WildyNess, la plateforme tunisienne de travel-tech, a reçu le prestigieux To Do Award 2026 pour le tourisme socialement responsable à l’ITB Berlin. Ce prix, remis par l’Institut pour le Tourisme et le Développement, salue les efforts pionniers de WildyNess pour connecter les voyageurs à des expériences authentiques gérées par les communautés locales.
Sur la «Green Stage» de l’ITB Berlin, le co-fondateur et Ceo Achraf Aouadi a partagé son émotion : «Il y a trois ans, j’étais intimidé et dépassé par l’ampleur de ce salon. Hier, j’étais sur scène. Ce prix est une validation de notre thèse : l’avenir du voyage n’est pas dans le volume, mais dans l’authenticité et l’impact.»
Achraf a tenu à partager ce succès avec Dorra, Senior Project Manager (à ses côtés sur scène), et Sadok, Operations Manager, pour leurs deux années de travail acharné.
Cette reconnaissance internationale couronne une année charnière. Après avoir atteint 300 000 $ de ventes organiques sans marketing payé, WildyNess a récemment clôturé une levée de fonds pré-seed menée par Bridging Angels et African Diaspora Network.
La co-fondatrice Rym Bourguiba précise : «Nous sommes ingénieurs de métier et voyageurs de cœur. Notre plateforme comble un fossé : 80 % des voyageurs cherchent des activités locales en ligne, mais seulement 5 % des prestataires sont réservables. Nous numérisons l’âme du tourisme tunisien.»
Le jury a loué le modèle B2B2C de WildyNess, qui co-crée des expériences avec plus de 100 micro-entreprises locales.
Forte de ce prix et de ce nouveau capital, la startup tunisienne accélère son expansion vers l’Algérie, l’Arabie Saoudite, Oman et les Émirats Arabes Unis.
La direction nationale de l’arbitrage relevant de la Fédération tunisienne de football (FTF) a annoncé ce dimanche 15 mars 2026 la suspension de 16 arbitres de l’élite pour des durées variables (deux semaines, un mois, jusqu’à la fin de la saison).
Voici la liste des arbitres concernés et de leurs sanctions :
Khalil El Jary suspendu pour deux semaines ;
Seif Ouertani : un mois ;
Aymen Ismail : un mois ;
Amir El Ayadi : un mois ;
Montassar Belarbi : un mois ;
Nidhal Ben Letaief : un mois ;
Houssem Ben Sassi : un mois ;
Nizar Riahi : un mois ;
Amir Horchani : un mois ;
Ferjani Ben Mna : un mois ;
Chedly Charfi : un mois ;
Iheb Ben Kilani : un mois ;
Malek Assili : un mois ;
Houssem Belhaj Ali : jusqu’à la fin de la saison ;
Ahmed Nouira et Rayan Taghourti : pour une durée indéterminée et transfert de leurs dossiers au bureau fédéral.
La suspension entre en vigueur à partir de la date du dernier match dirigé et ayant fait l’objet de litige.
Des médias égyptiens ont confirmé dimanche 15 mars 2026 que le sélectionneur de l’équipe nationale égyptienne a officiellement invité Haissem Hassan, ailier du Real Oviedo possédant les nationalités tunisienne, égyptienne et française, à rejoindre les Pharaons.
Wassim Ahmed, membre du comité de recrutement des talents égyptiens en Europe au sein de la Fédération égyptienne de football, a expliqué que Hassan avait donné son accord officiel pour représenter l’Égypte et finalisé toutes les formalités juridiques avant son départ pour le Caire à la fin du mois.
Il est à noter que Hassan, né en 2002 à Bagnolet à Paris, est d’origine nord-africaine mixte, avec un père égyptien et une mère tunisienne. Il était pressenti pour jouer pour l’équipe nationale tunisienne, mais qu’après avoir hésité dans le choix de sa nationalité sportive, il semble avoir finalement opté pour l’Egypte, dont l’équipe a la moyenne d’âge parmi les plus élevées en Afrique, et qui a besoin de sang neuf.
Rappelons que l’Egypte et la Tunisie prendront part à la coupe du monde Fifa 2026 qui sera joué aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada.
Parmi les premiers enseignements à tirer de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, l’effondrement des Emirats arabes unis ou tout au moins du modèle de développement et de l’image de succès de ce conglomérat d’émirats qui ont su se forger une stature de havre pour les capitaux, entrepreneurs et touristes, pour finir par perdre, dès les premiers jours des hostilités dans la région, leur image et les entrepreneurs et touristes qui ont fait leur succès fulgurant.
Elyes Kasri *
Il faut dire que cette guerre, menée sous la houlette d’une Amérique radicalement transformée par Donald Trump, se présente de plus en plus comme une accélération des bouleversements géostratégiques déjà perceptibles à la faveur des mouvements tectoniques en Europe de l’Est, en Afrique et en Asie.
Non contents d’être devenus la Suisse du Moyen-Orient, enivrés par leur succès et voulant se tailler une place dans la table des joueurs de Monopoly géostratégique, des monarchies pétrolières, lassées d’acheter des casinos, hôtels et immeubles à travers le monde, se sont mises à financer des mercenaires armés ou civils bon marché et des mouvements subversifs surtout dans des pays offrant des opportunités de sédition, comme le Yémen, le Soudan ou la Libye, aujourd’hui livrés à des conflits sans fin.
Dans ce Monopoly de la subversion internationale, les dirigeants des Emirats se sont positionnés comme les sous-traitants d’Israël et de leur appendice politico-militaire américain.
Toutefois, à la suite de l’intensification des hostilités dans la région du Golfe, les Emirats ont découvert qu’ils n’étaient qu’un comparse de second ordre et que le bouclier israélo-américain était plus une promesse qu’une réalité en situation de crise et d’urgence.
Il n’est pas excessif de penser qu’à l’instar d’une entreprise, un pays comme les Emirats aura causé sa propre perte en se trompant de positionnement et de modèle de gestion et de gouvernance internationaux.
Quand on veut attirer les touristes et les investisseurs étrangers en se présentant comme un havre de stabilité, il devient suicidaire de s’incruster dans les querelles des autres et de se mettre sous la coupe de qui que ce soit même si c’est la première puissance mondiale, car l’heure de vérité finit toujours par arriver avec son lot de chacun pour soi et de lâchage sur un ton de prière du mort.
Le Wall Street Journal a révélé que le géant pétrolier Saudi Aramco est en pourparlers avancés pour l’achat de systèmes d’interception de drones auprès de l’Ukraine, pays qui a acquis une solide expérience en faisant face à des milliers de drones kamikazes notamment iraniens lancés au-dessus de ses villes et de ses centrales électriques par la Fédération de Russie.
Imed Bahri
Selon le journal américain, Aramco via un intermédiaire saoudien, est en pourparlers avec des entreprises ukrainiennes de premier plan telles que SkyFall et Wild Hornets pour l’achat de modèles avancés de drones intercepteurs* (P1-Sun et Sting), ainsi que de systèmes de guerre électronique produits par Phantom Defense.
Ces systèmes ont été spécifiquement conçus pour détruire les drones Shahed iraniens avant qu’ils n’atteignent les cibles en l’occurrence dans ce cas les infrastructures pétrolières saoudiennes. La Russie utilise ces drones de manière intensive contre l’Ukraine depuis 2022.
Expertise en matière de «survie»
Les ingénieurs ukrainiens n’ont pas développé ces armes dans des laboratoires discrets. Au lieu de cela, ils ont procédé à la rétro-ingénierie des drones iraniens qui s’abattaient sur leurs habitations, obtenant ainsi les signatures radar et thermiques les plus précises de ces menaces.
Ce moment marque la transformation de l’Ukraine, qui passe d’un pays en quête d’aide militaire à un pays vendant son expertise en matière de «survie» au monde entier. Chaque drone intercepteur livré à l’Arabie saoudite finance la défense ukrainienne et réduit sa dépendance vis-à-vis de l’Occident.
Acheter auprès de l’Ukraine plutôt qu’auprès de géants comme Lockheed Martin ou Raytheon revient à admettre que les systèmes occidentaux onéreux (comme le Patriot, dont le missile coûte 3 millions de dollars) ne sont pas économiquement viables comparés à un drone qui ne coûte que 20 000 dollars. Un ratio coût/investissement de 150:1 représente une perte stratégique pour le pays qui se défend.
