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Pourquoi les relations se sont-elles détériorées entre Londres et Tel Aviv ?

04. September 2026 um 12:46

La Grande-Bretagne est sans aucun doute le géniteur d’Israël. Sans la sinistrement célèbre Déclaration Balfour qui a permis au mouvement sioniste de prendre pied en Palestine durant le mandat britannique, la création de l’État d’Israël n’aurait pas été possible en 1948. Pendant des décennies, il y a eu des hauts et des bas mais Londres est toujours resté un des principaux alliés d’Israël. Aujourd’hui avec le génocide à Gaza et la folie des colons en Cisjordanie, les relations se sont détériorées. De plus, la reconnaissance par le gouvernement travailliste de la Palestine en tant qu’État a fortement agacé Benjamin Netanyahu. Ce dernier ne manque plus une occasion pour attaquer la Grande-Bretagne.

Imed Bahri

Quelles sont les raisons de la détérioration des relations anglo-israéliennes, qui ont atteint leur point le plus bas depuis des décennies ?, se sont interrogés Neri Zilber et Jim Pickard dans le Financial Times. Le gouvernement du Premier ministre Andy Burnham pourrait même annoncer des sanctions en réponse à l’expansion illégale des colonies en Cisjordanie.

Netanyahu qualifie la Grande-Bretagne de «république islamique»

De plus, les propos de Netanyahu tenus dans un podcast de l’armée israélienne le mois dernier où il est allé jusqu’à qualifier la Grande-Bretagne de «première république islamique dotée de l’arme nucléaire», ont fortement déplu aux Britanniques. Downing Street a condamné ces propos, les qualifiant d’«inacceptables» et a déclaré que le gouvernement avait officiellement soulevé la question auprès d’Israël.

Les provocations ne se sont pas arrêtées là. Le fils de Netanyahu, Yaïr, a déclaré que les îles Malouines appartiennent à l’Argentine.

Ses propos témoignent d’une dégradation des relations bilatérales, conséquence de la guerre dévastatrice menée par Israël contre Gaza et exacerbée par les violences des colons et les projets du gouvernement d’étendre la construction de colonies illégales en Cisjordanie. Les analystes préviennent que les relations entre les deux alliés n’ont jamais été aussi mauvaises et devraient encore se détériorer. Un ancien responsable israélien, fin connaisseur des relations anglo-israéliennes, a déclaré : «La situation pourrait s’aggraver et personne ne pourra enrayer la dégradation». Le journal britannique ajoute qu’aucun dialogue n’a eu lieu entre les deux gouvernements depuis plus d’un an.

Netanyahu est confronté à des élections en octobre, tandis que Burnham tente de reconquérir les électeurs propalestiniens qui ont quitté le Parti travailliste pour le Parti vert. De ce fait, ni Netanyahu ni Burnham n’ont intérêt à faire des compromis.

Le FT indique que cette situation menace de compromettre les progrès réalisés ces dernières années en matière de renforcement des liens de renseignement et de défense, ainsi que le commerce bilatéral, qui atteint désormais 6,2 milliards de livres sterling par an.

Malgré la détérioration actuelle, les fluctuations des relations entre la Grande-Bretagne et Israël ne sont pas un phénomène nouveau. En témoignent la Déclaration Balfour de 1917, qui approuvait l’établissement d’un foyer national juif en Palestine et les violences perpétrées par la suite par des mouvements juifs extrémistes contre le mandat britannique dans les années 1940.

Après la participation de la Grande-Bretagne, aux côtés de la France et d’Israël, à l’agression tripartite de 1956 contre l’Égypte, les désaccords entre les deux alliés ont ressurgi au sujet du Liban et de la Cisjordanie.

En 1982, la Première ministre Margaret Thatcher a imposé un embargo de facto sur les armes à Israël en réponse à son invasion du Liban. L’ancienne Première ministre britannique aurait déclaré : «Je n’ai jamais eu affaire à un homme aussi dur», en parlant du Premier ministre israélien de l’époque, Menahem Begin.

Sir Malcolm Rifkind, ancien ministre des Affaires étrangères conservateur, a déclaré : «Globalement, les relations anglo-israéliennes ont toujours été étroites et constructives mais la Grande-Bretagne a parfois exprimé sa frustration face au gouvernement israélien et à sa politique, notamment en Cisjordanie. Cependant, lorsqu’Israël est attaqué par le Hamas ou le Hezbollah, le gouvernement britannique le soutient toujours».

La Grande-Bretagne a invoqué le droit d’Israël à la légitime défense suite à l’opération Déluge d’Al Aqsa le 7 octobre 2023 mais face à l’escalade de la riposte israélienne à Gaza, qui a dévasté le territoire, fait des dizaines de milliers de morts et engendré une catastrophe humanitaire, Londres a critiqué de plus en plus l’attitude israélienne dans ce conflit.

Des responsables britanniques, actuels et anciens, soulignent également le rôle joué par les forces britanniques pour protéger Israël des tirs répétés de roquettes et de drones iraniens en 2024.

La reconnaissance d’un État palestinien par Londres fâche Tel Aviv

Cependant, le prédécesseur de Burnham, Keir Starmer, a essuyé des critiques concernant la politique de son gouvernement à l’égard de Gaza, en particulier de la part de l’aile gauche de son parti.

Finalement, l’ancien Premier ministre a fait volte-face, suspendant certaines licences d’exportation d’armes vers Israël, interrompant les négociations sur un nouvel accord de libre-échange, imposant des sanctions à des ministres israéliens et reconnaissant un État palestinien.

Le nouveau ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, député juif, a critiqué le gouvernement de Netanyahu et le projet E1, qui prévoit la construction d’environ 3 000 logements dans une zone traversant la Cisjordanie.

Mardi, M. Miliband a déclaré à la Chambre des communes : «La Grande-Bretagne n’acceptera pas que la solution à deux États soit compromise et nous agirons. J’annoncerai un ensemble complet de mesures dans les semaines à venir».

Israël envisage d’expulser des responsables britanniques, dont un amiral, du centre de coordination dirigé par les États-Unis pour la bande de Gaza, suite à la guerre, en réponse à d’éventuelles nouvelles sanctions que pourrait annoncer le Premier ministre Burnham. Signe de la détérioration des relations avec la plupart des pays européens, Israël a expulsé les représentants de l’Espagne et des Pays-Bas cette année et pourrait également cibler les représentants allemand et italien, selon que leurs capitales adoptent ou non une position aussi intransigeante que celle de Londres.

Interrogé la semaine dernière sur la possibilité d’exclure le Royaume-Uni et d’autres pays du centre de coordination de Gaza, un responsable israélien a déclaré sans ambages : «Israël entretient de bonnes relations avec l’Allemagne et l’Italie», sans mentionner le Royaume-Uni. Il revient désormais à Burnham de décider s’il convient d’imposer des sanctions.

Le FT rapporte qu’un embargo commercial sur les colonies est populaire auprès de l’opinion publique britannique : 50% y sont favorables et seulement 16% s’y opposent, tandis que le reste est indécis, selon un sondage YouGov.

Cependant, imposer des sanctions générales risque d’entraîner un boycott de facto du commerce avec Israël et pourrait également constituer une violation des lois américaines interdisant le boycott d’Israël, selon plusieurs sources proches du dossier.

De telles mesures pourraient profiter à Netanyahu avant les élections du 27 octobre, pour lesquelles les sondages indiquent une probable défaite, lui permettant ainsi d’attiser davantage les tensions parmi les électeurs israéliens.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a déclaré mardi dans une interview que les sanctions britanniques constitueraient une «ingérence dans la campagne électorale israélienne et pourraient se retourner contre eux», promettant une riposte israélienne similaire à toute action britannique.

Un ancien responsable israélien a ajouté que d’autres gouvernements, notamment en Europe, sont exaspérés par Netanyahu et attendent tous l’issue des élections.

Toute sanction pourrait prendre des mois à se frayer un chemin à travers la bureaucratie britannique, retardant potentiellement sa mise en œuvre jusqu’après les élections israéliennes. Cependant, les analystes et les experts des relations anglo-israéliennes ont averti que la crise est bien réelle et pourrait prendre du temps à se résoudre, quel que soit le prochain gouvernement israélien.

Un connaisseur des relations bilatérales a déclaré : «Les relations entre les deux alliés semblent avoir touché le fond». Il a ajouté que rétablir ces relations exigerait un long cheminement de part et d’autre.

Lors de sa campagne pour la direction du Parti travailliste en 2015, Burnham avait promis que son premier voyage à l’étranger en tant que chef du parti serait en Israël. À l’époque, Burnham avait perdu face à Jeremy Corbyn. Cet échec en 2015 l’avait conduit à quitter la politique nationale pour se tourner vers la politique locale, devenant plus tard maire du Grand Manchester avant de revenir au premier plan national.

Cette année, en prenant la tête du parti travailliste et en devenant Premier ministre, il a adopté une position très différente, présentant ses excuses pour le manque de critiques du Parti travailliste concernant l’offensive israélienne à Gaza mais aussi n’annonçant aucune visite officielle en Israël et n’envisageant pas d’en faire une dans un avenir proche.

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Tunisie-Affaire du complot | Amnesty dénonce une «injustice»

04. September 2026 um 09:55

Amnesty International a condamné, dans un communiqué publié jeudi 3 septembre 2026 sur sa page Facebook, la décision de la Cour de cassation de Tunis de confirmer les «jugements iniques» rendus par la Cour d’appel dans l’affaire dite du «complot contre l’Etat». L’organisation estime que cette décision consacre une dangereuse tendance à instrumentaliser le système judiciaire pour cibler les opposant·e·s et les voix critiques pacifiques, ainsi que pour réduire au silence les opinions dissidentes.

«Depuis ses débuts, cette affaire a été entachée de violations graves des garanties d’un procès équitable, dans le cadre de poursuites fondées sur des accusations à motivation politique ayant abouti à de lourdes peines de prison à l’encontre de figures de l’opposition, d’avocats et de défenseurs des droits humains», a écrit l’Ong dans son communiqué intitulé «Confirmation des jugements de ‘‘complot’’ : Le pouvoir se venge de ses opposants». Elle a ajouté : «La phase de cassation aurait dû constituer une occasion de réparer cette injustice et de mettre un terme à une procédure judiciaire arbitraire, plutôt que de se transformer en une nouvelle étape consacrant cette situation».

Amnesty International appelle les autorités tunisiennes «à annuler ces condamnations et ces peines iniques, à libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues arbitrairement pour avoir exercé pacifiquement leurs droits, et à mettre fin à l’utilisation du système judiciaire comme outil pour réprimer l’opposition et intimider les voix critiques.»

I. B.

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Tunisie – Affaire du complot | Les verdicts confirmés en cassation

04. September 2026 um 09:31

Le suspense était très mince et ceux qui s’attendaient à un miracle en ont finalement eu pour leur frais : comme attendu par beaucoup d’accusés et de leurs avocats, la Cour de cassation a confirmé, jeudi 3 septembre 2026, les peines, particulièrement lourdes, allant de 2 à 35 ans de prison ferme, prononcées par la Cour d’appel, le 28 novembre 2025, dans l’affaire dite de «complot contre la sûreté de l’Etat».

La Coordination des familles des détenus politiques, qui a parlé de «verdict inique au terme d’un procès politique entaché de nombreux vices juridiques», va tenir une conférence de presse aujourd’hui, vendredi 4 septembre, à 10h30, au siège du Parti républicain (10, rue Eve Nohelle, au centre-ville de Tunis).

La conférence sera consacrée à l’examen des derniers développements liés à ce procès et aux violations qui, selon la défense, l’ont entaché depuis l’arrestation des premiers prévenus, en février 2023. Ce sera aussi l’occasion pour jeter la lumière sur les conditions dans lesquelles s’est déroulée l’affaire et présenter les prochaines étapes et actions envisagées.

I. B.

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Avantages et inconvénients du développement de l’énergie éolienne en Tunisie  

04. September 2026 um 07:42

La Tunisie, qui fait face à un déficit énergétique dépassant 60% et continue d’importer une bonne partie de ses besoins en pétrole et gaz, projette, dans le cadre de sa stratégie de développement des énergies renouvelables, de produire 2 000 mégawatts (MW) d’énergie éolienne d’ici 2030, ce qui représentera 36 % de sa capacité renouvelable totale. Il convient cependant de garder présent à l’esprit que l’installation de parcs éoliens peut avoir un impact négatif sur l’environnement, que cette technologie pose des problèmes de maintenance et d’entretien et que l’énergie qu’elle produit ne peut (encore) être stockée. Est-ce vraiment une solution pour la Tunisie ?  (Photo: Parc éolien de Haouaria, Nabeul, Cap Bon).

Habib Glenza

L’énergie éolienne est encore peu développée en Tunisie qui compte aujourd’hui deux parcs éoliens : le premier à Sidi Daoud (Nabeul, Cap Bon), mis en service par la Steg dès 2000, avec une capacité totale d’environ 54,5 MW ; et le second à Kchabta et Metline (Bizerte), également réalisé par la Steg avec une puissance globale de 190 MW. Le pays a en projet un troisième parc éolien à El Fahs (Zaghouan) de 75 MW qui sera construit grâce à une subvention japonaise et a identifié plusieurs sites où des parcs similaires pourraient être érigés : à Jebel Tbaga (Gabès) avec un gisement de 600 MW, Jebel Abderrahmane (Nabeul, 400 MW), Beni Khedache (Médenine, 500 MW) et Zaghouan (200 MW).

Bien qu’étant considérée comme une énergie renouvelable, l’impact environnemental des éoliennes nécessite une attention particulière. L’une des préoccupations majeures est la perturbation des habitats naturels.

L’impact environnemental des éoliennes

Les éoliennes peuvent nuire aux oiseaux et aux chauves-souris. De nombreuses études ont montré que les oiseaux migrateurs sont particulièrement vulnérables, surtout lorsqu’ils passent près des parcs éoliens. La mortalité d’oiseaux due aux collisions avec les pales des turbines pose un problème qui requiert des solutions innovantes comme l’intégration de détecteurs de vol ou l’évitement de zones de forte concentration ornithologique.

Un autre aspect de l’impact environnemental concerne la pollution visuelle des éoliennes. La présence de grandes structures métalliques peut défigurer des paysages naturels. Cela soulève des préoccupations chez les résidents locaux et les défenseurs de l’environnement. Des études d’impact visuel sont donc souvent exigées lors de la planification de nouveaux projets éoliens.

À la fin de leur cycle de vie, les éoliennes posent également un défi en matière de gestion des déchets. Les pales, souvent fabriquées en matériaux composites, ne sont pas toujours faciles à recycler. Les entreprises doivent développer des méthodes efficaces de démantèlement et de recyclage pour réduire cet impact. Ces défis font partie intégrante de la planification durable pour l’avenir des énergies renouvelables.

Le bruit que provoquent les éoliennes est une autre préoccupation courante parmi les communautés vivant à proximité des parcs éoliens. En phase de fonctionnement, le bruit généré par les éoliennes peut être perçu comme dérangeant, notamment lors des nuits calmes où le son peut porter sur de longues distances.

Il existe une grande variabilité dans la perception du bruit éolien. Certains résidents s’y habituent, tandis que d’autres trouvent qu’il affecte leur qualité de vie. Des études ont montré que le bruit peut causer du stress, ce qui amène certains gouvernements à mettre en place des régulations strictes quant à la distance minimale à respecter entre les éoliennes et les habitations.

