Tourisme méditerranéen : des gagnants et des perdants de la guerre en Iran
Entre annulations massives, flambée des prix du carburant et fermetures d’espaces aériens, le conflit iranien fait vaciller l’économie touristique de toute la Méditerranée orientale. Chypre, la Grèce, la Turquie et l’Égypte paient un lourd tribut. Tandis que l’Espagne et Malte profitent d’un report inattendu des flux de voyageurs.
La guerre qui embrase l’Iran n’épargne pas le secteur touristique méditerranéen. Alors que les combats s’intensifient, les répercussions se font sentir jusqu’aux côtes chypriotes, grecques et égyptiennes. En quelques semaines, la confiance des voyageurs s’est effondrée, les vols ont été annulés par milliers, et les prix du kérosène ont explosé, plongeant une partie de la région dans une crise inédite.
Chypre, territoire le plus touché
L’île de Chypre, située à moins de 300 kilomètres des côtes libanaises et syriennes, paie le plus lourd tribut. Selon un rapport de l’Association des hôteliers publié par le site ThePrint le 26 mars, le taux d’annulation des réservations de courte durée a atteint 100 % au lendemain des premières frappes, avant de retomber autour de 45 % quelques semaines après.
La Banque centrale de Chypre a déjà revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026, passant de 3,0 % à 2,7 %, en citant explicitement l’impact de la guerre.
La Grèce et la Turquie sur la corde raide
En Grèce, Aegean Airlines, la première compagnie du pays, enregistre une baisse à deux chiffres des réservations pour l’été. Même tendance en Turquie, où les hôteliers d’Antalya et d’Izmir voient les précommandes fondre. « Les clients nordiques et américains se reportent vers l’ouest. Ils ont peur d’un embrasement régional », explique Melih Özbek, consultant en tourisme à Istanbul.
Les deux pays, dont l’économie dépend fortement des recettes estivales, redoutent une saison blanche. Le ministre grec du Tourisme a annoncé la semaine dernière un plan d’aide d’urgence de 50 millions d’euros pour les petites îles de l’Égée orientale.
L’Égypte asphyxiée par la hausse des billets d’avion
En Égypte, le problème est différent mais tout aussi grave : la flambée du prix du pétrole rend le voyage inabordable. Le baril de Brent a franchi à nouveau le seuil des 110 dollars, du jamais-vu depuis juillet 2022. Résultat : les tarifs aériens vers Charm el-Cheikh et Le Caire ont bondi de plus de 200 %, selon le site 22-med.com. « Les familles européennes qui venaient passer une semaine à la mer Rouge renoncent. Le billet d’avion coûte désormais plus que le séjour », déplore Samir Fawzi, directeur d’une agence au Caire.
L’occupation hôtelière a chuté de 20 à 25 % par rapport à l’année dernière, selon la fédération égyptienne du tourisme.
Des gagnants inattendus : le Maroc et la Tunisie comme destination de repli
Toute crise crée des opportunités. La Méditerranée occidentale profite pleinement du mouvement de repli. L’Espagne enregistre une hausse notable des réservations en provenance du Royaume-Uni, d’Allemagne et de France. Malte tire également son épingle du jeu, vantant sa neutralité et sa sécurité.
Le conflit profite toutefois à certains pays d’Afrique du Nord qui deviennent des destinations de substitution : le Maroc et la Tunisie sont cités parmi les destinations qui attirent les voyageurs initialement destinés au Moyen-Orient.
Par ailleurs, l’aéroport d’Istanbul, lui, se positionne comme une plaque tournante alternative au Golfe. « Le trafic de transit vers l’Asie et l’Europe emprunte désormais la route du Bosphore », constate un analyste du cabinet OAG.
Selon le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC), le conflit coûte chaque jour 550 millions d’euros de recettes touristiques au seul Moyen-Orient. Un manque à gagner que la Méditerranée orientale commence à mesurer, angoisse après angoisse, annulation après annulation.
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