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Heute — 27. Mai 2026Leconomiste Maghrebin

Mouton de l’Aïd : Cela coûte cher au portemonnaie

27. Mai 2026 um 14:47

Le prix du mouton a tenu la vedette en cet Aïd Al Adha 2026. Choses vues et entendues à la veille du 27 mai dans deux communes de la banlieue sud de Tunis. Où le et les bêlements se font un peu rares. Comme, cela sent moins le foin et le crottin.

 

C’est, selon cet employé de la ville de Radès, dans la banlieue sud de Tunis, et qui traverse quotidiennement trois quartiers de cette ville pour se rendre à son travail, « un signe qui ne trompe pas ». En cette année 2026, les bêlements se font un peu rares. Comme, cela sent moins le foin et le crottin. « Preuve évidente que les achats de moutons ne se sont pas faits au rythme habituel ». Et notre interlocuteur d’affirmer, haut de son 1,80 mètre, que la cause principale est relative aux prix pratiqués. « Excessifs », selon lui. Et notre homme de raconter cette histoire, dénichée sur les réseaux sociaux. Celle d’un citoyen venu avec une voiture de luxe, louée à la journée, pour transporter un mouton acquis « pour 2 000 dinars ». En fait « à tout seigneur, tout honneur », lance-t-il, sans se départir d’un rire moqueur.

Dans le café où travaille Mohamed, les commentaires sur la cherté du prix du mouton sont devenus un sujet de prédilection. Et comme toujours, chacun vient avec son récit et son commentaire. Notamment au sujet de ces « gacharas », spéculateurs, qui ont été, à en croire Mounir, un habitué du café, « la vedette de cet Aïd ». Ils essaiment, selon lui, partout. Y compris dans les ventes organisées pour lutter contre la spéculation.

« Un citoyen avec une voiture de luxe, louée à la journée, pour transporter un mouton acquis « pour 2000 dinars ». En fait « à tout seigneur, tut honneur ».

 

Malgré toute la vigilance

Comme les ventes de moutons au kilogramme, qui se sont tenues le 18 mai 2026 à Radès. « Les gacharas se sont mêlés à la fête, comme on dit, pour acheter, à leur tour, des agneaux ». Et évidemment, selon la version des faits de Mounir, « ils l’ont fait, malgré toute la vigilance des uns et des autres, en dépêchant certains de leurs sbires. De peur de pouvoir être reconnus ». En fait, comme dit un proverbe tunisien bien connu : « celui qui vole prend toujours le dessus sur celui qui le dénonce ! », commente-t-il. « Ces points de vente auront, malgré tout, réussi à fournir des moutons à des prix raisonnables. Ils ont aussi réussi à montrer que les spéculateurs se sont bien rempli les poches. Des prix entre 300 et 400 dinars de moins comparés à ceux pratiqués par les spéculateurs », conclue-t-il.

Pas pressé, chemise blanche et jean, Ali, un habitant de la commune voisine d’Ezzahra, n’a pas prévu d’acheter de mouton. Il se suffit de deux kilos de viande. « Des côtelettes d’agneau et quelques merguez », précise-t-il. « Mes deux fils sont maintenant mariés et sont de ce fait assez grands pour se débrouiller tout seuls », commente-t-il. « Et puis avec mon cholestérol et mon hypertension artérielle, il faut faire attention », dit-il.

« Faire mon barbecue tranquille »

Dans la même boucherie du marché où il est venu s’approvisionner, on entend pratiquement le même son de cloche : hormis le prix, on avance moult arguments pour expliquer pourquoi il n’y a pas eu d’achat de mouton. Ezzeddine, la cinquantaine, dynamique et cheveux en broussailles sous une casquette rouge, ne fait pas le sacrifice depuis qu’il habite un appartement à Boumhail El Basatine, une commune qui jouxte Ezzahra. « Ce n’est plus possible. Il y a des désagréments : où loger le mouton, où l’égorger ou encore le suspendre et couper la viande ? Je préfère venir ici et acheter de la viande et, ensuite, faire mon barbecue tranquille », tonne-t-il.

Retour à la case départ. On a beau chasser le coût du mouton, il revient au galop. Dans une autre boucherie d’Ezzahra, Nourreddine nous explique qu’au rythme où va le prix du mouton, son achat va dans quelques années être en rapport avec un certain statut social. « Comprenez que son achat ne sera possible que pour les plus riches », sourit-il. Avant d’affirmer que cela sera vrai « à moins d’être un « frimeur » – et il y en a un « paquet » – qui achète, malgré tout, un mouton au prix fort pour l’exposer aux yeux des passants, assis devant sa villa, une chicha dans la main. Eclat de rire dans l’entourage de Nourreddine. Un moyen, peut-être, de donner raison à leur ami !

 

« A moins d’être un « frimeur » -et il y en a un « paquet »- qui achète, malgré tout, un mouton au prix fort pour l’exposer aux yeux des passants, assis devant sa villa une chicha dans la main ».

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Gestern — 26. Mai 2026Leconomiste Maghrebin

Un accord de paix qui tournerait à l’avantage de Téhéran ?

26. Mai 2026 um 13:55

Hilare, Donald Trump a évoqué samedi un mémorandum d’entente sur un accord de paix « largement négocié » avec l’Iran. Il l’a déjà qualifié de « formidable » avant même qu’il ne soit acté. Toutefois, les revirements presque quotidiens du président américain incitent à la plus grande prudence.

La guerre en Iran touche-t-elle à sa fin malgré les dernières escarmouches ? Alors que Washington et Téhéran ont fait état ces derniers jours de progrès dans leurs négociations en cours pour parvenir à un accord. Et en dépit du cessez-le-feu en vigueur dans la guerre opposant les deux pays. L’armée américaine a annoncé hier lundi 25 mai avoir mené des frappes dans le sud de l’Iran. Elles « visent des sites de lancement de missiles et des navires qui tentaient de placer des mines ».

Justifiant ces frappes par le souci de « protéger ses troupes contre les menaces posées par les forces iraniennes », le Pentagone a toutefois précisé « faire preuve de retenue durant le cessez-le-feu en cours ». Un message codé à destination des dirigeants iraniens pour leur signaler que Washington ne cherche pas l’escalade ?

Un accord « formidable » ?

En effet, alors que la guerre menée conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran vient de dépasser sa huitième semaine, soit deux fois plus longtemps que prévu par le président américain lors du lancement de l’attaque le 28 février dernier, Donald Trump a affirmé samedi 23 mai sur son réseau Truth Social que Washington et l’Iran ont « largement négocié » un mémorandum d’entente sur un accord de paix. D’ailleurs, il ‘a déjà qualifié de «  formidable »; et ce, avant même qu’il ne soit officiellement signé par les dirigeants iraniens. Lesquels ont fait savoir que des divergences persistent sur « une ou deux clauses ».

Quid du dossier nucléaire ?

Mais que contient ce mémorandum d’entente au juste ? Selon les fuites dans la presse américaine, il s’agit d’un protocole d’entente d’une durée de 60 jours, renouvelable par consentement mutuel. Durant cette période, le détroit d’Ormuz serait ouvert sans péage et l’Iran devrait le déminer, afin de reprendre ses exportations pétrolières.

En échange, les États-Unis lèveraient leur blocus des ports iraniens pendant un certain temps et accorderaient des dérogations à quelques sanctions. Et ce, afin de permettre à l’Iran de vendre librement son pétrole. Sachant qu’une fois le détroit d’Ormuz ouvert et pleinement fonctionnel, cela pourraient générer près de 10 milliards de dollars de recettes pour le gouvernement iranien sur une période de 60 jours, selon l’agence de presse Fars.

De plus, Washington débloquerait également les avoirs gelés de l’Iran, soit 25 milliards de dollars au total. C’est une condition sine qua non imposée par Téhéran comme préalable à sa signature.

Reste la question majeure du conflit : le nucléaire iranien. Donald Trump et ses conseillers ont affirmé à plusieurs reprises qu’ils n’accepteraient aucun accord qui n’aborderait ce dossier ultra sensible. Quant aux plans concernant le stock d’uranium hautement enrichi de l’Iran dont Washington exige l’abandon; ils devraient faire l’objet de négociations dans un délai de 30 à 60 jours.

Or, côté iranien, on assure que le dossier nucléaire n’est pas inclus dans le protocole d’accord. Une source iranienne de haut rang a déclaré que Téhéran n’a pas accepté de céder ses stocks d’uranium hautement enrichi. « La question nucléaire sera abordée lors des négociations en vue d’un accord définitif et ne fait donc pas partie de l’accord actuel. Aucun accord n’a été conclu concernant l’expédition hors du pays des stocks d’uranium hautement enrichi de l’Iran », précise la même source.

Amateurisme

Alors qui y gagne et qui y perd et comment expliquer tant de précipitation de la part du président américain à conclure un accord même imparfait ?

L’explication se résume par le timing des échéances. A savoir : les élections de mi-mandat, en novembre; la Coupe du monde de football qu’il co-organise avec le Canada et le Mexique; ou encore le 250ème anniversaire de l’indépendance américaine le 4 juillet. Sans omettre le fait que la ligne du président américain crée des tensions au sein même du mouvement MAGA entre les partisans d’un isolationnisme au nom d’AMERICA FIRST et ceux qui prônent une stratégie de coercition permanente contre Téhéran.

Au final, l’accord serait à l’avantage de la République islamique, estiment de nombreux observateurs. « Si ce qui a fuité se confirme, ce serait une sorte de victoire iranienne », analyse Karim Emile Bitar, spécialiste du Moyen-Orient et de la politique étrangère des États-Unis associé à l’IRIS. « L’Iran aurait obtenu un dégel des avoirs. Et la question nucléaire n’a pas été réglée et serait même repoussée aux calendes grecques ».

Et de conclure : « On peut parler d’un accord bâclé. Il y a un sentiment d’amateurisme, d’improvisation qui est assez frappant ». Le verdict est sévère, mais implacable.

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Washington et Téhéran sont-ils sur le point de conclure un accord ?

26. Mai 2026 um 13:13

Pour la première fois depuis le déclenchement de la guerre le 28 février, les Etats-Unis et l’Iran s’expriment avec optimisme sur un possible accord qui mettrait fin aux hostilités.

Bien que les négociations menées par le biais des très actifs intermédiaires pakistanais se déroulent dans la discrétion, quelques informations émergent pour corroborer l’idée que « quelque chose de sérieux » se prépare.

Tout d’abord, pour la première fois, Trump a publié le 23 mai à 21h30 du soir (heure de Washington) une déclaration inhabituelle sur son Truth Social. Inhabituelle dans le sens où elle est correcte, mesurée et dépourvue de ses fanfaronnades habituelles et ses inévitables attaques contre l’adversaire.

Après avoir cité les noms de tous les dirigeants des pays arabes du Golfe avec lesquels il a eu « une très bonne discussion », Trump a affirmé : « Un accord a été largement négocié, sous réserve de la finalisation entre les États-Unis d’Amérique, la République islamique d’Iran et les différents autres pays énumérés. Séparément, j’ai eu un appel avec le Premier ministre Bibi Netanyahu, d’Israël, qui, de même, s’est très bien passé. Les aspects finaux et les détails de l’accord sont actuellement discutés et seront annoncés sous peu. »

D’autre part, l’Américain d’origine iranienne Trita Parsi, Vice-président du « Quincy Institute for Responsible Statecraft », a affirmé : « Mes propres sources à Téhéran confirment qu’une avancée majeure a été réalisée; bien qu’elle reste soumise à une approbation finale. »

Le fait que Trump n’ait annoncé l’accord qu’après s’être entretenu avec les dirigeants régionaux, ceux d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Qatar, du Pakistan, de Turquie, d’Égypte, de Jordanie et de Bahreïn est significatif. Cela prouve que Trump est soucieux des attaques dont il est déjà la cible de la part du Lobby et des faucons à Washington qui commencent à parler de « trahison ». En d’autres termes, Trump cherche à montrer tant aux adversaires de la paix qu’à l’opinion américaine que les principaux partenaires des États-Unis au Moyen-Orient privilégient la diplomatie à l’escalade.