Pour l’Iran, cet accord marque le début de la fin de l’avantage stratégique conféré par les drones Shahed, qui ont menacé la navigation dans le détroit d’Ormuz et frappé des infrastructures vitales. Ils devront désormais faire face à des drones intercepteurs conçus par ceux qui les affrontent depuis des années maintenant.
Une course contre la montre
Avec 20 millions de barils par jour perturbés dans le détroit d’Ormuz et le déclenchement de la guerre avec l’Iran, Aramco se lance dans une course contre la montre pour sécuriser ses gisements et se installations avec des systèmes ayant fait leurs preuves sur le terrain.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé cette semaine que des spécialistes ukrainiens se trouvaient au Qatar, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite pour aider ces pays à faire face aux attaques de drones Shahed iraniens.
Shahriar Amouzegar, chargé d’affaires iranien en Ukraine, a réagi, samedi 14 mars 2026, à cette assistance ukrainienne aux pays de Golfe dans un entretien avec l’AFP, il a déclaré : «En ce qui concerne les mesures prises par l’Ukraine au Moyen-Orient contre les drones, nous les considérons essentiellement comme une blague et un geste purement symbolique». «La présence de l’Ukraine dans cette guerre n’a pas vraiment d’importance pour nous. Nous ne la prenons pas très au sérieux», a-t-il renchéri. Il a également affirmé que Téhéran dispose de nouvelles technologies et d’innovations qui permettront de neutraliser tous ces efforts.
Le diplomate iranien a toutefois averti qu’avec son soutien aux pays du Golfe, l’Ukraine entre désormais de fait dans une phase de confrontation directe avec Téhéran. «Elle s’est rangée aux côtés de nos ennemis», a-t-il dit.
Il est à indiquer que l’Ukraine a officiellement déployé des escadrons de drones intercepteurs et une équipe d’experts militaires en Jordanie afin de coordonner la protection de la base aérienne de Muwaffaq Salti où un drone kamikaze iranien a détruit un radar AN/TPY-2, composant essentiel du système de défense antimissile américain Thaad (Terminal High Altitude Area Defense) d’une valeur de 300 millions de dollars.
* Les drones intercepteurs sont conçus pour neutraliser d’autres drones, notamment les modèles kamikazes, en les percutant directement. Souvent pilotés en réalité virtuelle (FPV) et peu coûteux (quelques milliers d’euros), ils offrent une défense économique et efficace contre les menaces à basse altitude, atteignant des vitesses de plus de 300 km/h.
Nous publions ci-dessous la traduction d’un message publié ces derniers jours en arabe sur la plateforme de médias sociaux X par l’un des plus importants hommes d’affaires des Emirats arabes unis avant d’être retiré de la Toile peu de temps après sa publication, sans doute à la demande des hautes autorités du pays. Nous le publions parce qu’il traduit le vrai sentiment actuel des dirigeants des monarchies du Golfe qui ont été impliquées à l’insu de leur plein gré dans la guerre israélo-américaine contre l’Iran et qui, face aux destructions qu’ils subissent, se sentent pris en tenailles entre leurs engagements anciens aux côtés de Washington et de Tel Aviv, leur désarroi actuel et la colère (encore contenue) de leurs peuples. (Photo: Un panache de fumée s’élève du port de Jebel Ali à Dubaï.)
J’ai entendu les déclarations du sénateur américain Lindsey Graham, qui a appelé les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à se joindre à ce conflit, affirmant que nous sommes nous aussi attaqués et que nous devons prendre part au combat. Je lui dis clairement : nous savons parfaitement pourquoi nous sommes attaqués, et nous savons aussi qui a entraîné toute la région dans cette dangereuse escalade sans consulter ceux qu’il appelle ses «alliés» dans la région.
Nous remercions Dieu que les Émirats arabes unis et les pays du CCG soient en sécurité, et nous n’avons besoin de personne qui prétend être venu au Moyen-Orient pour nous sauver. La vérité est que ce sont les décisions hâtives des États-Unis qui ont plongé la région dans une guerre décidée sans le consentement de ses populations, et pour laquelle ils n’ont pas consulté leurs alliés avant de la déclencher.
Nous ne nions pas la menace iranienne qui pèse sur la région, et cela est devenu flagrant ces derniers jours. Nous ne faisons pas confiance à l’Iran. Mais il s’agit d’un jeu pernicieux où plusieurs puissances rivalisent d’influence au détriment de notre région, un jeu dénué d’honneur et de transparence. Dans ce contexte, l’Iran, Israël et les États-Unis agissent tous dans leur propre intérêt, et non dans celui des peuples des États arabes du Moyen-Orient.
Par conséquent, nous l’affirmons clairement : nous n’entrerons pas en guerre pour servir les intérêts d’autrui et nous ne sacrifierons pas nos enfants dans un conflit qui aurait pu être évité par la diplomatie et des solutions politiques. Nous chérissons la vie de nos enfants et nous ne la considérons pas comme un «dommage collatéral», contrairement à certains. Rien au monde n’est plus précieux que la vie de nos enfants et aucune alliance avec aucun pays ne justifie de les mettre en danger. Si le président Donald Trump et le sénateur Graham sont prêts à risquer leur pays et la vie d’Américains pour défendre les intérêts d’Israël, c’est leur choix. Nous n’en ferons pas autant.
Le sénateur Graham affirme qu’ils sont «les alliés des Arabes» et que nous avons besoin de la protection américaine, dont nous tirons profit. Je lui réponds : nous n’avons pas besoin de votre protection. Nous vous demandons simplement de ne pas nous nuire.
Il ajoute : «Nous vous vendons des armes.» Comme si c’était une faveur que les États-Unis nous rendent ! En réalité, il ne s’agit pas d’une faveur. Nous investissons dans notre sécurité et payons des milliards de dollars pour ces armes. C’est un commerce et une industrie colossaux qui reposent sur ces contrats. D’ailleurs, les États-Unis eux-mêmes se tournent désormais vers l’Ukraine pour acheter des armes afin d’approvisionner leurs alliés dans d’autres conflits. C’est une industrie qui prospère grâce aux guerres et aux ventes d’armes, et non grâce à la charité.
L’exemple le plus révélateur est ce qu’a déclaré le sénateur Graham lui-même au sujet du pétrole. Il a affirmé que l’Iran et le Venezuela détenaient à eux deux 31 % des réserves mondiales de pétrole et que les États-Unis pourraient s’associer à cette part du marché mondial, ce qui serait un véritable cauchemar pour la Chine. Il a même ajouté que si le régime iranien changeait, un «nouveau Moyen-Orient» verrait le jour et que les États-Unis en tireraient d’énormes profits.
C’est seulement à partir de là que le tableau se clarifie. C’est seulement à partir de là que nous comprenons pourquoi ils veulent cette guerre.
Enfin, je dis au sénateur Graham : vous êtes peut-être membre du Sénat américain, mais quiconque entend vos déclarations pourrait vous prendre pour un membre de la Knesset israélienne, car vous défendez davantage les intérêts d’Israël que ceux du peuple américain. Les peuples de notre région ont le droit de vivre en paix et en stabilité, à l’abri des guerres d’autrui. Nous avons également le droit de décider comment protéger nos intérêts et notre sécurité, et de surmonter les crises que nous n’avons pas provoquées, mais qui nous ont été imposées par les conflits entre puissances en quête d’influence dans cette région.
Nous voulons la paix et la stabilité. Nous n’accepterons pas qu’on nous impose la voie de la guerre, ni de servir de chair à canon dans les conflits d’autrui.
Né en 1923 à Zarat, dans la région de Gabès, Ahmed Laghmani est l’une des voix poétiques les plus marquantes de la seconde moitié du 20e siècle en Tunisie.
Il a été enseignant dans le primaire, puis inspecteur. Il a travaillé au ministère de la Culture et a dirigé la Radio Nationale, avant de rejoindre l’Alecso.
Il a publié son premier recueil Un cœur sur les lèvres, en 1981.
