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Heute — 24. April 2026Kapitalis

Le Sahara et le trafic d’êtres humains vers la Tunisie

24. April 2026 um 09:22

De nombreux témoignages sur les réseaux sociaux révèlent un plan détaillé des réseaux de passeurs qui ont transformé le Sahara en un marché aux êtres humains à ciel ouvert vers la Tunisie.

Sami Jallouli *

Le premier noyau de ce réseau se forme à Agadez, au nord du Niger, d’où les migrants se dirigent vers la frontière algérienne via Aïn Amenas ou bifurquent vers Tombouctou et Gao, au Mali, zones hors de contrôle officiel où des structures hybrides, composées de bandes de passeurs et d’organisations armées, organisent des convois de la mort à bord de camions et de véhicules tout-terrain.

La traversée du désert est l’étape la plus lucrative pour les passeurs. Les migrants paient entre 500 et 2 000 dollars pour le transport et la protection jusqu’à Tamanrasset, plaque tournante logistique du voyage.

À Tamanrasset, ils deviennent ouvriers au marché noir, travaillant dans le bâtiment et l’agriculture pour financer la suite du voyage, dont le coût oscille entre 300 et 600 dollars. Une fois l’argent réuni, les clients passent d’un passeur à l’autre et entament leur périple vers le nord, en direction d’Ouargla, principal centre de tri. De là, certains rejoignent la Libye via Ghadamès, tandis que d’autres poursuivent leur route vers Tébessa.

Trafic d’êtres humains et frontières poreuses !

À Tébessa, des guides spécialisés dans les sentiers de montagne facilitent le passage des migrants à travers des zones accidentées et non officielles, moyennant une somme allant de 100 à 250 dollars, avant de les déposer en territoire tunisien près de Kasserine.

Une fois la frontière franchie, les réseaux de passeurs tunisiens prennent le relais et transportent les migrants de nuit jusqu’à Sfax pour 500 dinars par personne. Aux abords de Sfax, les passeurs disparaissent, laissant la place à des intermédiaires locaux… et des ateliers de construction de bateaux en fer prospèrent, vendant ces embarcations entre 30 000 et 40 000 dinars pièce, générant d’immenses profits pour les courtiers locaux qui ont acheté des loyautés et recruté des informateurs pour se protéger des descentes de police.

Face à ce réseau de passeurs, qui communiquent par codes numériques, GPS et guides experts, son démantèlement par les méthodes de sécurité traditionnelles est quasiment impossible, d’autant plus que la plupart de ces individus sont entrés par la frontière algérienne avec la complicité de réseaux transnationaux.

Migration irrégulière et tissu urbain tunisien

S’attaquer au problème de la migration irrégulière à une telle échelle au sein du tissu urbain tunisien est extrêmement complexe et presque impossible d’un point de vue sécuritaire et logistique.

La solution réside dans le bouclage de tous les points de passage frontaliers grâce à des systèmes de surveillance avancés et des drones de reconnaissance couvrant les terrains accidentés et les zones vulnérables, ainsi que dans la traque des chefs des réseaux locaux de passeurs.

Il est donc devenu essentiel de concentrer les efforts sur la zone frontalière. Il faut stopper net le flux migratoire à la frontière. Ces efforts doivent s’accompagner d’une documentation numérique et juridique précise de chaque passage, non seulement pour contrôler la frontière, mais aussi pour définir les responsabilités internationales et régionales et responsabiliser chaque partie quant à ses obligations en matière de protection des frontières communes.

* Expert juridique.

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L’Irak, l’autre bras de fer entre les États-Unis et l’Iran

24. April 2026 um 08:30

L’administration Trump a suspendu les envois de dollars américains à l’Irak et gelé les programmes de coopération en matière de sécurité avec son armée dans le but d’accroître la pression sur Bagdad pour qu’il démantèle les puissantes milices soutenues par l’Iran.

Imed Bahri

Selon le Wall Street Journal, un envoi d’environ 500 millions de dollars en espèces, provenant des recettes pétrolières irakiennes détenues sur des comptes de la Réserve fédérale, a récemment été bloqué par le Trésor américain en raison des inquiétudes suscitées par ces milices. 

Il s’agit du deuxième envoi de ce type retardé depuis l’escalade des tensions avec l’Iran fin février, quelques semaines après que des milices ont lancé des attaques contre des positions américaines en Irak et dans les pays voisins en soutien à Téhéran.

Les milices de la discorde

Washington a informé Bagdad qu’il suspendrait le financement de certains programmes de lutte contre le terrorisme et de formation militaire jusqu’à ce que les attaques des milices cessent et que le gouvernement irakien prenne des mesures concrètes pour les démanteler. 

Ces mesures soulignent la pression croissante exercée sur Bagdad pour qu’elle s’aligne plus clairement sur les États-Unis et réduise ses liens étroits avec l’Iran depuis le début de la guerre israélo-américaine contre Téhéran, qui dure depuis près de huit semaines.

Dans un communiqué publié mardi 21 avril 2026, ne faisant aucune mention de la suspension des livraisons, la Banque centrale d’Irak a déclaré ne pas connaître de pénurie de dollars, affirmant avoir «satisfait toutes les demandes de devises américaines émanant des banques et des bureaux de change». 

Depuis l’invasion américaine de l’Irak en 2003, Washington a accepté de conserver les recettes pétrolières irakiennes –qui s’élèvent à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an– auprès de la Réserve fédérale de New York. Afin de réinjecter ces fonds dans l’économie irakienne. Jusqu’à 13 milliards de dollars par an sont acheminés à Bagdad en espèces pour soutenir une économie fortement dépendante des transactions en espèces.

Les États-Unis ont brièvement interrompu ces livraisons en 2015, craignant que les dollars ne tombent entre les mains de l’État islamique (EI), et ont menacé à plusieurs reprises de les suspendre par la suite.

Bien que l’Irak ait réduit sa dépendance au dollar, les avions transportent toujours d’importantes quantités de devises américaines vers la Banque centrale, ce qui confère à Washington un levier considérable sur Bagdad.

Une suspension temporaire

Les responsables américains affirment que la suspension de ces livraisons est temporaire mais ils n’ont pas précisé les conditions nécessaires à leur reprise.

Le porte-parole du département d’État Tommy Pigott a déclaré : «L’incapacité du gouvernement irakien à empêcher ces attaques alors que certains de ses alliés continuent d’apporter un soutien politique, financier et opérationnel aux milices nuit aux relations américano-irakiennes. Les États-Unis ne toléreront aucune attaque contre leurs intérêts et attendent du gouvernement irakien qu’il prenne des mesures immédiates pour démanteler les groupes armés soutenus par l’Iran». 

Depuis le début du conflit, les milices ont mené des centaines d’attaques de faible envergure à l’aide de drones et de roquettes, ciblant des bases militaires, des consulats et des installations diplomatiques américaines, notamment au sein de l’aéroport international de Bagdad. Washington a également imputé à des groupes soutenus par l’Iran une tentative d’attaque contre un convoi de sécurité américain transportant un otage libéré hors d’Irak au début du mois.

En réponse, les États-Unis mènent des frappes aériennes contre ces groupes en Irak depuis le début de la guerre.

Malgré la réduction de sa présence militaire en Irak ces dernières années, Washington continue de fournir des renseignements sur l’EI et d’apporter son soutien aux forces irakiennes en matière de formation et d’équipement.

Les milices les plus puissantes d’Irak, telles que l’Organisation Badr, Kataïb Hezbollah et Asaïb Ahl al-Haq, exercent une influence considérable au sein du gouvernement et du secteur financier. L’Irak est actuellement en négociations pour la nomination d’un nouveau Premier ministre, sous la pression de ces milices et de Téhéran qui souhaitent la désignation d’une personne maintenant des liens étroits avec l’Iran. Certaines de ces factions ont également été formellement intégrées aux forces armées, ce qui complique la tâche de tout Premier ministre souhaitant les affronter.

L’actuel Premier ministre, Mohammed Shia al-Sudani, en fonction depuis 2022, sollicite le soutien de Washington pour un second mandat, tout en évitant une confrontation directe avec les milices.