Pour atténuer cet inconvénient, plusieurs innovations ont été développées, comme l’amélioration du design des pales, qui permet de réduire le bruit aérodynamique. De plus, les chercheurs travaillent sur des systèmes de contrôle qui ajustent les conditions de fonctionnement des éoliennes en fonction des conditions météorologiques, minimisant ainsi l’impact sonore lors des périodes sensibles.

Le coût d’entretien et la rentabilité posent question

Le coût d’entretien des éoliennes est un élément crucial à considérer pour évaluer la viabilité des projets éoliens. Bien que le coût d’installation initial soit un investissement à long terme dans des énergies propres, les frais d’entretien et de fonctionnement doivent également être pris en compte.

Les éoliennes nécessitent généralement une maintenance régulière pour garantir leur efficacité, ce qui peut engendrer des coûts non négligeables. Les propriétaires de parcs éoliens doivent budgétiser pour le personnel qualifié, les pièces de rechange et les inspections régulières. Dans de nombreux cas, l’investissement dans la technologie de surveillance peut aider à prévoir les problèmes avant qu’ils ne deviennent coûteux.

Même si l’énergie éolienne restera disponible tant que la terre tournera, elle continuera à subir des fluctuations naturelles. L’intensité du vent varie, donc le rendement de l’énergie produite par les éoliennes varie également.

Alors que l’approvisionnement peut être insuffisant en cas de calme plat, le réseau peut être surchargé en cas de vents très forts. Dans ce dernier cas, il faut même dépenser de l’énergie pour freiner les éoliennes. Ce freinage permet d’éviter les dommages dus à une surcharge. Le manque de constance est l’un des principaux inconvénients de l’énergie éolienne. La production d’énergie par ce biais ne constitue donc qu’une mesure d’appoint.

Les éoliennes sont plus rentables lorsqu’elles sont construites là où le vent souffle le plus fort. Il s’agit principalement des zones proches des côtes, de la haute mer et des montagnes.

Il n’est pas nécessaire d’être un expert pour comprendre que l’installation d’éoliennes dans ces régions est plus coûteuse que dans les plaines, par exemple. C’est pourquoi des subventions publiques sont souvent nécessaires pour couvrir les coûts de construction d’éoliennes dans des endroits rentables. Cependant, une fois que celles-ci sont en place et qu’elles commencent à fonctionner, les coûts sont amortis en peu de temps.

Les éoliennes produisent la plupart de l’électricité dans des régions très ventées, par exemple en mer ou en montagne. Mais dans ces régions, la construction des installations est particulièrement coûteuse et n’est souvent réalisable qu’avec des tarifs de rachat fixes.

La problématique du stockage de l’énergie produite

Actuellement, l’énergie éolienne doit être immédiatement transformée en courant électrique transportable afin de pouvoir être consommée. Si l’énergie n’est pas utilisée, elle s’évapore. Le stockage de l’énergie éolienne représente toujours un défi majeur que les scientifiques et les ingénieurs ne parviennent pas à relever à l’heure actuelle.

Il existe certes la possibilité de stocker l’énergie dans une centrale de pompage-turbinage, mais celles-ci ne peuvent pas être installées partout en raison de leur structure compliquée et sont souvent critiquées, surtout en raison de leur inefficacité. Actuellement, des chercheurs tentent de stocker l’énergie du vent sous forme d’hydrogène et de méthane, c’est-à-dire sous forme de gaz.

Face aux inconvénients des éoliennes, des innovations technologiques sont en cours pour maximiser l’efficacité et réduire les impacts négatifs. L’intégration de solutions hybrides, qui combinent à la fois l’énergie éolienne et solaire, représente un potentiel énorme pour l’avenir des énergies renouvelables.

Les éoliennes offshore, souvent installées en mer loin des côtes, s’avèrent être une solution de choix, offrant des vents plus puissants et constants. Ces installations, bien qu’elles soient plus coûteuses à mettre en place, sont souvent davantage acceptées par le public en raison de leur éloignement des zones habitées et de leur moindre impact visuel. De plus, les avancées technologiques dans la construction de ces dispositifs permettent d’optimiser leur fonctionnement

En conclusion, on pourrait dire que l’installation de l’énergie solaire avec stockage est la meilleure solution, pour un pays comme la Tunisie qui jouit en moyenne de 200 jours de soleil, tant sur le plan du coût de l’investissement, de la maintenance préventive et curative du système que sur le plan du remplacement des panneaux solaires. Bref, cette technologie a pris le dessus sur toutes les énergies renouvelables dans tous les pays du monde. En Pologne, les hôpitaux, les écoles, les fermes agricoles, les industries agroalimentaires, manufacturières et lourdes, les kiosques à carburants et autres, utilisent l’énergie photovoltaïques avec stockage, devenant ainsi autonomes, donc plus de coupures ou autres inconvénients.

Certes, l’investissement coûte cher, mais la facture de l’électricité est presque nulle.

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L’énergie nucléaire | Une solution souveraine pour la Tunisie ?

03. September 2026 um 13:15

Dans le contexte de déficit énergétique structurel actuel de la Tunisie, l’idée d’utiliser l’uranium contenu dans nos phosphates pour alimenter une centrale nucléaire nationale ne doit pas être vue comme un simple expédient, mais comme une opportunité historique de rupture stratégique. (Photo : Le phosphate, une ressources minière nationale insuffisamment valorisée).

Elyes Kasri *

La Tunisie traverse une crise énergétique structurelle dont les répercussions se traduisent déjà par de graves perturbations de la vie sociale et économique (coupures d’électricité récurrentes, surcoûts industriels, dégradation de la compétitivité et du pouvoir d’achat).

Cette situation menace de s’aggraver sous la pression conjuguée de trois facteurs critiques : les perspectives alarmantes du réchauffement climatique qui accentuent le stress hydrique et les pics de consommation ; la volatilité extrême du marché mondial des hydrocarbures qui fragilise les finances publiques ; et la lenteur préoccupante de la transition vers les énergies renouvelables qui peine à atteindre les objectifs tracés et a peu de chances de combler le déficit actuel.

Dans ce contexte d’urgence, l’idée d’utiliser l’uranium contenu dans nos phosphates pour alimenter une centrale nucléaire nationale ne doit pas être vue comme un simple expédient, mais comme une opportunité historique de rupture stratégique.

Mathématiquement, la ressource est disponible dans notre sous-sol. Bien au-delà de la simple production d’électricité, cette formule pourrait devenir le moteur d’une véritable souveraineté énergétique, hydrique, industrielle et géopolitique à long terme.

Risques des choix énergétiques dogmatiques

L’histoire récente de l’Europe nous offre un cas d’école sur les dangers d’une mauvaise planification à long terme.

L’élan européen vers le démantèlement de la filière nucléaire fait aujourd’hui l’objet de profonds regrets. Ce renoncement, couplé au retard pris par la transition vers les énergies renouvelables, a provoqué une explosion inédite des coûts de l’énergie.

Cette crise est parvenue à fragiliser l’Allemagne, longtemps considérée comme le moteur économique incontesté de l’Europe. La vague inouïe de faillites et de licenciements massifs qui frappe tous les pans de l’industrie allemande — touchant jusqu’aux géants historiques de l’automobile — est désormais analysée comme la résultante directe de choix énergétiques douteux et d’une dépendance totale vis-à-vis du gaz russe qui n’a pas résisté à la volatilité géostratégique.

La question stratégique : face à ces enseignements historiques majeurs, la Tunisie peut-elle se permettre de calquer son avenir sur des modèles qui ont échoué ? Ne devons-nous pas, au contraire, sécuriser notre destin en sanctuarisant une source d’énergie de base stable, pilotable et locale, plutôt que de lier notre survie industrielle à des importations de gaz soumises aux mêmes instabilités mondiales ?

La souveraineté énergétique pour sanctuariser la Tunisie

La dépendance actuelle de la Tunisie vis-à-vis du gaz importé d’Algérie dicte en partie ses marges de manœuvre régionales, dans un environnement marqué par de profondes incertitudes.

Le principal fournisseur de gaz de la Tunisie se trouve aujourd’hui enserré par une ceinture d’instabilité et de feu à ses propres frontières, ce qui fait peser un risque permanent sur la fluidité et la continuité de sa situation politico-sécuritaire interne.

En parallèle, on observe des projets et des velléités de contourner la Tunisie par de nouveaux corridors de distribution de gaz et d’hydrogène vert. Même si la faisabilité technique et financière de ces tracés alternatifs reste hautement aléatoire à court terme, leur simple programmation dessine une volonté d’isolement géo-économique de notre pays qu’une démarche stratégique rigoureuse ne peut feindre d’ignorer.

La question stratégique : en développant une filière nucléaire civile autonome basée sur ses propres phosphates, la Tunisie ne s’offrirait-elle pas un véritable bouclier de souveraineté ? Cette autonomie énergétique absolue n’est-elle pas la condition sine qua non pour sanctuariser le pays face aux velléités hégémoniques régionales, déjouer les stratégies d’isolement infrastructurel et immuniser définitivement notre sécurité nationale contre les secousses politiques de notre voisinage ?

Le couplage énergie-eau comme réponse au stress hydrique

Le réchauffement climatique impose une pression sans précédent sur nos ressources en eau douce, faisant du dessalement de l’eau de mer une obligation vitale pour la survie du pays, bien que cette solution soit extrêmement lourde en consommation électrique.

Un programme nucléaire moderne offre la possibilité technique de concevoir des centrales à cogénération, capables de produire simultanément de l’électricité et de l’énergie thermique.

La question stratégique : en couplant directement la centrale nucléaire à des unités de dessalement de l’eau de mer, la Tunisie ne ferait-elle pas d’une pierre deux coups ? Ce programme ne permettrait-il pas de sécuriser l’approvisionnement en eau potable des grands centres urbains et des régions agricoles du pays à un coût de production stable, décarboné et totalement déconnecté des fluctuations des énergies fossiles ?

Un saut industriel inédit pour une ambition technologique

Aujourd’hui, notre industrie des phosphates exporte une part importante de sa production sous forme de produits à faible ou moyenne valeur ajoutée (minerai brut, engrais classiques).

L’intégration d’unités de récupération de l’uranium au sein de nos complexes chimiques modifierait en profondeur l’économie globale du secteur.

La question stratégique : en transformant le Groupe chimique tunisien (GCT) en un producteur de métaux stratégiques de haute technologie, la Tunisie ne donnerait elle pas une impulsion décisive à la modernisation de son industrie minière, tout en générant des coproduits à très forte valeur ajoutée capables de financer la restructuration du bassin minier de Gafsa ?

Le développement d’une filière atomique civile est un projet de nation qui tire vers le haut l’ensemble du système éducatif, scientifique et industriel d’un pays. C’est un accélérateur de compétences pour la Tunisie. Il s’agit d’un domaine de haute technologie qui exige l’excellence dans la recherche, la métallurgie, la chimie de précision et la sécurité.

La question stratégique : en mettant en place un tel cap technologique, la Tunisie ne se donnerait-elle pas les moyens de stopper la fuite de ses cerveaux en offrant des carrières d’excellence à ses jeunes ingénieurs, et en élevant le standard de notre tissu industriel national aux normes de sécurité internationales les plus strictes ?

Le nucléaire comme socle du renouvelable

Par nature, les énergies renouvelables (solaire et éolien) sont intermittentes et nécessitent une énergie de «base» stable pour faire tourner les usines et les stations de dessalement de l’eau, jour et nuit.

La question stratégique : plutôt que d’opposer les technologies, la Tunisie ne gagnerait-elle pas à concevoir la formule «Phosphates-Uranium» comme le socle de base stable et décarboné de son réseau, qui permettrait d’intégrer et de sécuriser un déploiement massif et serein du solaire, de l’éolien et de sa propre filière hydrogène dans tout le pays ?

L’extraction de l’uranium des phosphates et son utilisation nucléaire ne sont pas un saut dans l’inconnu pour la Tunisie, mais une trajectoire d’émancipation énergétique et hydrique éprouvée par d’autres nations émergentes.

La crise industrielle qui frappe actuellement l’Europe nous rappelle brutalement que l’absence de base énergétique souveraine brise les plus grandes puissances économiques.

La question centrale pour les décideurs est de déterminer si la Tunisie doit inscrire sa planification énergétique dans le temps long — celui des grands projets de sécurité nationale — afin de bâtir une infrastructure résiliente face aux crises géopolitiques régionales et d’asseoir sa stabilité future sur sa propre double richesse : ses phosphates et son accès à la mer.

* Ancien ambassadeur.

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Les casinos en Tunisie | Où jouer légalement, de Djerba à Hammamet

03. September 2026 um 09:02

Derrière les façades des stations balnéaires touristiques tunisiennes se cachent quelques casinos. Ils accueillent une clientèle internationale venue prolonger la soirée autour des tables de jeu.

Si l’idée de tenter votre chance aux tables de jeu vous effleure pendant vos vacances en Tunisie, mieux vaut d’abord savoir où jouer et dans quelles conditions. Contrairement à une idée reçue, le pays compte bel et bien quelques casinos accessibles aux visiteurs étrangers. Encore faut-il connaître les établissements autorisés et leurs modalités d’accès.

Peut-on jouer légalement dans un casino en Tunisie ?

La législation tunisienne autorise les jeux de hasard, mais uniquement dans un cadre précis. Les casinos ne peuvent s’installer que dans les zones touristiques, à proximité des grands complexes hôteliers. Cette règle explique pourquoi on les retrouve à Djerba, à Hammamet ou à Sousse, et rarement ailleurs sur le territoire.

Dans les faits, l’accès à ces établissements est réservé aux étrangers, sur présentation d’un passeport. Les résidents tunisiens n’y sont pas admis. Cette restriction vise à limiter les jeux d’argent au sein de la population locale sans priver les visiteurs étrangers d’une offre de loisirs nocturnes propre aux destinations balnéaires. En un mot, ces casinos existent avant tout pour distraire les touristes, et non pour créer un marché du jeu destiné aux Tunisiens.

La situation est plus floue lorsqu’il s’agit de jouer sur Internet. La Tunisie ne dispose actuellement d’aucun cadre national de régulation ni de licence spécifique pour les plateformes de jeux de casino en ligne. D’autres pays ont fait un choix totalement différent. En Belgique, par exemple, un casino en ligne comme Madison Casino doit obtenir une licence B+ auprès de la Commission des jeux de hasard pour exercer légalement. Cet encadrement impose des règles d’identification, de jeu responsable et de protection des joueurs adultes.

Les trois casinos phares des stations balnéaires tunisiennes

Trois établissements concentrent l’essentiel de l’offre de casinos en Tunisie. Chacun propose une expérience distincte, intégrée à l’environnement touristique de sa région.

Le Grand Casino de Djerba, une adresse majeure de l’île : situé dans la zone touristique de la célèbre île, le Grand Casino figure parmi les plus connus du pays. On y trouve des machines à sous variées, des tables de roulette et de blackjack, ainsi qu’un espace poker apprécié des habitués. Les touristes, pour la plupart logés dans les hôtels voisins, viennent ici le soir pour l’ambiance feutrée, le soin apporté au décor et le service haut de gamme.

Le Casino La Médina à Yasmine Hammamet : intégré au complexe touristique de Yasmine Hammamet, ce casino profite d’un emplacement stratégique, à proximité des restaurants, de la marina et des lieux de sortie. Les visiteurs y accèdent à des machines à sous récentes et à plusieurs tables de jeux traditionnels. Plus animée en fin de semaine, l’ambiance est parfaite pour se divertir après le dîner. La proximité immédiate des hôtels facilite d’ailleurs les allers-retours en soirée, sans avoir à quitter la station.