Sa proximité avec le Président Bourguiba était notoire, bien que profonde et sincère. Restée fidèle à la métrique arabe classique ; sa poésie tente néanmoins, de moderniser les thèmes hérités des genres poétiques traditionnels, panégyrie, élégie, nature, événements et circonstances, dans un langage limpide et lyrique. Il décède en 2015.
Tahar Bekri
1- L’amour
L’amour, – ô mon pauvre ! – ne se vend pas dans les marchés.
As-tu jamais vu un commerce pour l’amour
Où sont exposés les battements du cœur ?
As-tu entendu une fois un appel
Pour la marchandise des amants ?
Pour un amour qui croît dans les tréfonds ?
Pour un amour enflammé de désir et de passion ?
L’amour – ô mon pauvre !- est une offrande sans contrepartie.
Offert par les grands cœurs libres
Les petites âmes peuvent-elles supporter
D’offrir sans compensation ?
Sois heureux de ton petit rêve ! O petit !
Les rêves des petites âmes sont toujours petits !
2- La gloire
La gloire ne s’obtient jamais par le mensonge
Ni par la ruse
Les enfants ont atteint l’âge adulte !
Il n’y a plus parmi eux ni handicapé ni menteur
La gloire est une tragédie,
Et point de tragédie pour les petites âmes :
Celles qui rêvent de monter entre les astres
En plein jour !
La gloire ! Toute la gloire
Pour le cœur bon, la main propre
Pour celui qui porte l’amour des gens
Et celui qui œuvre pour le bien des humains.
La gloire toute la gloire ;
Pour les êtres bons modestes,
Ceux qui agissent dans l’ombre,
Sans parade ni hypocrisie,
Leurs visages inconnus et anonymes.
Quelles que soient leurs œuvres
Quel que soit leur combat ;
Leurs nouvelles sont tues par le journal d’information.
Gloire à ceux-là.
3- La conscience
La conscience des êtres libres n’est pas liée à la convoitise
Ni repoussée par la menace et la terreur
La conscience des êtres libres est une force :
Fait trembler les montagnes
Détruit les forteresses
La conscience des êtres libres nul oppresseur ne la fait soumette
Car elle est plus noble que les ambitions serviles
Plus violente que la violence
Au-dessus de toute volonté stupide
La conscience des êtres libres
N’est ni marchandise ni bagage
Exposés aux fortunés
Ceux qui rêvent toujours de vente et d’achat
Et montrent chèques et billets
Qui font courir les avides
S’agglutiner les futiles stupides
La conscience des êtres libres n’est pas chose inutile
Fière : sa fierté du ciel
Généreuse : donner sans promettre ni calculer
Franche : ne sait ni tromper ni cacher
Pure : sa page plus claire que le ciel
La conscience des êtres libres – ô toi à la conscience morte –
N’est pas chose futile.
Octobre, 1974.
Traduit de l’arabe par Tahar Bekri
‘‘Dharratu milhin ‘ala jurhin’’ (Une pincée de sel sur une blessure), Cérès, 2001.
Selon la Société astronomique de Tunisie (SAT), le premier jour de l’Aïd El-Fitr devrait être le 20 mars 2026, selon les calculs astronomiques, pour les pays qui se basent sur l’observation visuelle du croissant de lune ou sur des calculs astronomiques, ou encore pour ceux où les fidèles auront accompli les 30 jours de jeûne de Ramadan. Le 20 mars, comme on le sait, coïncidera avec célébration de la fête de l’Indépendance en Tunisie.
La Société a expliqué dans un communiqué que le croissant de chawwal de l’an 1447 après l’hégire sera visible le soir du 19 mars depuis le centre et l’ouest du monde islamique, que ce soit à l’aide d’instruments optiques équipés de capteurs électroniques ou à l’œil nu.
Cependant, l’observation sera extrêmement difficile depuis l’extrême ouest du continent africain.
La SAT a ajouté que le début astronomique de chawwal aura lieu le 20 mars 2026, tandis qu’en Extrême-Orient asiatique, il sera le 21 mars 2026.
L’annonce officielle du début du mois islamique reste la prérogative du Grand Mufti de Tunisie, a-t-elle cru devoir ajouter pour éviter toute équivoque, ce qui souligne un anachronisme aussi absurde qu’injustifié.
L’expert en développement et gestion des ressources en eau, Hussein Rehili, a affirmé que la Tunisie accuse un retard de près de 30 ans dans la réutilisation des eaux usées traitées, une ressource gaspillée dans notre pays et qui pourrait jouer un rôle crucial pour relever les défis futurs, notamment ceux liés au stress hydrique qui s’aggrave avec le réchauffement climatique.
M. Rehili, qui intervenait dans l’émission ‘‘Houna Tounes’’ sur Diwan FM, vendredi 13 mars 2026, a ajouté que le secteur de l’eau en Tunisie souffre d’une fragmentation institutionnelle entre plusieurs ministères, alors qu’une vision unifiée et une planification coordonnée pourraient aider à mieux gérer cette ressource vitale.
Les sources d’eau conventionnelles relèvent du ministère de l’Agriculture, tandis que les eaux usées traitées sont gérées par celui de l’Environnement et l’eau de source, l’eau en bouteille et l’eau thermale dépendent du département de la Santé.
Cette fragmentation, a soutenu l’expert, empêche l’élaboration d’une politique globale de l’eau, au moment où le pays fait face à un stress hydrique croissant et a du mal à mobiliser suffisamment d’eau pour l’irrigation.
M. Rehili a souligné la nécessité pour l’Office national de l’assainissement (Onas) de conclure un accord avec le ministère de l’Agriculture pour la réutilisation des eaux usées traitées dans les zones irriguées, en déplorant que des obstacles administratifs empêchent la généralisation de cette pratique aussi utile que nécessaire. Selon les données officielles, le taux de réutilisation des eaux usées traitées en Tunisie ne dépassait pas, en 2024, 5 à 7 %, un pourcentage très faible compte tenu de la rareté de l’eau dans le pays, alors que ce taux atteint environ 80 % en Israël, 13 à 15 % en Espagne et 8 % en Italie, pays méditerranéens soumis aux mêmes défis de rareté de l’eau.
Le projet visant à améliorer la valeur et la qualité des eaux usées traitées, annoncé par le ministère de l’Environnement en partenariat avec celui de l’Agriculture et en coopération avec l’Italie, constitue une étape importante vers le développement de l’utilisation de ces ressources dans les stations d’épuration.
Le projet coûte environ 620 millions de dinars et repose sur trois piliers principaux : l’amélioration du traitement de l’eau, le soutien aux performances du secteur agricole et la promotion de la formation et de la recherche scientifique dans les domaines de l’eau et de l’agriculture.
L’ancien ministre du Commerce, Mohamed Msilini, a déclaré, samedi 14 mars 2026, que le gouvernement pourrait procéder à un ajustement des prix si le conflit entre l’Iran, Israël et les États-Unis, qui a provoqué une hausse de prix des hydrocarbures, se poursuivait.
M. Msilini, qui intervenait dans l’émission ‘‘Weekend Al-Kif’’ sur Diwan FM, a expliqué que ces ajustements pourraient concerner les prix de l’électricité, du gaz et des biens de consommation, en précisant que certains pays, comme l’Égypte, avaient déjà commencé à appliquer cette mesure. La hausse des prix des carburants pourrait atteindre 10 % ou plus, a-t-il estimé, en rappelant que le ministère de l’Énergie dispose d’un mécanisme permettant d’ajuster les prix des carburants, soit à la hausse, soit à la baisse, tous les trois mois, lorsque les prix fluctuent.
Les ressources budgétaires dédiées au développement pourraient être détournées pour combler le déficit de la balance énergétique. Cette situation pourrait aussi entraîner des pénuries de biens de consommation, a averti l’ancien ministre. «Nous pourrions nous retrouver à nouveau à faire la queue pour du pain et d’autres produits de première nécessité, et assister à des achats de panique», a-t-il averti.