Selon Amwaj.media (Basé au Royaume-Uni), « l’accord prévoit un cessez-le-feu complet, y compris au Liban ; le déblocage progressif des avoirs iraniens gelés ; et la levée du blocus américain du détroit d’Ormuz ».

Toujours selon le même média, « le trafic maritime dans le détroit reprendrait sous la supervision conjointe de l’Iran et d’Oman. Une fois ces mesures entrées en vigueur, les parties disposeraient de 30 jours supplémentaires pour négocier un accord final sur la question nucléaire et le statut à long terme du détroit d’Ormuz. »

Trita Parsi pense que « le délai de 30 jours offre de nombreuses occasions aux saboteurs de tous bords de faire dérailler le processus ». Nul doute que Netanyahu et le Lobby sioniste à Washington sont furieux de la perspective d’un accord qui ferait apparaitre aux yeux du monde que l’Iran sort vainqueur contre les agresseurs qui visaient sa destruction. Par conséquent, il faut s’attendre à des tentatives de sabotage de cette première avancée sérieuse vers la paix.

Il est important de souligner ici la différence de contexte dans lequel Obama a signé en 2015 son accord avec l’Iran et Trump s’apprête à signer le sien 11 ans plus tard. Obama a réussi à valider son accord en dépit de la forte opposition d’Israël et des pays du Conseil de Coopération du Golfe, l’Arabie saoudite en tête. Aujourd’hui, pour Trump, les choses semblent plus faciles puisqu’il bénéficie du soutien de tous les pays du Golfe.

Mais Netanyahu prendra-t-il le risque d’entrer en conflit direct avec Trump dans le cas où celui-ci finira par signer un accord avec l’Iran ? On pourrait conjecturer que c’est pour dissuader le Premier ministre israélien de penser à engager un bras-de-fer avec lui que Trump a déclaré il y a quelques jours aux journalistes qu’il bénéficiait d’un « taux d’approbation de 99 % » en Israël et qu’il pourrait se présenter lui-même au poste de Premier ministre…

Le Vice-Président du ‘’Quincy Institute’’ a vu en cela « un avertissement clair adressé à Netanyahu et à l’establishment politique israélien, leur signifiant que Trump peut leur nuire bien plus qu’ils ne peuvent lui nuire ».

Si l’espoir de mettre fin au conflit exprimé à Washington et à Téhéran se réalise à travers la signature d’un accord qui sera forcément avantageux pour l’Iran; cela représentera une défaite stratégique majeure pour Israël qui verra ses rêves fous d’ « Eretz Israël » et de domination régionale enterrés à jamais.

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Décryptage – Quand les prix montent plus vite que les vies : la Tunisie face à une inflation qui ne dit pas son nom

26. Mai 2026 um 06:36

Le matin, dans les marchés tunisiens, il existe désormais un silence particulier. Un silence lourd, discret, presque invisible. Celui des familles qui calculent avant de remplir un panier. Celui des commerçants qui s’excusent presque en annonçant un nouveau prix. Celui des retraités qui regardent longuement les étals avant de renoncer à certains produits devenus trop chers. L’inflation n’est pas seulement un indicateur publié par les institutions. Elle est devenue une sensation quotidienne. Une fatigue collective. Une inquiétude qui s’installe dans les conversations familiales, dans les taxis, dans les cafés, jusque dans les regards.

Car lorsque les prix augmentent plus vite que les revenus, ce n’est pas uniquement le pouvoir d’achat qui s’effondre. C’est aussi une forme de confiance sociale. La capacité de se projeter dans l’avenir. Le sentiment que le travail permet encore de vivre dignement.

En Tunisie, le débat économique continue pourtant souvent d’être abordé à travers des mécanismes techniques qui donnent parfois l’impression que l’économie se résume à des tableaux Excel et à des courbes statistiques. Or, derrière chaque point d’inflation supplémentaire, il y a des existences concrètes qui se contractent. Des projets différés. Des sacrifices silencieux. Et surtout une vérité que l’on refuse parfois de regarder en face : l’inflation tunisienne ne relève pas uniquement d’un problème monétaire. Elle est devenue le symptôme d’un modèle économique profondément vulnérable.

L’inflation tunisienne : le miroir d’une dépendance ancienne

Pendant des décennies, une grande partie de la pensée économique dominante a défendu l’idée selon laquelle l’inflation était avant tout une question de monnaie. Trop d’argent en circulation provoquerait mécaniquement une hausse généralisée des prix. Cette vision, largement popularisée par Milton Friedman, a profondément influencé les politiques économiques contemporaines. Dans cette logique, la solution semble évidente : augmenter les taux d’intérêt pour freiner le crédit, ralentir la consommation et calmer l’inflation. Mais la Tunisie ne vit pas une inflation classique de surchauffe économique. Elle traverse une inflation enracinée dans ses fragilités structurelles.

Lorsque les prix internationaux du blé augmentent, la Tunisie subit immédiatement le choc. Lorsque le pétrole flambe, l’ensemble de l’économie est contaminé : transport, production, agriculture, logistique, consommation. Lorsque les chaînes d’approvisionnement mondiales se dérèglent, les tensions apparaissent rapidement sur les marchés locaux. La dépendance aux importations transforme chaque turbulence géopolitique internationale en tension sociale intérieure.

Et cette dépendance n’est pas seulement économique ; elle est devenue psychologique. Chaque crise mondiale rappelle brutalement à quel point le pays reste vulnérable aux décisions, aux conflits et aux spéculations qui se jouent ailleurs.

La pandémie mondiale avait déjà révélé cette fragilité. Puis les tensions géopolitiques internationales ont aggravé les déséquilibres énergétiques et alimentaires. Les coûts du transport maritime ont explosé. Les matières premières sont devenues plus chères. Dans un pays importateur net comme la Tunisie, ces chocs extérieurs pénètrent immédiatement dans la vie quotidienne.

Mais réduire l’inflation tunisienne à une simple inflation importée serait encore insuffisant. Car il existe aussi des fractures internes que l’on évoque souvent à demi-mot.

Les chemins invisibles de la spéculation et des dysfonctionnements

Entre le producteur et le consommateur tunisien, les circuits de distribution ressemblent parfois à un labyrinthe opaque. Les intermédiaires se multiplient. Les coûts s’accumulent. Les marges gonflent. Certaines pratiques spéculatives prospèrent sur les pénuries réelles ou artificielles. L’économie informelle brouille davantage les mécanismes de contrôle et de transparence.

Dans certaines régions, des agriculteurs vendent leurs produits à des prix dérisoires pendant que les consommateurs urbains les achètent à des tarifs exorbitants. Entre les deux, une chaîne entière de dysfonctionnements absorbe la valeur.

Cette situation nourrit une forme d’exaspération sociale diffuse. Car le citoyen finit par avoir le sentiment que les prix ne répondent plus à une logique économique compréhensible. L’inflation devient alors une expérience émotionnelle autant qu’économique. Elle produit de la frustration, de la colère, parfois même un sentiment d’injustice.

Et dans ce contexte, la réponse classique consistant à relever les taux directeurs apparaît de plus en plus déconnectée de la réalité vécue.

Quand le remède risque d’affaiblir davantage le malade

La hausse des taux d’intérêt repose sur une idée simple : rendre l’argent plus cher pour ralentir la demande. Mais que se passe-t-il lorsque la demande est déjà fragile ? Lorsque les ménages réduisent déjà leur consommation par contrainte et non par excès ? Lorsque les entreprises hésitent déjà à investir faute de visibilité ?

En Tunisie, la politique monétaire encore restrictive agit parfois comme un frein supplémentaire sur une économie déjà ralentie. Le jeune entrepreneur qui voulait agrandir son activité découvre des conditions de crédit plus difficiles. La PME qui espérait moderniser ses équipements reporte ses investissements. Le ménage qui rêvait d’acquérir un logement abandonne son projet face à l’explosion des mensualités. L’économie se fige progressivement.

Le paradoxe devient alors cruel : les prix continuent d’augmenter tandis que l’activité ralentit. Cette situation rappelle les grandes crises de stagflation qui ont marqué plusieurs économies dans l’histoire contemporaine. Une inflation persistante combinée à une croissance faible crée un climat économique profondément anxiogène. Les entreprises vendent moins mais paient plus cher leurs coûts de production. Les ménages gagnent relativement moins mais dépensent davantage pour survivre. L’économie cesse alors d’être un espace de progrès pour devenir un espace de résistance.

Le retour des grands débats économiques oubliés

Ce que vit aujourd’hui la Tunisie réactive en réalité des débats intellectuels anciens mais essentiels. Dans les années 1950 et 1960, plusieurs économistes du courant structuraliste latino-américain avaient déjà critiqué l’idée selon laquelle les pays en développement pouvaient combattre l’inflation uniquement par des politiques monétaires restrictives. Pour des penseurs comme Raúl Prebisch (1), les économies périphériques souffraient surtout de déséquilibres structurels : dépendance extérieure, faiblesse industrielle, vulnérabilité commerciale et rigidités productives.

Le cas tunisien illustre aujourd’hui cette réalité avec une force particulière. Une économie qui dépend massivement des importations énergétiques et alimentaires reste exposée à des formes d’inflation que les taux d’intérêt ne peuvent pas réellement neutraliser. On ne résout pas une pénurie de production par une contraction du crédit. On ne corrige pas des infrastructures défaillantes avec des outils monétaires. On ne combat pas des spéculations logistiques uniquement depuis une banque centrale.

Même au niveau international, les certitudes commencent à vaciller. Après les grandes secousses inflationnistes post-pandémie, plusieurs économistes occidentaux ont reconnu que l’inflation contemporaine provenait largement des chaînes d’approvisionnement mondiales, des tensions géopolitiques et des crises énergétiques plutôt que d’une simple surconsommation.

La Tunisie se trouve ainsi au cœur d’une question fondamentale : peut-on continuer à appliquer mécaniquement des recettes économiques standardisées à une réalité profondément spécifique ?

Une société qui s’épuise lentement

Mais les conséquences les plus profondes de l’inflation sont peut-être ailleurs. Elles se nichent dans l’usure psychologique d’une société qui s’adapte en permanence à la hausse des prix. Les familles modifient leurs habitudes alimentaires. Les classes moyennes réduisent leurs loisirs. Les jeunes retardent leurs mariages ou leurs projets immobiliers. Les parents multiplient les arbitrages douloureux entre santé, éducation et consommation courante. Même les petits plaisirs deviennent des calculs.

L’inflation transforme discrètement la manière de vivre. Et lorsque cette situation dure, elle finit par altérer le lien social lui-même. La confiance dans les institutions s’effrite. Le sentiment d’ascension sociale disparaît. Le travail semble parfois ne plus suffire pour maintenir une stabilité minimale. Une forme de lassitude collective s’installe progressivement. Dans ce climat, la question économique devient aussi une question politique et morale. Car une société qui ne parvient plus à protéger ses classes moyennes fragilise son équilibre profond.

Repenser le développement avant de simplement combattre les prix

La Tunisie se trouve aujourd’hui devant un choix historique. Continuer à traiter l’inflation uniquement comme un problème monétaire reviendrait à s’attaquer aux symptômes sans toucher aux causes profondes.

Le véritable défi est ailleurs : reconstruire une capacité productive nationale plus solide. Réduire les dépendances stratégiques. Moderniser les infrastructures logistiques. Investir dans l’agriculture, les énergies renouvelables et l’industrie locale. Réorganiser les circuits de distribution. Restaurer une forme de souveraineté économique. Cela exige une vision à long terme, à contre-courant des logiques de gestion immédiate. Car au fond, l’inflation tunisienne raconte une histoire plus vaste que celle des prix. Elle raconte les fragilités d’un modèle économique longtemps fondé sur la dépendance, la consommation importée et la vulnérabilité extérieure. Elle révèle aussi les limites d’une époque où l’on croyait que les banques centrales pouvaient, à elles seules, réguler les déséquilibres sociaux et économiques.

Aujourd’hui, la Tunisie ne se confronte pas uniquement à une poussée inflationniste passagère. Elle est surtout placée devant une question fondamentale et historique : quel modèle de développement économique souhaite-t-elle bâtir pour les générations futures et pour les décennies à venir ?