Le Grand Casino Kantaoui : installé à Port El-Kantaoui, au nord de Sousse. Cette station organisée autour de sa marina rassemble des hôtels, des restaurants, un golf et plusieurs lieux de sortie. Le casino attire donc une clientèle étrangère déjà présente dans les établissements touristiques du secteur. Son offre réunit des machines à sous et des jeux de table tels que la roulette et le blackjack. Le nombre de tables reste plus modeste que dans les grands complexes internationaux, créant ainsi une ambiance assez intimiste. Un bar est disponible pour les visiteurs qui souhaitent simplement observer les parties ou faire une pause.

La proximité de Sousse élargit le public potentiel. Les vacanciers installés dans la ville ou à Port El-Kantaoui peuvent rejoindre facilement l’établissement en taxi. Les horaires étant susceptibles de varier, il est toutefois recommandé de faire une vérification le jour même pour éviter un déplacement inutile.

Quels jeux et quelle ambiance dans les casinos tunisiens ?

Les jeux proposés varient peu d’un casino tunisien à l’autre. En revanche, l’ambiance et les horaires diffèrent selon la période de l’année et l’affluence touristique. Voici les points communs que vous retrouverez généralement dans ces établissements :

– des machines à sous nombreuses et régulièrement renouvelées ;

– des tables de roulette, de blackjack et de poker animées par des croupiers ;

– une ouverture en soirée, souvent jusque tard dans la nuit ;

– une tenue correcte exigée à l’entrée ;

– un contrôle systématique du passeport pour les visiteurs étrangers.

Ces casinos ne fonctionnent pas isolément. Ils accompagnent l’offre hôtelière de Djerba, de Hammamet et de Sousse pour que les touristes intéressés par les jeux puissent passer de bonnes soirées.

Pour beaucoup de voyageurs, il est naturel de compléter un séjour balnéaire par une visite au casino.

Voilà pourquoi les casinos tunisiens soignent autant le confort et la variété des jeux que leur emplacement, qui est toujours à deux pas des grands hôtels.

Pour un visiteur de passage à Djerba, Hammamet ou Sousse, ces trois adresses restent donc les repères les plus fiables. Elles offrent un cadre légal, des jeux reconnus et des soirées qui vont bien avec l’expérience balnéaire en Tunisie.

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L’inquiétant rapprochement entre les Houthis et les Shabaab

03. September 2026 um 08:42

L’ennemi de mon ennemi est mon ami. Entre les Houthis yéménites de confession chiite et les Shabaab somaliens sunnites qui sont affiliés à Al-Qaïda, la rivalité confessionnelle d’autrefois est oubliée, place à une alliance de circonstance. Jirbril Yahya Ali, cheville ouvrière de ce rapprochement, a été tué par les Américains cependant le rapprochement se poursuit, prospère et chacun trouve son compte. Le général Dagvin Anderson, commandant des forces américaines en Afrique (Africom) a fait part de son inquiétude: «Il ne s’agit pas seulement d’un problème régional, ses implications sont mondiales»(Photo : Un porte-conteneurs au mouillage au large des côtes du Yémen, dans le golfe d’Aden.)

Imed Bahri

Dans une enquête publiée par le Wall Street Journal intitulée «L’alliance entre Al-Qaïda et les Houthis, le nouveau casse-tête pour les États-Unis», Michael M. Phillips indique que cette alliance naissante est mutuellement avantageuse pour les deux mouvements. Al-Shabaab, la branche d’Al-Qaïda la plus riche au monde, disposait de fonds mais avait besoin d’armes et d’entraînement. Les Houthis, quant à eux, possédaient un armement sophistiqué et une expertise technique mais ils étaient avides d’argent et d’une nouvelle base pour lancer des attaques contre l’Occident. 

Cependant, cette nouvelle donne a fait de Jibril Yahya Ali, l’architecte du rapprochement, une cible.

Le 12 février, quatre mois après son mariage avec Boudour Murshed, Jibril et Boudour faisaient leur promenade habituelle au coucher du soleil dans leur Toyota Corolla. Le téléphone de Boudour sonna, ils s’arrêtèrent et elle sortit pour répondre.

Quelques instants plus tard, un missile américain s’est abattu sur la voiture. Jibril fut tué sur le coup. Un ami se précipita pour éloigner Boudour de l’endroit.

La frappe aérienne a marqué le début des efforts américains pour démanteler l’alliance improbable entre deux des ennemis les plus acharnés des États-Unis : les combattants d’Al-Shabaab, qui opèrent en Somalie depuis vingt ans, et les Houthis, qui bénéficient depuis longtemps d’armes et d’entraînements assurés par le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien.

Cependant, pour les États-Unis, la mort de Jibril est intervenue trop tard pour enrayer l’enchaînement d’événements qu’il avait contribué à déclencher.

De part et d’autre du golfe d’Aden

Une rivalité confessionnelle opposait Houthis et Al-Shabaab jusqu’à ce que Jibril et d’autres négocient un partenariat entre eux, qui menace désormais de déstabiliser davantage le Moyen-Orient et les marchés mondiaux de l’énergie. Leurs pays respectifs, le Yémen et la Somalie, sont situés de part et d’autre du golfe d’Aden, par lequel transitait, avant la guerre d’Iran, environ 12% du pétrole transporté par voie maritime dans le monde.

Avec le blocus du détroit d’Ormuz exercé en grande partie par les forces iraniennes, le golfe d’Aden pourrait devenir une voie alternative pour les exportations de pétrole du Moyen-Orient. Cependant, les Houthis se sont précipités au secours de leurs alliés à Téhéran, attaquant des pétroliers liés à l’Arabie saoudite à l’aide de missiles et de drones en mer Rouge.

Depuis au moins 2023, Jibril servait d’intermédiaire entre les deux groupes armés, unis par leur haine des États-Unis et d’Israël, selon des responsables américains, somaliens et yéménites.

Jibril a été tué deux semaines avant le début de la guerre américaine contre l’Iran. Il n’a pas vécu assez longtemps pour constater son legs : deux groupes désignés comme organisations terroristes par les États-Unis, unis par une alliance de circonstance, et se retrouvant à la tête d’un point de passage maritime stratégique leur permettant de menacer le commerce mondial du pétrole en temps de crise.

«D’un côté, vous avez Al-Shabaab, la branche la plus importante et la plus lucrative d’Al-Qaïda, qui se dote d’armes plus sophistiquées et d’un entraînement plus poussé», a déclaré au WSJ le général Anderson, avant d’ajouter : «De l’autre côté, il y a les Houthis qui étendent leur influence géographique et qui ont désormais un nouveau point d’appui ce qui pourrait déstabiliser davantage l’un des points de passage économiques les plus importants au monde. Il ne s’agit pas seulement d’un problème régional, ses implications sont mondiales»

Deux sources américaines proches de l’opération ont confirmé qu’une frappe aérienne américaine avait tué Jibril. Cependant, le Commandement central américain a déclaré que l’opération n’était pas militaire. Un porte-parole de la CIA a refusé de dire si l’agence était responsable de l’assassinat.

L’ambassadeur du Yémen aux États-Unis a refusé une demande d’interview, et les responsables houthis n’ont pas répondu aux questions écrites concernant les liens du groupe avec Al-Shabaab.

L’ennemi de mon ennemi est mon ami

Les Houthis, majoritairement musulmans chiites, et Al-Shabaab, musulman sunnite, s’opposent sur un sujet de discorde sectaire datant du VIIe siècle, à savoir la succession légitime du prophète Mohamed. Cette division continue d’alimenter la violence dans des régions s’étendant de l’Afghanistan à l’Irak et à la Syrie.

Cependant, leurs ennemis communs unissent désormais les Houthis et les Shabaab. «Ils haïssent l’Occident et Israël», a déclaré Abdullahi Mohamed Ali, ancien chef des services de renseignement somaliens.

L’agence antiterroriste yéménite décrit Jibril comme «une figure clé du renforcement des liens entre les Houthis et les Shabaab, grâce à l’échange d’expertise et à la coordination, notamment pour faciliter le transfert d’armes et de matériel militaire», selon une note d’évaluation interne consultée par le WSJ.

Jibril se déplaçait clandestinement entre la Somalie et le Yémen, servant d’intermédiaire entre les Shabaab et les Houthis, selon Matt Bryden, ancien fonctionnaire de l’Onu chargé de surveiller les flux d’armes vers la Somalie.

Bryden a présenté des détails sur la vie et la mort de Jibril lors d’une réunion d’information à huis clos en juin, en présence de membres des forces spéciales américaines et de représentants gouvernementaux est-africains.

Jibril avait 38 ans lorsqu’il a été tué. Il avait étudié la médecine vétérinaire au Yémen et dirigeait une organisation caritative à Mogadiscio, la capitale somalienne. Il était également propriétaire d’un bureau de change et d’une société d’import-export.

Il portait des blessures par balle qui lui ont valu le surnom de «Gajami», que l’on pourrait traduire par «manchot», bien qu’il n’était amputé d’aucun bras. 

D’après la réunion d’information, les Houthis lui ont fourni un appartement meublé à Sanaa, la capitale yéménite sous leur contrôle, et il a participé à des événements officiels dans cette ville. Les rebelles lui ont également délivré un faux passeport yéménite, sous une fausse identité, selon un document consulté par le WSJ.

En 2024, le mouvement Shabaab a dépêché un émissaire de haut rang, le cheikh Ahmed Elmi Samatar, pour épauler Jibril. Samatar a présenté aux Houthis une longue liste d’armes demandées, que le journal américain a pu consulter. Cette liste comprenait des missiles antiaériens portables, des roquettes Katioucha de 107 mm, des fusils de précision Dragunov, des drones d’attaque chargés d’explosifs, des missiles antichars et du matériel de vision nocturne de fabrication américaine.

Un responsable du renseignement militaire américain a confirmé que les Shabaab recherchaient des armements sophistiqués auprès des Houthis, en plus de fusils, de mitrailleuses et de munitions.

Les autorités yéménites ont arrêté Samatar en janvier 2025 mais il a été libéré ultérieurement lors d’un échange de prisonniers avec les Houthis.

Samatar est retourné en Somalie, laissant Jibril continuer à représenter les intérêts des Shabaab au Yémen.

Jibril a continué à servir d’intermédiaire pour des livraisons d’armes, et les Shabaab ont dépêché deux experts en armement au Yémen pour l’assister. Après sa mort, le groupe a désigné un remplaçant au Yémen pour poursuivre ses opérations, a indiqué Bryden, ajoutant que l’épouse de Jibril est en fuite.

Selon un rapport des services de renseignement yéménites, des sociétés écrans au Yémen sont utilisées pour dissimuler les cargaisons sous l’appellation de marchandises civiles et les acheminer vers Mukalla et d’autres ports.

Les armes traversent ensuite le golfe d’Aden à bord de vedettes rapides ou de bateaux de pêche et sont débarquées dans des zones peu surveillées des côtes du nord de la Somalie, selon un responsable du renseignement militaire américain.

De là, elles sont transférées aux unités combattantes des Shabaab dans le sud de la Somalie, où se concentrent les activités des insurgés.

En avril 2025, les États-Unis ont détruit deux embarcations non identifiées entrant dans les eaux somaliennes en provenance du Yémen, transportant ce que l’Africom a décrit comme des armes conventionnelles sophistiquées.

On ignore quelles armes figurant sur la longue liste de demandes des Shabaab sont effectivement parvenues aux militants en Somalie. Toutefois, la possibilité que le groupe se procure des drones d’attaque ou d’autres armes capables de frapper les bases américaines et somaliennes depuis les airs inquiète les deux armées.

Le général de brigade Ahmed Abdullahi Sheikh, ancien commandant des forces spéciales somaliennes, a déclaré : «J’ignore quels sont leurs plans mais il est certain que quelque chose se prépare».

Israël entre dans la danse

À ces préoccupations sécuritaires s’ajoute la décision d’Israël, en décembre, de reconnaître l’indépendance du Somaliland, région située au nord-ouest des frontières internationalement reconnues de la Somalie et qui s’est proclamée État indépendant en 1991.

Le Somaliland pourrait offrir à Israël un accès à Berbera, ville portuaire de la mer Rouge dotée d’une piste d’atterrissage si longue que la Nasa l’avait louée comme site d’atterrissage d’urgence pour la navette spatiale.

Berbera pourrait également fournir aux Israéliens un point d’observation supplémentaire pour surveiller et attaquer les Houthis.

Michael Milstein, ancien haut responsable du renseignement israélien, a déclaré que les Houthis avaient été un facteur déterminant lors de la reconnaissance du Somaliland comme État indépendant par Israël. Il a ajouté : «Une présence militaire au Somaliland confère une position très avantageuse pour contrer les Houthis».

Dans une allocution télévisée datant du mois d’août, le chef houthi, Abdul-Malik, a déclaré que son groupe surveillait de près les mouvements israéliens au Somaliland, qu’il a présentés comme visant à contrôler le golfe d’Aden, le détroit de Bab El-Mandeb et la mer Rouge. Il a ajouté : «Nous agirons à tout moment pour cibler toute activité ou présence de l’ennemi israélien au Somaliland».

En juin, une délégation houthie de quatre personnes a quitté le Yémen par la mer, traversé le golfe d’Aden et accosté sur la côte sud de la Somalie.

Selon une source du renseignement régional, les hommes ont ensuite traversé la jungle pour rejoindre leurs homologues à Jilib, capitale de facto du territoire contrôlé par les Shabaab.

Les Houthis cherchaient à coordonner leurs efforts pour perturber les activités israéliennes à Berbera, craignant que le port ne devienne une plateforme israélienne permanente de surveillance et de lancement d’attaques contre le Yémen. Les Houthis ont promis aux dirigeants des Shabaab des armes plus sophistiquées et un entraînement accru.

Des combattants des Shabaab se rendent régulièrement au Yémen pour recevoir une formation houthie sur la fabrication d’engins explosifs improvisés (EEI) plus meurtriers et l’utilisation d’armes de pointe.

Un responsable du renseignement militaire américain a déclaré qu’au moins 100 combattants Shabaab avaient effectué ce voyage.

L’Onu a rapporté l’année dernière que le groupe envoie des groupes d’une trentaine de combattants se former au tir de précision, aux opérations de défense aérienne et aux techniques de fabrication d’EEI plus meurtriers.

En 2024, le premier groupe envoyé a suivi une formation avant départ comprenant un enseignement religieux et des conseils pour gérer les contacts limités avec leurs familles pendant leur séjour à l’étranger, selon des informations recueillies par une source de renseignement régionale.

Une cérémonie d’adieu a été organisée et des discours de motivation ont été prononcés à l’intention des combattants sur le départ.

Lors de son briefing en juin, Bryden a déclaré qu’un groupe de combattants Shabaab avait passé trois mois cette année à Saada, au Yémen, pour étudier l’assemblage de drones et de systèmes permettant aux opérateurs de visualiser les images des caméras embarquées comme s’ils étaient dans un cockpit.

Des formateurs houthis se rendent également en Somalie pour former les combattants d’Al-Shabaab au pilotage de drones, selon un responsable militaire américain.

Al-Shabaab paie en espèces et est parfaitement en mesure de s’offrir les biens et services des Houthis.

Selon une évaluation des services de renseignement américains, le groupe armé Al-Shabaab perçoit au moins 100 millions de dollars par an en extorquant des entreprises et des voyageurs somaliens aux points de contrôle routiers et dans le port de Mogadiscio.

D’après Abdullahi, un ancien commandant somalien, Al-Shabaab exploite également l’orpaillage artisanal le long des monts Al-Amadow, au nord du pays.

L’armée américaine a mené environ 40 frappes aériennes contre des cibles d’Al-Shabaab en Somalie cette année, contre 41 pour l’ensemble de l’année 2025, selon l’Africom.

