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Tribune Elyes Kasri — Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité

07. September 2026 um 14:44

SOUVERAINETÉ TUNISIENNE SÉQUESTRÉE : Des complicités impérialistes aux reniements postcoloniaux : autopsie doctrinale d’une asphyxie géographique et d’un chantage énergétique désamorcé

I. LE PARADOXE DU LOGICIEL POSTCOLONIAL ET LA TRAGEDIE DU REFOULEMENT DE LA MÉMOIRE NATIONALE

La géopolitique de l’Afrique du Nord contemporaine demeure prisonnière d’un des plus grands paradoxes de l’histoire du droit international public : la sacralisation de la carte coloniale par des États neufs qui ont pourtant fondé l’intégralité de leur légitimité historique sur une geste anticoloniale intransigeante.

Par une tribune parue dans le numéro 952 de son magazine, , intitulée « Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité » (Elyes Kasri), L’Économiste Maghrébin a brisé une chape de plomb mémorielle soigneusement entretenue par les appareils de propagande et les nécessités de la realpolitik.
L’article démontre avec une clarté clinique comment le principe du respect des frontières existantes au moment de l’accession à l’indépendance (uti possidetis juris), élevé au rang de dogme par l’Organisation de l’Unité Africaine lors du sommet du Caire en juillet 1964, a opéré un véritable « blanchiment diplomatique » des spoliations territoriales du XIXe.

Pour la Tunisie, ce principe n’a jamais été un gage de paix ou d’équilibre, mais le verrou juridique destiné à pérenniser une asphyxie géographique méthodique.
Entre la signature du traité du Bardo en 1881 et les arbitrages maritimes de la fin du XXe siècle, l’espace souverain de la Tunisie précoloniale a été rogné à l’Ouest par la France au profit de sa colonie de peuplement algérienne, amputé au Sud par les exigences ottomanes et balkanisé à l’Est face à la Libye par les arrangements diplomatiques de la puissance protectrice.
Face à ce bilan, l’opinion publique tunisienne souffre d’une amnésie téléguidée par les gouvernants successifs, soucieux de ne pas indisposer de puissants voisins jaloux de leur héritage colonial et n’hésitant pas à utiliser tous les moyens d’intimidation y compris la force armée, et par une rhétorique lénifiante de la « fraternité maghrébine » qui dissout les droits historiques dans l’émotion politique.
Ce corpus a pour ambition de poser les fondements d’une réappropriation mémorielle et d’un plaidoyer juridique rigoureux. Il s’adresse aux chercheurs, aux diplomates et à la conscience nationale pour démontrer que l’architecture actuelle des frontières de la Tunisie n’est pas un fait de la nature, mais le produit d’une contrainte historique abusive, ouvrant la voie à une contestation légitime des traités asymétriques hérités du siècle dernier.

II. LE PREMIER CYNISME COLONIAL : LA CONVENTION DE 1910 ET L’ASPHYXIE OCCIDENTALE PAR LA LIGNE WINCKLER

Le dépeçage territorial de la Tunisie trouve sa source dans le traitement différencié que la France coloniale imposait à ses possessions d’Afrique du Nord.
Si la Tunisie n’était qu’un protectorat, un État tiers conservant sa souveraineté nominale sous l’autorité du Bey et régi par le droit des traités internationaux, à l’inverse, l’Algérie était découpée en départements français, intégrée organiquement et définitivement au domaine de la République.

Dès lors que l’exploration géologique a laissé entrevoir les richesses minérales et caravanières du Sahara central, le choix de Paris fut dicté par une pure rationalité patrimoniale : tout territoire rattaché à l’Algérie devenait une propriété éternelle de la métropole ; tout territoire laissé à la Tunisie demeurait grevé du statut d’autonomie beylicale et susceptible d’échapper un jour au contrôle direct de la France.
Ce calcul géopolitique se matérialise lors de la Convention frontalière de Tripoli du 19 mai 1910, conclue entre la France, agissant au nom de la Tunisie, et la Sublime Porte ottomane, alors souveraine de la Libye.

Les opérations de délimitation sur le terrain furent confiées au commandant français Winckler. Sous couvert de fixer les limites des tribus nomades de la Jeffara, Winckler dévia arbitrairement la ligne de démarcation vers l’Est.
Ce tracé purement artificiel amputa la Tunisie de dizaines de milliers de kilomètres carrés de son hinterland saharien naturel, déplaçant le point de contact final vers ce qui deviendra la Borne 233.
Les portions territoriales ainsi arrachées à la Régence de Tunis furent immédiatement incorporées administrativement aux Territoires du Sud de l’Algérie française, rattachés aux Départements des Oasis. C’est ce tracé impérialiste précis qui privera plus tard la Tunisie de la pleine souveraineté sur les immenses nappes d’hydrocarbures de la région d’El Borma.

III. LE DEUXIÈME FRONT DE L’AMPUTATION : LE MARCHANDAGE ITALIEN ET LE TRAITÉ FRANCO-LIBYEN DE 1955

L’asphyxie de la frontière orientale tuniso-libyenne répond au même cynisme de la puissance protectrice, combinant balkanisation territoriale et concessions diplomatiques majeures faites sur le dos de la Tunisie. Au début du XXe siècle, la France doit composer avec les convoitises coloniales de l’Italie en Méditerranée. Pour obtenir le feu vert de Rome lors de l’établissement du protectorat français au Maroc, Paris conclut des accords diplomatiques secrets, notamment les accords Barrère-Prinzetti de 1902.

Lors de la négociation de la convention de 1910, la France s’autolimita délibérément au Sud-Est de la Tunisie, coupant les routes d’extension de la Régence vers Ghadamès et figeant le terminal côtier à Ras Jedir.
Paris offrait ainsi une frontière saharienne élargie et stabilisée à la future Libye italienne, que Rome envahit dès 1911 lors de la guerre italo-turque. Ainsi, la Tunisie beylicale se retrouvait doublement spoliée : réduite à l’Ouest pour enrichir l’Algérie française, et bloquée au Sud-Est pour satisfaire le troc franco-italien.

Le processus de dépeçage se prolongea de manière critique à la veille de l’indépendance tunisienne. En août 1955, alors que la France négocie les accords d’autonomie interne avec Tunis, elle signe secrètement à Tripoli un Traité d’amitié et de bon voisinage avec le Royaume de Libye du roi Idris.
La France, qui occupait militairement la province stratégique du Fezzan depuis 1943, cherche à tout prix à y maintenir ses bases aériennes et à obtenir des permis de recherche pétrolière pour ses compagnies.

Pour complaire à Tripoli, la diplomatie française valide une délimitation des confins sahariens et maritimes extrêmement restrictive pour la Tunisie. Paris s’abstient volontairement de faire valoir les titres juridiques historiques de la Régence de Tunis sur son plateau continental. C’est ce renoncement français majeur de 1955 qui servira de fondement technique et de piège légal lors du grand contentieux maritime des années 1980.

IV. LE CORPUS DES ENGAGEMENTS CONTRACTUELS DU GPRA ET LE CRI DU CŒUR DU BARDO

À son indépendance en 1956, la Tunisie hérite d’une frontière saharienne mutilée. Face à la guerre de libération algérienne, Habib Bourguiba fait le choix d’une solidarité maghrébine active, transformant le territoire tunisien en base arrière politique et militaire pour le Front de Libération Nationale et l’Armée de Libération Nationale.

Ce soutien de géant, payé au prix fort par le peuple tunisien lors du massacre de Sakiet Sidi Youssef le 8 février 1958, s’articule autour d’un pacte juridique clair : l’Algérie indépendante devra réparer les injustices des tracés coloniaux. L’autorité officielle représentant la révolution est alors le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne. C’est avec cette entité légitime que la Tunisie signe deux accords contraignants.

– Le premier est le Procès-verbal du 6 janvier 1959 : signé secrètement à Tunis, ce document acte la reconnaissance par les dirigeants algériens du caractère arbitraire des frontières sahariennes tracées par l’armée française. Le GPRA s’y engage formellement à ouvrir des négociations de rectification territoriale dès la proclamation de l’indépendance.

– Le second document est la Déclaration Commune du 26 juillet 1961 : alors qu’à Évian, la France tente de détacher le Sahara de l’Algérie en raison de ses richesses en hydrocarbures, Bourguiba fait pression en réclamant les droits sahariens de la Tunisie. Pour obtenir l’appui vital de Tunis, le président du GPRA, Ferhat Abbas, co-signe un protocole diplomatique majeur.
La clause textuelle de cet accord est irréfutable : le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne reconnaît d’une part que le tracé actuel des frontières sahariennes résulte d’arbitrages coloniaux abusifs et d’autre part, s’engage à réviser d’un commun accord avec le Gouvernement Tunisien les revendications légitimes de ce dernier dès la proclamation de l’indépendance. Ce corpus écrit démontre de manière définitive qu’Alger avait validé l’inopposabilité des frontières coloniales à la Tunisie.

Conscient des réticences qui commençaient à poindre chez certains cadres militaires de l’ALN hébergés à Tunis, Habib Bourguiba prononce devant l’Assemblée constituante réunie au Bardo, le 5 février 1959, un discours d’une vive force dramatique. Ce texte, le plus émouvant de sa doctrine maghrébine, dénonce par avance l’ingratitude d’un voisin que la Tunisie porte à bout de bras :
« Notre peuple souffre, notre peuple saigne, et nous partageons notre pain quotidien avec nos frères algériens que nous protégeons et abritons au péril de notre propre sécurité. Sakiet Sidi Youssef en est le témoignage éternel inscrit dans le sang de nos enfants. Malgré cela, lorsque nous évoquons nos droits légitimes sur notre propre Sahara, spolié par l’administration coloniale, nous percevons une surdité douloureuse chez ceux-là mêmes que nous portons à bout de bras. Il est déchirant de constater que la fraternité des combats s’arrête là où commencent les frontières tracées par l’oppresseur. Je le dis avec une profonde tristesse : si l’Algérie indépendante venait à s’approprier les injustices territoriales de la France en nous opposant une fin de recevoir, ce ne serait pas seulement un reniement de la parole donnée, ce serait une blessure inguérissable infligée à l’âme tunisienne. La Tunisie ne demande l’aumône de personne, elle réclame la restitution de son dû, au nom de la justice et du sang versé en commun ».

