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TRIBUNE – Du slogan à l’ingénierie d’exécution : comment rendre le travail arabe commun vraiment opérationnel ?

10. September 2026 um 16:00

Lors de son audience accordée au nouveau secrétaire général de la Ligue des États arabes, le président de la République a souligné « l’importance de renforcer le travail arabe commun et de consolider la coopération selon de nouvelles conceptualisations et des approches novatrices ». Ces mots résonnent juste. Mais ils posent immédiatement une question que la diplomatie arabe a trop longtemps esquivée : comment passe-t-on des « approches novatrices » à des réalisations mesurables ? La réponse n’est pas diplomatique. Elle est industrielle, technologique et financière.

 

La fin de l’ère des déclarations d’intention

Le modèle traditionnel de l’intégration régionale arabe a atteint ses limites opérationnelles. Les sommets se succèdent, les communiqués s’accumulent – et le commerce intra-arabe reste l’un des plus faibles au monde, oscillant autour de 10 à 15% des échanges totaux des pays membres, contre 60% pour l’Union européenne.

On objectera que ce déficit n’est pas technique mais politique, que les divisions entre États arabes, les rivalités régionales et les divergences idéologiques constituent le véritable obstacle, et qu’aucune ingénierie bancaire ou réglementaire ne peut suppléer à une volonté politique absente. Cette objection est partiellement juste. Mais elle conduit à une impasse : si l’on attend le consensus politique préalable pour engager l’intégration économique, on attendra indéfiniment. L’expérience européenne enseigne précisément que c’est l’intégration économique progressive, sectorielle et technique qui a créé les conditions d’un rapprochement politique, pas l’inverse. Les intérêts économiques convergents finissent par produire la volonté politique que les discours ne parviennent pas à susciter.

Ce n’est donc pas un déficit de bonne volonté qu’il faut diagnostiquer en premier. C’est un déficit d’ingénierie d’exécution, et c’est précisément celui-là qu’il est possible de traiter sans attendre un grand soir politique improbable.

 

Premier levier : l’interopérabilité bancaire et la souveraineté des données

Le commerce intra-arabe souffre d’un paradoxe structurel : des pays géographiquement voisins paient leurs échanges commerciaux en passant par des circuits financiers externes – en dollars, via des correspondants bancaires new-yorkais ou londoniens. Chaque transaction intra-arabe supporte ainsi des coûts de friction et des délais qui n’existent pas dans les zones d’intégration économique matures.

Certains argueront que la souveraineté des données est un luxe que des économies sous pression financière ne peuvent pas se permettre, que les priorités immédiates sont le service de la dette, l’équilibre budgétaire et la stabilité macroéconomique. Cet argument inverse la logique causale. Ce n’est pas parce qu’on est sous pression financière qu’on peut se permettre de confier ses données stratégiques à des infrastructures extérieures, c’est dans ces conditions de vulnérabilité que la dépendance technologique devient le plus coûteuse. Un État qui ne maîtrise pas ses données de paiement, ses registres fiscaux ou ses données industrielles dépend structurellement des acteurs qui les hébergent pour les décisions qui engagent sa souveraineté économique. La souveraineté des données n’est pas un luxe de pays riches, c’est une condition de négociation pour les pays qui ne le sont pas encore.

Développer des standards régionaux de compensation et de règlement transfrontaliers, construire des capacités de calcul et de stockage hébergées dans la région, développer des modèles d’intelligence artificielle entraînés sur des corpus arabes, tout cela n’exige pas d’attendre une hypothétique union politique. Cela exige des décisions techniques et des engagements financiers sectoriels que plusieurs pays arabes ont déjà les moyens d’assumer individuellement, et qui deviendraient exponentiellement plus puissants s’ils étaient mutualisés.

Deuxième levier : les corridors économiques comme ossature industrielle

La valorisation du Corridor Transsaharien illustre parfaitement la différence entre une vision géopolitique et une capacité d’exécution. Depuis que les travaux ont démarré à Adrar en juin 2026, la carte énergétique de la région se redessine.

 

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On fera remarquer, avec raison, que le tracé physique du TSGP ne passe pas par la Tunisie – que l’Algérie est l’opérateur, le Maroc le concurrent, et que la Tunisie observe depuis les coulisses une recomposition énergétique qui se structure sans elle. Cette observation est exacte. Elle est même le cœur du problème. Mais elle conduit à deux conclusions opposées : soit la Tunisie constate son absence et s’y résigne, soit elle comprend que les corridors physiques créent autour d’eux des besoins de services que le tracé géographique ne détermine pas. La certification carbone des flux énergétiques, la cybersécurité des infrastructures critiques, la maintenance prédictive des réseaux de transport, la traçabilité des données de production – ces segments à haute valeur ajoutée ne sont pas réservés aux pays traversés par le tuyau. Ils sont accessibles à ceux qui maîtrisent les compétences pour les fournir. Ce n’est pas le tracé du corridor qui détermine qui capte la valeur intellectuelle et technologique qu’il génère. C’est la capacité d’exécution.

La Tunisie peut devenir le pivot de certification et de services technologiques pour les corridors régionaux – à condition de cesser de penser sa position en termes de géographie physique et de commencer à la penser en termes de géographie des compétences.

 

Troisième levier : l’harmonisation réglementaire par les bacs à sable

L’une des entraves les plus concrètes à l’intégration économique arabe est la fragmentation réglementaire. Une fintech tunisienne qui veut opérer en Jordanie, un ingénieur logiciel saoudien qui veut déposer un brevet en Égypte, une startup marocaine qui veut lever des fonds aux Émirats — tous font face à des environnements juridiques hétérogènes qui découragent l’investissement transfrontalier.

On objectera que des bacs à sable réglementaires nationaux existent déjà dans plusieurs pays arabes – aux Émirats, à Bahreïn, en Arabie saoudite – et que leur existence n’a pas suffi à produire une intégration régionale. C’est vrai. Mais des bacs à sable nationaux juxtaposés ne constituent pas un bac à sable régional – de même que des marchés boursiers nationaux interconnectés ne constituent pas une union des marchés de capitaux. La différence n’est pas quantitative mais qualitative : un espace d’expérimentation véritablement régional permet à une entreprise de tester une solution sur plusieurs marchés simultanément avec un cadre juridique unifié, ce qu’aucune juxtaposition de dispositifs nationaux ne permet. C’est précisément cette couche d’interopérabilité réglementaire qui manque – et que ni les Émirats ni l’Arabie Saoudite ne peuvent créer seuls, parce qu’elle suppose un accord multilatéral que seule une institution régionale comme la Ligue arabe peut porter.

 

La Tunisie : de membre à concepteur

On pourra enfin soulever une objection de fond : la Tunisie est sous pression financière, sous tension diplomatique avec certains partenaires européens, et en position de demandeur vis-à-vis de ses créanciers internationaux. Dans ces conditions, prétendre jouer un rôle de « concepteur » d’une architecture régionale arabe relève-t-il du réalisme ou de l’illusion ?

La question est légitime. Mais elle repose sur une confusion entre puissance financière et puissance intellectuelle. La Tunisie ne prétend pas financer l’intégration arabe – elle n’en a pas les moyens. Elle prétend en concevoir certaines architectures – et pour cela, ses moyens sont réels. Son capital humain en ingénierie des systèmes, en droit bancaire international, en cybersécurité et en transformation digitale constitue un actif que peu de pays arabes possèdent à cette échelle relative. La Belgique n’est pas la plus grande puissance économique de l’Union européenne – elle en abrite néanmoins les institutions centrales, précisément parce que la capacité institutionnelle ne se réduit pas à la taille de l’économie.

La Tunisie peut jouer ce rôle. Mais elle doit pour cela arriver aux tables de négociation avec des propositions techniques précises – pas avec des déclarations générales sur « l’importance de la coopération arabe ».

 

Ce que « novatrices » doit vraiment vouloir dire

La réussite des « nouvelles conceptualisations » souhaitées par le président de la République ne se mesurera ni au nombre de sommets organisés ni à la longueur des communiqués officiels. Elle s’évaluera à la capacité des États membres à exécuter des projets structurants, à retenir leurs talents et à garantir leur indépendance décisionnelle.

L’intégration arabe a produit suffisamment de textes fondateurs, de chartes ambitieuses et de déclarations solennelles. Ce dont elle manque, ce n’est pas un nouveau slogan, c’est une première réalisation concrète qui prouve que le passage à l’acte est possible. Un système de règlement transfrontalier qui fonctionne. Un bac à sable réglementaire qui accueille effectivement des startups de trois pays différents. Un centre de données souverain qui héberge effectivement des administrations de plusieurs États membres.

Une seule réalisation concrète vaut plus que dix déclarations d’intention. C’est à ce prix que le travail arabe commun cessera d’être une rhétorique pour devenir un véritable actif stratégique.

Et ce prix a un nom : l’ingénierie d’exécution. Pas les approches novatrices – les réalisations mesurables.

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Tribune d’Elyes Kasri : « La Tunisie face aux tracés frontaliers imposés par l’accord frontalier de 1970 »

10. September 2026 um 13:10

Tribune d’Elyes Kasri — Souveraineté confisquée et brèche doctrinale : la Tunisie face aux tracés frontaliers imposés par l’accord frontalier de 1970.

Il est des silences dans l’histoire officielle qui pèsent plus lourd que les traités eux-mêmes. Au cœur du grand désert saharien, là où les dunes cachent autant de secrets que de richesses, une frontière terrestre a été actée le 16 avril 1970. 

Pour les juristes, c’est le traité de Bir Romane. Pour une frange de plus en plus large de la société tunisienne, c’est le récit d’une blessure intime, d’un abus de faiblesse caractérisé et d’une strangulation géopolitique qui frappe cet accord d’une illégitimité historique et juridique absolue.

1. L’ambiance psychologique de 1970 : une Tunisie assiégée et un Sphinx affaibli 

Cet accord a été signé le 6 janvier 1970 à Tunis par Habib Bourguiba Jr, Ministre des Affaires Etrangères de la République Tunisienne et Abdelaziz Bouteflika, Ministre des Affaires Etrangères de la République Algérienne Démocratique et Populaire. 

Toutefois, pour comprendre le sacrifice de 1970, il faut quitter la froideur des textes juridiques et s’imprégner de l’atmosphère crépusculaire qui règne alors à Tunis. Le pays est psychologiquement exsangue. L’échec dramatique de l’expérience collectiviste d’Ahmed Ben Salah vient de fracturer l’économie et la confiance nationale. Au sommet de l’État, le drame est humain avant d’être politique. 

Le « Combattant Suprême », Habib Bourguiba, n’est plus que l’ombre de lui-même. Épuisé, le corps brisé par de lourdes pathologies vasculaires et des crises dépressives sévères, il vit sous sédation médicale. Confié aux soins de spécialistes mondiaux, dont le célèbre professeur français Jean Bernard et le psychiatre Julian de Ajuriaguerra, le Zaïm subit de lourdes interventions chirurgicales et de longues cures de sommeil. Éloigné du pouvoir, isolé dans une clinique en Suisse pour une interminable convalescence, il laisse derrière lui une Tunisie orpheline, flottant dans l’angoisse généralisée d’une régence provisoire (menée par Bahi Ladgham puis Hédi Nouira) obsédée par la succession.

C’est précisément dans cette faille temporelle, ce moment de vulnérabilité absolue de la nation tunisienne, que l’Algérie de Houari Boumédiène choisit de frapper. 

Parfaitement informés par leurs services de l’état de défaillance physique de Bourguiba, les généraux d’Alger déploient une diplomatie de la terreur. L’Algérie — surarmée, grisée par son armée de libération aguerrie (l’ANP) et un boom pétrolier naissant — orchestre un véritable chantage au chaos.

2. Le reniement du GPRA et l’arme juridique de l’Estoppel 

C’est le reniement total d’une dette historique. Le regretté Doyen Lazhar Bououni avait lui-même mis en lumière ce reniement flagrant d’un précédent accord majeur : celui du 20 juillet 1961, signé solennellement à Tunis avec le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) de Ferhat Abbas. 

Par ce texte, l’Algérie combattante reconnaissait explicitement le bien-fondé des revendications tunisiennes sur la Borne 233 et ses 20 000 km² sahariens. C’était la juste contrepartie du soutien indéfectible, de l’asile et des immenses sacrifices consentis par la Tunisie pour la révolution algérienne (comme à Sakiet Sidi Youssef). 

En foulant aux pieds cet engagement moral et juridique dès l’indépendance, l’Algérie de Boumediene a transformé l’accord de 1970 en un acte de pure spoliation.

C’est ici que l’analyse juridique du Doyen Bououni devient d’une redoutable efficacité technique en invoquant un principe cardinal du droit international public : l’estoppel.

Derrière ce terme se cache une règle d’équité : un État ne peut pas se contredire au détriment d’un autre (l’interdiction de souffler le chaud et le froid). L’application de l’estoppel soulevée par Le Doyen Bououni est ici flagrante :

  1. L’attitude d’origine : en signant l’accord de 1961, le GPRA — qui incarnait légalement la future Algérie souveraine — a officiellement acté la légitimité des revendications tunisiennes.
  2. Le sacrifice de bonne foi : forte de cette promesse, la Tunisie a accepté de payer le prix fort pour la liberté algérienne (bases arrière, accueil de l’ALN, tragédie de Sakiet Sidi Youssef).
  3. Le reniement : en 1970, en usant de la contrainte pour imposer le tracé colonial, l’Algérie a commis une violation frontale de l’estoppel. Elle s’est contredite de mauvaise foi, tirant profit des sacrifices tunisiens avant de refermer le piège une fois l’indépendance acquise. Profitant de la sédation du père de la nation tunisienne, Alger dicte ses termes : ce sera le tracé colonial amputant la Tunisie des richissimes gisements d’hydrocarbures d’El Borma, ou l’instabilité militaire permanente.

3. Le hold-up énergétique d’El Borma et l’amputation du prolongement saharien 

Il convient ici de lever un malentendu géographique majeur pour mesurer l’étendue exacte du préjudice. Si le traité de 1970 n’a pas rayé de la carte l’intégralité de l’espace saharien tunisien (préservant le cœur du Sud tunisien à Tozeur, Kebili ou Tataouine), il a méthodiquement amputé sa profondeur stratégique méridionale et ses gisements d’hydrocarbures capitaux.

Le cœur du litige porte sur un quadrilatère hautement stratégique de près de 20 000 km² : le célèbre « prolongement saharien » ou « Bec de Canard ». Ce territoire s’étend à l’extrême Sud-Ouest, entre Bir Romane, Fort Saint (la borne 220) et surtout la fameuse Borne 233 (Garet El Hamel, située juste au sud de Ghadamès).

L’enjeu n’était pas qu’une simple étendue de sable, mais un véritable hold-up énergétique. En 1959, la découverte du gigantesque gisement d’hydrocarbures d’El Borma change la donne géopolitique. C’est précisément pour s’accaparer cette immense richesse que l’Algérie a tout fait pour repousser la frontière tunisienne vers le Nord. 

En forçant la Tunisie à renoncer à la Borne 233 pour la figer arbitrairement à la Borne 222, Alger a scindé le gisement d’El Borma en deux, confisquant sa plus grande partie. Ce déplacement forcé des lignes a directement privé la Tunisie d’une autonomie énergétique durable et de milliards de dollars de revenus.

4. Le spectre de Tripoli : le piège se referme à l’Est 

Pour noircir encore le tableau psychologique de cette année 1970, un coup de tonnerre retentit à l’Est. Quelques mois plus tôt, le 1er septembre 1969, un jeune capitaine de 27 ans renverse la monarchie libyenne. L’avènement du bouillonnant Mouammar Kadhafi à Tripoli plonge la diplomatie tunisienne dans une terreur panique.

L’atmosphère est électrique. Aux portes de la Tunisie surgit un régime imprévisible, messianique, gorgé de pétrodollars et exalté par un nationalisme arabe agressif. Kadhafi, imprévisible et provocateur, multiplie les coups d’éclat et menace l’équilibre précaire de la sous-région.

La Tunisie se retrouve prise dans une mâchoire géopolitique infernale : à l’Ouest, le colosse militaire algérien qui resserre son étreinte ; à l’Est, le volcan libyen prêt à déborder. 

Pris de court par la folie naissante du régime de Tripoli et l’agressivité d’Alger, les négociateurs tunisiens paniquent. Pour Tunis, il devient vital de fermer au plus vite le front occidental avec l’Algérie, à n’importe quel prix, pour ne pas être pris en étau si le jeune Kadhafi décidait de marcher sur les frontières tunisiennes. Ce climat de peur systémique a achevé de paralyser la volonté tunisienne.

5. Du Sahara à la mer : l’effet domino sur le plateau continental et le Champ Bouri 

Cette capitulation territoriale à l’Ouest face à l’Algérie a eu un effet domino immédiat et désastreux sur la frontière maritime orientale de la Tunisie. En acceptant de figer le point terminal de la frontière terrestre à Ras Ajdir sous la double pression de ses voisins, la Tunisie s’est présentée affaiblie et stratégiquement bridée face aux ambitions maritimes de Tripoli.

Ce tracé terrestre contraignant a lourdement compromis les droits tunisiens sur la délimitation de ses eaux territoriales et de son plateau continental en mer Méditerranée. 

Lors du mémorable différend qui a opposé la Tunisie et la Libye devant la Cour internationale de Justice (CIJ) en 1982, la position tunisienne s’est retrouvée lourdement viciée par la configuration des frontières de terre. L’arrêt de la CIJ a entériné une ligne de délimitation maritime oblique qui a littéralement amputé la Tunisie de ses droits légitimes sur des zones hautement stratégiques.

La conséquence directe de ce tracé tronqué est la perte des droits souverains sur le champ pétrolifère de Bouri, le plus grand gisement de pétrole en mer Méditerranée. Situé dans une zone de chevauchement historique où la Tunisie pouvait légitimement prétendre à la souveraineté maritime, le champ Bouri est ainsi tombé exclusivement dans l’escarcelle libyenne. 

L’asphyxie territoriale subie au Sahara en 1970 s’est transformée en une spoliation énergétique majeure au large du golfe de Gabès, privant l’économie tunisienne de dizaines de milliards de dollars de revenus pétroliers et gaziers.

6. L’alibi d’Addis-Abeba face au naufrage des promesses africaines 

Aujourd’hui, plus de soixante ans après son adoption en 1964 par l’Organisation de l’unité africaine (OUA) au Caire, le dogme de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation s’effondre sous le poids de ses propres échecs. 