Pour les Houthis, s’implanter dans le sud de la Somalie, région qui contrôle le commerce via le golfe d’Aden, est tout aussi important que l’argent versé par Al-Shabaab.

«Traditionnellement, les relations entre les Houthis et Al-Shabaab étaient purement transactionnelles mais cela ne signifie pas que de nouveaux facteurs, potentiellement d’importance stratégique, n’ont pas émergé après la guerre Iran-États-Unis», a déclaré Awes Hagi Yusuf Ahmed, conseiller à la sécurité nationale de la Somalie. 

Par ailleurs, les Houthis ambitionnent d’obtenir l’aide du mouvement Al-Shabaab pour déployer des radars afin de surveiller les navires dans les eaux qu’ils partagent.

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Affaire du complot | Lettre de Ayachi Hammami aux juges

03. September 2026 um 06:55

L’avocat Ayachi Hammami est l’un des prévenus qui comparaîtront ce jeudi 3 septembre 2026 devant la Cour de Cassation dans le cadre de l’affaire dite de complot contre l’Etat. Dans cette «Lettre au président de la chambre de cassation et à ses conseillers», écrite dans la prison de Mornaguia où il est incarcéré et traduite de l’arabe, il interpelle les juges sur leur responsabilité dans la défense du droit contre les interférences politiques.

Soit, vous prenez le parti du droit et de la justice, soit vous consacrez l’absurde et en assumez la responsabilité !

On attend de vous cette semaine, en tant que Cour de cassation et plus haut degré de juridiction, que vous exerciez votre contrôle sur l’arrêt rendu par la Cour d’appel l’affaire dite du complot. Un choix sans ambiguïté s’offre à vous aujourd’hui : soit vous mettez fin à l’absurde qui a entouré ce dossier et cassez l’arrêt en faisant triompher le droit, la justice et les droits humains, soit vous conférez une légitimité à cet absurde, votre décision finale en devenant alors l’aboutissement et l’entérinement.

C’est pourquoi je vous adresse cette lettre depuis ma prison de la Mornaguia, vous rendant, président et membres de la chambre, pleinement responsables devant votre conscience et devant l’Histoire.

Nous avons été témoins, tout au long de cette affaire, de violations et d’atteintes graves et innombrables. C’est dans cet esprit que je me sens contraint de m’adresser à vous, non seulement en tant qu’accusé, mais aussi en tant que personne ayant consacré une grande partie de sa vie à la défense des principes de l’État de droit, au premier rang desquels une justice indépendante et équitable, insensible aux injonctions et aux tiraillements politiques.

Que ce soit par son contexte, ses circonstances, son contenu ou la manière dont elle a été menée, l’affaire dite du complot révèle dès le départ un procès éminemment politique, qui rappelle ceux qu’a connus la Tunisie durant les périodes d’autoritarisme. On y a utilisé les rouages de l’État pour cibler des opposants dont le seul «crime» réel était d’exprimer leurs opinions, d’exercer leurs droits et libertés et de défendre leurs convictions. Et plus nous approfondissons les détails de ce dossier, plus nous avons la certitude que le droit en a été la première victime, et que l’instrumentalisation politique est restée présente à chacune de ses étapes, transformant la justice en un outil d’intimidation et de bâillonnement des voix dissidentes.

Vous êtes aujourd’hui appelés à examiner l’une des affaires les plus graves de l’histoire moderne du pays, non seulement en raison de l’ampleur de l’ingérence politique qui l’a accompagnée et orientée, mais aussi parce qu’elle a englobé des personnalités appartenant à des courants intellectuels et politiques divers, qui n’ont fait qu’exercer des droits garantis par la loi. Elle a par ailleurs produit de graves précédents portant atteinte aux fondements même du procès équitable, au premier rang desquels le fait d’avoir privé les détenus de leur droit à comparaître réellement devant le tribunal et à se défendre directement devant le juge et devant l’opinion publique.

C’est une affaire qui restera gravée dans la mémoire nationale et judiciaire, et votre responsabilité y demeurera exceptionnelle à tous égards. La décision que vous rendrez ne se limitera pas, dans ses effets, aux seules parties de cette affaire. Le droit est évident, l’injustice l’est tout autant, et il vous incombe aujourd’hui de trancher entre les deux.

Il est notoire que le paysage judiciaire a connu, ces dernières années, un recul grave des garanties d’indépendance et d’impartialité de la justice, à la suite de mesures ayant porté atteinte au cœur même de cette indépendance, au premier rang desquelles la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature. J’ai suivi cette réalité de près, en tant que président du Comité de défense de vos confrères magistrats révoqués, et j’ai vu comment cela a contribué à affaiblir le rôle de la justice et à la détourner de sa mission originelle.

C’est dans ce même contexte que s’est déroulé notre procès. Le danger aujourd’hui ne réside pas seulement dans les pressions exercées sur les juges, mais dans le fait que les résultats de ces pressions se transforment en jugements qui engendrent davantage d’injustices, confisquent les libertés, anéantissent le pluralisme et vident l’idée d’équité de son contenu. Car celui qui est chargé de juger entre les gens doit être à la hauteur du serment qu’il a prêté et de la responsabilité qu’il s’est lui-même donnée.

Monsieur le président de la chambre de cassation, Mesdames et Messieurs les conseillers,

Je suis Ayachi Hammami, je vous parle depuis ma prison de la Mornaguia, et je vous mets devant votre responsabilité juridique, morale et historique dans le traitement de ce dossier, conformément à ce qu’exige la loi et à ce que commandent la mission et les valeurs de la justice. Vous n’avez pas besoin qu’on vous rappelle les dispositions de la loi ou les exigences du serment du juge. Vous savez pertinemment quels dépassements ont entaché ce dossier et quelles atteintes ont été portées aux garanties du procès équitable. Il n’y a donc pas lieu de prétendre à l’ignorance, ni d’invoquer le flou ou l’ambiguïté, ni de rejeter la responsabilité sur une quelconque autre partie.

Porter atteinte à l’indépendance et à l’impartialité de la justice ne décharge pas le juge de sa responsabilité, elle la redouble. Le juge n’est pas un témoin neutre de l’injustice, mais le dépositaire d’un devoir juridique et moral qui lui impose de faire triompher la justice et de refuser que la justice soit mise au service de tout projet autoritaire.

Vous êtes aujourd’hui à un moment décisif. Soit cet absurde s’arrête sur les marches de votre tribunal, soit il se trouve consacré par un arrêt rendu en votre nom — un arrêt qui portera vos noms, et vos noms, c’est l’Histoire qui les retiendra. Le choix vous appartient, et la responsabilité vous incombe. Quant à l’Histoire, son jugement qui n’admet ni appel ni cassation, il est irrévocable !

Prison de la Mornaguia.

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Tunisie | La BCT publie une circulaire relative aux prêts sur l’honneur

02. September 2026 um 10:55

La Banque centrale de Tunisie (BCT) a publié, le 1er septembre 2026, la circulaire n° 8 de l’année 2026 adressée aux banques. Ce texte définit les conditions et les procédures réglementaires que les banques doivent respecter lors du traitement des demandes de prêts et de microfinancements sur l’honneur, en application des dispositions du décret n° 148 de l’année 2026, daté du 23 juillet 2026.

Cette circulaire vise à harmoniser le mécanisme de réception des demandes des clients auprès des banques soumises aux dispositions dudit décret, consacrant ainsi le principe d’égalité entre eux et garantissant le classement des demandes selon l’ordre de leur dépôt, indique la BCT, laissant ainsi entendre que les banques sont sommées d’appliquer ce nouveau système d’octroi de prêts sans garantie d’aucune sorte, qui est très critiqué par la plupart des experts.

À cet effet, la circulaire impose à chaque banque de mettre en place une plateforme numérique destinée, de manière obligatoire et exclusive, au dépôt des demandes des clients souhaitant obtenir un prêt ou un financement sur l’honneur, et ce, à compter du 1er octobre 2026.

«Cette initiative s’inscrit dans le cadre du développement et de la simplification des services bancaires. Elle vise également à garantir la transparence des procédures ainsi que la fiabilité du traitement des demandes des clients, tout en respectant les dispositions législatives et réglementaires relatives à la protection des données personnelles et aux exigences de sécurité informatique», explique encore la BCT.

Avant la mise en service de ces plateformes, et sous la supervision de la BCT, les banques prendront les mesures de communication nécessaires pour faire connaître, notamment, les conditions et modalités de dépôt des demandes ainsi que les étapes de leur examen et de leur traitement ; cela se fera par le biais de messages d’information qui seront prochainement diffusés via les canaux de communication disponibles.

La BCT souligne que le choix du 1er octobre 2026 comme date d’entrée en vigueur de la circulaire et de lancement des plateformes numériques s’inscrit dans le cadre de la volonté de mettre en place les exigences techniques et procédurales nécessaires à la mise en œuvre effective et adéquate du dispositif juridique relatif aux prêts et microfinancements sur l’honneur, ainsi que d’atteindre les objectifs économiques et sociaux visés par son adoption.

Le mécanisme du prêt sur l’honneur est un financement à taux zéro, sans intérêts, sans frais de dossier ni garanties exigées. En veux tu, en voilà !  «Ya mrayedh takelchi ?» (Ne demandez pas au malade s’il veut manger ?), dit le proverbe tunisien

Les montants prévus sont jusqu’à 5 000 dinars pour les particuliers (crédit à la consommation) ; jusqu’à 10 000 dinars pour les porteurs de petits projets ; et jusqu’à 25 000 dinars pour les PME et les sociétés communautaires.

Les banquiers qui sont tous tenus d’appliquer cette circulaire et d’octroyer des prêts à quiconque les demande sans exiger de garanties, comme l’exigent les pratiques du secteur, ne se sont pas encore exprimés sur cette initiative dont le caractère populiste voire électoraliste saute aux yeux. Il va sans dire qu’il va complètement chambarder leur organisation et mobiliser une bonne partie de leurs effectifs pour une rentabilité équivalente à zéro.

Il reste à avoir si nos chers banquiers vont trouver suffisamment de cash à distribuer à gauche et à droite et si cet argent va servir à quelque chose d’utile, ou s’il ne va pas seulement accroître le rythme de la consommation, exacerber le taux d’inflation et rogner davantage sur le pouvoir d’achat des Tunisiens.

Les bonnes intentions n’inspirent pas forcément les meilleures décisions, dirait l’autre. N’est-ce pas monsieur le gouverneur de la BCT, Fethi Zouhair Nouri ?

I. B.

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Ce que le choix énergétique allemand dit à la Tunisie

02. September 2026 um 09:53

Lors de la récente visite en Tunisie du ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephu, les échanges ont porté sur la coopération bilatérale, les investissements, la transition énergétique, le numérique, la formation et les relations entre la Tunisie et l’Europe. Mais un signal venu d’Alger au même moment mérite d’être décodé à Tunis.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Johann Wadephul a déclaré que l’Algérie pourrait contribuer au remplissage des capacités allemandes de stockage de gaz, qualifiant Alger de «partenaire fiable».

Cette déclaration concerne d’abord l’Allemagne et l’Algérie. Mais pour la Tunisie, elle constitue surtout un rappel : dans la nouvelle géoéconomie européenne, les pays qui disposent d’un actif stratégique ont aussi un levier de négociation.

La question n’est donc pas de savoir pourquoi Berlin se tourne vers Alger. Elle est de savoir pourquoi Tunis ne transforme pas encore suffisamment ses propres atouts en actifs stratégiques.

Qu’est-ce que la Tunisie peut offrir à une Europe qui cherche à réduire ses vulnérabilités et à diversifier ses interdépendances ?

La réponse ne se trouve probablement pas dans le gaz. Elle se trouve dans ce que la Tunisie possède déjà — sa proximité avec l’Europe, son potentiel renouvelable, sa position méditerranéenne, ses compétences, son industrie, ses infrastructures et son ouverture africaine — mais qu’elle doit encore transformer en capacités économiques durables.

Le débat tunisien est trop souvent construit à partir de ce que demandent nos partenaires : coopération migratoire, sécurité, stabilité, énergie, investissements ou financement. Leurs projets, parfois clé en main, deviennent les nôtres.

Cette approche mérite d’être inversée. Avant de demander ce que l’Europe peut apporter à la Tunisie, il faut déterminer ce que la Tunisie veut devenir pour l’Europe. Cette question oblige à regarder nos vulnérabilités : déficit énergétique, besoin de devises, faiblesse de l’investissement productif, difficultés logistiques, dépendance technologique, perte de certaines compétences et accès encore insuffisant aux marchés africains.

Mais elle oblige également à regarder nos atouts : proximité du marché européen, position méditerranéenne, potentiel renouvelable, base industrielle déjà intégrée à plusieurs chaînes européennes, compétences techniques et numériques et proximité avec l’Afrique.

La stratégie consiste à transformer nos vulnérabilités en priorités et nos atouts en avantages.

L’Europe comme accélérateur industriel

C’est probablement le premier changement de raisonnement nécessaire. Avant de rêver d’exporter massivement de l’électricité vers l’Europe, la priorité devrait être de réduire durablement notre propre vulnérabilité énergétique, notre déficit en la matière dépassant désormais 60% au moment où le cours mondial de l’énergie flambe.

Chaque mégawatt renouvelable produit en Tunisie peut avoir plusieurs valeurs : réduire une importation, améliorer la balance commerciale, alimenter une activité industrielle, développer des compétences et, lorsque les conditions le permettent, être exporté.

L’ordre des priorités compte. Une politique énergétique géoéconomique tunisienne devrait donc poursuivre simultanément trois objectifs : sécurité énergétique nationale, compétitivité industrielle et capacité d’interconnexion avec l’Europe.

Le raccordement électrique avec le Vieux Continent ne devrait pas être conçu comme une simple autoroute d’exportation. Il doit devenir une infrastructure permettant à la Tunisie d’augmenter sa valeur dans la chaîne énergétique. Cela implique d’attirer les investissements, mais aussi de développer progressivement la formation, la maintenance, l’ingénierie et les services locaux.

Le véritable indicateur ne devrait donc pas être seulement le nombre de mégawatts installés. Il devrait être la valeur tunisienne créée par chaque unité d’énergie produite.

La relation avec l’Europe ne doit pas être réduite à la question des financements. L’enjeu essentiel est aussi d’utiliser l’accès au marché européen pour augmenter la productivité et la capacité industrielle nationales.

La Tunisie dispose d’une proximité exceptionnelle avec ce continent de 500 millions de consommateurs potentiels. Pourtant, cette proximité n’a pas encore produit toute la valeur qu’elle pourrait générer. L’intégration dans les chaînes européennes reste trop souvent concentrée sur des activités où la valeur ajoutée locale demeure limitée. La prochaine étape doit être celle de la montée en gamme : ingénierie, conception, logiciels industriels, électronique, composants, maintenance spécialisée, services numériques, santé et technologies énergétiques. L’objectif n’est pas seulement d’exporter davantage vers l’Europe. Il est d’exporter davantage de valeur. C’est également là que se joue la réciprocité.

L’Europe apporte des marchés, des capitaux, des technologies et des savoir-faire. La Tunisie doit, en retour, offrir des conditions permettant aux entreprises européennes de produire, d’innover et de se projeter depuis notre territoire vers d’autres marchés.

Johann Wadephul reçu par Abdelmadjid Tebboune : Alger, clou de la tournée maghrébine du responsable allemand.