V. LE PROCESSUS DE RENIEMENT GÉOPOLITIQUE ET LE DOUBLE JEU MULTILATÉRAL

L’accession de l’Algérie à la souveraineté en juillet 1962 balaie instantanément les engagements contractuels civils du GPRA. Le clan militaire d’Oujda, dirigé par Houari Boumédiène, écarte Ferhat Abbas et installe Ahmed Ben Bella à la présidence.
Face aux diplomates tunisiens qui exigent l’application des accords de 1959 et 1961, Ben Bella choisit la carte de la temporisation psychologique. L’Algérie traverse alors une crise interne majeure et fait face aux revendications territoriales du Maroc sur Tindouf.

Lors de ses tête-à-tête avec Bourguiba, Ben Bella prononce cette formule de diversion morale : « Mon frère Habib, ne nous poignardez pas dans le dos alors que l’encre de notre indépendance est encore fraîche et que nos martyrs ne sont pas tous enterrés. Laissez-nous stabiliser le pouvoir, consolider la révolution, et je vous jure que nous réglerons la question des frontières dans la fraternité, loin des tracés coloniaux ». Bourguiba cède à cette rhétorique affective, commettant l’erreur d’accorder un moratoire verbal sans garanties.

Le reniement formel s’articule lors du sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine au Caire en juillet 1964. Ébranlée par la Guerre des Sables contre le Maroc, l’Algérie déploie son appareil diplomatique pour faire sacraliser le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation.
Le cynisme doctrinal est absolu : le régime algérien, qui tire sa légitimité du combat anticolonial, s’approprie le tracé impérialiste de la Ligne Winckler de 1910 et de la Borne 233 pour exclure la Tunisie du partage.

Lorsque la Tunisie découvre le gisement géant d’El Borma en 1964, l’Algérie déploie ses forces armées pour sécuriser la majeure partie du bassin sédimentaire. Affaiblie par la santé déclinante de son leader, la Tunisie est acculée à ratifier le Traité de délimitation frontalière finale du 16 avril 1970.

Ce renoncement aux droits de la Tunisie précoloniale trouve son prolongement maritime face à la Libye. Porté devant la Cour Internationale de Justice, le différend sur la délimitation du plateau continental débouche sur l’arrêt du 24 février 1982. La Cour valide un tracé largement calqué sur les lignes de concessions techniques issues du traité de 1955, attribuant à la Libye le contrôle exclusif du champ pétrolifère de Bouri, le plus productif de la Méditerranée.

En mars 2023, le président Kaïs Saïed dénoncera publiquement cette sentence historique, rappelant que la Tunisie n’a reçu que des miettes d’un bassin d’hydrocarbures dont un partage équitable aurait suffi à assurer l’indépendance financière et la prospérité du domaine national.

VI. LE RAPPORT DE FORCE INVERSÉ : DÉCONSTRUCTION DU CHANTAGE ÉNERGÉTIQUE AUTOUR DU TRANSMED

Pour pérenniser ce statu quo frontalier asymétrique, d’aucuns agitent régulièrement le spectre de la vulnérabilité énergétique tunisienne, notamment via l’axe du gazoduc TRANSMED, reliant l’Algérie à l’Italie en traversant le territoire national.
Selon cette vulgate, la Tunisie devrait s’abstenir de toute revendication mémorielle ou territoriale sous peine de voir ses vannes coupées unilatéralement par Alger. L’analyse technique et systémique des flux démontre que cette menace est une illusion rhétorique : un chantage gazier sur le TRANSMED causerait l’effondrement immédiat du régime algérien lui-même.

Depuis la reconfiguration mondiale des approvisionnements énergétiques post-2022, le TRANSMED est devenu un actif hautement stratégique surveillé par les puissances occidentales. Le gaz transitant par le sol tunisien sécurise le tissu industriel de l’Europe du Sud. Toute tentative d’Alger d’interrompre ou de manipuler ce flux sous prétexte de pressions politiques sur Tunis provoquerait une réponse diplomatique et financière immédiate de l’Italie et de l’Union européenne, isolant définitivement l’Algérie sur la scène internationale.

De surcroît, le pipeline constitue avant tout la jugulaire économique de l’État rentier algérien. Le budget de l’Algérie est maintenu sous perfusion par l’exportation de gaz. Tarir le TRANSMED équivaudrait, pour Alger, à couper sa propre artère financière en se privant instantanément de ses flux de devises essentiels. Sans ces revenus gaziers, le pouvoir algérien se retrouverait incapable de financer la paix sociale intérieure, assurée par de coûteux programmes de subventions de première nécessité pour contenir l’insurrection populaire. Le chantage au gaz est donc inapplicable : Alger ne peut l’utiliser sans déclencher sa propre implosion intérieure. La Tunisie, pivot géographique incontournable du transit, détient un levier d’interdépendance majeur qu’elle doit apprendre à faire valoir.

VII. L’ANALYSE DOCTRINALE DES COMMIS DE L’ÉTAT TUNISIEN

La dénonciation de cette asphyxie territoriale et énergétique n’est pas une construction contemporaine ; elle a été documentée avec rigueur par les plus hauts commis de la République Tunisienne.
L’apport de l’éminent constitutionnaliste et juriste tunisien, le professeur Lazhar Bououni (1948-2017), ancien ministre de la Justice, reste fondamental pour contester la légitimité des accords frontaliers.
Dans ses recherches universitaires publiées au sein de la Revue Tunisienne de Droit, il démontre que l’Algérie a violé de manière flagrante le principe de l’estoppel en droit international public. Un État ne peut adopter une posture qui contredit ses engagements antérieurs lorsque celle-ci lèse un tiers.
L’Algérie a accepté l’aide vitale de la Tunisie sur la base de la promesse écrite de réviser les frontières en 1959-1961, pour ensuite rejeter sa propre signature en invoquant la résolution de l’OUA de 1964. Pour M. Bououni, le traité de 1970 est entaché d’un vice de consentement moral fondamental, signé sous la contrainte d’un rapport de force militaire asymétrique. Il applique la même rigueur critique à l’arrêt de la CIJ de 1982, soulignant la mauvaise foi méthodologique de la partie adverse.

Le témoignage de Driss Guiga, figure de proue de l’appareil sécuritaire de Bourguiba (1947-2026), apporte la validation factuelle de ce préjudice. Nommé ministre de l’Intérieur au lendemain de l’attaque de Gafsa en janvier 1980 — où un commando armé s’était infiltré via la frontière occidentale —, M. Guiga inspecte personnellement les confins algéro-tunisiens.
Dans ses mémoires parus en octobre 2024, il consigne un constat sans appel : le tracé imposé par Alger en 1970 a privé la Tunisie de ses défenses naturelles sahariennes, créant une frontière artificielle, vulnérable et difficile à sécuriser. Il dénonce l’usage de cette asymétrie géographique par Alger comme un levier d’influence permanent visant à brider les orientations souveraines de Tunis.

VIII. CONCLUSION : POUR UN SOUVERAINISME MESURÉ ET SCIENTIFIQUE

La réévaluation mémorielle de l’asphyxie territoriale de la Tunisie n’est ni un appel au chauvinisme acrimonieux ni une tentative de déstabilisation des équilibres maghrébins. C’est un acte de salubrité intellectuelle nécessaire.
Tant que l’opinion publique tunisienne acceptera le récit biaisé de frontières fraternelles intangibles, la Tunisie restera en position de faiblesse doctrinale structurelle, contrainte de subir les asymétries économiques et sécuritaires imposées à ses dépens.

En s’appuyant sur les archives de 1910, les engagements écrits du GPRA de 1961, l’analyse de la convention maritime de 1955 et l’interdépendance réelle du réseau TRANSMED, ce corpus démontre que les droits de la Tunisie sur son espace demeurent imprescriptibles au regard de la vérité historique. Le combat pour la souveraineté de demain commence par le refus de l’amnésie d’aujourd’hui.