La demande de biens de consommation a déjà augmenté sur le marché afin de constituer des stocks de réserve, car le conflit pourrait se prolonger, a constaté M. Msilini, en soulignant, également, la forte hausse des prix de l’énergie et des coûts d’assurance sur le marché mondial, ce qui se traduira par une augmentation des coûts de transport, laquelle et nécessairement répercutée sur les prix de vente publique.
Il reste à se demander pourquoi un sujet aussi actuel et aussi brûlant que la hausse des prix des hydrocarbures soit évoqué par un ancien ministre et non par un membre du gouvernement en place. Lequel semble vouloir éviter de communiquer sur un sujet aussi impopulaire et qui risque de fâcher dans un contexte d’inflation des prix et de baisse du pouvoir d’achat. A moins qu’il ait une autre solution miracle pour faire face à la situation. Auquel cas, on serait très content de l’apprendre.
Saadia Mosbah, 65 ans, figure emblématique de la lutte antiraciste en Tunisie et présidente de l’association Mnemty dédiée à ce combat, devra comparaître de nouveau devant la Chambre criminelle du tribunal de Tunis le 19 mars 2026. La demande de mise en liberté présentée par ses avocats lors de l’audience du 12 mars a été rejeté par les juges.
Saadia Mosbah est détenue avec d’autres membres de son association dans cette affaire portant sur des soupçons de corruption financière et administrative au sein de la direction de l’ONG très active dans la défense des droits des migrants et demandeurs d’asile subsahariens en Tunisie, des accusations que les prévenus rejettent totalement tout en criant leur innocence.
L’affaire Mosbah continue de susciter une vive émotion en Tunisie et à l’étranger. Une pétition a d’ailleurs été lancée ces dernières semaines en Tunisie pour exiger sa libération immédiate et dénoncer la montée des discours de haine, du racisme et des discriminations à l’encontre des défenseurs des droits humains et des organisations œuvrant sur les questions migratoires.
Saadia Mosbah a été arrêtée le 6 mai 2024. Sa famille, notamment son fils Fares Gueblaoui, s’inquiètent de son état de santé, compte tenu de la durée de sa détention.
Human Rights Watch (HRW) la décrit comme l’une des figures de proue du militantisme noir en Tunisie et souligne sa contribution à la loi de 2018 contre la discrimination raciale.
Selon HRW, son arrestation s’inscrit dans un contexte de répression contre les organisations de la société civile œuvrant pour les droits des migrants, quelques heures après que le président Kaïs Saïed a formulé de nouvelles accusations contre plusieurs ONG, les accusant de recevoir des fonds étrangers et de faciliter l’installation de migrants dans le pays.
La Commission internationale de juristes (CIJ) inscrit cette affaire dans une série plus large de poursuites judiciaires contre des acteurs de la société civile actifs dans les domaines de la migration, de l’asile et de la lutte contre le racisme.
L’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) a organisé, le 10 mars, une «Soirée ramadanesque pour la liberté de l’activiste et défenseure des droits humains Saadia Mosbah», au Centre Dr. Ahlem Belhaj d’écoute et d’accompagnement des femmes victimes de violence. Au cours de cette soirée, elle a réitéré son appel pour la libération de la militante antiraciste.
L’auteure, praticienne chevronnée, a lancé ce «cri d’alarme et appel à la vigilance» dans un post Facebook intitulé «La plume qui peut tuer au nom de la ‘‘tradition’’» pour attirer l’attention du public sur la menace pour la santé publique que constitue aujourd’hui certaines pratiques de la médecine traditionnelle qui s’apparentent davantage au charlatanisme et à l’escroquerie.
Pre Sonia Blibech *
Vendredi 13 mars 2026 à 16h, en plein cœur de notre service de réanimation néonatale, j’ai été confrontée à l’insoutenable.
Un père, tenant son nourrisson de 9 mois dans ses bras, me demande avec aplomb ce que je pense du traitement «à l’arabe» par la plume (تنحية البلغم بالريشة).
Il tombe pile poil sur la bonne personne, au bon moment et au bon endroit.
Parce qu’une séance de kinésithérapie respiratoire n’a pas produit de «miracle» immédiat à ses yeux, ce père a choisi de livrer la gorge de son fils à une pratique barbare.
Le constat est glaçant : en présence de la mère, enceinte de 5 mois, la vérité éclate.
Malgré l’opposition désespérée de la grand-mère maternelle et mère de 9 enfants, le père a imposé ce supplice à son fils à Oued Ellil (Cité des Roses), chez une septuagénaire qui opère impunément devant une foule de clients.
Aux parents : le charlatanisme n’est pas une alternative, c’est un crime.
La «technique de la plume» est une agression physique caractérisée.
1- Risque de lacération : une plume n’est pas un instrument chirurgical. Elle provoque des microdéchirures de la muqueuse oropharyngée.
2- Sepsis : introduire un objet souillé, porteur de germes inconnus, dans les voies respiratoires d’un bébé est une invitation à l’infection généralisée.
3- Fausse route et arrêt respiratoire : le réflexe de vomissement provoqué peut entraîner une inhalation du contenu gastrique ou un spasme laryngé mortel.
En tant que professionnel de santé et responsable, je le dis : confier la vie de son enfant à l’ignorance des charlatans sous prétexte de tradition est une démission parentale pour ne pas blanchir l’ignorance en 2026 ou pour ne pas dire crime plutôt que délit.
Aux médecins en formation et pédiatres : notre devoir de dénoncer.
Chers confrères, internes et résidents, ce cas d’école nous rappelle une vérité fondamentale de notre serment : nous sommes les derniers remparts des enfants.
Ne soyez pas complaisants : le charlatanisme ne doit jamais être toléré par politesse culturelle. C’est une mise en danger délibérée de la vie d’autrui.
Identifiez les sévices : la pratique de la plume (تنحية البلغم بالريشة), les scarifications (التشليط), les brûlures rituelles (الكي بالنار), les applications de pétrole (قاز) et d’oignon (بصل) pour faire baisser la fièvre, l’application d’argile (الطين) pour la prévention de l’érythème fessier, l’ingestion de la « حديدة » pour élimination du méconium, etc., sont des maltraitances physiques.
Osez dénoncer ! Face au refus de la mère de nommer la charlatane par peur, notre rôle est pédagogique mais aussi légal.
Le secret médical ne couvre pas la non-assistance à enfant en danger. Nous avons le devoir de signaler ces «officines de la mort» aux autorités compétentes et au délégué à la protection de l’enfance.
Mon appel : Nous ne pouvons plus laisser des foules s’agglutiner devant des maisons à Oued Ellil pour voir des enfants se faire maltraiter.
La science sauve, l’obscurantisme tue.
Grand-mère, vos larmes étaient justifiées.
Ne laissons plus l’ignorance étouffer le souffle de nos enfants.
Les situations kafkaïennes ne manquent pas en Tunisie avec le projet d’agrandissement d’un aéroport de Tunis-Carthage déjà classé parmi les derniers du monde, un port en eaux profondes à Enfidha qui n’a pas trouvé d’investisseurs depuis près d’un quart de siècle et le métro de Sfax, le deuxième centre économique du pays, dont le PDG est parti à la retraite sans même poser un seul mètre de voie ferrée.
Elyes Kasri *
Certains prétendent, peut-être à tort, que la Tunisie n’aura des chances de sortir de sa crise systémique actuelle et de regagner son statut d’économie émergente qu’en se débarrassant de sa frilosité et de sa prédilection pour le replâtrage à court terme, avec pour seul et unique avantage d’être sans douleur.
L’absence d’audace dans sa vision de la logistique et du transport fait perdre à la Tunisie l’atout de ses compétences humaines qui n’ont d’autre choix que l’exil et la proximité de l’Europe qui est en voie de devenir une malédiction par sa volonté de faire de la Tunisie le dépotoir des damnés de l’Afrique dont l’Europe ne veut pas, suscitant toutes sortes d’obligations humanitaires de la part d’un Etat déjà en difficulté et des appréhensions chez une population qui y voit un motif supplémentaire d’inquiétude pour son avenir.
Perte de temps et de compétitivité
Tant qu’elle n’aura pas l’ambition de voir grand dans son infrastructure portuaire, aéroportuaire et ferroviaire urbaine et interurbaine, loin des gadgets et des miroirs aux alouettes, la Tunisie ne fera que perdre du temps et sa compétitivité par rapport à ses concurrents.