Passer de la proximité à la projection et transformer la mobilité en réseau

La deuxième opportunité insuffisamment exploitée est africaine. La Tunisie dispose d’une proximité géographique, culturelle et économique particulière avec l’Afrique subsaharienne. Mais une proximité ne constitue pas une stratégie. Pour transformer cette position en avantage, il faut des entreprises capables d’opérer durablement en Afrique, des mécanismes de financement adaptés, des assurances, des liaisons logistiques, des partenariats bancaires et des réseaux professionnels.

L’enjeu n’est pas de faire de la Tunisie une puissance africaine. Il est d’en faire une plateforme depuis laquelle des entreprises tunisiennes, européennes et africaines peuvent travailler ensemble. Cette fonction pourrait devenir particulièrement intéressante pour les entreprises européennes souhaitant diversifier leurs implantations et accéder davantage aux marchés africains.

La Tunisie pourrait ainsi transformer sa position géographique en avantage économique : une interface entre l’Europe, le Maghreb et l’Afrique.

La question des compétences est indissociable de cette stratégie. La Tunisie forme des ingénieurs, médecins, techniciens, informaticiens et autres professionnels recherchés par les économies européennes. La mobilité de ces compétences est une réalité. La question n’est donc plus seulement de savoir comment freiner son exode, mais comment en augmenter la valeur pour l’économie tunisienne.

Cela suppose des partenariats de formation, des certifications communes, des liens structurés entre entreprises et établissements tunisiens et européens et des réseaux permettant aux compétences installées à l’étranger de maintenir des liens économiques avec la Tunisie.

La mobilité peut ainsi devenir un réseau économique plutôt qu’une simple perte de capital humain.

Cinq leviers pour changer le rapport de négociation

Ports, réseaux électriques, télécommunications, câbles sous-marins, data centers, routes, rail et plateformes logistiques ne sont pas de simples équipements. Dans une économie mondiale confrontée aux ruptures de chaînes d’approvisionnement, ils deviennent des instruments de résilience.

La Tunisie doit donc se poser une question simple : ses infrastructures sont-elles suffisamment fiables, rapides et compétitives pour que des entreprises organisent durablement leurs chaînes de valeur autour d’elles ?

Si la réponse est insuffisante, la géographie ne suffit pas. Il faut investir dans les infrastructures, mais aussi dans leur maintenance, leur redondance, leur sécurité et leur performance. La fiabilité doit devenir elle-même un avantage compétitif tunisien.

La stratégie tunisienne peut ainsi être concentrée sur cinq leviers.

Le premier, c’est l’énergie. Il s’agit de réduire la vulnérabilité énergétique nationale, développer les renouvelables et utiliser les interconnexions pour créer une base industrielle.

Le deuxième, c’est l’industrie. Il s’agit de passer progressivement de l’assemblage à davantage d’ingénierie, de conception et de services à forte valeur ajoutée.

Le troisième, c’est l’Afrique. Il s’agit de construire une plateforme commerciale, financière et logistique permettant aux entreprises tunisiennes et européennes d’accéder aux marchés africains.

Le quatrième, ce sont les compétences. Il s’agit de transformer la mobilité professionnelle en réseaux de formation, d’innovation et de création de valeur.

Le cinquième, ce sont les infrastructures. Il s’agit de faire de la fiabilité énergétique, numérique et logistique un avantage concurrentiel régional.

Ces cinq leviers ont une logique commune : créer en Tunisie des capacités dont nos partenaires ont intérêt à disposer. C’est ainsi que l’on passe de la dépendance à l’interdépendance.

Cette approche doit également changer notre manière d’évaluer les partenariats.

Le véritable test : ce qui reste en Tunisie

Un projet ne devrait plus être jugé uniquement sur le montant de l’investissement promis. Il faudrait systématiquement demander : Quelle valeur reste en Tunisie ? Quelles compétences sont transférées ? Combien d’entreprises tunisiennes entrent dans la chaîne de valeur ? Quel accès aux marchés est créé ? Quelle capacité nouvelle demeure si le partenaire se retire ?

Ce sont les véritables critères de la réciprocité. Un investissement important peut être économiquement utile sans être stratégiquement transformateur. À l’inverse, un projet plus modeste peut renforcer durablement la position tunisienne s’il crée une capacité industrielle, ouvre un marché et augmente notre pouvoir de négociation.

Le bon partenariat n’est donc pas nécessairement celui qui apporte le plus de capitaux. C’est celui qui augmente le plus notre capacité future à négocier.

La visite du ministre allemand est terminée. L’Allemagne continuera à diversifier ses fournisseurs énergétiques. L’Algérie continuera à valoriser son avantage gazier. La Norvège restera un acteur énergétique majeur. D’autres pays chercheront à prendre leur place dans la nouvelle géographie énergétique et industrielle européenne.

La Tunisie ne gagnera rien à envier les ressources des autres. Elle doit valoriser les siennes. Notre avantage ne sera probablement pas une matière première. Il peut être une combinaison : proximité européenne, énergie renouvelable, industrie, compétences, infrastructures et accès à l’Afrique. Mais cette combinaison ne deviendra un avantage géoéconomique que si nous la transformons en projets, en entreprises, en infrastructures et en chaînes de valeur.

Le signal envoyé par Berlin à Alger doit donc être lu non comme une occasion manquée, mais comme un rappel.

Dans la nouvelle économie de la puissance, les partenaires qui comptent sont ceux qui apportent quelque chose que les autres ont intérêt à sécuriser.

La Tunisie n’a pas besoin de devenir indispensable à l’Europe. Elle doit devenir suffisamment utile dans plusieurs domaines pour que sa réussite devienne également un intérêt pour ses partenaires. C’est cela, au fond, la véritable réciprocité. Et c’est peut-être la meilleure manière de transformer notre géographie en puissance : ne plus seulement être le pays situé entre l’Europe et l’Afrique, mais devenir le pays dont certaines connexions entre l’Europe et l’Afrique ont besoin.

* Ingénieur informatique, cadre d’une banque publique.

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Le CRLDHT exige la libération immédiate de Seif Eddine Arfaoui

02. September 2026 um 07:25

Dans le communiqué reproduit ci-dessous, publié le 1er septembre 2026, le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) «dénonce avec la plus grande énergie et condamne sans réserve» le jugement prononcé le 31 août 2026 contre Seif Eddine Arfaoui, militant du mouvement Nafas, condamné à 18 mois de prison par la chambre correctionnelle du Tribunal de première instance de Tunis.

Cette condamnation est scandaleuse, profondément injuste et d’une brutalité disproportionnée.

Seif Eddine Arfaoui avait participé, le 20 août à Tunis, à une manifestation pacifique organisée par Nafas pour dénoncer l’érosion continue des droits et des libertés, l’aggravation de la répression et les défaillances d’un régime de plus en plus incapable d’apporter des réponses aux difficultés que vivent les Tunisiennes et les Tunisiens. Il a été arrêté dès le lendemain et poursuivi notamment à la suite de publications sur les réseaux sociaux reprenant des slogans scandés pendant cette manifestation.

Le 31 août, la «justice» l’a condamné à 18 mois de prison sur le fondement de l’article 86 du Code des télécommunications pour ce qui a été qualifié d’«atteinte à autrui à travers les réseaux publics de télécommunications».

Nous refusons que l’arbitraire devienne la norme et que la prison devienne la réponse ordinaire à la contestation politique.

Un jeune militant est envoyé en prison pour avoir manifesté, crié des slogans et relayé une parole politique sur Facebook. Ce jugement ne sanctionne pas un acte de violence. Il ne sanctionne pas une atteinte à l’intégrité physique d’une personne. Il sanctionne une parole politique.

Depuis plusieurs années, les poursuites se multiplient contre les journalistes, avocats, militants politiques et associatifs, syndicalistes, défenseurs des droits humains et simples citoyens.

L’article 86 du Code des télécommunications, le décret-loi 54 et d’autres dispositions répressives sont mobilisés pour faire entrer la contestation politique dans le champ pénal.

Aujourd’hui, c’est Seif Eddine Arfaoui. Hier, d’autres ont été condamnés ou emprisonnés. Demain, si cette mécanique n’est pas arrêtée, n’importe quel citoyen tunisien exprimant sa colère sur une place publique ou sur un réseau social pourra devenir à son tour un justiciable, puis un prisonnier.

Le CRLDHT affirme avec force que la critique du chef de l’État et des gouvernants est un droit. Les slogans politiques, même durs, provocateurs ou offensants, appartiennent au débat public. Un pouvoir qui accepte uniquement les paroles qui lui plaisent ne défend pas la liberté d’expression : il exige le silence et l’obéissance.

Nous refusons ce silence.

Nous refusons que la peur devienne un mode de gouvernement.

Nous refusons que les tribunaux soient utilisés pour régler le problème politique posé par la contestation.

Nous refusons surtout de nous habituer à voir des Tunisiennes et des Tunisiens condamnés à des mois ou des années de prison pour avoir parlé.

Assez.

Le CRLDHT exige la libération immédiate de Seif Eddine Arfaoui et l’annulation de cette condamnation inique.

Il exige la fin des poursuites contre toutes les personnes poursuivies ou détenues pour l’exercice pacifique de leurs libertés d’opinion, d’expression et de manifestation.

Il appelle les organisations de défense des droits humains, les associations, les syndicats, les avocats, les journalistes, les intellectuels, les forces démocratiques et tous les citoyens attachés à leur liberté à refuser collectivement cette politique de peur et d’intimidation.

Face à la banalisation de la répression, la solidarité doit devenir mobilisation. Il faut défendre Seif Eddine Arfaoui aujourd’hui parce qu’au-delà de sa personne, c’est notre droit collectif de dire non qui est condamné à dix-huit mois de prison.

Nous ne nous tairons pas.

Nous ne considérerons jamais comme normal qu’un citoyen soit emprisonné pour un slogan.

Nous ne nous résignerons pas à voir la Tunisie devenir un pays où la parole conduit en prison et où le silence devient la condition de la liberté.

La liberté d’expression n’est pas un crime.
Manifester n’est pas un crime.
Crier un slogan n’est pas un crime.
Critiquer le pouvoir n’est pas un crime.

Liberté immédiate pour Seif Eddine Arfaoui.
Liberté pour toutes les personnes emprisonnées pour leurs opinions.
Liberté pour la Tunisie.

CRLDHT, 1er septembre 2026.

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La France accusée de «harcèlement judiciaire» contre Rima Hassan

02. September 2026 um 07:06

La dénonciation du génocide perpétré par Israël à Gaza et la défense des droits du peuple palestinien sont presque devenues un crime en France. La députée française d’origine palestinienne Rima Hassan, figure emblématique de la défense de la cause palestinienne au pays de Voltaire et de Hugo, n’a cessé d’en faire l’expérience à ses dépens.

Djamal Guettala

Cette dérive, qui déshonore la France et les Français, vaut au supposé pays des droits de l’homme de se retrouver une nouvelle fois interpellée sur le terrain des libertés publiques. Cinq rapporteurs spéciaux des Nations unies – excusez du peu ! – demandent officiellement des comptes à Paris au sujet des mesures policières et des procédures judiciaires visant Rima Hassan en raison de ses prises de position politiques, notamment sur la Palestine. Pour ces experts, la multiplication des auditions, la garde à vue et les mesures de surveillance soulèvent de «graves préoccupations» et pourraient constituer des atteintes à plusieurs droits fondamentaux.

Dans leur communication adressée aux autorités françaises, les experts de l’Onu relèvent également que la quasi-totalité des procédures engagées contre la juriste franco-palestinienne auraient été classées sans suite.

Au-delà du seul cas de Rima Hassan, c’est la manière dont la France traite certaines expressions politiques liées à la Palestine qui inquiète les rapporteurs.

Des procédures qui deviennent elles-mêmes une sanction

Le constat qu’ils dressent est particulièrement sévère. Même lorsqu’elles ne débouchent pas sur une condamnation, la répétition des procédures judiciaires peut, selon eux, produire un effet dissuasif considérable sur la liberté d’expression.

Autrement dit, le problème ne résiderait pas uniquement dans l’issue judiciaire d’une affaire, mais dans l’accumulation des convocations, interrogatoires, gardes à vue et mesures de surveillance.

Les rapporteurs évoquent ainsi des mesures susceptibles de relever du «harcèlement judiciaire et politique» et estiment qu’elles pourraient porter atteinte à plusieurs droits fondamentaux : liberté d’opinion et d’expression, droit à la vie privée, liberté de réunion et d’association, principe d’égalité et de non-discrimination, mais également droit de participer à la vie publique.

Une mise en garde qui dépasse largement le cas individuel de Rima Hassan.

Les experts de l’Onu dénoncent ce qu’ils décrivent comme une «tendance croissante à la répression des voix défendant les droits du peuple palestinien par les autorités françaises».

Le recours à l’infraction d’«apologie du terrorisme» constitue l’un des principaux points d’inquiétude. Les rapporteurs demandent à Paris de démontrer que l’utilisation répétée de cette qualification respecte les engagements internationaux de la France en matière de liberté d’expression.

La question est politiquement explosive : jusqu’où un État peut-il aller dans la lutte contre l’apologie du terrorisme sans transformer cet arsenal juridique en instrument de restriction de la parole politique ?

Pour les rapporteurs, le risque est précisément celui d’un glissement. L’ouverture répétée de procédures, y compris lorsqu’elles se terminent sans condamnation, peut suffire à intimider les militants, les élus, les associations, les universitaires ou les simples citoyens qui prennent publiquement position.

La justice ne sanctionnerait alors plus seulement par une condamnation. La procédure elle-même pourrait devenir une forme de pression.

Rima Hassan doit-elle renier son pays d’origine, la Palestine, dont ses parents ont été chassés par l’armée d’occupation israélienne, pour avoir droit à la liberté d’expression comme tout citoyen français ?

Un avertissement qui dépasse Rima Hassan

Les cinq rapporteurs spéciaux demandent désormais au gouvernement français de fournir des explications sur les motifs et la proportionnalité de la garde à vue de Rima Hassan, mais aussi sur les informations communiquées aux médias, les interrogatoires répétés et les éventuelles mesures de surveillance.

Ils interrogent également Paris sur la compatibilité du recours à l’«apologie du terrorisme» avec les obligations internationales de la France.

La question est loin d’être secondaire. La France se présente régulièrement comme une démocratie attachée à la liberté d’expression, à l’État de droit et à la défense des droits humains. La communication des experts de l’Onu vient mettre cette posture à l’épreuve, en demandant aux autorités françaises de démontrer que leur pratique est conforme aux principes qu’elles défendent sur la scène internationale.

L’intérêt de cette intervention onusienne réside surtout dans sa portée générale. Les rapporteurs ne se limitent pas à dénoncer une situation individuelle. Ils alertent sur les conséquences politiques d’une multiplication des poursuites visant des voix favorables aux droits des Palestiniens.

La liberté d’expression ne se mesure pas seulement à la possibilité théorique de parler. Elle se mesure aussi à la capacité de le faire sans craindre une succession de convocations, de procédures ou de mesures policières.

C’est précisément ce phénomène que les experts redoutent lorsqu’ils évoquent un «effet dissuasif» sur la liberté d’expression, la société civile et le pluralisme démocratique.

La France doit donc répondre. Et cette fois, la question ne vient pas seulement d’associations, de militants ou d’opposants politiques. Elle est posée par cinq experts mandatés par les Nations unies.

Le dossier Rima Hassan devient ainsi le révélateur d’une interrogation plus vaste : la lutte contre l’apologie du terrorisme peut-elle servir de justification à la mise sous pression de la parole politique, notamment lorsqu’elle concerne la Palestine, une nation spoliée de sa terre et un peuple martyrisé par l’une des plus redoutables machines de guerre actuelle dans le monde, celle de l’Etat d’occupation israélien ?