Et peut-être que la véritable réponse à l’inflation ne se trouve pas uniquement dans les taux d’intérêt, mais dans la capacité collective à produire davantage, à dépendre moins, et surtout à redonner aux citoyens une chose devenue rare : la confiance dans demain.

 

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Références :

(1)  Raúl Prebisch (1901–1986) est l’un des grands penseurs du développement économique et le principal représentant du courant structuraliste latino-américain. Il est surtout connu pour la thèse de Singer-Prebisch, élaborée avec Hans Singer, selon laquelle les pays en développement subissent une dégradation progressive des termes de l’échange dans le commerce mondial.

Selon cette théorie, les pays de la « périphérie » exportent principalement des matières premières à faible valeur ajoutée, tandis que les pays du « centre » exportent des produits industriels et technologiques plus coûteux. Avec le temps, les prix des matières premières augmentent moins vite que ceux des produits manufacturés, obligeant les pays en développement à exporter davantage pour importer la même quantité de biens industriels. Cette dynamique entretient une dépendance structurelle et freine le développement économique autonome.

Les travaux de Prebisch ont fortement influencé la théorie de la dépendance et ont servi de fondement aux politiques d’industrialisation par substitution aux importations (ISI), qui visaient à protéger les industries nationales naissantes afin de réduire la dépendance extérieure.

Sur le plan institutionnel, il fut le premier gouverneur de la Banque centrale d’Argentine, directeur de la CEPAL (Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes) entre 1950 et 1963, puis premier secrétaire général de la CNUCED entre 1965 et 1969. Son héritage intellectuel demeure central dans les débats contemporains sur les inégalités Nord-Sud, la souveraineté économique et les stratégies de développement des pays émergents.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Trump-Netanyahu : Divergences ou rupture ?

23. Mai 2026 um 10:38

Washington et Tel-Aviv sont-ils au bord de la rupture ? Donald Trump veut garder ouverte l’option d’un accord avec Téhéran ; Benjamin Netanyahu estime pour sa part que la pression militaire doit continuer afin d’« écraser » les capacités nucléaires et balistiques de son ennemi héréditaire.

 

L’idylle entre « Bibi » et « le meilleur ami d’Israël à la Maison Blanche » semble avoir du plomb dans l’aile. Pourtant, pendant des années, Trump et Netanyahu ont affiché une proximité totale. Lors de son premier mandat, le président américain n’avait-il pas transféré l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem et reconnu les hauteurs du Golan comme territoire israélien ? Depuis son retour à la Maison Blanche en 2025, les deux dirigeants n’avaient-ils pas encore renforcé leur coopération, notamment autour de la bande de Gaza et de l’offensive lancée le 28 février contre l’Iran ?

Divergences

Cependant, il faut croire que leurs chemins se sont séparés, probablement parce qu’ils poursuivent des objectifs différents dans la guerre contre l’Iran. Israël veut renverser le régime des ayatollahs à la racine, tandis que Trump se concentre sur la réduction de ses capacités militaires et nucléaires.

En effet, révèle la presse américaine, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, est sorti « hors de lui » et « fou de rage » à l’issue d’un entretien téléphonique extrêmement tendu, dans la soirée du mardi 19 mai, avec le président américain, Donald Trump : les deux alliés s’opposent désormais frontalement sur la gestion du conflit avec l’Iran. Le locataire de la Maison Blanche cherche une issue rapide à cette guerre par la voie diplomatique ; alors que le boucher de Gaza veut « finir le job » par l’intensification de frappes militaires massives contre l’Iran.

Selon The Wall Street Journal, l’échange de mardi a ainsi mis en lumière « les intérêts divergents des deux alliés quant à la fin de la guerre ». Ainsi, « Trump cherche à mettre un terme à un conflit économiquement coûteux et impopulaire aux États-Unis. Israël espère reprendre la campagne de bombardements là où elle s’était arrêtée […] et infliger des dégâts plus importants afin d’affaiblir un régime qu’il perçoit comme une menace existentielle », résume le quotidien américain.

Trump veut passer à autre chose

Selon la chaîne américaine CNN, Trump aurait indiqué à son allié israélien que « les médiateurs travaillaient sur une ‘lettre d’intention’ que les États-Unis et l’Iran signeraient afin de mettre officiellement fin à la guerre et d’entamer une période de négociations de trente jours sur des questions telles que le programme nucléaire iranien et l’ouverture du détroit d’Ormuz ».

Or, il était prévu une relance conjointe des attaques contre Téhéran dès mardi 19 mai. « Dimanche 17 mai, lors d’un entretien, Trump a indiqué qu’il envisageait de lancer de nouvelles frappes ciblées contre l’Iran en début de semaine ».  Vingt-quatre heures plus tard, il change d’avis et décide de la poursuite de la médiation « à la demande de ses alliés du Golfe, notamment le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis », affirme la même source.

Alors, pourquoi ce revirement brusque ? Il semble évident que Trump, en sa qualité d’ancien promoteur immobilier, « en a marre » du conflit du Moyen-Orient – un bourbier auquel il a été entraîné par son ami Bibi – et espère conclure un « deal » en vertu duquel Téhéran s’engagerait à suspendre son programme nucléaire et rouvrirait le détroit d’Ormuz. Pour déclarer triomphalement qu’il a gagné la guerre. Au suivant !

Obsession

Etouffant à peine sa colère à cause de cette énième volte-face du milliardaire républicain, Netanyahu lui aurait fait part de sa « déception », qualifiant d’« erreur » le report des frappes et insistant pour « une reprise de l’offensive militaire », rapporte CNN, ajoutant que le Premier ministre israélien, la queue entre les jambes, a souligné que bien que la guerre contre l’Iran ait été lancée en collaboration avec les États-Unis, « personne ne peut donner d’ordres à Donald Trump », qu’il a qualifié d’« homme le plus puissant du monde », insistant sur le fait que seul le président américain décide jusqu’où aller dans cette offensive et quand y mettre fin.

En effet, il faut reconnaître que le Premier ministre israélien ne lâche jamais le morceau et ne change jamais de ligne. Il affirme mordicus que l’Iran est « sur le point » de posséder l’arme nucléaire depuis plus de 30 ans. Il avait prononcé ses premiers avertissements sur une bombe iranienne imminente en 1992. Depuis, il a continuellement réduit le délai, déclarant à plusieurs reprises au fil des ans que l’Iran n’était plus qu’à « quelques mois » ou « quelques semaines » de l’objectif.

Rien d’étonnant à ce qu’il plaide depuis le début du conflit avec l’Iran pour une approche plus agressive face à Téhéran, sans cacher son objectif annoncé de renverser le régime islamique en place depuis 1979. Durant les quarante jours de guerre, il avait d’ailleurs appelé à plusieurs reprises la population iranienne à se soulever contre le pouvoir. En vain, puisqu’il a réussi, a contrario, la prouesse de rassembler le peuple iranien, y compris l’opposition, autour d’un régime autrefois honni.

Ironie du sort : désormais, c’est le régime des mollahs qui décidera de l’avenir de l’alliance « indéfectible » entre Washington et Tel-Aviv.

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Contrôle de gestion : le levier silencieux de la performance et de la gouvernance dans le secteur bancaire

23. Mai 2026 um 10:30

Entre relance économique et modernisation des institutions financières, le contrôle de gestion émerge comme un outil central pour renforcer la performance et la transparence. Il dépasse la simple vérification des chiffres pour devenir un moteur stratégique de décisions éclairées.

 

Souvent cantonné à un rôle purement administratif, le contrôle de gestion se révèle aujourd’hui essentiel pour piloter les activités bancaires, mesurer la rentabilité et optimiser l’utilisation des ressources. Il offre aux dirigeants une vision claire et factuelle pour orienter leurs décisions.

Exemple concret : dans certaines agences, l’analyse des coûts opérationnels a permis de détecter des disparités importantes, conduisant à une réorganisation efficace des ressources et des équipes.

 

Gouvernance et transparence : plus qu’un slogan

Les institutions financières gèrent des ressources considérables et contribuent à la mise en œuvre de politiques économiques stratégiques. La transparence et la responsabilité ne sont donc pas optionnelles.

Certains pourraient craindre qu’un contrôle renforcé ralentisse l’action. Mais en réalité, il améliore la qualité des arbitrages, offrant aux décideurs des données fiables et des analyses structurées pour orienter leurs choix.

Exemple : l’analyse des crédits distribués a permis d’identifier des écarts par rapport aux objectifs régionaux, facilitant des ajustements précis et rapides.

 

Data et digitalisation : transformer les chiffres en décisions

La transformation digitale génère des volumes massifs de données bancaires : transactions, dépôts, crédits, performances des agences. Exploitées correctement, ces données deviennent un outil stratégique pour anticiper les risques, optimiser les performances et orienter les décisions.

Une gouvernance solide des informations est indispensable pour garantir leur fiabilité et leur pertinence dans l’analyse.

 

Intelligence artificielle : un outil, pas un substitut

L’intelligence artificielle et les outils d’analyse avancée permettent d’identifier des tendances invisibles à l’œil humain et de détecter rapidement des anomalies.

Mais l’IA ne remplace pas l’expertise humaine. Elle complète l’analyse stratégique, permettant au contrôleur de gestion de concentrer ses efforts sur l’interprétation des résultats et la formulation de recommandations pertinentes.

Exemple : l’IA a permis d’identifier rapidement des segments de portefeuille présentant un risque élevé, permettant aux équipes de gestion des risques d’intervenir proactivement.

 

Le contrôle de gestion au cœur du pilotage bancaire

 

Cette illustration résume le cycle stratégique : Collecte des données → Analyse et reporting Décision stratégique Impact économique et gouvernance, avec la transformation digitale et l’IA en soutien.

Le contrôle de gestion n’est pas seulement technique : il doit être intégré à la culture managériale et reconnu comme un partenaire stratégique. Développer les compétences numériques, valoriser la transparence et exploiter pleinement les données sont autant de conditions pour que le levier du contrôle de gestion transforme réellement la performance.

« Plus qu’un simple outil technique, le contrôle de gestion transforme les décisions en actions concrètes et mesurables. Dans un environnement où performance et transparence deviennent des impératifs, les institutions capables d’exploiter pleinement ce levier s’affirment comme les véritables architectes de la relance et de la stabilité économique ».

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Note éditoriale : Cette tribune démontre que le contrôle de gestion n’est pas un gadget administratif, mais un moteur silencieux de performance et de transformation, essentiel pour relever les défis économiques et institutionnels du secteur bancaire.

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Hajer Chekir: « La Tunisie pourrait devenir une vitrine internationale de la transition verte »

22. Mai 2026 um 14:13

L’Economiste Maghrébin a organisé la 27ème édition de son Forum, un rendez-vous de référence réunissant, annuellement, responsables institutionnels, chefs d’entreprise, experts, universitaires et acteurs de l’innovation autour des grands enjeux économiques et sociétaux de la Tunisie.

Pour cette édition, le Forum a proposé trois panels, dont l’un était consacré aux défis énergétiques et aux perspectives de transition écologique en Tunisie. Intitulé « L’impératif stratégique des énergies renouvelables en Tunisie : volatilité des prix des hydrocarbures et transition bas-carbone », ce dernier panel a examiné les enjeux liés à la sécurité énergétique, à la diversification du mix énergétique et à la réduction de l’empreinte carbone.

En effet, Hajer Chekir, directrice commerciale BYD Tunisie, a fait savoir lors de talk de L’Economiste maghrébin que la mobilité électrique n’est pas seulement une nouvelle manière de conduire, c’est une nouvelle façon de penser l’énergie.

Sur le plan environnemental, une batterie de véhicule électrique permet de réduire les émissions de CO2 et de diminuer la dépendance aux énergies fossiles. Toutefois, elle estime que le rôle du véhicule électrique va bien au-delà. Avec le développement massif du solaire et de l’éolien.

