Le Qatar a considérablement augmenté le trafic de méthaniers dans le détroit d’Ormuz, atteignant des niveaux record depuis plus de deux mois, signe que Doha se sent de plus en plus en sécurité pour le transport de gaz naturel via cette voie maritime stratégique.
Au moins quatre méthaniers chargés de GNL ont traversé le détroit d’Ormuz durant la semaine du 14 septembre, tandis qu’au moins deux ont fait le chemin inverse, entrant dans le golfe Persique, selon les données de suivi des navires publiées vendredi 25 septembre par Bloomberg…
Cette augmentation du trafic représente la reprise la plus constante de l’activité des méthaniers qataris depuis début juillet, date à laquelle le Qatar avait drastiquement restreint ses exportations via le détroit à la suite d’une attaque contre l’un de ses navires.
Avant la guerre, le détroit d’Ormuz assurait environ un cinquième de l’approvisionnement mondial en GNL ; ce passage est devenu particulièrement dangereux en raison des nombreuses attaques contre des navires.
Le trafic reste nettement inférieur aux niveaux d’avant-guerre, où environ trois cargaisons de GNL transitaient quotidiennement par le détroit. Cependant, même une reprise partielle du transport pourrait contribuer à atténuer les tensions sur le marché mondial du gaz.
Les prix en Europe et en Asie ont augmenté ces dernières semaines pour atteindre leurs plus hauts niveaux depuis 2022, la demande se renforçant à l’approche de l’hiver.
Le Qatar pourrait également suivre la stratégie des pays producteurs de pétrole du Golfe, qui continuent d’acheminer d’importantes quantités de pétrole brut par le détroit d’Ormuz. Ces pays ont adopté une tactique appelée « navette », dans laquelle ils transportent des marchandises à travers les détroits, souvent sur leurs propres navires, puis les transbordent sur d’autres pétroliers dans le golfe d’Oman…
Le Qatar a également commencé à charger du GNL sur des pétroliers vides disponibles dans le Golfe et a exporté du carburant vers le Koweït, dans le cadre de ses efforts pour gérer ses réserves et maintenir en activité, même à un niveau minimal, une partie de son vaste complexe d’exportation.
Le maintien d’une partie de la production permet à QatarEnergy de maintenir ses équipements en fonctionnement et de disposer de la flexibilité nécessaire pour augmenter rapidement sa production lorsque les conditions le permettent.
L’usine qatarie de Ras Laffan, la plus grande unité d’exportation de GNL au monde, pourrait remettre en service les parties non endommagées de l’installation « d’ici quelques semaines » une fois le détroit d’Ormuz rouvert, a déclaré dimanche dernier le ministre qatari de l’Énergie, Saad Sherida al-Kaabi, lors du Forum économique du Qatar à New York.
Les cours du pétrole ont légèrement reculé vendredi après leur forte progression de la veille. Les marchés intègrent désormais la possibilité d’un accord progressif entre Washington et Téhéran permettant de rouvrir le détroit d’Ormuz.
Les prix du pétrole ont marqué une pause ce vendredi après leur forte progression de la veille, les investisseurs réagissant aux informations faisant état de discussions entre les États-Unis et l’Iran sur une éventuelle sortie progressive du conflit.
Le Brent pour livraison en novembre recule ce matin de 0,6 %, à 105,94 dollars le baril, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) cède 0,8 %, à 93,86 dollars. Les deux références avaient gagné jusqu’à 5 % lors de la séance précédente avant de réduire…
Le principal facteur de détente pour les marchés réside dans la perspective d’un accord progressif autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite une part majeure des flux mondiaux d’hydrocarbures.
Selon des sources citées par Reuters, les négociateurs américains et iraniens réunis à New York examinent un scénario dans lequel Téhéran rouvrirait progressivement le détroit en échange d’un allègement du blocus économique américain. L’objectif serait de rétablir la circulation maritime tout en permettant aux deux parties de préserver une partie de leur capacité de négociation.
Cette perspective a contribué à réduire la prime de risque intégrée aux cours du brut. La situation reste toutefois fragile : le nombre de navires commerciaux traversant récemment Ormuz demeure très inférieur à son niveau habituel avant le conflit, tandis que les flux pétroliers se poursuivent à des niveaux réduits.
Les attaques contre l’Arabie saoudite entretiennent les risques
La détente sur le front diplomatique est également contrebalancée par les tensions régionales. L’Arabie saoudite a annoncé avoir intercepté six missiles balistiques tirés par les Houthis du Yémen vers plusieurs zones du royaume, dont Taëf et la région de Yanbu.
