuel président, sortis le 17 décembre scandant le nom de leur «idole», nous rappellent, étrangement, les foules surexcités et encadrées par les cellules du «Parti», prêtant allégeance au «Père de la nation». Même fausse ferveur, même culte de la personne, même aveuglement face aux vrais défis que le pays affrontait.

Zine El Abidine Ben Ali, le second président, après avoir usurpé le pouvoir, qu’avait-il fait, sinon marcher sur les traces du «Père de la nation», en faisant fi du droit. Et durant son «règne», c’était en manipulant l’opinion publique, en manœuvrant et en sévissant contre ses adversaires, qu’il avait réussi à se maintenir jusqu’à ce qu’il fût détrôné, à son tour, en 2011, d’une manière humiliante.

Déni du droit, répression des libertés

En fait, comme dans tout le monde arabe, durant des siècles jusqu’à nos jours, la population qui portait les stigmates du tribalisme, a été à la merci de l’arrogance, de l’arbitraire et de la brutalité, cette mère de toutes les lâchetés, à la merci des sauts d’humeur du «Chef». Les notions de «droit», celle de «dignité humaine», de «citoyenneté», de «raison»… restent jusqu’à aujourd’hui étrangères à notre culture.

Chez nous, on a beau multiplier les institutions qui enseignent le droit, dans son approche moderniste qui assure la justice pour tous et qui promeut le triomphe du droit sur l’arbitraire et la tyrannie, quatre-vingts ans après, on ne fait que barboter. La même désinvolture, la même suffisance et les mêmes pratiques indignes résistent et se perpétuent. 

«Le droit est le fondement de la civilisation», disait en substance, Ibn Khaldoun. Par conséquent, l’État de droit n’est pas un luxe, mais une nécessité. Ainsi, mépriser le droit, c’est, en quelque sorte, se priver, de facto, de trois données fondamentales de la civilisation, à savoir, la stabilité, la prospérité et le progrès.

Les révolutions technologiques et les progrès colossaux enregistrés en Occident n’ont été possibles que grâce à l’évolution en matière de droits de l’homme.  Alors que les citoyens occidentaux jouissent de la liberté, des bienfaits de l’État de droit, talonnés par une sorte de fatalité historique d’arabo-musulmans, nous restons, encore, soumis aux mêmes pratiques hégémoniques, gisant sous la menace, celles de l’arbitraire et de l’injustice et de l’anarchie.

Les soubresauts de l’Histoire

Néanmoins, dans ce monde en ébullition permanente, tous ceux qui continuent à s’opposer à l’inéluctable évolution vers la mise place d’un État de droit ne sont aucunement, à l’abri des soubresauts de l’Histoire. Ainsi, en favorisant le «désordre ordonné» aux dépens de l’État de droit, les despotes finissent, toujours, par être les premières victimes de leur arrogance et de leur propre aveuglement.

Même si, en cette fin d’année 2025, le septuagénaire que je suis reste sceptique, ne nourrissant que peu d’espoir d’assister, de mon vivant, au triomphe de l’État de droit contre l’arbitraire, je continue à croire qu’aussi obstinée fut l’attitude de toute force inique, tôt ou tard, le combat pour le triomphe du droit et des libertés individuelles finira, un jour ou l’autre, par triompher.

* Écrivain et essayiste.   

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Tunisie-Algérie l Besoin de clarification pour plus de transparence

29. Dezember 2025 um 12:42

L’accord sur la coopération sécuritaire et militaire signé à Alger le 7 octobre dernier suscite une controverse accrue en Tunisie et à l’étranger alimentée notamment par le mutisme officiel sur ses stipulations et ses implications sur la sécurité et la souveraineté tunisiennes assimilées par certains, avec une pointe d’exagération et de dramatisation politicienne, à une compromission et même un protectorat. (Ph. Le ministre de la Défense Khaled Sehili et le chef d’état major de l’armée algérienne Saïd Chengriha signant l’accord resté secret).

Elyes Kasri *

Ce silence officiel laisse libre cours à toute sorte d’incompréhension, d’interprétation et d’instrumentalisation plus ou moins innocentes et bienveillantes.

Les indices de relations déséquilibrées avec l’Algérie commencent, selon de nombreux observateurs, à donner des signes inquiétants tant le régime militaire au pouvoir à Alger semble lui-même traverser une grave crise de légitimité et d’acceptabilité intérieure et internationale.

La souveraineté nationale en question

A cet égard, les principes invoqués publiquement et officiellement en Tunisie de préservation de la souveraineté nationale et de compter sur soi-même semblent plus que jamais de rigueur et même une exigence vitale pour une Tunisie qui fait face à une phase délicate de son histoire et des relations internationales.

Plus qu’une question de cohésion interne du discours politique, c’est une condition de résilience face à la tempête qui se profile à l’horizon et même de survie dans un monde en pleine phase d’incertitude et de mutation.

Sur un autre plan, il serait judicieux que la Tunisie fasse le bilan du préjudice qui lui a été porté par le Non Maghreb et surtout par la proximité diplomatique que des mauvaises langues assimilent à un alignement sur l’Algérie à propos du Sahara Occidental, que certains qualifient de farce tragicomique.

Surtout en ce moment où commence à se dissiper le mirage de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et de la chimère créée par le régime algérien depuis 1975 pour s’arroger une légitimité de libérateur des peuples, alors qu’il a été fondé lui-même sur un butin territorial colonial, ce à la faveur des récents bouleversements géostratégiques et du séisme géopolitique initié par la résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025 par une large majorité du Conseil de sécurité.

Cette résolution stipule, pour la première fois, l’autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine comme unique base de négociation pour une solution politique réaliste marquée du sceau du compromis, écartant ainsi irrévocablement l’option de référendum et mettant fin aux ambiguïtés entretenues depuis des décennies. 

Le coût du Non-Maghreb

L’intérêt national de la Tunisie lui dicte une appréciation sereine et objective du préjudice et des opportunités ratées à cause des problématiques régionales non résolues, dans la mesure où il y a aujourd’hui un consensus international sur le coût du Non-Maghreb sur des pays comme le nôtre, fragilisé par une fin de règne de Ben Ali et une quête non conclusive d’un modèle de développement équitable et durable, et ce depuis ce qui a été qualifié pompeusement et probablement fallacieusement de révolution de la liberté et de la dignité.

La relance économique et le repositionnement diplomatique ne peuvent être envisageables, crédibles et durables qu’après un bilan sans parti pris ni complaisance idéologiques ou partisans de la diplomatie maghrébine au cours du dernier demi-siècle.

* Ancien ambassadeur.

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