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Gestern — 03. Juni 2026Leconomiste Maghrebin

Poulina Group Holding : une année 2025 résiliente, 2026, 2027 et 2028 pleines de promesses !

03. Juni 2026 um 17:33

Réuni mardi 2 juin en son siège pour sa communication financière, Poulina Group Holding, le groupe fondé par feu Abdelwahab Ben Ayed, a dressé le bilan d’un exercice 2025 marqué par une hausse de ses indicateurs de rentabilité, l’officialisation de projets de scission industrielle et le déploiement d’investissements d’envergure dans la transition énergétique, tout en projetant une croissance moyenne de ses revenus de 4,6% par an jusqu’à l’horizon 2028.

En guise d’introduction, le conseil d’administration du groupe écrit en caractère gras : « L’année 2025 ne doit pas être lue comme une simple succession de chiffres, mais comme le résultat d’une résilience collective. Dans un contexte complexe, nous maintenons le cap ».

Il ressort des données présentées au cours de la communication financière que, au 31 décembre 2025, Poulina Group Holding a enregistré un montant total des produits d’exploitation de 3 569,1 millions de dinars (MDT), ce qui représente une progression de 3,0% par rapport aux 3 464,9 MDT comptabilisés en 2024. Dans le détail, les revenus issus de la vente de biens et services passent de 3 447,5 MDT en 2024 à 3 559,4 MDT en 2025, affichant une croissance de 3,2%. Parallèlement, les autres produits d’exploitation, incluant les subventions, subissent un recul de 44,6%, s’établissant à 9,7 MDT contre 17,5 MDT l’année précédente.

Toujours selon le rapport, les achats de marchandises et d’approvisionnements consommés augmentent modérément de 1,5%, s’élevant à 2 229,5 MDT contre 2 196,7 MDT en 2024. Cette dynamique permet de dégager une marge brute de 1 329,9 MDT, en hausse de 6,3% comparativement aux 1 250,7 MDT de l’exercice précédent. Ainsi, le ratio de marge brute s’améliore de 1,1 point de pourcentage, s’établissant à 37,4% des revenus.

Les charges opérationnelles affichent des tendances contrastées. Les charges de personnel connaissent une hausse de 15,1% pour atteindre 308,4 MDT, contre 267,9 MDT un an plus tôt. Les autres charges d’exploitation ne sont pas en reste, puisqu’elles ont augmenté de 4,2%, s’élevant à 404,1 MDT en 2025 contre 388,0 MDT en 2024. Le résultat brut d’exploitation se fixe à 627,1 MDT, traduisant une augmentation de 2,4% par rapport aux 612,4 MDT de 2024, tandis que le ratio de résultat brut d’exploitation reste stable à 17,6% contre 17,7% précédemment.

Après constatation des dotations aux amortissements et aux provisions, qui progressent de 5,2% à 240,4 MDT, le résultat d’exploitation se stabilise à 386,7 millions de dinars tunisiens, soit une légère hausse de 0,7% sur un an par rapport aux 383,8 MDT de 2024.

Les charges financières nettes diminuent de 10,0%, retombant à 203,0 MDT contre 225,6 MDT. Les produits des placement s’élèvent à 46,4 MDT, en hausse de 1,6%. Les autres gains et pertes ordinaires, notamment liés aux cessions d’actifs, enregistrent une perte de 7,5 MDT contre 15,6 MDT en 2024, soit une réduction du déficit de 51,9%. La dotation aux amortissements du goodwill demeure inchangée à 3,4 MDT. La part du groupe dans les résultats des sociétés hors groupe affiche une augmentation importante de 139,8%, passant de 13,9 MDT à 33,3 MDT.

Le résultat des activités ordinaires avant impôt progresse de 27,0% pour atteindre 252,5 MDT. L’impôt sur les bénéfices, incluant la contribution sociale de solidarité, s’élève à 54,8 millions de dinars tunisiens contre 38,3 MDT. Le résultat après impôt s’établit ainsi à 197,7 MDT. Déduction faite de la part des minoritaires qui s’élève à 7,2 MDT, le résultat net consolidé de l’exercice s’élève à 204,9 MDT, contre 162,1 MDT en 2024, soit une croissance nette de 26,4%. Le ratio de résultat net ressort à 5,7% des revenus, en hausse de 1,1 point.

Analyse sectorielle des revenus et performances à l’export

La ventilation sectorielle des 3 559,4 MDT de revenus consolidés en 2025 montre une prépondérance des activités agroalimentaires. Ce segment génère 1 748,7 MDT, soit 42,0% des parts de l’activité du groupe. L’intégration avicole représente le deuxième pilier avec 1 148,8 MDT, soit 27,6%. Suivent le commerce et les services avec 398,9 MDT, soit 9,6% ; la transformation d’acier avec 256,6 MDT, soit 6,2% ; les matériaux de construction avec 252,7 MDT, soit 6,1% ; l’emballage avec 225,3 MDT, soit 5,4% ; le bois et les biens d’équipement avec 96,4 MDT, soit 2,3% et l’immobilier avec 33,1 MDT, soit 0,8%.

Sur le plan géographique, le chiffre d’affaires local s’établit à 3 215 MDT en 2025, contre 3 116 MDT en 2024, représentant 90% des revenus totaux. Le chiffre d’affaires à l’exportation se monte à 344 MDT en 2025, contre 331 MDT l’année précédente, soit une part de 10%. La répartition des revenus d’exportation par secteur met en évidence le poids de la transformation d’acier, qui pèse pour 40,2% des ventes extérieures. L’agroalimentaire contribue à hauteur de 33,6%, suivi de l’intégration avicole avec 15,1%, de l’emballage avec 9,6%, des matériaux de construction avec 0,9%, du commerce et des services avec 0,6%, et enfin du bois et des biens d’équipement avec 0,1%.

Le pôle export s’appuie principalement sur cinq filiales clés qui concentrent 82% du chiffre d’affaires réalisé à l’international. La société Medoil génère 138 MDT, soit 28,0% de l’export du groupe, suivie de MBG avec 115 MDT, soit 17,4%, de la marque PAF avec 97 MDT, soit 16,6% lié à l’activité étirable, de la société El Mazraa avec 61 MDT, soit 14,0% pour l’activité coproduit, et de Proinject avec 52 MDT, soit 8,1%. D’autres entités génèrent collectivement un flux complémentaire de 33 MDT, tandis que les opérations secondaires totalisent 3 MDT.

Structure financière, indicateurs de bilan et cours boursier

La dette brute globale de Poulina Group Holding s’élève à 2 303 MDT en 2025, enregistrant une baisse de 9 MDT par rapport à l’exercice précédent, un mouvement qui découle principalement de la diminution de l’encours des emprunts à long et moyen terme.

Le ratio d’endettement net sur capitaux propres se maintient à un niveau de 1,28x en 2025, marquant une stabilité parfaite par rapport à l’année 2024. Le besoin en fonds de roulement s’inscrit dans une tendance baissière continue, affichant un recul de 3% en valeur absolue et une réduction de 6 jours d’activité en équivalent jours de chiffre d’affaires, un fait attribuable à l’allègement global des stocks.

Au niveau boursier, la capitalisation boursière du groupe atteint 5 130,1 MDT au 1er juin 2026, date à laquelle le cours de l’action s’établit à 28,500 DT. Sur l’année 2026, la valeur de l’action a oscillé entre le niveau le plus haut enregistré à 28,500 DT et le plancher le plus bas fixé à 18,800 DT. Le rendement du dividende par rapport à la valeur de l’action s’élève à 2,43% pour l’année 2025 et se projette à 2,35% pour 2026. Sur une base de douze mois, la valeur de l’action Poulina Group Holding affiche une progression de 89,0%, surperformant l’indice Tunindex de la Bourse de Tunis dont la hausse s’établit à 56,8% sur la même période.

Concernant la politique de distribution des bénéfices aux actionnaires, le dividende par action proposé est fixé à 0,670 DT, matérialisant une hausse de 48,9% par rapport à l’exercice précédent. De plus, une augmentation de capital par l’incorporation de réserves est engagée, prévoyant l’attribution d’une action gratuite pour un volume de 20 actions anciennes détenues.

Développement stratégique et plan directeur des investissements

Sur le segment de la croissance externe, le groupe a finalisé l’acquisition de 45,5% des parts du groupe JMH, une opération qui lui confère une détention indirecte équivalente à 29,8% du capital de la société SAH Lilas, spécialisée dans les produits de grande consommation. Sur le plan structurel, la direction a initié le processus préparatoire visant à réaliser un spin-off, c’est-à-dire une scission, de ses activités agroalimentaires afin d’accorder à ce pôle une gestion et une évolution financière autonomes.

Le suivi historique des investissements matériels met en évidence une enveloppe globale de 230 millions de dinars tunisiens consommée en 2024 et de 188 MDT injectée au cours de l’année 2025. En 2025, la ventilation de ces dépenses physiques par secteur d’activité attribue 53 MDT aux matériaux de construction, soit 28% de la masse globale contre 78 MDT et 34% en 2024, et 52 MDT à l’intégration avicole, soit 28% contre 57 MDT et 25% en 2024. Le pôle commerce et services capte 35 millions de dinars tunisiens, soit 19% contre 16 MDT et 7% en 2024, l’agroalimentaire absorbe 27 MDT, soit 14% contre 65 MDT et 28% en 2024, l’emballage prend 12 MDT, soit 7% contre 11 MDT et 5% en 2024, la transformation d’acier s’établit à 5 MDT, soit 3% contre 2 MDT et 1% en 2024, et le secteur bois et biens d’équipement reçoit 3 millions de dinars tunisiens, soit 2%, contre 1 MDT en 2024. Ces dépenses englobent de manière essentielle des usines de briques, la réhabilitation de centres d’élevage, des biens mobiliers et du matériel de transport.

Pour la période triennale s’étendant de 2026 à 2028, le plan directeur prévoit une augmentation sensible du rythme des engagements financiers. Alors que la moyenne annuelle s’établissait à 195 MDT par an sur la période historique antérieure, elle est budgétisée à un niveau moyen de 336 MDT par an pour le cycle 2026-2028. Ces fonds cibleront prioritairement les secteurs agroalimentaire, avicole, de l’emballage, ainsi que les infrastructures photovoltaïques et les nouveaux programmes industriels axés sur le polyphos.

Le plan de développement financier à l’horizon 2028 repose sur des prévisions de croissance continue. Les revenus consolidés, établis à 3 559 MDT en 2025, sont attendus à 3 631 MDT en 2026, puis à 3 812 MDT en 2027 pour atteindre 4 079 MDT en 2028, équivalant à un taux d’évolution moyen de 4,6% sur la période 2025-2028. La marge brute suivra une trajectoire similaire, passant de 1 330 MDT en 2025 à 1 355 MDT en 2026, 1 430 MDT en 2027 et 1 537 MDT en 2028, matérialisant une progression moyenne annuelle de 4,9%. Enfin, le résultat brut d’exploitation est projeté à 638 MDT en 2026, 677 MDT en 2027 et 729 MDT en 2028, contre 627 millions de dinars tunisiens comptabilisés en 2025, soit un taux de croissance moyen de 5,1% par an.

Reporting extra-financier sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance

Au niveau environnemental, la gestion des ressources hydriques au cours de l’exercice 2025 s’est traduite par le traitement de 1 million de mètres cubes d’eau, marquant une hausse de 85% par rapport aux volumes traités en 2024. Le taux de réutilisation de l’eau atteint un niveau de 72%, à comparer avec un objectif national tunisien fixé réglementairement à 50%. En ce qui concerne la gestion des rebuts de production, le taux de valorisation et de recyclage des déchets solides s’élève à 95%, laissant un reliquat de 5% acheminé vers les décharges publiques. Par ailleurs, les filiales rattachées au métier de l’emballage ont réalisé un montant de 16 millions de dinars tunisiens d’achats de déchets recyclables.