Ces attaques ravivent les inquiétudes concernant les infrastructures énergétiques et les routes d’exportation saoudiennes. Le port de Yanbu, sur la mer Rouge, constitue notamment une importante voie alternative pour les exportations de brut provenant des champs pétroliers de l’est du royaume.
La réouverture complète des capacités d’exportation demeure ainsi un enjeu majeur pour le marché. Les perturbations provoquées par le conflit ont déjà réduit les flux d’hydrocarbures dans la région et accru la volatilité des prix.
Les stocks américains limitent également la pression haussière
Les données américaines sur les stocks ont par ailleurs apporté un élément de modération aux inquiétudes concernant l’offre. Les stocks commerciaux de brut aux États-Unis ont augmenté de 3 millions de barils durant la semaine achevée le 18 septembre, alors que les analystes anticipaient une baisse de 641 000 barils. Dans le même temps, les stocks d’essence ont diminué de 1,7 million de barils et ceux de distillats de 400 000 barils.
Le marché américain reste également attentif aux discussions sur les exportations de diesel. L’administration américaine étudie différentes options pour accroître l’offre domestique, notamment une éventuelle restriction volontaire des exportations par les raffineurs. Une interdiction générale de 90 jours avait été évoquée, avant d’être démentie par la Maison-Blanche.
Une semaine de forte volatilité
Le recul de vendredi intervient après une semaine particulièrement volatile. Jeudi, le Brent avait progressé de plus de 3 % pour atteindre un plus haut d’une semaine, tandis que les deux références avaient gagné jusqu’à 5 % en séance. Selon Reuters, le Brent se situait vendredi autour de 105,73 dollars, tandis que le WTI évoluait autour de 93,05 dollars, confirmant le reflux après le mouvement de hausse de la veille.
Pour les marchés, l’évolution des cours dépend désormais largement de la capacité des discussions entre Washington et Téhéran à déboucher sur des mesures concrètes concernant Ormuz. Une réouverture durable du détroit pourrait réduire les tensions sur l’offre mondiale, tandis qu’une nouvelle dégradation de la situation militaire au Moyen-Orient maintiendrait une forte prime de risque sur le pétrole.
Les États du Golfe adoptent des tactiques de contrebande autrefois utilisées par Téhéran pour faire passer le pétrole via le détroit d’Ormuz. Des millions de barils transitent chaque jour par le détroit. Un pari risqué mais lucratif. Ces opérations qualifiées de « mécanisme d’adaptation » se poursuivront tant qu’un dénouement à la crise de la navigation n’est pas trouvé. Dans son enquête publiée par le journal britannique The Telegraph, Benedict Smith indique que le pétrolier Singapore Prosperity avait fait escale dans plusieurs ports saoudiens à la mi-août lors de sa traversée du Golfe. Ce navire, d’une longueur équivalente à trois terrains de football, transportait environ deux millions de barils de pétrole brut et se dirigeait vers le détroit d’Ormuz. Soudain, il a disparu !
Imed Bahri
Deux jours plus tard, il est réapparu sur les systèmes de suivi maritime près de Fujairah, de l’autre côté du détroit, après la remise en service apparente de son transpondeur.
Théoriquement, cette voie maritime vitale est sous contrôle iranien depuis le début de la guerre avec les États-Unis le 28 février dernier, ce qui donne à Téhéran la capacité d’asphyxier l’économie mondiale et de restreindre les approvisionnements en pétrole mais la réalité est tout autre.
Plusieurs États du Golfe ont lancé une opération secrète pour saper l’emprise de Téhéran sur le détroit que l’Iran revendique comme faisant partie intégrante de son territoire. Ces pays utilisent des «flottes clandestines» pour échapper au contrôle iranien, employant les mêmes tactiques que l’Iran utilisait auparavant pour contourner les sanctions.
Bien que le flux de carburant transitant par le détroit reste loin d’être stable, il a considérablement augmenté depuis le début de ces opérations début mai.
«L’Iran n’est pas aussi puissant qu’il le croit. À court terme, du moins, nous parvenons à gérer la situation», a déclaré Simon Henderson, directeur du programme Politique du Golfe et de l’énergie au Washington Institute.
Comment fonctionne cette opération clandestine ?
Des navires fantômes
La méthode est la suivante : les très grands pétroliers sont trop vulnérables pour naviguer dans le détroit, ce sont donc des navires plus petits, souvent utilisés comme navettes, qui prennent généralement en charge la partie la plus dangereuse du trajet.