La réponse du gouvernement français sera scrutée bien au-delà de l’Hexagone. Car la situation des défenseurs de la cause palestinienne en Allemagne, aux Etats-Unis et dans d’autres pays occidentaux n’est pas meilleure qu’en France.

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Prévention des incendies de forêt | Les consignes de la Protection civile

01. September 2026 um 23:41

La Direction générale de la protection civile lance une campagne de sensibilisation cruciale pour préserver les forêts et éviter les incendies.

Afin de protéger le patrimoine forestier et garantir la sécurité de tous, les autorités rappellent quatre consignes essentielles à adopter impérativement, notamment l’interdiction de brûler l’herbe sèche et l’interdiction de jeter des cigarettes ou tout ce qui peut causer une étincelle sur les bords des routes.

La même source appelle aussi à s’assurer d’éteindre totalement le feu avant de quitter les lieux de pique-nique ou de barbecue et de ne jamais laisser des sources d’ignition à la portée des enfants.

« En cas d’urgence ou d’incendie, contactez immédiatement les secours au 198. Ensemble, préservons nos forêts pour protéger nos vies », ajoute la Direction de la protection civile.

Ce rappel intervient alors que les efforts se poursuivent depuis trois jours pour maîtriser l’incendie de Bargou. Les équipes de la Protection civile sont pleinement mobilisées sur le terrain, épaulées par deux avions militaires qui effectuent des rotations ciblées sur les foyers difficiles d’accès par voie terrestre.

Y. N.

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Plus de 5 000 décès liés à la chaleur en Espagne, 0 en Tunisie !

01. September 2026 um 12:19

L’Espagne a annoncé un lourd bilan de décès causés par la chaleur entre le 1er juin et le 31 août 2026. C’est un record pour cette période depuis que l’Institut de santé Carlos III a commencé à collecter ces données en 2015. En Tunisie, le ministère de la Santé refuse toujours de communiquer sur le nombre de décès causés par la canicule sévissant depuis plusieurs semaines dans le pays, et ce, malgré les interpellations à ce propos de la part des professionnels de la santé opérant dans les hôpitaux publics.   

En Espagne, la chaleur a causé la mort de 2 025 personnes en juin, 937 en juillet et 2 149 en août, soit un total de 5 111 décès, selon les données de l’institut citées par l’AFP.

Le précédent record pour ces trois mois datait de 2022, année où 4 652 décès liés à la chaleur avaient été enregistrés.

Ces estimations reposent sur le système «MoMo» (surveillance de la mortalité), qui recense quotidiennement les décès en Espagne et calcule l’écart entre le nombre de décès réels et celui des décès attendus, sur la base de données historiques.

Le pays devrait connaître une nouvelle hausse des températures dans les prochains jours, alors que celles-ci étaient «inférieures aux normales saisonnières dans plusieurs régions ces derniers jours», selon l’agence météorologique nationale ; cette dernière a également averti que les températures pourraient dépasser les normales de quelque 10 degrés Celsius au cours du mois de septembre.

Les températures en Tunisie au cours des prochains jours seront tout aussi élevées et il est fort à parier, étant donné le manque de médecins, de personnel soignant, d’équipements et même de médicaments dans nos hôpitaux publics, que le nombre de morts causées par la canicule va continuer à augmenter. Est-ce que le ministère de la Santé va se résigner enfin à informer le public sur les dégâts causés par la canicule sur la santé publique, ou va-t-il poursuivre dans sa politique de déni qui consiste à n’annoncer que les bonnes nouvelles, si chère au ministre Mustapha Ferjani ?

I. B.

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Ce que l’Europe craint d’un effondrement tunisien

01. September 2026 um 10:13

Que l’Allemagne ait un intérêt direct à la stabilité tunisienne, personne ne le conteste. Mais l’Allemagne n’est jamais seule quand elle parle de stabilité et de Sahel à un chef d’État nord-africain : elle parle aussi, de fait, au nom du continent européen qui a fait de la Tunisie son verrou migratoire et énergétique, et qui n’a pas oublié qu’un effondrement tunisien se traduirait par une pression migratoire sur ses propres côtes.

Moktar Lamari *

Il faut se méfier des communiqués diplomatiques qui se ressemblent trop pour être honnêtes — et se méfier plus encore de ceux qui ne se ressemblent pas du tout. Explication…

Le 31 août, Johann Wadephul, ministre allemand des Affaires étrangères, a atterri à Tunis, dans une visite imprévue et urgente, pour une tournée maghrébine présentée comme une simple courtoisie anniversaire : soixante-dix ans de relations diplomatiques tuniso-allemandes, une délégation d’industriels, des dossiers énergie et chaînes d’approvisionnement automobile.

Rien, en apparence, qui justifie qu’un ministre des Affaires étrangères d’un pays du G7 se déplace en personne, accompagné de son patronat, pour aller souffler des bougies protocolaires. Sauf que le décor a craqué presque aussitôt, et de la façon la plus flagrante qui soit : les deux capitales ont raconté deux rencontres différentes.

Avant même l’atterrissage, le ministère allemand des Affaires étrangères annonçait sur son propre site que les discussions avec Kaïs Saïed porteraient sur leurs «intérêts communs en faveur de la stabilité de la Tunisie». Une fois sur place, interrogé par la chaîne publique allemande ARD, Wadephul est allé plus loin encore, évoquant sans détour le terrorisme et la montée de «l’islamisme», et présentant la migration comme l’un des fils conducteurs de sa tournée nord-africaine.

En conférence de presse à Tunis, il a par ailleurs insisté sur la volonté allemande d’«exploiter les potentiels mutuels», en particulier dans «l’approvisionnement en énergie respectueuse du climat» — une manière polie de dire qu’on est venu sécuriser des tuyaux, pas signer des cartes postales.

Or aucun de ces trois sujets — Sahel, terrorisme islamiste, énergie climatique — ne figure dans le compte rendu publié depuis le Palais de Carthage.

Pas une ligne, pas une allusion. À la place, la présidence tunisienne met en scène un Kaïs Saïed qui disserte sur l’humanité entrant dans une «nouvelle étape de son histoire» nécessitant une pensée fondée sur la liberté et la justice, et qui profite de l’audience pour exiger la révision de plusieurs accords — au premier rang desquels l’accord d’association avec l’Union européenne, jugé trop déséquilibré.

Intérêt direct de l’Europe à la stabilité tunisienne

Deux ministères, une seule et même rencontre, et pourtant deux comptes rendus qui pourraient décrire deux réunions tenues à des années de distance. Ce genre de dissonance ne s’invente pas dans un simple exercice de communication maladroit ; il trahit deux agendas qui se sont croisés dans la même salle sans jamais vraiment se parler — l’un venu évaluer un risque, l’autre venu réciter un grief.

Que l’Allemagne — troisième marché à l’export pour la Tunisie, pilier de l’approvisionnement automobile européen, hôte de 7 500 étudiants tunisiens et de milliers de soignants tunisiens dans ses hôpitaux — ait un intérêt direct à la stabilité tunisienne, personne ne le conteste.

Mais l’Allemagne, dans l’architecture européenne, n’est jamais seule quand elle parle de stabilité et de Sahel à un chef d’État nord-africain : elle parle aussi, de fait, au nom d’un continent qui a fait de la Tunisie son verrou migratoire et énergétique, et qui n’a pas oublié qu’un effondrement tunisien se traduirait en semaines, pas en mois, par une pression migratoire sur ses propres côtes.

On ne dépêche pas le chef de sa diplomatie, escorté d’industriels et suivi d’un crochet immédiat à Alger pour discuter interconnexions électriques, si le seul enjeu a trait à un anniversaire à souligner.

On le fait quand on veut prendre le pouls d’un pays avant qu’il ne s’arrête de battre.

Et ce pouls, aujourd’hui, est franchement inquiétant. Pendant que Wadephul serrait des mains à Carthage, des quartiers entiers de Tunis, de Sfax, du Kef, de Djerba ou de Gabès continuaient de vivre au rythme de coupures d’eau et d’électricité répétées, parfois plusieurs fois par jour — le symptôme le plus visible d’un réseau Steg en déficit structurel de production que plus aucun décret présidentiel ne peut masquer.

Des menaces terroristes en Tunisie sont probables selon des sources proches de la chancellerie allemande.

À cela s’ajoutent des pénuries récurrentes de médicaments essentiels dans les pharmacies, remontées presque chaque semaine par la société civile et les syndicats de la santé, signe que même la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique, pourtant vitale, craque sous la pression budgétaire et le manque de devises.

Les trois ingrédients de l’embrasement social

Ce sont exactement les trois ingrédients — eau, courant, médicaments — dont l’histoire politique récente du monde arabe a montré qu’ils précèdent, presque toujours, l’embrasement social. Ce n’est pas un hasard si le crochet algérien de Wadephul porte précisément sur l’offre électrique : Berlin cherche, très concrètement, des solutions de dépannage énergétique pour un voisin tunisien exsangue, faute de pouvoir compter sur une réforme interne que le régime refuse d’engager.

Rien de tout cela ne serait alarmant si le contexte politique tunisien n’était pas déjà à ce point tendu.

Un pouvoir réélu à 90,7 % sur une participation de 28,8 %, une opposition emprisonnée par dizaines, un Premier ministre limogé presque chaque année, une dette publique qui frôle 85 % du PIB, un déficit qui se creuse de nouveau : la marge de manœuvre du régime pour absorber un choc social supplémentaire est proche de zéro.

Quand l’eau, l’électricité et les médicaments manquent en même temps, la colère ne cherche plus de porte-parole partisan ; elle descend dans la rue directement, comme on l’a vu ailleurs dans la région ces derniers mois.

Et c’est précisément ce scénario que l’Europe, par la voix de son émissaire allemand, semble être venue évaluer de très près — sans jamais le dire tout haut. La visite protocolaire de Wadephul n’est peut-être qu’une couverture élégante pour une question bien plus brutale que Berlin, et derrière elle Bruxelles, se pose désormais sans détour : combien de temps le système Saïed peut-il encore tenir avant que la rue ne tranche à sa place ? 

Economiste universitaire.

Blog de l’auteur: E4T.

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Tunisie | Les erreurs d’hier, l’impuissance d’aujourd’hui

01. September 2026 um 08:55

La crise tunisienne nourrit une tentation familière : regarder le passé comme un âge de stabilité, d’ordre et de prospérité relative. Face aux difficultés économiques, à la dégradation des services publics, à la fatigue démocratique et au sentiment d’impuissance qui traverse le pays, les années Bourguiba et Ben Ali peuvent apparaître, rétrospectivement, comme des périodes plus lisibles et plus protectrices.

Ali Guidara *

Cette nostalgie confond pourtant souvent l’absence de bruit avec l’absence de blocage. La Tunisie d’aujourd’hui n’est pas née du seul désordre de la transition démocratique. Elle est aussi l’héritière de fragilités politiques, sociales et économiques constituées bien avant 2011.

Reconnaître les réalisations des pouvoirs passés ne signifie donc pas les absoudre. Cela suppose de tenir ensemble les acquis réels et les failles profondes qu’ils ont laissés derrière eux.

L’État construit par le sommet

Sous Habib Bourguiba, la Tunisie indépendante a consolidé un État moderne, une administration structurée et un système éducatif ambitieux. Les progrès accomplis en matière de santé, de scolarisation et de droits des femmes, notamment avec l’adoption du Code du statut personnel, demeurent des repères majeurs de l’histoire nationale.

Cette période a également consolidé l’idée d’une citoyenneté tunisienne et fourni au pays des instruments de modernisation dont il bénéficie encore. Mais la centralisation du pouvoir, le refus du pluralisme et la prééminence du parti-État ont limité l’émergence d’une vie politique autonome.

Surtout, les bénéfices de cette modernisation n’ont pas été distribués de manière équitable. Une partie importante de la population est demeurée exclue des circuits de décision, de l’accès aux opportunités économiques et de la redistribution des richesses. La concentration progressive des ressources entre les mains d’une bourgeoisie urbaine et de groupes proches du pouvoir a nourri un sentiment durable de relégation.

Pour les catégories populaires, les régions de l’intérieur et les groupes éloignés des réseaux administratifs ou politiques, cette exclusion a fini par anéantir l’espoir d’un changement accessible par les voies ordinaires. Lorsque les institutions ne permettent pas l’expression de la contestation, l’immobilité politique cesse d’apparaître comme une stabilité : elle devient une forme d’enfermement.

Le modèle de développement a, lui aussi, produit des déséquilibres durables. Il a favorisé le littoral, Tunis et les zones intégrées au tourisme ou à l’industrie, tandis que de nombreuses régions de l’intérieur demeuraient à l’écart des investissements, des infrastructures et des opportunités.

L’État s’est renforcé sans que cette puissance s’accompagne d’un contrôle citoyen véritable, d’un équilibre territorial durable ou d’un renouvellement suffisant des élites capables de démocratiser le pays et le rendre équitable. Une partie des fragilités actuelles se trouve dans cette contradiction : un appareil étatique relativement fort, mais une société longtemps privée des moyens de participer à la définition et au contrôle de l’action publique.

La stabilité comme façade

Le régime de Zine El-Abidine Ben Ali a prolongé cette architecture tout en la durcissant. Il a entretenu l’image d’un pays stable, ouvert aux investissements et tourné vers la croissance. Une partie de la population a effectivement connu une amélioration de ses conditions matérielles, particulièrement dans les grands centres urbains et les secteurs liés au tourisme, aux services ou à l’exportation.

Mais cette stabilité reposait sur des fondations fragiles. L’économie demeurait dépendante de secteurs exposés et insuffisamment créateurs de valeur et d’emplois. L’accès aux marchés, aux autorisations, au crédit et aux opportunités économiques était souvent conditionné par la proximité avec le pouvoir.

Cette confiscation des opportunités a progressivement atteint des proportions inédites. Une étude de la Banque mondiale a montré que 220 entreprises liées au clan présidentiel, qui représentaient moins de 1 % de l’emploi salarié, captaient à elles seules 21 % des profits du secteur privé tunisien entre 1996 et 2010 – une emprise économique qui s’étendait aux secteurs les plus stratégiques du pays. Cette concentration des richesses réduisait considérablement l’accès des entrepreneurs et des citoyens aux ressources et aux opportunités économiques. Le népotisme, le clientélisme et la corruption ne relevaient donc pas de pratiques marginales : ils participaient au fonctionnement même du système.

La répression empêchait, quant à elle, les frustrations sociales, professionnelles et territoriales de trouver une expression politique organisée. Le soulèvement de 2010-2011 n’a donc pas surgi d’un vide. Il a rendu visibles des tensions accumulées pendant des décennies.

La promesse inachevée de 2011

La révolution a ouvert un espace politique inédit. Elle a rendu possibles le pluralisme, la liberté de parole, les élections compétitives et l’émergence d’une société civile plus active. Mais elle n’a pas effacé l’héritage administratif, économique et social du passé. Les gouvernements successifs ont dû composer avec un État fragilisé, des disparités régionales profondes, une économie traversée par les rentes et les privilèges, ainsi qu’une administration peu préparée à une transformation politique de cette ampleur.

L’après-2011 a produit ses propres impasses. L’incompétence de plusieurs responsables, la persistance de pratiques clientélistes, l’incapacité à contenir la corruption et les calculs partisans ont largement affaibli la confiance publique. Trop souvent, l’action gouvernementale a été soumise aux coalitions précaires, aux rivalités d’appareil et aux intérêts de court terme. Les ambitions individuelles et les manœuvres partisanes ont pris le pas sur la construction de compromis durables et sur la préparation de réformes indispensables.