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CORPUS BIBLIOGRAPHIQUE ET ARCHIVISTIQUE DE RÉFÉRENCE :
Sources Primaires et Actes Internationaux :
• Ministère des Affaires Étrangères (France), Documents diplomatiques français (1871-1914), Imprimerie Nationale, Paris. (Correspondance de 1902-1911 sur les accords territoriaux franco-italiens).
• Régence de Tunis & Empire Ottoman, Convention finale de délimitation de la frontière entre la Tunisie et la Tripolitaine, Tripoli, 19 mai 1910.
• Winckler (Commandant), Rapport topographique et cartographique sur la délimitation de la frontière méridionale de la Tunisie, Service géographique de l’Armée, Paris-Tunis, 1911.
• Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, Procès-verbal de la conférence bilatérale secrète sur les confins sahariens occidentaux, Tunis, 6 janvier 1959.
• Ministère des Affaires Étrangères (France), Traité d’amitié et de bon voisinage entre la France et la Libye, Tripoli, 10 août 1955.
• Abbas (Ferhat) et Bourguiba (Habib), Déclaration commune tuniso-algérienne sur la révision des frontières sahariennes, Tunis, 26 juillet 1961.
• Organisation de l’Unité Africaine, Résolution AHG/Res. 16(I) sur l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, Le Caire, 17-21 juillet 1964.
• Cour Internationale de Justice, Affaire du Plateau continental (Tunisie/Jamahiriya arabe libyenne), Arrêt du 24 février 1982.
• République Tunisienne, Journal Officiel de la République Tunisienne, Décret n° 70-170 du 20 mai 1970, portant ratification du traité frontalier tuniso-algérien.
Travaux Académiques et Littérature Géopolitique
• Abbas (Ferhat), Autopsie d’une guerre : L’Aurore, Éditions Albin Michel, Paris, 1980.
• Bououni (Lazhar), Le régime juridique des frontières sahariennes : Éléments pour une étude du contentieux frontalier tuniso-algérien, Revue Tunisienne de Droit, Volume XIV, n° 2, Tunis, 1982.
• Bououni (Lazhar), L’arrêt de la Cour internationale de Justice dans l’affaire du plateau continental tuniso-libyen : une lecture critique, Revue Tunisienne de Droit, Tunis, 1983.
• Despois (Jean), La Tunisie : ses régions, Éditions Armand Colin, Paris, 1961.
• Flory (Maurice), « La notion de frontière en Afrique du Nord », Annuaire de l’Afrique du Nord, Éditions du CNRS, Paris, 1965.
• Grimaud (Nicole), La politique extérieure de l’Algérie (1962-1978), Éditions Karthala, Paris, 1984.
• Guiga (Driss), Sur le chemin de Bourguiba : mémoires d’un acteur clé de l’histoire tunisienne, Éditions de L’Économiste Maghrébin, Tunis, octobre 2024.
• Kasri (Elyes), « Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité », L’Économiste Maghrébin, n° 952, août-septembre 2026 [INDEX].
• Maltese (S.), Le TRANSMED et la sécurité de l’approvisionnement gazier de l’Europe du Sud, Revue de l’Énergie, Milan/Paris, 2022.
• Martel (André), Les frontières tunisiennes (1881-1911) : Textes et cartes, Université de Tunis, 1965.
• Martel (André), « Le différend frontalier tuniso-algérien (1956-1970) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, Tome XVIII, Paris, 1971.
• Martel (André), « La frontière tuniso-libyenne : de la zone mouvante à la ligne Winckler », Annuaire de l’Afrique du Nord, Éditions du CNRS, Paris, 1966.
• Rainero (Romain H.), Les Italiens dans la Tunisie coloniale : ambitions et réalités d’une présence, Éditions Économica, Paris, 1982.

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Europe : la montée du rejet de l’immigration

07. September 2026 um 11:17

Le sentiment d’absence de perspectives qui touche une partie de la jeunesse des pays du Sud de la Méditerranée contribue à alimenter un flux migratoire continu vers l’Europe. Pour les États européens, ces flux migratoires, importants et durables, sont d’abord appréhendés comme un défi pour les politiques d’asile et d’immigration, mais aussi comme une question sécuritaire et identitaire. Dans ce contexte, l’externalisation du contrôle des frontières, notamment à travers des accords conclus avec des régimes des pays du Sud, s’est progressivement imposée comme l’un des principaux instruments de la politique migratoire européenne. Une solution qui n’a permis ni de stopper les flux ni de tempérer les craintes des opinions publiques européennes.

 

Les Européens face à l’immigration

Si la perception de l’immigration au sein des sociétés européennes demeure à la fois contrastée et ambivalente, elle s’est affirmée comme une préoccupation politique majeure. Selon l’Eurobaromètre de l’automne 2025, elle était citée par 20 % des Européens parmi les principaux problèmes auxquels l’Union européenne était confrontée. Cette importance accordée à la question migratoire contribue à en faire un enjeu électoral central au sein de chaque pays européens, du Danemark à l’Italie en passant par l’Allemagne. Cette préoccupation se traduit politiquement moins par un rejet uniforme de l’immigration que par une montée de la demande de contrôle, de restriction et de régulation des flux migratoires.

La première manifestation de cette évolution réside dans la progression des partis de droite radicale et national-conservatrice. Ces formations politiques mettent l’accent sur le renforcement du contrôle des frontières, la fin de l’immigration irrégulière, le durcissement des politiques d’asile, ainsi que sur « l’assimilation » des populations immigrées.

La deuxième conséquence, peut-être plus significative encore, réside dans le déplacement progressif des partis traditionnels de droite ou de gauche vers des positions plus restrictives. Même lorsqu’ils ne participent pas au gouvernement, les partis de droite radicale exercent une pression sur l’ensemble du champ politique en imposant l’immigration parmi les priorités de l’agenda électoral.

Les formations traditionnelles sont ainsi conduites à renforcer leur discours sur le contrôle des frontières, la lutte contre l’immigration irrégulière et les exigences d’intégration.

 

Le cas de la France et la perspective de l’élection de Marine Le Pen

La France illustre ainsi un phénomène plus large observable à l’échelle européenne : la question migratoire ne se réduit plus à la gestion administrative des flux. Elle est devenue un enjeu central de la compétition politique, un marqueur idéologique et un révélateur des transformations contemporaines des démocraties européennes.

En France, l’immigration connaît une progression soutenue depuis le début des années 2000. Le nombre d’immigrés est ainsi passé d’environ 4,5 millions en 2000 à 6,8 millions en 2020.

Depuis les années 1970 et les conséquences du premier choc pétrolier (dont le chômage de masse), la question migratoire occupe en France une place disproportionnée dans le débat politico-médiatique. Cette centralité s’est notamment traduite par une succession de réformes législatives : plus d’une vingtaine de textes consacrés à l’asile et à l’immigration ont ainsi été adoptés au cours des deux dernières décennies. Cette inflation législative témoigne de la difficulté des gouvernements successifs à stabiliser une politique migratoire cohérente et durable, mais aussi de la forte politisation d’un sujet devenu un marqueur essentiel de la compétition électorale.

Dans le discours politique et institutionnel, l’immigration tend ainsi à être fréquemment associée à des enjeux sociaux, sécuritaires et identitaires. Cette association contribue à légitimer le renforcement des politiques de contrôle, la restriction de certaines conditions d’accueil et d’accompagnement des étrangers, ainsi que le développement de dispositifs d’externalisation du contrôle migratoire.

La question migratoire se trouve dès lors de plus en plus appréhendée à travers le prisme du rétablissement de l’ordre, de la maîtrise des frontières et de l’autorité de l’État. Une tendance qui n’a fait que nourrir la dynamique politique et électorale de Marine Le Pen et de son parti, plus près que jamais d’une victoire à la prochaine élection présidentielle (avril 2027)…

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Rue Sadikia : Long sillage de nostalgies et cadastre des émotions

07. September 2026 um 09:19

À la confluence de l’avenue Bourguiba, la rue de Rome et l’avenue de France, la rue Sadikia a un long sillage de nostalgies. Artère commerçante, au cœur de la ville, la rue Sadikia porte désormais le nom de Gamal Abdenasser. Elle a ainsi rebaptisée à la mort de ce dernier.

Modigliani, Davin, Pace et consorts

Cette rue concentre plusieurs immeubles qui témoignent de diverses époques et pour certains, remontent au dix-neuvième siècle. Avec la Nationale, cette rue abrite aussi l’un des fleurons architecturaux de Tunis.

Dans cette rue qui commence avec l’ambassade de France et se termine avec l’ancienne chancellerie italienne, les édifices de représentation ne manquaient pas.

Côté commerces, la chocolaterie Modigliani, les tissus Baranès, la maison Davin, le salon Pace ou encore le Monoprix, tenaient le haut du pavé.

Chacun a ses propres souvenirs avec cette rue de toutes les convergences dont le square Mongi Bali est à l’autre bout. Ce square qui fait face à la grande gare de Tunis, portait auparavant le nom de Philippe Thomas, le découvreur des phosphates dans le sud tunisien.

Tailleurs, libraires, coiffeurs et bistrots

Les souvenirs de la rue Sadiki sont innombrables et incluent toutes les rues adjacentes qui portent les noms de pays européens.

Qui a vécu dans cette rue ? Qui se souvient des tailleurs, libraires, coiffeurs et autres commerçants de la rue Sadikia ?
Aujourd’hui, cette artère a beaucoup changé et a été en partie investie par le commerce informel.

Il n’en reste pas moins qu’elle demeure un repère dans nos mémoires et une des madeleines de Tunis.

Souvenirs polyphoniques d’une rue de Tunis

Sur cette branche se sont posées plusieurs impressions et nostalgies. Certains parce qu’ils y ont habité, se sont remémoré les fastes du Palazzo Maurizio Attias dont la date de fondation figure en chiffres romains en haut de l’édifice.

D’autres, se sont souvenu du magasin Vogue, des chaussures Willy, de la mercerie Francine ou du Comptoir des élégantes.

Les souvenirs épars ont jailli ici et là : le bar à Zézé dont on dit que le gérant était originaire de Tabarka, la pâtisserie Candy, les coiffeurs Eugène et Pino, la grande succursale de la Poste où tout Tunis venait pour téléphoner, le bijoutier Ayari, le photographe Bua, le tailleur Elie Sebag, les meubles Louis Labbé, le cabinet du docteur Hamadi Ben Salem et d’autres lieux de mémoire comme le magasin Orosdi Back qui fut l’une des grandes enseignes de la ville.

Cet inventaire à plusieurs mains, ce reflet de nombreuses mémoires prenait d’autres couleurs lorsque la petite-fille du coiffeur Pace surgit dans la conversation ou bien lorsque le lointain descendant d’un négociant en pièces agricoles invoque le souvenir de ses aïeux.

Dépoussiérer les lieux de mémoire vive

Avec toutes ces voix, souvent venues de nulle part, toute une rue revit et renaît à ses traces. Tant de lieux de mémoire ont ainsi besoin d’être dépoussiérés, allégés des strates amnésiques qui les recouvrent, restitués à ceux qui ont cessé d’y vivre.

Chaque ruelle recèle des trésors de réminiscences. Il suffit de suggérer leur existence, les recenser, les partager pour qu’elles reprennent goût à la lumière. La rue Sadikia n’est qu’un exemple de ce cadastre des émotions qui recouvre virtuellement les pavés de Tunis.

Piéton dans la ville, je suis sensible à ces vestiges parfois invisibles, à ces brindilles de vie oubliées par le temps et dont les passagers contemporains ignorent la complexité et la charge magique. Un peu comme Joyce à Dublin ou Pessoa à Lisbonne, je rêve de récolter des images, des objets, des débris, des documents, des fragments de choses, des instants fragiles.