Trump dicte sa loi

Ces groupes bénéficient également de l’accès de l’Irak aux dollars américains. En 2023 et 2024, le département du Trésor américain a sanctionné plus de 20 banques irakiennes pour leur implication dans le transfert illégal de dollars depuis les comptes irakiens auprès de la Réserve fédérale, via des transactions frauduleuses.

Par la suite, des milices ont été impliquées dans l’achat en Irak d’importantes quantités de cartes Mastercard et Visa préchargées, qu’elles ont ensuite transférées aux Émirats arabes unis et dans les pays voisins pour retirer l’argent en dollars avant de le renvoyer en Irak et de le convertir en dinars afin de profiter des fluctuations du taux de change, selon le département du Trésor.

Ces milices trouvent leurs origines dans le chaos qui a suivi l’invasion américaine il y a plus de vingt ans. Elles ont émergé pour défendre les zones chiites et affronter les groupes armés sunnites et ont combattu les forces américaines que leurs dirigeants ont qualifiées d’occupation. L’Iran a fourni des armes à nombre de ces groupes avant de jouer un rôle important dans la lutte contre Daech en 2014.

En janvier dernier, le président Trump avait averti qu’il suspendrait l’aide américaine à l’Irak si l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, proche allié de l’Iran, revenait au pouvoir. Maliki s’est récemment retiré de la course et sa coalition, connue sous le nom de Cadre de coordination, a désigné un autre candidat, Basim al-Badri, figure du parti Dawa.

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‘‘La Lettre Jaune’’ | Le premier roman de Walid Nemili

24. April 2026 um 08:05

Walid Nemili, chroniqueur et blogueur littéraire, vient de publier son premier roman, ‘‘La Lettre Jaune’’, un thriller psychologique intense qui plonge le lecteur dans les méandres de la culpabilité et des secrets enfouis.

Le jour de ses trente ans, Yasmine reçoit une enveloppe anonyme d’un jaune éclatant. À l’intérieur, une phrase simple et dévastatrice : «Tu l’as tué.» Ce message, d’abord absurde, va fissurer ses certitudes et l’entraîner dans une descente aux enfers où le passé resurgit sans laisser d’échappatoire.

Passionné de littérature francophone, Walid Nemili n’est pas un inconnu dans le monde des livres. Après avoir interviewé les plus grands noms du thriller (Franck Thilliez, Alexis Laipsker) et œuvré pour la promotion des écrivains tunisiens à travers ses capsules et émissions radio, il livre ici une œuvre personnelle qui maîtrise les codes du genre tout en y apportant une sensibilité unique.

Une rencontre et séance de dédicaces se tiendra samedi 25 avril 2026, à 15h00, à la Foire du livre de Tunis, au stand 1710 de Hkeyet Edition.  

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Naïma Karoui, pionnière des recherches sur les femmes en Tunisie

24. April 2026 um 07:39

Figure pionnière des études sur la femme dans les milieux sociaux défavorisés et particulièrement dans le monde rural, Naïma Karoui a contribué à inscrire la question de la femme au cœur de l’analyse sociologique tunisienne.

Raja Fenniche *

Retracer le parcours scientifique de Naima Karoui est une tâche doublement difficile, vu la profusion de ses écrits et la diversité des thèmes abordés. Elle a enquêté, écrit, publié dans la discrétion, sans souci de visibilité.

Naïma Karoui née Fenniche appartient pourtant à la première génération de sociologues tunisiens qui ont posé les fondements d’une discipline susceptible d’éclairer les dynamiques d’une société complètement sous-étudiée à l’époque. Aux côtés de Abdelkader Zghal, Hechmi Karoui, Ridha Boukraa, Salah Hamzaoui, Khalil Zamiti et bien d’autres, elle a été membre, à partir de la fin des années 1960, de la section Sociologie du Centre d’études et de recherches économiques et sociales (Ceres) et a publié régulièrement les résultats de ses recherches dans la Revue tunisienne des sciences sociales (RTSS).

Figure pionnière des études sur la femme dans les milieux sociaux défavorisés et particulièrement dans le monde rural, elle a contribué à inscrire la question de la femme au cœur de l’analyse sociologique tunisienne.

La condition féminine a été étudiée en corrélation avec les mutations profondes que connaissait la Tunisie au tournant des années 1970, qui marque une étape importante de la construction du pays et de l’émergence de l’économie capitaliste.

Après l’échec du modèle coopératif des années 1960, le gouvernement de Hédi Nouira a placé la propriété privée et l’investissement extérieur au cœur de la stratégie de développement économique. S’en est suivi la montée d’une petite bourgeoisie locale et l’élargissement de la base de la classe ouvrière à de nouvelles franges de la population, dont les femmes, tant citadines que rurales.

Impact des transformations économiques sur les femmes

C’est sur ce dernier aspect, en particulier, que s’est penchée Naima Karoui dans ses travaux, en analysant l’impact des transformations économiques, sociales, mais aussi symboliques de la société sur le vécu des femmes et leur imaginaire.

Formée en Tunisie puis en France, elle soutient en 1976 à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS, Paris), sous la direction d’Alain Touraine, une thèse intitulée «Changement social et condition de la femme en Tunisie». Ce travail initiateur s’inscrit dans une approche sociologique attentive aux dynamiques d’une société en pleine transformation et aux tensions entre discours officiel et pratiques sociales.

L’originalité de sa démarche tient à l’importance qu’elle a accordée au travail de terrain, à une époque où la sociologie tunisienne était encore à son début. A travers le recueil de témoignages et d’entretiens, elle a donné de la visibilité à des franges peu représentées dans l’espace public : ouvrières, paysannes, employées de bureau.

La diversité des trajectoires féminines

C’est à travers les enquêtes menées dans les années 1970 auprès des ouvrières de l’industrie textile de Menzel Bourguiba, des ouvrières agricoles de la région de Mateur, des paysannes de Kerkennah, et des employées de l’administration des P.T.T. qu’elle a pu mettre en exergue la diversité des trajectoires féminines, en fonction des catégories sociales auxquelles elles appartiennent.

J’ai eu le privilège, jeune lycéenne, de l’avoir vue à l’œuvre lorsque je l’ai accompagnée à quelques reprises dans son enquête auprès des ouvrières agricoles de Mateur.

Assise près du chauffeur, dans la voiture tout-terrain du Ceres, elle nous expliquait, en chemin, comment remplir le questionnaire, en retranscrivant le plus fidèlement possible les réponses des enquêtées. La voiture serpentait lentement sur les sentiers tortueux de la montagne qui surplombait les alentours de Mateur.

Arrivées au douar, nous avons été accueillies par une ribambelle d’enfants, qui couraient derrière la voiture en poussant des cris de joie. Les femmes vinrent s’attrouper autour de Naima, souriantes et excitées ; elles se bousculaient pour lui tendre la main : «Elles me connaissent, nous dit Naima, je suis déjà venue»

Nous commencions l’enquête. Quelques-unes nous faisaient entrer dans leur houch, nous donnaient du pain et de l’huile. Je me rappelle leurs rires étouffés quand nous abordions la question de l’avortement et des moyens contraceptifs. Celle que j’interviewais refusa net d’en parler : «Tu es trop jeune, haki dhiri», me dit-elle en riant.

Naima savait les écouter avec douceur et attention ; c’était sa manière à elle de les mettre en confiance. «Le travail de terrain est fondamental en sociologie», répétait-elle souvent. Étudiante, elle y a été initiée par ses professeurs, dont Jean Duvignaud, qui emmena en 1960 les étudiants à Chebika (1) pour une enquête sur les conditions de vie des habitants du village.

Depuis les années 1970, ses recherches se sont axées sur le travail féminin dans les couches défavorisées et ses effets sur la vie familiale. L’accès au travail rémunéré génère un vécu traversé de contradictions : double charge familiale et professionnelle, immobilisme des statuts conjugaux, tensions entre modèle traditionnel et aspiration à la modernité.

Donner la parole aux exclues et aux marginalisées

Les enquêtes qualitatives menées lui ont permis non seulement de mettre en lumière certains aspects méconnus du vécu de ces femmes et de leur horizon d’attente, mais aussi de donner la parole aux exclues, aux marginalisées parmi elles.