La démocratie a permis à des problèmes longtemps étouffés de s(exprimer. Elle n’a pas toujours permis de les traiter avec la cohérence, la continuité et la compétence nécessaires.

L’autoritarisme n’est pas une solution

Il serait pourtant trompeur de présenter ces défaillances comme la démonstration que l’autoritarisme constituerait une réponse plus efficace. Les régimes autoritaires peuvent imposer le silence, accélérer parfois certaines décisions et donner une impression d’ordre. Mais ils empêchent aussi la correction des erreurs, favorisent les réseaux de loyauté au détriment du mérite et concentrent les responsabilités jusqu’à rendre les institutions dépendantes d’un cercle étroit et souvent corrompu.

Une stabilité qui ne repose ni sur l’équité territoriale, ni sur des institutions solides, ni sur le respect des droits et libertés, ni sur une économie ouverte aux compétences et aux investisseurs demeure une stabilité précaire. Elle peut durer tant que la répression contient les tensions ; elle ne les résout pas.

La nostalgie de l’ordre oublie souvent le prix de cet ordre : l’absence de transparence, l’étouffement du pluralisme, la confiscation des libertés et des opportunités, et l’impossibilité de demander des comptes à ceux qui gouvernent.

Le pouvoir sans projet

La situation actuelle confirme la nécessité de dépasser les oppositions simplistes entre le passé autoritaire et les désillusions de la transition. Le pouvoir en place semble répondre aux transformations du monde contemporain avec des réflexes hérités d’une autre époque : concentration du pouvoir, verticalité de la décision, méfiance envers les contre-pouvoirs, suspicion à l’égard de l’expertise et conception défensive de l’État-citadelle.

La Tunisie doit pourtant affronter des mutations technologiques, climatiques, financières et géopolitiques rapides. Elle doit retenir ses compétences, attirer des investissements, créer des emplois qualifiés, moderniser ses services publics et restaurer la confiance dans les institutions. Gouverner ne peut plus consister à reconduire des logiques dépassées ni à présenter l’État comme un instrument fermé, centralisé et entièrement soumis à la volonté d’un seul pouvoir.

La Tunisie ne se relèvera ni par la nostalgie ni par la répétition des recettes qui l’ont conduite à l’impasse. Elle ne pourra pas davantage sortir de la crise sous un pouvoir qui reconduit, en les aggravant, certains défauts des régimes antérieurs. À cette dérive s’ajoute une faiblesse plus préoccupante encore : l’absence d’un projet lisible pour répondre aux urgences concrètes du pays et aux transformations du monde.

Une présidence à rééquilibrer

La Constitution de 2022 – élaborée sans véritable consultation – a renforcé les prérogatives du président de la République et réduit les mécanismes de partage et de contrôle qui limitaient auparavant la concentration du pouvoir. Cette architecture institutionnelle pose une question centrale : comment préserver la responsabilité démocratique lorsque l’essentiel de l’orientation politique, de la nomination du gouvernement et de l’arbitrage institutionnel dépend d’un seul centre de décision, dans un système où les contre-pouvoirs sont fortement affaiblis et où la souveraineté populaire est réduite à un principe proclamé plutôt qu’à une réalité institutionnelle ?

Le problème ne réside pas seulement dans la personne qui occupe la fonction présidentielle ; il est aussi, et peut-être surtout, institutionnel. Un système qui personnalise à l’excès le pouvoir nourrit l’illusion de l’homme providentiel et affaiblit les corps intermédiaires – partis, syndicats, associations, médias, justice, collectivités locales – qui devraient structurer la vie politique et contrôler l’exécutif.

La question du mode de désignation du chef de l’État mérite donc d’être posée. Une démocratie parlementaire renforcée pourrait envisager une désignation encadrée du président et des prérogatives clairement délimitées, afin de rompre avec une tradition présidentielle autocratique qui se reproduit de manière récurrente, à la satisfaction de certains acteurs. Car il est sans doute plus confortable d’avoir un interlocuteur unique, qu’il est possible de mettre sous pression, que d’avoir affaire à un ensemble d’institutions autonomes qui se partagent le pouvoir et se contrôlent mutuellement.

Une telle réforme devrait toutefois tirer les leçons de la fragmentation parlementaire de la décennie 2011-2021 : la simple désignation du chef de l’État ne suffira pas sans un mode de scrutin propice à des majorités stables et sans une réelle discipline de coalition.

Enfin, cette réforme ne prendrait tout son sens que dans le cadre d’un ensemble plus large : une justice indépendante, un Parlement doté de véritables pouvoirs de législation et de contrôle, une administration professionnelle et impartiale, des collectivités locales autonomes et des mécanismes de contrôle accessibles aux citoyens.

Ne pas confondre mémoire et réhabilitation

Critiquer les échecs de la transition démocratique, comme les impasses du présent, est indispensable. Mais cette critique ne doit pas devenir une réhabilitation du passé autoritaire.

Les acquis de l’histoire tunisienne – l’État, l’école, la protection sociale et l’émancipation juridique des femmes – méritent d’être préservés et approfondis. En revanche, l’opacité, le centralisme, les privilèges, la dépendance économique, l’exclusion sociale et l’étouffement du pluralisme doivent être identifiés pour ce qu’ils sont : non pas des garanties d’ordre, mais une part des causes de la crise actuelle et de l’affaiblissement de la conscience et de la participation citoyennes dans la vie politique.

La Tunisie aura besoin d’un État plus compétent, mais aussi plus ouvert ; plus exigeant, mais plus juste ; plus stratégique, mais moins captif des intérêts particuliers. Surtout, elle devra rendre à la compétence, à l’intégrité et à l’action publique leur place centrale. C’est à cette condition seulement qu’elle pourra sortir du face-à-face stérile entre la nostalgie d’un passé idéalisé et l’impuissance d’un présent sans cap.

 Docteur en politiques publiques.

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Les leçons de la résistance iranienne ?

01. September 2026 um 07:01

Nous pensons que la division bien connue du monde entre «pays sous-développés» et «pays développés» s’est vue remise en question dans une certaine mesure par l’Iran depuis le 28 février 2026, date de l’agression que cette nation a subie de la part des États-Unis et d’Israël.

Jamila Ben Mustapha *

Cette guerre qui vient de reprendre après un mois de cessation des hostilités et dont personne ne peut prévoir l’évolution, est l’occasion d’examiner la réaction respective de chacune des deux parties, la première appartenant plutôt au Tiers-Monde et les seconds se situant parmi les Etats puissants.

Ce conflit a mis aux prises deux camps, l’un, l’agresseur, ayant usé de la force brutale du bombardement systématique, et l’autre ayant supporté stoïquement ces frappes sans s’effondrer.

On a attribué, à ce propos et jusque-là, la victoire à l’Iran rien que par le fait que, devant le déchaînement de tant de moyens de destruction et de violence, ce pays a pu tenir et ne pas se déliter. Mais il ne s’est pas contenté seulement d’y faire face, son attitude constante ayant été d’y répondre coup pour coup en appliquant l’affirmation biblique «œil pour œil, dent pour dent».

En effet, il a fracassé l’alliance entre les pays du Golfe et les USA en s’attaquant aux bases américaines sur le sol des premiers, puis s’est attribué le contrôle du détroit d’Ormuz, qui contrôle le passage de 20% du pétrole mondial, en interdisant tout passage de bateaux sauf pour ses alliés, ce qui est en train de nuire gravement à l’économie de la plupart des pays du monde.

Le bienfait de la résistance iranienne

Quant à la réaction internationale vis-à-vis de cette guerre, plutôt que de condamner les pays clairement attaquants que sont Israël et les États-Unis, certains médias occidentaux se sont crus obligés de souligner le caractère non démocratique du pays attaqué, mêlant ainsi volontairement deux domaines qui n’ont aucun lien l’un avec l’autre.  

En effet, il y a à distinguer la volonté d’indépendance d’une nation, dont personne ne peut contester la légitimité, de son régime qui est une affaire interne et ne regarde que son peuple. 

Le bienfait psychologique de cette résistance iranienne est énorme sur les pays dits sous-développés, et aura probablement un effet prolongé, durable et, espérons-le, irréversible si elle continue à pouvoir se maintenir. Il est temps, en effet, que soit remis en question le mépris que vouent les États puissants aux États faibles, et particulièrement, aux États musulmans.

L’ancienne Perse inaugure ainsi une nouvelle époque qui rend possible la renaissance de l’espoir pour les représentants du Sud global ; ces derniers voient, en effet, se profiler devant eux une ère de rupture avec le sentiment d’infériorité, d’impuissance et le mépris de soi où ils se trouvaient cantonnés.

Par ailleurs, cette attaque non justifiée a eu des effets imprévus, contraires aux prévisions des pays attaquants.

Elle a entraîné des frictions entre les deux alliés Israël et les USA, quant à la gestion du conflit dans le futur.

Elle a provoqué la montée de la critique mondiale d’Israël qui a poussé les États-Unis à cette agression : c’est ainsi, par exemple, que la jeunesse américaine est actuellement propalestinienne dans sa majorité.

Elle a montré aux pays du Golfe que les bases américaines détruites au cours de la guerre par l’Iran, loin de les protéger, ont eu un effet exactement inverse puisqu’ils se sont trouvés, malgré eux, mêlés au conflit.

Elle a renforcé l’unité nationale d’un pays en crise alors que les agresseurs, au contraire, croyaient pouvoir mettre son régime à bas, assimilant de façon tout à fait simpliste et erronée l’Iran au Venezuela.

Face à la force brute, l’intelligence et la stratégie

En plus de vouloir éliminer l’un des très rares pays musulmans qui tient encore debout, on ne peut qu’être scandalisé aussi quand on pense que cette dernière guerre s’est faite aussi pour des raisons personnelles concernant les deux principaux chefs des pays agresseurs : pour le Premier ministre israélien, elle lui permet de perdurer au pouvoir et d’échapper à la justice de son pays par une guerre. Pour le président américain, ce conflit lui est utile car il fait passer au second plan son implication possible dans l’affaire Epstein et autres scandales de népotisme et de corruption.

Quant à l’Iran, fermant un détroit dont est en train de pâtir toute la planète, il s’élève au rang d’une nation redoutable qui savait depuis longtemps qu’elle allait être attaquée, qui s’est préparée au combat et a su remplacer la puissance brute qu’elle n’a pas par l’intelligence et la stratégie, action peu étonnante au vu de sa glorieuse histoire.

* Ecrivaine.

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Dr. Jalel Eddine Ziadi, Directeur Général du centre national pour la promotion de la transplantation d’organes (CNPTO) :  l’adhésion des familles tunisiennes constitue un élément déterminant dans le développement du don d’organes

Von: farhat
31. August 2026 um 09:00

Le Temps.news : Combien d’opérations ont été effectuées en 2026 (transplantations d’organes et greffes de cornées) ? Combien de transplantations rénales, hépatiques et cardiaques ont été réalisées ?

Jalel Ziadi Le Centre National pour la Promotion de la Transplantation d’Organes (CNPTO) a enregistré, au cours des derniers mois, une évolution notable de l’activité de don et de transplantation d’organes en Tunisie. Entre le mois d’avril et le 15 août 2026, 12 donneurs décédés ont permis la réalisation de 33 opérations de transplantation au bénéfice de 33 patients, dont 6 enfants d’avril au 15 Août 2026  dont 24 rénales, 6  cardiaques et 3 hépatiques. Ces résultats traduisent une amélioration de l’activité de transplantation et témoignent de la mobilisation des différents acteurs impliqués dans la chaîne du don et de la greffe.Cette évolution s’accompagne également d’une augmentation du nombre de familles acceptant le don d’organes après le décès d’un proche. L’adhésion des familles constitue un élément déterminant dans le développement du don et représente le résultat d’un travail continu d’information, de sensibilisation et d’accompagnement lors des situations de mort encéphalique permettant un prélèvement. Les transplantations réalisées ont été rendues possibles grâce à une coordination étroite entre les équipes médicales et paramédicales, les établissements de santé, les structures administratives ainsi que les différents intervenants du processus. Cette organisation multidisciplinaire est essentielle pour assurer l’identification des donneurs potentiels, l’évaluation des organes, leur prélèvement, leur attribution et leur transplantation dans les meilleures conditions.

Comment évaluez-vous le système de transplantation d’organes en Tunisie ?

La Tunisie dispose de l’une des histoires médicales les plus riches du continent africain et du monde arabe en matière de greffes. Pourtant, derrière la maîtrise technique remarquable des équipes chirurgicales, le système de transplantation d’organes fait face à un défi persistant : le manque criant de greffons issus de personnes décédées.

L’aventure de la transplantation en Tunisie s’inscrit dans une longue tradition de l’innovation :

  • 1948 : Première greffe de cornée.
  • 1986 : Première greffe rénale.
  • 1993 : Première transplantation cardiaque, suivie ultérieurement par la greffe du foie et des

cellules hématopoïétiques.

Cette activité est placée sous l’égide du Centre National pour la Promotion de la Transplantation d’Organes (CNPTO), créé en 1995, qui régule cette discipline et est notamment chargé de proposer les modalités pratiques de prélèvement, de conservation, de transport et de greffe d’organes humains , de promouvoir le don d’organes en participant à l’information et à la sensibilisation du public, en collaboration avec les associations concernées, participer à la formation du personnel médical et paramédical impliqué dans la transplantation d’organes , tenir un registre central sur lequel sont inscrites les personnes dont l’état de santé nécessite une greffe d’organes  et attribuer les greffons aux personnes dont l’état de santé l’exige en fonction d’un algorithme informatique appelé score d’attribution, garantissant l’équité des chances entre tous les citoyens.

Malgré les efforts déployés dans ce domaine, le fossé entre les besoins des patients et le nombre de transplantations réalisées continue de se creuser. Certes, les compétences médicales et paramédicales sont parfaitement établies, mais la principale limite du système tunisien réside au sein de la société : la réticence des familles au moment du décès d'un proche reste le principal obstacle. Le manque de dialogue intra-familial de leur vivant conduit la plupart des familles à refuser le prélèvement sous le coup de l’émotion ou par crainte de porter atteinte à l’intégrité du corps du défunt.

Face à ces enjeux, la relance des campagnes de sensibilisation et la modernisation des réseaux de prélèvement dans les hôpitaux publics apparaissent comme les seules voies pour permettre à la Tunisie d’exploiter pleinement le potentiel de son appareil médical et de sauver des centaines de lives supplémentaires chaque année.

 Pensez-vous que la loi n° 91-22 du 25 mars 1991, relative au prélèvement et à la greffe d’organes humains, permet de sauver les personnes en attente de greffe ?

La loi n° 91-22 du 25 mars 1991 a posé un socle juridique et éthique solide en Tunisie. Elle a permis de sauver des milliers de vies depuis sa promulgation. Toutefois, son efficacité reste limitée par d’importants obstacles pratiques et sociétaux.Les fondements majeurs de cette loi sont la sécurisation du cadre légal et éthique : Elle encadre strictement le don d’organes selon les principes d’anonymat, de gratuité et de bénévolat, interdisant tout commerce ou trafic d’organes.La consécration de la mort encéphalique  permet le prélèvement d’organes sur des personnes décédées en état de mort cérébrale (donneur cadavérique), condition indispensable pour prélever des organes vitaux comme le cœur, le foie ou les poumons.L’encadrement du don entre vivants  protège le donneur vivant (ex. greffe rénale) grâce à une procédure rigoureuse : donneur majeur jouissant de ses capacités mentales, consentement éclairé devant le tribunal et examen psychiatrique.