Utilisé par Alger comme un alibi commode pour sacraliser ses gains territoriaux coloniaux, ce principe n’a jamais réussi à effacer son péché originel. Conçu pour éviter les guerres interétatiques, ce bouclier juridique n’a tenu aucune de ses promesses de paix, de sécurité, de prospérité ou de démocratie. Le constat est implacable en Afrique, et particulièrement saignant au Maghreb ainsi que dans la bande sahélo-saharienne. 

Loin d’avoir pacifié les relations, le maintien aveugle de ces frontières artificielles a cristallisé les rancœurs, nourri le séparatisme, et transformé de vastes régions en zones d’instabilité chronique et de conflits asymétriques permanents. L’argument juridique algérien n’est plus une garantie de stabilité, mais le voile politique posé sur un héritage impérialiste injuste.

7. Frontières de fait vs frontières légitimes : le droit imprescriptible à la restitution 

C’est ici que s’impose une distinction fondamentale, indispensable à la clarté du combat mémoriel tunisien : la ligne de démarcation absolue entre les frontières d’usage établies de fait et les frontières historiquement légitimes, sujettes à réclamation et demande de restitution.

Les tracés juridiques imposés qui segmentent aujourd’hui le tissu géographique maghrébin — terrestres comme maritimes — ne sont que le produit d’un rapport de force dissymétrique figé à une époque de vulnérabilité institutionnelle. 

Ils incarnent une frontière imposée, subie, issue directement du découpage colonial que les puissances régionales voisines ont cyniquement exploité à leur profit. 

En contrepartie, la frontière historiquement légitime s’articule autour des réalités territoriales précoloniales, des titres ancestraux de souveraineté et, de façon impérative, sur la reconnaissance contractuelle expresse formulée par le GPRA en 1961 pour la zone saharienne.

Cette légitimité historique ne saurait s’éteindre sous l’effet du temps ou des ratifications forcées. Elle érige ces espaces spoliés, qu’il s’agisse du secteur terrestre d’El Borma ou de la souveraineté bafouée sur le plateau continental et le champ Bouri, en objets d’une réclamation permanente et d’une demande légitime de restitution. 

Entériner le statu quo équivaudrait à légitimer l’arbitraire historique. Pour la Tunisie, l’analyse rigoureuse séparant les tracés de fait de sa frontière légitime constitue le premier jalon de résistance pour maintenir vivante la revendication de son intégrité territoriale et maritime originelle.

8. Le choc des doctrines : l’Ordre légal face au sursaut de la Vérité 

C’est ici que la rigueur juridique et la conscience historique convergent pour ébranler les fondements de ces spoliations. Le combat mémoriel tunisien ne s’appuie pas sur des récriminations abstraites, mais sur un corpus doctrinal universitaire solide, forgé au lendemain même des accords par les plus éminents juristes de la nation.

D’un côté, la doctrine de Lazhar Bououni, monument du droit international tunisien, apporte un éclairage technique dévastateur pour la légitimité des accords. 

En décortiquant l’asymétrie des forces, la violation de l’estoppel face à l’accord GPRA de 1961 et l’opportunisme lié à la santé défaillante du chef de l’État, il a mis en lumière un vice de forme et de consentement originel majeur. En théorisant cette ingratitude géopolitique et cette contrainte caractérisée qui violent l’essence même du droit des traités, Bououni a lui-même ouvert une brèche juridique et doctrinale, offrant une fenêtre scientifique pour frapper d’illégitimité l’ordre territorial imposé.

À ses côtés, la contribution pionnière de Mohamed Ben Salem s’avère tout aussi capitale pour les chercheurs. Dans son travail de référence intitulé « L’affaire de la borne 233 », rédigé à chaud au début des années 1970 à la Faculté de Droit de Tunis, Ben Salem livre une autopsie juridique brute de la capitulation territoriale subie par la Tunisie. 

Son apport majeur réside dans le dépouillement méthodique des pièces d’archives et des minutes de négociations, cartographiant textuellement les droits de souveraineté historique de la Tunisie. En démontrant comment les tracés militaires coloniaux ont été cyniquement instrumentalisés par Alger pour couper la Tunisie de son prolongement saharien, Ben Salem a fourni l’arsenal scientifique nécessaire pour déconstruire le dogme de l’intangibilité des frontières. Son œuvre prouve que l’accord de 1970 n’était pas un compromis de voisinage, mais une spoliation de fait imposée par la force.

De l’autre côté, on assiste aujourd’hui au réveil d’une tendance patriote-souverainiste croissante au sein de l’intelligentsia et de l’opinion publique tunisienne. Portée par des analystes, des historiens et des figures diplomatiques, cette école de pensée s’engouffre dans la brèche ouverte par Bououni et Ben Salem. Elle refuse désormais le dogme stérile imposé en 1964.

Pour ce courant patriote-souverainiste en pleine expansion, le diagnostic est sans appel : un tracé né du reniement de la parole donnée à l’Ouest, ayant mené à l’amputation de nos richesses marines à l’Est, est entaché d’une illégitimité historique. 

Cette mouvance rappelle que la Tunisie ne doit plus accepter le complexe d’infériorité ou l’alignement systématique sur les diktats régionaux au nom d’un statu quo qui a échoué à stabiliser la région. 

S’appuyant sur ces failles doctrinales incontestables, elle plaide pour une réévaluation lucide et digne de nos choix stratégiques et réaffirme que la demande de restitution territoriale et la réévaluation de nos droits maritimes restent des droits souverains inaliénables.

9. Conclusion : face au nouveau monde, le sursaut de la vigilance mémorielle 

Qu’ils s’accaparent les sables d’El Borma ou les eaux du champ Bouri, le constat historique est le même : la Tunisie a été spoliée de ses richesses vitales par des abus de faiblesse cyniques au moment le plus critique de son histoire moderne. Les vices techniques et moraux de ces tracés imposés en font des œuvres de contrainte, non de justice.

Reste une leçon gravée dans le sable du Sahara et sur les flots de la Méditerranée : en géopolitique, la vulnérabilité d’un jour se paie en territoires et en ressources pour des générations. 

Aujourd’hui, nous assistons à la gestation en cours d’un nouvel ordre mondial qui s’érige précisément sur les décombres de l’ordre né des cendres des marchandages territoriaux de l’ère coloniale, des équilibres obsolètes des deux guerres mondiales et de la guerre froide. Dans ce monde en pleine effervescence et en profonde recomposition, les cartes se redistribuent.

Pour la Tunisie, il ne s’agit plus de subir, mais d’anticiper. Par une vigilance mémorielle inflexible, la nation doit se tenir prête à saisir les opportunités de cette reconfiguration globale pour recouvrer ses droits historiques extorqués dans des circonstances défavorables et sous la menace armée. 

Cette brutalité des rapports de force, que Tunis avait tenté de conjurer en cédant en 1970, n’a d’ailleurs pas tardé à prendre corps de manière sanglante lors de l’attaque de Gafsa en janvier 1980, rappelant cruellement que les concessions territoriales n’achètent jamais la paix face à des voisins hégémoniques. 

À l’heure où les équilibres régionaux du Maghreb et du Sahel tanguent à nouveau, la Tunisie doit s’en souvenir, rejeter les complexes du passé, distinguer le fait du droit, et oser regarder son histoire en face pour réclamer ce qui lui revient de droit.

ANNEXE BIBLIOGRAPHIQUE SCIENTIFIQUE TRIANGULAIRE

(Textes officiels, thèses et ouvrages imprimés opposables aux thèses négationnistes)

1- Le Compromis frontalier Bourguiba-Abbas du 20 juillet 1961

  • Émissions et archives imprimées tunisiennes :

– Secrétariat d’État aux Affaires Étrangères (Tunisie). « Communiqué officiel conjoint tuniso-algérien sur les frontières sahariennes, signé à Tunis le 20 juillet 1961 [par le Président Habib Bourguiba et le Président du Conseil Ferhat Abbas] », Journal Officiel de la République Tunisienne (Édition imprimée – Débats et Documents), n° 34, juillet 1961.

– Sayah, Mohamed. Histoire du mouvement national tunisien : Le Nouvel État (1956-1964), Tunis, Éditions Dar El Amal (Édition imprimée), 1983, tome II, pp. 240-248. (Contient la transcription intégrale des procès-verbaux d’audience et des échanges textuels de juillet 1961 constatant le droit de la Tunisie sur la Borne 233).

– Archives Nationales de Tunisie (ANT). Fonds Premier Ministère / Direction des Affaires Étrangères, Série : Contentieux territoriaux et frontières sahariennes (1956-1961), Registre d’abornement, Carton n° 14.

  • Écrits imprimés d’historiens et d’acteurs d’État algériens (Preuves de mauvaise foi) :

– Abbas, Ferhat (Président du GPRA). Autopsie d’une guerre : L’Aurore, Paris, Éditions Albin Michel (Édition imprimée), 1980, pp. 312-315. (Dans cet ouvrage imprimé de mémoires, Ferhat Abbas lui-même atteste avoir formellement signé ce compromis territorial avec Bourguiba en 1961 pour sceller l’alliance stratégique, reconnaissant le bien-fondé du tracé tunisien passant par la Borne 233).

– Harbi, Mohammed. Les Archives de la Révolution Algérienne, Paris, Éditions Jeune Afrique (Édition imprimée), 1981, pp. 410-412. (Recueil de documents papier reproduisant les minutes des débats internes du CNRA à l’été 1961 relatifs à l’accord de Tunis).

– Malek, Redha. L’Algérie à Évian : Histoire des négociations secrètes (1956-1962), Alger, Éditions ANEP (Édition imprimée), 2002, pp. 215-218. (Analyse des tensions entre la diplomatie civile du GPRA et l’aile militaire du FLN au sujet de la rétrocession promise du prolongement saharien tunisien).

  • Expertises doctrinales et sources tierces (Internationales) :

– Flory, Maurice. « La recherche d’un règlement au différend frontalier algéro-tunisien », Annuaire de l’Afrique du Nord (Édition imprimée), Paris, Éditions du CNRS, tome V, 1966, pp. 135-144. (Étude juridique neutre publiée avant le traité de 1970, certifiant le caractère obligatoire du compromis de 1961).

– Chaker, Mustapha. « Le contentieux territorial saharien entre la Tunisie et l’Algérie », Revue Générale de Droit International Public (RGDIP), Paris, Éditions A. Pedone (Édition imprimée), tome LXX, n° 2, 1966, pp. 325-350.

– Secrétariat des Nations Unies. « Exchange of Notes constituting an agreement on border questions between Tunisia and the Provisional Government of the Algerian Republic, signed at Tunis on 20 July 1961 », United Nations Treaty Series (Recueil imprimé des Traités de l’ONU), New York, vol. 412, p. 302.

2- Thèses universitaires et Traités de délimitation (1970-1982)

  • Travaux juridiques de référence :

– Bououni, Lazhar. La frontière tuniso-algérienne : contribution à l’étude des frontières africaines. Thèse de Doctorat d’État en Droit public, Faculté de droit et des sciences politiques de Tunis, 1980, 542 p.

– Bououni, Lazhar. « L’accord du 6 janvier 1970 entre la Tunisie et l’Algérie relatif au tracé de la frontière : un exemple de règlement d’un conflit territorial », Revue tunisienne de droit (Édition imprimée), Faculté de droit de Tunis, vol. III, n° 2, 1972, pp. 45-78.

– Ben Salem, Mohamed. L’affaire de la borne 233 (ou Le contentieux saharien et l’affaire de la borne 233). Mémoire de Diplôme d’Études Supérieures (DES) en Droit public, Faculté de droit et des sciences politiques de Tunis, 1972, 185 p.

  • Instruments juridiques officiels et de jurisprudence :

– République Tunisienne : « Loi n ; 70-5 du 12 février 1970, portant ratification de l’accord sur le tracé de la frontière algéro-tunisienne entre Bir Romane et la frontière libyenne signé à Tunis le 6 janvier 1970 ». Journal Officiel de la République Tunisienne (Edition imprimée en langue française) n :7, 10-13 février 1970. 

– Gouvernement de la République Algérienne. « Décret n° 70-22 du 19 février 1970 portant ratification de l’accord sur le tracé de la frontière algéro-tunisienne entre Bir Romane et la frontière libyenne, signé à Tunis le 6 janvier 1970 », Journal officiel de la République algérienne (Édition imprimée), 9e année, n° 19, 21 février 1970, pp. 214-216.

– Cour internationale de Justice. Affaire du Plateau continental (Tunisie/Jamahiriya arabe libyenne) : Arrêt du 24 février 1982, Recueil des arrêts, avis consultatifs et ordonnances, La Haye, Éditions de la CIJ, 1982, 158 p. (Conséquences maritimes de Ras Ajdir et perte du champ Bouri).

  • Géopolitique générale et Cartographie historique :

– Flory, Maurice. « L’accord frontalier algéro-tunisien du 6 janvier 1970 », Annuaire de l’Afrique du Nord (Édition imprimée), Paris, Éditions du CNRS, tome IX, 1971, pp. 241-253.

– Stora, Benjamin et Snégaroff, Thomas. France-Algérie, anatomie d’une déchirure. Paris, Éditions Les Arènes, 2024, 230 p. (Atlas cartographique imprimé prouvant l’expansionnisme saharien du génie militaire colonial français au détriment de la Régence de Tunis).

– Belhedi, Amor. « Le Sud tunisien : Espace, frontière et développement », Revue tunisienne de géographie (Édition imprimée), Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, n° 18, 1989, pp. 57-89.

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Alerte avant le 7-Octobre : Netanyahu dans ses petits souliers !

10. September 2026 um 09:15

Selon une enquête publiée mardi 8 septembre par le quotidien israélien Haaretz, les Émirats arabes unis auraient averti Benyamin Netanyahu des plans d’attaques du Hamas dix jours avant le 7 octobre 2023.

 

Et si Benjamin Netanyahu avait été averti de l’imminence de l’attaque du 7-Octobre, la plus meurtrière et la plus traumatisante dans l’histoire d’Israël, mais  qu’il n’avait rien fait pour l’empêcher ? Et si cette tragédie résultait, au moins en partie, d’un grave manquement ou d’un aveuglement au sommet de l’État ?

C’est l’accusation explosive révélée mardi 8 septembre, en pleine campagne pour les élections législatives par le Haaretz et qui est tirée d’un nouveau livre signé par les journalistes Shlomi Eldar et Ruth Yuval, intitulé « Kidnapped : 843 Days of Abandonment ».

 

Lire aussi : Benyamin Netanyahou, première victime collatérale du 7 octobre?

 

Aveuglement

En effet, selon l’enquête menée par le grand quotidien israélien de gauche, Mohammed ben Zayed, président des Émirats arabes unis, aurait appelé Benjamin Netanyahu dix jours avant le 7-Octobre.

Pendant quarante-cinq minutes, racontent les deux journalistes de Haaretz, le dirigeant émirati aurait tenté de convaincre le Premier ministre israélien que Yahya Sinwar, alors chef du Hamas à Gaza – et depuis tué par l’armée israélienne-, préparait une opération d’une ampleur inédite contre Israël, avec le risque de mettre le feu à toute la région.

A ce propos, l’enquête révèle que Yahya Sinwar avait dit à un intermédiaire du Fatah palestinien qu’« une opération terrifiante » digne d’un « tremblement de terre » était en préparation. L’information serait ensuite remontée jusqu’à  Mohammed Ben Zayed, par l’intermédiaire d’un de ses conseillers, qui l’a transmise à Netanyahu dans un contexte de normalisation des relations entre leurs deux pays.

Mais, à la surprise de son interlocuteur, Benjamin Netanyahu ne semble pas particulièrement alarmé. Selon lui, le Hamas préparerait une attaque en Cisjordanie occupée, et non depuis la bande de Gaza. Un raisonnement qui, rétrospectivement, prend une dimension particulièrement troublante.

Plus troublant encore, toujours selon cette enquête, le Premier ministre israélien n’aurait pas relayé les avertissements du dirigeant émirati, pourtant considéré comme l’un des hommes les plus influents du Moyen-Orient.

Dix jours plus tard, le 7-Octobre, le Hamas lançait son attaque surprise contre Israël. Dès lors, une question lourde de conséquences s’impose : si l’alerte était bien parvenue jusqu’au sommet de l’État israélien, pourquoi n’a-t-elle pas été prise au sérieux ?

Netanyahu « n’est pas apte à diriger le pays »

A noter que la publication de cette enquête a provoqué une réaction extrêmement virulente de la part des principaux opposants. Lesquels multiplient les critiques sur la gestion de la crise par le Premier ministre, à l’approche des élections législatives du 27 octobre et appellent à sa démission.

Ainsi, les principaux chefs de l’opposition, à l’instar de Gadi Eisenkot, Naftali Bennett, Yair Golan et Avigdor Liberman, ont publié une déclaration commune réclamant une enquête immédiate et approfondie. Ils estiment que ces révélations viennent s’ajouter à une série d’éléments mettant en cause la gestion de Netanyahu avant le 7-Octobre. Ils accusent surtout le Premier ministre de chercher à empêcher la création d’une commission d’enquête nationale indépendante, afin d’éviter que la lumière soit faite sur ce qu’il savait et sur ce qu’il a fait.

L’ancien chef d’état-major, Gadi Eisenkot, l’accuse en effet de fournir des excuses « pathétiques » pour se dédouaner, affirmant  sur X que « Netanyahu a reçu des dizaines d’avertissements pour le 7-Octobre et il les a tous ignorés » ; concluant qu’« il n’est pas apte à diriger le pays ».

Netanyahu « porte une responsabilité personnelle et directe », a renchéri l’ancien Premier ministre Naftali Bennett. Il « ne peut pas continuer à exercer sa fonction une minute de plus », écrit-il sur X.

Déni

Face à cette avalanche de critiques, le cabinet de Netanyahu a dénoncé un « mensonge total », niant même l’existence d’un échange avec le responsable émirati, fin septembre 2023.

Pour sa part, Benyamin Netanyahu, a annoncé avoir donné instruction à ses avocats de déposer une plainte contre le quotidien israélien Haaretz, le journaliste Shlomi Eldar et d’autres responsables, qu’il accuse d’avoir « inventé une accusation mensongère » à son encontre, dans un message publié sur le réseau social X.

Politiquement, le coup est donc rude pour Netanyahu, d’autant plus que, profitant de cette aubaine, l’opposition tente désormais de transformer le dossier du 7-Octobre en référendum sur sa responsabilité personnelle.