Dans son article «La femme entre mythe et réalité », elle écrit (2) : «Parallèlement à l’insécurité économique dans laquelle elles avaient grandi, l’éclatement de la cellule familiale avec toutes les valeurs qui soutenaient son système, agissaient sur leurs attitudes et conduites pour expliquer la facilité avec laquelle elles bravaient les valeurs allant jusqu’à s’adonner à la prostitution clandestine».

Elle fustige un système économique et social qui  asservit pleinement les femmes : «il ressort que les enquêtées- principalement les ouvrières d’usines et les ouvrières agricoles  sont doublement exploitées par leurs patrons et les hommes de leurs familles principalement le mari» (3) …« quant aux femmes employées de bureau, quoique le travail joue un rôle positif dans leur insertion sociale, elles  continuent pour beaucoup à faire preuve d’attitudes traditionnelles dans leur famille : dépendance à l’égard du mari, effacement quand il s’agit de prendre des décisions importantes, maintien de la séparation des tâches. » (4)

C’est précisément la question de savoir si l’accès au travail a constitué, pour la femme, un véritable facteur d’émancipation qui a été au cœur de plusieurs travaux de Naima Karoui. A-t-il entraîné des répercussions positives sur le rapport homme/ femme ? A-t-il inversé la relation domination/ subordination au sein de la famille traditionnelle ?

Dans une approche d’anthropologie sociale et de psychosociologie, elle a confronté le vécu réel des femmes aux représentations sociales contradictoires prévalant dans la société. Représentations fortement polarisées entre une image de la femme portée par la tradition et un modèle d’émancipation défendu par «le courant moderniste», représenté par le pouvoir en place. «Le thème central porte sur l’adéquation ou la dichotomie existant entre le modèle de la femme véhiculé par le discours officiel de type moderniste et le vécu des femmes selon leur appartenance à des catégories socio-professionnelles différentes. » écrit-elle dans l’Annuaire de l’Afrique du Nord (5).

Un autre apport majeur de son œuvre réside dans l’étude de la pluralité des représentations et des discours sur la femme dans la Tunisie coloniale puis indépendante. Dans son article consacré à l’étude de l’image de la femme dans la presse satirique des années 1930 (6), elle décrit la représentation surannée de la femme, révélatrice des idées rétrogrades prévalant à cette époque.

Dans un autre article (7), elle porte un regard critique sur les idées d’émancipation véhiculées par le système éducatif français puis tunisien, depuis la première école, celle de Louise Renée Millet en 1900, jusqu’aux écoles de la République. Elle montre aussi que les questions de l’identité, du voile, du mariage et du rôle de la femme dans la sphère publique sont mises à rude épreuve par une idéologie conservatrice et discriminatoire.

Dans plusieurs de ses articles, Naima insiste sur le déchirement de la femme entre un modèle de famille marqué par la tradition musulmane fortement ancrée dans la société, «fidèle à l’esprit de la charia et du Coran, qui reflète, dit-elle, un passé mythique… qui ne trouve de légitimité que dans les textes religieux» (8) et une représentation émancipatrice de la femme à laquelle elle est censée se conformer.

Elle montre que les enquêtées vivent différemment le conflit entre ces deux modèles. Leur déchirement varie d’intensité selon leurs conditions de vie et leur statut social.

«Toutes les autres femmes que nous avons enquêtées ont exprimé des aspirations sans trop y croire, comme pour nous faire plaisir, avec un salaire aussi dérisoire que le leur, elles savent que leur mode de vie ne changera pas de sitôt» (9).

A une époque encore fortement marquée par la tradition, Naima, féministe avant la lettre, percevait les limites de cette «libération» initiée par le pouvoir, qui ne trouvait qu’un vague écho auprès des femmes marginalisées. Elle nous disait qu’un féminisme authentique ne saurait se limiter à des cercles élitistes et ne pouvait se concevoir qu’en étroite relation avec l’émancipation sociale des femmes défavorisées face au joug de l’oppression.

J’étais alors adolescente, et dans ce mythique appartement de la rue Jamel Abdennacer, elle aimait parler, avec ses mots simples et sa voix pénétrante, de la pensée de Marx, de Gramsci ou encore de Bourdieu. Hechmi, son mari érudit, s’en mêlait parfois et prolongeait les explications. Je n’y comprenais pas grand-chose, mais j’étais fascinée par ces idées qui promettaient de transformer le monde et qui ont nourri depuis, mes rêves de jeunesse.

À mes yeux, Naima incarnait une pensée libre qui doute, interroge et refuse les carcans de la tradition, tout en s’inscrivant dans la dynamique même de la société. Pour elle, le féminisme n’était pas seulement une conviction personnelle, mais un engagement social qu’elle a assumé jusqu’au bout, dans sa façon d’être et de penser. Elle a conservé cet élan de révolte contre l’injustice sociale et a toujours défendu des positions franchement progressistes et anticonformistes.

Ses articles reflétaient bien cette posture de sociologue engagée. Dans Le couple en Tunisie : du discours à la réalité (10), comme dans La femme entre le mythe et la réalité (11), elle montre que l’émancipation féminine, souvent présentée comme un acquis principal de la Tunisie indépendante, se déploie dans un champ de tensions où coexistent discours et lois progressistes, résistances sociales et immobilisme.

Mais c’est surtout dans le monde rural que l’écart est le plus prononcé entre le modèle véhiculé par le discours officiel et le vécu des femmes rurales : «Malgré la reconnaissance des droits de la femme sur le plan de la loi,  le choix du conjoint est chose nouvelle dans le milieu rural et n’apparait que dans certains cas…C’est au nom de ces mêmes coutumes que la virginité doit être sauvegardée jusqu’à la nuit de noces : l’un des éléments déterminants du mariage. Le mari sera tenu d’exposer aux témoins la preuve de la virginité de sa femme en présentant publiquement la chemise tachée de son épouse : signe de la défloration…» (12)

La transmission de l’échec à travers les générations

 Dans d’autres articles, Naima développe une analyse sociologique du monde rural tunisien. Les écrits sur le village de Ghar-el-Melh (13), sur les femmes rurales des îles Kerkennah (14), sur les ouvriers agricoles du Nord (15) et sur «l’univers éclaté» des paysans du Nord-Ouest constituent des documents précieux témoignant des inégalités régionales et des formes de marginalisation persistantes dans le monde rural. Elle aborde la question de la pauvreté, en mettant en évidence les formes de la reproduction des vulnérabilités économiques et sociales. Son analyse souligne le déficit du progrès économique et social dans ces régions, montrant que le projet de développement et de modernisation prôné par l’état demeure géographiquement et socialement très inégal.

Dans l’article «l’univers éclaté des paysans du Nord- ouest tunisien : la reproduction de l’échec» (16).

Naima s’intéresse à la question de la transmission de l’échec à travers les générations.  Dans cette région, qui présentait l’un des taux d’échec scolaire les plus élevés du pays, elle a recueilli des récits poignants, notamment celui d’un ouvrier dont le fils a quitté l’école très tôt. «Il arrivait à mes parents de se priver de manger pour nous acheter à mes frères et moi des bottes en hiver. Je me souviens que lorsqu’il pleuvait fort, je rentrais à la maison, trempé d’eau et tremblant de froid. Je ne rentrais pas à midi à cause de la longue distance que je devais effectuer de l’école à la maison. Je préférais manger du pain sec et du sucre devant la porte de l’école.»

Parce qu’elle donne la parole aux femmes rurales -ces invisibles de la société- aux démunis, aux marginaux du système, elle contribue à renouer avec la vocation première de la sociologie en tant qu’approche critique des politiques sociales en vigueur.  

Décédée le 19 janvier 2026, Naïma Karoui aimait par-dessus tout lire et écrire. À la clinique, quelques heures avant sa mort, elle avait demandé qu’on lui apporte un roman à lire au chevet. Elle s’est éteinte avant même de pouvoir l’ouvrir.

Son œuvre constitue aujourd’hui un travail de référence pour les chercheurs qui interrogent la question de la femme en rapport avec les dynamiques sociales au cours des années 1970 et 1980. Un travail qui aide à comprendre les articulations entre condition de la femme, développement économique et social, monde rural et recompositions familiales.

* Professeur de l’ enseignement supérieur.