 

Lire aussi: Forum de l’Économiste Maghrébin – « Tunisie : 70 ans d’indépendance, l’heure du cap, l’heure du choix »

 

Au-delà de ce constat, la Tunisie aura besoin de solutions de stockage ; les véhicules électriques en feront partie. Hajer Chekir insiste à dire qu’ils pourront stocker l’électricité produite de manière intermittente et, à terme, contribuer à l’équilibrage du réseau électrique — une réalité déjà observable dans certains pays comme l’Australie.

Selon elle, la mobilité électrique ne sera donc pas seulement un moyen de transport : elle deviendra un outil au service de la transition énergétique.

Parallèlement, la digitalisation, l’intelligence artificielle et la croissance des data centers augmenteront la demande d’électricité, rendant indispensable la modernisation des infrastructures. Trois enjeux structurent la mobilité électrique, souligne Mme Chekir: un enjeu climatique : la décarbonation et la réduction des émissions de CO2 ; un enjeu économique : la réduction de la dépendance aux énergies fossiles ; un enjeu énergétique : la modernisation et la flexibilité du réseau électrique.

Interrogée sur la durée de vie des batteries, Hajer Chekir cite l’exemple de la « Blade Battery » (LFP, lithium fer phosphate), réputée pour sa sécurité et sa longévité : sa durée de vie peut atteindre l’équivalent de 2 millions de kilomètres, soit environ 5 000 cycles de recharge, chaque cycle correspondant à 400–500 km d’autonomie.

 

Lire également: Tesla perd sa place de leader dans l’industrie des voitures électriques au profit du chinois BYD

 

Quant au marché tunisien, le principal défi n’est plus la technologie mais la démocratisation : convaincre les consommateurs par la sensibilisation sur la durée de vie des batteries, l’autonomie et le coût d’usage. Les signes sont toutefois encourageants : l’adoption des véhicules électriques progresse. Les immatriculations récentes témoignent d’une accélération, 750 véhicules en quatre mois, contre 500 sur l’ensemble de 2025 et 200 en 2024.

Trois défis restent à relever pour accompagner cette transition. A savoir, la sensibilisation et information des consommateurs sur la fiabilité, l’autonomie et le coût total de possession. Le déploiement d’une infrastructure de recharge accessible, incluant la recharge à domicile (qui représente environ 80% des recharges), des bornes sur les grands axes, sur les lieux de travail et dans les lieux publics. Des progrès technologiques, comme la recharge ultra-rapide capable de fournir 400 km en quelques minutes, repoussent les limites actuelles.

Un cadre réglementaire incitatif. Le dispositif tunisien, exonération des droits de douane et des droits de consommation, et TVA à 7% sur les véhicules électriques soutient déjà la transition.

Pour réussir, Hajer Chekir appelle à une action collective et coordonnée : « L’État, les banques, les organisations énergétiques et les constructeurs doivent travailler en synergie pour accélérer la transition énergétique ».

Elle délivre un message optimiste : la Tunisie pourrait devenir une vitrine internationale de la transition verte.

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Forum de l’Économiste Maghrébin – « Tunisie : 70 ans d’indépendance, l’heure du cap, l’heure du choix »

21. Mai 2026 um 10:11

Je suis ravi et fier de vous accueillir ce matin pour nous interroger sur notre passé récent – 70 ans d’indépendance -, avant de nous projeter dans le futur, à l’horizon 2030 et au-delà. « C’est donc l’heure du cap, l’heure des choix ». Pas étonnant que ce soit l’intitulé du thème central de notre Forum dans sa 27e édition.

Je voudrais, à l’occasion, vous remercier pour votre fidélité, d’être toujours aussi nombreux et aussi engagés, vous remercier du fond du cœur d’avoir accepté notre invitation en dépit de vos obligations.

Et remercier vivement nos conférenciers et panélistes.

Remercier nos sponsors, nos compagnons de route. Remercier particulièrement la Fondation Friedrich Naumann pour la Liberté. Sans leur concours, sans leur implication, le Forum de l’Économiste maghrébin ne sera pas ce qu’il est.

Mesdames et messieurs,

Il y a 70 ans, la Tunisie était de retour dans le concert des nations. Enfin libre, indépendante, maître de sa propre destinée. L’État, à peine constitué sur les débris de la monarchie et le legs du colonialisme, s’était engagé dans une vaste entreprise de développement. Méthodiquement, sûrement, en se donnant les moyens de cette ambition. Promulgation du Code du statut personnel qui rétablissait l’égalité homme-femme, doublant ainsi notre potentiel de développement, généralisation de l’enseignement. Et, dans la foulée, le contrôle des naissances sur fond d’éradication de l’analphabétisme. La voie est d’autant plus libre que le pays disposait, au sortir du protectorat, d’une élite comme nulle autre pareille dans la région. Elle portait au plus profond d’elle-même une vision d’avenir, un vaste dessein national et un projet économique, social et culturel qui ne jure que par la modernité et le progrès. Passées les premières années de consolidation des institutions publiques, les dirigeants aux commandes de l’État étaient déjà sur le front, à la manœuvre, dans une course effrénée au développement.

Dès le début des années soixante, le pays affichait sa volonté et sa détermination de sortir au plus vite du sous-développement. En mettant en place un système de planification, des perspectives décennales et des plans quinquennaux de développement : l’anti-hasard comme mode de gouvernement !

 

27e édition du Forum de l'Economiste maghrébin

Le pays avait réussi la gageure de créer une classe de capitalistes sans capitaux, rien que par le recours au secteur bancaire public. Dans cette poussée entrepreneuriale, on voulait tout faire par nous-mêmes, valoriser notre industrie extractive, subvenir à la demande et aux besoins locaux en faisant le choix d’un modèle par substitution des importations.

 

On avançait à marches forcées : modernisation des structures agricoles et commerciales, création de pôles de développement disséminés dans l’ensemble du pays, sous la houlette d’entreprises publiques aux fins de valoriser les ressources nationales, incitations à la création de PME/PMI, mise en place à cet égard de structures d’appui dans l’industrie, l’agriculture, le tourisme… Les banques publiques créées à dessein finançaient à tout va la création d’entreprises dont souvent elles prenaient elles-mêmes l’initiative.

Le pays avait réussi la gageure de créer une classe de capitalistes sans capitaux, rien que par le recours au secteur bancaire public. Dans cette poussée entrepreneuriale, on voulait tout faire par nous-mêmes, valoriser notre industrie extractive, subvenir à la demande et aux besoins locaux en faisant le choix d’un modèle par substitution des importations. Avec à la clé des mesures incitatives et surtout une protection effective au motif de protéger plus que de raison notre industrie naissante.

En vérité, la protection ne se justifie et n’est utile que si elle est limitée dans le temps. Pour éviter que ne se créent des rentes de situation et des profits de monopole dont bénéficieraient des entreprises que rien ne contraint et n’oblige à s’inscrire dans une logique de compétitivité en réduisant leurs coûts et en stimulant l’innovation.

Un tel modèle, qui promeut des entreprises sans capacité exportatrice, est peu soutenable à terme. Nous avons pu le vérifier à nos dépens.

Dans ce contexte, l’État, à la fois stratège, patron et gérant, dominait le paysage productif. Son omniprésence traduisait moins un choix idéologique ou doctrinal qu’il s’est imposé par la force des choses face au vide patronal privé de l’époque. C’est du moins le sentiment qui dominait dans les allées du pouvoir. Avant d’y prendre goût pour toujours.

Au terme de la décennie ‘60, le modèle s’essouffle et révèle ses propres limites. Le développement s’est fracassé contre la montagne de la dette, les déficits jumeaux, en raison d’une protection excessive, dévoyée, déviée de sa raison d’être. Fin du premier acte.

Changement de vision, de cap et de choix. L’ouverture aux IDE est à l’ordre du jour, bien qu’elle ne concerne que les entreprises offshores à vocation purement exportatrice. Ouverture toute relative : pour ne pas chahuter la zone de confort des entreprises locales, à l’abri d’une digue de mesures protectionnistes. Les rentes de situation dont elles profitaient cachaient mal leur manque d’efficacité, d’efficience et le coût économique pour la collectivité. Il n’empêche ! Sur le moment, la rupture est salvatrice. Une nouvelle bouffée d’air frais, le pays respire et un vent de croissance souffle sur l’économie.

 

Au terme de la décennie ‘60, le modèle s’essouffle et révèle ses propres limites. Le développement s’est fracassé contre la montagne de la dette, les déficits jumeaux, en raison d’une protection excessive, dévoyée, déviée de sa raison d’être. Fin du premier acte.

 

La décennie ’70 – les dix glorieuses – restera dans les annales de l’histoire en dépit du choc pétrolier de 1973 qui a provoqué le ralentissement de la croissance de l’Europe, notre principal partenaire économique, commercial et financier : premier investisseur étranger, principal pourvoyeur de capitaux, de touristes et notre plus grand marché à l’export.

Cette large interdépendance nous a valu quelques points de croissance en moins, mais n’a pas cassé notre propre trajectoire, du moins jusqu’à l’orée des années ‘80. Arrêt quasi brutal de la croissance. Les mêmes causes produisant les mêmes effets : crise de la dette, des déficits, de l’emploi, premiers signes de déclin des entreprises publiques, poids des subventions… Fin de la 2e partie.

1984-1985 les dix glorieuses sont loin derrière nous, le FMI vient à la rescousse, appelé au chevet de l’économie nationale avec comme toujours une thérapie de cheval : moins d’État, moins de subventions, plus d’exportations, plus de marché, de vérité des prix. L’Administration centrale fait mine d’acquiescer, mais ne l’entend pas ainsi, du moins sur toute la ligne, à force d’opposition, de résistance et de réticence. Un début d’application – juste ce qu’il faut pour profiter de ce choc de confiance et retrouver les chemins d’une croissance débridée, et pas assez inclusive. L’emploi repart, les comptes extérieurs s’équilibrent.

Nouveau souffle, nouvelle respiration avant de s’exposer dès les années 2004-2005 aux premiers signes d’essoufflement du modèle. Les multiples ajustements cliniques à la marge n’ont pas épargné l’économie du naufrage de décembre 2010-janvier 2011. On connaît la suite… Elle est plus effrayante qu’il n’est dit.

Mesdames et messieurs,

Bref retour en arrière. En 1964, la Tunisie était non seulement sur la ligne de départ d’un développement assumé, elle était même en pôle position par rapport aux pays du Sud-Est asiatique. Le volontarisme de l’État, la fièvre entrepreneuriale – le taux d’investissement atteignait près de 40% du PIB -, la course effrénée à la richesse laissaient présager un développement ininterrompu et une émergence par trop rapide. Au final, la désillusion l’emporta.

Soixante ans plus tard, les dragons du Sud-Est asiatique caracolent sur le toit du monde de la technologie, de l’innovation, des industries 4.0, quand notre modèle de développement remanié plus d’une fois s’est essoufflé, révélant ses propres limites. Le contraste est terrifiant, nous n’évoluons pas dans la même catégorie.

Comment expliquer ce gap, ce décalage, ce décrochage que rien ne laissait présager, alors que, culturellement, il n’y avait aucun frein au développement ? D’où vient la supériorité du modèle asiatique, abstraction faite du désordre post-révolution ? Serait-ce leur forte culture de la discipline, le respect de l’autorité, le souci de la stabilité, leur abstinence, leur propension à l’épargne ou leur rapport à la richesse et à l’argent ?

 

Soixante ans plus tard, les dragons du Sud-Est asiatique caracolent sur le toit du monde de la technologie, de l’innovation, des industries 4.0, quand notre modèle de développement remanié plus d’une fois s’est essoufflé, révélant ses propres limites.

 

De surcroît, les tensions géopolitiques qui agitent la région ne sont pas non plus sans rapport avec leur volonté de se doter d’une force de frappe économique garante de leur sécurité et de leur stabilité. Sans compter qu’au moment de leur décollage, ils avaient profité d’un alignement des planètes. Ils étaient là au bon moment et au bon endroit. Ils auraient tiré un énorme bénéfice du dynamisme de la zone Pacifique qui dominait la planète.