L’inventaire d’émissions de gaz à effet de serre a été étendu à 8 secteurs industriels en 2025, contre 7 en 2024, couvrant désormais un périmètre élargi à 231 sites ou filiales opérationnelles, comparativement à un périmètre de 44 entités auditées en 2024. Cette démarche intègre le calcul des émissions indirectes rattachées au Scope 3 et s’appuie sur le déploiement d’une plateforme numérique de collecte instantanée du bilan carbone.

Les actions de transition énergétique menées par le groupe intègrent l’exploitation de 9 unités de cogénération développant une puissance combinée de 38,5 mégawatts, avec une cible de développement fixée à 49,5 mégawatts à l’horizon 2030.

Le volet de l’énergie photovoltaïque comptabilise 43 sites de production dotés d’installations cumulant une puissance de 17 mégawatts-crête, pour un objectif final de 66,5 mégawatts-crête.

Pour l’année 2025, les gains globaux consolidés atteignent une économie d’énergie chiffrée à 35 000 tonnes équivalent pétrole par an, soit une hausse de 96% par rapport à 2024, permettant d’éviter l’émission de 87 000 tonnes de dioxyde de carbone par an, ce qui représente une hausse de 95%.

Sur le plan de la gestion du capital humain, la structure des effectifs du groupe au terme de l’exercice 2025 fait ressortir un taux de féminisation de 30%. Les politiques de stabilisation des emplois se traduisent par la conversion de 4 000 contrats de travail à durée déterminée en contrats à durée indéterminée, parallèlement à l’intégration directe et durable de 1 800 prestataires de sous-traitance.

Les investissements matériels spécifiquement fléchés vers la protection environnementale et les infrastructures de sécurité industrielle s’élèvent à 24 MDT, représentant une part de 11,5% de l’enveloppe globale des investissements physiques du groupe. Les mesures correctives et les protocoles de prévention des risques professionnels totalisent un engagement de 3,7 MDT, corrélé à une diminution de 9% du nombre global de journées de travail perdues en raison d’accidents du travail par rapport aux données de 2024.

Au niveau sociétal, le budget alloué aux actions d’aide sociale, aux donations diverses et aux programmes de promotion de l’éducation nationale se monte à quelques centaines de milliers de dinars.

En matière de gouvernance interne, Poulina Group Holding a procédé à la refonte structurelle de ses activités de contrôle via la centralisation de son unité d’audit interne, désormais configurée sous la forme d’une organisation transversale unique. Les systèmes de management des risques ont intégré de manière formelle les facteurs climatiques au sein de la cartographie générale des risques du groupe, tandis que le dispositif de contrôle a été déployé opérationnellement au sein des filiales de la branche acier.

La charte de l’employé et la création d’un département centralisé de contrôle des achats encadrent les opérations commerciales. Enfin, le groupe indique avoir renforcé son ancrage dans le tissu économique par une politique de soutien aux petites et moyennes entreprises, ces dernières représentant désormais 42% du volume global des achats de l’entreprise.

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Habib Zitouna : les Tunisiens retirent de plus en plus d’argent.. la faute au système de paiement !

03. Juni 2026 um 12:15

La monnaie en circulation en Tunisie a franchi un seuil inédit. Selon les dernières données de la Banque centrale de Tunisie (BCT), les billets et pièces détenus par le public ont dépassé les 29 milliards de dinars, enregistrant ainsi une hausse de plus de 21 % sur un an. Cette progression relance le débat sur les comportements de paiement, la modernisation du système financier et les équilibres de l’économie nationale.

Dans une déclaration exclusive accordée à L’Économiste Maghrébin, Habib Zitouna, président de l’Association des économistes tunisiens (ASECTU) et professeur à la Faculté des sciences économiques et de gestion de Tunis, analyse cette évolution comme le reflet d’un basculement progressif des usages monétaires en Tunisie, particulièrement marqué depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation sur les chèques.

Selon l’économiste, le phénomène s’est accéléré à partir de février 2025. Si la masse monétaire globale, incluant dépôts bancaires, épargne et monnaie fiduciaire, progresse d’environ 12 %, la composante en espèces évolue beaucoup plus rapidement, dépassant désormais les 21 % de croissance annuelle. « Ce que l’on constate, c’est avant tout un changement de structure », explique-t-il. Les restrictions liées à l’usage du chèque et les difficultés d’encaissement auraient contribué à orienter ménages et entreprises vers une préférence accrue pour les paiements en espèces.

Cette évolution se retrouve dans les statistiques récentes des moyens de paiement, qui montrent un recul net du chèque au profit du cash.

Pas de lien mécanique avec l’inflation

Face aux inquiétudes sur les effets macroéconomiques de cette hausse du cash, Habib Zitouna appelle à la prudence. Selon lui, il serait incorrect d’établir un lien direct entre l’augmentation de la monnaie en circulation et une accélération de l’inflation. L’économiste rappelle que la monnaie fiduciaire représente environ 19 % de la masse monétaire totale. C’est donc l’évolution globale de la masse monétaire, et non celle du seul cash, qui constitue un indicateur pertinent pour analyser les pressions inflationnistes. « Il s’agit davantage d’un déplacement des formes de détention de la monnaie que d’une création monétaire excessive », souligne-t-il. Une partie des liquidités auparavant déposées dans les banques serait désormais détenue sous forme d’espèces.

Des facteurs conjoncturels viennent également amplifier ce phénomène, notamment les périodes de congés et les dépenses exceptionnelles liées à l’Aïd al-Adha entre autres, qui incitent les ménages à retirer davantage de liquidités pour les besoins familiaux et les déplacements.

Un système de paiement en décalage avec les usages

Pour le président de l’ASECTU, la lecture du phénomène doit dépasser les seules considérations monétaires. Le véritable enjeu réside dans la structure du système de paiement tunisien et dans son retard en matière de digitalisation. « Le monde évolue vers le « cashless », alors que la Tunisie reste fortement dépendante de l’argent liquide », observe-t-il.

Selon lui, le système bancaire ne propose pas encore un environnement suffisamment attractif et efficace pour encourager massivement les paiements électroniques. Ce déficit freine l’adoption des solutions digitales et renforce la dépendance au cash. Le constat est renforcé par un taux de bancarisation encore limité, inférieur à 40 %. Ce qui restreint mécaniquement l’accès aux outils de paiement modernes.

Cette dépendance persistante au cash a des effets directs sur les citoyens et les entreprises. Elle limite d’abord l’accès au crédit pour les personnes non bancarisées ou insuffisamment intégrées au système financier formel. Elle complique également certaines transactions commerciales, surtout après les récentes réformes encadrant l’usage du chèque.

Plus largement, la prédominance des espèces favorise l’opacité des échanges économiques et peut encourager des pratiques de sous-déclaration, alimentant ainsi l’économie informelle et réduisant les recettes fiscales de l’État.  Car, « plus les transactions passent par des canaux numériques, plus elles gagnent en traçabilité et en transparence », souligne l’économiste.

La fintech comme levier de transformation

Face à ces défis, Habib Zitouna plaide pour une accélération de la digitalisation financière en Tunisie. Il appelle à faire de la fintech et des solutions de paiement numériques une priorité stratégique des politiques publiques. Une telle orientation permettrait, selon lui, de réduire les coûts de transaction, de moderniser les échanges économiques et de renforcer la transparence du système financier.

Il rappelle que plusieurs pays comparables ont déjà largement adopté les paiements mobiles et les solutions digitales, parfois avec des niveaux de développement économique inférieurs à celui de la Tunisie.

Enfin, l’économiste évoque la nécessité d’ouvrir le débat sur les monnaies numériques de banque centrale, un chantier déjà engagé à l’échelle internationale. Au-delà de la hausse du cash, c’est donc un signal plus large qui se dessine : celui d’un système de paiement tunisien à la croisée des chemins entre inertie structurelle et transition numérique encore inachevée.

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Affaire appareil secret d’Ennahdha: perpétuité pour Rached Ghannouchi 

02. Juni 2026 um 19:06

La Chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme près le Tribunal de première instance de Tunis a rendu, mardi, son verdict dans l’affaire dite de l’« appareil secret » du mouvement Ennahdha. Trente-cinq accusés ont été reconnus coupables de plusieurs infractions à caractère terroriste et condamnés à des peines allant de dix ans d’emprisonnement à la réclusion criminelle à perpétuité.

Parmi les principaux condamnés figure le président du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, qui a écopé d’une peine de réclusion à perpétuité assortie de 30 années de prison supplémentaires. Son ancien vice-président et ex-chef du gouvernement, Ali Laarayedh, a été condamné à 42 ans de réclusion.

Une source judiciaire citée par l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP) assure que les accusés ont été déclarés coupables notamment de constitution d’une organisation terroriste, d’adhésion volontaire à une entente liée à des activités terroristes, ainsi que de mise à disposition de compétences et d’expertises au profit d’une organisation terroriste.

La peine la plus lourde a été prononcée contre Mustapha Khedher, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de 96 années de prison supplémentaires. Ridha Barouni, Taher Boubahri, Kamel Ayefi et sept autres accusés ont également été condamnés à la perpétuité, assortie de 76 années d’emprisonnement.

D’autres condamnations ont été prononcées, notamment la perpétuité assortie de 50 ans de prison pour Fathi Beldi, de 37 ans pour Abdelaziz Daghsni, de 32 ans pour Kamel Bedoui, ainsi que de 30 ans pour Samir Hannachi. Kaïs Bakkar a été condamné à 48 ans de prison, Belhassen Naqach à 46 ans et Ali Ferchichi à 34 ans. Trois accusés ont écopé de 18 ans d’emprisonnement, quatre autres de 12 ans et deux prévenus de 10 ans.

Le tribunal a également ordonné le placement de l’ensemble des condamnés sous surveillance administrative pendant cinq ans après l’exécution de leur peine.

Cette affaire, qualifiée de terroriste par la justice tunisienne, concerne 35 accusés, parmi lesquels plusieurs anciens responsables du mouvement Ennahdha ainsi que d’anciens cadres sécuritaires. Mustapha Khedher, déjà cité dans le dossier de la « chambre noire », figure également parmi les personnes poursuivies.

Le dossier a été relancé au début de l’année 2022 à la suite d’une plainte déposée par le ministère public et par le collectif de défense de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, assassinés respectivement en février et en juillet 2013.

Le comité de défense des deux dirigeants politiques avait accusé le supposé « appareil secret » d’Ennahdha d’être impliqué dans ces assassinats, ainsi que dans des activités d’espionnage et d’infiltration des institutions de l’État. Il avait également mis en cause plusieurs dirigeants du mouvement, notamment Rached Ghannouchi, les accusant d’avoir dirigé et supervisé cette structure. Le mouvement Ennahdha a toujours rejeté ces accusations, les qualifiant de politiques et dénuées de fondement.

Initialement instruit par le parquet du Tribunal de première instance de l’Ariana, le dossier a été transféré en septembre 2023 au pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme, qui a poursuivi les investigations jusqu’au jugement rendu mardi.

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Première mondiale : Aziza Seddik, une Tunisienne entre dans l’histoire de l’aviation civile

02. Juni 2026 um 11:24

La Tunisienne Aziza Seddik, directrice du Centre régional de formation en sûreté de l’aviation relevant de l’Organisation de l’aviation civile internationale à Tunis, vient de franchir une étape majeure dans sa carrière en obtenant une certification internationale prestigieuse dans le domaine de l’aviation civile.

Cette reconnaissance a été délivrée dans le cadre d’un programme avancé de formation supervisé par l’organisation onusienne. Elle atteste de la maîtrise de standards internationaux élevés en matière de formation et de sûreté aérienne.

Selon un communiqué du centre régional de formation en sûreté de l’aviation de l’ICAO à Tunis, Aziza Seddik devient, grâce à cette certification, la première femme au monde à obtenir cette accréditation internationale en tant que formatrice certifiée dans le domaine de l’aviation civile.

Lire aussi: Un Tunisien à la tête de l’aviation civile française

Au-delà de la distinction individuelle, cet accomplissement représente un signal fort pour le positionnement de la Tunisie dans les métiers stratégiques de l’aviation. Il contribue à renforcer la visibilité et l’influence du centre de Tunis, appelé à jouer un rôle de référence dans la formation et le renforcement des capacités au niveau régional.