Les situations kafkaïennes ne manquent pas en Tunisie avec le projet d’agrandissement d’un aéroport national, Tunis-Carthage en l’occurrence, déjà classé parmi les derniers du monde, un port en eaux profondes qui n’a pas trouvé d’investisseurs depuis près d’un quart de siècle et le métro de Sfax, le deuxième centre économique du pays, dont le PDG est parti à la retraite sans même poser un seul mètre de voie ferrée.
Quand j’étais en poste en République de Corée, à la fin du siècle dernier, certains diplomates ironisaient en utilisant l’expression dérogatoire «only in Korea». Depuis, la République de Corée est devenue un géant industriel et technologique et la Tunisie a pour sa part choisi la voie de la stagnation puis de la révolution avec tous les indicateurs socio-économiques qui n’échappent à personne.
Je ne serais pas étonné que, face à ce qui se passe en Tunisie depuis deux décennies, des diplomates étrangers n’utilisent la formule «only in Tunisia», pas nécessairement comme un éloge.
Avec la fermeture soudaine du détroit d’Ormuz causée par la guerre d’Iran, le pipeline Est-Ouest saoudien et le pipeline émirati Habshan-Fujairah sont devenus parmi les infrastructures les plus importantes et les plus vitales du monde. Cependant, ces voies alternatives peuvent-elles remplacer les flux qui transitaient par le détroit d’Ormuz et la solution est-elle viable ?
Imed Bahri
Ces deux pipelines ont été construits spécifiquement pour contourner le détroit d’Ormuz, l’un en Arabie saoudite et l’autre aux Émirats arabes unis, et constituent les seules voies permettant d’acheminer une quantité importante de pétrole du golfe Persique vers les marchés mondiaux sans passer par cette voie maritime, rappelle Wall Street Journal.
Ces pipelines ne peuvent remplacer tous les pétroliers transporteraient le pétrole par voie maritime mais leur utilisation actuelle empêche la crise de s’aggraver considérablement, joute le journal américain.
L’Arabie saoudite, en particulier, achemine autant de pétrole brut que possible via son pipeline vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge, un pipeline construit au début des années 1980, lorsque la guerre Iran-Irak menaçait la navigation dans le Golfe.
La plus grande crise jamais connue
«Bien que nous ayons connu des perturbations par le passé, il s’agit sans aucun doute de la plus grande crise que le secteur pétrolier et gazier de la région ait jamais connue», a déclaré Amin Nasser, PDG de Saudi Aramco, mardi.
La perturbation du transport maritime a fait du pipeline Est-Ouest saoudien l’une des infrastructures les plus vitales de l’économie mondiale. Selon Amin Nasser, Aramco prévoit de pouvoir acheminer sa capacité maximale de sept millions de barils par jour via cet oléoduc de 1200 kilomètres d’ici quelques jours.
Environ deux millions de barils par jour sont alloués aux raffineries saoudiennes, laissant environ cinq millions de barils pouvant atteindre quotidiennement les marchés mondiaux. Ce volume est à peu près équivalent à la majeure partie des cargaisons de pétrole saoudiennes qui transitaient par le détroit d’Ormuz avant la guerre, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), une agence fondée par l’OCDE en 1974 et dépendante de celle-ci qui est basée à Paris. À ne pas confondre avec l’AIEA spécialisée dans le nucléaire, dépendante de l’Onu et siégeant à Vienne.
Parallèlement, l’Iran a mené des attaques contre les infrastructures énergétiques du Golfe afin de faire grimper les prix pour impacter les électeurs américains. Selon les analystes, rien n’empêche Téhéran de cibler les pipelines saoudiens ou émiratis.
Le pétrole continue d’arriver sur le marché
Tant que le pétrole continue de transiter par ces pipelines, une partie au moins peut parvenir aux acheteurs, tandis que plus d’un millier de pétroliers restent immobilisés dans le Golfe Persique.
Le pipeline émirati, plus petit, transporte du pétrole brut d’Abou Dhabi jusqu’au port de Fujairah, sur le golfe d’Oman.
«Voir soudainement deux superpétroliers quitter Yanbu et un autre Fujairah a un impact psychologique, laissant entendre que du pétrole continue d’arriver sur le marché», a déclaré Adi Imserovic, ancien négociant en pétrole et maître de conférences à l’université d’Oxford. Il a toutefois ajouté : «Ce qui m’inquiète vraiment, c’est que ces oléoducs sont faciles à cibler.»
Le cours du pétrole continue son évolution erratique : après voir atteint 119,50 dollars lundi 9 mars, il est descendu 88,61 dollars mardi, après que le président Donald Trump a déclaré que la guerre prendrait fin «très prochainement». Cependant, le baril de Brent, référence mondiale, reste beaucoup plus cher qu’à la veille de la guerre, lorsque son prix oscillait entre 60 et 78 dollars. Ce samedi 14 mars, son prix s’établit à 96,88 dollars le baril et, étant donné la poursuite de la guerre, il pourrait reprendre sa tendance à la hausse.
L’extrême volatilité des prix de part et d’autre du détroit d’Ormuz témoigne de la forte demande de pétrole pouvant le contourner. Le pétrole brut omanais se négocie avec une prime par rapport au pétrole brut de Dubaï, qui ne peut être détourné du port de Fateh, situé sur la rive opposée.
Selon les données de Kpler (entreprise technologique de premier plan fournissant des données en temps réel, de l’intelligence artificielle et des analyses sur les marchés de matières premières et le fret maritime), un pétrolier appartenant à l’armateur grec George Prokopiou figure parmi les rares navires occidentaux à avoir quitté le détroit depuis le début du conflit. Ce pétrolier transportait du pétrole saoudien et a traversé Ormuz avec son système de suivi désactivé.
Les dirigeants européens des compagnies pétrolières opérant dans la région ont déclaré rester incertains quant à l’opportunité d’envoyer leurs navires par le détroit.
Le pipeline saoudien, qui serpente à travers dunes de sable, montagnes et champs de lave, transporte le pétrole des vastes gisements de l’est de l’Arabie saoudite jusqu’à la côte de la mer Rouge. Sa longueur est comparable à celle du célèbre pipeline de l’Alaska.
La hausse des coûts de transport complique la donne
Environ 7 000 ouvriers ont été employés sur ce projet de quatre ans, supervisé par une filiale de Mobil Oil, selon une note interne d’Aramco datant de 1983, deux ans après le premier transport de pétrole par ce pipeline. Pour créer un gazoduc parallèle destiné au transport de gaz naturel, des ouvriers ont creusé une tranchée à travers la péninsule arabique à l’aide d’environ 2 000 tonnes d’explosifs.
Le pipeline devait contourner le golfe Persique et acheminer les exportations saoudiennes plus près des marchés occidentaux. Aujourd’hui, cependant, la majeure partie des exportations de pétrole saoudien est destinée à l’Asie.
Des volumes de pétrole encore plus importants auraient pu être transportés à travers la mer Rouge si un autre projet de pipeline n’avait pas été interrompu par des conflits régionaux.
Début 1990, l’Irak et l’Arabie saoudite ont inauguré un gigantesque pipeline destiné à acheminer le pétrole irakien jusqu’au port de Yanbu. Mais sept mois plus tard seulement, Saddam Hussein envahissait le Koweït, et le projet ne devint jamais opérationnel.
Vikas Dwivedi, stratège en énergie mondiale chez Macquarie Bank, a déclaré que les exportations quotidiennes depuis Yanbu avaient augmenté de 2 millions de barils par jour la semaine dernière. Il estime que le gazoduc fonctionnait à 50 à 60% de sa capacité lundi.
Le pipeline émirati, plus récent et co-construit par une filiale de la China National Petroleum Corporation, relie Habshan (Abou Dhabi) à Fujairah, sur le golfe d’Oman. D’une capacité d’environ 1,8 million de barils par jour, il transportait déjà près de 1,1 million de barils par jour avant la guerre, selon l’AIE.