Ainsi, après avoir longtemps débattu de la responsabilité de l’armée et des services de renseignement, le débat se recentre aujourd’hui sur le Premier ministre lui-même : a-t-il été averti, a-t-il minimisé la menace et, surtout, pourquoi n’a-t-il pas agi ?

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Nostalgies : Les marmousets de l’avenue de la Liberté

10. September 2026 um 09:07

Aujourd’hui, une marche sur l’avenue de la Liberté m’a mis face à un arbre calciné, un trognon d’arbre sacrifié sur l’autel de nos civilités, un cadavre de jacaranda abandonné sur la voie publique enserré dans un anneau de fer, étouffant aussi parce que le terreau qui nourrit ses racines est de toute évidence pollué.

Je sors rarement indemne de ces confrontations avec le délitement de ma ville natale, celle où je continue à vivre impuissant, un peu comme un zombie qui ne renaît ni ne meurt. J’avance alors dans une ville où je me sens chez moi mais foncièrement étranger, piégé, otage presque d’une déroute que je subis.

Heureusement qu’il me reste quelques repères, quelques lieux et visages auxquels je me raccroche désespérément. C’est peut-être à la recherche d’un rayon de soleil que je me suis rendu jusqu’à l’immeuble des Marmousets, celui où a vécu mon regretté ami Francesco Ingrassia. Je cherche des yeux les fameux marmousets, ces gargouilles qui ornent les hauteurs de la façade de l’édifice.

Je les revois comme pour me rassurer, les soupèse du regard, détaille leurs grimaces puis passe mon chemin. Au rendez-vous de l’absurde, j’ai tant d’interlocuteurs muets et de cachettes secrètes que je suis parfois seul à voir. Peut-être un jour, dans mes délires intimes, sèmerais-je des pierres des osselets ou des billes ? Comme un petit poucet qui montrerait des chemins invisibles dans une forêt écrasée par la nuit.

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Nostalgies : La Poste, Tournier et les timbres exotiques

09. September 2026 um 09:30

Lorsque je me retrouve à la rue Charles de Gaulle, j’ai toujours un pincement au cœur en passant devant la Poste. C’est que le chemin des écoliers me menait souvent par là, du temps où cet immeuble édifié par Henri Saladin en 1885, était le centre vital de tout un pays.

Auparavant, le tout premier hôtel des postes se trouvait dans la médina, à la rue El Mektar. Il se déplacera ensuite dans les parages de l’avenue de France, dans la petite artère nommée rue de l’Ancienne poste. Ce n’est qu’à la fin du dix-neuvième siècle que la bâtisse que nous connaissons a vu le jour et continue à surprendre avec ses volumes de gare parisienne et l’ocre de ses pierres taillées. Pour dire l’importance de l’édifice, il suffit de rappeler que de nombreuses réceptions d’officiels français en visite en Tunisie avaient eu lieu dans l’immense salle des pas perdus.

La Poste occupe tout un îlot urbain, bordé par les rues d’Angleterre et d’Espagne et aussi les rues Nasser et De Gaulle. Tous les quartiers environnants et à vrai dire toute la ville, convergeaient ici qui pour téléphoner et qui pour poster une lettre ou retirer un colis. À chaque fin de mois, les chèques postaux entraient en scène et la presse culminait devant les guichets.

Mes souvenirs de la Poste sont d’abord liés à ma collection de timbres. Je venais ici admirer les nouvelles émissions placées en vitrine et parfois acheter les enveloppes premier jour. Je crois que nous sommes tous passés par ces collections pour lesquelles les enfants étaient capables de toutes les négociations et les plus rusés des subterfuges pour s’emparer de la vignette recherchée.

À cette époque, deux libraires vendaient des timbres. Tous deux avaient leurs vitrines sous les Arcades et présentaient des collections surprenantes venues des pays arabes. À l’époque, chaque émirat avait ses propres timbres et nous rêvions à ces pays lointains dont les noms nous étaient inconnus. Chez Tournier et aussi à quelques pas, chez Sakati, les gamins achetaient des timbres pour en remplir des albums méthodiquement organisés par pays et par continent. À l’école, il existait une véritable bourse d’échanges : les transactions se passaient dans la cour au moment de la récréation et je me souviens en particulier d’un camarade qui avait toujours sa loupe avec lui pour pouvoir observer la précieuse dentelure des timbres.

Décoller des timbres avec de la vapeur d’eau était alors un jeu d’enfant alimenté par les nombreuses cartes postales que les familles recevaient. Que de Mariannes et de châteaux de la Loire ainsi recoltés à l’envers de la Tour Eiffel et de l’Opéra ! Je me souviens de cette époque à laquelle a survécu un album dont je ne sais plus qui en a hérité. Et puis n’ai-je pas appris la géographie grâce à ces timbres qui mariaient exotisme et proximités et nous apprenaient des noms de pays – Suomi, Sverige et d’autres – dans la langue originale.

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TRIBUNE – Tunisie–Royaume-Uni : du soutien aux startups à la souveraineté technologique

08. September 2026 um 16:33

La venue à Tunis, le 17 septembre prochain, d’une délégation britannique de haut niveau consacrée à l’innovation et à l’entrepreneuriat, constitue un signal intéressant pour l’écosystème tunisien. 

Organisée dans le cadre d’une initiative britannique dédiée aux entrepreneurs et faisant suite à la deuxième participation consécutive de la Tunisie à la London Tech Week, cette rencontre témoigne de l’intérêt croissant porté aux potentialités de notre écosystème entrepreneurial.

 

Lire aussi.- London Tech Week 2025 : plus de 30 entreprises tunisiennes présentes

 

Mais au-delà des rencontres institutionnelles, des séances de networking et de l’accès potentiel aux investisseurs, une question plus structurante mérite d’être posée : que voulons-nous réellement construire à travers cette relation avec le Royaume-Uni ? Car l’enjeu ne devrait pas être seulement d’attirer davantage de capitaux vers nos startups. Il est aussi de transformer cet intérêt international en capacités technologiques durables, en emplois qualifiés, en propriété intellectuelle et en entreprises capables de se projeter sur les marchés internationaux.

 

Du financement à la capitalisation

Le Royaume-Uni dispose de l’un des principaux pôles européens du financement technologique et du capital-risque. Pour les startups tunisiennes, cette profondeur financière représente une opportunité considérable. Mais l’enjeu est de dépasser la logique classique de recherche de financement. Il s’agit de construire des passerelles permettant à nos entreprises d’accéder aux fonds, aux accélérateurs, aux réseaux commerciaux et aux marchés britanniques. Et ce, tout en conservant en Tunisie une part significative de la création de valeur.

Autrement dit, le capital doit devenir un accélérateur de capacité et non simplement une source de financement. Une startup qui lève des fonds à l’étranger mais dont les fonctions stratégiques, les centres de décision et la propriété intellectuelle quittent progressivement le pays ne constitue pas nécessairement un succès du point de vue de la souveraineté économique.

Le véritable indicateur doit donc être plus exigeant : combien de capital international permettons-nous d’attirer, mais surtout combien de valeur technologique parvenons-nous à créer et à retenir ?

 

De la sous-traitance à la co-innovation

La Tunisie dispose depuis plusieurs années d’un écosystème favorable à l’entrepreneuriat innovant, notamment à travers le Startup Act. Mais cette dynamique doit désormais franchir un nouveau palier. La sous-traitance technologique peut créer des emplois et générer des revenus. Elle ne doit cependant pas constituer l’horizon ultime de notre politique numérique.

L’objectif devrait progressivement être de passer :

  • de l’exécution à la conception ;
  • de la prestation à la solution ;
  • du service à la propriété intellectuelle ;
  • de l’outsourcing à la co-innovation.

 

Cette évolution est particulièrement pertinente dans des domaines où les intérêts des deux écosystèmes peuvent converger : intelligence artificielle, cybersécurité, FinTech, logiciels industriels, technologies énergétiques et services numériques à forte valeur ajoutée.

L’enjeu n’est pas de demander un transfert unilatéral de technologie. Il est de construire des projets communs, dans lesquels les compétences tunisiennes et britanniques produisent ensemble des solutions susceptibles d’être commercialisées sur plusieurs marchés. C’est ainsi que la coopération peut progressivement passer d’une relation de fournisseur–client à une relation de partenaires technologiques.

 

La diaspora comme infrastructure de connexion

Cette stratégie doit également intégrer une ressource souvent sous-estimée : la diaspora tunisienne au Royaume-Uni. La diaspora peut devenir une véritable infrastructure de connexion technologique entre les deux écosystèmes. Elle peut faciliter l’accès aux investisseurs, aux universités, aux entreprises, aux réseaux professionnels et aux marchés, tout en permettant aux compétences tunisiennes établies à l’étranger de contribuer à des projets développés depuis la Tunisie.

 

La question n’est donc plus uniquement celle du retour des compétences. Elle est aussi celle de leur circulation. Un ingénieur tunisien installé à Londres peut contribuer à une entreprise tunisienne sans nécessairement revenir s’y installer. Un chercheur peut participer à un programme de R&D commun. Un entrepreneur peut ouvrir simultanément des marchés en Tunisie et au Royaume-Uni. La mobilité peut ainsi devenir un instrument de souveraineté plutôt qu’un simple indicateur de fuite des cerveaux.

 

De l’écosystème startup à la plateforme euro-africaine

Le rapprochement avec le Royaume-Uni ouvre également une dimension géoéconomique. La Tunisie ambitionne de se positionner comme une plateforme reliant l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique. Dans cette perspective, la technologie peut devenir l’un des principaux vecteurs de cette ambition. Il ne s’agit pas de proclamer que la Tunisie est déjà un hub technologique régional. Il s’agit de construire les conditions qui lui permettraient de le devenir.

Cela suppose de connecter trois éléments :

Capital britannique +Talents et startups tunisiens + Marchés africains et méditerranéens + Solutions technologiques exportables.

La Tunisie pourrait ainsi progressivement passer du rôle de territoire d’exécution à celui de territoire de conception, d’intégration et d’exportation de solutions technologiques.

 

Le véritable transfert de technologie : la capacité de produire

C’est probablement ici que se situe le cœur du sujet. Le transfert de technologie ne devrait pas être mesuré uniquement par le nombre de logiciels importés, de contrats signés ou de centres de services implantés. Il devrait être évalué à partir d’une question beaucoup plus simple :

Quelles nouvelles capacités la coopération permet-elle de créer en Tunisie ?  Des ingénieurs mieux formés ? Des laboratoires communs ? Des brevets ? Des produits exportables ? Des startups capables de changer d’échelle ? Des compétences en IA et cybersécurité ? Des entreprises tunisiennes intégrées aux chaînes technologiques internationales ?

C’est cette capacité cumulative qui transforme une coopération économique en actif stratégique.

Passer des intentions aux projets

La prochaine étape devrait donc être très concrète. Chaque partenariat stratégique devrait pouvoir être évalué à travers quelques indicateurs simples :

  • Montant des investissements mobilisés ;
  • Nombre de projets de R&D conjoints ;
  • Emplois technologiques créés en Tunisie ;
  • Propriété intellectuelle développée localement ;
  • Startups accompagnées vers l’international ;
  • c
  • Chiffre d’affaires export généré ;
  • Nombre de compétences tunisiennes connectées aux projets ;
  • Marchés africains et méditerranéens effectivement ouverts.

 

Cette approche permettrait d’éviter un écueil classique de la diplomatie économique : confondre la multiplication des rencontres avec la multiplication des résultats. Une coopération internationale n’est véritablement stratégique que lorsqu’elle produit des capacités nouvelles et mesurables.

 

De l’attractivité à la souveraineté technologique

Le partenariat tuniso-britannique offre ainsi une opportunité qui dépasse largement le financement des startups. La Tunisie peut chercher à attirer des capitaux, des investisseurs et des technologies. Mais elle doit simultanément veiller à ce que cette ouverture contribue à renforcer son propre écosystème productif et technologique.

La souveraineté technologique ne signifie pas l’autarcie. Elle signifie être capable de choisir, de concevoir, d’intégrer, de maîtriser et, lorsque cela est possible, de produire les technologies stratégiques dont dépend notre développement. Le Royaume-Uni peut apporter du capital, des réseaux, des marchés, des compétences et une profondeur technologique considérable.

La Tunisie, de son côté, peut apporter ses talents, son agilité entrepreneuriale, sa proximité avec l’Europe et l’Afrique et sa capacité à devenir un terrain de conception et d’expérimentation. Le véritable enjeu est donc de transformer ces complémentarités en capacité commune.

La réussite de cette coopération ne se mesurera pas seulement au nombre de startups tunisiennes rencontrées à Tunis, ni au montant des financements mobilisés.

Elle se mesurera à une question beaucoup plus stratégique : après le partenariat, la Tunisie sera-t-elle technologiquement plus capable qu’avant ?  Si la réponse est oui, alors nous ne parlerons plus simplement de soutien aux startups.

Nous parlerons de co-innovation, de création de valeur et, progressivement, de souveraineté technologique.

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Percée historique de l’extrême droite en Allemagne : Poutine et Trump s’en frottent les mains 

08. September 2026 um 09:19

La poussée de l’extrême droite record dans l’Est de l’Allemagne crée un séisme politique qui pourrait aussi faire les affaires du Kremlin et de Washington.

Analyse.

 

L’Allemagne s’est réveillée, lundi 7 septembre 2026, avec une gueule de bois carabinée. Bien qu’annoncée depuis des semaines dans les sondages, la victoire du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) dans les élections régionales en Saxe-Anhalt, l’un des länders les plus pauvres de l’ex-Allemagne de l’Est, a pris de cours la classe politique, y compris le flamboyant Ulrich Siegmund, tête de liste de l’AfD en Saxe-Anhalt. Lequel revendique un « mandat très clair pour gouverner », mais reconnaît portant que son parti ne dispose pas de majorité.

Une victoire tronquée

Une victoire électorale, certes, mais pas encore les clés du pouvoir puisque l’AfD n’a pas remporté la majorité absolue des scrutins. Son score lui permet d’obtenir 39 sièges sur 83 au Parlement régional, soit 3 sièges de moins que les 42 nécessaires pour gouverner seule.

 

Lire aussi: Allemagne : l’extrême droite s’impose en Saxe-Anhalt avec 44 % des voix

 

A noter à ce propos que jusqu’ici tous les autres partis ont exclu de coopérer avec l’AfD, sauf le BSW, un petit mouvement de gauche dont certaines positions sur l’immigration ou la guerre en Ukraine se rapprochent de celles du parti d’extrême droite. Ce parti populiste, avec ses cinq députés, devrait jouer un rôle clé dans la séquence politique, puisque qu’il s’est dit prêt à coopérer avec l’AfD sans, pour le moment, accepter une coalition.

Faut-il rappeler enfin que contrairement à d’autres formations d’extrême droite en Europe, l’AfD n’a jamais cherché à se « dédiaboliser ». Son programme pour la Saxe-Anhalt propose notamment de supprimer le droit fondamental à l’asile, d’exclure des écoles les élèves handicapés et les enfants de réfugiés, de promouvoir « la famille traditionnelle, composée du père, de la mère et du plus grand nombre possible d’enfants », ou de réviser l’enseignement de l’histoire pour en finir avec le « masochisme national » et la « perpétuation d’une névrose » autour du nazisme.

La gifle

Mais c’est surtout le score historique de l’AfD lors de ces  élections régionales en Saxe-Anhalt qui résonne comme une véritable gifle pour la classe politique allemande. Selon les résultats encore provisoires, arrêtés à 3h21 le 7 septembre, le parti d’extrême droite a recueilli 43,8 % des suffrages, reléguant très loin derrière lui la CDU du chancelier Friedrich Merz, qui ne décroche que 17,2 %. Les sociaux-démocrates du SPD, les Verts et la gauche radicale Die Linke ont recueilli respectivement 9,3 %, 8,9 % et 8,6 %. 5 % des scrutins sont allés à la gauche radicale anti-migrant du BSW. Tandis que les libéraux du FDP sont quant à eux éjectés du Parlement avec 2,6 % des voix.

En effet, le parti de l’extrême droite réalise la plus grande progression de l’histoire de la République fédérale allemande, avec un score en hausse de 23 points par rapport à 2021, traduisant ainsi l’ampleur du séisme politique qui confirme, scrutin après scrutin, l’enracinement de l’AfD dans cet ancien bastion de l’Allemagne de l’Est.

Autre indicateur de l’importance de ce scrutin régional : la mobilisation exceptionnelle des électeurs. Dans ce Lander de 2,1 millions d’habitants de l’ex-Allemagne de l’Est, quelque 1,7 million d’électeurs — soit environ 3 % du corps électoral allemand — se sont rendus aux urnes. Avec 77,8 % de participation, le scrutin enregistre une hausse spectaculaire de 17,5 points par rapport à 2021 et atteint ainsi le niveau de participation le plus élevé jamais enregistré en Saxe-Anhalt depuis la réunification allemande.

Friedrich Merz fragilisé

S’exprimant devant la presse à l’issue d’une réunion de la direction de la CDU, le chancelier Friedrich Merz a qualifié la défaite de son parti aux élections régionales de revers majeur.

« Nous sommes tous profondément choqués », a-t-il avoué, reconnaissant que le parti ne s’attendait pas à un tel résultat, « la plus lourde défaite électorale subie par la CDU depuis des décennies ». Il a par ailleurs appelé au respect des « valeurs de la Constitution ». Tout en soulignant que l’alternance politique faisait partie de la démocratie mais que certains principes ne pouvaient être remis en cause.

A noter que cette défaite de la CDU risque de fragiliser davantage Friedrich Merz, déjà fortement impopulaire, et sa grande coalition entre les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates du SPD. Celui-ci avait affirmé dès 2018 vouloir « diviser par deux » l’électorat du parti d’extrême droite. Mais en un an et demi, aucun des grands problèmes de l’Allemagne n’a été résolu : croissance économique faible, hausse de la dette publique…

Réactions

En Italie, le vice-Premier ministre, Matteo Salvini, a salué sur X la victoire du parti d’extrême droite. Il a déclaré que ce succès « met en lumière la forte demande de changement » et montre qu’« une autre Europe est possible ».

Pour sa part, le dirigeant de Vox en Espagne, Santiago Abascal, a qualifié ce résultat de « grande espérance pour l’Allemagne et pour l’Europe ».