Cette reconnaissance internationale s’inscrit également dans la dynamique portée par l’ICAO visant à élever les standards de compétences dans le secteur aérien, à travers des programmes de formation alignés sur les meilleures pratiques mondiales. L’objectif est de garantir un niveau optimal de sécurité, de sûreté et d’efficacité opérationnelle dans un secteur considéré comme hautement stratégique à l’échelle mondiale.

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Décryptage – Tunisie mai 2026 (II) – Quand les chiffres racontent davantage qu’une simple conjoncture

02. Juni 2026 um 06:01

L’économie est souvent perçue comme un univers de statistiques macro-financières (*), de pourcentages et de tableaux réservés aux spécialistes. Pourtant, derrière chaque indicateur se cache une réalité bien concrète qui touche la vie quotidienne des citoyens. Une évolution des réserves en devises influence le prix des produits importés. Une baisse des taux d’intérêt conditionne la capacité d’une entreprise à investir ou d’une famille à accéder au crédit. Une progression des recettes touristiques soutient des milliers d’emplois dans les régions côtières comme à l’intérieur du pays.

 

Les indicateurs monétaires et financiers publiés par la Banque centrale de Tunisie au 29 mai 2026 (**) dessinent ainsi le portrait d’une économie qui, sans être sortie de toutes ses difficultés, semble entrer progressivement dans une phase plus sereine. Cette amélioration demeure fragile et incomplète, mais elle constitue néanmoins un changement notable après plusieurs années marquées par les tensions financières, l’inflation élevée et les inquiétudes récurrentes concernant les grands équilibres macroéconomiques. Cette photographie de la conjoncture nationale prend tout son sens lorsqu’elle est replacée dans un environnement international qui, lui aussi, cherche encore son point d’équilibre.

 

Lire aussi: Décryptage – Tunisie, mai 2026 (I) : l’économie avance, la société attend

Un contexte mondial moins tendu mais toujours incertain

L’économie mondiale traverse actuellement une période de normalisation progressive. Les grandes banques centrales occidentales, après avoir mené des politiques monétaires extrêmement restrictives pour combattre l’inflation, commencent à assouplir graduellement leurs conditions financières. Cette évolution est importante pour des pays comme la Tunisie. Lorsque les taux d’intérêt internationaux diminuent, les coûts de financement des États et des entreprises tendent à se réduire. Les investisseurs deviennent également plus enclins à prendre des risques dans les économies émergentes.

Cependant, cette amélioration demeure relative. La croissance mondiale reste modérée. L’Europe, principal partenaire économique de la Tunisie, continue d’afficher des performances limitées. Les tensions géopolitiques persistent au Moyen-Orient, en mer Rouge et dans plusieurs zones stratégiques du commerce international. Les prix de l’énergie, bien qu’inférieurs aux sommets observés lors des crises précédentes, restent exposés à de fortes fluctuations. Autrement dit, le monde économique de 2026 n’est plus celui de la crise permanente, mais il n’est pas encore celui d’une prospérité pleinement retrouvée. Dans ce contexte, la capacité des économies nationales à renforcer leurs propres fondamentaux devient plus importante que jamais.

Une Banque centrale qui semble reprendre progressivement la maîtrise du jeu

Parmi les enseignements les plus encourageants des données du 29 mai figure la stabilité du marché monétaire tunisien.

Le taux directeur de la Banque centrale est désormais fixé à 7 %, contre 7,5 % un an auparavant. Le taux du marché monétaire s’établit pratiquement au même niveau, preuve que les mécanismes de transmission de la politique monétaire fonctionnent correctement.

Pour le grand public, ces chiffres peuvent paraître abstraits. Pourtant, ils sont loin de l’être. Derrière cette détente monétaire se profile la possibilité d’un accès au financement moins coûteux pour les entreprises. Cela signifie potentiellement davantage d’investissements, davantage de projets et, à terme, davantage d’emplois.

La Banque centrale semble aujourd’hui dans une situation plus confortable qu’il y a un an. Le recours au refinancement demeure important, mais les besoins du système bancaire apparaissent moins critiques. Les interventions exceptionnelles se réduisent progressivement et les banques semblent retrouver davantage d’autonomie dans leur gestion quotidienne de la liquidité.

Cette amélioration ne signifie pas que toutes les tensions ont disparu. Elle indique simplement que l’économie tunisienne est sortie de la phase la plus aiguë de stress monétaire qui avait caractérisé les années précédentes.

L’argent liquide : le révélateur silencieux des limites de la transformation économique

Un chiffre attire particulièrement l’attention : celui des billets et monnaies en circulation. Près de 29,7 milliards de dinars circulent aujourd’hui sous forme d’espèces dans l’économie tunisienne. C’est un niveau record. Cette progression impressionnante est riche d’enseignements. Elle reflète certes la croissance naturelle des besoins monétaires de l’économie, mais elle traduit également la persistance d’un phénomène plus profond : la place considérable qu’occupe encore le secteur informel.

Dans de nombreux marchés, commerces ou activités de services, les transactions en espèces continuent de dominer. Cette réalité révèle une confiance encore insuffisante dans les instruments de paiement modernes; mais aussi l’existence d’une partie de l’activité économique qui échappe aux circuits formels.

Derrière ce chiffre se cache donc l’un des grands défis structurels de la Tunisie : réussir à intégrer davantage d’activités dans l’économie organisée, améliorer l’inclusion financière et moderniser les modes de paiement. Car une économie qui fonctionne largement en espèces se prive d’une partie importante de son potentiel de financement et de productivité.

Le retour de la confiance extérieure

S’il est un domaine où les indicateurs apportent une véritable note d’optimisme, c’est celui du secteur extérieur.

Les recettes touristiques poursuivent leur progression et dépassent désormais 2,4 milliards de dinars. Ce chiffre dépasse sa simple dimension comptable. Derrière lui se trouvent les hôtels qui retrouvent des taux d’occupation satisfaisants, les restaurants qui accueillent davantage de visiteurs, les artisans qui écoulent leurs produits, les transporteurs qui travaillent davantage et les milliers de familles dont les revenus dépendent directement ou indirectement du tourisme.

La Tunisie semble ainsi récolter les fruits d’une image internationale progressivement améliorée et d’une demande touristique qui demeure soutenue malgré les incertitudes mondiales.

Plus remarquable encore est l’évolution des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger. Ces revenus dépassent désormais 3,4 milliards de dinars. Chaque année, des centaines de milliers de Tunisiens installés en Europe, en Amérique du Nord ou dans les pays du Golfe continuent d’envoyer une partie de leurs revenus à leurs familles.

Au-delà de leur importance économique, ces transferts constituent également une forme silencieuse de solidarité nationale. Ils soutiennent la consommation, financent l’éducation des enfants, participent à la construction de logements et alimentent l’activité économique locale dans de nombreuses régions du pays. Dans bien des cas, ils jouent un rôle que ni les marchés financiers ni les institutions internationales ne peuvent remplacer.

Des réserves de change qui offrent un précieux coussin de sécurité

Autre élément particulièrement rassurant : les réserves en devises. Avec l’équivalent de 105 jours d’importation, la Tunisie dispose aujourd’hui d’un niveau de protection extérieure supérieur à celui observé un an auparavant. Ce chiffre peut sembler technique. Pourtant, il représente en quelque sorte l’épargne de précaution du pays. Ces réserves permettent d’acheter les produits énergétiques, les médicaments, les matières premières industrielles ou les équipements dont l’économie a besoin pour fonctionner.

Elles rassurent également les investisseurs et les partenaires internationaux quant à la capacité du pays à honorer ses engagements financiers. Cette amélioration contribue naturellement à la stabilité du dinar. Face au dollar, la monnaie tunisienne affiche même une appréciation sur un an. Cette évolution est particulièrement importante dans la mesure où une grande partie des importations stratégiques est facturée en devise américaine.

Une stabilité retrouvée, mais pas encore une prospérité retrouvée

Malgré ces avancées, il serait prématuré de parler d’un véritable décollage économique. Les indicateurs montrent surtout que la Tunisie a réussi à consolider ses équilibres financiers. Or, l’histoire économique enseigne que la stabilité est une condition nécessaire du développement, mais qu’elle n’en constitue jamais la garantie. Le véritable défi commence précisément lorsque les équilibres sont rétablis.

Comment transformer cette stabilité en investissements productifs ? Comment convertir la baisse progressive des taux d’intérêt en création d’entreprises et d’emplois ? Comment mobiliser l’épargne disponible vers les secteurs à forte valeur ajoutée ? Comment faire en sorte que les performances du tourisme ou des transferts de la diaspora se traduisent par une amélioration durable du niveau de vie ?

Ces questions demeurent ouvertes.

L’heure des choix stratégiques

Les mois à venir pourraient constituer une période charnière pour l’économie tunisienne. Les signaux positifs existent. L’inflation est mieux maîtrisée. Les réserves en devises sont confortables. Les recettes extérieures progressent. Les tensions monétaires s’atténuent. Le système financier apparaît plus stable. Mais ces acquis ne produiront leurs effets que s’ils sont accompagnés d’une dynamique plus ambitieuse en matière d’investissement, de productivité et de réformes structurelles. La Tunisie dispose aujourd’hui d’une occasion rare : celle de passer d’une logique de gestion de crise à une logique de construction de l’avenir.

Les indicateurs du 29 mai 2026 ne racontent donc pas seulement l’histoire d’une économie qui résiste. Ils racontent surtout l’histoire d’un pays qui commence à retrouver une marge de manœuvre, une capacité de projection et, peut-être, une forme de confiance dans ses propres ressources.

Car au-delà des statistiques et des équilibres financiers, la véritable question reste celle-ci : comment transformer cette respiration économique retrouvée en une croissance capable d’améliorer concrètement la vie des Tunisiens ?

C’est autour de cette interrogation que se jouera, bien davantage que dans les chiffres eux-mêmes, l’avenir économique de la Tunisie au cours des prochaines années.

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(**)Références :

https://www.ins.tn/

https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article Décryptage – Tunisie mai 2026 (II) – Quand les chiffres racontent davantage qu’une simple conjoncture est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Tribune – Banques publiques tunisiennes à l’horizon 2030 : le levier de la souveraineté numérique

01. Juni 2026 um 17:30

À l’heure où le Plan de Développement 2026-2030 s’apprête à être soumis au parlement, le système financier tunisien se trouve à un moment charnière de son histoire moderne. Pour les banques publiques, l’enjeu dépasse désormais la simple consolidation des équilibres comptables ou la mise à niveau technique de l’outil de travail. Il s’agit de redéfinir structurellement leur rôle dans un paysage macroéconomique en recomposition rapide, où la souveraineté numérique – définie comme la maîtrise stratégique de la donnée et des architectures d’intelligence artificielle – s’impose comme le pivot du développement national.

 

 

 

Les indicateurs de performance de l’exercice 2025 confirment la résilience et la solidité du pôle bancaire public. La progression soutenue des produits nets bancaires (PNB) de plusieurs grands établissements de la place témoigne d’un retour à des niveaux de rentabilité robustes, consacrant leur rôle historique de stabilisateurs du système financier national.

Toutefois, cette santé financière retrouvée doit aujourd’hui servir de tremplin à une inflexion stratégique majeure. À l’horizon 2030, la mission des banques publiques ne peut plus se limiter au soutien traditionnel des équilibres budgétaires de l’État. Elle doit impérativement muer vers un rôle de catalyseur direct de l’économie réelle, ciblant en priorité le tissu des TPME et l’investissement productif. Cette grande transition managériale suppose une exploitation scientifique et fine de la donnée financière, seule capable d’affiner le scoring prédictif, d’éclairer la décision de crédit et de réduire l’asymétrie d’information qui pénalise nos acteurs économiques.