Malgré ce texte avant-gardiste à son époque, les listes d’attente ne cessent de s’allonger en raison d’une pénurie sévère d’organes, qui s;explique par  veto familial : Bien que la loi repose en théorie sur le principe du consentement présumé (tout citoyen est présumé donneur sauf refus exprimé de son vivant), l’article 3 exige la non- opposition de la famille proche (conjoint, enfants, parents). En pratique, le refus des familles au moment du décès demeure extrêmement élevé. La réticence de la population face au prélèvement sur cadavre découle souvent d’idées reçues et de blocages culturels.

Pour que le cadre légal permette d’épargner davantage de patients en attente de greffe, plusieurs réformes sont régulièrement évoquées par les experts de santé, notamment la révision de l’application du consentement présumé en clarifiant la loi pour éviter que l’opposition familiale ne prévale sur une volonté individuelle préalable (ex. mention officielle sur la carte d’identité).

 Quelle analyse pouvez-vous faire sur ces taux très bas et sur les réticences des donneurs potentiels ?

Malgré des avancées techniques réelles de la part des équipes de transplantation, la Tunisie fait face à un sous-emploi structurel de son potentiel de prélèvement sur donneurs en état de mort cérébrale(seule une minorité des cas de mort cérébrale identifiés en réanimation aboutit à un prélèvement

effectif). Les freins et réticences majeurs s’expliquent par plusieurs facteurs combinés : l’opposition familiale : C’est  l’obstacle principal au moment du deuil. Les considérations religieuses et éthiques : Bien que les instances religieuses tunisiennes et internationales aient clairement établi l’;innocuité et la noblesse du don d’organes au nom de la préservation de la vie, des croyances populaires erronées concernant le respect de l’intégrité du corps du défunt continuent de freiner les décisions (bien que ces considérations soient de moins en moins évoquées).Le  déficit de communication est préalable . La majorité des citoyens ne fait pas connaître son choix(mention « Donneur » sur la carte d’identité nationale ou discussion explicite en famille). En l’absence de directive claire laissée par le défunt, les proches préfèrent s’abstenir par prudence moralisatrice. L’;annonce de la mort cérébrale et la demande de prélèvement nécessitent une formation ciblée à la relation d’aide et au dialogue en réanimation.

Combien de malades ont besoin actuellement de greffe d’organes vitaux (cœur, foie, poumon, rein) ou de cornée en Tunisie ?

La liste d’attente des patients insuffisants rénaux chroniques nécessitant une transplantation compte actuellement environ 1 600 personnes. Pour le cœur et le foie, une cinquantaine de personnes sont inscrites sur les listes d’attente actives.La liste d’attente pour la greffe de cornée  dépasse 1 700 patients.Ce chiffre d’une cinquantaine de patients inscrits pour le cœur, le foie ou le poumon ne reflète pas l’absence de besoin, mais constitue un biais de mortalité précoce. En l’absence d’organes disponibles et d’alternatives de suppléance au long cours (contrairement à la dialyse pour le rein), un grand nombre de patients en défaillance cardiaque ou hépatique aiguë décèdent dans un délai inférieur à un an avant d’avoir pu être inscrits durablement ou greffés.

L’écart entre le nombre de patients en attente et le nombre de transplantations réalisées chaque année demeure un enjeu majeur. Pour certains patients, l’attente peut se prolonger pendant plusieurs années, avec un risque de perte de chance et de décès avant l’accès à la transplantation. Le développement durable de la transplantation repose ainsi sur l’amélioration de l’ensemble de la chaîne du don, depuis l’identification précoce des donneurs potentiels jusqu’à l’accompagnement des familles et à la réalisation des greffes. Le renforcement de la sensibilisation de la population, la formation des professionnels de santé et l’amélioration continue de la coordination entre les différents intervenants constituent des leviers essentiels pour répondre aux besoins croissants des patients.

Comment sensibiliser et informer sur le processus de transplantation et de greffe? Quelles sont les actions que vous entreprenez au sein de votre centre national pour la promotion de la transplantation d’organes ?

Le projet de greffe d’organes n’est pas uniquement un projet de santé, mais un projet sociétal faisant intervenir l’ensemble des composantes de la société. De ce fait, la sensibilisation doit être variée et cibler différents axes : la sensibilisation du grand public  à travers  tout le territoire national et  l’organisation d’événements grand public à fort impact (ex. « Les Foulées Vertes »). Des actions ciblées  doivent toucher le  milieu  scolaire et universitaire  avec une sensibilisation au niveau des écoles et des universités afin d’introduire dans les manuels éducatifs l’importance du don, d’entraide et d’aide d’autrui. Les campagnes audiovisuelles et médias dédiés au don d’organes. sont importantes . Il faudrait impliquer les  guides spirituels et promouvoir  le discours d’entraide et le don d’organes lors des prêches du vendredi dans les mosquées. La société civile doit être impliquée avec l’ Organisation de rencontres et de séminaires associant professionnels de santé, juristes, théologiens et associations civiles (notamment le Croissant-Rouge tunisien, le mouvement des Scouts et les associations de patients greffés) sans oublier l’ incitation des citoyens à exprimer leur choix de leur vivant en faisant apposer la mention « Donneur » sur leur Carte d’Identité Nationale (CIN)lors de sa délivrance ou de son renouvellement auprès des services de la sécurité nationale, et surtout à en discuter ouvertement en famille

                               Kamel Bouaouina

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Tunisie | Une mise sous tutelle onusienne temporaire ?

31. August 2026 um 07:30

La Tunisie étant incapable de s’administrer correctement, faudrait-il un mandat du type SDN ou de tutelle, type Onu, en assurant temporairement la gestion ?

Faïk Henablia *

Le plus grave et le plus inquiétant dans cet état de délabrement atteint par le pays est l’absence totale de perspective d’amélioration en raison du déni dont font preuve les autorités, préférant incriminer, encore et toujours on ne sait quel complot.

Un pays non géré 

Faut-il être atteint de cécité pour ne pas se rendre compte de l’incompétence au sommet de l’État ? 

Rares sont les domaines dans lesquels celle-ci ne se manifeste pas, que ce soit dans l’impuissance à protéger les frontières et à contenir l’invasion des immigrés illégaux Sub-sahariens, dans l’incapacité de fournir un système correct d’éducation et de santé publiques, dans celle de contenir une inflation galopante, dans celle de maintenir un minimum de propreté environnementale ou sur la voie publique et, maintenant, dans celle de tout simplement fournir un débit correct d’eau et d’électricité au pays.

Un déni officiel de la réalité

Face à cette situation peu reluisante, et plutôt que de prendre le problème à bras le corps, en présentant au pays un plan d’action convaincant en vue de le traiter, apparitions présidentielles nocturnes et quasi spectrales, çà et là, mises à part, le pouvoir oppose le déni de la réalité, fustigeant, encore et toujours, on ne sait quel complot, naturellement ourdi par «ceux que vous savez» en vue de déstabiliser le pays. Pour lui il n’y aurait pas pénurie d’eau minérale et les coupures d’eau et de courant seraient préméditées, (encore heureux qu’elles le soient, cela s’appelle des délestages et vise à prévenir une panne généralisée). 

Quelque regrettable que soit l’attitude de certaines élites, pas loin de partager ce point de vue, le pire n’est pas là ; il est dans l’absence totale de perspective d’amélioration que cette attitude de déni laisse entrevoir car pourquoi résoudre un problème s’il n’existe pas ?

Autrement dit, circulez, il n’y a rien à voir.

Comment sortir du blocage ? 

A l’issue de la première guerre mondiale, la SDN avait confié à des puissances coloniales des mandats d’administration sur des territoires «non encore capables de se diriger eux-mêmes»

Cette disposition a été reprise par les chapitres XII et XIII de la charte de l’Onu, relatifs au régime international de tutelle. Si ce type de tutelle a été suspendu, sa mission historique dans certains territoires africains et du pacifique, achevée, l’Onu n’en a pas moins, parfois, administré des territoires de façon temporaire, l’exemple le plus récent étant celui du Kosovo.

Si la Tunisie a été, jusqu’à un passé récent, fort capable de s’administrer, et parfois avec brio, force est de constater, non seulement qu’elle ne l’est plus, mais, plus grave, qu’elle n’entend pas l’être, car comment, alors, interpréter autrement cette attitude de déni systématique, ce refus de reconnaître la plongée sans fin vers les abîmes ?

Que les détenteurs du pouvoir se rassurent, une tutelle temporaire ne vaudrait que pour la gestion économique et n’affecterait nullement leur repos bien mérité au sommet de l’État, à moins que cette suggestion, bien entendu, en forme de boutade, ne serve à les réveiller afin de s’atteler sérieusement au redressement du pays. 

* Ex-gérant de portefeuille. 

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D’une pénurie, l’autre | L’esprit en bouteille, ou la peur soluble dans l’eau

30. August 2026 um 11:01

Cette dernière semaine a fourni l’occasion au descendant superficiellement arabisé du punico-berbère délesté de son latin et résidant dans ce merveilleux pays qu’est la Tunisie l’occasion d’étaler toute l’ampleur de son immense impatience face à la soif dont il s’est cru la cible avec la crise de la distribution de l’eau minérale.

Dr Mounir Hanablia *

On a vu des gens à l’aube transborder (avec inquiétude) d’un véhicule à l’autre de précieux chargements, comme des trafiquants de drogues. Queues devant les grossistes, nervosité exacerbée frisant l’agressivité, camions pris d’assaut (selon le Facebook) , voitures stationnées gênant la circulation normale, policiers surveillant la distribution de la désormais précieuse denrée enrobée de plastique, exposée à la canicule à un moment ou à un autre de son périple, au lieu de remplir d’autres missions plus conformes à leurs qualifications, émeutes supposées être de la soif relayées par le facebook, et dont comme d’habitude il est difficile de déterminer le quand, le comment et le où.

Ce n’est pas la première fois que la société de Mark Zuckerberg fournit si on peut dire de l’eau au moulin de ses détracteurs. On avait déjà évoqué son rôle dans le déclenchement de la Révolution du Jasmin. Récemment elle a été condamnée à payer 17 milliards de dollars en dommages et intérêts pour avoir induit des addictions chez les adolescents en Amérique, autant dire une broutille par rapport à ce que la société était prête à débourser (1,4 trillions $) ou ce que les parties lésées réclamaient (600 milliards $). Quant à son implication par des appels au meurtre dans l’assassinat d’un éthiopien altermondialiste, il est douteux que la célèbre société Meta consente un jour à se soumettre à la subpoena des juges d’Addis Abeba.

Un consumériste dangereux et déraisonnable

Mais à la décharge du milliardaire américain, c’est depuis les émeutes du pain de 1984, bien avant les réseaux sociaux, que le Tunisien est apparu comme un consumériste dangereux et déraisonnable. Dangereux parce qu’il n’hésite pas à risquer sa propre vie ou celles des autres dès lors qu’il estime la satisfaction d’un besoin primaire menacée. Déraisonnable parce que s’il risque sa vie pour l’eau (minérale) et le pain alors qu’il n’a jamais connu la famine ou la soif qui tuent massivement, il n’est jamais descendu dans la rue pour s’opposer aux hausses bien plus importantes grevant son pouvoir d’achat, ou bien pour manifester contre tout l’arsenal législatif et judiciaire l’empêchant dans ce cas précis d’exprimer son mécontentement afin d’en obtenir la révision.

Le citoyen a fait place nette face au consommateur, mais un consommateur finalement conciliant parce que primaire, dont les revendications sont facilement satisfaites.

Ainsi le retour des packs d’eau minérale sur les étals fait-il oublier au citadin celui bien plus préoccupant de la sécheresse qui n’est vécu qu’à l’échelon local, celui des régions et des campagnes.

Cela dit, on a eu depuis la canicule des pannes (graves) du réseau électrique, induisant des dégâts matériels importants chez les particuliers, en plus de la souffrance physique indéniable infligée aux personnes les plus vulnérables.

On a également des coupures d’eau qui dans certaines régions tournent au rationnement pur et simple, l’eau disponible ne pouvant plus couvrir les besoins des habitants. Cela devrait constituer l’une des principales préoccupations de l’État.

Depuis les années 90, de nombreuses études situent le Maghreb sinistré dans la zone appelée à connaître une pénurie durable de l’eau potable. Pourtant aucun gouvernement, à commencer par celui de Ben Ali auquel on continue de se référer comme un âge d’or, n’a jamais pris les mesures nécessaires pour faire face à ce problème. Il n’y a pas eu d’investissement dans le dessalement de l’eau de mer, pas de créations notables de centrales photovoltaïques dans un pays qui ne manque ni de côtes ni de soleil. Le résultat en est que nous avons atteint une nouvelle côte, celle de l’alerte.

Pourtant, dire que ce que nous avons vécu n’est pas étrange serait une contre-vérité. En Tunisie, les quartiers populaires s’estiment victimes de la soif dès lors que les magasins d’eau minérale n’y sont pas approvisionnés, et il ne viendrait à l’idée de personne de simplement consommer l’eau du robinet, au moins momentanément, après l’avoir fait bouillir pour y adjoindre une goutte de javel.

A l’inverse, dans certains quartiers huppés, il n’est pas rare en pleine canicule de voir l’eau du lavage des voitures ou de l’arrosage ruisseler le long des pentes. Prétendre que ces consommateurs-là paient leur eau plus chère, ne résout pas le problème, qui est d’assurer une répartition raisonnable de cette précieuse denrée entre tous les habitants, et non pas de taxer le vice.

Une population facilement manipulable

Mais l’impression diffuse, c’est qu’il y a effectivement un complot, ou plus précisément une répétition générale. Comment expliquer autrement cette grève inopinée des distributeurs d’hydrocarbures immédiatement répercutée par une radio privée et qui a provoqué la panique et la pénurie dans les stations service ? Mais de quel complot s’agirait-il, alimenté par les propos d’un opposant de salon s’obstinant depuis l’étranger à se présenter sur fond de drapeau national, comme le sauveur de la patrie et surfant sur la vague de la pénurie, ou d’un ancien ambassadeur, pour qui l’ennemi, c’est le pays voisin qu’il conviendrait de tenir par la jugulaire ? Ce serait plutôt celui tendant à habituer une population facilement manipulable aux véritables privations de toutes sortes qui l’attendent, et dont la pénurie factice d’eau minérale, désormais disponible dans les grandes surfaces, ne serait que la répétition générale de celle qui se dessine déjà et qui frapperait les denrées alimentaires et les produits de première nécessité.

On habituerait ainsi la population à une économie de guerre désormais inévitable avec la fermeture du détroit d’Ormuz. On l’habituerait ainsi à la soif, à petites gorgées. Or, depuis des décennies, le peuple tunisien n’a survécu qu’à la peur, celle du dictateur, puis du gendarme, du terroriste, et enfin de l’Africain et du grand remplacement. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Un peuple peut vaincre ses phobies et accepter les privations de toutes sortes pour peu qu’il sache où on veut le mener.

Ainsi les Iraniens ont-ils accepté 50 ans d’embargo parce qu’au bout se profilait le contrôle sur le détroit, et par voie de conséquence, sur l’économie mondiale.

De même la population tunisienne, qui s’est comportée comme cette poussière d’individus selon l’expression de Bourguiba, pour peu qu’on daigne le lui expliquer, accepterait probablement des décennies de faim et de soif si au bout du compte apparaissait un projet de production permanente d’eau douce et d’énergie à bas prix à partir de la mer et du soleil, qui garantirait la survie du pays. Au lieu de voir des gouvernements se succéder depuis des décennies et procéder au coup par coup par tâtonnements avec un pire toujours à venir.    

* Médecin de libre pratique.

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