Notes :

1) Jean Duvignaud a publié un ouvrage retraçant les étapes de cette enquête intitulée : ‘‘Chebika’’. Suivi de ‘‘Retour à Chebika 1990. Changements dans un village du Sud tunisien’’. Paris, Gallimard 1968. Paris, Plon, 1990, 501 p.  

2)  Karoui, N. (1993). La femme entre le mythe et la réalité : quête pour une liberté. RTSS, n° 114, pp. 49-70. (p 60).

3) Idem p 65.

4) Idem p 63.

5) Karoui, N. (1989). Les femmes entre le discours et le vécu : principaux axes de recherche. In Femmes et sociétés : la Tunisie et le Maroc, Annuaire de l’Afrique du Nord, Tome XXVIII. Paris : CNRS, pp. 871-875.

6)  Karoui, N. (1990). Image de la femme tunisienne à travers la presse satirique et humoristique des années 1930. RTSS, n° 103, pp. 53-79.

7) la femme entre le mythe et la réalité, op cit, p 50.

8)  Idem, p 872.

9) Karoui, N. (1980). Étude sociologique sur les ouvrières agricoles dans la région de Mateur. RTSS, n° 63, pp. 92-135. (p131).

10) Karoui, N. (1989). Le couple en Tunisie : du discours à la réalité. RTSS, n° 98-99, pp. 59-73.

11) Femmes entre mythe et réalité, op cit.

12) Le couple en tunisie : du discours à la réalité, op cit . p68

13)  Karoui, N. (1973). Ghar el-Melh : « Port admirable et village paisible ». RTSS, n° 32-35, pp. 201-223.

14) Karoui, N. (1989). Rôles et statuts des femmes rurales : l’exemple des îles Kerkennah. RTSS, n° 96-97, pp. 27-66.

15) Karoui, N. (1989). Témoignages d’ouvriers agricoles dans le nord de la Tunisie. RTSS, n° 96-97, pp. 67-83.

16) Karoui, N. (1991). L’univers éclaté des paysans du Nord-Ouest tunisien : la reproduction de l’échec. RTSS, n° 104-105, pp. 69-108.

 

 Bibliographie :

1965

Karoui, N. (1965). Attitudes des jeunes parents tunisois de 20 à 30 ans devant le mariage mixte. Revue Tunisienne des Sciences Sociales (RTSS), n° 3, p. 45.

1973

Karoui, N. (1973). Ghar el-Melh : « Port admirable et village paisible ». RTSS, n° 32-35, pp. 201-223.

1975

Karoui, N. (1975). L’idéologie de l’émancipation de la femme (en arabe). Al-Fikr, n° 3, décembre.

1976

Karoui, N. (1976). Changement social et condition de la femme en Tunisie.
Thèse de doctorat en sociologie, EHESS, Paris, sous la direction d’Alain Touraine.

Karoui, N. (1976). Famille et travail : les ouvrières de Menzel Bourguiba. RTSS, n° 45, pp. 75-98.

Karoui, N. (1976). La notion d’émancipation de la femme à travers la presse : ébauche d’une analyse de contenu. RTSS, n° 47, pp. 93-124.
(N.B. Reformulation harmonisée du titre mentionné dans la première liste.)

1980

Karoui, N. (1980). Étude sociologique sur les ouvrières agricoles dans la région de Mateur. RTSS, n° 63, pp. 92-135.

1983

Karoui, N. (1983). La femme tunisienne et le phénomène du « bureau » : étude sociologique des attitudes et conduites des jeunes femmes dans l’administration des P.T.T. RTSS, n° 70-71, pp. 75-109.

1989

Karoui, N. (1989). Rôles et statuts des femmes rurales : l’exemple des îles Kerkennah. RTSS, n° 96-97, pp. 27-66.

Karoui, N. (1989). Témoignages d’ouvriers agricoles dans le nord de la Tunisie. RTSS, n° 96-97, pp. 67-83.

Karoui, N. (1989). Le couple en Tunisie : du discours à la réalité. RTSS, n° 98-99, pp. 59-73.

Karoui, N. (1989). Les femmes entre le discours et le vécu : principaux axes de recherche.
In Femmes et sociétés : la Tunisie et le Maroc, Annuaire de l’Afrique du Nord, Tome XXVIII. Paris : CNRS, pp. 871-875.

Karoui, N. (1989). Les femmes dans le domaine agricole dans la Tunisie coloniale. RTSS, n° 98-99, pp. 129-??? (pagination à vérifier).

1990

Karoui, N. (1990). Image de la femme tunisienne à travers la presse satirique et humoristique des années 1930. RTSS, n° 103, pp. 53-79.

1991

Karoui, N. (1991). L’univers éclaté des paysans du Nord-Ouest tunisien : la reproduction de l’échec. RTSS, n° 104-105, pp. 69-108.

1993

Karoui, N. (1993). La femme entre le mythe et la réalité : quête pour une liberté. RTSS, n° 114, pp. 49-70.

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Amnesty alerte sur l’état de santé de Jawher Ben Mbarek

Von: Yusra NY
23. April 2026 um 23:48

L’organisation Amnesty international en Tunisie a exprimé sa vive inquiétude face «à la détérioration alarmante de l’état de santé » de l’opposant politique Jawher Ben Mbarek, en grève de la faim depuis 27 jours.

Dans un communiqué Amnesty pointe du doigt les conditions de détention prolongées de Jawher Ben Mbarek, affirmant qu’elles menacent gravement son intégrité physique et psychologique.

​L’organisation insiste sur le fait que les autorités tunisiennes doivent assumer l’entière responsabilité du sort de Jawher Ben Mbarek, « face aux risques croissants pour sa vie» et exige « la garantie immédiate d’une protection physique, l’accès sans délai à des soins médicaux indépendants et adéquats et le respect de ses droits fondamentaux en milieu carcéral».

​Amnesty a par ailleurs réitéré sa position sur l’affaire de complot contre la sûreté de l’Etat, pour laquelle l’opposant est en détention, qualifiant la procédure de «procès de façade, entaché par de graves violations des normes internationales du procès équitable».

La même source qui appelle à la libération de toutes les personnes détenues dans le cadre de cette affaire demande aussi l’arrêt de «l’instrumentalisation de la justice contre les opposants politiques et les voix dissidentes ».

Y. N.

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Gestern — 23. April 2026Kapitalis

Trafic en famille | Deux frères arrêtés à Tunis

Von: Yusra NY
23. April 2026 um 22:43

Une descente menée ce jeudi 23 avril 2026 dans le quartier de Halfaouine, a permis l’arrestation de deux frères récidivistes, pour trafic de drogue

Selon une source sécuritaire citée par Mosaïque FM, la descente a été effectuée après investigations et renseignements précis qui ont révélé que les deux frères, qui venait à peine de retrouver la liberté après avoir purgé une peine de prison, sont à la tête d’un réseau de trafic familial.

Ces derniers ont été arrêtés et de la drogue a été saisie à leur domicile et le Parquet près le tribunal de première instance de Tunis a ordonné leur mise en détention.

Y. N.

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Hend Sabri, marraine d’exception du Gabès cinéma fen

Von: Yusra NY
23. April 2026 um 21:55

Depuis la création de Gabès Cinéma Fen, Hend Sabri nous honore de son marrainage avec une fidélité qui nous touche profondément.

Fille du Sud tunisien, elle cultive un lien viscéral avec Gabès et ses habitants, qui lui rendent cette affection avec une admiration sincère et chaleureuse.

Actrice et productrice de renom dans tout le monde arabe, Hend Sabri apporte à notre festival bien plus que sa notoriété : elle y insuffle sa passion pour le patrimoine cinématographique à travers une sélection rigoureuse et éclairée des films de notre catégorie Ciné-Classic.
Pour cette édition, elle nous propose deux joyaux restaurés :

  • Shafiqa et Metwalli d’Ali Badrakhane
  • La Noce du collectif Nouveau Théâtre (en hommage à Fadhel Jaziri)

Hend sera également présente durant le festival et fera partie des intervenants du panel « Construction des corps et urgence d’archive : pour une archéologie du costume dans le cinéma tunisien ».

Communiqué

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Météo | Cellules orageuses et pluies annoncées pour cette nuit

Von: Yusra NY
23. April 2026 um 20:35

Dans ses prévisions pour cette nuit, l’Institut national de la météorologie (INM) annonce une instabilité en particulier dans les régions de l’Ouest du pays.