 

Du système d’information à l’intelligence stratégique de l’État

Les chantiers de digitalisation menés ces dernières années – modernisation des architectures centrales (*Core Banking*), sécurisation des flux de paiement et mise en conformité réglementaire – constituent des jalons techniques indispensables. Ils ne représentent pourtant que le préambule d’une mutation beaucoup plus profonde.

L’absorption nécessaire de la dette technologique (systèmes *Legacy*) et l’augmentation mécanique des charges d’investissement qui l’accompagne ne doivent pas être appréhendées comme des coûts d’exploitation subis, mais bien comme des investissements de souveraineté. Sans une infrastructure financière nationale autonome, robuste et hautement sécurisée, le risque est réel de voir notre système bancaire relégué au rang de simple consommateur dépendant de solutions exogènes, avec toutes les vulnérables stratégiques que cela implique.

L’intégration de l’intelligence artificielle et des technologies d’*Open Banking* ouvre ici une perspective décisive. Elle doit permettre de passer d’un modèle bancaire purement transactionnel à un modèle prédictif et inclusif, capable d’anticiper les risques systémiques et d’intégrer les segments de la population historiquement tenus à l’écart du circuit formel.

 

Le capital humain, condition sine qua non de la résilience numérique

Aucune trajectoire technologique ne saurait s’incarner sans une politique ambitieuse du capital humain. Le secteur public bancaire évolue désormais dans un marché des compétences mondialisé, caractérisé par une fuite des cerveaux et une concurrence féroce pour les profils hautement qualifiés (data scientists, experts cyber, ingénieurs IA).

Pour retenir ces talents, la seule politique salariale ne suffit plus ; l’enjeu réside dans la capacité des institutions publiques à proposer des projets porteurs de sens et de souveraineté nationale. L’adossement à l’écosystème des startups innovantes, l’interopérabilité des plateformes et la mobilisation de l’expertise de la diaspora sont les leviers indispensables pour bâtir une communauté de compétences. À ce prix, la banque publique tunisienne pourra achever sa mue pour devenir une « banque-plateforme », agile, interconnectée et nativement tournée vers l’utilisateur.

 

Vers un nouveau contrat technologique pour la Tunisie

L’adoption finale du Plan 2026-2030 par les institutions de la République doit acter l’émergence d’un nouveau contrat de confiance entre l’État, le régulateur, le citoyen et les institutions financières. Dans cette configuration neuve, la transformation digitale n’est plus une finalité technique, mais le bras armé de la résilience économique nationale.

À l’échéance de la décennie, la performance globale d’une banque publique ne se mesurera plus exclusivement à la croissance arithmétique de la taille de son bilan, mais à sa trajectoire de gouvernance stratégique. Sa légitimité dépendra de sa capacité à sécuriser, valoriser et mettre la donnée financière au service exclusif du développement du pays. La souveraineté numérique n’est plus une option de communication : elle est le fondement même de la pérennité du modèle bancaire tunisien.

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Note : les analyses exprimées relèvent d’une réflexion personnelle et prospective et n’engagent pas les institutions auxquelles l’auteur est rattaché.

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Décryptage – Tunisie, mai 2026 : l’économie avance, la société attend

01. Juni 2026 um 06:01

Les statistiques économiques ont parfois quelque chose de trompeur. Elles donnent l’impression d’une photographie froide, faite de pourcentages, de soldes commerciaux et de courbes de croissance. Pourtant, derrière chaque chiffre se cachent des réalités humaines bien concrètes : des ménages qui remplissent leur panier au marché, des jeunes qui cherchent un emploi, des entrepreneurs qui hésitent à investir, des agriculteurs confrontés aux coûts de production ou encore des familles qui tentent de préserver leur pouvoir d’achat.

Les indicateurs publiés à la fin du mois de mai 2026 (**) racontent justement cette double réalité tunisienne. D’un côté, plusieurs signaux témoignent d’une amélioration progressive de la situation économique. De l’autre, de nombreux déséquilibres continuent de peser sur le quotidien des citoyens. La Tunisie semble ainsi engagée dans une phase de transition où l’économie retrouve peu à peu des couleurs, sans que cette amélioration ne soit encore pleinement ressentie par l’ensemble de la population.

Une croissance qui confirme la sortie progressive des années difficiles

Le premier enseignement des comptes nationaux est sans doute le retour d’une croissance relativement honorable. Avec une progression de 2,6 % du produit intérieur brut au premier trimestre 2026 par rapport à la même période de l’année précédente, l’économie tunisienne confirme sa capacité à résister dans un environnement international toujours marqué par les incertitudes.

Cette performance n’a rien d’anodin. Elle intervient après plusieurs années durant lesquelles l’économie nationale a dû faire face à une succession de crises : pandémie, tensions géopolitiques, hausse mondiale des prix de l’énergie et des matières premières, difficultés budgétaires et ralentissement de l’investissement. La croissance actuelle traduit donc une certaine capacité de résilience du tissu économique tunisien. Les entreprises continuent de produire,  d’exporter et de créer de la valeur malgré un contexte parfois difficile.

Cependant, cette reprise reste fragile. Le recul de 0,3 % du PIB par rapport au trimestre précédent rappelle que l’activité économique n’a pas encore retrouvé une dynamique suffisamment robuste pour s’inscrire dans une trajectoire durablement ascendante. Cette contradiction résume parfaitement l’état actuel de l’économie tunisienne : le pays progresse, mais il avance encore avec prudence, comme un marcheur qui retrouve progressivement son équilibre après une longue période d’instabilité.

L’emploi s’améliore mais le défi social reste immense

S’il existe un domaine où les statistiques apportent une note d’espoir, c’est celui de l’emploi. Au premier trimestre 2026, plus de 16 000 emplois supplémentaires ont été créés. Le nombre total d’occupés dépasse désormais 3,6 millions de personnes. Le taux de chômage recule légèrement pour atteindre 15 %.

À première vue, ces chiffres peuvent sembler modestes. Pourtant, dans une économie où la création d’emplois constitue depuis longtemps le principal défi social, chaque amélioration mérite d’être soulignée. Cette évolution montre que certains secteurs continuent à absorber de la main-d’œuvre, notamment les services qui représentent désormais près de 53 % des emplois. Les activités industrielles conservent également un rôle important. Tandis que l’agriculture demeure un pilier essentiel dans plusieurs régions du pays.

Mais derrière cette amélioration globale apparaissent des réalités plus préoccupantes. Le chômage des jeunes reste extrêmement élevé, atteignant 37,5 %. Autrement dit, plus d’un jeune actif sur trois, demeure sans emploi. Cette situation constitue probablement la principale fragilité économique et sociale de la Tunisie contemporaine.

Car le chômage des jeunes ne représente pas seulement une perte de revenus. Il nourrit également un sentiment de frustration, d’incertitude et parfois de découragement. Il retarde les projets de vie, l’accès au logement, la création d’une famille et alimente souvent les tentations migratoires.

Plus inquiétant encore, le chômage des diplômés de l’enseignement supérieur progresse à 24,2 %. Cette hausse traduit un paradoxe profondément tunisien : le pays continue à former des compétences de qualité mais peine à leur offrir les opportunités professionnelles correspondantes. Pour beaucoup de diplômés, l’investissement consenti dans les études ne garantit plus une insertion rapide dans la vie active. Cette situation constitue non seulement un problème économique mais également une source de tension sociale durable.

Une inflation moins forte mais toujours présente dans les assiettes

Depuis plusieurs années, l’inflation est devenue l’une des principales préoccupations des ménages tunisiens. Les chiffres d’avril 2026 montrent une certaine stabilisation avec un taux global de 5,5 %. Comparé aux niveaux atteints ces dernières années, ce résultat peut être considéré comme relativement rassurant. Il témoigne notamment des effets des politiques monétaires restrictives et du reflux progressif de certaines tensions internationales.

Mais pour les citoyens, l’inflation ne se mesure pas à un chiffre moyen. Elle se mesure à travers le prix du pain, des légumes, de la viande, du poisson ou des fruits. Or ce sont précisément ces produits qui continuent à enregistrer les plus fortes hausses.

Les fruits frais augmentent de près de 20 %, la volaille et la viande d’agneau de plus de 16 %, les légumes frais de plus de 13 %. Ces augmentations touchent directement les dépenses quotidiennes des familles. Ainsi, même si l’inflation ralentit au niveau macroéconomique, la perception des ménages reste souvent différente. Beaucoup continuent à ressentir une dégradation de leur pouvoir d’achat car les produits essentiels absorbent une part croissante de leurs revenus.

Cette situation illustre une réalité économique souvent négligée : la baisse de l’inflation ne signifie pas la baisse des prix. Elle signifie simplement que les prix augmentent moins vite qu’auparavant. Pour de nombreuses familles tunisiennes, les effets cumulés des hausses passées restent encore pleinement visibles.

Le commerce extérieur apporte une respiration bienvenue

L’une des évolutions les plus encourageantes concerne les performances du commerce extérieur. Les exportations tunisiennes progressent de 9,5 % durant les quatre premiers mois de l’année 2026, atteignant près de 22,7 milliards de dinars. Cette croissance dépasse celle des importations, qui augmentent de 7,9 %.

Cette dynamique traduit la capacité des entreprises tunisiennes à préserver leur compétitivité sur les marchés internationaux malgré une concurrence de plus en plus intense. Les industries mécaniques et électriques continuent d’affirmer leur rôle de moteur des exportations. Les industries agroalimentaires enregistrent une progression spectaculaire grâce notamment aux performances exceptionnelles de l’huile d’olive, qui confirme son statut d’ambassadrice économique de la Tunisie à l’étranger.

Les exportations vers la France, l’Italie et l’Allemagne demeurent solides. Tandis que certains marchés arabes, notamment l’Égypte et l’Arabie saoudite, offrent de nouvelles perspectives de croissance. Cette évolution est importante car elle permet à l’économie tunisienne de générer davantage de devises et de réduire progressivement certaines vulnérabilités extérieures.

Le poids persistant de la dépendance énergétique

Malgré ces résultats encourageants, un obstacle majeur continue de freiner l’amélioration des équilibres extérieurs : l’énergie. Le déficit commercial atteint encore 7,5 milliards de dinars. Plus de la moitié de ce déficit provient directement de la balance énergétique. À elle seule, la facture énergétique représente plus de 4,1 milliards de dinars de déficit.

Cette réalité rappelle que la question énergétique est devenue l’un des principaux enjeux économiques nationaux. Chaque hausse des importations de pétrole ou de gaz exerce une pression sur les réserves en devises, sur les finances publiques et sur la stabilité macroéconomique du pays. La transition énergétique n’apparaît donc plus seulement comme un choix environnemental. Elle devient progressivement une nécessité économique stratégique.

Une économie à la croisée des chemins

Au terme de ce premier trimestre 2026, la Tunisie offre l’image d’un pays qui retrouve progressivement une certaine stabilité sans avoir encore résolu ses problèmes structurels. La croissance est de retour. L’emploi progresse. L’inflation est mieux maîtrisée. Les exportations affichent des performances encourageantes.

Mais dans le même temps, le chômage des jeunes demeure massif, le pouvoir d’achat reste sous pression et la dépendance énergétique continue d’alimenter les déséquilibres extérieurs. Cette coexistence entre progrès et fragilités explique le sentiment partagé aujourd’hui par de nombreux Tunisiens. Les indicateurs montrent une amélioration. Pourtant, une partie importante de la population attend encore que cette amélioration se traduise concrètement dans sa vie quotidienne.

L’enjeu des prochains mois sera précisément là : transformer les signaux positifs observés dans les statistiques en progrès tangibles pour les ménages, les jeunes diplômés, les entreprises et les régions de l’intérieur. Car une croissance durable ne se mesure pas seulement à la richesse produite. Elle se mesure à la confiance qu’elle redonne à une société, à la capacité qu’elle offre aux jeunes de construire leur avenir et à l’espoir qu’elle fait naître dans le quotidien des citoyens. C’est sur ce terrain, celui de l’économie vécue autant que de l’économie comptabilisée, que se jouera véritablement le succès de la reprise tunisienne en 2026.