Les navires désactivent leur système d’identification automatique (AIS) pour éviter d’être repérés lors de leur traversée de ce passage étroit, qui ne mesure que 34 kilomètres de large à son point le plus étroit.
Dans la plupart des cas, les navires ne se contentent pas de «disparaître» électroniquement, comme on appelle ce procédé, mais transitent également de nuit.
Cependant, certains semblent abandonner cette méthode, car l’augmentation du nombre de traversées rend les heures de nuit insuffisantes.
Après avoir franchi la zone dangereuse, les plus petits navires transfèrent leur cargaison –pétrole brut, produits pétroliers raffinés ou, plus rarement, gaz naturel liquéfié– sur un plus gros navire qui prend le relais pour la dernière étape du voyage.
«Il y a une certaine ironie là-dedans. C’est quasiment la même infrastructure que celle utilisée par les Iraniens pour contourner les sanctions et acheminer leur carburant sur le marché. Certaines de ces tactiques sont désormais employées par les Émirats arabes unis et d’autres États du Golfe», déclare Rachel Ziemba, chercheuse principale au Center for a New American Security.
Naturellement, l’Iran ne tolère aucun manquement à son autorité revendiquée sur cette voie maritime.
En août, les Émirats ont signalé que 15 de leurs navires avaient été attaqués par des missiles et des drones, faisant 20 blessés et un mort.
Au moins deux méthaniers ont également été attaqués en juillet, mais après avoir quitté le détroit, ils ont pu transvaser leur cargaison sur d’autres navires.
L’armée américaine semble avoir apporté son aide lorsque cela était possible, en déployant notamment des avions de chasse pour protéger les méthaniers des missiles et drones iraniens.
Cependant, si cette protection réduit le risque, elle ne peut l’éliminer totalement.
Défier l’Iran et traverser le détroit d’Ormuz est un pari risqué mais, comme souvent, il est extrêmement lucratif, ce qui explique pourquoi les équipages des navires sont prêts à prendre ce risque.
Pour compenser les coûts d’assurance élevés supportés par les acheteurs, des pays comme l’Irak et le Qatar proposent du pétrole brut à des prix fortement réduits.
Rory Johnston, fondateur du cabinet d’études de marché Commodity Context, a déclaré : «On part du principe qu’un navire sur 12 ou 15 sera touché par un drone iranien mais on gagne suffisamment d’argent avec les autres».
Johnston estime que les États du Golfe allait recourir plus tôt à cette pratique mais Washington n’a cessé de promettre que le conflit serait bref, que la menace iranienne ne durerait pas et qu’il se terminerait soit par une victoire militaire décisive, soit par un accord négocié, soit par des pressions économiques. Ces assurances ont retardé le recours à d’autres solutions par les pays producteurs de pétrole.
Johnston a indiqué que lorsqu’il demandait à ses interlocuteurs pourquoi ils ne prenaient pas le risque de traverser le détroit, ils répondaient : «La Maison-Blanche n’arrête pas de nous dire que ce sera fini la semaine prochaine». Leur patience a fini par s’épuiser.
«Ce sont les déclarations répétées de la Maison-Blanche, selon lesquelles la crise serait de courte durée, qui ont empêché l’émergence de cette volonté de prendre des risques mais aujourd’hui, je pense que plus personne ne croit la Maison-Blanche», a également déclaré Johnston.
Selon la société d’analyse de données Kpler, entre 10 et 12 millions de barils de pétrole transitent actuellement chaque jour par le détroit d’Ormuz, soit environ la moitié du volume qui y transitait avant la guerre.
Cependant, ces chiffres fluctuent énormément d’un jour à l’autre.
Le 7 septembre, selon Johnston, environ 20 millions de barils ont transité par le détroit, mais le 10 septembre, ce nombre était tombé à seulement 3 millions.
Néanmoins, des pays comme les Émirats ont intensifié leurs opérations. Abou Dhabi affirme exporter environ deux millions de barils par jour via sa compagnie nationale Adnoc.
Les données de Kpler montrent que les volumes de carburant transitant par le détroit ont atteint leur plus haut niveau depuis le début de la guerre.
Rachel Zimba estime que ces opérations clandestines ne constituent pas une solution à long terme mais simplement un «mécanisme d’adaptation» à la crise. Or, c’est un mécanisme que l’Iran n’a jusqu’à présent pas été en mesure d’arrêter.
Téhéran n’est pas parvenu à endiguer l’afflux croissant de carburant à travers le détroit, alimentant les rumeurs selon lesquelles certains responsables seraient payés pour fermer les yeux sur ces opérations de contrebande.