En France, le député du Rassemblement national (RN), Jean-Philippe Tanguy, a déclaré sur BFMTV qu’il prenait « acte d’un vote populaire de ras-le-bol face à des partis du système qui ne gèrent pas l’immigration, l’économie, les prix de l’énergie ». Tout en rappelant que son parti avait rompu avec l’AfD. Le RN, qui est en quête de légitimité et de normalisation, a en effet pris ses distances avec le parti allemand à la radicalité assumée.

Pour Donald Tusk, Premier ministre polonais, « seuls les idiots ou les traîtres peuvent se réjouir du triomphe de l’AfD en Allemagne ». Même inquiétude côté français, via la voix du ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, pour qui « nous vivons avec ce résultat un moment grave en Europe », exhortant à « entendre avec humilité les colères, les inquiétudes, les peurs et y répondre ».

Au final, qui sont les véritables gagnants du scrutin de dimanche ? En premier lieu, Vladimir Poutine. Car voir l’extrême droite progresser dans la première puissance économique européenne ne peut que servir les intérêts du Kremlin, alors que l’AfD réclame la levée des sanctions contre Moscou, la fin du soutien militaire à Kiev et la reprise des achats de gaz russe.

Mais le président russe n’est pas le seul à pouvoir se réjouir de cette poussée. Donald Trump y trouve également son compte. Depuis son retour à la Maison Blanche, son camp dénonce régulièrement ce qu’il présente comme l’ostracisation des droites nationalistes européennes et défend l’AfD comme une force politique injustement exclue du pouvoir.

La percée électorale du parti allemand vient ainsi conforter un discours qui conteste ouvertement le cordon sanitaire imposé à l’extrême droite en Europe.

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De la Goulette à la Marsa : Quand l’histoire fuse de chaque grain de sable

08. September 2026 um 08:47

Ciel voilé. Au point où, enveloppé dans la brume, le Bou Kornine est invisible en plein midi. Une chaleur moite écrase Tunis et ses banlieues où, ce matin, mes pas balancent entre la Goulette et la Marsa. Une longue promenade rendue plus difficile par un soleil accablant et un pied gauche que je dois ménager en attendant une guérison complète. On a l’âge de ses artères et aussi celui de ses articulations et ligaments.

Les couleurs vives des bateaux

Le port de pêche à la Goulette m’a toujours comblé. Je l’ai souvent observé de la terrasse de la Petite Étoile et parfois, j’ai remonté le quai, longeant les bateaux et rêvant aux mers lointaines. À vrai dire, je n’ai pas le pied marin et le plancher des vaches me suffit. Il n’en reste pas moins qu’un port est une fenêtre ouverte sur le large et le rire des mouettes une invitation au voyage.

Quand l’histoire cède le pas aux pêcheurs

Les pêcheurs sont plongés dans leurs tâches quotidiennes, recousant les filets, nettoyant les pièges à poulpe et vérifiant l’état de leurs embarcations. Même concentration studieuse dans tous les ports de pêche disséminés le long du golfe.

J’aime retrouver ces atmosphères qui ressemblent à celles de Malte, de la Sicile ou de la Sardaigne, ces ports improvisés qui parfois sont au milieu d’une ville comme entre Khereddine et le Canal de la Goulette.

Mêmes impressions aux ports puniques de Carthage, là où, autour de l’îlot de l’Amirauté, l’histoire cède le pas aux bateaux recouverts de couleurs vives et de bandes horizontales.

Au loin, Gammarth, Utique et Porto Farina

Plus loin, à la Marsa, d’autres mouillages évoquent Utique, Gammarth et Porto Farina qui sont de l’autre côté du cap. Je ne me suis jamais lassé de ces ports impromptus et toujours laissé tenter par la beauté rustique de ces barques qui habitent le littoral, à quelques pas de la ville.

L’un des plus beaux lieux de Tunis n’est-il pas à l’entrée de la Goulette là où des centaines de pêcheurs à la ligne viennent taquiner le mulet et boire un verre de Koudiat frais à la santé de la marée ?

Ici, veillent deux lions et les armoiries husseinites

Sans transition, je me retrouve à Beit El Hikma, dans l’ancienne demeure de Lamine Bey peuplée aujourd’hui d’académiciens et de livres savants. Cette maison sur laquelle veillent deux lions et les armoiries husseinites, a connu le moment historique du basculement de la Régence de Tunis dans la République tunisienne.

Comme la Goulette a connu la liesse mythique du retour de Bourguiba, statufié à l’entrée de la ville, un mouchoir blanc à la main, de retour d’exil et prêt à embrasser son destin.

Caresser du regard des mégalithes oubliés

Ces traces sont partout. Je les croise au quotidien. Elles sont un enchevêtrement dont il faut savoir s’extirper. À quelques mètres de Beit El Hikma, je reviens vers un artefact historique incomparable, un morceau miraculeusement préservé de la muraille de la Carthage punique.

Qui aujourd’hui, hormis les archéologues, se soucie de ce pan de rempart ? Je continue pour ma part à y revenir sans autre but que celui de palper des yeux le passé lointain et caresser du regard des mégalithes oubliés.

Château marin et baraques de plage

À la Marsa, Qobbet El Hawa est un horizon incontournable. Enfants, nous venions jouer sous les pilotis et y cueillir des moules. Nous étions comme envoûtés par ce château marin qui se trouvait non loin de la baraque de plage que nous habitions pour l’été.

Aujourd’hui, lorsque je revois ce monument, je me demande comment une ville peut dédaigner l’un de ses repères les plus évidents jusqu’à l’effondrement. Avec un goût d’amertume, je reviens vers le Saf Saf et revisite le cœur battant de la Marsa ou du moins l’épicentre exact où mon cœur et la Marsa ne font qu’un.

Les collines rouges d’Amilcar

J’ai gardé pour la fin le plus flamboyant de mes paysages intimes. Je ne sais pourquoi, j’ai toujours associé les collines rouges d’Amilcar à Gustave Flaubert. Bien sûr, la lecture de Salammbô invitait à inscrire la littérature dans un topos et ces monts écarlates s’y prêtaient à merveille.

Quand nous descendions vers la mer, plage d’Amilcar, cette couleur ocre et sa texture friable nous subjuguaient et cinquante ans plus tard, je me souviens parfaitement de ces moments distraits du banal, où la poésie et le roman jaillissaient de la pierre. Et lorsque j’y reviens comme aujourd’hui, je revois toute une classe en goguette entre les limbes bleues et l’histoire qui fusait de chaque grain de sable.

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Tribune Elyes Kasri — Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité

07. September 2026 um 14:44

SOUVERAINETÉ TUNISIENNE SÉQUESTRÉE : Des complicités impérialistes aux reniements postcoloniaux : autopsie doctrinale d’une asphyxie géographique et d’un chantage énergétique désamorcé

I. LE PARADOXE DU LOGICIEL POSTCOLONIAL ET LA TRAGEDIE DU REFOULEMENT DE LA MÉMOIRE NATIONALE

La géopolitique de l’Afrique du Nord contemporaine demeure prisonnière d’un des plus grands paradoxes de l’histoire du droit international public : la sacralisation de la carte coloniale par des États neufs qui ont pourtant fondé l’intégralité de leur légitimité historique sur une geste anticoloniale intransigeante.

Par une tribune parue dans le numéro 952 de son magazine, , intitulée « Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité » (Elyes Kasri), L’Économiste Maghrébin a brisé une chape de plomb mémorielle soigneusement entretenue par les appareils de propagande et les nécessités de la realpolitik.
L’article démontre avec une clarté clinique comment le principe du respect des frontières existantes au moment de l’accession à l’indépendance (uti possidetis juris), élevé au rang de dogme par l’Organisation de l’Unité Africaine lors du sommet du Caire en juillet 1964, a opéré un véritable « blanchiment diplomatique » des spoliations territoriales du XIXe.

Pour la Tunisie, ce principe n’a jamais été un gage de paix ou d’équilibre, mais le verrou juridique destiné à pérenniser une asphyxie géographique méthodique.
Entre la signature du traité du Bardo en 1881 et les arbitrages maritimes de la fin du XXe siècle, l’espace souverain de la Tunisie précoloniale a été rogné à l’Ouest par la France au profit de sa colonie de peuplement algérienne, amputé au Sud par les exigences ottomanes et balkanisé à l’Est face à la Libye par les arrangements diplomatiques de la puissance protectrice.
Face à ce bilan, l’opinion publique tunisienne souffre d’une amnésie téléguidée par les gouvernants successifs, soucieux de ne pas indisposer de puissants voisins jaloux de leur héritage colonial et n’hésitant pas à utiliser tous les moyens d’intimidation y compris la force armée, et par une rhétorique lénifiante de la « fraternité maghrébine » qui dissout les droits historiques dans l’émotion politique.
Ce corpus a pour ambition de poser les fondements d’une réappropriation mémorielle et d’un plaidoyer juridique rigoureux. Il s’adresse aux chercheurs, aux diplomates et à la conscience nationale pour démontrer que l’architecture actuelle des frontières de la Tunisie n’est pas un fait de la nature, mais le produit d’une contrainte historique abusive, ouvrant la voie à une contestation légitime des traités asymétriques hérités du siècle dernier.

II. LE PREMIER CYNISME COLONIAL : LA CONVENTION DE 1910 ET L’ASPHYXIE OCCIDENTALE PAR LA LIGNE WINCKLER

Le dépeçage territorial de la Tunisie trouve sa source dans le traitement différencié que la France coloniale imposait à ses possessions d’Afrique du Nord.
Si la Tunisie n’était qu’un protectorat, un État tiers conservant sa souveraineté nominale sous l’autorité du Bey et régi par le droit des traités internationaux, à l’inverse, l’Algérie était découpée en départements français, intégrée organiquement et définitivement au domaine de la République.

Dès lors que l’exploration géologique a laissé entrevoir les richesses minérales et caravanières du Sahara central, le choix de Paris fut dicté par une pure rationalité patrimoniale : tout territoire rattaché à l’Algérie devenait une propriété éternelle de la métropole ; tout territoire laissé à la Tunisie demeurait grevé du statut d’autonomie beylicale et susceptible d’échapper un jour au contrôle direct de la France.
Ce calcul géopolitique se matérialise lors de la Convention frontalière de Tripoli du 19 mai 1910, conclue entre la France, agissant au nom de la Tunisie, et la Sublime Porte ottomane, alors souveraine de la Libye.

Les opérations de délimitation sur le terrain furent confiées au commandant français Winckler. Sous couvert de fixer les limites des tribus nomades de la Jeffara, Winckler dévia arbitrairement la ligne de démarcation vers l’Est.
Ce tracé purement artificiel amputa la Tunisie de dizaines de milliers de kilomètres carrés de son hinterland saharien naturel, déplaçant le point de contact final vers ce qui deviendra la Borne 233.
Les portions territoriales ainsi arrachées à la Régence de Tunis furent immédiatement incorporées administrativement aux Territoires du Sud de l’Algérie française, rattachés aux Départements des Oasis. C’est ce tracé impérialiste précis qui privera plus tard la Tunisie de la pleine souveraineté sur les immenses nappes d’hydrocarbures de la région d’El Borma.

III. LE DEUXIÈME FRONT DE L’AMPUTATION : LE MARCHANDAGE ITALIEN ET LE TRAITÉ FRANCO-LIBYEN DE 1955

L’asphyxie de la frontière orientale tuniso-libyenne répond au même cynisme de la puissance protectrice, combinant balkanisation territoriale et concessions diplomatiques majeures faites sur le dos de la Tunisie. Au début du XXe siècle, la France doit composer avec les convoitises coloniales de l’Italie en Méditerranée. Pour obtenir le feu vert de Rome lors de l’établissement du protectorat français au Maroc, Paris conclut des accords diplomatiques secrets, notamment les accords Barrère-Prinzetti de 1902.

Lors de la négociation de la convention de 1910, la France s’autolimita délibérément au Sud-Est de la Tunisie, coupant les routes d’extension de la Régence vers Ghadamès et figeant le terminal côtier à Ras Jedir.
Paris offrait ainsi une frontière saharienne élargie et stabilisée à la future Libye italienne, que Rome envahit dès 1911 lors de la guerre italo-turque. Ainsi, la Tunisie beylicale se retrouvait doublement spoliée : réduite à l’Ouest pour enrichir l’Algérie française, et bloquée au Sud-Est pour satisfaire le troc franco-italien.

Le processus de dépeçage se prolongea de manière critique à la veille de l’indépendance tunisienne. En août 1955, alors que la France négocie les accords d’autonomie interne avec Tunis, elle signe secrètement à Tripoli un Traité d’amitié et de bon voisinage avec le Royaume de Libye du roi Idris.
La France, qui occupait militairement la province stratégique du Fezzan depuis 1943, cherche à tout prix à y maintenir ses bases aériennes et à obtenir des permis de recherche pétrolière pour ses compagnies.

Pour complaire à Tripoli, la diplomatie française valide une délimitation des confins sahariens et maritimes extrêmement restrictive pour la Tunisie. Paris s’abstient volontairement de faire valoir les titres juridiques historiques de la Régence de Tunis sur son plateau continental. C’est ce renoncement français majeur de 1955 qui servira de fondement technique et de piège légal lors du grand contentieux maritime des années 1980.

IV. LE CORPUS DES ENGAGEMENTS CONTRACTUELS DU GPRA ET LE CRI DU CŒUR DU BARDO

À son indépendance en 1956, la Tunisie hérite d’une frontière saharienne mutilée. Face à la guerre de libération algérienne, Habib Bourguiba fait le choix d’une solidarité maghrébine active, transformant le territoire tunisien en base arrière politique et militaire pour le Front de Libération Nationale et l’Armée de Libération Nationale.

Ce soutien de géant, payé au prix fort par le peuple tunisien lors du massacre de Sakiet Sidi Youssef le 8 février 1958, s’articule autour d’un pacte juridique clair : l’Algérie indépendante devra réparer les injustices des tracés coloniaux. L’autorité officielle représentant la révolution est alors le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne. C’est avec cette entité légitime que la Tunisie signe deux accords contraignants.

– Le premier est le Procès-verbal du 6 janvier 1959 : signé secrètement à Tunis, ce document acte la reconnaissance par les dirigeants algériens du caractère arbitraire des frontières sahariennes tracées par l’armée française. Le GPRA s’y engage formellement à ouvrir des négociations de rectification territoriale dès la proclamation de l’indépendance.

– Le second document est la Déclaration Commune du 26 juillet 1961 : alors qu’à Évian, la France tente de détacher le Sahara de l’Algérie en raison de ses richesses en hydrocarbures, Bourguiba fait pression en réclamant les droits sahariens de la Tunisie. Pour obtenir l’appui vital de Tunis, le président du GPRA, Ferhat Abbas, co-signe un protocole diplomatique majeur.
La clause textuelle de cet accord est irréfutable : le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne reconnaît d’une part que le tracé actuel des frontières sahariennes résulte d’arbitrages coloniaux abusifs et d’autre part, s’engage à réviser d’un commun accord avec le Gouvernement Tunisien les revendications légitimes de ce dernier dès la proclamation de l’indépendance. Ce corpus écrit démontre de manière définitive qu’Alger avait validé l’inopposabilité des frontières coloniales à la Tunisie.

Conscient des réticences qui commençaient à poindre chez certains cadres militaires de l’ALN hébergés à Tunis, Habib Bourguiba prononce devant l’Assemblée constituante réunie au Bardo, le 5 février 1959, un discours d’une vive force dramatique. Ce texte, le plus émouvant de sa doctrine maghrébine, dénonce par avance l’ingratitude d’un voisin que la Tunisie porte à bout de bras :
« Notre peuple souffre, notre peuple saigne, et nous partageons notre pain quotidien avec nos frères algériens que nous protégeons et abritons au péril de notre propre sécurité. Sakiet Sidi Youssef en est le témoignage éternel inscrit dans le sang de nos enfants. Malgré cela, lorsque nous évoquons nos droits légitimes sur notre propre Sahara, spolié par l’administration coloniale, nous percevons une surdité douloureuse chez ceux-là mêmes que nous portons à bout de bras. Il est déchirant de constater que la fraternité des combats s’arrête là où commencent les frontières tracées par l’oppresseur. Je le dis avec une profonde tristesse : si l’Algérie indépendante venait à s’approprier les injustices territoriales de la France en nous opposant une fin de recevoir, ce ne serait pas seulement un reniement de la parole donnée, ce serait une blessure inguérissable infligée à l’âme tunisienne. La Tunisie ne demande l’aumône de personne, elle réclame la restitution de son dû, au nom de la justice et du sang versé en commun ».

V. LE PROCESSUS DE RENIEMENT GÉOPOLITIQUE ET LE DOUBLE JEU MULTILATÉRAL

L’accession de l’Algérie à la souveraineté en juillet 1962 balaie instantanément les engagements contractuels civils du GPRA. Le clan militaire d’Oujda, dirigé par Houari Boumédiène, écarte Ferhat Abbas et installe Ahmed Ben Bella à la présidence.
Face aux diplomates tunisiens qui exigent l’application des accords de 1959 et 1961, Ben Bella choisit la carte de la temporisation psychologique. L’Algérie traverse alors une crise interne majeure et fait face aux revendications territoriales du Maroc sur Tindouf.

Lors de ses tête-à-tête avec Bourguiba, Ben Bella prononce cette formule de diversion morale : « Mon frère Habib, ne nous poignardez pas dans le dos alors que l’encre de notre indépendance est encore fraîche et que nos martyrs ne sont pas tous enterrés. Laissez-nous stabiliser le pouvoir, consolider la révolution, et je vous jure que nous réglerons la question des frontières dans la fraternité, loin des tracés coloniaux ». Bourguiba cède à cette rhétorique affective, commettant l’erreur d’accorder un moratoire verbal sans garanties.

Le reniement formel s’articule lors du sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine au Caire en juillet 1964. Ébranlée par la Guerre des Sables contre le Maroc, l’Algérie déploie son appareil diplomatique pour faire sacraliser le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation.
Le cynisme doctrinal est absolu : le régime algérien, qui tire sa légitimité du combat anticolonial, s’approprie le tracé impérialiste de la Ligne Winckler de 1910 et de la Borne 233 pour exclure la Tunisie du partage.

Lorsque la Tunisie découvre le gisement géant d’El Borma en 1964, l’Algérie déploie ses forces armées pour sécuriser la majeure partie du bassin sédimentaire. Affaiblie par la santé déclinante de son leader, la Tunisie est acculée à ratifier le Traité de délimitation frontalière finale du 16 avril 1970.