Pour ensuite les disperser à la manière des cailloux du Petit Poucet. Pour ensuite arpenter la ville à leur recherche. Pour enfin les retrouver dans les méandres vifs de ma ville siamoise, mon millefeuille urbain, mon énigmatique forêt de symboles.

Lire aussi :

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L’Iran, les jeunes américains endettés et la monstrueuse proposition israélienne

06. September 2026 um 16:31

Avec tous les désastres politiques et les catastrophes militaires que les Etats-Unis, sur instigation d’Israël, s’auto-infligent depuis des décennies, on reste pantois face à l’incroyable passivité du peuple américain à réagir en forçant ses gouvernants à servir les intérêts de leur pays plutôt que ceux d’un Etat-paria honni par la quasi-totalité de l’humanité.

Sur instigation israélienne, la puissance américaine a tué des millions d’Arabes et de musulmans et transformé en enfer la vie de dizaines de millions d’autres en Irak, en Libye, en Syrie et en Iran – où elle se trouve prise au piège.

Dans cette guerre asymétrique avec l’Iran, même si Trump continue de le nier, la plus grande puissance militaire du monde s’est fait battre par un pays sous sanctions économiques depuis un demi-siècle. Elle a raté la porte de sortie que lui offrait le « Memorandum of Understanding » et qui lui aurait permis de sauver un peu la face en concluant diplomatiquement un conflit qu’elle n’a pu remporter militairement.

Mais, visiblement, Israël, qui a poussé les Etats-Unis dans cette guerre insensée, s’active à fermer toute porte de sortie et à enfoncer encore plus l’armée américaine dans le bourbier iranien. Car, pour la clique génocidaire au pouvoir à Tel-Aviv, elle l’a dit et redit publiquement, il est hors de question que l’Amérique jette l’éponge en laissant le régime iranien aux commandes, plus fort et plus populaire qu’avant la guerre.

Invasion terrestre de l’Iran ?

Face à l’évidence que le pouvoir à Téhéran ne peut être renversé par des bombardements aériens, le gouvernement israélien tente de convaincre Trump de « la nécessité d’une invasion terrestre de l’Iran ». L’Amérique n’a que 450 000 soldats et, avec un tel nombre, elle ne peut pas envahir un pays de 90 millions d’habitants, aussi vaste que l’Europe occidentale. Qu’à cela ne tienne. Le « génie » israélien a la solution.

Cette solution à l’israélienne a été rendue publique par le Jerusalem Post dans son édition du 30 août. On y lit notamment : « Des frappes aériennes durant plus de 180 jours n’ont pas permis d’affaiblir significativement les capacités militaires de l’Iran, ni de contraindre Téhéran à négocier. Les États-Unis doivent donc déployer une force terrestre de grande envergure. Pour éviter un décret de conscription susceptible de provoquer des réactions politiques négatives, le meilleur moyen est d’utiliser l’endettement des jeunes Américains comme incitation à l’enrôlement. L’’Américain moyen âgé de 18 à 34 ans est endetté à hauteur de plus de 40 000 dollars sous forme de prêts étudiants, de dettes de cartes de crédit, de prêts automobiles et de prêts personnels, certaines dettes atteignant même 100 000 dollars. Et c’est exactement le groupe dont le Pentagone a besoin » !

 

L’’Américain moyen âgé de 18 à 34 ans est endetté à hauteur de plus de 40 000 dollars sous forme de prêts étudiants, de dettes de cartes de crédit, de prêts automobiles et de prêts personnels…

 

Le journal du Mossad poursuit : « La solution consiste à adopter un programme d’annulation de toutes les dettes étudiantes, de cartes de crédit et autres prêts après 24 ou 36 mois de service militaire. Cette politique, associée à un élargissement de la loi sur l’aide au réengagement des soldats (GI Bill) engendrerait une vague massive d’engagements volontaires ».

Beaucoup d’intellectuels américains, à l’instar du professeur John Mearsheimer, voient en Israël « un albatros attaché au cou de l’Amérique ». Mais ils sont loin de penser que ce pays minuscule loin de 10 000 kilomètres de leurs frontières puisse aller jusqu’à exploiter la pauvreté, l’endettement et la détresse de milliers de jeunes américains dans le but de les envoyer en Iran pour servir de chair à canon.

 

Beaucoup d’intellectuels américains, à l’instar du professeur John Mearsheimer, voient en Israël « un albatros attaché au cou de l’Amérique ».

 

Si Israël s’est permis cyniquement de proposer un plan aussi monstrueux, c’est parce qu’il a été habitué à mener par le bout du nez pendant des décennies les administrations américaines successives en toute impunité. C’est parce que les locataires successifs de la Maison Blanche ont accepté docilement d’être manipulés, dominés, induits en erreur et même humiliés par Israël et ses agents à Washington.

Aucune réaction officielle, ni de la part de Trump ni de la part des ses lieutenants au Pentagone et au département d’Etat. Toutefois quelques figures politiques peu influentes et quelques Instituts de recherche, comme le Mises Institute, ont fustigé l’idée, dénonçant « une exploitation cynique de la pauvreté et de la précarité étudiante pour servir des intérêts géopolitiques étrangers ».

Sur les réseaux sociaux, le projet détaillé dans les colonnes du Jerusalem Post a été massivement comparé à une version réelle et brutale de la série « Squid Game » (Le jeu du calmar), une série télévisée sud-coréenne qui raconte l’histoire de personnes en grande difficulté financière et qui, dans l’espoir de remporter un prix doté des millions dont elles rêvent, acceptent de risquer leur vie dans un jeu de survie mystérieux.

Les étudiants américains endettés accepteront-ils de risquer leur vie en allant combattre l’Iran pour le compte du génocidaire Netanyahu qui a déjà fait trop de mal à leur pays ?

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Là où flotte la mémoire des familles du Vieux Tunis

06. September 2026 um 10:48

Direction Bab Bhar en empruntant tous les raccourcis et passages peu fréquentés. Il fallait faire vite car je devais retrouver une poignée d’amis pour aller en goguette dans les quartiers où la médina s’encanaillait.

La promenade nous a mené jusqu’à la rue du Persan. Après avoir traversé Souk El Blat, Tourbet El Bey, la rue du Riche puis la rue Abba, nous avons investi Bab Djedid et fini par arriver à la zaouia de Sidi Ali Lasmar.

Après une brève ziara au mausolée, nous avons repris notre chemin à travers le réseau de ruelles qui permet d’arpenter le chemin des ermitages de Sidi Mahrez et Sidi Belhassen, celui de la mzara de Lella Arbia et des tourbas des familles patriciennes du quartier des Andalous.

Soutenir un centre de formation pour handicapés

C’est là, au seuil de la sépulture de Sidi Kacem, que j’ai frappé à la porte du petit centre de formation pour les handicapés mentaux qui se trouve dans un ancien mausolée, au fond d’une impasse.

Karim, un des jeunes pensionnaires, me reconnaît et, avec effusion, m’accueille ainsi que mes amis. Depuis ma dernière visite, l’état de l’édifice ne s’est pas amélioré. Malgré la visite des services compétents, rien n’a été fait alors que nous sommes à une semaine de la rentrée.

Les salles d’apprentissage sont livrées à elles-mêmes et le réfectoire fait de la peine à voir, avec ses murs lézardés et ses vantaux défoncés. Est-il acceptable que des enfants soient scolarisés ici ? Pourquoi personne ne bouge pour qu’ils puissent bénéficier d’un minimum vital de décence ? Que peut faire un simple individu sinon un geste charitable qui n’en restera pas moins dérisoire et naturellement insuffisant.

Je ressens de plein fouet, l’impuissance des uns et la détresse des autres, le combat acharné des travailleurs sociaux et l’infini de la tâche à accomplir. Je repars outré et presque résigné car, tout cœur d’artichaut que je puisse être, je ne peux pas m’engager sur tous les fronts. Dans un vertige, je réalise une nouvelle fois que les urgences sont partout.

Un plan Marshall à chaque coin de rue

Il faudrait un plan Marshall à chaque coin de rue, un plan triennal pour chaque quartier, des travaux d’Hercule dans chaque cité. Il faudrait de la fibre citoyenne, de l’enthousiasme et du souffle, de la vertu et de la sueur, de l’amour qui déborde des cœurs.

Je reste convaincu que la réappropriation du local pourrait être un levier puissant pour le progrès. Je vois ici et là des prémisses et, pour me rassurer, me répète in petto, que chaque geste aussi minuscule soit-il a son importance.

C’est la dialectique de la goutte d’eau et de l’océan qui me rattrape dans ces ruelles où j’ai grandi, où flotte la mémoire des familles du Vieux Tunis. Nos pas nous rapprochent de la maison natale d’Ibn
Khaldoun qui, en son temps, avait philosophé les soubresauts de l’histoire.

Quand la tradition s’enfuit

Nous continuons à avancer dans la ville, un peu comme si nous étions en quête de sens, avions besoin d’être rassurés, subissions les fêlures de notre cité.

Nous traversons le souk des Femmes, devenu un énième capharnaüm. Nous traversons le souk de la Laine où quelques tailleurs maintiennent une tradition qui s’enfuit. Nous arrivons à la rue des Libraires disparus, délogés par les bijoutiers et l’époque qui ne lit plus. Devant la mosquée Zitouna, le parvis est occupé par des gens qui ne font que passer, pressés de se réfugier dans l’ombre du souk voisin.

Cette visite dans les méandres de la vi(e)lle m’a profondément remué. Et je ne m’y attendais pas. Comme je donne parfaitement le change, mes amis ne se rendent pas compte que je suis pensif, un peu déboussolé et surtout triste et inquiet.

Au fond, j’avais besoin de cette oasis à midi et, réveillé très tôt, j’avais une faim de paysan de retour des champs. Un couscous me ferait le plus grand bien même si la chaleur de la journée ne s’y prête pas vraiment.