Le ciel restera très nuageux sur les régions du centre et de l’ouest où des cellules orageuses locales sont attendues, accompagnées de pluies parfois intenses. Pour le reste du pays, le ciel sera marqué par des passages nuageux plus cléments, indique l’INM.

Le vent sera relativement fort près des côtes et dans le Sud, et faible à modéré ailleurs, avec toutefois des rafales sous les orages, pouvant temporairement dépasser les 70 km/h.

Quant aux températures, l’INM annonce des nocturnes variant entre 11°C et 16°C au nord, au Sahel et sur les hauteurs et entre 17°C et 22°C dans le reste du pays

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Soumoud-Tunisie | Jawaher Channa remise en liberté

Von: Yusra NY
23. April 2026 um 19:53

Après son audition, ce jeudi 23 avril 2026, l’activiste et membre de la flotille El-Soumoud Jawaher Channa a bénéficié, d’une remise en liberté.

Jawaher Channa a été entendu par le Pôle judiciaire économique et financier dans le cadre de l’enquête ouverte sur des soupçons de malversations financières et de blanchiment d’argent dans la gestion des fonds de la flotille.

Arrêté le 6 mars dernier avec son époux aini que d’autres membres d’El-Soumoud, Jawaher Channa a été libéré, à l’instar de Sana Msahli qui a été remise en liberté vendredi dernier.

Y. N.

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Tunis | Zied El-Heni convoqué par la garde nationale de Laouina

Von: Yusra NY
23. April 2026 um 18:56

Le journaliste Zied El-Heni a été convoqué par la cinquième brigade centrale de lutte contre les crimes liés aux technologies de l’information et de la communication de la Garde nationale de Laouina.

C’est Zied El-Heni lui même qui en a fait l’annonce, via un post publié su son compte Facebook ce jeudi 23 avril 2026, en précisant qu’il a été convoqué pour demain vendredi 24 avril pour être entendu à 9 h par ladite brigade en tant que suspect.

Le journaliste a illustré son post par la convocation officielle, dans laquelle aucune autre précision n’a été apportée.

Y. N.

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Le potentiel d’exportation tunisien vers l’Afrique évalué à 2,28 Me $US

23. April 2026 um 11:36

La Tunisie possède un potentiel d’exportation inexploité estimé à 2,28 milliards de dollars vers au moins 36 pays africains. Plus de 95 % de ces opportunités se situent sur des marchés où la Tunisie détient actuellement une part de marché faible, voire inexistante.

C’est ce qu’a déclaré Leila Baghdadi, économiste principale au Bureau de l’économiste en chef pour le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, l’Afghanistan et le Pakistan à la Banque mondiale, lors d’une table ronde sur le thème «Diversifier les exportations tunisiennes vers le continent africain : opportunités, obstacles et solutions», organisée par l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE), mercredi 22 avril 2026.

Selon la co-autrice de l’ouvrage «Dynamiser le commerce intra-africain : la Zone de libre-échange continentale africaine peut-elle changer la donne ?», citée par l’agence Tap, les secteurs des machines électriques et du textile représentent la part la plus importante du potentiel d’exportation tunisien inexploité vers l’Afrique.

Mme Baghdadi a mis en lumière les contraintes structurelles qui freinent la diversification des exportations tunisiennes vers l’Afrique, notamment les coûts élevés de la logistique et des droits de douane, la faiblesse du secteur manufacturier africain, le manque d’intégration entre les pays africains, la fragmentation et l’absence d’intégration régionale, sans oublier la faiblesse du commerce intra-africain.

L’économiste a recommandé d’améliorer les infrastructures logistiques et de faciliter l’accès à l’information afin de mieux planifier les opérations d’exportation. Elle a également plaidé pour l’identification des marchés d’exportation potentiels en s’appuyant sur des outils analytiques innovants tels que le «Trade-DSM», développé en Afrique du Sud, dans le but d’aider les micros, petites et moyennes entreprises, les sociétés et les pays à identifier des opportunités d’exportation réalistes et prometteuses.

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Trafic de migrants | Un rapport européen pointe la Tunisie et la Libye

23. April 2026 um 10:41

Le rapport intitulé «Trafic de femmes orchestré par l’État : violences sexistes et vente de migrants noirs de Tunisie vers la Libye» a été présenté, mercredi 22 avril 2026, au Parlement européen. Ce document a été préparé par RR(x), un groupe de recherche international qui a souhaité conserver l’anonymat et utiliser un pseudonyme collectif.

«Ce rapport met en lumière un système de trafic d’êtres humains, une chaîne de vente organisée de migrants entre la Tunisie et la Libye. L’État tunisien, avec la contribution et le financement de fonds européens, joue un rôle clé dans ce contexte : des couloirs humanitaires doivent être ouverts, des enquêtes indépendantes doivent être menées et, surtout, la Tunisie ne peut être considérée comme un pays sûr», a commenté Ilaria Salis, députée européenne AVS, en marge de la conférence de presse de présentation du rapport au Parlement européen.

S’appuyant sur 33 entretiens avec des victimes d’expulsions et de traite des êtres humains, le rapport couvre la période de juin 2023 à décembre 2025. «Nous sommes confrontés à une traite criminelle orchestrée par des États», a souligné Leoluca Orlando, député européen du groupe AVS. «L’externalisation des politiques migratoires contribue clairement à alimenter ce type de criminalité : maintenant que le rapport est publié, l’Union européenne ne peut plus rester silencieuse», a-t-il ajouté.

Les témoignages ont permis d’estimer qu’entre juin 2023 et décembre 2025, environ 7 400 personnes ont été victimes de ce trafic, un chiffre probablement sous-estimé car il ne prend en compte que les opérations directement documentées, souligne le rapport qui identifie les plaques tournantes clés de ce trafic d’êtres humains en Tunisie et en Libye. Les victimes sont soumises à l’extorsion et à l’esclavage. Pour les femmes, le sort est souvent la prostitution forcée, considérée comme le seul moyen de «rembourser la dette» contractée auprès des trafiquants.

Selon Ilaria Salis, «ce qui se dessine n’est pas une série d’incidents isolés, mais un système de trafic d’êtres humains, une chaîne organisée de capture, de déportation et de trafic d’êtres humains à travers la frontière entre la Tunisie et la Libye, qui touche particulièrement les femmes, les exposant à des violences systématiques, au viol et à l’exploitation.»

I. B.

Sources : Eunews et Ansamed.  

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Terna soutient les startups énergétiques en Tunisie

23. April 2026 um 10:08

Depuis Tunis, Terna (Rete Elettrica Nazionale), l’entreprise italienne de transport d’électricité, relance sa stratégie d’innovation dans le secteur de l’énergie, en mettant l’accent sur les startups, la formation spécialisée et la coopération technologique avec l’écosystème tunisien.

La deuxième édition du Sommet de l’Innovation Terna s’est tenue, mardi 21 avril 2026, au Startup Village Menzah. Des acteurs tunisiens et internationaux y ont participé, ainsi que Terna Forward, le fonds de capital-risque du groupe italien.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet Terna Innovation Zone à Tunis, inauguré en janvier 2025 et premier pôle d’innovation du groupe en Afrique.

Selon l’entreprise italienne, le hub tunisien a été conçu pour soutenir l’entrepreneuriat local, renforcer l’expertise du secteur énergétique et favoriser le développement de technologies utiles à la transition, en étroite collaboration avec le partenariat industriel entre Terna et la Société tunisienne d’électricité et de gaz (Steg).

La présentation du rapport «Innovating the Grid Africa 2026», réalisé par Terna en collaboration avec Mind the Bridge, a été particulièrement remarquée. Ce document offre un panorama actualisé du paysage énergétique africain, mettant en lumière les enjeux critiques d’infrastructure auxquels sont confrontés les réseaux électriques, le dynamisme croissant des startups et le rôle de plus en plus important des partenaires internationaux dans les programmes de transition énergétique.

Ce sommet confirme ainsi le rôle de la Tunisie comme plateforme méditerranéenne pour le pilotage d’un modèle alliant innovation ouverte, soutien aux entreprises émergentes et diplomatie industrielle.

