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Face à un Occident fragilisé, la Chine à la conquête d’un nouvel ordre mondial

03. September 2026 um 10:37

À Bichkek, Xi Jinping veut transformer l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en vitrine d’un monde qui entend s’affranchir de la tutelle occidentale. La grande bascule vers l’Est est néanmoins déjà engagée.

 

C’est désormais le président chinois, Xi Jinping, qui mène la danse. À Bichkek, capitale du Kirghizistan, où s’est tenu, du 31 août au 1er septembre, le 25ᵉ sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), Xi Jinping soigne sa mise en scène diplomatique. Sur la traditionnelle « photo de famille », le président chinois apparaît aux côtés du président russe Vladimir Poutine, du PM indien Narendra Modi, du président iranien Masoud Pezeshkian, du président turc Recep Tayyip Erdogan, et de plusieurs dirigeants d’Asie centrale.

Le « Sud global Vs l’Occident »

L’image n’a rien d’anodin. Pékin entend en faire la vitrine d’un « Sud global » de plus en plus affirmé face à l’Occident. Réunis au sein de l’OCS, ces pays représentent à eux seuls près de 40 % de la population mondiale, mais derrière cette photographie soigneusement orchestrée, se dessinent les contours d’un ordre international alternatif aux organisations alignées sur l’Occident telles que le G7, dans lequel Pékin entend occuper une place centrale et contester la prééminence occidentale. Mais en a-t-il les moyens ?

Petit retour sur la Seconde Guerre mondiale. Au lendemain de ce conflit dévastateur, les États-Unis se retrouvent au cœur de la refondation de l’ordre international. Washington prend alors les commandes d’une nouvelle architecture mondiale, avec la création du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale et de l’Organisation des Nations unies (ONU), avant de consolider son dispositif stratégique avec la naissance de l’OTAN en 1949.

Dans le même temps, le plan Marshall devient l’un des principaux instruments de la puissance américaine. En finançant massivement la reconstruction et le redressement économique de l’Europe dévastée par la guerre, Washington ne se contente pas de contribuer à sa renaissance mais à arrimer durablement le continent au camp occidental et poser, in fine, les fondations de l’ordre international dominé par les États-Unis.

Contre-offensive

Pour contester l’ordre mondial façonné sous l’égide du camp occidental, les pays de l’OCS ont cherché, à Bichkek, à poser les premières pierres d’une architecture alternative. L’ambition ne se limite plus aux déclarations politiques mais se traduit désormais par des projets concrets. Les membres de l’organisation discutent notamment de la création d’une banque commune et de la mise en place de grandes artères commerciales destinées à redessiner les routes du commerce eurasiatique.

Parmi ces projets figure un corridor de plus de 7 000 kilomètres reliant Saint-Pétersbourg à Mumbai via l’Iran. En contournant une partie des voies commerciales traditionnelles, cette nouvelle route entend réduire la dépendance aux infrastructures dominées par l’Occident et renforcer les échanges entre les puissances émergentes d’Eurasie.

Faiblesse stratégique

Reste une question de taille. Dans cette recomposition de l’ordre international, la Chine est-elle en mesure d’offrir un parapluie sécuritaire aux membres de l’OCS ?

Certes, l’Empire du Milieu possède désormais la première flotte militaire mondiale en nombre de bâtiments et accélère le développement de son arsenal nucléaire. Mais derrière cette démonstration de puissance subsiste une faiblesse stratégique majeure : avec une seule véritable base permanente à l’étranger (à Djibouti en l’occurrence), son réseau militaire extérieur demeure extrêmement limité.

Bascule géopolitique

Mais au-delà de la capacité ou non du géant chinois d’assurer son rôle de superpuissance militaire rivale des Américains, le monde aura surtout assisté, en l’espace d’une génération, à une véritable bascule géopolitique.

Ainsi, les rapports de force économiques ont été profondément bouleversés. En 1990, l’économie européenne pesait près de 18 fois celle de la Chine. Aujourd’hui, les deux économies sont quasiment de la même taille. Et à l’horizon 2050, selon les projections, l’Europe pourrait ne plus représenter que la moitié du poids économique chinois.