Ce renoncement aux droits de la Tunisie précoloniale trouve son prolongement maritime face à la Libye. Porté devant la Cour Internationale de Justice, le différend sur la délimitation du plateau continental débouche sur l’arrêt du 24 février 1982. La Cour valide un tracé largement calqué sur les lignes de concessions techniques issues du traité de 1955, attribuant à la Libye le contrôle exclusif du champ pétrolifère de Bouri, le plus productif de la Méditerranée.

En mars 2023, le président Kaïs Saïed dénoncera publiquement cette sentence historique, rappelant que la Tunisie n’a reçu que des miettes d’un bassin d’hydrocarbures dont un partage équitable aurait suffi à assurer l’indépendance financière et la prospérité du domaine national.

VI. LE RAPPORT DE FORCE INVERSÉ : DÉCONSTRUCTION DU CHANTAGE ÉNERGÉTIQUE AUTOUR DU TRANSMED

Pour pérenniser ce statu quo frontalier asymétrique, d’aucuns agitent régulièrement le spectre de la vulnérabilité énergétique tunisienne, notamment via l’axe du gazoduc TRANSMED, reliant l’Algérie à l’Italie en traversant le territoire national.
Selon cette vulgate, la Tunisie devrait s’abstenir de toute revendication mémorielle ou territoriale sous peine de voir ses vannes coupées unilatéralement par Alger. L’analyse technique et systémique des flux démontre que cette menace est une illusion rhétorique : un chantage gazier sur le TRANSMED causerait l’effondrement immédiat du régime algérien lui-même.

Depuis la reconfiguration mondiale des approvisionnements énergétiques post-2022, le TRANSMED est devenu un actif hautement stratégique surveillé par les puissances occidentales. Le gaz transitant par le sol tunisien sécurise le tissu industriel de l’Europe du Sud. Toute tentative d’Alger d’interrompre ou de manipuler ce flux sous prétexte de pressions politiques sur Tunis provoquerait une réponse diplomatique et financière immédiate de l’Italie et de l’Union européenne, isolant définitivement l’Algérie sur la scène internationale.

De surcroît, le pipeline constitue avant tout la jugulaire économique de l’État rentier algérien. Le budget de l’Algérie est maintenu sous perfusion par l’exportation de gaz. Tarir le TRANSMED équivaudrait, pour Alger, à couper sa propre artère financière en se privant instantanément de ses flux de devises essentiels. Sans ces revenus gaziers, le pouvoir algérien se retrouverait incapable de financer la paix sociale intérieure, assurée par de coûteux programmes de subventions de première nécessité pour contenir l’insurrection populaire. Le chantage au gaz est donc inapplicable : Alger ne peut l’utiliser sans déclencher sa propre implosion intérieure. La Tunisie, pivot géographique incontournable du transit, détient un levier d’interdépendance majeur qu’elle doit apprendre à faire valoir.

VII. L’ANALYSE DOCTRINALE DES COMMIS DE L’ÉTAT TUNISIEN

La dénonciation de cette asphyxie territoriale et énergétique n’est pas une construction contemporaine ; elle a été documentée avec rigueur par les plus hauts commis de la République Tunisienne.
L’apport de l’éminent constitutionnaliste et juriste tunisien, le professeur Lazhar Bououni (1948-2017), ancien ministre de la Justice, reste fondamental pour contester la légitimité des accords frontaliers.
Dans ses recherches universitaires publiées au sein de la Revue Tunisienne de Droit, il démontre que l’Algérie a violé de manière flagrante le principe de l’estoppel en droit international public. Un État ne peut adopter une posture qui contredit ses engagements antérieurs lorsque celle-ci lèse un tiers.
L’Algérie a accepté l’aide vitale de la Tunisie sur la base de la promesse écrite de réviser les frontières en 1959-1961, pour ensuite rejeter sa propre signature en invoquant la résolution de l’OUA de 1964. Pour M. Bououni, le traité de 1970 est entaché d’un vice de consentement moral fondamental, signé sous la contrainte d’un rapport de force militaire asymétrique. Il applique la même rigueur critique à l’arrêt de la CIJ de 1982, soulignant la mauvaise foi méthodologique de la partie adverse.

Le témoignage de Driss Guiga, figure de proue de l’appareil sécuritaire de Bourguiba (1947-2026), apporte la validation factuelle de ce préjudice. Nommé ministre de l’Intérieur au lendemain de l’attaque de Gafsa en janvier 1980 — où un commando armé s’était infiltré via la frontière occidentale —, M. Guiga inspecte personnellement les confins algéro-tunisiens.
Dans ses mémoires parus en octobre 2024, il consigne un constat sans appel : le tracé imposé par Alger en 1970 a privé la Tunisie de ses défenses naturelles sahariennes, créant une frontière artificielle, vulnérable et difficile à sécuriser. Il dénonce l’usage de cette asymétrie géographique par Alger comme un levier d’influence permanent visant à brider les orientations souveraines de Tunis.

VIII. CONCLUSION : POUR UN SOUVERAINISME MESURÉ ET SCIENTIFIQUE

La réévaluation mémorielle de l’asphyxie territoriale de la Tunisie n’est ni un appel au chauvinisme acrimonieux ni une tentative de déstabilisation des équilibres maghrébins. C’est un acte de salubrité intellectuelle nécessaire.
Tant que l’opinion publique tunisienne acceptera le récit biaisé de frontières fraternelles intangibles, la Tunisie restera en position de faiblesse doctrinale structurelle, contrainte de subir les asymétries économiques et sécuritaires imposées à ses dépens.

En s’appuyant sur les archives de 1910, les engagements écrits du GPRA de 1961, l’analyse de la convention maritime de 1955 et l’interdépendance réelle du réseau TRANSMED, ce corpus démontre que les droits de la Tunisie sur son espace demeurent imprescriptibles au regard de la vérité historique. Le combat pour la souveraineté de demain commence par le refus de l’amnésie d’aujourd’hui.

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CORPUS BIBLIOGRAPHIQUE ET ARCHIVISTIQUE DE RÉFÉRENCE :
Sources Primaires et Actes Internationaux :
• Ministère des Affaires Étrangères (France), Documents diplomatiques français (1871-1914), Imprimerie Nationale, Paris. (Correspondance de 1902-1911 sur les accords territoriaux franco-italiens).
• Régence de Tunis & Empire Ottoman, Convention finale de délimitation de la frontière entre la Tunisie et la Tripolitaine, Tripoli, 19 mai 1910.
• Winckler (Commandant), Rapport topographique et cartographique sur la délimitation de la frontière méridionale de la Tunisie, Service géographique de l’Armée, Paris-Tunis, 1911.
• Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, Procès-verbal de la conférence bilatérale secrète sur les confins sahariens occidentaux, Tunis, 6 janvier 1959.
• Ministère des Affaires Étrangères (France), Traité d’amitié et de bon voisinage entre la France et la Libye, Tripoli, 10 août 1955.
• Abbas (Ferhat) et Bourguiba (Habib), Déclaration commune tuniso-algérienne sur la révision des frontières sahariennes, Tunis, 26 juillet 1961.
• Organisation de l’Unité Africaine, Résolution AHG/Res. 16(I) sur l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, Le Caire, 17-21 juillet 1964.
• Cour Internationale de Justice, Affaire du Plateau continental (Tunisie/Jamahiriya arabe libyenne), Arrêt du 24 février 1982.
• République Tunisienne, Journal Officiel de la République Tunisienne, Décret n° 70-170 du 20 mai 1970, portant ratification du traité frontalier tuniso-algérien.
Travaux Académiques et Littérature Géopolitique
• Abbas (Ferhat), Autopsie d’une guerre : L’Aurore, Éditions Albin Michel, Paris, 1980.
• Bououni (Lazhar), Le régime juridique des frontières sahariennes : Éléments pour une étude du contentieux frontalier tuniso-algérien, Revue Tunisienne de Droit, Volume XIV, n° 2, Tunis, 1982.
• Bououni (Lazhar), L’arrêt de la Cour internationale de Justice dans l’affaire du plateau continental tuniso-libyen : une lecture critique, Revue Tunisienne de Droit, Tunis, 1983.
• Despois (Jean), La Tunisie : ses régions, Éditions Armand Colin, Paris, 1961.
• Flory (Maurice), « La notion de frontière en Afrique du Nord », Annuaire de l’Afrique du Nord, Éditions du CNRS, Paris, 1965.
• Grimaud (Nicole), La politique extérieure de l’Algérie (1962-1978), Éditions Karthala, Paris, 1984.
• Guiga (Driss), Sur le chemin de Bourguiba : mémoires d’un acteur clé de l’histoire tunisienne, Éditions de L’Économiste Maghrébin, Tunis, octobre 2024.
• Kasri (Elyes), « Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité », L’Économiste Maghrébin, n° 952, août-septembre 2026 [INDEX].
• Maltese (S.), Le TRANSMED et la sécurité de l’approvisionnement gazier de l’Europe du Sud, Revue de l’Énergie, Milan/Paris, 2022.
• Martel (André), Les frontières tunisiennes (1881-1911) : Textes et cartes, Université de Tunis, 1965.
• Martel (André), « Le différend frontalier tuniso-algérien (1956-1970) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, Tome XVIII, Paris, 1971.
• Martel (André), « La frontière tuniso-libyenne : de la zone mouvante à la ligne Winckler », Annuaire de l’Afrique du Nord, Éditions du CNRS, Paris, 1966.
• Rainero (Romain H.), Les Italiens dans la Tunisie coloniale : ambitions et réalités d’une présence, Éditions Économica, Paris, 1982.

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Europe : la montée du rejet de l’immigration

07. September 2026 um 11:17

Le sentiment d’absence de perspectives qui touche une partie de la jeunesse des pays du Sud de la Méditerranée contribue à alimenter un flux migratoire continu vers l’Europe. Pour les États européens, ces flux migratoires, importants et durables, sont d’abord appréhendés comme un défi pour les politiques d’asile et d’immigration, mais aussi comme une question sécuritaire et identitaire. Dans ce contexte, l’externalisation du contrôle des frontières, notamment à travers des accords conclus avec des régimes des pays du Sud, s’est progressivement imposée comme l’un des principaux instruments de la politique migratoire européenne. Une solution qui n’a permis ni de stopper les flux ni de tempérer les craintes des opinions publiques européennes.

 

Les Européens face à l’immigration

Si la perception de l’immigration au sein des sociétés européennes demeure à la fois contrastée et ambivalente, elle s’est affirmée comme une préoccupation politique majeure. Selon l’Eurobaromètre de l’automne 2025, elle était citée par 20 % des Européens parmi les principaux problèmes auxquels l’Union européenne était confrontée. Cette importance accordée à la question migratoire contribue à en faire un enjeu électoral central au sein de chaque pays européens, du Danemark à l’Italie en passant par l’Allemagne. Cette préoccupation se traduit politiquement moins par un rejet uniforme de l’immigration que par une montée de la demande de contrôle, de restriction et de régulation des flux migratoires.

La première manifestation de cette évolution réside dans la progression des partis de droite radicale et national-conservatrice. Ces formations politiques mettent l’accent sur le renforcement du contrôle des frontières, la fin de l’immigration irrégulière, le durcissement des politiques d’asile, ainsi que sur « l’assimilation » des populations immigrées.

La deuxième conséquence, peut-être plus significative encore, réside dans le déplacement progressif des partis traditionnels de droite ou de gauche vers des positions plus restrictives. Même lorsqu’ils ne participent pas au gouvernement, les partis de droite radicale exercent une pression sur l’ensemble du champ politique en imposant l’immigration parmi les priorités de l’agenda électoral.

Les formations traditionnelles sont ainsi conduites à renforcer leur discours sur le contrôle des frontières, la lutte contre l’immigration irrégulière et les exigences d’intégration.

 

Le cas de la France et la perspective de l’élection de Marine Le Pen

La France illustre ainsi un phénomène plus large observable à l’échelle européenne : la question migratoire ne se réduit plus à la gestion administrative des flux. Elle est devenue un enjeu central de la compétition politique, un marqueur idéologique et un révélateur des transformations contemporaines des démocraties européennes.

En France, l’immigration connaît une progression soutenue depuis le début des années 2000. Le nombre d’immigrés est ainsi passé d’environ 4,5 millions en 2000 à 6,8 millions en 2020.

Depuis les années 1970 et les conséquences du premier choc pétrolier (dont le chômage de masse), la question migratoire occupe en France une place disproportionnée dans le débat politico-médiatique. Cette centralité s’est notamment traduite par une succession de réformes législatives : plus d’une vingtaine de textes consacrés à l’asile et à l’immigration ont ainsi été adoptés au cours des deux dernières décennies. Cette inflation législative témoigne de la difficulté des gouvernements successifs à stabiliser une politique migratoire cohérente et durable, mais aussi de la forte politisation d’un sujet devenu un marqueur essentiel de la compétition électorale.

Dans le discours politique et institutionnel, l’immigration tend ainsi à être fréquemment associée à des enjeux sociaux, sécuritaires et identitaires. Cette association contribue à légitimer le renforcement des politiques de contrôle, la restriction de certaines conditions d’accueil et d’accompagnement des étrangers, ainsi que le développement de dispositifs d’externalisation du contrôle migratoire.

La question migratoire se trouve dès lors de plus en plus appréhendée à travers le prisme du rétablissement de l’ordre, de la maîtrise des frontières et de l’autorité de l’État. Une tendance qui n’a fait que nourrir la dynamique politique et électorale de Marine Le Pen et de son parti, plus près que jamais d’une victoire à la prochaine élection présidentielle (avril 2027)…

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Rue Sadikia : Long sillage de nostalgies et cadastre des émotions

07. September 2026 um 09:19

À la confluence de l’avenue Bourguiba, la rue de Rome et l’avenue de France, la rue Sadikia a un long sillage de nostalgies. Artère commerçante, au cœur de la ville, la rue Sadikia porte désormais le nom de Gamal Abdenasser. Elle a ainsi rebaptisée à la mort de ce dernier.

Modigliani, Davin, Pace et consorts

Cette rue concentre plusieurs immeubles qui témoignent de diverses époques et pour certains, remontent au dix-neuvième siècle. Avec la Nationale, cette rue abrite aussi l’un des fleurons architecturaux de Tunis.

Dans cette rue qui commence avec l’ambassade de France et se termine avec l’ancienne chancellerie italienne, les édifices de représentation ne manquaient pas.

Côté commerces, la chocolaterie Modigliani, les tissus Baranès, la maison Davin, le salon Pace ou encore le Monoprix, tenaient le haut du pavé.

Chacun a ses propres souvenirs avec cette rue de toutes les convergences dont le square Mongi Bali est à l’autre bout. Ce square qui fait face à la grande gare de Tunis, portait auparavant le nom de Philippe Thomas, le découvreur des phosphates dans le sud tunisien.

Tailleurs, libraires, coiffeurs et bistrots

Les souvenirs de la rue Sadiki sont innombrables et incluent toutes les rues adjacentes qui portent les noms de pays européens.

Qui a vécu dans cette rue ? Qui se souvient des tailleurs, libraires, coiffeurs et autres commerçants de la rue Sadikia ?
Aujourd’hui, cette artère a beaucoup changé et a été en partie investie par le commerce informel.

Il n’en reste pas moins qu’elle demeure un repère dans nos mémoires et une des madeleines de Tunis.

Souvenirs polyphoniques d’une rue de Tunis

Sur cette branche se sont posées plusieurs impressions et nostalgies. Certains parce qu’ils y ont habité, se sont remémoré les fastes du Palazzo Maurizio Attias dont la date de fondation figure en chiffres romains en haut de l’édifice.

D’autres, se sont souvenu du magasin Vogue, des chaussures Willy, de la mercerie Francine ou du Comptoir des élégantes.

Les souvenirs épars ont jailli ici et là : le bar à Zézé dont on dit que le gérant était originaire de Tabarka, la pâtisserie Candy, les coiffeurs Eugène et Pino, la grande succursale de la Poste où tout Tunis venait pour téléphoner, le bijoutier Ayari, le photographe Bua, le tailleur Elie Sebag, les meubles Louis Labbé, le cabinet du docteur Hamadi Ben Salem et d’autres lieux de mémoire comme le magasin Orosdi Back qui fut l’une des grandes enseignes de la ville.

Cet inventaire à plusieurs mains, ce reflet de nombreuses mémoires prenait d’autres couleurs lorsque la petite-fille du coiffeur Pace surgit dans la conversation ou bien lorsque le lointain descendant d’un négociant en pièces agricoles invoque le souvenir de ses aïeux.

Dépoussiérer les lieux de mémoire vive

Avec toutes ces voix, souvent venues de nulle part, toute une rue revit et renaît à ses traces. Tant de lieux de mémoire ont ainsi besoin d’être dépoussiérés, allégés des strates amnésiques qui les recouvrent, restitués à ceux qui ont cessé d’y vivre.

Chaque ruelle recèle des trésors de réminiscences. Il suffit de suggérer leur existence, les recenser, les partager pour qu’elles reprennent goût à la lumière. La rue Sadikia n’est qu’un exemple de ce cadastre des émotions qui recouvre virtuellement les pavés de Tunis.

Piéton dans la ville, je suis sensible à ces vestiges parfois invisibles, à ces brindilles de vie oubliées par le temps et dont les passagers contemporains ignorent la complexité et la charge magique. Un peu comme Joyce à Dublin ou Pessoa à Lisbonne, je rêve de récolter des images, des objets, des débris, des documents, des fragments de choses, des instants fragiles.

Pour ensuite les disperser à la manière des cailloux du Petit Poucet. Pour ensuite arpenter la ville à leur recherche. Pour enfin les retrouver dans les méandres vifs de ma ville siamoise, mon millefeuille urbain, mon énigmatique forêt de symboles.

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L’Iran, les jeunes américains endettés et la monstrueuse proposition israélienne

06. September 2026 um 16:31

Avec tous les désastres politiques et les catastrophes militaires que les Etats-Unis, sur instigation d’Israël, s’auto-infligent depuis des décennies, on reste pantois face à l’incroyable passivité du peuple américain à réagir en forçant ses gouvernants à servir les intérêts de leur pays plutôt que ceux d’un Etat-paria honni par la quasi-totalité de l’humanité.

Sur instigation israélienne, la puissance américaine a tué des millions d’Arabes et de musulmans et transformé en enfer la vie de dizaines de millions d’autres en Irak, en Libye, en Syrie et en Iran – où elle se trouve prise au piège.