Simon Henderson estime que l’incapacité de l’Iran à stopper les navires pourrait expliquer en partie pourquoi ses alliés ont eu recours à des drones pour cibler l’oléoduc Est-Ouest saoudien le 10 septembre dernier.
Actuellement, les combats directs entre les États-Unis et l’Iran ont considérablement diminué, ne laissant place qu’à des escarmouches sporadiques.
Tant que le rapport risque-bénéfice restera favorable à l’Iran, le flux de carburant transitant par le détroit se poursuivra.
Ce qui a commencé comme une guerre il y a environ sept mois s’est désormais transformé en un jeu de chiffres et un calcul de probabilités.
Le Brent est repassé sous la barre des 100 dollars le baril de pétrole, le mardi 22 septembre. Et, sauf nouvelle escalade militaire, les prix devraient se détendre au cours des prochains jours.
Cette tendance baissière trouve son origine dans les informations circulant cet après-midi de mardi au sujet des premiers tests lancés par l’Arabie saoudite pour la remise en service de son oléoduc stratégique Est-Ouest.
Course contre la montre
Transportant environ 4 millions de barils par jour vers le port de Yanbu sur la mer Rouge, il a permis au Royaume de contourner le détroit d’Ormuz. L’oléoduc Est-Ouest s’étend sur environ 1 200 kilomètres et relie les installations de production et de traitement du pétrole de la région de Baqeeq, dans l’est du Royaume, aux installations d’exportation, à l’ouest. Sa capacité maximale est d’environ 7 millions de barils par jour.
Depuis qu’il a été visé par des drones lancés depuis l’Irak, Saudi Aramco s’est lancée dans une course contre la montre pour contourner une station de pompage endommagée et rétablir partiellement les flux.
Cette réouverture imminente apporte un soulagement à un marché en situation de manque d’approvisionnement. Les raffineries européennes ont été particulièrement touchées par l’arrêt de l’activité. Un bon nombre d’entre elles s’étaient retrouvées à sec la semaine dernière, alors que le Royaume tentait tant bien que mal de rediriger ses exportations vers le terminal de Ras Tanura et le golfe d’Oman.
Apaisement des tensions sur le détroit d’Ormuz
La baisse des cours du pétrole a également été favorisée par des rapports faisant état de progrès dans les pourparlers entre les États-Unis et l’Iran. L’éventualité d’une réouverture du détroit d’Ormuz par Téhéran en contrepartie de la levée du blocus américain est possible.
Aujourd’hui, Téhéran s’est montrée ouverte à une réouverture de ce passage stratégique dans un délai de sept jours si Washington réduisait sa pression militaire et levait le blocus des ports.
Tout repli dans les cours est le bienvenu pour les importateurs de pétrole, comme la Tunisie. Le niveau des prix a bloqué les finances publiques et un retour à la normale en 2027 est une condition sine qua non pour rétablir l’équilibre.
L’administration américaine propose de consacrer 5 milliards de dollars à un fonds destiné à reconstruire les infrastructures énergétiques endommagées au Moyen-Orient et à développer des voies d’exportation contournant le détroit d’Ormuz. Washington souhaite obtenir une contribution équivalente de huit pays du Golfe, pour porter le fonds envisagé à 10 milliards de dollars. Le projet reste toutefois en discussion.
Selon des informations du Wall Street Journal publiées ce mardi, Washington envisage d’apporter 5 milliards de dollars à ce mécanisme et demande à huit partenaires régionaux du Golfe — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn, Koweït, Oman, Irak et Jordanie — de fournir une contribution équivalente. L’objectif serait de constituer un fonds de 10 milliards de dollars, baptisé Partnership for Allied Trust and Construction (PACT).
Le fonds envisagé pourrait financer la remise en état de pipelines, raffineries et installations d’exportation de pétrole et de gaz endommagés durant le conflit. Il aurait également vocation à soutenir de nouvelles infrastructures permettant d’acheminer les hydrocarbures vers les marchés internationaux sans dépendre exclusivement du détroit d’Ormuz.
Cette orientation répond à la vulnérabilité révélée par les perturbations du trafic maritime dans le Golfe. Les attaques contre des installations énergétiques et les interruptions de certaines infrastructures ont contribué à réduire les capacités disponibles et à renchérir le transport des hydrocarbures.
Plusieurs producteurs du Golfe et l’Irak cherchent parallèlement à renforcer leurs itinéraires terrestres ou leurs capacités portuaires afin de diversifier leurs possibilités d’exportation.
