Les grands clubs sportifs historiques – Espérance Sportive de Tunis (EST), Club Africain (CA) et Étoile Sportive du Sahel (ESS) – captent l’essentiel des ressources du secteur…
Longtemps cantonnée à une fonction sociale et associative, l’économie du sport en Tunisie amorce progressivement une transition vers un véritable secteur économique, encore modeste dans sa contribution globale, mais porteur de perspectives de croissance significatives. À l’heure actuelle, le sport ne constitue pas un pilier structurant de l’économie nationale. Sa contribution au produit intérieur brut (PIB) resterait inférieure à 1 %, selon plusieurs estimations d’experts, un niveau largement en deçà de celui observé dans d’autres économies émergentes comparables.
Cette faiblesse s’explique notamment par l’absence de données statistiques consolidées permettant de mesurer précisément les retombées économiques et sociales du sport, tant en matière de valeur ajoutée que d’emploi. « Le sport demeure un secteur sous-exploité en Tunisie; alors qu’il pourrait jouer un rôle bien plus important dans la dynamique économique nationale », regrette un professionnel du secteur.
Un cadre juridique et institutionnel encore contraignant
La lente structuration de l’économie du sport tient en grande partie à un cadre juridique longtemps inadapté, qui limite la capacité des clubs à se comporter comme de véritables entreprises. La majorité des structures sportives restent organisées sous forme d’associations à but non lucratif, fortement dépendantes des subventions publiques, de sponsoring ponctuel et de recettes de billetterie souvent insuffisantes.
Ce modèle freine la professionnalisation, l’accès au financement, la transparence financière et la diversification des revenus. En l’absence de gouvernance moderne et de stratégies économiques claires, de nombreux clubs peinent à assurer leur viabilité à long terme.
Le football, locomotive économique du sport tunisien
Comme dans de nombreux pays, le football constitue le principal moteur économique du sport en Tunisie, concentrant l’essentiel des ressources, des investissements et de la visibilité médiatique.
Les grands clubs historiques – Espérance Sportive de Tunis (EST), Club Africain (CA) et Étoile Sportive du Sahel (ESS) – captent l’essentiel des ressources du secteur. Certains disposent de budgets annuels significatifs : l’Espérance Sportive de Tunis a ainsi vu son budget atteindre près de 50 millions de dinars lors de la saison 2022-2023, avant de s’établir autour de 16 millions de dinars en 2024, selon les estimations disponibles.
Par ailleurs, la Tunisie occupe la 41ᵉ place au classement FIFA et 6ᵉ en Afrique, bien derrière le Maroc (11ᵉ mondial, 1ᵉ en Afrique), le Sénégal (19ᵉ mondial, 2ᵉ en Afrique), l’Algérie (34ᵉ mondial, 3ᵉ en Afrique) et l’Egypte (35ᵉ mondial, 4ᵉ en Afrique).
Quant à la valeur marchande du championnat tunisien, selon les dernières données statistiques de la saison 2025-26, elle est estimée à environ 87 millions d’euros (soit près de 295,8 millions de dinars tunisiens). Ce qui représente : 50 % de la valeur du championnat égyptien (590 millions de dinars); 71 % de celle du championnat marocain (413 millions de dinars); et 89 % de celle du championnat algérien (330 millions de dinars), selon des données actualisées d’une étude.
Vers une professionnalisation encore embryonnaire
Dans ce contexte, l’introduction en Bourse d’une structure liée au football tunisien marque une évolution notable vers plus de transparence et de gouvernance financière, même si ce modèle reste marginal. « Le potentiel est réel : droits audiovisuels, sponsoring, merchandising, formation et transferts de joueurs pourraient générer des revenus bien plus importants si le cadre réglementaire évoluait », estime un économiste.
Aujourd’hui encore, les droits télévisuels, pourtant stratégiques, restent relativement faibles. Tandis que le merchandising et la valorisation des marques sportives sont peu développés, en comparaison des standards régionaux.
Marchés dérivés : des relais de croissance en consolidation
Au-delà des clubs et des compétitions, l’économie du sport repose sur des marchés connexes en pleine expansion. Le segment des vêtements de sport et des maillots de bain devrait générer environ 28 millions de dollars de revenus en 2025, porté par la démocratisation de la pratique sportive, le tourisme balnéaire et l’évolution des habitudes de consommation.
Le marché des équipements sportifs collectifs est quant à lui estimé à près de 13 millions de dollars à l’horizon 2025, avec une croissance annuelle moyenne supérieure à 6 %. Cette dynamique reflète l’essor progressif du sport amateur, scolaire et associatif; malgré des contraintes persistantes liées au pouvoir d’achat.
Parallèlement, l’e-commerce d’articles sportifs s’impose comme un levier structurant. Les ventes en ligne devraient dépasser 10 millions de dollars, soutenues par la digitalisation du commerce et l’émergence de plateformes locales et régionales.
Emploi sportif : un potentiel encore largement sous-estimé
L’impact du sport sur l’emploi demeure l’un des principaux angles morts du secteur. Aucune donnée officielle ne permet aujourd’hui d’évaluer le nombre de postes générés directement ou indirectement. Pourtant, l’économie du sport mobilise une diversité de métiers : entraîneurs, éducateurs, préparateurs physiques, personnel administratif, vendeurs, organisateurs d’événements, agents, spécialistes du marketing et du numérique.
Dans les pays où le secteur est mieux structuré, le sport peut représenter plusieurs points de PIB et employer des dizaines de milliers de personnes. En Tunisie, ce potentiel reste largement inexploité, en raison de la faible formalisation des activités et de l’absence de stratégie nationale dédiée.
E-sport et nouvelles niches : des opportunités à fort rendement
Au-delà des disciplines traditionnelles, l’e-sport s’impose comme un segment émergent particulièrement prometteur. Avec une population jeune, connectée et familière des technologies numériques, la Tunisie dispose de nombreux atouts pour développer une industrie compétitive du jeu vidéo, génératrice de revenus, d’emplois qualifiés et d’exportations de services.
La rénovation des infrastructures sportives, la modernisation du cadre juridique et l’ouverture accrue aux investissements privés pourraient également faire du sport un levier de développement économique et social, notamment pour l’inclusion et l’emploi des jeunes.
Structurer le secteur pour changer d’échelle
En définitive, l’économie du sport en Tunisie demeure modeste, mais en transition. Si sa taille actuelle reste limitée, les signaux de croissance sont tangibles, en particulier dans les marchés dérivés, le numérique et les nouveaux usages. La clé de son changement d’échelle réside désormais dans la capacité des acteurs publics et privés à structurer le secteur, renforcer la gouvernance, professionnaliser les clubs et intégrer le sport dans une vision économique de long terme.
Autrement dit, la marge de progression – économique cela s’entend – du secteur du sport en Tunisie reste énorme. Et tout le monde se demande comment faire pour que progression se réalise.
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