À l’opposé, le bassin méditerranéen attire moins d’IDE et suscite moins de croissance. L’Europe, notre partenaire historique, ne s’est jamais pleinement remise du premier choc pétrolier de 1973 qui mit fin au cycle des Trente Glorieuses. L’économie tunisienne, au regard de sa taille, aurait pu contourner ce handicap en s’ouvrant davantage en matière d’IDE et de capitaux. Il n’en fut pas ainsi.

D’un côté, Zone Pacifique et croissance tous azimuts, de l’autre, bassin méditerranéen et croissance tempérée sur fond d’un modèle mâtiné de social.

La civilisation du bol de riz et les considérations géopolitiques n’enlèvent rien au mérite des dragons asiatiques. Ils n’auraient jamais pu atteindre de telles performances s’ils n’avaient adopté un mode de gouvernance fondé sur un véritable partenariat public-privé qui les a propulsés au plus haut de l’échelle de développement.

Et c’est là que réside le fond du problème. Les interrogations qui entachent chez nous l’impératif du partenariat public-privé résument pour l’essentiel les limites et l’essoufflement de notre modèle de développement. Le reste paraît secondaire au regard des failles de notre mode désuet de gouvernance qui n’arrive pas à trancher la question du rapport entre public et privé.

Entente parfaite, cohabitation pacifique ou situation conflictuelle ? Equation jamais résolue. Inutile de chercher ailleurs les raisons d’un développement manqué, inachevé, contrarié.

Une des leçons majeures à tirer de l’éternel tiraillement qui a frappé d’obsolescence l’économie tunisienne avant même qu’elle arrive à maturité serait le besoin de clarifier le rapport public-privé. Autant dire changer de logiciel en matière de gouvernance. La question se résume en ces termes : public-privé, partenaires d’avenir ou rivaux d’hier ? Nous voilà encore une fois, 70 ans après, à l’heure d’un nouveau cap et de nouveaux choix.

 

Les interrogations qui entachent chez nous l’impératif du partenariat public-privé résument pour l’essentiel les limites et l’essoufflement de notre modèle de développement. Le reste paraît secondaire au regard des failles de notre mode désuet de gouvernance qui n’arrive pas à trancher la question du rapport entre public et privé.

 

Mesdames, Messieurs,

De tout temps, tout semblait séparer chez nous le secteur public et le secteur privé. Deux mondes, deux cultures, deux langages.

Cette opposition a structuré la pensée économique et politique pendant des décennies. Elle a façonné nos institutions, nos formations, nos carrières. Mais aujourd’hui, dans un monde de crises systémiques, d’urgence climatique, de révolution technologique, et de basculement géopolitique cette opposition ne fonctionne plus. Car aucun acteur, ni public ni privé, ne peut seul résoudre des défis qui se dressent devant nous.

La question n’est donc plus : qui fait mieux ? Mais plutôt : comment faire ensemble ?

En clair, il faut évoluer d’une rivalité historique à une interdépendance assumée : c’est moins une option qu’une impérieuse nécessité, car nous assistons, depuis une vingtaine d’années, à une transformation profonde. Les frontières entre les deux mondes s’effacent.

Moralité : l’État ne peut plus agir seul, sans la créativité et l’agilité du marché.

Jacques Delors disait : « Quand l’État agit seul, il est souvent impuissant ; quand il laisse faire seul le marché, il est souvent injuste ». Cette phrase résume parfaitement notre époque et l’essoufflement de notre modèle de développement.

Alors, comment avancer tout en évitant les errements et les écueils du passé ? Sans doute en imaginant un nouveau mode de gouvernance et un nouveau contrat de partenariat conçus comme une coalition d’action. D’un mot : conclure une alliance stratégique pour l’avenir.

Sur le climat, la formation, la santé, la sécurité numérique, l’énergie, la finance – autant de secteurs qui seront au cœur de notre débat -, il ne s’agit plus de déléguer ou de concurrencer mais de coconstruire.

Le XXIe siècle sera – plus qu’à toute autre époque – celui d’un PPP pleinement assumé ou il sera celui du déséquilibre et du déclassement pour toujours. L’avenir ne se joue pas entre l’État et le marché, mais dans l’espace de coopération qu’ils sauront construire.

Et c’est dans cet espace, fait de confiance, d’innovation et de responsabilité, que se joue le véritable leadership de demain. L’avenir nous le dira.

 

Le XXIe siècle sera – plus qu’à toute autre époque – celui d’un PPP pleinement assumé ou il sera celui du déséquilibre et du déclassement pour toujours. L’avenir ne se joue pas entre l’État et le marché, mais dans l’espace de coopération qu’ils sauront construire.

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Modi à Abou Dhabi : pétrole et équilibres géostratégiques

21. Mai 2026 um 09:17

Le Premier ministre indien, Narendra Modi, est arrivé aux Emirats pour une visite stratégique axée sur la sécurité énergétique de l’Inde ainsi que le renforcement de l’axe New Delhi – Abou Dhabi en contrepoids à l’accord de défense mutuelle entre l’Arabie saoudite et le Pakistan.

 

Naissance d’un nouvel axe New Delhi – Abou Dhabi ? La sécurité énergétique de l’Inde, la montée des tensions régionales au Moyen-Orient et le renforcement du partenariat stratégique entre l’Inde et les Emirats arabes unis étaient au menu de la très brève visite, à peine trois heures, du Premier ministre indien, Narendra Modi, à la richissime monarchie pétrolière ; le seul pays du Moyen-Orient qu’il a visité depuis le début de la guerre en Iran avant d’entamer une tournée européenne qui le mènera successivement aux Pays-Bas, en Suède, en Norvège puis en Italie.

« Je suis venu dans ma deuxième maison », a affirmé le responsable hindou dès son arrivée à Dubaï où il a été reçu par le président émirati, Mohamed Ben Zayed qu’il a appelé son « frère » dans un message posté sur X. Au-delà des salamalecs d’usage et de la cordialité soigneusement affichée entre les deux dirigeants, que vient chercher le responsable hindou à Abou Dhabi ?

L’économie indienne dans la tourmente

D’abord sécuriser l’approvisionnement énergétique de son pays fortement perturbé par la guerre en Iran et, surtout, la fermeture du détroit d’Ormuz, avec des répercussions néfastes sur l’industrie du pays, le quotidien des ménages indiens, mais aussi sur l’inflation et la croissance économique.

En effet, le gouvernement indien vient d’augmenter de 3 % les prix de l’essence à la pompe, une première en quatre ans. Le but est de soulager les distributeurs, qui ont absorbé depuis le début de la guerre la différence entre les prix du baril sur les marchés mondiaux et les prix à la pompe, bloqués jusqu’ici par le gouvernement fédéral qui a la main sur les tarifs. Les pertes des distributeurs se chiffrent déjà en milliards de dollars. D’autant plus que l’envolée des prix du pétrole provoque également une pression inédite sur la roupie – la monnaie indienne -, qui a atteint des niveaux historiquement bas face au dollar.

La flambée de la facture énergétique met aussi sous pression la balance des paiements de l’Inde, faisant fuir les investisseurs étrangers. Une situation prise au sérieux par le gouvernement.

Ainsi, dans un message au ton solennel adressé la semaine dernière (du 11 mai 2026) au pays, Narendra Modi a demandé aux Indiens de réduire leur consommation de carburant, de limiter leurs voyages à l’étranger et d’arrêter d’acheter de l’or afin d’éviter que la roupie ne dégringole encore davantage.

Un partenaire clé

Or le petit pays du Golfe est devenu ces dernières années un partenaire clé pour l’Inde dans la région. Le commerce bilatéral s’élève à 100 milliards de dollars et les Emirats sont le deuxième marché à l’export pour les produits indiens. Sans compter une diaspora forte de 4,5 millions de travailleurs indiens qui envoie environ 21,6 milliards de dollars par an vers son pays d’origine. Cela représente près de 20 % du total annuel des fonds que l’Inde reçoit de l’étranger, faisant des Émirats la deuxième source de transferts mondiaux pour l’Inde juste après les États-Unis.

Sur le plan énergétique, le géant asiatique est le troisième pays importateur d’hydrocarbures au niveau mondial et dépend des importations pour 85 % du pétrole qu’elle consomme et 50 % pour le gaz. D’autre part, la part des Emirats arabes unis dans les importations indiennes de brut a quant à elle doublé entre 2021 et 2025, en passant de 5 % à 10 %, faisant d’Abu Dhabi le 4e fournisseur de pétrole de l’Inde après la Russie, l’Irak et l’Arabie saoudite.

Mais ce n’est pas suffisant pour New Delhi qui voudrait aller encore plus loin et acheter davantage aux Emirats, qui viennent tout juste de claquer la porte de l’Opep. Ainsi libéré des quotas imposés par l’Opep et à sa tête l’Arabie saoudite, les Emirats pourraient librement augmenter leur production de pétrole. Pour y parvenir, ils prévoient d’ailleurs de doubler la capacité du pipeline reliant les champs pétroliers de l’ouest du pays au port de Fujaïrah, pour contourner Ormuz, qu’ils savent désormais à la merci de l’Iran.

Lire aussi : Les Émirats arabes unis quittent l’OPEP

Pour un Ormuz « libre »

Ensuite, assurer la libre circulation dans le détroit d’Ormuz, un passage maritime vital pour l’économie indienne, puisque une grande partie du pétrole consommé en Inde y transite. Narendra Modi a appelé à un détroit d’Ormuz « ouvert et sûr » lors de sa visite éclair aux Emirats arabes unis. « Maintenir Ormuz libre, ouvert et sûr est notre plus haute priorité », a-t-il  affirmé. Tout en ajoutant que le respect du droit international était « essentiel ».

Recomposition géopolitique

Enfin, Modi cherche à renforcer l’influence de Inde dans un Golfe en pleine recomposition géopolitique, marqué à la fois par les fractures internes du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et par la confrontation ouverte entre Iran et les Émirats arabes unis.

Dans ce contexte d’insécurité régionale grandissante, New Delhi et Abou Dhabi ont scellé, lors de cette visite, les bases d’un partenariat stratégique de défense destiné à contrebalancer l’accord de défense mutuelle conclu l’an dernier entre le Pakistan, rival historique de l’Inde, et l’Arabie saoudite.

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Décryptage – Quand l’État redevient le dernier refuge

21. Mai 2026 um 07:41

Entre les époques où l’on célèbre le marché comme une force presque magique, et celles, plus brutales, où les certitudes se fissurent, où les théories se heurtent à la réalité sociale, les peuples redécouvrent soudain que derrière les chiffres, les taux d’intérêt et les courbes de croissance, il existe des vies humaines fragiles, des familles inquiètes et des sociétés qui vacillent. Nous vivons précisément l’une de ces périodes.

Depuis plusieurs années, la Tunisie traverse une fatigue économique profonde. Le citoyen ne parle plus seulement d’inflation ou de déficit budgétaire ; il parle de son panier devenu plus léger, de ses projets suspendus, de son enfant diplômé qui ne trouve pas d’emploi, de son commerce qui survit difficilement, de ses factures qui augmentent plus vite que ses revenus. Derrière les grands débats économiques se cache une réalité beaucoup plus intime : celle d’une société qui doute de sa capacité à avancer. Et dans ces moments-là, une vieille question refait surface : quel doit être le rôle de l’État ?

La peur ancienne d’un État trop puissant

Pendant des décennies, une partie de la pensée économique occidentale a regardé l’État avec méfiance. Plus il grandissait, plus certains estimaient que les libertés individuelles rétrécissaient. Cette vision a été portée avec force par Milton Friedman, figure emblématique du monétarisme et défenseur convaincu des mécanismes de marché.

Pour Friedman et les courants libertariens, l’État finit toujours par devenir envahissant. Il taxe, régule, contrôle, intervient. Et à mesure qu’il étend son influence, il étouffe selon eux l’initiative privée, la créativité économique et les libertés individuelles. Dans cette logique, le marché serait naturellement plus efficace, plus rationnel et plus innovant que l’administration publique.