Réduire la dépendance à Ormuz
L’un des principaux objectifs du projet américain serait ainsi de développer des corridors énergétiques alternatifs au détroit d’Ormuz. L’Arabie saoudite et les Émirats disposent déjà d’infrastructures permettant d’acheminer une partie de leur pétrole vers des ports qui ne dépendent pas directement du détroit. D’autres pays restent toutefois beaucoup plus exposés à cette voie maritime, notamment le Koweït et le Qatar.
Le projet américain pourrait donc soutenir des investissements dans des oléoducs, des terminaux et des infrastructures portuaires destinés à diversifier les routes d’exportation…
Le risque d’une nouvelle dégradation
Le calendrier de la reconstruction constitue également une difficulté. Certains responsables régionaux cités par le Wall Street Journal estiment qu’investir massivement dans de nouvelles infrastructures avant la conclusion d’un règlement avec Téhéran pourrait exposer ces installations à de nouvelles attaques.
Le coût de la remise en état des infrastructures énergétiques touchées par le conflit pourrait par ailleurs atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars, selon des estimations citées par le quotidien américain.
Au-delà de la reconstruction, l’initiative américaine traduit ainsi une volonté de modifier durablement la géographie des flux énergétiques régionaux. La multiplication des routes alternatives pourrait réduire la vulnérabilité des exportations du Golfe aux perturbations du détroit d’Ormuz, sans toutefois éliminer à court terme l’importance stratégique de cette voie maritime.
Le produit national brut (PNB) de l’Iran a considérablement diminué entre mars et fin juin 2026. A savoir la période durant laquelle le pays a été bombardé par les Etats-Unis et Israël. C’est ce que révèlent des données officielles publiées dimanche 20 septembre.
Durant cette période, qui correspond au premier trimestre du calendrier persan, le PIB a reculé de 10,1 % en glissement annuel, secteur pétrolier compris. Le centre des statistiques, une autorité officielle, précise que l’économie de l’Iran est fortement dépendante des exportations d’hydrocarbures…
Téhéran et Washington ont alors signé un accord à la mi-juin qui devait en théorie mettre fin à la guerre. Mais les hostilités ont repris très rapidement, les parties s’accusant mutuellement d’en violer les termes.
Au cœur du conflit se trouve désormais le détroit d’Ormuz, d’une importance stratégique capitale. En effet, il y transitait avant la guerre environ 20 % du pétrole consommé dans le monde. Depuis, Téhéran en revendique le contrôle.
En représailles, les États-Unis ont réimposé un blocus des ports iraniens du Golfe. Ce qui nuit aux exportations de pétrole brut iranien. Une situation déjà complexe; et ce, compte tenu des sanctions précédentes imposées à l’Iran.
De façon plus globale, l’économie iranienne souffre depuis des années d’une hyperinflation chronique et de la forte dévaluation de la monnaie nationale, le rial, en raison des sanctions. La guerre a exacerbé ce phénomène, réduisant rapidement le pouvoir d’achat des Iraniens. A cet égard, l’inflation a augmenté de 69,9 % en glissement annuel en août, indiquent les chiffres officiels. Cependant, ils seraient loin de refléter les fortes hausses de prix, notamment celles des produits alimentaires…
Ainsi, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une contraction de 5,4 % du PIB iranien cette année, selon ses dernières estimations publiées en juillet.
L’Irak a réussi à exporter exceptionnellement près de 4 millions de barils de pétrole en une seule journée en septembre, grâce à la mobilisation de plusieurs voies d’acheminement hors du détroit d’Ormuz. Le ministère du Pétrole souligne toutefois que ce volume ne constitue pas le niveau quotidien normal des exportations irakiennes, établi autour de 2,6 millions de barils par jour.
L’Irak a enregistré en septembre une journée exceptionnelle dimanche avec l’exportation d’environ 4 millions de barils de pétrole brut. Alors que les perturbations persistantes dans le détroit d’Ormuz poussent le pays à multiplier les solutions de transport et les débouchés pour son brut.
Selon un communiqué du ministère irakien du Pétrole, ce volume exceptionnel résulte de la combinaison de plusieurs opérations de chargement. La société publique de commercialisation du pétrole, SOMO, a notamment exporté du brut de Qayyarah par des voies situées en dehors du détroit d’Ormuz, parallèlement aux cargaisons habituelles destinées aux ports du sud et aux volumes acheminés par la voie septentrionale.