Dans cette guerre asymétrique avec l’Iran, même si Trump continue de le nier, la plus grande puissance militaire du monde s’est fait battre par un pays sous sanctions économiques depuis un demi-siècle. Elle a raté la porte de sortie que lui offrait le « Memorandum of Understanding » et qui lui aurait permis de sauver un peu la face en concluant diplomatiquement un conflit qu’elle n’a pu remporter militairement.

Mais, visiblement, Israël, qui a poussé les Etats-Unis dans cette guerre insensée, s’active à fermer toute porte de sortie et à enfoncer encore plus l’armée américaine dans le bourbier iranien. Car, pour la clique génocidaire au pouvoir à Tel-Aviv, elle l’a dit et redit publiquement, il est hors de question que l’Amérique jette l’éponge en laissant le régime iranien aux commandes, plus fort et plus populaire qu’avant la guerre.

Invasion terrestre de l’Iran ?

Face à l’évidence que le pouvoir à Téhéran ne peut être renversé par des bombardements aériens, le gouvernement israélien tente de convaincre Trump de « la nécessité d’une invasion terrestre de l’Iran ». L’Amérique n’a que 450 000 soldats et, avec un tel nombre, elle ne peut pas envahir un pays de 90 millions d’habitants, aussi vaste que l’Europe occidentale. Qu’à cela ne tienne. Le « génie » israélien a la solution.

Cette solution à l’israélienne a été rendue publique par le Jerusalem Post dans son édition du 30 août. On y lit notamment : « Des frappes aériennes durant plus de 180 jours n’ont pas permis d’affaiblir significativement les capacités militaires de l’Iran, ni de contraindre Téhéran à négocier. Les États-Unis doivent donc déployer une force terrestre de grande envergure. Pour éviter un décret de conscription susceptible de provoquer des réactions politiques négatives, le meilleur moyen est d’utiliser l’endettement des jeunes Américains comme incitation à l’enrôlement. L’’Américain moyen âgé de 18 à 34 ans est endetté à hauteur de plus de 40 000 dollars sous forme de prêts étudiants, de dettes de cartes de crédit, de prêts automobiles et de prêts personnels, certaines dettes atteignant même 100 000 dollars. Et c’est exactement le groupe dont le Pentagone a besoin » !

 

L’’Américain moyen âgé de 18 à 34 ans est endetté à hauteur de plus de 40 000 dollars sous forme de prêts étudiants, de dettes de cartes de crédit, de prêts automobiles et de prêts personnels…

 

Le journal du Mossad poursuit : « La solution consiste à adopter un programme d’annulation de toutes les dettes étudiantes, de cartes de crédit et autres prêts après 24 ou 36 mois de service militaire. Cette politique, associée à un élargissement de la loi sur l’aide au réengagement des soldats (GI Bill) engendrerait une vague massive d’engagements volontaires ».

Beaucoup d’intellectuels américains, à l’instar du professeur John Mearsheimer, voient en Israël « un albatros attaché au cou de l’Amérique ». Mais ils sont loin de penser que ce pays minuscule loin de 10 000 kilomètres de leurs frontières puisse aller jusqu’à exploiter la pauvreté, l’endettement et la détresse de milliers de jeunes américains dans le but de les envoyer en Iran pour servir de chair à canon.

 

Beaucoup d’intellectuels américains, à l’instar du professeur John Mearsheimer, voient en Israël « un albatros attaché au cou de l’Amérique ».

 

Si Israël s’est permis cyniquement de proposer un plan aussi monstrueux, c’est parce qu’il a été habitué à mener par le bout du nez pendant des décennies les administrations américaines successives en toute impunité. C’est parce que les locataires successifs de la Maison Blanche ont accepté docilement d’être manipulés, dominés, induits en erreur et même humiliés par Israël et ses agents à Washington.

Aucune réaction officielle, ni de la part de Trump ni de la part des ses lieutenants au Pentagone et au département d’Etat. Toutefois quelques figures politiques peu influentes et quelques Instituts de recherche, comme le Mises Institute, ont fustigé l’idée, dénonçant « une exploitation cynique de la pauvreté et de la précarité étudiante pour servir des intérêts géopolitiques étrangers ».

Sur les réseaux sociaux, le projet détaillé dans les colonnes du Jerusalem Post a été massivement comparé à une version réelle et brutale de la série « Squid Game » (Le jeu du calmar), une série télévisée sud-coréenne qui raconte l’histoire de personnes en grande difficulté financière et qui, dans l’espoir de remporter un prix doté des millions dont elles rêvent, acceptent de risquer leur vie dans un jeu de survie mystérieux.

Les étudiants américains endettés accepteront-ils de risquer leur vie en allant combattre l’Iran pour le compte du génocidaire Netanyahu qui a déjà fait trop de mal à leur pays ?

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Là où flotte la mémoire des familles du Vieux Tunis

06. September 2026 um 10:48

Direction Bab Bhar en empruntant tous les raccourcis et passages peu fréquentés. Il fallait faire vite car je devais retrouver une poignée d’amis pour aller en goguette dans les quartiers où la médina s’encanaillait.

La promenade nous a mené jusqu’à la rue du Persan. Après avoir traversé Souk El Blat, Tourbet El Bey, la rue du Riche puis la rue Abba, nous avons investi Bab Djedid et fini par arriver à la zaouia de Sidi Ali Lasmar.

Après une brève ziara au mausolée, nous avons repris notre chemin à travers le réseau de ruelles qui permet d’arpenter le chemin des ermitages de Sidi Mahrez et Sidi Belhassen, celui de la mzara de Lella Arbia et des tourbas des familles patriciennes du quartier des Andalous.

Soutenir un centre de formation pour handicapés

C’est là, au seuil de la sépulture de Sidi Kacem, que j’ai frappé à la porte du petit centre de formation pour les handicapés mentaux qui se trouve dans un ancien mausolée, au fond d’une impasse.

Karim, un des jeunes pensionnaires, me reconnaît et, avec effusion, m’accueille ainsi que mes amis. Depuis ma dernière visite, l’état de l’édifice ne s’est pas amélioré. Malgré la visite des services compétents, rien n’a été fait alors que nous sommes à une semaine de la rentrée.

Les salles d’apprentissage sont livrées à elles-mêmes et le réfectoire fait de la peine à voir, avec ses murs lézardés et ses vantaux défoncés. Est-il acceptable que des enfants soient scolarisés ici ? Pourquoi personne ne bouge pour qu’ils puissent bénéficier d’un minimum vital de décence ? Que peut faire un simple individu sinon un geste charitable qui n’en restera pas moins dérisoire et naturellement insuffisant.

Je ressens de plein fouet, l’impuissance des uns et la détresse des autres, le combat acharné des travailleurs sociaux et l’infini de la tâche à accomplir. Je repars outré et presque résigné car, tout cœur d’artichaut que je puisse être, je ne peux pas m’engager sur tous les fronts. Dans un vertige, je réalise une nouvelle fois que les urgences sont partout.

Un plan Marshall à chaque coin de rue

Il faudrait un plan Marshall à chaque coin de rue, un plan triennal pour chaque quartier, des travaux d’Hercule dans chaque cité. Il faudrait de la fibre citoyenne, de l’enthousiasme et du souffle, de la vertu et de la sueur, de l’amour qui déborde des cœurs.

Je reste convaincu que la réappropriation du local pourrait être un levier puissant pour le progrès. Je vois ici et là des prémisses et, pour me rassurer, me répète in petto, que chaque geste aussi minuscule soit-il a son importance.

C’est la dialectique de la goutte d’eau et de l’océan qui me rattrape dans ces ruelles où j’ai grandi, où flotte la mémoire des familles du Vieux Tunis. Nos pas nous rapprochent de la maison natale d’Ibn
Khaldoun qui, en son temps, avait philosophé les soubresauts de l’histoire.

Quand la tradition s’enfuit

Nous continuons à avancer dans la ville, un peu comme si nous étions en quête de sens, avions besoin d’être rassurés, subissions les fêlures de notre cité.

Nous traversons le souk des Femmes, devenu un énième capharnaüm. Nous traversons le souk de la Laine où quelques tailleurs maintiennent une tradition qui s’enfuit. Nous arrivons à la rue des Libraires disparus, délogés par les bijoutiers et l’époque qui ne lit plus. Devant la mosquée Zitouna, le parvis est occupé par des gens qui ne font que passer, pressés de se réfugier dans l’ombre du souk voisin.

Cette visite dans les méandres de la vi(e)lle m’a profondément remué. Et je ne m’y attendais pas. Comme je donne parfaitement le change, mes amis ne se rendent pas compte que je suis pensif, un peu déboussolé et surtout triste et inquiet.

Au fond, j’avais besoin de cette oasis à midi et, réveillé très tôt, j’avais une faim de paysan de retour des champs. Un couscous me ferait le plus grand bien même si la chaleur de la journée ne s’y prête pas vraiment.

Mais que voulez-vous, à chaque bouchée, chaque grain de semoule, ce sont les mânes de tous nos ancêtres auxquels je goûte avec délectation.

Le jeu sensuel du cuivre et du couscous

Quelques minutes auparavant, entre le souk du Cuivre et celui des Forgerons, mes yeux avaient plongé dans une multitude d’objets, plusieurs couscoussiers entassés les uns sur les autres, des marmites d’un autre temps, de larges sinia qui servaient à préparer la baklawa, des qassaa où des mains expertes roulaient le couscous.

Incroyable empilement hétéroclite de récipients usagés qui faisaient à la fois office de marché aux antiquités et d’épancheuses de nostalgies. Improbable et éloquent, régnant sur son empire de cuivre martelé, un monsieur d’un certain âge a commencé à vanter la marchandise, raconter la patience des chaudronniers et les gestes des étameurs, la patine d’une cruche et la grâce d’une aiguière, le jeu sensuel du cuivre et du couscoussier.

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TRIBUNE – La Tunisie a-t-elle besoin d’un Premier ministre ou d’un architecte de l’exécution ?

06. September 2026 um 08:24

À chaque fois que la perspective d’un changement à la tête du gouvernement se précise, le débat public se transforme rapidement en exercice de casting. Les noms circulent, les profils sont commentés, les réputations comparées. Pourtant, derrière la question de la personne, une interrogation autrement plus importante demeure : quel profil la Tunisie doit-elle désormais rechercher à la tête de son gouvernement ?

 

La question n’est pas théorique. Elle intervient au moment où le pays entre dans une phase décisive : celle de la mise en œuvre du Plan de développement 2026-2030. Après les diagnostics, les arbitrages, les annonces et les dispositifs de financement, le véritable enjeu devient celui de la transformation des décisions publiques en réalisations tangibles.

Autrement dit, le problème n’est plus seulement de savoir quoi faire, mais de déterminer qui peut faire faire, à quelle vitesse, avec quels moyens, selon quels indicateurs et sous quelle responsabilité. C’est à cette aune qu’il faudrait désormais évaluer tout profil appelé à diriger le gouvernement.

 

Le temps des plans cède la place au temps de l’exécution

La Tunisie ne souffre pas d’un déficit de diagnostics. Elle dispose de stratégies, d’études, de plans sectoriels, de rapports d’audit et de feuilles de route. Le problème apparaît lorsque ces documents doivent franchir le seuil de l’administration pour entrer dans celui de l’exécution.

Un projet peut être pertinent et pourtant rester bloqué par une autorisation. Une infrastructure peut être financée et ne pas avancer faute de coordination. Une réforme peut être décidée et perdre son efficacité dans les circuits administratifs. Un investissement peut être annoncé et demeurer suspendu pendant des mois à cause d’un enchaînement de procédures.

C’est précisément cette distance entre la décision et sa matérialisation qui constitue aujourd’hui l’un des principaux risques pour le Plan 2026-2030. Le prochain chef du gouvernement devra donc être jugé moins sur sa capacité à produire un programme supplémentaire que sur sa capacité à installer une véritable machine d’exécution publique.

 

Premier critère : savoir arbitrer

Gouverner consiste d’abord à arbitrer. Arbitrer entre les priorités budgétaires. Entre l’urgence sociale et l’investissement. Entre les différents territoires. Entre les administrations. Entre les exigences de court terme et les transformations structurelles.

La difficulté tunisienne ne réside pas uniquement dans l’absence de décisions. Elle réside aussi dans la dispersion des responsabilités et dans la difficulté à faire converger des acteurs qui disposent chacun de leur propre logique.

Le prochain chef du gouvernement devra donc posséder une véritable autorité d’arbitrage, fondée moins sur le pouvoir hiérarchique que sur la capacité à fixer des priorités, à trancher les blocages et à imposer une trajectoire commune.

 

Deuxième critère : comprendre l’économie comme un système

La prochaine étape exige également de sortir d’une lecture en silos. L’énergie ne peut être dissociée de la compétitivité industrielle. Les infrastructures ne peuvent être séparées de la logistique et des exportations. Les banques publiques ne peuvent être considérées indépendamment du financement de l’économie. Le capital humain ne peut être dissocié de la transformation technologique.

Le chef du gouvernement doit donc disposer d’une culture économique transversale, même s’il n’est pas lui-même économiste. Il doit comprendre les contraintes de financement, les mécanismes de l’investissement, les enjeux industriels, les chaînes de valeur, la compétitivité extérieure, la transition énergétique et la transformation numérique. Surtout, il doit être capable de relier ces dimensions dans une même architecture.

Le véritable enjeu n’est plus de financer séparément des projets. Il est de construire des écosystèmes productifs capables de générer croissance, emplois, exportations et recettes fiscales.

 

Troisième critère : transformer l’État en organisation apprenante

La gouvernance moderne ne peut plus se limiter au contrôle a posteriori. Un État performant doit savoir mesurer, corriger et apprendre. Cela suppose de renforcer le contrôle interne, l’audit, l’évaluation des politiques publiques, la circulation de l’information et la responsabilité managériale. Mais cela suppose également de dépasser une culture où le rapport de contrôle constitue parfois l’aboutissement du processus.

Le véritable indicateur de gouvernance devrait être ailleurs : combien de recommandations ont-elles été transformées en actions ? Combien d’actions ont-elles produit des résultats ? Et qui en est responsable ? Cette logique implique une évolution profonde de la culture administrative : passer de l’obligation de moyens à une véritable culture du résultat. La digitalisation peut ici devenir beaucoup plus qu’un outil de modernisation. Les données, les tableaux de bord et l’interconnexion des systèmes peuvent constituer l’infrastructure invisible d’un nouvel État capable de suivre en temps réel l’avancement de ses propres décisions.

 

Quatrième critère : maîtriser le dernier kilomètre

C’est probablement là que se joue la différence entre un gouvernement qui décide et un gouvernement qui transforme. Dans les grands projets publics, le problème n’est pas toujours le financement initial ou même la décision politique. Il apparaît souvent dans le « dernier kilomètre » : études insuffisamment préparées, autorisations, expropriations, marchés publics, coordination entre intervenants, capacités techniques des administrations, suivi des entreprises, réception des travaux.

Le prochain chef du gouvernement devra donc considérer l’exécution comme une discipline à part entière. Chaque projet stratégique devrait avoir un responsable clairement identifié, un calendrier, des jalons, des indicateurs, un budget, une cartographie des risques et une procédure d’escalade permettant de remonter rapidement les blocages au niveau approprié.

Ce qui manque souvent à l’État n’est pas nécessairement l’intelligence stratégique. C’est l’ingénierie du passage à l’acte.

 

Cinquième critère : savoir constituer une équipe

C’est peut-être le critère le plus important – et le moins visible dans les débats sur les personnalités. Aucun chef de gouvernement ne peut maîtriser simultanément l’énergie, l’industrie, les finances publiques, les infrastructures, la diplomatie économique, le numérique, l’agriculture, les affaires sociales et les enjeux territoriaux.

Sa compétence fondamentale doit donc être celle du chef d’orchestre. Il doit savoir choisir des ministres compétents, organiser la coordination interministérielle, déléguer, responsabiliser et surtout faire travailler ensemble des administrations qui ont trop souvent tendance à fonctionner en silos.

Le gouvernement de la prochaine séquence ne devrait donc pas être conçu comme une addition de ministères, mais comme une équipe projet autour de quelques priorités nationales mesurables.

 

Vers un “Government Delivery Office” tunisien ?

Cette évolution pourrait conduire à une innovation institutionnelle simple : créer, au cœur de la Présidence du gouvernement, une structure légère de pilotage de l’exécution – un véritable Government Delivery Office.

Sa mission ne serait pas de remplacer les ministères ni de créer une nouvelle bureaucratie. Elle consisterait à suivre les quelques dizaines de projets et réformes considérés comme prioritaires pour le Plan 2026-2030. Pour chacun d’eux : un responsable, un calendrier, des jalons, des indicateurs, un budget, des risques et un statut.

Vert : avance conformément au calendrier.

Orange : risque nécessitant arbitrage.

Rouge : blocage nécessitant intervention.

Une telle architecture permettrait de déplacer le centre de gravité de l’action gouvernementale : du suivi des décisions vers le suivi des résultats. Le chef du gouvernement disposerait ainsi non pas d’un énième rapport, mais d’un tableau de bord opérationnel lui permettant de savoir où l’État avance, où il ralentit et où il doit intervenir.

 

Le test des cent premiers jours

Le prochain gouvernement pourrait d’ailleurs être évalué sur une base beaucoup plus concrète que celle des déclarations de politique générale. Les cent premiers jours devraient permettre de répondre à quelques questions simples :

– Les priorités nationales sont-elles clairement définies ?

– Les responsables de leur mise en œuvre sont-ils identifiés ?

– Les projets stratégiques disposent-ils d’un calendrier réaliste ?

– Les principaux blocages administratifs ont-ils été cartographiés ?

– Les entreprises publiques et les banques publiques disposent-elles d’objectifs de performance explicites ?

– Un système de suivi interministériel fonctionne-t-il réellement ?

– Et surtout : les premiers résultats sont-ils visibles ?

Cette approche permettrait de réhabiliter une notion essentielle dans la vie publique : la redevabilité. Car une décision sans responsable est une intention. Une décision avec un responsable, mais sans calendrier est une promesse. Une décision avec responsable, calendrier et indicateurs devient un engagement public mesurable.

 

Le véritable casting est celui des compétences

Dans ce contexte, le débat sur les personnalités susceptibles d’accéder à la présidence du gouvernement est secondaire. Ce qui compte est de savoir si le profil retenu répond au cahier des charges de la nouvelle séquence.

Il faudra un profil capable de conjuguer autorité institutionnelle, culture économique, maîtrise administrative, capacité d’arbitrage, compréhension technologique et obsession du résultat. Mais surtout, il faudra un responsable capable de transformer ces qualités individuelles en capacité collective.