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(**)Références : https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Zouhaier Sammoud: « Repositionner le tourisme vers un modèle responsable, inclusif et autonome »

31. Mai 2026 um 12:05

Face aux secousses d’un tourisme mondial en plein bouleversement, la résilience de la Tunisie est mise à rude épreuve. Consultant et formateur certifié AHLEI, Zouhaier Sammoud dresse un diagnostic lucide de la saison estivale à venir et livre des recommandations concrètes, en proposant  de réinventer le secteur depuis la base : consolider les agences locales en tour-opérateurs nationaux, intégrer les établissements fermés dans des démarches collectives et aligner la réglementation et les incitations sur des objectifs de souveraineté, transparence et inclusion sociale.

Interview: 

Comment la Tunisie pourrait-elle se repositionner ? 

Pour enchaîner sur le point précédemment évoqué, nous devrions mieux rivaliser avec les géants internationaux. Pour ce faire, l’écosystème et plus précisément les agences tunisiennes devraient impérativement sortir de l’émiettement, notamment sur le marché local et de proximité. 

En se regroupant, ces entités atteindraient la masse critique nécessaire pour opérer comme de véritables tour-opérateurs nationaux. Cela leur permettrait d’acheter du volume et de garantir des taux de remplissage sur le marché local et de proximité.

La dynamique public-privé devrait aussi pivoter en tant que moteur opérationnel. En effet, l’orientation nationale est portée par le leitmotiv « une Tunisie souveraine et sociale ». À cet égard, la mise en œuvre de cet ADN précieux, et qui nous est cher, se doit d’être en parfait alignement avec les orientations.

La survie de l’écosystème repose sur deux leviers majeurs du tourisme local et de proximité : la mutualisation des forces privées et l’appui stratégique de l’État.

Lire aussi – Zouhaier Sammoud : « La Tunisie brille par son attractivité intrinsèque »

Nous négligeons un gisement de valeur exceptionnel : le modèle des sociétés communautaires. Là où nous voyons une contrainte, les pays développés ont vu une opportunité de structurer leur attractivité territoriale. En s’appuyant sur l’intelligence collective et l’ancrage local, ces structures transforment le territoire en une destination vivante et habitée.

Alors que nous bénéficions d’un élan historique et d’une impulsion présidentielle favorable, nous semblons paradoxalement nous épuiser à dévier de la trajectoire de l’excellence.

En effet, l’exemple international est probant : les coopératives sociales et bien d’autres appellations ont permis de sauver et de réinventer des business models en déclin. En passant d’une gestion individuelle essoufflée à une gestion collective solidaire, ces modèles redonnent une viabilité économique à des actifs que l’on croyait perdus. 

Plutôt que d’attendre des investissements massifs qui ne viennent plus, l’adoption de ce modèle ingénieux permet une renaissance par la base. C’est en réalignant notre économie touristique sur ces structures sociales et solidaires que nous résoudrons notre crise de l’offre, notamment les business models peu bancables et les hôtels fermés. Ainsi,  retrouverons une compétitivité durable en gérant un territoire, une destination, un patrimoine, une culture et un savoir-faire. Créant de la sorte une offre que la concurrence ne peut pas copier.

Le passage par les « sociétés communautaires » n’est pas une régression, mais une modernisation sociale du tourisme. C’est l’outil ultime pour transformer nos fragilités territoriales en une offre touristique résiliente et inaliénable. Ce gisement de valeur permettrait également de résoudre la question des hôtels fermés en les réintégrant dans une dynamique de gestion communautaire. 

Si vous aviez une baguette magique, quel serait votre rêve et que feriez-vous ?

La Tunisie dispose d’un immense potentiel pour repositionner son secteur touristique vers un modèle plus socialement responsable, inclusif et autonome. L’actualité politique encourage une politique sociale. Pour sa part, l’OMT souligne la nécessité de la résilience et de l’innovation dans le tourisme. 

Pour ce faire, nul ne peut prétendre avoir la solution ni un bâton magique… Cependant, mon rêve pragmatique est fondé sur des principes directeurs déclinés des bonnes pratiques internationales et des recommandations onusiennes, et qui sont, de surcroît, alignés sur les orientations nationales. Ils pourraient être articulés autour des cinq points suivants :

– Recenser et réhabiliter les hôtels sous-exploités ou fermés en priorisant une transformation des infrastructures pour convenir à la clientèle locale (aménagements, services), en intégrant, dans la conception, des offres adaptées permettant de valoriser le patrimoine tunisien et de répondre aux attentes écologiques croissantes.

– Former et structurer les agences locales en TO spécialisés sur le marché local et de proximité, incluant des mécanismes de préfinancement contractualisés avec les hôtels.

– Développer des partenariats public-privé pour la promotion du tourisme social, appuyés par les instruments financiers adaptés (chèque-vacances, aides ciblées…).

– Soutenir la formation professionnelle et le droit à la formation tout au long de la vie pour garantir la qualité et l’expérience client, et assurer une portée sociale.

– Mettre en place un cadre réglementaire et incitatif renforcé, fondé sur le principe des compétences liées, permettant de consolider la souveraineté, d’assurer la transparence et de booster l’économie. 

En effet, pour remodeler le cadre réglementaire, il est primordial d’opérer une réforme de mindset. Ce changement se traduirait par une approche par compétences liées, analysée sous un prisme de lecture à trois facettes :

– Souveraineté : l’État ne se contente plus de réglementer; il impose sa stratégie. Le droit intègrera des clauses de promotion de l’emploi et de sobriété environnementale (eau-énergie-déchets). Cela pourrait être déployé en conditionnant les avantages fiscaux à des quotas de formation/emploi contre la précarité. Mais aussi à des obligations légales et des incitations aux normes de recyclage des eaux grises pour l’arrosage, d’énergie verte, de gestion des biodéchets…

– Économie : l’État ne se contente plus de réglementer; il sécurise l’économie. Le droit intègrera des clauses pour protéger un actif national (notamment le foncier hôtelier) qui génère des recettes fiscales. Ainsi, il serait opportun que l’État garantisse une stabilité fiscale en échange d’un programme d’investissement dans la rénovation. Cela permettrait aussi de passer de la simple « charité locale » à un mécanisme de ruissellement structurel en créant des pôles de croissance qui réinjectent dans les circuits courts.

– Transparence : l’État ne se contente plus de réglementer; il impose les règles du jeu. Le droit intègrera des clauses par compétences liées : la loi définit précisément les conditions, les critères, la méthodologie d’évaluation ($A+B+…= X$). Cela garantira la réduction de toute marge de manœuvre (connivences, corruption…) lors des jugements de valeur en l’absence de textes clairs, ainsi que l’accélération des procédures. Tout en évitant les interprétations lors des commissions techniques.

Le temps est venu d’agir pour un tourisme tunisien qui soit à la fois moteur d’inclusion sociale et levier durable de croissance économique. L’unique moteur n’est pas dans la refonte du cadre légal, il s’agit d’abord d’un changement de paradigme et de mindset, notamment en transformant le maximum de pouvoirs discrétionnaires en compétences liées. 

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Le TMM stable à 6,99%, en mai 2026 (BCT)

Le Taux moyen mensuel du marché monétaire (TMM) s’est maintenu à 6,99 % en mai 2026, pour le quatrième mois consécutif, selon les données statistiques publiées samedi par la Banque centrale de Tunisie.

En glissement annuel, ce taux a poursuivi sa tendance baissière observée au cours des dernières années. Il est passé de 8 % à fin mai 2023 à 7,97 % en mai 2024, puis à 7,5 % à fin mai 2025, avant de s’établir à 6,99 % actuellement, soit son niveau le plus bas depuis juin 2022.

L’évolution du TMM demeure étroitement liée à celle du taux directeur de la BCT, maintenu inchangé à 7 % depuis plusieurs mois.

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Edgar Morin, le dernier grand passeur de la Méditerranée

30. Mai 2026 um 12:00

La disparition de Edgar Morin, survenue ce samedi à l’âge de 104 ans, marque la fin d’un siècle intellectuel.

Résistant, sociologue, philosophe, théoricien de la complexité, il fut l’un des rares penseurs à avoir traversé plus de huit décennies de débats politiques et culturels sans jamais céder aux dogmatismes.

Son œuvre, fondée sur le dialogue entre les disciplines, les cultures et les peuples, a profondément influencé plusieurs générations d’intellectuels du Sud, notamment en Afrique du Nord.

La relation de Morin avec la Tunisie ne fut ni superficielle ni simplement académique. Dès les années 1960, il fréquente le milieu intellectuelle cosmopolite de Tunis, invité notamment par Jean Duvignaud, alors enseignant à Tunis. Il y noue des amitiés durables avec des intellectuels tunisiens et découvre une Tunisie ouverte, méditerranéenne, à la croisée des héritages arabes, africains et européens. Il évoquera plus tard avec émotion ses séjours à Sidi Bou Saïd et dans le Sud tunisien comme des moments fondateurs de sa réflexion sur la pluralité culturelle.

 

Des figures de la sociologie tunisienne comme Abdelwahab Bouhdiba, Abdelkader Zghal… ont évolué dans un espace intellectuel où les questions de modernité, d’identité et de dialogue des cultures rejoignaient souvent les préoccupations moriniennes.

Son influence sur la vie intellectuelle tunisienne fut considérable, bien que souvent discrète. Les travaux de Morin sur la « pensée complexe » ont inspiré plusieurs générations de sociologues, philosophes, pédagogues et chercheurs tunisiens confrontés aux limites des approches idéologiques rigides. Des figures majeures de la sociologie tunisienne comme Abdelwahab Bouhdiba, Abdelkader Zghal ou Khelil Zammiti ont évolué dans un espace intellectuel où les questions de modernité, d’identité et de dialogue des cultures rejoignaient souvent les préoccupations moriniennes. Lors de la remise du Prix Ibn Khaldoun à Tunis en 2015, Morin fut d’ailleurs honoré aux côtés de plusieurs grandes figures tunisiennes des sciences sociales, reconnaissance symbolique de cette proximité intellectuelle.

Après la révolution tunisienne de 2011, il observa avec attention l’expérience démocratique du pays. Contrairement à de nombreux commentateurs occidentaux, il refusait les lectures simplistes du « printemps arabe ». Il préférait parler de « métamorphose », c’est-à-dire d’un processus mêlant continuité et changement, héritage et invention. Pour lui, la Tunisie incarnait la possibilité rare d’articuler droits humains, démocratie, émancipation des femmes et fidélité à une identité culturelle propre.

 

Opposant précoce à la guerre d’Algérie, défenseur des mouvements de décolonisation, critique des impérialismes comme des autoritarismes, il considérait l’Afrique non comme une périphérie du monde mais comme l’un des lieux où se jouait l’avenir de l’humanité.

 

Face à la montée des radicalismes religieux et identitaires, Morin défendit constamment l’éducation, la culture et l’esprit critique comme remparts contre le fanatisme. Lors d’une conférence à Tunis en 2016, il appelait à enseigner la compréhension de l’autre, l’acceptation de l’incertitude et la complexité du réel, thèmes devenus centraux dans les débats éducatifs tunisiens contemporains.

Son engagement progressiste dépassait largement la Tunisie. Opposant précoce à la guerre d’Algérie, défenseur des mouvements de décolonisation, critique des impérialismes comme des autoritarismes, il considérait l’Afrique non comme une périphérie du monde mais comme l’un des lieux où se jouait l’avenir de l’humanité.

Jusqu’à ses dernières années, il demeura attentif au devenir de la démocratie tunisienne. En 2023 encore, il s’associait à des intellectuels et défenseurs des droits humains pour alerter sur les risques de régression des libertés dans le pays. Cette fidélité témoigne d’un attachement ancien à la Tunisie et à ses aspirations démocratiques.

 

Dans un monde fragmenté par les certitudes et les passions identitaires, sa leçon conserve une actualité remarquable : comprendre avant de juger, relier plutôt que séparer, dialoguer plutôt que s’exclure. C’est sans doute là que réside la part la plus durable de son héritage.