Les chargements de pétrole ont augmenté à Yanbu et à Fujairah. La compagnie pétrolière nationale brésilienne Petrobras a déclaré que l’Arabie saoudite avait respecté ses engagements en acheminant du pétrole par ce pipeline. Le seul problème persistant pour l’entreprise, selon son PDG, est la hausse des coûts de transport.
10 millions de barils de pétrole bloqués dans le Golfe
Malgré le flux de pétrole dans les pipelines, les premières estimations suggèrent qu’environ 10 millions de barils de pétrole restent bloqués dans le golfe Persique, selon la société d’analyse Sparta Commodities. «Nous avons résolu environ la moitié du problème», a déclaré Neil Crosby, analyste de cette société.
Bien que le chargement de pétrole en mer Rouge ou à Fujairah soit plus sûr que le transport maritime via le golfe Persique, il n’est pas sans risques. Le port de Fujairah, aux Émirats, a été endommagé la semaine dernière par une attaque de drone, ce qui a incité certains fournisseurs de carburant à se retirer de leurs contrats dans cette zone.
Les rebelles houthis, soutenus par l’Iran et basés au Yémen, ont lancé des dizaines d’attaques contre des navires commerciaux en 2024. Bien qu’ils n’aient pas repris cette campagne durant le conflit actuel, les analystes en sécurité maritime de la société britannique Ambry conseillent aux navires ayant des liens avec les États-Unis et Israël d’éviter la mer Rouge.
L’Iran a construit un pipeline contournant le golfe Persique et atteignant le port de Jask, sur le golfe d’Oman. Selon les données de Kpler, un superpétrolier d’une capacité de deux millions de barils de pétrole a chargé une cargaison dans ce port au cours du week-end dernier. Il s’agissait seulement du troisième chargement de ce type à quitter Jask depuis 2021.
Vladimir Poutine serait prêt à approvisionner à nouveau l’Europe en pétrole et en gaz, mais seulement si les pays européens s’engagent dans une coopération à long terme exempte de considérations politiques. Ce qui équivaudrait à un abandon de l’Ukraine et des Etats baltes par Bruxelles. Le président russe demanderait clairement qu’on le laisse faire ce qu’il veut comme on le fait du reste avec son alter égo américain Donald Trump. (Carte: Gazoducs et oléoducs russes irriguant l’Union européenne avant la guerre en Ukraine).
Habib Glenza, à Lodz (Pologne)
La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a bouleversé les calculs stratégiques mondiaux, le pétrole et le gaz connaissant une baisse de production suite au chaos récemment déclenché au Moyen-Orient par ces deux Etats arrogants et belliqueux.
La crise a offert à Moscou une opportunité de manœuvres diplomatiques, et Poutine n’a pas tardé à tenter de tirer profit de la situation pour renforcer la Russie.
Lors d’une rencontre télévisée consacrée au marché pétrolier et gazier, le chef du Kremlin a tendu une main à l’Union européenne en proposant de fournir des hydrocarbures à l’ensemble de la zone.
Moscou profite de la crise
Selon l’agence de presse ukrainienne United 24, organe de presse du gouvernement, Poutine a déclaré que la Russie n’avait jamais refusé de collaborer avec les entreprises européennes dans le secteur pétrolier et gazier. Il a également affirmé être ouvert à une coopération renouvelée avec l’Europe.
Cependant, l’aide du président russe aurait un prix. Il a présenté cette aide comme une assistance conditionnée à la reprise par l’Europe de sa coopération pétrolière et gazière avec la Russie, tout en soulignant qu’elle devait être exempte de toute considération politique
Poutine a expliqué que, face à la crise énergétique croissante, la Russie continuerait de fournir du pétrole à ses partenaires commerciaux fiables, notamment en Asie et dans les États membres de l’UE que sont la Hongrie et la Slovaquie. Il a toutefois indiqué être disposé à collaborer de nouveau avec d’autres pays européens.
Le pétrole n’a pas d’odeur
«Si les entreprises et les acheteurs européens décident soudainement de se réorienter et de nous offrir une coopération durable à long terme, exempte de pressions politiques… alors qu’ils le fassent. Nous n’avons jamais refusé», a déclaré Poutine, selon le Moscow Times.
«Nous sommes prêts à travailler avec les Européens, mais nous avons besoin de signaux de leur part indiquant qu’ils sont prêts et disposés à travailler avec nous et à garantir cette durabilité et cette stabilité», a ajouté Poutine, sans ironie aucune, mais en goûtant à l’avantage substantiel que lui donne la crise actuelle de l’énergie provoquée par ses adversaires supposés et alliés providentiels, les Etats-Unis, en lançant la guerre contre l’Iran.
United 24 a noté que les remarques de Poutine intervenaient alors que le prix du pétrole brut Brent atteignait 119 dollars le baril le 9 mars, soit son niveau le plus élevé depuis que le Kremlin a ordonné l’invasion de l’Ukraine en février 2022.
Bien que Poutine ait indiqué dans son discours que la hausse du prix du pétrole n’était probablement que temporaire, il a affirmé, selon Bloomberg, qu’il était important pour les entreprises russes de tirer profit du déséquilibre entre l’offre et la demande d’hydrocarbures. Il semble également vouloir profiter du choc pétrolier pour ramener l’Europe à son ancienne dépendance aux hydrocarbures russes.
Le giron énergétique russe
L’Europe a longtemps dépendu de la Russie pour son approvisionnement en pétrole et en gaz, mais après l’invasion russe de l’Ukraine, les nations européennes ont commencé à se détourner des hydrocarbures russes et à poursuivre une politique d’indépendance énergétique dans le cadre du plan REPowerEU.
Les importations de l’UE de pétrole russe ont également diminué. En 2022, ces importations représentaient 27 % du total ; ce chiffre est tombé à seulement 2 % en 2025. Seuls deux États membres de l’UE importent encore du pétrole russe : la Hongrie et la Slovaquie, qui ne font pas mystère de leur tropisme russe.
En janvier 2026, les États membres de l’UE ont formellement adopté des politiques visant à supprimer progressivement les importations de gaz naturel acheminé par gazoduc et de gaz naturel liquéfié en provenance de Russie et ont également prévu de présenter une proposition législative visant à interdire toutes les importations de pétrole russe au plus tard en 2027.
Sauf que, sous la pression de la crise énergétique actuelle, qui semble appelée à s’aggraver, l’Europe pourrait commencer à lorgner de nouveau le pétrole et le gaz russes, plus accessibles et moins chers. Et Poutine ne manquerait pas de leur en faire payer le prix politique.
La Tunisie entend accélérer son programme de retour volontaire des migrants subsahariens en situation irrégulière en 2026 et vise à atteindre 10 000 rapatriements assistés d’ici la fin de l’année.
Le ministre des Affaires étrangères, des Migrations et des Tunisiens de l’étranger, Mohamed Ali Nafti, a fait cette déclaration jeudi 12 mars 2026 devant la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée des représentants du peuple.
Depuis le début de l’année, 1 262 migrants sont déjà retournés volontairement dans leur pays d’origine, a expliqué M. Nafti, ajoutant que le programme s’améliore progressivement grâce à la coordination entre les institutions tunisiennes, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et les autres acteurs impliqués dans la gestion des flux migratoires. «En 2024, une augmentation significative a été enregistrée, avec 7 250 départs volontaires, tandis qu’en 2025, ce nombre a atteint 8 853», a souligné le ministre dans son discours.
Par ailleurs, l’OIM en Tunisie a fait état d’une hausse des retours volontaires accompagnés pour 2025, confirmant ainsi l’élargissement du programme de retour et de réintégration.
Enfin, le ministre Nafti a réaffirmé sa volonté de poursuivre sa collaboration avec les pays donateurs afin de financer les rapatriements volontaires ainsi que les programmes de réhabilitation et de réintégration dans les pays d’origine, dans le but affiché de réduire les nouveaux départs vers la Tunisie.
La position du gouvernement s’inscrit dans une stratégie plus large visant à contenir les flux migratoires irréguliers, un sujet qui a fait l’objet de discussions approfondies entre la Tunisie et ses partenaires européens ces derniers mois.