Diversifier au-delà du détroit d’Ormuz
La crise régionale a accéléré les efforts de Bagdad pour réduire sa dépendance à l’égard d’un seul corridor maritime. Les autorités irakiennes travaillent notamment à renforcer les itinéraires passant par la Turquie et la Syrie, avec l’objectif d’atteindre les marchés européens et occidentaux.
Le Premier ministre irakien, Ali al-Zaidi, avait récemment souligné que son pays ne pouvait pas rester dépendant d’un seul axe d’exportation et avait annoncé une stratégie visant à diversifier les débouchés du pétrole irakien.
Cette diversification est devenue d’autant plus stratégique que le trafic dans le détroit d’Ormuz demeure fortement perturbé. Selon Reuters, seuls 12 navires transportant des matières premières ont franchi le détroit au cours du dernier week-end, contre environ 125 par jour avant le début du conflit. Malgré ces perturbations, les flux pétroliers du Moyen-Orient restent relativement importants grâce à la multiplication des itinéraires et des opérations de transfert.
Un enjeu majeur pour les recettes de Bagdad
Pour l’Irak, dont les finances publiques restent largement dépendantes des revenus pétroliers, la sécurisation des exportations constitue un enjeu budgétaire majeur. La multiplication des voies de transport permet de réduire le risque associé à une interruption prolongée du trafic maritime dans le Golfe.
Les solutions alternatives ne peuvent toutefois pas remplacer immédiatement les capacités offertes par les infrastructures méridionales. Elles constituent davantage un mécanisme de sécurisation et de diversification destiné à maintenir les flux de brut lorsque les routes traditionnelles sont perturbées.
La tendance s’inscrit dans un mouvement plus large au Moyen-Orient : plusieurs grands producteurs cherchent désormais à utiliser ou développer des infrastructures permettant d’acheminer leur pétrole vers des ports situés hors du périmètre du détroit d’Ormuz.
L’économiste Aram Belhadj a publié un post Facebook, dont nous publions ci-dessous la traduction, où il analyse l’évolution de la guerre au Moyen-Orient et ses conséquences possibles sur l’économie tunisienne qui traverse, depuis plusieurs années, une crise structurelle chronique : faible croissance, inflation, déficit budgétaire et endettement, intérieur et extérieur dépassant 80% .
Compte tenu de la situation actuelle au Moyen-Orient, trois scénarios détermineront l’évolution future des indicateurs économiques en Tunisie:
* Le scénario le plus probable est celui d’un conflit gelé (c’est-à-dire le maintien de la situation actuelle sans résolution définitive). Le prix du baril se situerait alors entre 95 et 110 dollars, entraînant un déficit budgétaire avoisinant les 20 milliards de dinars, un déficit commercial proche de 25 milliards de dinars et des réserves de change se situant au seuil de 90 jours d’importation à la fin de l’année.
* Une désescalade négociée réduisant les tensions dans le détroit d’Ormuz (et potentiellement celui de Bab-el-Mandeb). Dans ce cas de figure, le prix du baril redescendrait vers une fourchette de 75 à 85 dollars ; cela permettrait d’enrayer l’érosion des réserves de change et de ralentir l’aggravation des deux déficits, tout en favorisant un recul progressif de l’inflation vers 5 %.
* Le scénario le moins probable (mais le plus dangereux) est celui d’une escalade majeure, impliquant une frappe américano-israélienne d’envergure, le retrait de l’Iran du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP) et la fermeture quasi totale des détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb. Le prix du baril de Brent se situerait alors entre 130 et 150 dollars, entraînant un déficit budgétaire supérieur à 22 milliards de dinars, une inflation pouvant dépasser 8 % et des réserves risquant de tomber sous le seuil de couverture de 90 jours d’importations.
Quoi qu’il en soit, à ce stade, c’est le canal commercial — et non monétaire — qui prévaut ; cette situation résulte du gel des prix des carburants, qui transfère le choc vers la balance des paiements plutôt que de l’imputer directement au portefeuille du consommateur. Toutefois, la donne changerait inévitablement si le premier scénario, et surtout le troisième, venaient à se concrétiser.
Les Houthis ont avancé vers l’ouest du Yémen, les forces armées du gouvernement internationalement reconnu et soutenues par l’Arabie Saoudite se sont rapidement effondrées et ont battu retraite et les Houthis se sont emparés du détroit de Bab el-Mandeb, voie maritime reliant la mer Rouge au Golfe d’Aden et seule alternative pour contourner le verrouillage du détroit d’Ormuz et pour exporter le pétrole saoudien. Comment ce scénario cauchemardesque a-t-il pu avoir lieu ? Concomitamment, des drones venus d’Irak ont frappé l’oléoduc Est-Ouest saoudien conduisant à sa fermeture. Ces événements n’ont pas uniquement donné des sueurs froides aux Saoudiens mais le monde entier retient son souffle car les conséquences peuvent être désastreuses que ce soit pour l’énergie surtout avec l’arrivée prochaine de l’hiver mais aussi pour le commerce international en général.