 

Avec Edgar Morin disparaît un intellectuel universel, mais aussi un ami de la Tunisie. Son héritage demeure vivant dans les universités, les centres de recherche, les débats pédagogiques et chez tous ceux qui refusent les explications simplistes pour penser la complexité des sociétés méditerranéennes et africaines. Dans un monde fragmenté par les certitudes et les passions identitaires, sa leçon conserve une actualité remarquable : comprendre avant de juger, relier plutôt que séparer, dialoguer plutôt que s’exclure. C’est sans doute là que réside la part la plus durable de son héritage.

Kamel Grar

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Industrie africaine : le Maroc détrône l’Afrique du Sud ; la Tunisie à la 4e place

30. Mai 2026 um 09:54

Selon le dernier rapport de la BAD, le Maroc devient la première puissance industrielle d’Afrique, suivi de l’Afrique du Sud et de l’Égypte. La Tunisie confirme sa 4e place.

 

Le Maroc sur le toit de l’Afrique ? La performance mérite d’être soulignée. Selon l’Indice d’industrialisation en Afrique 2025 publié par la Banque africaine de développement (BAD) et présenté le 25 mai en marge des Assemblées annuelles de l’institution à Brazzaville, le royaume chérifien confirme sa montée en puissance économique au point de supplanter progressivement l’Afrique du Sud en tant que principale puissance  industrielle du continent.

Pendant plus d’une décennie, l’Afrique du Sud a trôné sur le classement l’industrie africaine, suivie à quelques longueurs du Maroc, de l’Égypte et de la Tunisie. Pretoria, précise le document, demeure une « puissance industrielle majeure », mais sa compétitivité recule depuis plusieurs années, plombée par une crise énergétique chronique, une désindustrialisation rampante de sa base manufacturière et une perte d’attractivité pour les investisseurs étrangers ».

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Trio gagnant

Quel est le secret de cette montée en puissance patiemment élaborée ? D’abord, le royaume chérifien doit son ascension à quinze ans de politique industrielle continue et fondée sur les investissements publics massifs et également soutenue par une diplomatie économique offensive en Afrique, qui a permis au Maroc de diversifier progressivement son appareil productif.

En effet, longtemps associé aux phosphates et, plus récemment, à l’automobile, le royaume s’impose désormais dans des secteurs à forte valeur ajoutée comme l’aéronautique.

L’industrie automobile, longtemps marginale, est devenue le premier secteur exportateur du pays. Près d’un million de véhicules ont été produits en 2025, contre 535 000 en 2023 et 465 000 en 2022, selon les données sectorielles agrégées par les analystes. Les exportations automobiles vers l’Union européenne ont atteint 15,1 milliards d’euros dès 2023, plaçant le pays devant la Chine et le Japon en termes de valeur expédiée vers le marché unique.

L’aéronautique, deuxième pilier de la stratégie, a généré 2,54 milliards de dollars de recettes à l’export en 2024. Plus de 150 entreprises opèrent dans les écosystèmes de Casablanca, Tanger et Nouaceur, dont Boeing, Safran et Airbus.

Ensuite, le Maroc possède un réseau d’infrastructures que peu de pays africains peuvent égaler : ligne à grande vitesse Al Boraq entre Tanger et Casablanca, expansion en cours du port de Tanger Med et du futur Nador West Med, projets de port atlantique de Dakhla, agrandissement de l’aéroport Mohammed V de Casablanca, etc.

« Lorsqu’un pays investit massivement dans les ports, les réseaux de transport, les télécommunications ou la connectivité, il attire mécaniquement des investisseurs internationaux mais aussi des opérateurs nationaux capables de changer la structure de l’économie », analyse Abdelmalek Alaoui, président de l’Institut marocain d’intelligence stratégique.

Enfin, la capacité croissante à attirer les investissements étrangers grâce à un cadre d’investissement plus attractif : la nouvelle Charte de l’investissement, entrée en vigueur en 2023, a renforcé les incitations fiscales et financières, simplifié certaines procédures administratives et amélioré l’accompagnement des investisseurs.

Inégalités

Cela étant, cette réussite industrielle incontestable ne masque pas certaines fragilités. Ainsi, souligne la BAD,  les retombées de cette croissance restent inégalement réparties entre les territoires et les catégories sociales. Les régions proches des grands pôles industriels et portuaires bénéficient davantage de la mondialisation que les zones plus éloignées.

« Il y a un Maroc qui gagne, un Maroc proche des ports et des grands circuits mondiaux, mais il y a aussi un Maroc des marges », souligne Abdelmalek Alaoui. Selon lui, l’industrialisation rapide a contribué à accentuer les écarts sociaux entre les catégories les plus favorisées et les populations les plus vulnérables.

Autre fragilité mise en lumière par la BAD : l’insuffisante création d’emplois au regard des besoins d’une population active en forte croissance. Malgré un tissu entrepreneurial dynamique et une industrialisation soutenue, l’économie marocaine peine encore à offrir des débouchés à la hauteur des attentes, en particulier pour les jeunes diplômés, dont le chômage demeure élevé.

Finalement, le défi posé au Maroc apparaît donc double : poursuivre sa montée en gamme industrielle tout en veillant à une meilleure redistribution des bénéfices de la croissance. Car si le royaume s’est imposé comme l’une des locomotives économiques du continent africain, la question sociale reste, elle, plus que jamais au cœur de l’équation.

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Sidi Ould Tah : « La BAD sera la banque de solutions de l’Afrique » 

« La Banque africaine de développement (BAD) restera le partenaire de premier plan de ses pays membres et sera la banque de solutions de l’Afrique ». C’e sont là les propos du président du Groupe de la BAD, Sidi Ould Tah, prononcés lors de la cérémonie de clôture des Assemblées annuelles de la Banque, organisées du 25 au 29 mai 2026 à Brazzaville (République du Congo).

« Notre ambition à la BAD est de devenir une banque très audacieuse, plus innovante, plus agile et plus proche des populations, une banque qui place l’emploi des jeunes et l’autonomisation de la femme au centre de son action et de devenir de véritable levier de transformation structurelle de l’Afrique et l’outil le plus privilégié de son intégration économique », a-t-il appuyé. « Nous allons intensifier notre coopération pour cibler des priorités absolues telles que l’autonomisation de la femme, l’emploi des jeunes, le soutien des Petites et moyennes entreprises (PME) et l’accès universel aux services essentiels ».

D’après le président de l’institution financière panafricaine, le développement ne se conçoit pas dans les bureaux et dans les salles de réunions mais au cœur des communités avec celle et ceux qui agissent tous les jours sur le terrain avec l’accompagnement de la société civile et la Diaspora.

L’Angola décaisse 6,5 millions d’euros en faveur du FAD

Il a annoncé par ailleurs la décision de la République de l’Angola relative à la contribution à hauteur de 6,5 millions d’euros à la dix-septième reconstitution du Fonds africain de développement (FAD-17). Cette contribution a-t-il dit porte désormais à 25 le nombre des Etats africains engagés dans le financement du FAD-17 pour un montant global dépassant 190 millions de dollars.

De son côté, le président du Conseil des gouverneurs représentant les pays membres du Groupe de la BAD, Ludovic Ngatse, a mis l’accent sur la nécessité du changement de la trajectoire de développement, faisant savoir que le conseil a approuvé et encouragé la mise en place des quatre points cardinaux pour renforcer la capacité de l’influence et d’impact de l’Afrique.

Il a souligné que les assemblées ne doivent pas être considérées comme un simple rendez-vous institutionnel de plus gravé dans le calendrier mais plutôt comme un moment de vérité et de responsabilité face aux urgences qu’ils s’agissent de déficit de financement, de défis climatiques, de la transformation structurelle de l’économie ou de l’urgence de la création d’emplois décents pour les jeunes et les femmes.

« L’Afrique prouve chaque jour qu’elle ne manque ni de potentiel ni d’ambitions mais plutôt la culture de l’exécution et de l’impact », a-t-il avancé. Les orientations de Brazzaville devraient être immédiatement traduites en capital accessible, en infrastructures transformatrices et en progrès tangibles pour les populations africaines, a-t-il appuyé.

3 000 personnes et 81 pays…

A rappeler que les Assemblées annuelles sont l’événement statutaire le plus important de la BAD. Cette année, plus de 3 000 personnes prennent part à cet événement à Brazzaville, à savoir les dirigeants et les responsables politiques et économiques des 81 pays membres de l’institution, des responsables d’institutions financières et de développement, des groupes de réflexion, de la société civile, du secteur privé, des universitaires et des leaders d’opinion.

Placée sous le thème « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté », les assemblées annuelles 2026 sont les premières pour Sidi Ould Tah, qui a pris ses fonctions en tant que neuvième président du Groupe de la Banque africaine de développement en septembre 2025.

La vision stratégique d’Ould Tah porte sur quatre points cardinaux. Il s’agit de l’amélioration de l’accès au capital (mobiliser les ressources financières de l’Afrique) et la réforme et la consolidation des systèmes financiers, des institutions et des talents du continent pour affirmer l’action mondiale de l’Afrique.

Les troisième et quatrième points portent sur l’exploitation de la transformation démographique pour le développement économique et la construction des infrastructures résilientes au climat et une forte valeur ajoutée aux ressources naturelles.

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Eclairage – Quand la stabilité ne suffit plus à raconter la vie des gens

29. Mai 2026 um 06:36

Les indicateurs financiers se calment, mais les vies, elles, restent sous tension. En Tunisie, la baisse de l’inflation et les discours de stabilité donnent l’impression d’un retour à l’ordre, sans que le quotidien des ménages ne s’allège réellement. Entre prix toujours élevés, pouvoir d’achat fragilisé et perspectives incertaines, se creuse un décalage silencieux : celui d’une économie qui se stabilise dans les indicateurs, mais pas encore dans la réalité vécue.

Dans un bureau d’administration, dans un taxi en fin de journée, dans une file d’attente au marché, ou autour d’un café où l’on refait le monde par habitude plus que par espoir, le même constat revient, sous des formes différentes : “les prix ne montent plus comme avant, mais rien ne devient vraiment plus facile”.

Cette phrase, simple, presque banale, dit beaucoup plus que des rapports économiques entiers. Elle résume une situation où la désinflation ne se traduit pas immédiatement par un mieux-être. Les prix ralentissent, mais le niveau atteint reste élevé. Les revenus, eux, n’ont pas suivi. Et surtout, la confiance ne s’est pas reconstruite.

C’est ici que la mécanique économique rencontre la réalité humaine. Les modèles parlent d’équilibre. Les gens parlent de souffle.

Le grand tournant des banques centrales : la fin d’une illusion de maîtrise totale

Depuis plusieurs décennies, l’économie mondiale a vécu avec une idée dominante : la stabilité peut être produite par la politique monétaire. Les banques centrales étaient devenues les chefs d’orchestre silencieux de la croissance, capables d’ajuster les cycles économiques à travers les taux d’intérêt et la gestion de la liquidité. Mais cette vision s’est progressivement fissurée, comme le rappellent les débats récents autour des limites de ces instruments. Même les institutions les plus puissantes reconnaissent aujourd’hui, parfois avec prudence, que la mécanique s’est complexifiée.

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Les économistes résument cette rupture avec une formule forte : les banques centrales ne sont plus omnipotentes. Elles ont gagné la bataille contre l’inflation dans de nombreuses économies, mais elles peinent à faire renaître une croissance solide et inclusive. Ce constat a quelque chose de profondément déroutant. Car il revient à admettre que l’on peut maîtriser un symptôme sans guérir la maladie.

En Tunisie, cette tension est palpable. La politique monétaire joue son rôle de stabilisation, mais elle ne peut pas, à elle seule, recréer de l’emploi, relancer l’investissement ou redonner confiance aux acteurs économiques.

Une économie qui refroidit quand elle cherche à se stabiliser

Il existe une sensation très concrète dans l’économie tunisienne actuelle : celle d’un refroidissement progressif de l’activité. Les entreprises ne disparaissent pas, mais elles avancent plus lentement. Les projets ne sont pas abandonnés, mais repoussés. Les recrutements existent encore, mais deviennent prudents, sélectifs, limités. Les ménages continuent de consommer, mais avec une vigilance permanente, comme si chaque dépense était une décision stratégique.