Mais que voulez-vous, à chaque bouchée, chaque grain de semoule, ce sont les mânes de tous nos ancêtres auxquels je goûte avec délectation.

Le jeu sensuel du cuivre et du couscous

Quelques minutes auparavant, entre le souk du Cuivre et celui des Forgerons, mes yeux avaient plongé dans une multitude d’objets, plusieurs couscoussiers entassés les uns sur les autres, des marmites d’un autre temps, de larges sinia qui servaient à préparer la baklawa, des qassaa où des mains expertes roulaient le couscous.

Incroyable empilement hétéroclite de récipients usagés qui faisaient à la fois office de marché aux antiquités et d’épancheuses de nostalgies. Improbable et éloquent, régnant sur son empire de cuivre martelé, un monsieur d’un certain âge a commencé à vanter la marchandise, raconter la patience des chaudronniers et les gestes des étameurs, la patine d’une cruche et la grâce d’une aiguière, le jeu sensuel du cuivre et du couscoussier.

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TRIBUNE – La Tunisie a-t-elle besoin d’un Premier ministre ou d’un architecte de l’exécution ?

06. September 2026 um 08:24

À chaque fois que la perspective d’un changement à la tête du gouvernement se précise, le débat public se transforme rapidement en exercice de casting. Les noms circulent, les profils sont commentés, les réputations comparées. Pourtant, derrière la question de la personne, une interrogation autrement plus importante demeure : quel profil la Tunisie doit-elle désormais rechercher à la tête de son gouvernement ?

 

La question n’est pas théorique. Elle intervient au moment où le pays entre dans une phase décisive : celle de la mise en œuvre du Plan de développement 2026-2030. Après les diagnostics, les arbitrages, les annonces et les dispositifs de financement, le véritable enjeu devient celui de la transformation des décisions publiques en réalisations tangibles.

Autrement dit, le problème n’est plus seulement de savoir quoi faire, mais de déterminer qui peut faire faire, à quelle vitesse, avec quels moyens, selon quels indicateurs et sous quelle responsabilité. C’est à cette aune qu’il faudrait désormais évaluer tout profil appelé à diriger le gouvernement.

 

Le temps des plans cède la place au temps de l’exécution

La Tunisie ne souffre pas d’un déficit de diagnostics. Elle dispose de stratégies, d’études, de plans sectoriels, de rapports d’audit et de feuilles de route. Le problème apparaît lorsque ces documents doivent franchir le seuil de l’administration pour entrer dans celui de l’exécution.

Un projet peut être pertinent et pourtant rester bloqué par une autorisation. Une infrastructure peut être financée et ne pas avancer faute de coordination. Une réforme peut être décidée et perdre son efficacité dans les circuits administratifs. Un investissement peut être annoncé et demeurer suspendu pendant des mois à cause d’un enchaînement de procédures.

C’est précisément cette distance entre la décision et sa matérialisation qui constitue aujourd’hui l’un des principaux risques pour le Plan 2026-2030. Le prochain chef du gouvernement devra donc être jugé moins sur sa capacité à produire un programme supplémentaire que sur sa capacité à installer une véritable machine d’exécution publique.

 

Premier critère : savoir arbitrer

Gouverner consiste d’abord à arbitrer. Arbitrer entre les priorités budgétaires. Entre l’urgence sociale et l’investissement. Entre les différents territoires. Entre les administrations. Entre les exigences de court terme et les transformations structurelles.

La difficulté tunisienne ne réside pas uniquement dans l’absence de décisions. Elle réside aussi dans la dispersion des responsabilités et dans la difficulté à faire converger des acteurs qui disposent chacun de leur propre logique.

Le prochain chef du gouvernement devra donc posséder une véritable autorité d’arbitrage, fondée moins sur le pouvoir hiérarchique que sur la capacité à fixer des priorités, à trancher les blocages et à imposer une trajectoire commune.

 

Deuxième critère : comprendre l’économie comme un système

La prochaine étape exige également de sortir d’une lecture en silos. L’énergie ne peut être dissociée de la compétitivité industrielle. Les infrastructures ne peuvent être séparées de la logistique et des exportations. Les banques publiques ne peuvent être considérées indépendamment du financement de l’économie. Le capital humain ne peut être dissocié de la transformation technologique.

Le chef du gouvernement doit donc disposer d’une culture économique transversale, même s’il n’est pas lui-même économiste. Il doit comprendre les contraintes de financement, les mécanismes de l’investissement, les enjeux industriels, les chaînes de valeur, la compétitivité extérieure, la transition énergétique et la transformation numérique. Surtout, il doit être capable de relier ces dimensions dans une même architecture.

Le véritable enjeu n’est plus de financer séparément des projets. Il est de construire des écosystèmes productifs capables de générer croissance, emplois, exportations et recettes fiscales.

 

Troisième critère : transformer l’État en organisation apprenante

La gouvernance moderne ne peut plus se limiter au contrôle a posteriori. Un État performant doit savoir mesurer, corriger et apprendre. Cela suppose de renforcer le contrôle interne, l’audit, l’évaluation des politiques publiques, la circulation de l’information et la responsabilité managériale. Mais cela suppose également de dépasser une culture où le rapport de contrôle constitue parfois l’aboutissement du processus.

Le véritable indicateur de gouvernance devrait être ailleurs : combien de recommandations ont-elles été transformées en actions ? Combien d’actions ont-elles produit des résultats ? Et qui en est responsable ? Cette logique implique une évolution profonde de la culture administrative : passer de l’obligation de moyens à une véritable culture du résultat. La digitalisation peut ici devenir beaucoup plus qu’un outil de modernisation. Les données, les tableaux de bord et l’interconnexion des systèmes peuvent constituer l’infrastructure invisible d’un nouvel État capable de suivre en temps réel l’avancement de ses propres décisions.

 

Quatrième critère : maîtriser le dernier kilomètre

C’est probablement là que se joue la différence entre un gouvernement qui décide et un gouvernement qui transforme. Dans les grands projets publics, le problème n’est pas toujours le financement initial ou même la décision politique. Il apparaît souvent dans le « dernier kilomètre » : études insuffisamment préparées, autorisations, expropriations, marchés publics, coordination entre intervenants, capacités techniques des administrations, suivi des entreprises, réception des travaux.

Le prochain chef du gouvernement devra donc considérer l’exécution comme une discipline à part entière. Chaque projet stratégique devrait avoir un responsable clairement identifié, un calendrier, des jalons, des indicateurs, un budget, une cartographie des risques et une procédure d’escalade permettant de remonter rapidement les blocages au niveau approprié.

Ce qui manque souvent à l’État n’est pas nécessairement l’intelligence stratégique. C’est l’ingénierie du passage à l’acte.

 

Cinquième critère : savoir constituer une équipe

C’est peut-être le critère le plus important – et le moins visible dans les débats sur les personnalités. Aucun chef de gouvernement ne peut maîtriser simultanément l’énergie, l’industrie, les finances publiques, les infrastructures, la diplomatie économique, le numérique, l’agriculture, les affaires sociales et les enjeux territoriaux.

Sa compétence fondamentale doit donc être celle du chef d’orchestre. Il doit savoir choisir des ministres compétents, organiser la coordination interministérielle, déléguer, responsabiliser et surtout faire travailler ensemble des administrations qui ont trop souvent tendance à fonctionner en silos.

Le gouvernement de la prochaine séquence ne devrait donc pas être conçu comme une addition de ministères, mais comme une équipe projet autour de quelques priorités nationales mesurables.

 

Vers un “Government Delivery Office” tunisien ?

Cette évolution pourrait conduire à une innovation institutionnelle simple : créer, au cœur de la Présidence du gouvernement, une structure légère de pilotage de l’exécution – un véritable Government Delivery Office.

Sa mission ne serait pas de remplacer les ministères ni de créer une nouvelle bureaucratie. Elle consisterait à suivre les quelques dizaines de projets et réformes considérés comme prioritaires pour le Plan 2026-2030. Pour chacun d’eux : un responsable, un calendrier, des jalons, des indicateurs, un budget, des risques et un statut.

Vert : avance conformément au calendrier.

Orange : risque nécessitant arbitrage.

Rouge : blocage nécessitant intervention.

Une telle architecture permettrait de déplacer le centre de gravité de l’action gouvernementale : du suivi des décisions vers le suivi des résultats. Le chef du gouvernement disposerait ainsi non pas d’un énième rapport, mais d’un tableau de bord opérationnel lui permettant de savoir où l’État avance, où il ralentit et où il doit intervenir.

 

Le test des cent premiers jours

Le prochain gouvernement pourrait d’ailleurs être évalué sur une base beaucoup plus concrète que celle des déclarations de politique générale. Les cent premiers jours devraient permettre de répondre à quelques questions simples :

– Les priorités nationales sont-elles clairement définies ?

– Les responsables de leur mise en œuvre sont-ils identifiés ?

– Les projets stratégiques disposent-ils d’un calendrier réaliste ?

– Les principaux blocages administratifs ont-ils été cartographiés ?

– Les entreprises publiques et les banques publiques disposent-elles d’objectifs de performance explicites ?

– Un système de suivi interministériel fonctionne-t-il réellement ?

– Et surtout : les premiers résultats sont-ils visibles ?

Cette approche permettrait de réhabiliter une notion essentielle dans la vie publique : la redevabilité. Car une décision sans responsable est une intention. Une décision avec un responsable, mais sans calendrier est une promesse. Une décision avec responsable, calendrier et indicateurs devient un engagement public mesurable.

 

Le véritable casting est celui des compétences

Dans ce contexte, le débat sur les personnalités susceptibles d’accéder à la présidence du gouvernement est secondaire. Ce qui compte est de savoir si le profil retenu répond au cahier des charges de la nouvelle séquence.

Il faudra un profil capable de conjuguer autorité institutionnelle, culture économique, maîtrise administrative, capacité d’arbitrage, compréhension technologique et obsession du résultat. Mais surtout, il faudra un responsable capable de transformer ces qualités individuelles en capacité collective.