Car la Tunisie n’a pas besoin d’un homme providentiel capable de tout faire. Elle a besoin d’un chef de gouvernement capable de faire faire.

La nuance est fondamentale. Le premier cherche à concentrer les réponses. Le second construit une organisation capable de produire les réponses.

Le premier gouvernera par l’injonction. Le second par l’architecture, la responsabilité et la mesure.

 

Après le temps des annonces, celui de la livraison

La prochaine étape de la trajectoire tunisienne ne sera probablement pas gagnée par une nouvelle accumulation de plans, de commissions ou de déclarations. Elle se gagnera dans les détails : une autorisation débloquée, un appel d’offres lancé, un chantier livré, un investissement concrétisé, une entreprise publique redressée, une donnée enfin accessible, une réforme effectivement appliquée.

C’est là que se mesurera la crédibilité du Plan 2026-2030. Et c’est là aussi que se jouera la crédibilité du prochain chef du gouvernement.

 

La Tunisie n’attend peut-être plus un Homme providentiel. Elle attend enfin une architecture d’exécution.

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Elyes Kasri – Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité

05. September 2026 um 16:47

Ce texte déconstruit le dogme de l’intangibilité des frontières coloniales (uti possidetis juris), adopté en 1964 par la jeune Organisation de l’Unité africaine (OUA), en dénonçant son inadéquation morale, démocratique et géopolitique. Conçu pour éviter l’anarchie, ce principe a sacrifié les nations organiques précoloniales au profit d’États-gendarmes oppressifs. L’analyse met en lumière le rôle opportuniste du régime algérien, qui a érigé ce statu quo en outil de domination, bloquant l’Union du Maghreb arabe et déstabilisant son flanc tunisien (trabendo, subversion, chantage migratoire). Face à cette glaciation, l’exigence démocratique s’impose comme l’unique préalable.

Porté par un désir irrépressible de liberté́, le peuple tunisien montre la voie d’une émancipation totale face au carcan de la Conférence de Berlin. En juillet 1964, réuni au Caire sous l’égide de la toute jeune Organisation de l’Unité africaine, le continent a scellé un pacte faustien. Par le principe de l’uti possidetis juris – l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation –, l’Afrique a choisi de figer sa géographie dans les lignes exactes dessinées par l’Europe à la Conférence de Berlin (novembre 1884-février 1885).

Ce choix ne fut pas un élan spontané de justice ou l’expression d’un consensus continental. Il fut le produit de péripéties troubles et de calculs égoïstes qui ont sacrifié le droit des peuples sur l’autel de la conservation du pouvoir. Sept décennies plus tard, ce pragmatisme cynique a épuisé ses vertus d’anesthésiant. Le dogme juridique est devenu un piège. En sanctuarisant les frontières du pillage, l’Afrique a constitutionnalisé une déchirure, ouvrant une crise profonde, à la fois morale, démocratique et géopolitique privant le continent des leviers de la stabilité, de la démocratie et du développement durable.

1 Les coulisses du Sommet du Caire: intérêts égoïstes et parrainage opportuniste

L’adoption de la résolution du Caire en 1964 ne fut pas le consensus harmonieux que décrit l’histoire officielle. Elle fut le théâtre d’affrontements doctrinaux féroces où ont triomphé les calculs patrimoniaux des nouveaux chefs d’État. Face aux thèses panafricaines de Kwame Nkrumah, qui suppliait le continent de briser les chaînes géographiques de Berlin pour unifier les peuples, s’est dressée la coalition des tenants du statu quo, menée par le groupe de Monrovia.

Pour ces dirigeants, la frontière coloniale, bien que reconnue comme un crime, offrait un avantage inestimable. Elle circonscrivait leur nouvelle propriété politique. Elle leur garantissait un monopole souverain sur les populations et les ressources. Dans ces intrigues de couloirs, le régime algérien naissant a joué un rôle crucial et particulièrement intéressé pour officialiser et pérenniser le crime colonial. Fraîchement sorti de sa guerre de libération (dont les péripéties, le nombre de victimes et le cadre juridique auquel a abouti le référendum sur l’autodétermination et les accords d’Evian suscitent une polémique qui n’est pas près de s’estomper), le pouvoir d’Alger – déjà accaparé par le clan militaro-sécuritaire de l’« armée des frontières » – avait une obsession majeure. Il lui fallait sanctuariser juridiquement l’immense territoire saharien, les anciens départements français du Sahara, que la puissance coloniale avait arbitrairement arraché ou grignoté aux royaumes et entités voisins comme la Tunisie, le Maroc et la Libye pour le rattacher à l’Algérie française. Il a renié ainsi avec violence et menace armée la parole donnée par Ferhat Abbas, président du GPRA et le protocole d’accord signé avec le président Habib Bourguiba le 17 juillet 1961.

Ce texte prévoyait noir sur blanc la création d’une commission mixte tuniso-algérienne chargée de redéfinir le tracé frontalier saharien (autour de la borne 233) immédiatement après l’Indépendance. Le GPRA y reconnaissait formellement le préjudice territorial subi par la Tunisie sous l’administration coloniale française. En se faisant le champion ultra-intransigeant de l’intangibilité au Sommet du Caire, le régime algérien n’agissait pas par idéal juridique, mais par pur opportunisme territorial. Alger a cyniquement utilisé la charte de l’OUA pour transformer un hold-up géographique impérialiste en une propriété étatique éternelle et inattaquable. Le crime colonial de Berlin, qui avait spolié les droits historiques des pays limitrophes et brisé les continuités humaines des peuples d’Afrique, s’est trouvé ainsi blanchi, officialisé et pérennisé par ceuxlà mêmes qui prétendaient incarner le fer de lance de la décolonisation.

2 La spoliation territoriale de la Régence: l’Algérie et la Libye comme bénéficiaires du grignotage colonial

Pour comprendre l’enracinement historique du contentieux maghrébin, il importe d’analyser la manière dont la Régence de Tunis, entité politique aux frontières largement reconnues sous l’Empire ottoman, a subi une asphyxie territoriale méthodique sous l’action conjuguée des puissances coloniales. La Tunisie précoloniale exerçait sa souveraineté et percevait l’impôt bien au-delà de ses limites actuelles. Elle englobait des pans entiers du Sahara oriental et des oasis stratégiques connectées aux réseaux transsahariens. L’expansionnisme français en Algérie à partir de 1830 a bouleversé cet équilibre. Considérant l’Algérie comme le joyau de son empire et le Sahara comme un espace d’extraction futur, Paris a procédé à un déplacement unilatéral des bornes vers l’Est. Des portions massives du territoire tunisien historique – notamment les riches zones pastorales et hydrauliques s’étendant du Nefzaoua aux confins du Souf et du Djérid – ont été rattachées administrativement aux départements français d’Algérie par une série de décrets militaires.

La France a édifié ainsi une frontière de pure opportunité minière et énergétique, amputant la Tunisie d’une profondeur stratégique saharienne indispensable. Sur le flanc oriental, face à la Libye, la Tunisie a subi un autre arbitrage impérialiste au profit de l’Empire ottoman puis de l’Italie. Le Traité de Tripoli du 19 mai 1910, imposé sous la contrainte, a formalisé le tracé de la frontière tuniso-libyenne depuis Ras Jedir jusqu’à la région de Ghadamès. Ce texte a arraché à la Tunisie des zones ancestrales de transhumance et d’allégeance tribale, notamment chez les Ouderna, pour satisfaire les ambitions de délimitation de la Sublime Porte, puis les convoitises de la Libye italienne après 1911.

Coincée entre l’Algérie française à l’Ouest et la Libye italienne à l’Est, la Tunisie s’est retrouvée balkanisée, enserrée dans un territoire résiduel et spoliée de ses prolonge- ments géographiques naturels. Les réminiscences du cri de guerre du sénateur romain Caton l’Ancien « Cartago Delenda Est» (234- 149 av. J.-C.) ont contribué au découpage de ce qui a été une puissance méditerranéenne et un rocher sur lequel a échoué la huitième croisade dirigée par le roi de France Louis IX, qui a fini par mourir à Carthage en 1270 et canonisé par le pape Boniface VIII pour devenir Saint Louis en 1297.

 

Il s’agit d’un extrait d’une Tribune d’Elyes Kasri, ancien diplomate qui est disponible dans le mag de l’Economiste maghrébin n° 952 du 26 août au 9 septembre 2026.

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Giorgia Meloni : la recette d’une longévité politique exceptionnelle en Italie

05. September 2026 um 10:01

Elle était arrivée au pouvoir comme le visage de la droite radicale italienne. Quatre ans plus tard, Giorgia Meloni s’est imposée comme le symbole d’une stabilité politique presque inédite dans un pays habitué aux gouvernements éphémères. Comment, diable, cette femme de 49 ans, issue de l’extrême droite, a-t-elle réussi là où tant de premiers ministres italiens se sont cassé les dents ?

 

Le paradoxe est saisissant. L’Italie a longtemps été considérée comme l’incarnation de l’instabilité gouvernementale européenne. Depuis la naissance de la République en 1946, le pays aura connu 68 gouvernements et 31 présidents du Conseil. La durée moyenne d’un gouvernement n’avait guère dépassé quatorze mois. Un record en Europe.

Et pourtant, Giorgia Meloni a réussi l’exploit de maintenir intacte sa coalition depuis son arrivée au Palazzo Chigi en octobre 2022. Le 4 septembre 2026, son gouvernement est devenu le plus durable de l’histoire républicaine italienne, avec plus de 1 413 jours au pouvoir, dépassant ainsi le précédent record détenu par Silvio Berlusconi.

Quelle est la recette de cette longévité hors norme ? Une combinaison de discipline politique, de pragmatisme idéologique et de maîtrise de la communication.

Discipline

Primo : son gouvernement repose sur une alliance pour le moins contre nature entre Fratelli d’Italia, Forza Italia et La Ligue de Matteo Salvini. Un attelage qui, sur le papier, semblait difficile à maintenir sur la durée tant les trois formations, bien qu’issues de la droite, affichent des sensibilités, intérêts et autres stratégies parfois divergents.

Sachant que La Ligue de Salvini a longtemps cultivé une ligne souverainiste et une certaine proximité avec les positions de Vladimir Poutine. Forza Italia, héritière de Silvio Berlusconi, reste davantage attachée à une culture libérale, européenne et atlantiste. C’est pourtant cette coalition hétéroclite que Giorgia Meloni est parvenue à maintenir en équilibre. Une prouesse politique dans un pays où les rivalités au sein des coalitions ont souvent précipité la chute des gouvernements. Et c’est précisément cette capacité à éviter les affrontements existentiels avec ses partenaires qui a permis à la coalition de survivre.

Pragmatisme

Secundo : lorsque Giorgia Meloni accède au pouvoir en 2022, une partie de l’Europe regarde Rome avec inquiétude, voire avec suspicion. Et il y a de quoi : comment composer avec cette nouvelle dirigeante au parcours politique marqué par ses racines post-fascistes, dont l’ascension s’est construite sur un discours souverainiste, une ligne dure sur l’immigration et une critique assumée de certaines orientations de Bruxelles ?

Mais arrivée au pouvoir, la nouvelle présidente du Conseil italien a rapidement compris qu’il fallait rassurer sans renier son identité, gouverner avec ses alliés sans les laisser prendre le dessus, parler aux marchés sans abandonner son électorat et s’imposer à Bruxelles sans entrer en guerre avec l’Europe. Bref, il fallait rassurer trois interlocuteurs essentiels : les marchés financiers, Bruxelles et Washington.

Ainsi, sur le plan financier, même si la croissance reste faible – la Commission européenne prévoit une progression du PIB de seulement 0,5 % en 2026 et 0,6 % en 2027 -, et en dépit d’une dette publique qui demeure extrêmement élevée et devrait atteindre 139,2 % du PIB en 2027, le gouvernement Meloni a réussi à donner aux marchés financiers l’impression d’une certaine discipline budgétaire. Le déficit public devrait passer de 3,1 % du PIB en 2025 à 2,9 % en 2026.

Meloni peut également mettre en avant l’amélioration de l’emploi. Son gouvernement revendique plus d’un million de nouveaux emplois stables depuis son arrivée au pouvoir, même si l’opposition conteste la lecture politique de ces chiffres.

Avec l’Union européenne, elle a adopté une stratégie beaucoup plus pragmatique qu’idéologique. Plutôt que d’affronter frontalement Bruxelles, elle a cherché à peser à l’intérieur du système européen.

Enfin, avec Washington, Giorgia Meloni a réussi à établir une relation privilégiée avec Donald Trump en combinant proximité idéologique, habileté diplomatique et pragmatisme politique ; les deux dirigeants partagent une même sensibilité sur l’immigration, la souveraineté nationale et les valeurs conservatrices… ce qui a rapidement favorisé leur rapprochement.

Meloni a surtout compris qu’avec Trump, la relation personnelle compte autant que les rapports de force diplomatiques. En privilégiant le dialogue et en évitant les affrontements publics, elle a gagné la confiance du président américain sans renoncer pour autant aux intérêts italiens.

Cette proximité sert d’ailleurs les deux dirigeants. Trump voit en Meloni une alliée européenne fiable et capable de parler à Bruxelles. Meloni, elle, utilise son accès privilégié à Washington pour renforcer le poids de l’Italie sur la scène européenne.

Maîtrise de la communication

Tertio : Giorgia Meloni a fait de la communication une véritable arme politique. Son premier atout ? Un langage simple, direct et facilement identifiable, qui lui permet de parler à son électorat sans passer par les codes traditionnels de la politique.

Elle soigne également son image, cultivant une proximité calculée avec les Italiens, tout en multipliant les apparitions sur les réseaux sociaux. Meloni sait surtout imposer ses propres thèmes et transformer chaque prise de parole en séquence politique. Même lorsqu’elle est critiquée, elle cherche à reprendre l’initiative et à occuper l’espace médiatique. Une stratégie qui lui permet de rester visible, lisible et politiquement incontournable. Du grand art.

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Nostalgies : Un piéton dans sa ville décharnée

05. September 2026 um 09:47

Mes déambulations en ville m’ont amené jusqu’au passage Bénévent, une longue allée qui relie la rue Amilcar et la rue Charles de Gaulle. Autant le dire sans tarder : ce passage fut longtemps un aimant pour les enfants de ma génération qui venaient y lécher les vitrines de Baby, le plus magnifique magasin de jouets de Tunis. L’enseigne est toujours là avec ses quatre lettres qui se détachent et invitent à découvrir les vitrines de toutes les tentations.

Baby est aux gamins ce qu’Au Bonheur des dames est aux midinettes. On y trouvait soldats de plomb et voitures en miniature, jeux de chevaux et figurines des Sept familles, panoplie de Zorro et étoiles de shérif, boules puantes et fluide glacial. Dire que je divague aujourd’hui encore à l’orée de ce repaire où je me souviens avoir joué à Robin des bois, au chevalier Bayard,aux Trois mousquetaires et
aux pirates de l’île au trésor !

Nous avons tous une histoire avec les jouets : ils disent un peu de ce que nous sommes et racontent les serpents qui nous hantent. Les vitrines rutilantes de l’enfance sont inoubliables, surtout lorsqu’un train électrique y repasse sans cesse sur des rails articulés, roulant vers des gares imaginaires. Je me demande encore si le jour où j’ai détruit la locomotive et les wagons du train qui avait accompagné mes tendres années, marquait un passage, un moment de bascule, une nouvelle porte qui s’ouvrait au sortir de l’enfance.

Paradoxalement, la manière de tunnel qui mène jusqu’à Baby est bouché. Le passage n’en est plus un depuis qu’il s’est transformé en impasse. Devrais-je y voir un quelconque symbole ou extrapoler en utilisant ce prétexte ? Peu importe au fond car les petits pas qui ont emprunté le passage amputé puis fait demi-tour, me semblent suffisants pour l’anamnése d’un piéton cueillant des souvenirs dans une ville décharnée.

Car il reste peu de vestiges de ces banlieues de l’enfance. Les immenses vitrines du magasin Narraci ont changé de visage, les libraires Bonici et Jeanne d’Arc ont disparu, la chocolaterie Castagna a comme fondu, le liftier nain du Magasin général n’est plus là, l’escalator du Monoprix est immobile, le parfumeur ne s’appelle plus Kolsi et la Pâtisserie viennoise n’est plus qu’une fragrance du passé. Qu’ajouter sinon que d’Amilcar à Charles de Gaulle, on ne passe plus !

Lire aussi :

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TRIBUNE – De Beijing à nos classes : la Tunisie peut-elle enfin exécuter ce qu’elle signe ?

05. September 2026 um 09:00

Dans la continuité de notre analyse sur la gouvernance macroéconomique du capital humain en Tunisie et les impératifs du Conseil supérieur de l’éducation, la question de la mise en œuvre se pose désormais avec une acuité redoublée.

Du 17 au 22 août 2026, le ministre de l’Éducation était à Beijing, en Chine. A cet effet, il a participé au Global Smart Education Conference, visité des établissements d’enseignement d’avant-garde et signé des accords avec des géants technologiques dont Huawei. Au moment où ces lignes sont écrites, le ministre est de retour en Tunisie. Les protocoles sont paraphés. Les photos ont été prises. Mais la vraie question commence maintenant : que va-t-il se passer dans nos classes ?

 

Du diagnostic à l’institutionnalisation : en finir avec onze ans d’immobilisme

Le pays n’attend plus de constats. Comme le rappelait récemment l’Association tunisienne des parents et des élèves, la priorité absolue que l’on est en droit d’attendre des instances décisionnelles n’est pas un énième rapport d’intention, mais l’institutionnalisation effective de la réforme et la refonte d’un cadre juridique hérité qui s’essouffle. L’école publique tunisienne souffre d’un mal profond : elle a cessé d’être ce garant universel de la gratuité, de l’équité et de l’égalité des chances.

Pendant que les ministères s’enlisent dans des cycles de réformes proclamées depuis plus de onze ans sans qu’aucun progrès mesurable ne soit enregistré – laissant l’édifice figé dans son immobilisme -, la mise en œuvre se heurte toujours au même mur.

La Chine, elle, a mis trente ans à construire ce que le ministre a visité en cinq jours. Elle a commencé par former ses enseignants avant d’acheter des tableaux numériques. Elle a conçu ses propres contenus pédagogiques avant d’installer des applications. Elle a produit ses propres données sur les apprentissages avant d’alimenter ses algorithmes.