Que cachent les gesticulations de la politique étrangère et les coups de force de Donald Trump ? De la volonté d’annexer le Canada et le Groenland à la guerre contre l’Iran dans le cadre d’une coalition israélo-américaine, en passant par le kidnapping du président vénézuélien, il semble que le président américain cherche à cacher, chaque fois, un échec par une nouvelle aventure aussi désespérée que la précédente…
Helal Jelali *
Une bonne lecture de la politique étrangère du président Trump devrait nous amener à la mettre en parallèle à son parcours d’homme d’affaires et financier.
Les deux volets sont chaotiques : s’il maîtrise l’art de rebondir, il avance rarement dans ce qu’il entreprend et passe l’essentiel de son temps à gérer ses échecs.
Rappelons-nous sa phrase sur l’Ukraine pendant la campagne électorale pour son deuxième mandat : «Je vais régler le problème en 24 heures». Depuis, face à Vladimir Poutine, il galère.
Ses réussites financières se résument à «faire des coups» en jouant sur les failles du fisc et du système bancaire américains : gonfler ses bénéfices pour bénéficier de crédits et réduire ces mêmes bénéfices auprès de l’administration fiscale. Un surdoué du poker-menteur.
Trop et jamais assez !
Son premier grand coup a été de minimiser l’héritage immobilier de son père pour s’approprier les réussites de ce dernier. C’est ce qu’affirme sa nièce Mary Trump, auteure d’une biographie de son oncle : ‘‘Trop et jamais assez’’.
Ses échecs financiers sont nombreux : dans le rachat et la revente du Plaza Hôtel en 1988, il perd 75 millions de dollars soit le quart du prix.
Au début des années 1990, il est obligé de vendre sa compagnie aérienne Trump Shuttle. A la même période, ses investissements dans Atlantic City se termineront en feu de paille : les groupes Hôtel- Casino Taj Mahal et Trump Marina Casino Hôtel sont cédés pour renflouer ses dettes…
Son achat de l’équipe de football américain de New Jersey s’achèvera, également, en queue de poisson.
En 1999, il ouvre une agence de mannequins avec 200 jeunes filles venues du monde entier (Epstein n’était sans doute pas étranger à ce coup-là) fera un bide.
En tout, six de ses hôtels-casinos ont coulé.
De nombreux économistes estiment que ses résultats dans l’immobilier sont tout aussi médiocres, en comparaison avec ses concurrents, et aucun d’entre eux ne croit à ses chiffres sur sa fortune.
Le président, spécialiste des superlatifs («extraordinaire, grandiose, formidable») répétait souvent que sa fortune est de 7 milliards de dollars, or, les traders de Wall Street divisent ce chiffre par deux…
Son parcours politique ressemblera à son parcours financier : d’abord, il adhère au Parti Républicain, contre G. W. Bush, mais ne tarde pas à rendre sa carte et à faire un bref passage au Parti Démocrate. Et avant de retourner chez les Républicains, il fait un détour par le parti de la Réforme.
Au Parti Républicain, il mettra la main sur le mouvement Tea-Party pour le reconvertir en Maga. Le Tea-Party était ultra néo-libéral opposé à la politique sociale de Barak Obama et classé par la majorité des politologues dans l’extrême-droite.
Au chapitre de la politique étrangère, sa maladie chronique est l’inconstance doublée d’inconsistance…
Après avoir voulu annexer le Canada, il s’est rendu compte que les généraux canadiens connaissent dans les plus petits détails les secrets de l’arsenal nucléaire américain puisque le Canada est partenaire du Commandement Aérospatial de l’Amérique du Nord : la Norad fondée en 1957, et que toute décision de la défense nucléaire est partagée entre les deux pays.
Le projet d’annexion du Groenland se révèle être un pétard mouillé : les pays scandinaves pourraient quitter l’Otan et faire imploser l’Alliance Atlantique avec beaucoup de fracas.
Le kidnapping de Maduro n’a rien rapporté. Les majors américains trouvent le pétrole du Venezuela trop lourd et trop cher à extraire. Encore un échec cuisant.
Quant aux relations américano-européennes : c’est le grand cafouillage et les rétropédalages continus. En 2025, à la Conférence de Sécurité de Munich, le Vice-président J.D. Vance a proféré des attaques très vives contre l’Union européenne (UE). En 2026, le secrétaire d’Etat Marc Rubio est obligé de faire amende honorable… Est-ce crédible ?
Quant aux droits de douanes, les décisions de Trump ont fait pschitt : en 2025, les exportations européennes vers les Etats-Unis n’ont pas baissé mais bondi de 2%.
Durant son premier mandat 2017-2021, Trump a beaucoup inquiété son état-major, le Pentagone et le Congrès : son discours ouvertement belliqueux envers la Chine a presque été interprété par Pékin comme une déclaration de guerre. Dans leur livre ‘‘Péril’’, Bob Woodward et Robert Costa rapportent que le Général Mark Milley, chef d’état-major entre 2019 et 2023, a renforcé le contrôle des procédures nucléaires et téléphoné à son collègue chinois pour lui dire en substance : «Nous avons la situation en mains. N’écoutez pas les menaces de mon président».
Les opérateurs économiques dans l’expectative
Quant aux droits de douanes avec la Chine, il semble que ses amis de la Cour Suprême et surtout Wall Street n’ont guère apprécié les décisions unilatérales de la Maison Blanche et l’ont fait publiquement savoir.
Avec l’augmentation des droits de douanes, l’ex-homme d’affaires de Boston pensait rapatrier les usines américaines installées surtout au Canada et au Brésil. Mais son slogan America First ne semble pas avoir convaincu beaucoup d’opérateurs économiques.
Sur le front intérieur, les Américains paient cher cet enfumage géopolitique, 47% pensent que la guerre contre l’Iran est «inutile», son impopularité a atteint 60 % et le mouvement Maga est profondément divisé.
La diplomatie de Trump est simpliste et rappelle celle des Soviétiques du temps de l’ancien ministre des Affaires Étrangères Andreï Kromyko, qui consiste à mettre la barre très haut, à faire ensuite concession près concession pour essayer d’obtenir le minimum. Malheureusement cet enfumage, truffé de surenchères, de contradictions et de mensonges, est devenu désuet et lassant, y compris pour ses plus proches collaborateurs, dont certains ne s’en cachent plus.
En tant qu’Arabes, on se doit d’être solidaires avec les peuples frères du Golfe, qui subissent les attaques de drones et de missiles lancées par les Iraniens, mais ce devoir de solidarité ne saurait faire fi du droit international piétiné par l’alliance israélo-américaine à laquelle les monarchies du Golfe se sont associées, à l’insu de leur plein gré, en autorisant l’armée américaine à lancer des attaques à partir des bases qu’e celle-ci occupe dans leurs territoires. (Photo : Les bases militaires américaines au Moyen-Orient attaquées par l’Iran).
Latif Belhedi
«L’Iran n’a pas violé la souveraineté des monarchies du Golfe, mais s’est défendu contre les bases militaires américaines d’où partaient les attaques violant sa souveraineté et tuant ses dirigeants», a écrit, à ce propos, Lahouari Addi, professeur à l’Institut des études politiques de Lyon, en réponse aux analystes politiques qui dénoncent ce qu’ils considèrent comme des agressions militaires de l’Iran contre les monarchies du Golfe. Il explique : «Les monarchies arabes auraient dû demander aux Etats-Unis de ne pas utiliser les bases situées sur leurs territoires pour attaquer l’Iran. C’est ce qu’a fait l’Espagne.»
Inversion de faits et des responsabilités
«Qu’on supporte l’Iran ou non, le droit international est de son côté. Le droit international permet à un pays agressé de se défendre. Et c’est parce que la victime potentielle a le droit de se défendre que la paix est assurée par le biais de la dissuasion», écrit le chercheur algérien, s’inscrivant en faux contre l’inversion des faits et des responsabilités que l’on constate dans les analyses des commentateurs occidentaux, prompts à attaquer l’Iran qui, dans cette affaire, est plutôt agressé qu’agresseur. N’est-ce pas lui qui subit depuis deux semaines les attaques conjointes des aviations militaires israélienne et américaine, dont certaines partent des bases américaines dans les pays du Golfe.