Cette prudence généralisée n’est pas forcément visible dans les statistiques globales, mais elle structure profondément la dynamique économique. Et c’est ici que le paradoxe devient frappant : la stabilité des prix, recherchée et obtenue au prix d’efforts importants, coexiste avec une forme d’instabilité ressentie dans la vie quotidienne. Une stabilité qui ne réchauffe pas l’économie finit par ressembler à une stabilité froide, presque administrative, détachée du vécu social.

Minsky, Prebisch, Keynes : des débats anciens pour une réalité très actuelle

Les débats théoriques évoqués prennent une résonance particulière dans le contexte tunisien. Keynes rappelait que l’économie peut parfaitement atteindre un équilibre durable… mais un équilibre de sous-emploi. Autrement dit, une société peut être stable tout en restant bloquée en dessous de son potentiel.

Hyman Minsky, de son côté, insistait sur une idée encore plus dérangeante : les périodes de stabilité elles-mêmes peuvent générer des fragilités futures, notamment à travers l’accumulation de dettes et de déséquilibres invisibles.

Quant à Raúl Prebisch, il mettait en lumière une autre dimension essentielle pour les économies comme la Tunisie : les structures productives et les dépendances extérieures comptent autant, sinon plus, que les équilibres monétaires.

Ces trois lectures convergent vers une même idée : une économie ne se résume jamais à sa stabilité apparente. Dans le cas tunisien, cela signifie que la question n’est pas seulement de savoir si l’inflation baisse, mais si l’économie est capable de produire de la valeur, de l’emploi et de l’espoir.

 

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Le quotidien économique : là où la théorie rencontre la fatigue

Dans une petite entreprise de Sfax, un patron hésite à embaucher. Pas parce qu’il n’a pas de travail, mais parce qu’il ne sait pas comment évoluera son coût de financement, ni quelle sera la demande dans six mois. À Tunis, un jeune diplômé envoie des candidatures sans réponse. À Kairouan, une famille ajuste ses dépenses en fonction des prix du marché, sans certitude sur le mois suivant. Ces scènes ne font pas la une des rapports économiques, mais elles constituent pourtant le véritable baromètre de l’économie.

La macroéconomie parle de stabilisation. La microéconomie humaine parle d’adaptation permanente. Et cette adaptation, lorsqu’elle devient durable, finit par transformer la psychologie collective. On ne parle plus de projets, mais de survie. On ne parle plus d’investissement, mais de prudence. On ne parle plus d’avenir, mais de gestion du présent.

Le piège discret de l’équilibre appauvri

C’est ici qu’apparaît le concept le plus inquiétant : celui d’un équilibre appauvri. Un pays peut parfaitement stabiliser ses indicateurs macroéconomiques tout en voyant sa dynamique interne s’éroder progressivement. L’inflation est maîtrisée, mais la croissance reste faible. Le budget est contrôlé, mais l’investissement recule. La monnaie est stabilisée, mais le tissu productif s’affaiblit.

Dans ce type de configuration, le danger n’est pas brutal. Il est lent, diffus, presque imperceptible. On s’habitue à une croissance faible. On normalise un chômage élevé. On accepte une migration des talents comme une évidence. Et peu à peu, ce qui était une crise devient un état normal. C’est peut-être là le point le plus sensible pour la Tunisie aujourd’hui : la capacité à ne pas confondre stabilisation et transformation.

Quand la stabilité devient une fin en soi

Une économie en bonne santé n’est pas une économie parfaitement stable. C’est une économie dynamique, capable d’absorber des chocs, de créer de nouvelles activités, de redistribuer des opportunités. Le problème survient lorsque la stabilité devient l’objectif ultime, au détriment de tout le reste.

Dans cette logique, la politique économique peut finir par se réduire à une gestion de contraintes : contenir l’inflation, stabiliser le change, limiter les déséquilibres budgétaires. Tout cela est nécessaire, mais insuffisant. Car une société ne vit pas uniquement de stabilité. Elle vit de projection, d’ambition, de mobilité sociale. Sans cela, même une économie stabilisée peut devenir psychologiquement fragile.

Une économie qui doit redevenir une promesse

La question centrale, aujourd’hui, n’est donc pas uniquement technique. Elle est profondément humaine. Comment faire en sorte que l’économie tunisienne ne soit pas seulement un système stabilisé, mais un système porteur de perspectives ? Comment recréer une dynamique où un jeune diplômé ne pense pas immédiatement à partir ? Où une entreprise ne renonce pas à grandir ? Où une famille ne vit pas chaque mois dans une logique d’ajustement permanent ?

C’est là que les politiques économiques doivent retrouver une dimension plus large que la seule gestion des équilibres. Elles doivent redevenir des politiques de transformation.

In fine, derrière les équilibres, la vie

Les débats économiques, des critiques de la crise des banques centrales aux remises en cause des modèles orthodoxes, convergent vers une même question centrale : que devient la politique économique lorsque ses instruments de stabilisation ne parviennent plus à générer de véritable développement ?

La Tunisie se trouve précisément à ce point de bascule. Les indicateurs peuvent se stabiliser. Mais si les vies, elles, restent sous pression, alors l’économie n’a pas encore trouvé son équilibre réel. Car au fond, une économie ne se juge pas seulement à sa capacité à maîtriser ses prix, mais à sa capacité à permettre à une société de respirer, de se projeter et de croire encore que l’avenir peut être un peu plus large que le présent.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Plus de 25 milliards de dinars d’avoirs nets en devises ou 105 jours d’importation

Le cumul des recettes touristiques et des revenus du travail ont atteint, au 20 mai 2026, 5,8 milliards de dinars, d’après les chiffres de la Banque centrale de Tunisie (BCT).

Dans les détails, l’institut démission indique que les recettes touristiques ont progressé de 4 %, pour dépasser les 2,4 milliards de dinars, en comparaison avec la même période de 2025. Pour leur part, les revenus du travail ont évolué de 4,9 %, à 3,4 milliards de dinars, contre 3,2 milliards de dinars, une année auparavant.

Du coup, les avoirs nets en devises ont enregistré une forte hausse, passant de 22,5 milliards de dinars (l’équivalent de 98 jours d’importation) au 26 mai 2025, à 25,4 milliards de dinars (soit 105 jours d’importation), actuellement.

Concernant les billets et monnaies en circulation, ils préservent leur tendance haussière, puisqu’ils ont dépassé les 29,4 milliards de dinars, le 25 mai 2026, contre 23,8 milliards de dinars, à la même date de l’année dernière, ce qui représente une augmentation de 23,3%.

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Rami Elgolli : « Le MACF est une menace pour les retardataires et une opportunité pour les visionnaires »

28. Mai 2026 um 17:10

Rami Elgolli, consultant international en comptabilité carbone et énergie verte (Auditor 50001), met en garde les entreprises tunisiennes. C’était lors de la 27e édition du Forum de L’Économiste Maghrébin, le 21 mai 2026 à Tunis. Intervenant dans le panel « L’impératif stratégique des énergies renouvelables en Tunisie : volatilité des prix des hydrocarbures et transition bas-carbone », il a souligné que le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) constitue à la fois une contrainte réglementaire incontournable et un levier de compétitivité pour les exportateurs tunisiens.

L’Union européenne absorbant près de 70 % des exportations tunisiennes, le consultant a aussi rappelé les engagements de la Tunisie dans l’Accord de Paris : une réduction de 45 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, dont 28 % inconditionnels et 17 % conditionnels.

Le MACF, conçu par l’Union européenne pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et limiter le réchauffement climatique à moins de 1,5 °C, vise principalement à prévenir la fuite carbone, c’est-à-dire la délocalisation des productions vers des pays aux normes environnementales moins strictes.

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Actuellement, le mécanisme s’applique à six secteurs : l’acier, l’aluminium, les engrais, le ciment, l’énergie et l’hydrogène. Il s’étendra prochainement à tous les produits transformés à base d’acier et d’aluminium, ainsi qu’aux secteurs de la chimie, de la pétrochimie, de l’agroalimentaire, de la céramique et de la mobilité.

Contrairement à l’empreinte carbone complète d’un produit, le MACF ne requiert que trois catégories de données : les émissions directes (Scope 1), les émissions indirectes liées à la consommation électrique (Scope 2), et les quantités exportées (annuelles).

Le dispositif fonctionne sur un système de quotas carbone différenciés. Les entreprises qui dépassent leur quota paient une taxe sur l’excédent. Ces quotas gratuits seront progressivement réduits jusqu’à leur suppression totale en 2034, date à partir de laquelle toute émission de CO₂ sera taxée.

Pour les entreprises à forte empreinte carbone, le MACF représente une menace. Pour celles qui anticipent la décarbonation, il offre une opportunité : réduction des taxes, accès à de nouveaux marchés européens, éligibilité à des financements avantageux (crédits ESG) et baisse des coûts énergétiques.

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Rami Elgolli, formé dans le cadre du programme Batim orchestré par le CZ et financé par le FXZ, accompagne déjà une soixantaine d’entreprises tunisiennes de la filière mobilité (câblage automobile, aéronautique et mécanique). Il les prépare également au futur passeport carbone produit, qui exigera une traçabilité complète : bilan carbone, composition et origine des matières premières, origine de l’énergie (fossile ou renouvelable) et cycle de vie du produit.

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Leith Tlemçani: « La formation est la première infrastructure de la transition agricole »

28. Mai 2026 um 13:52

Le deuxième panel de la 27e édition du forum de L’Économiste Maghrébin s’est penché sur l’avenir de l’agribusiness tunisien en articulant agriculture, sécurité alimentaire et climat. Sous le thème « Sécurité alimentaire, chaîne de valeur agricole et adaptation climatique : quelle trajectoire pour l’agribusiness tunisien ? », les intervenants ont débattu de la capacité du secteur agricole à se réinventer pour faire face aux contraintes environnementales, hydriques et économiques.

Leith Tlemçani, le CEO de la société Herbiotech est intervenu lors de ce panel et a tenu une idée simple mais stratégique : on ne sauvera pas l’agriculture  sans revoir en profondeur la formation des jeunes et l’organisation des compétences. Face à la raréfaction de la main-d’œuvre, à la pression climatique et à l’évolution rapide des techniques, il considère que l’agriculture doit entrer pleinement dans l’ère de la mécanisation intelligente et de l’innovation.

Il part du constat de terrain : les exploitations sont de plus en plus confrontées à des difficultés de recrutement, alors même que les tâches agricoles deviennent plus techniques.

Selon lui, la conséquence est claire : il faut former des profils capables d’utiliser les machines, de comprendre les outils numériques et d’intégrer l’IA dans les processus agricoles. Pour lui, l’avenir ne réside pas dans un retour au passé, mais dans une agriculture plus technologique, mieux organisée et mieux accompagnée.

Il insiste aussi sur le rôle des universités et des centres de formation. Les cursus doivent mieux refléter les besoins du terrain : agriculture de précision, maintenance des équipements, analyse des données, gestion intelligente des ressources et adaptation aux contraintes climatiques. Il ne s’agit pas seulement de transmettre des connaissances théoriques, mais de préparer des professionnels immédiatement opérationnels.
Un autre point fort de son propos concerne le transfert technologique. Les solutions importées ne sont utiles que si elles sont adaptées aux réalités locales. Cela suppose des passerelles plus solides entre chercheurs, formateurs, agriculteurs et entreprises du secteur. La technologie ne devient réellement efficace que lorsqu’elle est traduite en usages concrets, simples et économiquement viables.

Autrement dit, Leith Tlemçani défend une vision ambitieuse du secteur, qui serait, selon lui, capable d’attirer des jeunes, de créer des métiers nouveaux et de se moderniser sans perdre son ancrage territorial.

En somme, il conclut: « la solution n’est pas seulement d’investir dans les équipements, mais de bâtir un écosystème où la formation devient la première infrastructure de la transition agricole ».