Cette philosophie a profondément marqué le monde à partir des années 1980. Les privatisations se sont multipliées, les dépenses publiques ont été comprimées, les banques centrales sont devenues les nouveaux centres de gravité de l’économie moderne. Même la Tunisie, sous l’effet des programmes d’ajustement structurel et des réformes libérales, avait progressivement intégré cette vision. Le problème est qu’aucune théorie économique ne résiste totalement aux grandes crises.

Quand les crises rappellent la nécessité de l’État

À chaque choc majeur, les discours changent brusquement. Ceux qui glorifiaient hier le retrait de l’État réclament soudain son intervention. La pandémie (de la Covid-19) l’a montré avec une force spectaculaire. Quand les entreprises ont fermé, quand les revenus se sont effondrés, quand les travailleurs ont perdu leurs activités et que les familles ont commencé à craindre pour leur survie quotidienne, personne ne s’est tourné vers les marchés financiers pour demander secours. C’est vers l’État que tous les regards se sont dirigés.

En Tunisie, comme ailleurs, l’État est redevenu le dernier rempart. Il fallait soutenir les entreprises, garantir les salaires, maintenir les services publics, financer les dépenses sanitaires, empêcher un effondrement social. Même les économies les plus libérales ont dû ouvrir massivement les robinets budgétaires.

Ce moment historique a révélé quelque chose d’essentiel : le marché peut produire de la richesse, mais il ne sait pas gérer seul les grandes fragilités collectives. Lorsqu’une société entre en zone de turbulence, seule la puissance publique peut encore jouer le rôle d’amortisseur social. Et pourtant, pendant longtemps, on a voulu croire qu’une autre institution pouvait remplir cette mission : la banque centrale.

L’épuisement silencieux des banques centrales

Depuis la crise financière de 2008, les banques centrales sont devenues les pompiers permanents de l’économie mondiale. Elles ont injecté des quantités gigantesques de liquidités dans les marchés, abaissé les taux d’intérêt jusqu’à des niveaux historiquement faibles et parfois même négatifs. L’idée était simple : rendre l’argent moins cher afin de stimuler l’investissement et la consommation. Mais la réalité s’est révélée beaucoup plus complexe.

Car une économie ne redémarre pas uniquement grâce à l’argent injecté dans le système financier. Une entreprise n’investit pas simplement parce que les taux sont bas. Elle investit lorsqu’elle croit en l’avenir. Lorsqu’elle voit des consommateurs capables d’acheter. Lorsqu’elle perçoit une stabilité politique, fiscale et sociale. Or aujourd’hui, cette confiance manque profondément.

En Tunisie, ce phénomène est visible partout. Les entrepreneurs hésitent. Les ménages consomment avec prudence. Les jeunes diplômés rêvent davantage d’émigration que d’entrepreneuriat. Les investisseurs attendent. Le crédit existe, mais la visibilité économique, elle, reste brouillée.

John Maynard Keynes avait parfaitement compris cette limite il y a près d’un siècle. Il expliquait qu’injecter de l’argent dans une économie sans restaurer la confiance et la demande revenait à croire qu’on peut grossir simplement en achetant une ceinture plus large. Cette image reste d’une actualité saisissante.

Le vrai débat tunisien : moins d’État ou meilleur État ?

En Tunisie, le débat économique se résume souvent à une opposition simpliste. Certains accusent l’État d’être trop lourd, trop coûteux, trop inefficace. D’autres réclament davantage de protection publique face à la précarité sociale.

Mais la véritable question n’est peut-être pas celle de la taille de l’État. Elle est celle de sa qualité. Car un État absent peut laisser une société se désagréger lentement. Mais un État mal organisé peut également étouffer les énergies, nourrir les blocages administratifs et décourager l’investissement.

Le drame tunisien est précisément là : nous avons parfois cumulé les défauts des deux modèles. Une administration souvent lente et bureaucratique, mais un État qui peine malgré tout à protéger efficacement les classes moyennes et populaires.

Le citoyen tunisien ne demande pas nécessairement un État omniprésent. Il demande un État fonctionnel. Un État capable de garantir des transports dignes, des hôpitaux efficaces, une école publique solide, une justice rapide, une fiscalité équitable et des perspectives économiques crédibles. Autrement dit, un État qui redonne confiance.

Le grand retour mondial de l’État stratège

Le plus frappant est que le monde entier semble aujourd’hui revenir à cette idée. Les États-Unis investissent massivement dans leur industrie. L’Europe subventionne son énergie et ses secteurs stratégiques. Même les grandes économies libérales parlent désormais de souveraineté industrielle, de relocalisation et de sécurité économique.

Le mythe d’un marché capable de tout réguler seul s’effrite progressivement. La mondialisation heureuse a montré ses limites : dépendances excessives, fragilité des chaînes d’approvisionnement, explosion des inégalités, vulnérabilité énergétique. Les crises géopolitiques récentes ont accéléré cette prise de conscience. Pour la Tunisie, cette évolution mondiale représente à la fois un risque et une opportunité.

Le risque serait de rester enfermé dans une économie fragile, dépendante des importations, du tourisme saisonnier et de l’endettement extérieur.

L’opportunité serait de reconstruire un modèle économique plus résilient, davantage tourné vers la production, la souveraineté alimentaire, l’industrie, les nouvelles technologies et la valorisation des compétences locales. Mais cela suppose une vision de long terme. Et cette vision ne peut émerger sans un État stratège.

Entre Friedman et Keynes, la réalité humaine

Avec le recul, le débat entre Friedman et Keynes apparaît presque comme le reflet de deux visions de l’être humain. Pour Friedman, l’individu libre et rationnel constitue le moteur essentiel de la prospérité. Pour Keynes, les sociétés restent traversées par des peurs, des incertitudes et des comportements collectifs qui rendent parfois indispensable une intervention publique forte.

La vérité est probablement entre les deux. Oui, l’économie a besoin d’initiative privée, d’innovation et de liberté entrepreneuriale. Mais elle a également besoin de stabilité sociale, de confiance collective et de perspectives communes. Aucune société ne peut durablement prospérer lorsque les inégalités deviennent excessives, lorsque les classes moyennes s’effondrent ou lorsque la jeunesse perd espoir. Ibn Khaldoun l’avait formalisé il y a six siècles.

C’est peut-être cela, au fond, que notre époque tente de nous rappeler : une économie n’est pas seulement un ensemble de statistiques. C’est d’abord une organisation humaine. Et que la science économique est une science sociale.

Et lorsque les sociétés doutent, lorsque les marchés hésitent et que les fragilités s’accumulent, l’État cesse d’être une abstraction idéologique. Il redevient ce qu’il n’aurait peut-être jamais dû cesser d’être : un outil collectif au service de la dignité humaine… Un Etat social.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Violences sexuelles contre les Palestiniens : le rapport qui accable Israël

19. Mai 2026 um 12:00

Le prestigieux quotidien américain, The New York Times,  donne la parole à des Palestiniens et des Palestiniennes ayant subi des actes de violences sexuelles commis par des soldats, des colons, des interrogateurs, et surtout des gardiens de prison. Interdit aux âmes sensibles.

C’est un article choc qui a provoqué cette semaine en Israël une « indignation publique et diplomatique d’une ampleur sans précédent », écrit le quotidien israélien Yediot Aharonot, un média  pourtant peu enclin à des sympathies pro-palestiniennes.

En cause, une tribune publiée le 11 mai dans The New York Times sous le titre « Le silence face au viol des Palestiniens ». Son auteur, le chroniqueur Nicholas Kristof, y décrit « un schéma généralisé de violences sexuelles commises contre des Palestiniens » par des gardiens de prison, des membres des forces de sécurité israéliennes et des colons.

Pour étayer ses accusations, le journaliste s’appuie sur 14 témoignages recueillis en Cisjordanie occupée, théâtre d’une flambée de violences depuis le 7 octobre 2023.

Hommes, femmes et même des enfants

L’enquête de Nicholas Kristof, commentateur politique américain, célèbre pour ses chroniques engagées dans le The New York Times et récompensé par deux prix Pulitzer, décrit « un schéma de violences sexuelles israéliennes généralisées contre des hommes, des femmes et même des enfants – commises par des soldats, des colons, des interrogateurs de l’agence de sécurité intérieure Shin Bet et, surtout, par des gardiens de prison ». Selon le journaliste, « rien n’indique que les dirigeants israéliens ordonnent des viols ».

Citant un rapport de mars 2025 des Nations unies – qui évoque la « torture sexualisée » comme l’un des « procédés standard » employés contre des détenus palestiniens et parle d’un usage systématique de violences sexuelles ou de menaces sexuelles lors des interrogatoires depuis l’attaque sans précédent du Hamas sur Israël, le 7 octobre 2023 -, l’auteur de l’article admet qu’il « est impossible » de déterminer l’ampleur des faits, mais affirme que 14 hommes et femmes lui ont décrit très précisément de nombreux sévices.

« Beaucoup ont déclaré qu’on tirait souvent sur leurs organes génitaux ou qu’ils étaient frappés aux testicules. Des détecteurs de métaux portatifs ont été utilisés pour sonder l’entrejambe nu des hommes, puis pour frapper leurs parties intimes », écrit-il. Selon des détenus libérés, les autorités israéliennes ordonnent aux prisonniers de garder le silence sur ces actes.

Témoignages glaçants

Le double prix Pulitzer cite à titre d’exemple de Sami al-Sai, journaliste freelance de 46 ans, qui raconte ainsi avoir été plaqué au sol par un groupe de gardes lors de son transfert vers une cellule, frappé, déshabillé de force, puis violé avec une matraque en caoutchouc, « sous les rires de ses agresseurs ». Il dit avoir entendu l’un d’eux demander des « carottes », avant d’être à nouveau pénétré avec un légume.

Son cas n’est pas isolé. D’autres prisonniers décrivent des schémas similaires : menaces de viol pour les pousser à collaborer avec les services de renseignement, torsions répétées des testicules, sondes et détecteurs utilisés comme instruments de torture sexuelle. Un agriculteur détenu sans inculpation raconte avoir été violé à trois reprises le même jour avec une matraque métallique, après avoir tenté de déposer plainte auprès de l’administration pénitentiaire; la demande de formulaire aurait déclenché de nouveaux sévices.

La honte

Pourquoi les victimes de violences sexuelles gardent-ils silence ? « La société arabe décourage les discussions sur ce sujet », explique l’auteur de l’enquête. « Des normes sociales conservatrices freinent également la discussion : deux victimes m’ont confié qu’un prisonnier qui reconnaîtrait avoir été violé compromettrait la capacité de ses sœurs et de ses filles à trouver un mari ». Double peine !

Déni effarouché

Et que répond le boucher de Gaza qui a toujours qualifié l’armée israélienne de « plus morale » ou « plus éthique » du monde de ces pratiques dignes de la Gestapo ? Et pourquoi la soi-disant « boussole morale » de l’Etat sioniste a-t-elle perdu le Nord ? En menaçant de lancer une « action en diffamation » contre le quotidien américain de référence et en brandissant comme à l’accoutumée l’arme de l’antisémitisme.

« Aujourd’hui, j’ai demandé à mes conseillers juridiques d’envisager l’action en justice la plus sévère qui soit contre le New York Times et Nicholas Kristof », a annoncé sur X jeudi 14 mai Benyamin Netanyahou, le Premier ministre d’Israël. « Ils ont diffamé les soldats israéliens et perpétué une accusation de sang par le viol, en cherchant à créer une fausse symétrie entre les terroristes génocidaires du Hamas et les valeureux soldats d’Israël. Sous mon leadership, Israël ne gardera pas le silence. Nous combattrons ces mensonges devant le tribunal de l’opinion publique et devant les tribunaux. La vérité triomphera ».

Jouant sur la corde de l’antisémitisme, le ministère israélien des Affaires étrangères a dénoncé pour sa part « une calomnie antisémite remontant au moins au Moyen Age selon laquelle les juifs assassineraient des enfants non juifs pour les besoins de leur culte ». Classique.

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Négociations surréalistes entre le Liban et Israël à Washington

18. Mai 2026 um 12:37

Il y a quelque chose de tragiquement surréaliste, mais aussi d’indécent dans ce qui est appelé « les négociations de paix » qui se déroulent dans la capitale américaine entre Israël et le Liban, représenté par son ambassadrice à Washington, Simone Karam.