En tant qu’Arabes, on se doit d’être solidaires avec les peuples frères d’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, du Koweït, du Qatar, de Bahreïn, d’Oman et d’Irak, qui subissent les attaques de drones et de missiles lancées par les Gardiens de la révolution iraniens, mais ce devoir de solidarité ne saurait faire fi du droit international piétiné par l’alliance israélo-américaine à laquelle les monarchies du Golfe se sont associées, à l’insu de leur plein gré, en autorisant l’armée américaine à lancer des attaques à partir des bases que celle-ci «occupe» (et c’est le mot juste) dans leurs territoires.
Des choix stratégiques douteux
Dans ce cas d’espèce, défendre le droit international et condamner l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, comme l’a d’ailleurs fait le chef du gouvernement espagnol, non sans panache, ce n’est pas défendre le régime détestable des mollahs, qui réprime dans le sang son propre peuple, c’est préserver les conditions de la paix mondiale qui ne saurait être instaurée par l’imposition de la loi du plus fort dont Washington et Tel Aviv se font aujourd’hui les champions avec l’aval, actif ou passif, de l’Occident et de ses «clients» dans le Sud Global.
Le drame que vivent aujourd’hui les monarchies du Golfe, qui voient le modèle de soft power construit au cours des vingt dernières années, basé sur l’immobilier, le tourisme et la finance, en partie détruit par les missiles et les drones iraniens, réside dans le choix stratégique qu’elles ont fait de confier leur sécurité extérieure à un tandem d’Etats arrogants et belliqueux : les Etats-Unis et Israël, au mépris des intérêts de leurs peuples. Car si elles protègent momentanément les régimes moyenâgeux et antidémocratiques en place dans la région, qui n’ont d’ailleurs rien à «envier» à l’Iran voisin en matière de non-respect des libertés et des droits humains, la normalisation des pays du Golfe avec Israël et les dizaines de bases militaires qu’elles ont accordées aux Etats-Unis sur leurs territoires, ne protègeront pas longtemps leurs peuples des assauts des ennemis comme des amis. Voilà la principale leçon qu’ils doivent tirer de leur drame actuel…
Tucker Carlson, podcasteur très influent, figure de proue du mouvement Maga (Make America Great Again) et ancien présentateur de Fox News, a déclaré au tout début de la guerre actuelle contre l’Iran que «c’est la guerre d’Israël et non celle des États-Unis». Quelques jours plus tard, il a enfoncé le clou en disant que c’est une guerre religieuse lancée par les Évangéliques américains et les extrémistes religieux en Israël pour construire le Troisième Temple à Jérusalem en lieu et place de la Mosquée Al-Aqsa et pour établir le Grand Israël. Il a également attiré l’attention sur les propos du rabbin Yosef Mizrachi, chef de file des sionistes religieux, qui a appelé à lancer un missile sur la Mosquée Al-Aqsa et à imputer la frappe à l’Iran. Tempête au sein de l’électorat trumpiste où certains sont allés jusqu’à l’accuser d’être à la solde du régime iranien. Résultat : Donald Trump, l’ayatollah du mouvement Maga, est intervenu et a «excommunié» Carlson de son mouvement ! ( Photo : Tucker et Trump lors de la campagne présidentielle de ce dernier).
Imed Bahri
Selon Rachel Dobkin, correspondante à New York du journal britannique The Independent, le président Donald Trump a exclu Tucker Carlson du mouvement Maga après que le podcasteur conservateur a critiqué avec virulence les frappes militaires américano-israéliennes contre l’Iran.
L’administration Trump s’efforce de convaincre les Américains du bien-fondé de l’opération Epic Fury, notamment en diffusant des vidéos promotionnelles des frappes sur les réseaux sociaux mais Carlson et d’autres restent sceptiques.
Dans une déclaration à Jonathan Karl d’ABC News au début des frappes, Carlson a qualifié la décision de Trump d’attaquer l’Iran d’«absolument répugnante et maléfique».
«L’objectif de l’opération Epic Fury est d’éliminer la capacité de l’Iran à menacer les Américains», a déclaré l’amiral Brad Cooper, commandant du Commandement central américain. Trump a affirmé que l’Iran reconstituait son programme nucléaire et préparait une attaque contre les forces américaines avant les frappes. Des justifications qui ne sont pas de nature à convaincre grand monde et encore moins Carlson.
«C’est la guerre d’Israël. Ce n’est pas la guerre des États-Unis»
Lundi 2 mars, dans son podcast, Carlson a déclaré : «C’est la guerre d’Israël. Ce n’est pas la guerre des États-Unis. Cette guerre n’est pas menée au nom des objectifs de sécurité nationale américains à savoir pour rendre les États-Unis plus sûrs ou plus riches. Cette guerre n’a même rien à voir avec les armes de destruction massive, les armes nucléaires».
Face aux critiques de Carlson concernant la guerre contre l’Iran, Trump s’en est pris à l’ancien présentateur de Fox News, déclarant : «Tucker s’est égaré. Je le sais depuis longtemps et il n’est pas Maga! Maga, c’est sauver notre pays. Maga, c’est rendre sa grandeur à notre pays. Maga, c’est l’Amérique d’abord, et Tucker n’est rien de tout cela. Et Tucker n’est vraiment pas assez intelligent pour le comprendre», a affirmé Trump.
Suite aux propos du président, Carlson a déclaré à Oliver Darcy du magazine Status : «Il m’arrive d’être agacé par Trump, et c’est certainement le cas en ce moment. Mais je l’aimerai toujours, quoi qu’il dise de moi».
Laura Loomer, militante de la droite dure et alliée de Trump, a pris la défense du président et a vivement critiqué Carlson jeudi 5 mars, écrivant sur X : «Tucker fait activement diversion pour le compte du régime iranien et tente délibérément de diviser la base électorale de Trump de l’intérieur». Elle a ajouté : «Tucker représente un handicap majeur pour le président et sa trahison abjecte envers notre pays doit être totalement dénoncée et condamnée!»
Le slogan ‘‘America First’’ (L’Amérique d’abord) sur lequel Trump a fondé sa campagne présidentielle de 2024, a longtemps été interprété comme la priorité donnée aux intérêts du peuple américain plutôt qu’aux questions étrangères. Il a généralement été associé à l’opposition à de nouvelles guerres. Cette guerre va à l’encontre de ce mantra du président américain.
Cependant, le chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche, Stephen Miller, définit le slogan comme l’affirmation que l’Amérique est «la plus grande puissance mondiale, incontestée et sans égale». Il explique : «Le président a clairement indiqué qu’il estime que la formidable puissance militaire américaine doit être utilisée pour protéger et défendre les intérêts des États-Unis. America First signifie que l’Amérique sera la plus grande puissance mondiale, incontestée et sans égale, et cela signifie que nous défendrons la vie des Américains».
Le pseudo-pacifiste transformé en chef de guerre
Dans son discours de victoire pour l’élection de 2024, Trump avait pourtant déclaré : «Je ne vais pas déclencher de guerre. Je vais mettre fin aux guerres». Les sondages indiquent que les Américains sont mécontents de la décision du président d’attaquer l’Iran.
Un sondage Hart Research Associates/Public Opinion Strategies réalisé pour NBC News a révélé que 54% des électeurs américains désapprouvent la gestion de la situation par Trump. Interrogés spécifiquement sur l’opportunité d’une action militaire américaine contre l’Iran, 52% ont répondu par la négative.
Selon un sondage CNN, six personnes interrogées sur dix estiment que le président n’a pas de plan clair pour gérer la situation, tandis qu’une proportion légèrement supérieure (62%) pense qu’il devrait obtenir l’approbation du Congrès avant de lancer de nouvelles frappes.
La version du Pentagone selon l’amiral Cooper est que l’armée américaine s’efforce de démanteler systématiquement les capacités de production de missiles de l’Iran pour l’avenir. On ignore quand l’opération Epic Fury prendra fin, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, ayant déclaré lors de la première semaine de la guerre : «Nous ne faisons que commencer le combat». À mesure que le conflit s’enlise, que ses conséquences toucheront le monde entier et que le portefeuille de l’électeur américain sera impacté, on verra si les fanfaronnades de Pete Hegseth et de ses semblables va-t-en-guerre se poursuivront….