Car la Tunisie n’a pas besoin d’un homme providentiel capable de tout faire. Elle a besoin d’un chef de gouvernement capable de faire faire.

La nuance est fondamentale. Le premier cherche à concentrer les réponses. Le second construit une organisation capable de produire les réponses.

Le premier gouvernera par l’injonction. Le second par l’architecture, la responsabilité et la mesure.

 

Après le temps des annonces, celui de la livraison

La prochaine étape de la trajectoire tunisienne ne sera probablement pas gagnée par une nouvelle accumulation de plans, de commissions ou de déclarations. Elle se gagnera dans les détails : une autorisation débloquée, un appel d’offres lancé, un chantier livré, un investissement concrétisé, une entreprise publique redressée, une donnée enfin accessible, une réforme effectivement appliquée.

C’est là que se mesurera la crédibilité du Plan 2026-2030. Et c’est là aussi que se jouera la crédibilité du prochain chef du gouvernement.

 

La Tunisie n’attend peut-être plus un Homme providentiel. Elle attend enfin une architecture d’exécution.

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Elyes Kasri – Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité

05. September 2026 um 16:47

Ce texte déconstruit le dogme de l’intangibilité des frontières coloniales (uti possidetis juris), adopté en 1964 par la jeune Organisation de l’Unité africaine (OUA), en dénonçant son inadéquation morale, démocratique et géopolitique. Conçu pour éviter l’anarchie, ce principe a sacrifié les nations organiques précoloniales au profit d’États-gendarmes oppressifs. L’analyse met en lumière le rôle opportuniste du régime algérien, qui a érigé ce statu quo en outil de domination, bloquant l’Union du Maghreb arabe et déstabilisant son flanc tunisien (trabendo, subversion, chantage migratoire). Face à cette glaciation, l’exigence démocratique s’impose comme l’unique préalable.

Porté par un désir irrépressible de liberté́, le peuple tunisien montre la voie d’une émancipation totale face au carcan de la Conférence de Berlin. En juillet 1964, réuni au Caire sous l’égide de la toute jeune Organisation de l’Unité africaine, le continent a scellé un pacte faustien. Par le principe de l’uti possidetis juris – l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation –, l’Afrique a choisi de figer sa géographie dans les lignes exactes dessinées par l’Europe à la Conférence de Berlin (novembre 1884-février 1885).

Ce choix ne fut pas un élan spontané de justice ou l’expression d’un consensus continental. Il fut le produit de péripéties troubles et de calculs égoïstes qui ont sacrifié le droit des peuples sur l’autel de la conservation du pouvoir. Sept décennies plus tard, ce pragmatisme cynique a épuisé ses vertus d’anesthésiant. Le dogme juridique est devenu un piège. En sanctuarisant les frontières du pillage, l’Afrique a constitutionnalisé une déchirure, ouvrant une crise profonde, à la fois morale, démocratique et géopolitique privant le continent des leviers de la stabilité, de la démocratie et du développement durable.

1 Les coulisses du Sommet du Caire: intérêts égoïstes et parrainage opportuniste

L’adoption de la résolution du Caire en 1964 ne fut pas le consensus harmonieux que décrit l’histoire officielle. Elle fut le théâtre d’affrontements doctrinaux féroces où ont triomphé les calculs patrimoniaux des nouveaux chefs d’État. Face aux thèses panafricaines de Kwame Nkrumah, qui suppliait le continent de briser les chaînes géographiques de Berlin pour unifier les peuples, s’est dressée la coalition des tenants du statu quo, menée par le groupe de Monrovia.

Pour ces dirigeants, la frontière coloniale, bien que reconnue comme un crime, offrait un avantage inestimable. Elle circonscrivait leur nouvelle propriété politique. Elle leur garantissait un monopole souverain sur les populations et les ressources. Dans ces intrigues de couloirs, le régime algérien naissant a joué un rôle crucial et particulièrement intéressé pour officialiser et pérenniser le crime colonial. Fraîchement sorti de sa guerre de libération (dont les péripéties, le nombre de victimes et le cadre juridique auquel a abouti le référendum sur l’autodétermination et les accords d’Evian suscitent une polémique qui n’est pas près de s’estomper), le pouvoir d’Alger – déjà accaparé par le clan militaro-sécuritaire de l’« armée des frontières » – avait une obsession majeure. Il lui fallait sanctuariser juridiquement l’immense territoire saharien, les anciens départements français du Sahara, que la puissance coloniale avait arbitrairement arraché ou grignoté aux royaumes et entités voisins comme la Tunisie, le Maroc et la Libye pour le rattacher à l’Algérie française. Il a renié ainsi avec violence et menace armée la parole donnée par Ferhat Abbas, président du GPRA et le protocole d’accord signé avec le président Habib Bourguiba le 17 juillet 1961.

Ce texte prévoyait noir sur blanc la création d’une commission mixte tuniso-algérienne chargée de redéfinir le tracé frontalier saharien (autour de la borne 233) immédiatement après l’Indépendance. Le GPRA y reconnaissait formellement le préjudice territorial subi par la Tunisie sous l’administration coloniale française. En se faisant le champion ultra-intransigeant de l’intangibilité au Sommet du Caire, le régime algérien n’agissait pas par idéal juridique, mais par pur opportunisme territorial. Alger a cyniquement utilisé la charte de l’OUA pour transformer un hold-up géographique impérialiste en une propriété étatique éternelle et inattaquable. Le crime colonial de Berlin, qui avait spolié les droits historiques des pays limitrophes et brisé les continuités humaines des peuples d’Afrique, s’est trouvé ainsi blanchi, officialisé et pérennisé par ceuxlà mêmes qui prétendaient incarner le fer de lance de la décolonisation.

2 La spoliation territoriale de la Régence: l’Algérie et la Libye comme bénéficiaires du grignotage colonial

Pour comprendre l’enracinement historique du contentieux maghrébin, il importe d’analyser la manière dont la Régence de Tunis, entité politique aux frontières largement reconnues sous l’Empire ottoman, a subi une asphyxie territoriale méthodique sous l’action conjuguée des puissances coloniales. La Tunisie précoloniale exerçait sa souveraineté et percevait l’impôt bien au-delà de ses limites actuelles. Elle englobait des pans entiers du Sahara oriental et des oasis stratégiques connectées aux réseaux transsahariens. L’expansionnisme français en Algérie à partir de 1830 a bouleversé cet équilibre. Considérant l’Algérie comme le joyau de son empire et le Sahara comme un espace d’extraction futur, Paris a procédé à un déplacement unilatéral des bornes vers l’Est. Des portions massives du territoire tunisien historique – notamment les riches zones pastorales et hydrauliques s’étendant du Nefzaoua aux confins du Souf et du Djérid – ont été rattachées administrativement aux départements français d’Algérie par une série de décrets militaires.

La France a édifié ainsi une frontière de pure opportunité minière et énergétique, amputant la Tunisie d’une profondeur stratégique saharienne indispensable. Sur le flanc oriental, face à la Libye, la Tunisie a subi un autre arbitrage impérialiste au profit de l’Empire ottoman puis de l’Italie. Le Traité de Tripoli du 19 mai 1910, imposé sous la contrainte, a formalisé le tracé de la frontière tuniso-libyenne depuis Ras Jedir jusqu’à la région de Ghadamès. Ce texte a arraché à la Tunisie des zones ancestrales de transhumance et d’allégeance tribale, notamment chez les Ouderna, pour satisfaire les ambitions de délimitation de la Sublime Porte, puis les convoitises de la Libye italienne après 1911.

Coincée entre l’Algérie française à l’Ouest et la Libye italienne à l’Est, la Tunisie s’est retrouvée balkanisée, enserrée dans un territoire résiduel et spoliée de ses prolonge- ments géographiques naturels. Les réminiscences du cri de guerre du sénateur romain Caton l’Ancien « Cartago Delenda Est» (234- 149 av. J.-C.) ont contribué au découpage de ce qui a été une puissance méditerranéenne et un rocher sur lequel a échoué la huitième croisade dirigée par le roi de France Louis IX, qui a fini par mourir à Carthage en 1270 et canonisé par le pape Boniface VIII pour devenir Saint Louis en 1297.

 

Il s’agit d’un extrait d’une Tribune d’Elyes Kasri, ancien diplomate qui est disponible dans le mag de l’Economiste maghrébin n° 952 du 26 août au 9 septembre 2026.

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Giorgia Meloni : la recette d’une longévité politique exceptionnelle en Italie

05. September 2026 um 10:01

Elle était arrivée au pouvoir comme le visage de la droite radicale italienne. Quatre ans plus tard, Giorgia Meloni s’est imposée comme le symbole d’une stabilité politique presque inédite dans un pays habitué aux gouvernements éphémères. Comment, diable, cette femme de 49 ans, issue de l’extrême droite, a-t-elle réussi là où tant de premiers ministres italiens se sont cassé les dents ?

 

Le paradoxe est saisissant. L’Italie a longtemps été considérée comme l’incarnation de l’instabilité gouvernementale européenne. Depuis la naissance de la République en 1946, le pays aura connu 68 gouvernements et 31 présidents du Conseil. La durée moyenne d’un gouvernement n’avait guère dépassé quatorze mois. Un record en Europe.

Et pourtant, Giorgia Meloni a réussi l’exploit de maintenir intacte sa coalition depuis son arrivée au Palazzo Chigi en octobre 2022. Le 4 septembre 2026, son gouvernement est devenu le plus durable de l’histoire républicaine italienne, avec plus de 1 413 jours au pouvoir, dépassant ainsi le précédent record détenu par Silvio Berlusconi.

Quelle est la recette de cette longévité hors norme ? Une combinaison de discipline politique, de pragmatisme idéologique et de maîtrise de la communication.