Pis. En trente ans, la Chine et l’Inde ont vu leur influence dans l’économie mondiale exploser, tandis que celle de l’Europe reculait inexorablement. Et cette bascule ne semble pas près de s’arrêter. L’Inde forme désormais une masse considérable d’ingénieurs et de spécialistes des technologies, la Chine s’est imposée comme l’atelier industriel de la planète, Singapour comme l’une des grandes places financières mondiales. Quant au commerce maritime, près des deux tiers des échanges internationaux passent désormais par l’Asie.

Autrement dit, le centre de gravité de l’économie mondiale s’est déplacé vers l’Est. La Chine n’a peut-être pas encore les moyens d’offrir au monde le parapluie sécuritaire américain. Mais sur le terrain économique, industriel, technologique et commercial, le basculement est déjà largement engagé.

Déclin et décadence

C’est cette bascule historique que Xi Jinping entend désormais fédérer, au moment même où l’Occident doute, se divise et voit son influence s’éroder. Une image résume à elle seule cette fragilité occidentale, celle d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, contrainte de négocier avec Donald Trump, sur son propre terrain de golf écossais de Turnberry, les nouveaux droits de douane américains imposés à l’Europe. Une scène qui en dit long sur le nouveau rapport de force entre Washington et Bruxelles.

Et comme pour enfoncer le clou, ce constat sans concession de Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne : « Pendant des années, l’Union européenne a cru que son poids économique, avec 450 millions de consommateurs, lui conférait un pouvoir géopolitique et une influence dans les relations commerciales internationales. Cette année restera comme celle où cette illusion s’est dissipée ». Une phrase qui sonne comme un véritable acte de décès d’une illusion européenne, celle de croire que la puissance économique suffit, à elle seule, à garantir le poids géopolitique.

Au final, pour Pékin, le moment est donc idéal. La Chine veut apparaître non plus seulement comme « l’usine du monde » ou la deuxième puissance économique de la planète, mais comme l’épicentre d’un monde qui ne veut plus forcément graviter autour de Washington.

 

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La Tunisie face aux intempéries socio-économiques

28. August 2026 um 10:12

Le monde traverse de grandes intempéries socio-économiques. Tous les observateurs s’accordent à dire qu’une transition vers un nouvel ordre mondial s’opère. Un processus irréversible qui semble hélas dominé par la guerre, l’injustice et le chaos s’est mis en place. Bien que tous les pays soient affectés à des degrés divers, les Tunisiens sont légitimement en droit de chercher les moyens d’intégrer cette mutation avec le minimum de désagréments. Pour y parvenir, il convient de faire un état des lieux sans complaisance.

Med-Dahmani Fathallah *

La Tunisie fait face à une crise structurelle profonde, née de l’interconnexion de trois cercles vicieux :

– le piège de la rente administrative et économique : la Tunisie souffre d’une économie duale. D’un côté s’impose un secteur privé corporatiste, protégé par des barrières à l’entrée et une bureaucratie asphyxiante ; de l’autre subsiste un secteur informel massif qui absorbe une jeunesse marginalisée. L’État-providence historique, jadis vecteur de mobilité sociale par l’éducation, est devenu budgétairement insoutenable ;

– l’épuisement du contrat social post-indépendance : la promesse d’ascension sociale par le diplôme est rompue, générant un chômage structurel massif chez les jeunes diplômés (de 25 % à 38 % selon les catégories). Il en résulte une fuite dramatique des cerveaux et une érosion de la confiance envers l’ensemble des institutions (partis, syndicats, justice, corporations, associations) ;

– le choc géopolitique et environnemental mondial : dépendante des importations d’énergie et de céréales, la Tunisie subit de plein fouet la fragmentation du commerce international, le resserrement financier mondial et la crise climatique (les sécheresses récurrentes frappant de plein fouet l’agriculture). À cela s’ajoutent des pressions extérieures étouffantes visant à forcer le pays à s’aligner sur l’une ou l’autre des puissances rivales.

Que peuvent faire les Tunisiens pour traverser la tempête ?

Face à l’inflation, à l’effondrement du pouvoir d’achat et à l’incertitude du quotidien, des tentations collectives surgissent fréquemment : le repli, la colère stérile et la confrontation. Pourtant, la sociologie des crises nous enseigne qu’aucun pays ne s’est jamais redressé par le chaos. Toute refondation durable exige deux préalables absolus : la sagesse collective et la non-violence méthodique, fondements de la résilience.