En 2025, Terna avait déjà sélectionné cinq startups tunisiennes, dont Kumulus Water et Kamioun, dans le cadre de son programme d’accompagnement, et a poursuivi ces dernières semaines ses activités de mise en réseau avec les incubateurs et les centres de compétitivité locaux.

Pour 2026, le ministère tunisien de l’Industrie annonce que DeepVolt, Amperan Technologies, Orbita, ProVerdy et Pixii Motors ont été sélectionnées.

Stratégiquement, cette opération est liée au projet Elmed, l’interconnexion électrique entre la Tunisie et l’Italie, que la Commission européenne considère comme une infrastructure clé pour l’intégration des réseaux électriques nord-africain et européen et l’accélération du développement des énergies renouvelables en Tunisie.

Elmed est une liaison sous-marine à courant continu de 600 mégawatts, destinée à renforcer la sécurité énergétique, les échanges d’électricité et l’intégration du marché.

I. B.

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Tunisie | Inkyfada dans le collimateur de la justice ?

23. April 2026 um 09:29

Selon des sources proches de sa direction, le journal électronique tunisien Inkyfada serait menacé de disparition. Ses éditeurs auraient appris l’intention des autorités judiciaires de dissoudre l’association qui publie ce journal indépendant réputé pour sa rigueur et son sérieux, et ce sur une demande du gouvernement.  

En attendant d’en savoir davantage sur les dessous de cette affaire et sur les raisons qui auraient amené le gouvernement à vouloir dissoudre l’association éditrice d’Inkyfada, on ne peut qu’être solidaires avec nos consœurs et confrères journalistes et défendre leur droit d’exister comme un média indépendant, réputé pour son sérieux et sa rigueur.

Créé en 2014 par une équipe de journalistes, développeurs et graphistes, Inkyfada est disponible en français, arabe et anglais. Il est édité par l’association Al Khatt, qui a les mêmes fondateurs et cherche à promouvoir la liberté de la presse et d’expression en Tunisie.   

I. B.

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“La philosophie comme art de vivre”, selon Frédéric Lenoir

23. April 2026 um 08:23

Mardi soir, 21 avril 2026, La Marsa s’est voilée dans un brouillard inhabituel, presque irréel pour cette fin d’avril tunisienne. Un voile dense recouvrait les contours du monde, comme si la réalité elle-même hésitait à se laisser immédiatement saisir. Un flou où voir ne suffit plus. Une injonction silencieuse à regarder autrement, dans un monde où la visibilité ne garantit plus la compréhension. C’est dans ce décor, entre opacité et perception, que s’est tenue au Zéphyr la conférence de Frédéric Lenoir, intitulée «La philosophie comme art de vivre». Une salle comble y posait, sans le dire, une question simple et vertigineuse : comment vivre, vraiment ?

Manel Albouchi

Né en 1962 à Madagascar, Frédéric Lenoir est à la fois philosophe, sociologue et écrivain. Formé à la philosophie et spécialiste du dialogue entre spiritualité et modernité, il a consacré son œuvre à rendre accessibles les grandes traditions de sagesse. Auteur de plus d’une cinquantaine d’ouvrages, traduits dans une vingtaine de langues et vendus à plusieurs millions d’exemplaires, il s’impose aujourd’hui comme l’une des voix majeures de la pensée contemporaine sur le sens, le bonheur et la spiritualité. Parmi ses livres les plus marquants figurent : ‘‘Petit traité de vie intérieure’’, ‘‘L’Âme du monde’’, ‘‘La Puissance de la joie’’, ‘‘Le miracle Spinoza’’, ‘‘Young un voyage vers Soi’’, ‘‘Socrate, Jésus et Buddha’’… et son dernier ‘‘Les 5 piliers de la sagesse’’.

Entre les références à la psychologie, à la philosophie grecque, aux traditions spirituelles, aux pensées plus contemporaines et aux sagesses orientales, une cohérence se dessine. Non pas une fusion des savoirs, mais une circulation entre eux. Frédéric Lenoir n’a pas choisi entre les mondes, mais tente de les relier sans les confondre. Et ce qui en sort est une cohérence intérieure, sans fusion ni séparation.

Une époque en quête de sens

Nous vivons dans un temps paradoxal : tout est dit, tout est visible, tout est accessible… et pourtant, quelque chose manque. Ce manque n’est plus seulement intellectuel. Il est existentiel. Face à la saturation du discours et à la fatigue du bruit, la question du sens revient avec insistance : comment habiter une époque fragmentée sans s’y dissoudre ?

Dès l’ouverture de sa conférence, Frédéric Lenoir propose une distinction structurante entre religion et spiritualité : la première organise et inscrit dans une forme collective, la seconde engage une transformation intérieure et une expérience du lien. Entre les deux, une tension demeure : Comment tenir une forme sans s’y enfermer ? Comment chercher sans se disperser ?

Dans un monde traversé par les guerres, les oppositions et les radicalisations, la tentation est forte de réduire le réel à des binarités simples : bien et mal, vrai et faux, nous et eux. Mais cette simplification est une impasse. La réalité humaine est faite de polarités, non de séparations figées. Le danger commence lorsque ces polarités cessent d’être vivantes pour devenir rigides. C’est dans cet espace de tension que se joue aujourd’hui une part essentielle de notre maturité collective.

Une architecture de la sagesse

La conférence s’est structurée autour des cinq piliers de la sagesse développés dans le dernier ouvrage de Frédéric Lenoir (Éditions Albin Michel). Ces piliers dessinent moins une théorie qu’une discipline intérieure.

1. La connaissance : il ne s’agit pas d’accumuler des savoirs, mais de se défaire des illusions. Socrate en avait fait une exigence fondatrice : se connaître ne signifie pas se définir, mais se questionner sans relâche. Cette démarche implique une traversée intérieure, lente et souvent inconfortable, où l’on perd certaines certitudes pour gagner une forme de liberté plus lucide.

2. L’amour : de Jésus à Ibn Arabi, l’amour apparaît comme une voie d’unification. Mais il ne s’agit pas d’un idéal abstrait. L’amour véritable suppose une lucidité sur ses propres zones d’ombre : jugements, projections, conflits internes. La violence du monde n’est pas seulement extérieure. Elle est aussi le prolongement d’une conflictualité intérieure non reconnue. Aimer, dans cette perspective, ne signifie pas idéaliser. Cela signifie devenir entier.

3. L’éthique rappelle que la liberté ne peut exister sans structure. Loin d’un retour moraliste, elle désigne une intériorisation de la loi : non plus imposée de l’extérieur, mais intégrée comme repère vivant. Elle permet de tenir ensemble rigueur et souplesse, sans basculer ni dans la démesure ni dans le dogmatisme.

4. La présence : dans l’esprit de Michel de Montaigne, elle consiste à vivre ‘à propos’, à habiter le présent sans fuite, à ne pas se perdre dans l’avant ni dans l’après. Mais cette présence est rare. Car nous vivons souvent ailleurs : dans l’anticipation, la correction, l’inquiétude, ou la fuite… dans l’anxiété et les attachements insécures.

5. L’acceptation, avec Épictète et Friedrich Nietzsche, ouvre à un «oui» au réel. Non pas un oui résigné ou passif, mais un oui transformateur. Qui prends ce qui est donné, même l’épreuve, et le convertit en matière de conscience.

Le bonheur : une conséquence, non une conquête

Dans cette perspective, le bonheur n’est pas présenté comme un but. Mais comme un effet secondaire. Celui d’une vie qui cesse de fuir : fuite de soi, fuite du réel, fuite de la contradiction.

Ce qui s’est joué avant-hier soir dépasse le cadre d’une conférence. C’est une certaine manière d’habiter le monde qui s’est donnée à entendre. Une manière qui refuse la simplification, qui accepte la complexité, et qui tente, modestement, de réintroduire du lien dans un espace fragmenté.

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Trump – Al Khayyat | Une amitié affairiste américano-syrienne

23. April 2026 um 08:09

Les frontières poreuses voire tout simplement inexistantes entre relations internationales et business familial ne sont plus l’apanage des pétromonarchies du Golfe, c’est devenu le mantra de la famille Trump. Le mélange des genres ne semble aucunement déranger le clan du président américain. Cela a un seul nom : corruption à la plus haute sphère de l’Etat. C’est à se demander si les Etats-Unis sont encore un modèle de démocratie dont on puisse s’inspirer ans le reste du monde. (Photo: Moataz et Ramez Khayyat à Doha, au Qatar).