Imed Bahri
Dans le Sunday Times, version du week-end du Times, Mark Urban s’est interrogé sur les conséquences pour le monde de l’avancée rapide des Houthis dans l’ouest du Yémen. Il y soutient que l’effondrement soudain des forces soutenues par l’Arabie saoudite au Yémen a engendré un scénario catastrophe, les forces supplétives iraniennes s’emparant du détroit de Bab el-Mandeb et perturbant le commerce mondial du pétrole. La prise de contrôle du détroit de Bab el-Mandeb par les Houthis a déclenché une crise profonde. Compte tenu de l’impasse dans le conflit américano-iranien, cette situation représente des risques importants pour les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et l’économie mondiale.
Un scénario désastreux
Pour les Saoudiens, qui soutiennent depuis longtemps les forces gouvernementales yéménites, le contrôle de cette voie maritime vitale, conjugué à d’autres crises, a créé un scénario désastreux.
La semaine dernière, les Houthis ont lancé des attaques contre des installations énergétiques et des infrastructures civiles saoudiennes, faisant des dizaines de blessés.
Vendredi, le ministère saoudien de l’Énergie a annoncé la fermeture de l’oléoduc reliant l’est et l’ouest du pays, un contournement crucial du détroit d’Ormuz, après une attaque de drones lancée depuis l’Irak. Les alliés de l’Arabie saoudite, des États-Unis au Pakistan, en passant par l’Égypte et la Turquie, se sont abstenus, pour l’instant, de fournir un soutien militaire.
Ce changement soudain d’équilibre des forces est surprenant, d’autant plus que les forces gouvernementales yéménites avaient réalisé des progrès significatifs jusqu’au milieu de la semaine dernière, progressant vers l’ouest du pays. Il est intervenu après un mois marqué par une augmentation notable des exportations de pétrole via le détroit d’Ormuz.
Après une avancée fulgurante en fin de semaine dernière, les forces houthies ont annoncé avoir pris le contrôle de la côte de la mer Rouge, s’assurant ainsi un accès vital via le détroit de Bab el-Mandeb. Mohammed al-Farah, membre du bureau politique houthi, a déclaré sur les réseaux sociaux que «cette victoire devrait être une leçon marquante et un avertissement pour ceux qui comptent encore sur la puissance saoudienne». Il a également menacé de détruire la principale raffinerie de pétrole du royaume, Ras Tanura, en cas de frappes aériennes saoudiennes sur Mocha, le port conquis par les Houthis jeudi lors de leur progression.
S’interrogeant sur la manière dont les Houthis ont réalisé cet exploit et sur sa signification, Urban a souligné que les désaccords entre les factions anti-houthies impliquées dans le conflit, ainsi que les relations tendues entre elles ont joué un rôle important dans les récents développements.
Plus tôt cette année, des avions de combat saoudiens ont bombardé des groupes yéménites alliés aux Émirats arabes unis, contraignant les forces émiraties à se retirer du Yémen. Le groupe houthi a exploité cette situation et contrôle désormais des zones où habitent 75% de la population yéménite alors même que les Zaïdites, le groupe confessionnel auquel appartiennent les Houthis, ne représentent qu’un tiers des 34 millions d’habitants du pays.
Echec de l’Arabie saoudite et des États-Unis
Grâce au soutien militaire et aux conseils des Gardiens de la révolution iraniens, les Houthis ont pu constituer une armée plus importante et plus redoutable. Bien que leurs forces combattantes actives ne dépassent pas 20000 hommes, avec les réserves, ce chiffre atteint plus de 150000, surpassant ainsi les effectifs de l’armée du gouvernement internationalement reconnu.
Compte tenu de la petite taille du pays, les forces gouvernementales, relativement peu nombreuses et souvent légèrement armées, peinent à maintenir leurs positions. Ces derniers jours, assiégées dans les régions désertiques de l’ouest, elles se sont effondrées. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des soldats en fuite humiliés alors qu’ils traversent le désert, certains s’arrêtant pour vendre leurs armes au bord de la route. Ailleurs, des factions rivales, se réclamant du même camp, se moquent des soldats qui ont battu retraite.
