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© Mosaique FM

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La dette, la monnaie et le bonheur collectif – Repenser l’économie tunisienne
Et si la vraie richesse d’une nation ne résidait pas dans l’équilibre de ses comptes mais dans sa capacité à mobiliser la monnaie au service de la prospérité collective ? Dans le débat économique contemporain, la dette publique est souvent présentée comme une menace, un fardeau pesant sur les générations futures et un signe de mauvaise gestion. Pourtant, l’histoire économique comme l’expérience des crises récentes suggèrent une réalité bien différente : la dette, lorsqu’elle est utilisée avec discernement, peut devenir un puissant instrument de stabilisation, d’investissement et de progrès social.
Pour un pays comme la Tunisie, confronté à un ralentissement de la croissance, à des tensions sociales persistantes et à une pression budgétaire croissante, cette question n’est pas simplement théorique. Elle touche au cœur même du modèle de développement et du rôle que l’État doit jouer dans la construction de l’avenir.
L’argent n’est, au fond, qu’un instrument. Un outil destiné à faciliter les échanges, à financer l’investissement et à mobiliser les ressources d’une société. Pourtant, dans de nombreuses économies contemporaines, cette fonction essentielle semble avoir été oubliée. La monnaie est devenue un objet de crainte, un symbole de rigueur et de discipline, plutôt qu’un levier au service de la prospérité.
L’économiste John Maynard Keynes, très bien connu de nos étudiants, avait déjà dénoncé cette dérive en évoquant la « pauvreté au milieu de l’abondance ». Cette formule, qui résonne aujourd’hui avec une étonnante actualité, décrit une situation paradoxale où les ressources existent mais où les mécanismes économiques empêchent leur mobilisation. Des maisons sont construites mais restent inaccessibles à ceux qui en ont besoin. Des entreprises disposent de capacités productives mais manquent de financements pour investir. Des États disposent de projets mais hésitent à les réaliser de peur d’aggraver leurs déficits.
John Maynard Keynes avait déjà dénoncé cette dérive en évoquant la « pauvreté au milieu de l’abondance ». Cette formule, qui résonne aujourd’hui avec une étonnante actualité, décrit une situation paradoxale où les ressources existent mais où les mécanismes économiques empêchent leur mobilisation.
Dans le contexte tunisien, cette contradiction apparaît de manière particulièrement frappante. Le pays dispose d’un capital humain important, d’une position géographique stratégique et d’un potentiel considérable dans des secteurs comme l’industrie, l’agriculture ou les services numériques. Pourtant, la croissance reste modeste et l’investissement insuffisant pour absorber le chômage et répondre aux aspirations sociales.
La question centrale devient alors la suivante : comment utiliser la monnaie et la politique budgétaire pour libérer ces capacités inexploitées ?
Dans la vision économique dominante, la dette publique est souvent perçue comme un déséquilibre qu’il convient de corriger le plus rapidement possible. Les politiques économiques se concentrent alors sur la réduction des déficits et la maîtrise de l’endettement, parfois au détriment de l’activité économique.
Cette approche néglige pourtant, comme continuent de le faire encore nombre de nos confrères, une dimension pourtant fondamentale de la dette : sa fonction de stabilisation économique. Dans les économies contemporaines, les revenus des ménages comme les profits des entreprises évoluent dans un environnement marqué par une forte volatilité. Les cycles économiques, les turbulences internationales ou encore les chocs sectoriels peuvent à tout moment perturber les équilibres économiques et fragiliser l’activité.
Le crédit et l’endettement permettent précisément d’atténuer ces fluctuations. Les ménages peuvent maintenir leur niveau de consommation malgré des revenus incertains. Les entreprises peuvent poursuivre leurs investissements même lorsque la conjoncture devient défavorable. Et l’État peut soutenir l’activité économique lorsque le secteur privé ralentit.
Cette fonction de « lissage » est fondamentale pour éviter les crises profondes. En injectant des liquidités dans l’économie, la dépense publique financée par l’emprunt agit comme un amortisseur économique.
Pour la Tunisie, où l’activité reste fortement dépendante de facteurs extérieurs comme la conjoncture européenne, le tourisme ou les prix des matières premières, ce rôle stabilisateur de la politique budgétaire est particulièrement important.
Cette fonction de « lissage » est fondamentale pour éviter les crises profondes. En injectant des liquidités dans l’économie, la dépense publique financée par l’emprunt agit comme un amortisseur économique.
Depuis plus d’une décennie, la politique économique tunisienne évolue dans un environnement marqué par la prudence budgétaire et la contrainte financière. La hausse de la dette publique, les pressions des marchés financiers et les négociations avec les institutions internationales ont renforcé l’idée selon laquelle la priorité absolue devait être la réduction du déficit.
Cette logique n’est pas dénuée de fondement. Un endettement excessif peut fragiliser la crédibilité financière d’un pays et accroître sa dépendance extérieure. Mais lorsque la réduction du déficit devient l’objectif principal de la politique économique, elle risque de freiner l’investissement public et d’aggraver la stagnation économique.
Or, une économie qui n’investit plus dans ses infrastructures, son système éducatif ou sa transition énergétique compromet sa capacité de croissance future. Le véritable danger ne réside pas toujours dans la dette elle-même, mais dans l’absence d’investissements capables de générer la richesse et l’emploi de demain.
Lorsque la réduction du déficit devient l’objectif principal de la politique économique, elle risque de freiner l’investissement public et d’aggraver la stagnation économique.