Imed Bahri

Le New York Times a enquêté sur les tentatives de la famille syrienne Khayyat d’influencer la politique étrangère américaine alors qu’elle était, parallèlement, en pleines négociations commerciales avec la famille Trump. C’est là une pratique de plus en plus fréquente du second mandat du président Trump. 

Le journal américain rapporte que l’été dernier, le membre de la Chambre des représentants Joe Wilson, républicain de Caroline du Sud, écoutait attentivement, depuis son bureau du Capitole, des investisseurs du Moyen-Orient présenter par visioconférence leurs plans pour un projet immobilier côtier en Syrie. Ces plans incluaient un port pour les navires de croisière, un club de polo, une concession Bugatti et un parcours de golf conforme aux standards internationaux, le tout dans un pays récemment ravagé par la guerre civile.

Un complexe hôtelier portant le nom de Trump   

Mais ce n’était pas tout. Pendant que Mohamad Al Khayyat, l’influent homme d’affaires syrien, présentait le projet, ses frères obtenaient des milliards de dollars de contrats gouvernementaux pour reconstruire de larges pans de l’économie syrienne dévastée. Mais les Khayyat avaient besoin d’une faveur majeure du Congrès, appuyée par le président Trump : la levée des sanctions paralysantes imposées à la Syrie du temps de Bachar Al-Assad. 

À cette époque, Wilson, ancien avocat spécialisé dans l’immobilier et partisan de la levée des sanctions, a fait une proposition pragmatique au clan Khayyat. Connaissant le narcissisme de Trump et le fait qu’il adore que son ego soit flatté, il proposa que le parcours de golf porte le nom du président américain. 

Cependant, Mohamad Al Khayyat l’a déjà devancé en annonçant son intention de proposer que tout le complexe hôtelier soit sous la marque Trump.

Ivanka Trump et Jared Kushner à la manœuvre

Parallèlement, ses deux frères aînés négociaient un partenariat immobilier d’envergure avec Ivanka Trump, la fille aînée du président, et Jared Kushner, son époux, afin de contribuer au financement d’un complexe hôtelier de plusieurs milliards de dollars en Albanie.

Ce flou entre affaires personnelles et diplomatiques, courant dans les pays du Moyen-Orient, est également devenu le modus operandi de Washington durant le second mandat de Trump.

Les discussions d’affaires impliquant la famille du président, qu’elles soient ambitieuses comme le projet de parcours de golf ou pragmatiques comme le projet Kushner, sont systématiquement liées à des décisions politiques cruciales ou à des négociations internationales déterminantes.

Le NYT affirme que cela témoigne également du pouvoir de Trump, car pour faire avancer les choses dans la capitale fédérale, il faut non seulement éviter de s’attirer les foudres d’un président vindicatif et imprévisible mais aussi l’apaiser autant que possible. Il en résulte un système perverti de clientélisme où des investisseurs versent des millions de dollars aux projets favoris du président ou investissent aux côtés de la famille Trump, espérant ainsi servir leurs ambitions politiques, même sans demande explicite.

Cependant, la Maison-Blanche et la Trump Organization maintiennent qu’elles n’étaient pas au courant du projet de complexe de golf de Trump en Syrie et la Trump Organization affirme qu’aucune discussion à ce sujet n’était en cours.

Les responsables de la Maison Blanche ont nié toute suggestion selon laquelle les discussions immobilières impliquant la famille Trump auraient eu un quelconque impact sur les choix de politique étrangère du président concernant la Syrie. La famille Khayyat a déclaré que son partenariat financier avec Kushner était sans lien avec les efforts de levée des sanctions.

Les législateurs des deux partis ont soutenu la levée des sanctions pour permettre à la Syrie d’obtenir les centaines de milliards de dollars nécessaires à la reconstruction du pays sinistré. Trump lui-même a soutenu la levée des sanctions au début de son mandat actuel et il l’a fait temporairement au printemps de l’année dernière.

La proposition de baptiser le parcours de golf au nom de Trump fait désormais partie d’un effort de lobbying au Capitole, montrant à quel point le simple fait d’exploiter le nom de Trump est devenu politiquement utile pour certaines questions.

Mohamad Al Khayyat s’est rendu à Washington avec une pierre commémorative spéciale du parcours de golf proposé, gravée de l’emblème de la famille Trump, et la présentant à Wilson dans son bureau de Capitol Hill pour qu’il la remette à la Maison-Blanche. Khayyat s’est ensuite joint à des réunions avec d’autres législateurs pour faire pression en faveur de l’abrogation des sanctions. Quelques semaines plus tard, la loi d’abrogation permanente a été approuvée par le Congrès et Trump l’a promulguée fin décembre.

Le journal indique que la relation entre la famille Trump et Al Khayyat remonte à 2022, lorsqu’Ivanka Trump et Jared Kushner, alors qu’ils étaient au Qatar pour assister aux matchs de la Coupe du monde de football, ont rencontré la famille syrienne et ont dîné au restaurant Carbon Doha, une succursale du célèbre restaurant new-yorkais, situé sur une île surplombant l’horizon de Doha. Ce restaurant ainsi que tous les restaurants de la même rue appartiennent à Ramez Al Khayyat et à sa famille et sont situés sur une île artificielle que la famille a construite en seulement six mois, à la demande de la famille royale qatarie pour créer un espace de divertissement pour la Coupe du monde de football.

Kushner a récemment bénéficié du soutien des fonds souverains du Moyen-Orient, y compris des fonds du Qatar, pour créer une société d’investissement privée d’une valeur de 3 milliards de dollars, après avoir servi à la Maison-Blanche pendant le premier mandat de Trump.

Ramez et ses frères se sont installés définitivement au Qatar en 2011 et y ont connu du succès mais ils n’ont en aucun cas abandonné leur espoir de retourner en Syrie. La situation a changé fin 2024, lorsque Bachar Al-Assad a été évincé et que Trump est revenu à la présidence.

Les Khayyat invités à l’investiture de Trump

Quelques semaines plus tard, Ramez et son frère aîné, Moataz, se rendaient à l’investiture de Trump. À Washington, pour les festivités, les Khayyat rencontrèrent les parents de Jared Kushner, ainsi que Michael Boulos, époux de la plus jeune fille du président, Tiffany Trump, et le père de ce dernier, Massad Fares Boulos, qui avait contribué à coordonner les efforts de mobilisation des électeurs syro-américains lors de la campagne de réélection de Trump, comme en témoignent des photos publiées sur les réseaux sociaux.

Le même mois, les Khayyat se rendirent à Damas pour rencontrer le nouveau président syrien, Ahmed Al-Charaa, qui venait de prendre le pouvoir dans un pays en ruines et dont les infrastructures nécessitaient une reconstruction urgente.

Les Khayyat et leurs partenaires ont obtenu un contrat de 4 milliards de dollars pour reconstruire l’aéroport délabré et en faire une plaque tournante essentielle au Moyen-Orient, ainsi qu’un autre contrat de 7 milliards de dollars pour la construction de quatre centrales électriques au gaz naturel. Ils ont également négocié un troisième accord avec Chevron pour développer des sites de forage de gaz naturel en mer Méditerranée, au large des côtes syriennes.

Tom Barrack, envoyé spécial du président américain pour la Syrie, a apporté son soutien aux frères Khayyat et leur a réaffirmé l’appui de l’administration Trump à leurs projets. Le long de la côte syrienne, Mohamad Al Khayyat travaille à son projet de construction d’un terminal de croisière et d’un complexe hôtelier, comprenant le parcours de golf sous la marque Trump, un projet qui devait être réalisé sur des terres contrôlées par le gouvernement syrien. Le NYT a relevé que les efforts de lobbying entrepris pour obtenir le soutien du Congrès à la levée des sanctions ont inclus notamment des vols gratuits vers la Syrie à certains membres du Congrès. La levée des sanctions a également reçu un large soutien de la part des groupes syro-américains et de certains parlementaires, qui ont fait valoir qu’une telle mesure dynamiserait la reprise économique de la Syrie en encourageant les investissements étrangers après le départ du président Assad.