Selon certains témoignages, les Houthis auraient utilisé un faux message généré par intelligence artificielle, prétendument envoyé par le commandant des forces gouvernementales, ordonnant un retrait général. Ils ont sans aucun doute profité du manque de coordination entre les forces gouvernementales, les Saoudiens et les Américains, ce qui a entraîné un soutien aérien inefficace.
Selon Urban, l’échec de l’Arabie saoudite et des États-Unis ces dernières années à contenir les Houthis est largement dû à leur dépendance à la puissance aérienne et à l’absence de forces terrestres efficaces.
Depuis le 7 octobre 2023, date de l’attaque du Hamas contre Israël, les Houthis ont subi des frappes aériennes israéliennes, britanniques, saoudiennes et américaines. Nombreux sont ceux qui ont remis en question la campagne de bombardements américains de huit semaines l’année dernière, mais celle-ci, conjuguée aux diverses incitations financières offertes par l’Arabie saoudite, a peut-être empêché les Houthis de mettre à exécution leurs menaces répétées de fermer le détroit de Bab el-Mandeb et de paralyser le secteur pétrolier du royaume.
Suite à l’attaque américano-israélienne contre l’Iran en février, les Houthis sont restés neutres et largement à l’écart de l’escalade du conflit régional.
Cependant, la situation a changé après l’effondrement du mémorandum d’entente américano-iranien en juillet. La République islamique a alors utilisé ses alliés de l’Axe de la résistance pour accroître son influence dans la région en réponse au blocus américain du détroit d’Ormuz.
Les Houthis ont exploité la faiblesse des forces gouvernementales, brisant leur contrôle sur la côte et le détroit de Bab el-Mandeb. Les répercussions de cette situation commencent à se faire sentir sur les prix mondiaux de l’énergie et renforcent la position de l’Iran.
La fermeture de l’oléoduc saoudien aggrave les difficultés tant pour le pays que pour les États-Unis. Cet oléoduc transportait environ 5% de l’approvisionnement mondial en pétrole, selon Reuters. Le prix du pétrole a dépassé les 100 dollars le baril la semaine dernière pour la première fois depuis juillet.
L’Arabie saoudite se trouve confrontée à plusieurs choix difficiles. Ni la Turquie ni le Pakistan ne se sont empressés de fournir une assistance militaire dans le cadre de l’Accord de La Mecque pour la défense conjointe et le ministère saoudien des Affaires étrangères a exclu toute aide de ce type.
L’Iran à la manœuvre
De même, Axios a rapporté vendredi que les États-Unis avaient rejeté une demande saoudienne d’effectuer des frappes aériennes jeudi. Tariq Saleh, commandant de la coalition combattant les Houthis, a déclaré mercredi à CNN que les récentes déclarations concernant un soutien américain n’étaient que des paroles en l’air. Les risques sont désormais manifestes : contrôle des voies maritimes internationales par les Houthis, diminution continue des approvisionnements pétroliers saoudiens, renforcement significatif de l’Iran et reprise des hostilités et de la crise humanitaire au Yémen même.
Une option envisagée est la reconquête de l’île de Perim, qui permettrait de contrôler le détroit de Bab el-Mandeb. L’île est située près des bases américaines de Djibouti, de l’autre côté du détroit.
Selon Urban, cette option est envisageable, mais la probabilité d’un déploiement de troupes américaines sur le territoire yéménite est extrêmement faible.
Les Saoudiens, forts de leur expérience malheureuse lors de leur dernière invasion, sont parfaitement conscients des difficultés opérationnelles sur place. Cependant, la menace qui pèse sur leurs intérêts nationaux vitaux pourrait ne leur laisser d’autre choix. Farea al-Muslimi, de Chatham House à Londres, a déclaré : «Je serais très surpris si les Saoudiens ne lançaient pas une guerre à grande échelle au Yémen dans les plus brefs délais».
Si de nombreux experts estiment qu’il est possible de reconstruire les forces gouvernementales yéménites, voire de rétablir une coopération fructueuse entre les États du Golfe dans ce dossier, cela ne se fera pas rapidement.
Parallèlement, les pressions sur le marché de l’énergie, la hausse des prix des carburants et l’arrivée de l’hiver dans les pays occidentaux influenceront considérablement les décisions des responsables politiques. Les Saoudiens concluront probablement qu’ils doivent faire des concessions à la fois aux Houthis et à l’Iran, ce qui pourrait offrir aux faucons de Téhéran une occasion cruciale de s’opposer au président Trump.