L’Amérique de Trump nous ramène deux siècles en arrière
L’attaque-surprise a duré 45 minutes. Entre 2.00 et 2.45 du matin, des dizaines d’hélicoptères ‘’Blackhawk’’ ont bombardé Caracas, tué de nombreux militaires et civils, endommagé d’importantes infrastructures et réussi à enlever le président Maduro et sa femme, tirés de leur lit. Le président vénézuélien devrait comparaitre devant un tribunal new yorkais pour faire face aux charges dont l’accuse Donald Trump : « trafic de drogue et terrorisme ».
La vice-présidente du Venezuela, Delcy Rodriguez, a été chargée des fonctions de présidente par intérim. Sa première déclaration fut d’insister que Maduro est toujours le président légitime du Venezuela, et d’exiger sa libération et son retour dans son pays. Déclaration qui n’a pas plu au président kidnappeur qui, dans une rencontre avec la presse, l’a menacée en ces termes : « Si elle ne se comporte pas correctement, elle payera un prix très lourd, probablement plus lourd que Maduro. »
Il va sans dire que, dans l’esprit de Trump, « se comporter correctement », signifie faire ce qu’exige Washington; non ce qui est dans l’intérêt du peuple vénézuélien.
Ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis kidnappent un président en exercice et le jugent par un tribunal américain. En 1989, Bush père avait envoyé les forces spéciales de l’US Army au Panama pour enlever le président Manuel Noriega qui fut jugé et jeté en prison où il mourut.
Mais ce qu’a fait Trump le 3 janvier au Venezuela est autrement plus grave et plus complexe. Le kidnapping du président légitime d’un Etat souverain, que beaucoup qualifient d’ « acte de brigandage d’un pays fort contre un pays faible », s’explique pour deux raisons principales.
La première a trait au pétrole et aux richesses minières du Venezuela. Trump n’a pas fait mystère de sa volonté et de sa détermination de s’en emparer en renversant le régime de Maduro et de le remplacer par un autre qui servirait les intérêts de l’empire plutôt que ceux du peuple vénézuélien.
La seconde raison est de barrer la route de l’Amérique latine aux « pays ennemis », c’est-à-dire la Chine, la Russie et l’Iran qui ont établi des relations économiques et politiques très développées avec le Venezuela. En d’autres termes, « l’acte de brigandage » perpétré par Trump à Caracas est aussi un message à tous les pays d’Amérique latine : tout président latino-américain qui ose défier Washington en mettant les intérêts de son peuple au-dessus de ceux de l’empire, pourrait subir le même sort que Nicolas Maduro.
Les plus pessimistes n’ont pas imaginé pire début de l’année 2026 dont l’humanité entière a souhaité qu’elle soit un peu moins désastreuse que sa précédente. Que peut-on attendre d’une année qui commence par le coup de grâce au droit international, déjà fortement malmené par les prédécesseurs de Trump et leurs alliés fanatiques en Israël.
Ce qu’a fait Trump au Venezuela le 3 janvier nous ramène deux siècles en arrière quand les empires coloniaux pratiquaient la politique de la canonnière pour piller les richesses des pays qui n’avaient pas la capacité de se défendre.
Il n’y a pas beaucoup de différence entre ce que faisaient il y a deux siècles la France en Algérie et la Grande Bretagne en Inde et ce que fait aujourd’hui l’Amérique de Trump. Celles-là avaient occupé militairement et dominé politiquement les pays à piller, et celle-ci, échaudée par ses aventures catastrophiques au Vietnam, en Irak et ailleurs, cherche à imposer un régime local qui tournerait le dos à son peuple et ouvrirait le Venezuela au pillage.
Le drame est que, face à des développements de grande gravité pour la stabilité mondiale, les réactions se limitent à des condamnations verbales ou, comme en Europe, à un silence embarrassant. Sans parler de la presse des deux côtés de l’Atlantique qui traite un événement majeur comme un simple fait divers.
Imaginons un instant que Poutine a envoyé ses hélicoptères à Kiev et a ramené Zelensky pour le juger à Moscou pour terrorisme, ou la Chine a kidnappé le président taiwanais, Lai Ching-Te, pour le juger à Pékin pour trahison. Dans quel degré d’ébullition serait le monde aujourd’hui ? L’Amérique et l’Europe auraient mis la planète sens dessus-dessous, brandissant évidemment les grands principes de la morale, de la démocratie, de la liberté, de la souveraineté et autres balivernes qui sonnent comme de sinistres plaisanteries au vu de l’état dans lequel se trouve le droit international aujourd’hui.
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