Discipline

Primo : son gouvernement repose sur une alliance pour le moins contre nature entre Fratelli d’Italia, Forza Italia et La Ligue de Matteo Salvini. Un attelage qui, sur le papier, semblait difficile à maintenir sur la durée tant les trois formations, bien qu’issues de la droite, affichent des sensibilités, intérêts et autres stratégies parfois divergents.

Sachant que La Ligue de Salvini a longtemps cultivé une ligne souverainiste et une certaine proximité avec les positions de Vladimir Poutine. Forza Italia, héritière de Silvio Berlusconi, reste davantage attachée à une culture libérale, européenne et atlantiste. C’est pourtant cette coalition hétéroclite que Giorgia Meloni est parvenue à maintenir en équilibre. Une prouesse politique dans un pays où les rivalités au sein des coalitions ont souvent précipité la chute des gouvernements. Et c’est précisément cette capacité à éviter les affrontements existentiels avec ses partenaires qui a permis à la coalition de survivre.

Pragmatisme

Secundo : lorsque Giorgia Meloni accède au pouvoir en 2022, une partie de l’Europe regarde Rome avec inquiétude, voire avec suspicion. Et il y a de quoi : comment composer avec cette nouvelle dirigeante au parcours politique marqué par ses racines post-fascistes, dont l’ascension s’est construite sur un discours souverainiste, une ligne dure sur l’immigration et une critique assumée de certaines orientations de Bruxelles ?

Mais arrivée au pouvoir, la nouvelle présidente du Conseil italien a rapidement compris qu’il fallait rassurer sans renier son identité, gouverner avec ses alliés sans les laisser prendre le dessus, parler aux marchés sans abandonner son électorat et s’imposer à Bruxelles sans entrer en guerre avec l’Europe. Bref, il fallait rassurer trois interlocuteurs essentiels : les marchés financiers, Bruxelles et Washington.

Ainsi, sur le plan financier, même si la croissance reste faible – la Commission européenne prévoit une progression du PIB de seulement 0,5 % en 2026 et 0,6 % en 2027 -, et en dépit d’une dette publique qui demeure extrêmement élevée et devrait atteindre 139,2 % du PIB en 2027, le gouvernement Meloni a réussi à donner aux marchés financiers l’impression d’une certaine discipline budgétaire. Le déficit public devrait passer de 3,1 % du PIB en 2025 à 2,9 % en 2026.

Meloni peut également mettre en avant l’amélioration de l’emploi. Son gouvernement revendique plus d’un million de nouveaux emplois stables depuis son arrivée au pouvoir, même si l’opposition conteste la lecture politique de ces chiffres.

Avec l’Union européenne, elle a adopté une stratégie beaucoup plus pragmatique qu’idéologique. Plutôt que d’affronter frontalement Bruxelles, elle a cherché à peser à l’intérieur du système européen.

Enfin, avec Washington, Giorgia Meloni a réussi à établir une relation privilégiée avec Donald Trump en combinant proximité idéologique, habileté diplomatique et pragmatisme politique ; les deux dirigeants partagent une même sensibilité sur l’immigration, la souveraineté nationale et les valeurs conservatrices… ce qui a rapidement favorisé leur rapprochement.

Meloni a surtout compris qu’avec Trump, la relation personnelle compte autant que les rapports de force diplomatiques. En privilégiant le dialogue et en évitant les affrontements publics, elle a gagné la confiance du président américain sans renoncer pour autant aux intérêts italiens.

Cette proximité sert d’ailleurs les deux dirigeants. Trump voit en Meloni une alliée européenne fiable et capable de parler à Bruxelles. Meloni, elle, utilise son accès privilégié à Washington pour renforcer le poids de l’Italie sur la scène européenne.

Maîtrise de la communication

Tertio : Giorgia Meloni a fait de la communication une véritable arme politique. Son premier atout ? Un langage simple, direct et facilement identifiable, qui lui permet de parler à son électorat sans passer par les codes traditionnels de la politique.

Elle soigne également son image, cultivant une proximité calculée avec les Italiens, tout en multipliant les apparitions sur les réseaux sociaux. Meloni sait surtout imposer ses propres thèmes et transformer chaque prise de parole en séquence politique. Même lorsqu’elle est critiquée, elle cherche à reprendre l’initiative et à occuper l’espace médiatique. Une stratégie qui lui permet de rester visible, lisible et politiquement incontournable. Du grand art.

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Nostalgies : Un piéton dans sa ville décharnée

05. September 2026 um 09:47

Mes déambulations en ville m’ont amené jusqu’au passage Bénévent, une longue allée qui relie la rue Amilcar et la rue Charles de Gaulle. Autant le dire sans tarder : ce passage fut longtemps un aimant pour les enfants de ma génération qui venaient y lécher les vitrines de Baby, le plus magnifique magasin de jouets de Tunis. L’enseigne est toujours là avec ses quatre lettres qui se détachent et invitent à découvrir les vitrines de toutes les tentations.

Baby est aux gamins ce qu’Au Bonheur des dames est aux midinettes. On y trouvait soldats de plomb et voitures en miniature, jeux de chevaux et figurines des Sept familles, panoplie de Zorro et étoiles de shérif, boules puantes et fluide glacial. Dire que je divague aujourd’hui encore à l’orée de ce repaire où je me souviens avoir joué à Robin des bois, au chevalier Bayard,aux Trois mousquetaires et
aux pirates de l’île au trésor !

Nous avons tous une histoire avec les jouets : ils disent un peu de ce que nous sommes et racontent les serpents qui nous hantent. Les vitrines rutilantes de l’enfance sont inoubliables, surtout lorsqu’un train électrique y repasse sans cesse sur des rails articulés, roulant vers des gares imaginaires. Je me demande encore si le jour où j’ai détruit la locomotive et les wagons du train qui avait accompagné mes tendres années, marquait un passage, un moment de bascule, une nouvelle porte qui s’ouvrait au sortir de l’enfance.

Paradoxalement, la manière de tunnel qui mène jusqu’à Baby est bouché. Le passage n’en est plus un depuis qu’il s’est transformé en impasse. Devrais-je y voir un quelconque symbole ou extrapoler en utilisant ce prétexte ? Peu importe au fond car les petits pas qui ont emprunté le passage amputé puis fait demi-tour, me semblent suffisants pour l’anamnése d’un piéton cueillant des souvenirs dans une ville décharnée.

Car il reste peu de vestiges de ces banlieues de l’enfance. Les immenses vitrines du magasin Narraci ont changé de visage, les libraires Bonici et Jeanne d’Arc ont disparu, la chocolaterie Castagna a comme fondu, le liftier nain du Magasin général n’est plus là, l’escalator du Monoprix est immobile, le parfumeur ne s’appelle plus Kolsi et la Pâtisserie viennoise n’est plus qu’une fragrance du passé. Qu’ajouter sinon que d’Amilcar à Charles de Gaulle, on ne passe plus !

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TRIBUNE – De Beijing à nos classes : la Tunisie peut-elle enfin exécuter ce qu’elle signe ?

05. September 2026 um 09:00

Dans la continuité de notre analyse sur la gouvernance macroéconomique du capital humain en Tunisie et les impératifs du Conseil supérieur de l’éducation, la question de la mise en œuvre se pose désormais avec une acuité redoublée.

Du 17 au 22 août 2026, le ministre de l’Éducation était à Beijing, en Chine. A cet effet, il a participé au Global Smart Education Conference, visité des établissements d’enseignement d’avant-garde et signé des accords avec des géants technologiques dont Huawei. Au moment où ces lignes sont écrites, le ministre est de retour en Tunisie. Les protocoles sont paraphés. Les photos ont été prises. Mais la vraie question commence maintenant : que va-t-il se passer dans nos classes ?

 

Du diagnostic à l’institutionnalisation : en finir avec onze ans d’immobilisme

Le pays n’attend plus de constats. Comme le rappelait récemment l’Association tunisienne des parents et des élèves, la priorité absolue que l’on est en droit d’attendre des instances décisionnelles n’est pas un énième rapport d’intention, mais l’institutionnalisation effective de la réforme et la refonte d’un cadre juridique hérité qui s’essouffle. L’école publique tunisienne souffre d’un mal profond : elle a cessé d’être ce garant universel de la gratuité, de l’équité et de l’égalité des chances.

Pendant que les ministères s’enlisent dans des cycles de réformes proclamées depuis plus de onze ans sans qu’aucun progrès mesurable ne soit enregistré – laissant l’édifice figé dans son immobilisme -, la mise en œuvre se heurte toujours au même mur.

La Chine, elle, a mis trente ans à construire ce que le ministre a visité en cinq jours. Elle a commencé par former ses enseignants avant d’acheter des tableaux numériques. Elle a conçu ses propres contenus pédagogiques avant d’installer des applications. Elle a produit ses propres données sur les apprentissages avant d’alimenter ses algorithmes.

Ce n’est pas un hasard si la Chine est aujourd’hui le premier pays au monde en nombre d’élèves utilisant des outils d’intelligence artificielle dans leur apprentissage quotidien. C’est le résultat d’une décision prise il y a une génération : traiter l’éducation non pas comme un service administratif à gérer, mais comme un investissement stratégique à piloter par les résultats. La Tunisie, de son côté, accumule les protocoles internationaux. Le problème n’est pas l’absence de partenaires — c’est l’absence de capacité à transformer les signatures en réalités de terrain.

 

L’intelligence artificielle dans nos écoles – de quoi parle-t-on vraiment ?

Quand on parle d’intelligence artificielle dans l’éducation, on ne parle pas de robots dans les classes. On parle d’outils concrets et accessibles : un programme informatique qui détecte qu’un élève en difficulté a besoin d’exercices adaptés à son niveau, plutôt que de le laisser décrocher en silence ; un système qui aide un enseignant surchargé à identifier les lacunes de sa classe sans qu’il ait à tout corriger manuellement chaque soir.