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Hajer Chekir : « La mobilité électrique est à la croisée de l’enjeu climatique, économique et de la modernisation du réseau »

28. Mai 2026 um 12:00

Le véhicule électrique ne se limite plus à une mobilité décarbonée : il devient progressivement un maillon du système énergétique. C’est le constat présenté par Hajer Chekir, directrice commerciale de BYD Tunisie, le 21 mai 2026 à Tunis, lors de la 27e édition du Forum de L’Économiste Maghrébin, dans le cadre du panel intitulé « L’impératif stratégique des énergies renouvelables en Tunisie : volatilité des prix des hydrocarbures et transition bas-carbone ».

Pour la responsable de BYD, premier constructeur mondial de véhicules électriques devant Tesla, la mobilité électrique dépasse largement le simple remplacement de la voiture thermique. Elle représente une nouvelle approche de l’énergie. Un véhicule électrique permet de réduire les émissions de CO₂ de 2 à 3 tonnes par an par rapport à un modèle thermique équivalent, tout en diminuant les subventions publiques et la dépendance aux énergies fossiles, dans un contexte marqué par la hausse des prix du pétrole.

Hajer Chekir rappelle surtout qu’un véhicule électrique est avant tout une batterie mobile. Avec le développement massif des énergies renouvelables intermittentes, comme le solaire et l’éolien, la Tunisie aura besoin de capacités de stockage importantes. Les véhicules électriques peuvent ainsi stocker l’électricité lorsqu’elle est abondante puis la restituer au réseau afin d’équilibrer la demande lors des périodes de pointe. Cette technologie n’a plus rien de théorique : des projets pilotes sont déjà en cours en Australie et les expérimentations se multiplient à travers le monde.

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Selon elle, la mobilité électrique répond à trois défis majeurs. Le premier est climatique, avec la décarbonation des transports. Le deuxième est économique, grâce à la réduction de la dépendance aux hydrocarbures importés. Le troisième concerne la modernisation du réseau électrique tunisien. Le véhicule électrique ne servira plus uniquement à se déplacer, il deviendra aussi un outil actif au service du système énergétique.

La fiabilité des véhicules électriques n’est plus ç démontrer

Interrogée sur les difficultés liées à la réglementation et à la tarification, la directrice commerciale a estimé que la technologie ne constituait plus un frein. Les véhicules électriques ont désormais démontré leur fiabilité, leurs performances et leur rentabilité à l’usage. Les principaux défis concernent désormais la sensibilisation et l’accompagnement des consommateurs. Les clients doivent disposer d’informations claires sur les garanties des batteries, BYD propose des garanties dépassant 2 millions de kilomètres, sur l’autonomie et sur le coût total d’utilisation. Il s’agit de démontrer qu’il s’agit d’une solution fiable, simple, ეკონომique, écologique et de plus en plus accessible.

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Le deuxième défi porte sur l’infrastructure de recharge. Les utilisateurs doivent pouvoir recharger leur véhicule à domicile, ce qui représente 80 % des usages, mais aussi sur les lieux de travail, les grands axes routiers, les centres commerciaux et dans les cafés. Avec la recharge rapide, certains véhicules peuvent désormais récupérer leur autonomie en cinq minutes, soit plus rapidement qu’un plein d’essence classique. La technologie ne constitue donc plus un obstacle.

Le troisième défi, sur lequel Hajer Chekir a salué les avancées de l’État tunisien, concerne le cadre réglementaire. Des incitations fiscales importantes ont déjà été instaurées : exonération des droits de douane et des droits de consommation, TVA réduite à 7 %, identique à celle des véhicules hybrides rechargeables, ainsi qu’exonération de la carte grise.

Ces mesures commencent à produire des résultats concrets. La Tunisie comptait 200 véhicules 100 % électriques en 2024, puis 500 en 2025. Le parc dépasse désormais 750 véhicules électriques. Les parts de marché des véhicules électrifiés ont franchi les 15 % durant les quatre premiers mois de 2026, contre seulement 5 % sur l’ensemble de l’année précédente.

En conclusion, Hajer Chekir appellera à une mobilisation collective pour réussir la transition énergétique. État, banques, constructeurs et entreprises énergétiques doivent agir conjointement afin d’accompagner l’essor de la mobilité électrique. Selon elle, celle-ci entre désormais dans une phase d’adoption de masse : ce n’est plus une perspective lointaine, mais une réalité déjà engagée, porteuse d’un modèle à la fois écologique et économiquement soutenable pour la Tunisie.

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Afef Jaafar: « La transition énergétique n’est plus un choix, c’est un impératif de résilience nationale »

28. Mai 2026 um 06:00

La Tunisie n’a plus le temps d’attendre. C’est en substance le message de Afef Jaafar, conseillère auprès du secrétaire d’État à la Transition énergétique au ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie. Elle s’exprimait, le 21 mai 2026 à Tunis, lors de la 27e édition du Forum de L’Économiste maghrébin dans le cadre du panel « L’impératif stratégique des énergies renouvelables en Tunisie : volatilité des prix des hydrocarbures et transition bas-carbone ». Elle a dressé un état des lieux exhaustif et alarmant de la situation énergétique nationale.

Face à une forte dépendance aux hydrocarbures, à un déficit énergétique persistant, à des subventions devenues difficilement soutenables et à un environnement géopolitique instable, elle a présenté la stratégie nationale engagée par le ministère de l’Industrie tout en appelant à accélérer les réformes et les investissements afin de renforcer la souveraineté et la résilience énergétiques du pays.

La responsable a, dans ce cadre, souligné l’ampleur des défis auxquels la Tunisie est confrontée. Le mix électrique national dépend du gaz naturel à hauteur de 93 %, dont plus de la moitié est importée, tandis qu’un peu plus de 20 % seulement est produite localement. Les subventions énergétiques ont dépassé 7 000 milliards de dinars en 2025, soit environ 12 % du budget de l’État.

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À cette pression budgétaire s’ajoute un contexte international défavorable. Alors que les hypothèses retenues par les institutions financières internationales reposaient sur un baril à 63 dollars, les prix du pétrole repartent à la hausse. Or, chaque dollar supplémentaire par baril représente près de 160 millions de dollars additionnels en subventions et charges de compensation.

Afef Jaafar a également rappelé les exigences environnementales et climatiques croissantes auxquelles la Tunisie doit répondre sur la scène internationale, un point également évoqué par le modérateur du panel, Serge Degallaix.

Face à cette situation, elle a insisté sur l’urgence de la transition énergétique et climatique : « Il est impératif aujourd’hui, ce n’est plus vraiment un choix, de passer vers la transition énergétique et climatique ». Dans cette perspective, le ministère a élaboré une stratégie reposant sur trois piliers principaux.

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Le premier concerne la maîtrise de la demande énergétique afin d’éviter que la consommation n’augmente mécaniquement au même rythme que la croissance économique. L’objectif est d’améliorer significativement l’intensité énergétique. Le deuxième pilier porte sur le déploiement massif des énergies renouvelables, avec une cible de 35 % dans le mix électrique à l’horizon 2030 et de 50 % à l’horizon 2050. Le troisième vise à accompagner ces efforts par l’électrification des usages afin d’avancer vers la décarbonation et la neutralité carbone.

Quid du cadre réglementaire ?

Afef Jaafar a ensuite présenté le cadre juridique et réglementaire en vigueur. Elle a rappelé qu’une loi adoptée en 2015 encadre la production d’électricité renouvelable à travers trois régimes : l’autoproduction, les appels d’offres et les concessions.

Concernant l’autoproduction, plusieurs programmes d’efficacité énergétique ont déjà permis de stabiliser la demande. En basse tension, la puissance installée atteint 455 MW, principalement grâce au programme destiné aux ménages du secteur résidentiel. En moyenne tension, les capacités avoisinent 110 MW, portant le total de l’autoproduction à plus de 550 MW.

S’agissant des appels à projets, plusieurs initiatives ont permis d’installer environ 52 MW à ce jour. Ces projets restent toutefois de taille modeste, avec des capacités inférieures à 10 MW pour le photovoltaïque et à 30 MW pour l’éolien.

Le régime de concession concerne, quant à lui, les grands projets dépassant ces seuils. Sur ce segment, la Tunisie dispose actuellement de 200 MW installés. Un premier projet de 100 MW à Métlaoui est entré en service en décembre 2025. Deux autres projets de 50 MW chacun ont suivi en janvier puis en mars 2026, portant les capacités totales à 200 MW dans le cadre des concessions.

Par ailleurs, 200 MW supplémentaires dans le photovoltaïque ont déjà été attribués et attendent encore l’approbation du Parlement. Un projet éolien d’environ 77 MW se trouve dans la même situation.

La conseillère a souligné les efforts engagés par l’État, tant dans la maîtrise de la consommation énergétique que dans le développement des renouvelables, tout en estimant que le rythme actuel reste insuffisant. « Il va falloir que ça s’accélère », a-t-elle averti, au regard des contraintes structurelles du pays et des chocs liés au contexte géopolitique régional et international.

L’enjeu, a-t-elle insisté, est de renforcer durablement la résilience de la Tunisie et de réduire sa vulnérabilité énergétique. En conclusion, Afef Jaafar a rappelé que la transition énergétique constitue désormais un impératif stratégique pour la souveraineté nationale et nécessite une mobilisation conjointe de l’État, du secteur privé, des banques et des partenaires internationaux.

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Olfa Chammari: Financer la transition exige une ingénierie de confiance

27. Mai 2026 um 11:08

En abordant les thèmes de la Transition énergétique, mais aussi la  manière d’accélérer le passage vers une économie bas-carbone , la question qui se pose est la suivante : quels sont les enjeux liés à la sécurité énergétique, à la diversification du mix énergétique et à la réduction de l’empreinte carbone. C’est le ton du  troisième panel de la 27e édition du Forum de L’Économiste Maghrébin, qui a mis l’accent sur les défis énergétiques et aux perspectives de transition écologique en Tunisie.  Le thème de ce panel : « L’impératif stratégique des énergies renouvelables en Tunisie : volatilité des prix des hydrocarbures et transition bas-carbone », ce débat a examiné les enjeux liés à la sécurité énergétique, à la diversification du mix énergétique et à la réduction de l’empreinte carbone.

Olfa Chammari, directrice de la planification stratégique et du contrôle de gestion, a abordé la transition climatique sous l’angle du financement. Son message est clair : les besoins sont trop importants pour qu’une seule source de financement puisse suffire. La transformation énergétique, l’adaptation au changement climatique et la modernisation des infrastructures agricoles exigent des montages complexes, combinant crédit, garantie, assurance, subvention et accompagnement technique.

Elle insiste sur un point central : la transition ne sera possible que si les investisseurs, les banques et les bénéficiaires ont confiance dans les dispositifs proposés. Il ne suffit pas de créer des enveloppes financières ; il faut aussi construire une ingénierie capable de sécuriser les projets, de réduire les risques et de rendre les financements accessibles à ceux qui en ont le plus besoin.

Olfa Chammari voit dans la Caisse des dépôts et consignations (CDC) un acteur potentiel d’impulsion et de structuration. Pour elle, ce type d’institution peut jouer un rôle d’agrégateur, en aidant à mobiliser des ressources publiques et privées autour de projets à fort impact. L’enjeu n’est pas seulement de financer, mais de catalyser un écosystème.

Lire aussi : Matthieu Brun : « La transition agricole ne peut réussir que si elle crée de la confiance entre les acteurs »

Elle a mis l’accent sur l’accompagnement technique. Beaucoup de projets échouent non par manque d’intention, mais parce qu’ils sont insuffisamment préparés ou mal structurés. La finance climatique doit donc aller de pair avec du conseil, de l’expertise et un suivi dans la durée. C’est cette combinaison qui permet de transformer une ambition environnementale en projet viable.

En somme, Olfa Chammari défend une vision très pragmatique de la transition : pour qu’elle fonctionne, il faut des outils financiers adaptés, des institutions solides et une architecture de confiance capable de relier les besoins du terrain.

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