Les Etats-Unis on fini par imposer au président libanais Joseph Aoun des négociations directes avec l’ennemi israélien dans le cadre d’un cessez-le-feu unilatéral, c’est-à-dire respecté seulement du côté du Liban. Comme le veut Benyamin Netanyahu qui a exigé et obtenu que les négociations soient « directes et sous le feu. »

Rappelons qu’un cessez-le-feu a été conclu entre les deux pays le 17 avril et que depuis, Israël a fait près de 3000 victimes parmi les civils libanais, détruit des centaines de maisons et d’immeubles, expulsé de leurs villages des milliers de familles. Et malgré tout cela, le gouvernement libanais s’est plié aux pressions américaines d’entamer des négociations « sous le feu ».

On reste pantois face à la légèreté avec laquelle le gouvernement libanais a pris la décision de se priver aussi facilement d’une carte maitresse qui lui aurait permis d’exiger un cessez-le-feu total et absolu avant de s’assoir avec l’ennemi Israélien.

Mais la soumission du gouvernement libanais aux exigences israélo-américaines prend une dimension ridicule en souscrivant à l’indécente plaisanterie du département d’Etat américain de prolonger « le cessez-le-feu » de 45 jours !

Juste quelques heures après l’annonce de la prolongation du dit cessez-le-feu, les troupes israéliennes ont tué au moins 18 Libanais et en ont blessé 124 autres. Israël a même bombardé le même jour un hôpital qui a coûté la vie à plusieurs secouristes et fait plusieurs victimes parmi le personnel médical.

Non seulement cela, mais le même jour de la prolongation du cessez-le-feu, Israël a ordonné de nouvelles évacuations de villages du sud-Liban et a annoncé son intention de poursuivre son avancée vers le nord de la rivière Litani.

L’ONU, comme si elle veut nous rappeler qu’elle existe encore, a publié une déclaration dans laquelle elle « salue la prolongation du cessez-le-feu et appelle toutes les parties à le respecter. »

Et le Hezbollah dans tout cela ? Il est en train de batailler sur deux fronts. Sur le front de la résistance d’abord. Malgré l’énorme disproportion des forces, il est en train de faire subir à l’agresseur israélien des pertes substantielles en hommes et en matériel. Des dizaines de soldats et d’officiers ont succombé et des centaines de tanks, transports de troupes et bulldozers détruits.

Sur le plan politique, il n’arrête pas de dénoncer les négociations directes avec l’ennemi israélien et la soumission aveugle à la puissance qui l’a soutenu et qui le soutient encore dans toutes ses guerres et toutes ses agressions contre le peuple libanais. Sa conviction, qui est aussi celle de la plupart des observateurs et des analystes, est que l’objectif de ces négociations est de provoquer une deuxième guerre civile au Liban qui aiderait Israël à accomplir son objectif ultime : détruire l’unité du Liban et annexer toutes ses terres au sud du Litani. Cet objectif n’est pas un secret. Plusieurs responsables extrémistes israéliens l’ont dit et redit.

Cela dit, le sort du Liban et des visées d’Israël qui menacent son intégrité en tant que pays souverain, ne dépendent en fait ni de l’un ni de l’autre; mais bien  de l’issue de la guerre d’agression américano-sioniste contre l’Iran. Si elle se conclut en faveur de l’Iran, le Liban est sauvé. Dans le cas contraire, non seulement le sort du Liban, mais toute la région et même le monde entier entreront dans un gigantesque tourbillon géopolitique dont nul ne peut prévoir ni l’ampleur ni les conséquences.

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Politique : mensonge généralisé ?

18. Mai 2026 um 09:00

En temps de guerre comme en temps de paix, en dictature comme en démocratie, la propagande fait partie du discours des responsables politiques. Avec des degrés différents néanmoins : le mensonge est la règle dans les régimes autoritaires et dans un pays en guerre. Ce qui ne devrait pas être le cas en démocratie. Et pourtant, en Occident et ailleurs, les démocraties sont traversées par des discours qui jouent sur la frontière entre vrai et faux, sur la situation économique, climatique, militaire, etc. Une dérive symbolisée par ceux qui sont traditionnellement présentés comme la première démocratie moderne, les Etats-Unis.

Le président Donald Trump se moque de la vérité, ment comme il respire. Au-delà du malaise qu’il suscite, c’est sa propre fiabilité qui est mise en doute; alors même qu’il est à la tête de la première puissance mondiale.

Mentir n’est pas moral, en politique ou ailleurs. La relation entre vérité et mensonge en politique est une manière de questionner la place de la morale en politique. Or la relation entre morale et politique est équivoque. La pensée politique moderne est marquée par l’œuvre de Nicolas Machiavel (Le Prince, 1532). Celui-ci assimile et réduit le politique à une question de rapport de forces, de domination. Loin de l’impératif de vérité de Kant, le penseur florentin situe le fondement du pouvoir dans la politique elle-même : la prise, l’exercice et la conservation du pouvoir ne sont pas une affaire morale. Ainsi, l’action politique ne suppose pas d’être vertueux, elle admet la nécessité du mensonge … dans l’intérêt de la cité ! Machiavel admet la pratique du mensonge dès lors qu’elle sert l’intérêt général, et non des intérêts personnels. L’homme politique doit assumer une forme de cynisme, mais il n’est pas « immoral » à proprement parler, il obéit à des impératifs « moraux » différents.

 

La pensée politique moderne est marquée par l’œuvre de Nicolas Machiavel (Le Prince, 1532). Celui-ci assimile et réduit le politique à une question de rapport de forces, de domination. Loin de l’impératif de vérité de Kant, le penseur florentin situe le fondement du pouvoir dans la politique elle-même : la prise, l’exercice et la conservation du pouvoir ne sont pas une affaire morale.

 

Si le mensonge en politique est concevable, sa systématisation et sa normalisation sapent les fondements de la vie démocratique. Or c’est bel et bien à cette dérive que l’on assiste dans trop de démocraties. La parole et autres tweets des politiques sont parsemés de « fake news », de contradictions, de remise en cause d’éléments factuels, scientifiques… Les faits ont peu d’importance, de valeur, sur fond d’effacement ou d’indifférence de la frontière entre le vrai et le faux.

Dès lors, toutes les opinions se valent, du moins elles n’ont pas besoin d’être étayées par les faits et l’état de la connaissance.

Espace du débat et de la compétition politique, les réseaux sociaux gouvernés par des algorithmes biaisés, où la “viralité“ prime sur la vérité, sont de puissants vecteurs de diffusion de la désinformation : la loi de la jungle y règne, tout y est permis, le vrai, le faux, l’insulte, la manipulation du réel par la grâce de l’IA.

Ce brouillage des frontières entre fait et rumeur, entre information et commentaire, entre science et opinion, entre enquête et délire, entre expression officielle et libre parole, apparaît susceptible de saper les bases de la confiance dans les paroles. De manière cynique, les acteurs de la post-vérité n’hésitent pas à invoquer la liberté d’expression pour diffuser leur discours sans contrôle et accuser de censure les tenants de la régulation du numérique.

Cette dérive du débat démocratique est loin d’être anecdotique : c’est un symptôme de la crise des démocraties : échanger des opinions fondées sur des faits, le savoir, c’est aussi cela la démocratie. La dénaturation ou l’ignorance des faits ne porte pas seulement atteinte aux conditions du débat démocratique, mais à notre capacité à vivre ensemble dans un monde commun. Car, sans savoir partagé – dont l’exercice de la rationalité scientifique, avec ses limites, est l’un des garants –, comment débattre et juger collectivement ? La post-vérité nourrit des thèses complotistes et la suspicion généralisée.

 

La dénaturation ou l’ignorance des faits ne porte pas seulement atteinte aux conditions du débat démocratique, mais à notre capacité à vivre ensemble dans un monde commun.

 

Au-delà de l’effritement d’un certain souci de vérité dans le débat public, un tel environnement dégradé où se développent désinformation et confusionnisme, c’est souvent celui qui parle le plus fort (à défaut d’argument) qui retient l’attention et a le dernier mot. L’hystérisation et la vacuité qui caractérisent parfois le débat public nourrissent le « malaise démocratique ».

Un débat public qui tend à se confondre avec des polémiques aussi violentes que stériles, animées par des arguments sans fondement, des stratégies de communication et autres jeux d’ego. Trop d’acteurs de la vie publique se complaisent dans les postures, le langage outrancier et les opinions caricaturales, se détournant allègrement des exigences constitutives de la vie des idées et de la pensée critique. Pour sortir de ce brouillard où le faux vaut plus ou moins le vrai, il faudrait que les uns et les autres puissent retrouver une boussole morale.

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Décryptage – Une économie mondiale sous tension et ses résonances humaines en Tunisie

18. Mai 2026 um 07:39

L’économie tunisienne a enregistré une croissance de 2,6 % en glissement annuel au cours du premier trimestre 2026 (janvier, février et mars) par rapport à la même période de 2025. C’est ce qu’indiquent les données publiées par l’Institut national de la statistique (INS). Mais derrière cette progression apparente, les comptes nationaux trimestriels révèlent une dynamique plus fragile : le produit intérieur brut, en volume, s’est en réalité contracté de 0,3 % par rapport au quatrième trimestre 2025. Entre amélioration annuelle et essoufflement conjoncturel, les chiffres dessinent une trajectoire ambiguë, presque hésitante.

C’est dans cet interstice – entre reprise statistique et recul conjoncturel – que se loge la véritable question économique du moment. Car l’économie, en Tunisie comme ailleurs, ne se laisse plus lire comme une courbe linéaire. Elle devient une succession de tensions, de respirations courtes, de déséquilibres qui s’ajustent sans jamais totalement se résorber.

Il existe des périodes où l’économie cesse d’être un langage réservé aux techniciens pour devenir une expérience quotidienne. L’inflation appartient précisément à ces moments-là. Elle ne se contente pas d’habiter les indices ou les modèles des banques centrales ; elle s’invite dans les marchés, dans les factures, dans les arbitrages silencieux des ménages, dans les repas que l’on simplifie et parfois dans les projets que l’on reporte sans le dire.

Lorsque les prix des matières premières s’emballent à l’échelle mondiale, ce ne sont pas seulement des équilibres macroéconomiques qui vacillent, mais des équilibres de vie. La hausse du blé, du pétrole ou du sucre, fixée sur des marchés lointains, devient en Tunisie une réalité immédiate, presque intime : comment préserver un niveau de vie stable dans une économie où une part essentielle des prix dépend de décisions prises ailleurs ? C’est là que la question initiale prend toute sa profondeur : l’inflation étouffera-t-elle la croissance, ou est-elle déjà en train de redessiner, silencieusement mais sûrement, les contours de la vie économique et sociale ?

Une inflation venue d’ailleurs, mais vécue ici

L’une des caractéristiques les plus marquantes de cette période est la nature importée de l’inflation. Elle ne naît pas d’un excès de consommation interne ou d’une création monétaire incontrôlée à l’intérieur du pays. Elle arrive de l’extérieur, portée par les marchés mondiaux de l’énergie, des céréales et des métaux.

Dans une économie comme la Tunisie, cette réalité prend une dimension presque intime. Le prix du pain, de l’huile ou du carburant n’est pas seulement un sujet économique : c’est un marqueur social. Lorsque ces prix augmentent, ce n’est pas uniquement le budget de l’État qui se tend, mais aussi celui des familles. On parle souvent « d’inflation importée », mais cette expression technique masque une réalité plus sensible : une dépendance structurelle aux fluctuations mondiales. Et cette dépendance transforme chaque choc international en épreuve domestique.

Le monde en 2008 : une mémoire encore vive

Pour comprendre les tensions actuelles, il faut revenir à 2008, non pas comme un souvenir abstrait, mais comme une expérience économique globale. À cette époque, la flambée du pétrole jusqu’à 140 dollars le baril avait précédé une chute brutale de l’économie mondiale. Les marchés financiers s’étaient effondrés, mais les prix élevés des matières premières avaient déjà fragilisé les équilibres. Cette séquence rappelle une vérité souvent oubliée : les crises ne commencent pas toujours dans la finance, elles se nourrissent parfois de tensions plus discrètes, comme celles des prix de l’énergie et des denrées.