La violence, qu’elle soit physique, verbale ou institutionnelle détruit le capital social, effraie l’investissement et dégrade le tissu communautaire. Les révolutions sociales dépourvues de projet économique rationnel mènent invariablement à des récessions plus sévères. La sagesse consiste à reconnaître que les solutions miracles venues d’ailleurs ou dictées par des slogans partisans conduisent inévitablement à d’amers échecs.

Pour surmonter ces intempéries, l’effort doit devenir horizontal : il s’agit de mobiliser le pouvoir d’agir des citoyens à travers des actions concrètes, pacifiques et structurantes.

Nous avons identifié quatre leviers citoyens pour l’action :

– basculer de la culture de la rente vers celle de l’initiative : pendant des décennies, le modèle tunisien a habitué le citoyen à tout attendre de l’État. Aujourd’hui, l’État n’en a plus les moyens financiers ;

– s’orienter vers le micro-entrepreneuriat et les coopératives : plutôt que de viser l’emploi public, la jeunesse doit s’organiser en coopératives agiles, ciblant les secteurs d’avenir : agriculture durable, économie circulaire, traitement de l’eau et le numérique en intégrant l’IA comme technologie incontournable ;

– mettre le cap sur la simplification citoyenne : les communautés locales peuvent instaurer des réseaux d’entraide pour contourner les lourdeurs administratives, notamment en mutualisant l’outillage agricole ou en organisant des circuits courts entre producteurs et consommateurs ;

– réinventer le lien communautaire et la solidarité locale : la force historique de la Tunisie réside dans la solidité de son tissu familial et social. Face à la crise, ce réseau doit se structurer de manière novatrice :

– s’orienter vers les tontines d’investissement et la micro-épargne : structurer des fonds de solidarité de quartier afin de financer des micro-projets locaux, sans dépendre de taux bancaires prohibitifs ;

– miser sur l’économie du partage : généraliser l’entraide pour la garde d’enfants, le covoiturage et le soutien scolaire gratuit, garantissant ainsi le niveau éducatif des enfants issus de milieux défavorisés ;

– réorienter la diaspora vers l’investissement d’impact : la communauté tunisienne à l’étranger transfère chaque année des devises essentielles à la subsistance des familles. Toutefois, cet appui ne doit plus se limiter à la simple consommation et s’orienter vers des investissements rentables. La diaspora peut structurer des fonds d’investissement à impact social pour soutenir directement les startups et PME dans les régions de l’intérieur (investisseurs citoyens et «business angels») ;

– transférer les compétences : organiser des programmes de mentorat à distance pour former les jeunes aux compétences les plus recherchées sur le marché international.

Exercer une citoyenneté responsable et éclairée

Bien naviguer à travers les intempéries sociales exige une transformation des comportements individuels au quotidien.

Consommation locale et raisonnée : privilégier les produits nationaux pour limiter la fuite des devises et soutenir l’agriculture comme l’artisanat locaux.

Sobriété énergétique et gestion de l’eau : face aux défis climatiques, l’adoption de gestes civiques rigoureux pour la préservation des ressources constitue un acte de patriotisme économique direct.

Il convient de souligner que plusieurs de ces recommandations font déjà l’objet d’initiatives sur le terrain. Il importe de les soutenir et de les auditer régulièrement afin d’en assurer la pérennité.

Le rôle de l’État à l’avenir

L’État doit demeurer le socle indéfectible de cet édifice. Son rôle consiste à moderniser les infrastructures et, surtout, à abroger les lois obsolètes tout en promulguant un cadre légal incitatif pour stimuler l’effort citoyen.

En soi, la tempête actuelle n’est ni une fatalité, ni une sentence de souffrances infinies. Elle constitue le signal brutal qu’un modèle épuisé doit céder la place à une société de responsabilité.

En plaçant la retenue, le travail collaboratif et la non-violence au cœur de leur démarche, les Tunisiens ont l’opportunité de prouver que la véritable souveraineté d’un peuple ne réside pas dans la rhétorique politique, mais dans sa capacité à se prendre en charge avec dignité et solidarité.

* Universitaire.

Note de l’auteur : En tant qu’universitaire retraité, mon analyse est affranchie de toute posture partisane ou idéologique. Mon unique objectif est d’examiner rigoureusement les dynamiques de la crise tunisienne afin de proposer un cadre citoyen et pragmatique.

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