Dans ce sens, le débat tunisien gagnerait à évoluer. La question ne devrait pas être seulement « combien devons-nous emprunter ? » mais plutôt « pour quoi empruntons-nous ? ».
Dans toute économie moderne, la circulation de la monnaie joue un rôle déterminant dans la dynamique de l’investissement. Lorsque les liquidités se raréfient, les entreprises reportent leurs projets, les banques deviennent plus prudentes et l’activité économique ralentit.
La dette publique peut alors jouer un rôle décisif en injectant des ressources financières dans l’économie. Les dépenses publiques, qu’il s’agisse d’infrastructures, de soutien aux entreprises ou de programmes sociaux, alimentent la demande et stimulent l’activité.
Ce mécanisme crée un cercle vertueux. L’investissement public encourage l’investissement privé, qui à son tour génère de l’emploi, des revenus et de nouvelles recettes fiscales.
Dans le contexte tunisien, où l’investissement public a souvent été sacrifié au profit de dépenses de fonctionnement, la relance d’une politique d’investissement ambitieuse pourrait constituer un levier puissant de transformation économique.
Routes, ports, infrastructures numériques, transition énergétique ou modernisation agricole : les besoins sont immenses et pourraient constituer autant de moteurs de croissance.
Ce mécanisme crée un cercle vertueux. L’investissement public encourage l’investissement privé, qui à son tour génère de l’emploi, des revenus et de nouvelles recettes fiscales.
Il suffit d’observer l’histoire économique pour comprendre le rôle central de la dette dans le développement des sociétés modernes. Les grandes infrastructures, les révolutions industrielles et les transformations technologiques ont rarement été financées uniquement par l’épargne existante.
Elles ont souvent reposé sur la capacité des États, des entreprises et des ménages à mobiliser le crédit pour anticiper l’avenir. Les chemins de fer, les réseaux électriques, les systèmes éducatifs ou les grandes villes modernes sont en grande partie le produit de cette logique d’investissement financé par la dette.
Sans cette capacité à emprunter, les sociétés seraient restées prisonnières de leurs ressources immédiates. Le progrès économique lui-même aurait été considérablement ralenti.
Cette réalité rappelle une évidence souvent oubliée : la dette n’est pas seulement un passif financier. Elle peut aussi être une promesse d’avenir.
Il suffit d’observer l’histoire économique pour comprendre le rôle central de la dette dans le développement des sociétés modernes. Les grandes infrastructures, les révolutions industrielles et les transformations technologiques ont rarement été financées uniquement par l’épargne existante.
Toutefois, cette vision doit être nuancée par la réalité des économies ouvertes. Les États qui disposent d’une monnaie internationale ( USA, pays de l’UE) ou d’une forte autonomie financière peuvent utiliser la politique monétaire et budgétaire avec une grande flexibilité.
La situation de la Tunisie est plus complexe. L’économie reste dépendante des importations énergétiques et alimentaires, tandis que la monnaie nationale demeure sensible aux déséquilibres extérieurs.
Dans ce contexte, l’utilisation de la dette et de la politique monétaire doit être accompagnée d’une stratégie de transformation productive visant à renforcer les exportations, réduire la dépendance extérieure et améliorer la compétitivité de l’économie.
La véritable souveraineté monétaire ne se décrète pas. Elle se construit progressivement par le développement de l’appareil productif et l’amélioration de la balance commerciale.
Au-delà des débats techniques, la question de la dette publique renvoie à une interrogation plus fondamentale : quel rôle l’État doit-il jouer dans l’économie ?
Dans les périodes de prospérité, l’intervention publique peut sembler secondaire. Mais dans les phases de transition économique ou de crise, l’État devient souvent l’acteur capable de coordonner les investissements, de soutenir l’innovation et de préserver la cohésion sociale.
Pour la Tunisie, confrontée à des transformations économiques profondes et à une pression sociale croissante, la politique économique ne peut se limiter à la gestion de l’équilibre budgétaire. Elle doit également viser la création d’emplois, la modernisation de l’économie et la réduction des inégalités.
La monnaie et la dette ne sont que des instruments au service de ces objectifs.
Au final, la véritable question n’est pas de savoir si la dette est bonne ou mauvaise. Elle consiste à déterminer comment utiliser les ressources financières pour améliorer la vie des citoyens et préparer l’avenir.
Une politique économique guidée uniquement par la peur du déficit risque de conduire à l’immobilisme. À l’inverse, une politique fondée sur une vision stratégique de l’investissement et du développement peut transformer la dette en moteur de prospérité.
Pour la Tunisie, qui cherche encore à définir un nouveau modèle de croissance, cette réflexion est essentielle. Car au-delà des chiffres et des indicateurs macroéconomiques, l’économie reste avant tout un projet collectif.
Et dans ce projet, la monnaie ne devrait jamais être une contrainte paralysante, mais un outil au service d’une ambition plus grande : construire une société plus prospère, plus dynamique et plus confiante dans son avenir.
Une politique économique guidée uniquement par la peur du déficit risque de conduire à l’immobilisme. À l’inverse, une politique fondée sur une vision stratégique de l’investissement et du développement peut transformer la dette en moteur de prospérité.
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* Dr. Tahar EL ALMI,
Economiste-Economètre.
Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,
Psd-Fondateur de l’Institut Africain
D’Economie Financière (IAEF-ONG).
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