Ce n’est pas un hasard si la Chine est aujourd’hui le premier pays au monde en nombre d’élèves utilisant des outils d’intelligence artificielle dans leur apprentissage quotidien. C’est le résultat d’une décision prise il y a une génération : traiter l’éducation non pas comme un service administratif à gérer, mais comme un investissement stratégique à piloter par les résultats. La Tunisie, de son côté, accumule les protocoles internationaux. Le problème n’est pas l’absence de partenaires — c’est l’absence de capacité à transformer les signatures en réalités de terrain.

 

L’intelligence artificielle dans nos écoles – de quoi parle-t-on vraiment ?

Quand on parle d’intelligence artificielle dans l’éducation, on ne parle pas de robots dans les classes. On parle d’outils concrets et accessibles : un programme informatique qui détecte qu’un élève en difficulté a besoin d’exercices adaptés à son niveau, plutôt que de le laisser décrocher en silence ; un système qui aide un enseignant surchargé à identifier les lacunes de sa classe sans qu’il ait à tout corriger manuellement chaque soir.

Ces outils existent. Ils fonctionnent. Ils sont utilisés au Maroc, en Égypte, en Arabie Saoudite et — massivement — en Chine. Ce qu’ils exigent n’est pas un budget faramineux, mais trois exigences fondamentales : des enseignants formés à la pédagogie numérique, des connexions internet stables dans les établissements et une organisation administrative capable de déployer et d’auditer leur impact.

Sur ces terrains, le chemin reste long. Moins de 30 % des établissements publics disposent d’une connexion internet stable. La formation continue représente une portion congrue du budget et les indicateurs de suivi des apprentissages restent largement collectés à la main, sans centralisation analytique.

 

Le vrai problème : nous excellons à planifier, nous peinons à livrer

La Tunisie n’a pas besoin d’un nouveau rapport. Elle a besoin d’une chose simple et difficile à la fois : exécuter ce qu’elle a déjà décidé en partant des fondamentaux du cycle primaire et en articulant une vision continue.

Cette incapacité chronique à transformer les décisions en réalisations, c’est ce qu’appelle notre cadre d’analyse la dette d’exécution. Elle n’apparaît dans aucun budget, mais son coût est mesurable : chaque année de retard est une cohorte d’élèves qui arrive sur le marché avec des compétences inadaptées.

Le Conseil supérieur de l’éducation et les directions régionales doivent aujourd’hui répondre à une exigence de calendrier : quel est le plan concret, assorti de responsables nommés et de jalons temporels stricts, pour que les accords signés à Beijing produisent un changement observable dans une classe de Médenine ou de Jendouba d’ici 2027 ?

 

Ce que le partenariat avec Huawei doit – et ne doit pas – être

Huawei est un fournisseur de technologie, pas un réformateur de système éducatif. Un partenariat technologique peut fournir des équipements et des plateformes, mais il ne peut pas, à lui seul, former les maîtres à la pédagogie différenciée ni insuffler une culture de la performance.

Le risque, si l’on n’y prend garde, est le « vernis numérique » : des tablettes et des tableaux interactifs installés dans des classes où les enseignants n’ont pas été préparés, pour un coût public élevé qui ne change rien à la substance des apprentissages.

 

La vraie mesure du succès

Dans dix-huit mois, le succès de la visite ministérielle ne se mesurera pas au nombre de protocoles paraphés. Il se mesurera à des faits : combien d’élèves bénéficient d’un apprentissage adaptatif ? Combien d’enseignants ont reçu une formation réelle ?

Ce sont ces indicateurs d’exécution qui diront si Beijing fut un tournant ou une escale de plus dans la longue liste des voyages officiels sans lendemain.

Le matériel vient de Chine. L’exécution, elle, doit venir de nous.

 

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Les analyses et propos contenus dans cette tribune n’engagent que l’auteur.

 

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TRIBUNE – Crédit d’honneur : le vrai test commence maintenant

04. September 2026 um 16:30

Le crédit d’honneur a désormais son cadre. Il lui reste à démontrer qu’il peut devenir une politique publique efficace. C’est toute la différence entre adopter une mesure et réussir une réforme. 

Le décret n°2026-148 du 23 juillet 2026 a posé les bases du dispositif. La Banque centrale de Tunisie vient d’en préciser les modalités opérationnelles. À partir du 1er octobre, les demandes devront notamment passer par une plateforme numérique, avec des exigences de traçabilité et de reporting.

Sur le papier, le dispositif est donc balisé. Mais c’est précisément maintenant que commence le plus difficile. Car le crédit d’honneur porte une contradiction qu’aucun texte réglementaire ne peut, à lui seul, résoudre : comment faciliter l’accès au financement tout en demandant aux banques d’assumer un risque qui n’est plus couvert par les mécanismes traditionnels de garantie ?

La question n’est pas théorique. Les banques devront consacrer au moins 8 % de leur bénéfice net de l’exercice précédent à cette ligne de financement. Les crédits sont accordés sans intérêts et sans garanties, avec des plafonds pouvant atteindre 5 000 dinars pour les particuliers, 10 000 dinars pour les petits projets et 25 000 dinars pour les PME et les sociétés communautaires.

L’intention est claire : desserrer le verrou du financement. Mais supprimer la garantie ne supprime pas le risque. Il le déplace. Et c’est précisément là que se jouera la réussite ou l’échec du dispositif. Le risque n’est pas l’ennemi. Le risque mal organisé l’est. Dans le débat économique, la tentation est grande de s’arrêter au constat.

 

Lire aussi : La BCT détaille les aspects opérationnels des « crédits sur l’honneur »

 

Pas de garanties ? Risque de défaut. Taux zéro ? Coût pour les banques. Enveloppe limitée ? Risque de frustration. Décision laissée aux établissements ? Risque d’inégalités de traitement.

Toutes ces interrogations sont légitimes. Mais elles ne constituent pas, à elles seules, un verdict. Un risque identifié n’est pas un échec. C’est un problème d’ingénierie. C’est ici que le débat doit changer de niveau.

Si la garantie matérielle disparaît, il faut renforcer la qualité de l’analyse du projet et de la capacité de remboursement. Si les banques conservent leur pouvoir d’appréciation, il faut garantir un socle commun de critères afin que l’égalité d’accès ne reste pas seulement une égalité devant une plateforme numérique.

Si le taux est nul pour le bénéficiaire, il faut clarifier la répartition du coût économique du dispositif. Et si l’enveloppe initiale apparaît insuffisante, il faut commencer par mesurer la demande réelle, les taux de transformation et la capacité de remboursement avant de conclure qu’il faut nécessairement augmenter les ressources.  Autrement dit : les difficultés annoncées doivent devenir le cahier des charges de l’exécution.

 

Le paradoxe du zéro pour cent

Un crédit à 0 % n’est gratuit que pour celui qui l’emprunte. Pour celui qui le finance, il mobilise des ressources, du personnel, des systèmes d’information, des processus de contrôle et, surtout, du capital exposé au risque. Dans un environnement monétaire où le TMM évolue autour de 7 %, cette réalité ne peut être évacuée.

Mais faut-il pour autant considérer le crédit d’honneur comme économiquement incohérent ? Pas nécessairement. La vraie question est ailleurs : quel est le coût de cette politique publique, qui le porte et quelle valeur économique et sociale produit-elle en retour ?

Si le crédit d’honneur permet à un porteur de projet jusque-là exclu du financement traditionnel de créer une activité viable, de générer des revenus, des emplois et, demain, d’intégrer le circuit bancaire classique, son rendement ne se mesure évidemment pas uniquement à la marge bancaire.

Encore faut-il être capable de le mesurer. C’est ici que la réforme peut devenir beaucoup plus intéressante qu’un simple mécanisme de financement.

 

Passer de la plateforme numérique au véritable logiciel de décision

La digitalisation constitue une avancée. Mais elle ne doit pas être confondue avec la transformation. Mettre une demande en ligne ne suffit pas à digitaliser un processus.

Le véritable test se situe derrière l’écran : comment le dossier est-il analysé ? Comment le risque est-il évalué ? Comment les décisions sont-elles comparées ? Comment les délais sont-ils suivis ? Comment les refus sont-ils expliqués ? Et surtout, comment les résultats sont-ils exploités pour améliorer le système ?

La plateforme numérique prévue par la BCT ne doit donc pas être considérée comme une simple interface. La véritable digitalisation doit concerner toute la chaîne : de la demande à la décision, de la décision au décaissement, puis du décaissement au suivi et au remboursement.

La donnée devient alors un actif stratégique. La Tunisie pourrait progressivement disposer d’un tableau de bord consolidé permettant de suivre les demandes, les décisions, les délais, les motifs de refus, les décaissements, les remboursements et les impayés. Ce ne serait pas une nouvelle couche administrative. Ce serait, au contraire, l’utilisation intelligente d’une information que le dispositif produit déjà.

Cette donnée aurait une autre vertu : elle permettrait de dépasser les perceptions. Combien de projets ont été financés ? Combien ont réellement démarré ? Combien ont survécu ? Combien ont remboursé ? Où les refus sont-ils concentrés ? Quels critères produisent les meilleurs résultats ? Voilà les questions qui permettront de juger la réforme. Pas les intentions. Pas les procès d’intention. Les données.

 

Lire également : Prêt d’honneur – Abderrazak Houas : « le plafond de 25 000 dinars « très faible » pour les PME »

 

Le véritable risque serait de sélectionner les moins risqués

Il existe un paradoxe plus profond. Le crédit d’honneur vise précisément ceux qui rencontrent des difficultés pour accéder au financement traditionnel. Or, plus le risque bancaire est difficile à couvrir, plus la tentation peut être forte de sélectionner les dossiers présentant le moins d’incertitude. On pourrait alors aboutir à une situation absurde : un dispositif conçu pour élargir l’accès au financement finirait par privilégier ceux qui en ont déjà le meilleur accès.

C’est pourquoi l’égalité ne doit pas seulement être procédurale. Elle doit être économique. Cela ne signifie évidemment pas financer l’irréalisable. Cela signifie construire de meilleurs instruments pour distinguer le risque acceptable du risque simplement inconnu. Cette distinction pourrait devenir l’une des principales innovations du dispositif.

 

Faire du crédit d’honneur un laboratoire

C’est finalement ici que se trouve peut-être son potentiel le plus intéressant. Le crédit d’honneur peut rester une mesure ponctuelle destinée à répondre à une difficulté d’accès au financement. Ou il peut devenir un laboratoire de transformation du système financier tunisien.

Un laboratoire où l’on expérimente de nouveaux modèles d’évaluation du risque, de nouvelles formes d’accompagnement, une utilisation plus intelligente de la donnée et une articulation différente entre financement public, banques et entrepreneurs.

À une condition : accepter de mesurer les résultats et de corriger les mécanismes. Il faudra donc résister à deux réflexes. Celui qui consiste à présenter le crédit d’honneur comme une solution miracle. Et celui qui consiste à considérer les risques identifiés comme la preuve qu’il ne pourra pas fonctionner.

Entre l’angélisme et le scepticisme systématique, il existe une troisième voie : l’expérimentation rigoureuse. Une réforme peut être ambitieuse sans être naïve. Une banque peut être prudente sans être paralysée. L’État peut soutenir la prise de risque sans transférer aveuglément le risque au système bancaire. Mais cela suppose une architecture.

 

Le véritable test

Le crédit d’honneur ne sera donc pas jugé sur le nombre de textes adoptés. Il ne sera pas davantage jugé sur le nombre de plateformes mises en ligne. Il sera jugé sur ce qui se passera après. Combien de projets auront effectivement obtenu leur financement ? Combien auront créé une activité viable ? Combien auront remboursé ? Combien auront accédé ensuite au crédit classique ? Combien de corrections auront été apportées lorsque les premiers résultats auront révélé des failles ?

C’est là que se trouve le véritable indicateur de maturité d’une politique publique. La Tunisie n’a pas seulement besoin de décisions. Elle a besoin d’un nouveau logiciel d’exécution. Le crédit d’honneur peut être l’un des premiers terrains où ce logiciel sera réellement testé : une décision publique transformée en processus numérique, un risque transformé en donnée, une donnée transformée en décision, et une décision corrigée par l’expérience.

 

Le véritable crédit d’honneur ne sera donc pas celui qui promet du financement à zéro pour cent. Ce sera celui qui démontrera que la Tunisie sait désormais transformer une bonne intention en politique publique apprenante, mesurable et durable. Car, au bout du compte, le vrai coût d’une réforme n’est pas celui de ses imperfections initiales. C’est celui d’une réforme incapable d’apprendre de ses propres résultats.

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Face à un Occident fragilisé, la Chine à la conquête d’un nouvel ordre mondial

03. September 2026 um 10:37

À Bichkek, Xi Jinping veut transformer l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en vitrine d’un monde qui entend s’affranchir de la tutelle occidentale. La grande bascule vers l’Est est néanmoins déjà engagée.

 

C’est désormais le président chinois, Xi Jinping, qui mène la danse. À Bichkek, capitale du Kirghizistan, où s’est tenu, du 31 août au 1er septembre, le 25ᵉ sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), Xi Jinping soigne sa mise en scène diplomatique. Sur la traditionnelle « photo de famille », le président chinois apparaît aux côtés du président russe Vladimir Poutine, du PM indien Narendra Modi, du président iranien Masoud Pezeshkian, du président turc Recep Tayyip Erdogan, et de plusieurs dirigeants d’Asie centrale.

Le « Sud global Vs l’Occident »

L’image n’a rien d’anodin. Pékin entend en faire la vitrine d’un « Sud global » de plus en plus affirmé face à l’Occident. Réunis au sein de l’OCS, ces pays représentent à eux seuls près de 40 % de la population mondiale, mais derrière cette photographie soigneusement orchestrée, se dessinent les contours d’un ordre international alternatif aux organisations alignées sur l’Occident telles que le G7, dans lequel Pékin entend occuper une place centrale et contester la prééminence occidentale. Mais en a-t-il les moyens ?

Petit retour sur la Seconde Guerre mondiale. Au lendemain de ce conflit dévastateur, les États-Unis se retrouvent au cœur de la refondation de l’ordre international. Washington prend alors les commandes d’une nouvelle architecture mondiale, avec la création du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale et de l’Organisation des Nations unies (ONU), avant de consolider son dispositif stratégique avec la naissance de l’OTAN en 1949.

Dans le même temps, le plan Marshall devient l’un des principaux instruments de la puissance américaine. En finançant massivement la reconstruction et le redressement économique de l’Europe dévastée par la guerre, Washington ne se contente pas de contribuer à sa renaissance mais à arrimer durablement le continent au camp occidental et poser, in fine, les fondations de l’ordre international dominé par les États-Unis.

Contre-offensive

Pour contester l’ordre mondial façonné sous l’égide du camp occidental, les pays de l’OCS ont cherché, à Bichkek, à poser les premières pierres d’une architecture alternative. L’ambition ne se limite plus aux déclarations politiques mais se traduit désormais par des projets concrets. Les membres de l’organisation discutent notamment de la création d’une banque commune et de la mise en place de grandes artères commerciales destinées à redessiner les routes du commerce eurasiatique.

Parmi ces projets figure un corridor de plus de 7 000 kilomètres reliant Saint-Pétersbourg à Mumbai via l’Iran. En contournant une partie des voies commerciales traditionnelles, cette nouvelle route entend réduire la dépendance aux infrastructures dominées par l’Occident et renforcer les échanges entre les puissances émergentes d’Eurasie.

Faiblesse stratégique

Reste une question de taille. Dans cette recomposition de l’ordre international, la Chine est-elle en mesure d’offrir un parapluie sécuritaire aux membres de l’OCS ?

Certes, l’Empire du Milieu possède désormais la première flotte militaire mondiale en nombre de bâtiments et accélère le développement de son arsenal nucléaire. Mais derrière cette démonstration de puissance subsiste une faiblesse stratégique majeure : avec une seule véritable base permanente à l’étranger (à Djibouti en l’occurrence), son réseau militaire extérieur demeure extrêmement limité.

Bascule géopolitique

Mais au-delà de la capacité ou non du géant chinois d’assurer son rôle de superpuissance militaire rivale des Américains, le monde aura surtout assisté, en l’espace d’une génération, à une véritable bascule géopolitique.

Ainsi, les rapports de force économiques ont été profondément bouleversés. En 1990, l’économie européenne pesait près de 18 fois celle de la Chine. Aujourd’hui, les deux économies sont quasiment de la même taille. Et à l’horizon 2050, selon les projections, l’Europe pourrait ne plus représenter que la moitié du poids économique chinois.

Pis. En trente ans, la Chine et l’Inde ont vu leur influence dans l’économie mondiale exploser, tandis que celle de l’Europe reculait inexorablement. Et cette bascule ne semble pas près de s’arrêter. L’Inde forme désormais une masse considérable d’ingénieurs et de spécialistes des technologies, la Chine s’est imposée comme l’atelier industriel de la planète, Singapour comme l’une des grandes places financières mondiales. Quant au commerce maritime, près des deux tiers des échanges internationaux passent désormais par l’Asie.

Autrement dit, le centre de gravité de l’économie mondiale s’est déplacé vers l’Est. La Chine n’a peut-être pas encore les moyens d’offrir au monde le parapluie sécuritaire américain. Mais sur le terrain économique, industriel, technologique et commercial, le basculement est déjà largement engagé.

Déclin et décadence

C’est cette bascule historique que Xi Jinping entend désormais fédérer, au moment même où l’Occident doute, se divise et voit son influence s’éroder. Une image résume à elle seule cette fragilité occidentale, celle d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, contrainte de négocier avec Donald Trump, sur son propre terrain de golf écossais de Turnberry, les nouveaux droits de douane américains imposés à l’Europe. Une scène qui en dit long sur le nouveau rapport de force entre Washington et Bruxelles.

Et comme pour enfoncer le clou, ce constat sans concession de Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne : « Pendant des années, l’Union européenne a cru que son poids économique, avec 450 millions de consommateurs, lui conférait un pouvoir géopolitique et une influence dans les relations commerciales internationales. Cette année restera comme celle où cette illusion s’est dissipée ». Une phrase qui sonne comme un véritable acte de décès d’une illusion européenne, celle de croire que la puissance économique suffit, à elle seule, à garantir le poids géopolitique.

Au final, pour Pékin, le moment est donc idéal. La Chine veut apparaître non plus seulement comme « l’usine du monde » ou la deuxième puissance économique de la planète, mais comme l’épicentre d’un monde qui ne veut plus forcément graviter autour de Washington.

 

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