Pourquoi la Jordanie est désormais dans la ligne de mire de l’Iran ?
Une série d’attaques iraniennes ont visé les forces militaires des États-Unis présentes en Jordanie, causant plusieurs morts du côté américain. Du coup, le royaume hachémite, un allié précieux de Washington, se retrouve ainsi au cœur de la tourmente.
Relativement épargnée depuis le début de l’escalade régionale, la Jordanie est désormais dans la ligne de mire de l’Iran. Le royaume hachémite, qui accueille plusieurs bases aériennes américaines stratégiques, apparaît de plus en plus comme une cible potentielle des Gardiens de la révolution.
« On assiste à un renforcement significatif de la présence militaire américaine en Jordanie, souligne un analyste politique. Il est donc logique de penser que Téhéran cherche à frapper plus durement les installations où les forces américaines se sont renforcées depuis le 28 février. Dans ce contexte, la Jordanie est devenue une cible de premier plan ». En effet, mercredi 15 juillet, une première attaque a visé un bâtiment résidentiel de la base aérienne King Faisal, blessant cinq militaires américains. La deuxième a touché une base dans l’est de la Jordanie, endommageant plusieurs hélicoptères Blackhawk américains.
Vendredi 17 juillet, une attaque iranienne contre la base aérienne de Muwaffaq Salti à Azraq a tué deux soldats américains, un troisième étant toujours porté disparu, selon des responsables américains. Cette attaque, qui a fait quatre autres blessés parmi les soldats et endommagé plusieurs hélicoptères, était la quatrième de la semaine contre les forces américaines en Jordanie.
Dimanche 19 juillet, la Jordanie a évacué l’aéroport international et le port d’Aqaba, ville côtière, à la suite d’une « menace précise et crédible », a indiqué l’ambassade américaine sur place. La défense aérienne jordanienne a ensuite abattu trois missiles iraniens qui visaient le pays, a déclaré l’armée jordanienne, tandis qu’un quatrième s’est écrasé dans une zone inhabitée.
La Jordanie, une base américaine avancée ?
Comment expliquer que la Jordanie soit aujourd’hui dans le viseur de Téhéran ? C’’est avant tout en raison de son statut de principal allié militaire des États-Unis au Moyen-Orient. Militairement, près de 4 000 soldats américains sont actuellement déployés sur le territoire jordanien, ce qui en fait le plus important contingent militaire étranger présent dans le royaume. Or, depuis que le roi Abdallah II a signé un accord de défense autorisant les forces américaines à accéder librement à plusieurs bases militaires jordaniennes, sans passer par un vote du Parlement, Washington s’appuie plus que jamais sur ces installations pour soutenir ses opérations au Moyen-Orient, faisant de la Jordanie une pièce maîtresse de son dispositif militaire.
Si la Jordanie s’est imposée comme l’un des principaux points d’appui des forces armées américaines au Moyen-Orient, c’est notamment parce qu’elle compte parmi les rares pays arabes à autoriser avec une grande souplesse les opérations militaires américaines depuis son territoire.
Un pays sous perfusion
Sur le plan économique, la dépendance d’Amman envers Washington est tout aussi marquée. Dépourvue de ressources énergétiques qui font la richesse des monarchies du Golfe, la Jordanie bénéficie d’une aide américaine ininterrompue depuis les années 1950. Celle-ci a triplé en quinze ans pour atteindre 1,45 milliard de dollars en 2025, conformément au protocole d’accord signé en 2022 qui garantit au royaume une assistance économique et militaire annuelle sur sept ans. La Jordanie figure ainsi parmi les premiers bénéficiaires de l’aide américaine dans le monde. Amman a également été l’un des principaux bénéficiaires de l’aide économique et militaire américaine.
Changement de stratégie
Cela explique qu’au cours de la première phase du conflit, Téhéran ait concentré ses représailles sur Israël ainsi que sur les États du Golfe apportant un soutien direct aux opérations américaines. La Jordanie semblait alors relativement préservée en raison de son éloignement géographique de l’Iran, plus important que celui de pays comme Bahreïn ou le Koweït ; ce qui réduisait en effet, du moins en théorie, son exposition aux capacités de frappe iraniennes.
Mais cette logique est désormais remise en cause. La détérioration progressive du cessez-le-feu entre Washington et Téhéran ouvre une nouvelle séquence du conflit et conduit l’Iran à revoir sa stratégie de riposte. Désormais, le choix des cibles ne dépend plus uniquement de leur proximité géographique, mais de leur importance dans l’architecture militaire américaine au Moyen-Orient.
Au final, en visant le royaume hachémite, une monarchie alliée d’Israël mais composée d’une population majoritairement d’origine palestinienne, Téhéran cherche à s’adresser à la rue jordanienne par-dessus la tête de ses dirigeants. Vendredi 24 juillet, les Gardiens de la révolution ont appelé les Jordaniens à s’en prendre aux intérêts des « Américains agressifs et hostiles à l’Islam », et à exiger leur départ. Le message est clair.
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