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Un siècle de féminisme en Tunisie | Rendre visible les invisibles

23. April 2026 um 07:25

Il est des livres qui accompagnent leur époque, et d’autres qui la bousculent doucement en lui rappelant ce qu’elle a choisi d’oublier. Le ‘‘Dictionnaire des féministes. Tunisie, un siècle de féminisme’’ (éd. Santillana, Tunis, 2026), ouvrage collectif dirigé par l’historienne Dalenda Larguèche, appartient à cette seconde catégorie. À la fois somme historique, geste mémoriel et intervention dans le débat public, cet ouvrage vient combler un vide ancien : celui de la place des femmes, et plus précisément des luttes féministes dans le récit national tunisien.

Abdelhamid Larguèche *

Il faut bien partir de ce constat simple : l’histoire officielle, telle qu’elle a longtemps été transmise, a laissé peu de place aux femmes en tant qu’actrices à part entière. Elles apparaissent en creux, en arrière-plan, rarement au centre. Et lorsqu’elles y figurent, c’est souvent sous la forme d’exceptions, de figures isolées, presque détachées de toute dynamique collective. Le mérite premier de ce dictionnaire est précisément de rompre avec cette logique de l’exception pour restituer une continuité, une densité, une pluralité.

Une cartographie inédite des engagements

À travers plus d’une centaine de notices biographiques et une série d’entrées thématiques, le livre compose une véritable cartographie du féminisme tunisien sur près d’un siècle. On y croise des pionnières de l’émancipation, des militantes de l’indépendance, des figures du monde associatif, des intellectuelles, des artistes. Mais surtout, on y découvre des trajectoires parfois méconnues, des engagements discrets, des formes d’action qui ne relèvent pas toujours du militantisme classique mais qui ont, chacune à leur manière, contribué à transformer les normes sociales.

C’est là l’un des apports les plus précieux de l’ouvrage : montrer que le féminisme ne se réduit pas à quelques grandes figures ou à quelques moments spectaculaires, mais qu’il s’inscrit dans une multitude de pratiques, de prises de parole, de résistances souvent invisibles. En cela, le dictionnaire ne se contente pas de documenter une histoire ; il en change le regard.

Il faut aussi saluer l’effort de mise à disposition. Dans un champ longtemps réservé aux spécialistes, le livre parvient à rester accessible sans renoncer à la rigueur. Il peut être lu par un large public, sans sacrifier la complexité des enjeux. Cette volonté de transmission est essentielle : elle permet de faire sortir l’histoire du féminisme du cercle académique pour l’inscrire dans un horizon plus large, celui du débat citoyen.

Une définition du féminisme à l’épreuve

Mais un tel projet, par son ampleur même, ne peut éviter certaines tensions. Et c’est peut-être dans ces tensions que réside son intérêt critique.

La première tient à la définition du féminisme adoptée par l’ouvrage. En optant pour une approche large et inclusive, les auteurs ont fait le choix d’englober des figures aux engagements très variés, parfois indirects. Cette ouverture a une vertu évidente : elle permet de rendre justice à des parcours qui, sans se revendiquer explicitement du féminisme, ont néanmoins contribué à faire évoluer la condition des femmes.

Mais elle soulève aussi une question : à partir de quel moment parle-t-on de féminisme ?

En élargissant le périmètre, ne risque-t-on pas de diluer ce qui fait la spécificité du féminisme comme projet critique, comme contestation structurée des rapports de pouvoir ? Autrement dit, à vouloir inclure, ne court-on pas le risque de perdre en lisibilité ce que l’on gagne en exhaustivité ?

L’ombre portée du «féminisme d’État»

Une deuxième tension traverse l’ouvrage : celle du rapport à l’État. L’histoire tunisienne est marquée par un phénomène singulier souvent qualifié de «féminisme d’État», notamment à partir de l’indépendance. Les réformes juridiques, en particulier le Code du statut personnel, ont constitué des avancées majeures, faisant de la Tunisie un cas à part dans la région.

Le dictionnaire rend compte de cette dynamique, mais il en laisse en retrait les ambivalences. Car ce féminisme porté par le haut s’est accompagné d’un encadrement strict du champ associatif et d’une limitation de l’autonomie des mouvements féminins. Les droits ont été accordés, mais dans un cadre contrôlé. L’émancipation a été promue, mais sans toujours accepter la contestation.

Cette contradiction, pourtant centrale, aurait mérité d’être plus frontalement interrogée, tant elle structure en profondeur l’histoire du féminisme tunisien.

Une histoire qui s’arrête au seuil du présent

Une troisième interrogation tient au découpage chronologique. En choisissant de s’arrêter à la veille de 2011, l’ouvrage opte pour une prudence méthodologique compréhensible : la période postrévolutionnaire, encore en cours, nécessite sans doute un autre type d’analyse. Mais ce choix laisse le lecteur à la lisière d’un moment décisif.

Car depuis 2011, les questions féministes ont connu en Tunisie de profondes recompositions : diversification des acteurs, renouvellement des formes de mobilisation, émergence de nouveaux enjeux. En creux, le dictionnaire fait apparaître la nécessité d’un prolongement, d’une seconde étape qui viendrait éclairer ce présent encore mouvant.

Un livre qui ouvre plus qu’il ne conclut

Faut-il voir dans ces limites des faiblesses ? Ce serait aller trop vite. Elles sont aussi le signe d’un ouvrage qui ne cherche pas à clore le débat, mais à l’ouvrir. Car le ‘‘Dictionnaire des féministes’’ ne prétend pas livrer une vérité définitive. Il propose une base, un socle, un point de départ.

Dans un contexte où les questions liées aux droits des femmes continuent de susciter débats et tensions, où les acquis sont parfois présentés comme allant de soi ou, à l’inverse, remis en question, rappeler l’histoire des luttes est un acte profondément politique. Non pas au sens partisan, mais au sens où il s’agit de redonner de la profondeur au présent.

En redonnant des noms, des parcours, des voix à celles qui ont fait bouger les lignes, ce dictionnaire nous rappelle une chose essentielle : rien n’a été donné, tout a été conquis. Et ce qui a été conquis peut toujours être rediscuté, transformé, prolongé.

«Un livre qui n’achève pas l’histoire, mais qui oblige, désormais, à ne plus jamais l’écrire sans elles.»

* Historien, membre du Conseil scientifique du dictionnaire.

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Solidarité avec Jawahar et Ghassan | Rassemblement demain devant le Pôle judiciaire

Von: Yusra NY
22. April 2026 um 23:55

Plusieurs organisations de la société civile appellent à une mobilisation massive ce jeudi 23 avril 2026, en soutien à Jawaher Chenna et Ghassan Henchiri membres de la flottille Al-Soumoud.

Ces derniers sont attendus pour une séance d’interrogatoire au Pôle judiciaire économique et financier à Tunis, rappelle le Comité national de défense des activistes de la Flottille qui ont lancé un appel à la solidarité.

Le rassemblement de soutien est prévu demain, jeudi 23 avril, à partir de 10h, devant le Pôle judiciaire situé à l’avenue Mohammed V au centre-ville de Tunis.

Pour rappel, le 17 avril dernier, Sana Msahli a bénéficié d’une libération, alors que Wael Nawar ( époux de Jawaher Chenna) a été maintenu en détention.

Y. N.

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Zaghouan | Fin de cavale pour un terroriste condamné à 45 ans

Von: Yusra NY
22. April 2026 um 23:30

Les agents du district régional de la sûreté nationale à Zaghouan ont mis fin à la cavale de 13 ans d’un individu recherché et condamné pour appartenance à une organisation terroriste.

Selon les premières informations via une source citée ce mercredi 22 Avril 2026 par Mosaïque FM, le suspect est recherché depuis 2013 et se déplaçait avec une extrême vigilance, utilisant des techniques de dissimulation pour échapper aux forces de l’ordre.

Ce terroriste fait l’objet d’un jugement définitif particulièrement lourd rendu pae la Chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme près la Cour d’appel de Tunis qui l’a condamné à 45 ans de prison ferme et à 5 ans de contrôle administratif.

Il a été placé en détention afin de finaliser les procédures juridiques nécessaires à l’exécution de sa peine, ajoute la même source.

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