Pour les pays émergents et/ou en transition, et plus encore pour les économies importatrices comme la Tunisie, ce type de choc agit comme un multiplicateur de fragilité. Il réduit la marge de manœuvre budgétaire, comprime la consommation et rend toute reprise plus incertaine.

Les banques centrales face à un monde qui leur échappe partiellement

Dans ce contexte, les banques centrales tentent de jouer un rôle de stabilisation. La Chine, l’Inde, le Brésil et d’autres économies émergentes relèvent leurs taux pour contenir les tensions inflationnistes. Les économies développées, elles, hésitent entre soutien à la croissance et anticipation des risques inflationnistes. Mais derrière ces décisions techniques se cache une question plus large : jusqu’où la politique monétaire peut-elle compenser des déséquilibres qui ne sont pas monétaires ?

Les taux d’intérêt peuvent influencer la demande, mais ils ne peuvent pas produire du pétrole, stabiliser les récoltes mondiales ou réduire les tensions géopolitiques. Cette limite devient de plus en plus visible dans un monde où les chocs viennent autant de l’offre que de la demande. Pour la Tunisie, cette réalité est encore plus aiguë : la politique monétaire nationale évolue dans un espace contraint, où une grande partie des pressions inflationnistes est importée et donc partiellement incontrôlable.

L’économie réelle face à la fatigue des ménages

Derrière les débats sur les taux d’intérêt et les indices des produits, il existe une réalité plus silencieuse : celle des ménages. Lorsque les prix augmentent plus vite que les revenus, ce n’est pas seulement un problème statistique. C’est une transformation du quotidien. On ajuste les achats, on modifie les priorités, on renonce parfois à des dépenses jugées secondaires mais qui participent à la qualité de vie.

En Tunisie, cette pression est d’autant plus forte que les salaires évoluent lentement et que les mécanismes de compensation sont limités. L’inflation devient alors une forme de contrainte diffuse, qui ne frappe pas brutalement mais s’installe progressivement.

C’est dans ces ajustements invisibles que se joue une partie essentielle de la stabilité sociale.

La mécanique mondiale des prix et ses effets en cascade

Les marchés des matières premières fonctionnent comme des amplificateurs. Une tension géopolitique, une perturbation climatique ou une reprise de la demande dans une grande économie suffit à provoquer une hausse globale des prix. Cette hausse se transmet ensuite par vagues : énergie, transport, production industrielle, alimentation. À chaque étape, une partie de la hausse est absorbée, mais une autre est répercutée.

Pour les économies comme la Tunisie, cette chaîne est particulièrement contraignante. Le pays importe une part significative de son énergie et de ses intrants agricoles. Ce qui signifie que chaque variation internationale se transforme en pression interne. Cette dépendance structurelle pose une question fondamentale : comment construire une résilience économique dans un monde où les prix sont déterminés ailleurs ?

Le dilemme tunisien : stabilité sociale ou équilibre macroéconomique

Face à ces tensions, les autorités économiques se retrouvent confrontées à un dilemme récurrent. D’un côté, maintenir les subventions et les mécanismes de soutien permet de préserver le pouvoir d’achat et d’éviter des tensions sociales immédiates. De l’autre, ces politiques pèsent sur les finances publiques et aggravent les déséquilibres budgétaires.

Ce dilemme n’est pas seulement technique. Il est profondément social et politique. Il interroge la capacité d’une société à absorber les chocs sans fragiliser son tissu social. C’est ici que le débat économique rejoint le débat de société : jusqu’où peut-on protéger les ménages sans compromettre la stabilité financière de l’État ?

La croissance sous contrainte : une dynamique fragilisée

L’inflation élevée agit comme un frein silencieux à la croissance. Elle réduit le pouvoir d’achat, limite la consommation et augmente l’incertitude des entreprises. Mais elle a aussi un effet plus subtil : elle brouille les anticipations. Dans un environnement où les prix sont instables, les décisions d’investissement deviennent plus prudentes, parfois reportées. Les entreprises hésitent, les ménages arbitrent, les États compensent. L’économie continue de fonctionner, mais avec une forme de fatigue structurelle. Dans ce contexte, la croissance n’est pas forcément interrompue, mais elle devient plus fragile, plus irrégulière, plus coûteuse à maintenir.

Les marchés financiers et la distance avec le réel

Pendant que les prix des matières premières augmentent, les marchés financiers peuvent continuer à afficher des performances positives, soutenus par des politiques monétaires accommodantes. Cette coexistence entre tension réelle et abondance de liquidité crée une forme de décalage. Les actifs financiers semblent évoluer dans un univers parallèle, où la liquidité compense temporairement les déséquilibres économiques.

Mais ce décalage ne peut pas durer indéfiniment. À un moment ou à un autre, les contraintes du réel finissent par se répercuter sur les valorisations financières. Pour les économies intégrées comme la Tunisie, ce mécanisme est important : il influence les conditions de financement, les flux d’investissement et la perception du risque pays.

Vers une économie de l’adaptation permanente

Face à ces défis, une idée s’impose progressivement : les économies modernes ne peuvent plus viser uniquement la stabilité ou la croissance, elles doivent apprendre à vivre dans l’instabilité. Cela implique de renforcer les capacités d’adaptation, de diversifier les sources d’approvisionnement, d’améliorer l’efficacité énergétique et de repenser certains modèles de redistribution.

Pour la Tunisie, cela signifie également une réflexion sur la structure de son économie : comment réduire la vulnérabilité aux chocs externes sans compromettre la cohésion sociale ?

In fine, une économie vécue, pas seulement mesurée

L’inflation n’est pas seulement un phénomène monétaire. C’est une expérience collective. Elle se manifeste dans les décisions des banques centrales, mais aussi dans les gestes quotidiens des ménages.

La question de savoir si elle étouffe la croissance dépasse donc le cadre des modèles économiques. Elle interroge la capacité d’une société à maintenir un équilibre entre contraintes globales et aspirations internes.

En Tunisie, cette tension est particulièrement visible. Entre dépendance extérieure et exigences sociales, entre équilibre budgétaire et protection du pouvoir d’achat, l’économie se construit dans un espace de compromis permanent.

Et peut-être que la véritable question n’est plus seulement celle de la croissance, mais celle de la dignité économique : comment continuer à avancer dans un monde où les équilibres sont de plus en plus fragiles, sans perdre le lien entre les chiffres et les vies qu’ils représentent.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article Décryptage – Une économie mondiale sous tension et ses résonances humaines en Tunisie est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Et si Riyad et Abou Dhabi avaient bombardé discrètement l’Iran ?

16. Mai 2026 um 10:12

Selon plusieurs médias américains, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite auraient mené, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, plusieurs frappes ciblées contre l’Iran. Des opérations conduites dans la plus grande discrétion, tant les monarchies du Golfe restent prisonnières de délicats équilibres internes et régionaux.

 

La guerre au Moyen-Orient nous apporte chaque jour son lot de surprise. Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite auraient frappé à plusieurs reprises l’Iran depuis le début de la guerre au Moyen-Orient sans pour autant rendre ces bombardements publics, ont affirmé des médias américains. Des ripostes « secrètes » qui visent à éviter un embrasement généralisé de la région.

Selon les révélations du The Wall Street Journal, lundi 11 mai, les Émirats arabes unis auraient discrètement frappé le territoire iranien à l’aide de chasseurs Mirage et F-16, sans jamais revendiquer officiellement l’opération.

D’après le quotidien américain, des appareils émiratis auraient visé, début avril, une raffinerie stratégique située sur l’île iranienne de Lavan, la mettant hors service pour plusieurs mois. L’attaque serait intervenue au moment où le cessez-le-feu venait d’être annoncé par les Etats-Unis, après cinq semaines de campagne aérienne, mais n’était pas encore entré en vigueur. Sans désigner publiquement son adversaire, l’Iran avait alors riposté par une pluie de missiles et de drones visant le territoire émirati.

Les Emirats dans la tourmente

Rappelons à cet égard que pendant la guerre entre les États-Unis et Israël contre l’Iran, les Emirats arabes unis ont été le pays le plus ciblé de la région, Israël, compris avec quelque 550 missiles balistiques et de croisière et plus de 2 800 drones iraniens tirés contre lui. Des attaques qui ont totalement désorganisé la vie du richissime Etat pétrolier et écorné sérieusement son image de havre de paix, de prospérité et de stabilité.

En signe de riposte, les Emirats ont depuis renforcé leur coopération avec les Etats-Unis, et soutenu des projets de résolution aux Nations unies autorisant le recours à la force pour briser le blocus de l’Iran sur le détroit d’Ormuz. Ils ont également pris des mesures contre les intérêts financiers de l’Iran, en fermant à Dubaï des écoles et des clubs liés à Téhéran et en refusant d’accorder des visas aux citoyens iraniens.

Virage stratégique

Mais, Abou Dhabi aura surtout négocié un virage stratégique en s’alignant davantage avec l’Etat sioniste : tout au long de la guerre, la coopération entre les deux pays a notamment porté sur le partage de renseignements, la détection et l’interception de missiles et de drones iraniens, ainsi que la sélection de cibles iraniennes, ont déclaré les sources.

Et ce n’est pas tout, puisque selon des responsables américains, Israël a envoyé une batterie du Dôme de fer et des soldats chargés de la faire fonctionner aux Émirats arabes unis pour aider Abou Dhabi à se défendre contre les bombardements iraniens. Une information confirmée d’ailleurs par l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz.

Et, cerise sur le gâteau, le bureau du Premier ministre israélien a créé la surprise en déclarant, mercredi 13 mai dans un bref communiqué, qu’« en plein déroulement de l’opération » militaire israélo-américaine contre l’Iran, le chef du gouvernement Benjamin Netanyahu s’était rendu discrètement aux Émirats pour y rencontrer le président Mohammad ben Zayed (MBZ) » sans plus de précision sur la date du voyage.

Un communiqué démenti par Abou Dhabi mais qui n’a pas manqué de faire réagir le ministre des Affaires étrangères iranien lors du sommet des BRICS à New Delhi, ce jeudi 14 mai. « Il est désormais évident qu’ils ont participé à ces attaques, peut-être même qu’ils ont agi directement contre nous », a accusé Abbas Araghtchi à propos des Emirats.

La retenue de Riyad

D’autre part, le Financial Times avait également révélé que l’Arabie saoudite aurait répondu fin mars aux attaques iraniennes contre ses infrastructures énergétiques et civiles, envoyant ainsi un message codé à Téhéran suggérant que le royaume est capable de riposter mais  n’entendait pas pour autant se joindre à la coalition israélo-américaine.

En effet, le royaume wahhabite, qui a été frappé par des attaques qui ont réduit sa capacité de production de pétrole de 600 000 barils par jour et diminué le débit de l’oléoduc Est-Ouest de 700 000 barils par jour, a opté pour une réponse plus mesurée que son voisin émirati en informant l’Iran en amont de ses frappes.

L’Arabie saoudite a, quant à elle, « fait preuve d’une démarche beaucoup plus prudente, privilégiant les canaux diplomatiques en passant par le Pakistan, Oman et le Qatar pour bien faire comprendre qu’elle ne voulait absolument pas rejoindre une guerre aux côtés d’Israël », écrit le Financial Times . Une stratégie qui a porté ses fruits puisque le nombre d’attaques par drones et missiles contre son territoire est passé de plus de 105 lors de la semaine du 25 au 31 mars à un peu plus de 25 entre le 1er et le 6 avril.

L’ancien chef des services de renseignement saoudiens, le prince Turki al-Faiçal, a résumé parfaitement la position du royaume en soulignant dans une tribune publiée le week-end dernier dans le journal saoudien Arab News : « Lorsque l’Iran et d’autres ont tenté d’entraîner le royaume dans la fournaise de la destruction, nos dirigeants ont choisi d’endurer les souffrances causées par un voisin afin de protéger la vie et les biens de nos citoyens ».

Tout a été dit.

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