Ces outils existent. Ils fonctionnent. Ils sont utilisés au Maroc, en Égypte, en Arabie Saoudite et — massivement — en Chine. Ce qu’ils exigent n’est pas un budget faramineux, mais trois exigences fondamentales : des enseignants formés à la pédagogie numérique, des connexions internet stables dans les établissements et une organisation administrative capable de déployer et d’auditer leur impact.

Sur ces terrains, le chemin reste long. Moins de 30 % des établissements publics disposent d’une connexion internet stable. La formation continue représente une portion congrue du budget et les indicateurs de suivi des apprentissages restent largement collectés à la main, sans centralisation analytique.

 

Le vrai problème : nous excellons à planifier, nous peinons à livrer

La Tunisie n’a pas besoin d’un nouveau rapport. Elle a besoin d’une chose simple et difficile à la fois : exécuter ce qu’elle a déjà décidé en partant des fondamentaux du cycle primaire et en articulant une vision continue.

Cette incapacité chronique à transformer les décisions en réalisations, c’est ce qu’appelle notre cadre d’analyse la dette d’exécution. Elle n’apparaît dans aucun budget, mais son coût est mesurable : chaque année de retard est une cohorte d’élèves qui arrive sur le marché avec des compétences inadaptées.

Le Conseil supérieur de l’éducation et les directions régionales doivent aujourd’hui répondre à une exigence de calendrier : quel est le plan concret, assorti de responsables nommés et de jalons temporels stricts, pour que les accords signés à Beijing produisent un changement observable dans une classe de Médenine ou de Jendouba d’ici 2027 ?

 

Ce que le partenariat avec Huawei doit – et ne doit pas – être

Huawei est un fournisseur de technologie, pas un réformateur de système éducatif. Un partenariat technologique peut fournir des équipements et des plateformes, mais il ne peut pas, à lui seul, former les maîtres à la pédagogie différenciée ni insuffler une culture de la performance.

Le risque, si l’on n’y prend garde, est le « vernis numérique » : des tablettes et des tableaux interactifs installés dans des classes où les enseignants n’ont pas été préparés, pour un coût public élevé qui ne change rien à la substance des apprentissages.

 

La vraie mesure du succès

Dans dix-huit mois, le succès de la visite ministérielle ne se mesurera pas au nombre de protocoles paraphés. Il se mesurera à des faits : combien d’élèves bénéficient d’un apprentissage adaptatif ? Combien d’enseignants ont reçu une formation réelle ?

Ce sont ces indicateurs d’exécution qui diront si Beijing fut un tournant ou une escale de plus dans la longue liste des voyages officiels sans lendemain.

Le matériel vient de Chine. L’exécution, elle, doit venir de nous.

 

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Les analyses et propos contenus dans cette tribune n’engagent que l’auteur.

 

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TRIBUNE – Crédit d’honneur : le vrai test commence maintenant

04. September 2026 um 16:30

Le crédit d’honneur a désormais son cadre. Il lui reste à démontrer qu’il peut devenir une politique publique efficace. C’est toute la différence entre adopter une mesure et réussir une réforme. 

Le décret n°2026-148 du 23 juillet 2026 a posé les bases du dispositif. La Banque centrale de Tunisie vient d’en préciser les modalités opérationnelles. À partir du 1er octobre, les demandes devront notamment passer par une plateforme numérique, avec des exigences de traçabilité et de reporting.

Sur le papier, le dispositif est donc balisé. Mais c’est précisément maintenant que commence le plus difficile. Car le crédit d’honneur porte une contradiction qu’aucun texte réglementaire ne peut, à lui seul, résoudre : comment faciliter l’accès au financement tout en demandant aux banques d’assumer un risque qui n’est plus couvert par les mécanismes traditionnels de garantie ?

La question n’est pas théorique. Les banques devront consacrer au moins 8 % de leur bénéfice net de l’exercice précédent à cette ligne de financement. Les crédits sont accordés sans intérêts et sans garanties, avec des plafonds pouvant atteindre 5 000 dinars pour les particuliers, 10 000 dinars pour les petits projets et 25 000 dinars pour les PME et les sociétés communautaires.

L’intention est claire : desserrer le verrou du financement. Mais supprimer la garantie ne supprime pas le risque. Il le déplace. Et c’est précisément là que se jouera la réussite ou l’échec du dispositif. Le risque n’est pas l’ennemi. Le risque mal organisé l’est. Dans le débat économique, la tentation est grande de s’arrêter au constat.

 

Lire aussi : La BCT détaille les aspects opérationnels des « crédits sur l’honneur »

 

Pas de garanties ? Risque de défaut. Taux zéro ? Coût pour les banques. Enveloppe limitée ? Risque de frustration. Décision laissée aux établissements ? Risque d’inégalités de traitement.

Toutes ces interrogations sont légitimes. Mais elles ne constituent pas, à elles seules, un verdict. Un risque identifié n’est pas un échec. C’est un problème d’ingénierie. C’est ici que le débat doit changer de niveau.

Si la garantie matérielle disparaît, il faut renforcer la qualité de l’analyse du projet et de la capacité de remboursement. Si les banques conservent leur pouvoir d’appréciation, il faut garantir un socle commun de critères afin que l’égalité d’accès ne reste pas seulement une égalité devant une plateforme numérique.

Si le taux est nul pour le bénéficiaire, il faut clarifier la répartition du coût économique du dispositif. Et si l’enveloppe initiale apparaît insuffisante, il faut commencer par mesurer la demande réelle, les taux de transformation et la capacité de remboursement avant de conclure qu’il faut nécessairement augmenter les ressources.  Autrement dit : les difficultés annoncées doivent devenir le cahier des charges de l’exécution.

 

Le paradoxe du zéro pour cent

Un crédit à 0 % n’est gratuit que pour celui qui l’emprunte. Pour celui qui le finance, il mobilise des ressources, du personnel, des systèmes d’information, des processus de contrôle et, surtout, du capital exposé au risque. Dans un environnement monétaire où le TMM évolue autour de 7 %, cette réalité ne peut être évacuée.

Mais faut-il pour autant considérer le crédit d’honneur comme économiquement incohérent ? Pas nécessairement. La vraie question est ailleurs : quel est le coût de cette politique publique, qui le porte et quelle valeur économique et sociale produit-elle en retour ?

Si le crédit d’honneur permet à un porteur de projet jusque-là exclu du financement traditionnel de créer une activité viable, de générer des revenus, des emplois et, demain, d’intégrer le circuit bancaire classique, son rendement ne se mesure évidemment pas uniquement à la marge bancaire.

Encore faut-il être capable de le mesurer. C’est ici que la réforme peut devenir beaucoup plus intéressante qu’un simple mécanisme de financement.

 

Passer de la plateforme numérique au véritable logiciel de décision

La digitalisation constitue une avancée. Mais elle ne doit pas être confondue avec la transformation. Mettre une demande en ligne ne suffit pas à digitaliser un processus.

Le véritable test se situe derrière l’écran : comment le dossier est-il analysé ? Comment le risque est-il évalué ? Comment les décisions sont-elles comparées ? Comment les délais sont-ils suivis ? Comment les refus sont-ils expliqués ? Et surtout, comment les résultats sont-ils exploités pour améliorer le système ?

La plateforme numérique prévue par la BCT ne doit donc pas être considérée comme une simple interface. La véritable digitalisation doit concerner toute la chaîne : de la demande à la décision, de la décision au décaissement, puis du décaissement au suivi et au remboursement.

La donnée devient alors un actif stratégique. La Tunisie pourrait progressivement disposer d’un tableau de bord consolidé permettant de suivre les demandes, les décisions, les délais, les motifs de refus, les décaissements, les remboursements et les impayés. Ce ne serait pas une nouvelle couche administrative. Ce serait, au contraire, l’utilisation intelligente d’une information que le dispositif produit déjà.

Cette donnée aurait une autre vertu : elle permettrait de dépasser les perceptions. Combien de projets ont été financés ? Combien ont réellement démarré ? Combien ont survécu ? Combien ont remboursé ? Où les refus sont-ils concentrés ? Quels critères produisent les meilleurs résultats ? Voilà les questions qui permettront de juger la réforme. Pas les intentions. Pas les procès d’intention. Les données.

 

Lire également : Prêt d’honneur – Abderrazak Houas : « le plafond de 25 000 dinars « très faible » pour les PME »

 

Le véritable risque serait de sélectionner les moins risqués

Il existe un paradoxe plus profond. Le crédit d’honneur vise précisément ceux qui rencontrent des difficultés pour accéder au financement traditionnel. Or, plus le risque bancaire est difficile à couvrir, plus la tentation peut être forte de sélectionner les dossiers présentant le moins d’incertitude. On pourrait alors aboutir à une situation absurde : un dispositif conçu pour élargir l’accès au financement finirait par privilégier ceux qui en ont déjà le meilleur accès.

C’est pourquoi l’égalité ne doit pas seulement être procédurale. Elle doit être économique. Cela ne signifie évidemment pas financer l’irréalisable. Cela signifie construire de meilleurs instruments pour distinguer le risque acceptable du risque simplement inconnu. Cette distinction pourrait devenir l’une des principales innovations du dispositif.

 

Faire du crédit d’honneur un laboratoire

C’est finalement ici que se trouve peut-être son potentiel le plus intéressant. Le crédit d’honneur peut rester une mesure ponctuelle destinée à répondre à une difficulté d’accès au financement. Ou il peut devenir un laboratoire de transformation du système financier tunisien.

Un laboratoire où l’on expérimente de nouveaux modèles d’évaluation du risque, de nouvelles formes d’accompagnement, une utilisation plus intelligente de la donnée et une articulation différente entre financement public, banques et entrepreneurs.

À une condition : accepter de mesurer les résultats et de corriger les mécanismes. Il faudra donc résister à deux réflexes. Celui qui consiste à présenter le crédit d’honneur comme une solution miracle. Et celui qui consiste à considérer les risques identifiés comme la preuve qu’il ne pourra pas fonctionner.

Entre l’angélisme et le scepticisme systématique, il existe une troisième voie : l’expérimentation rigoureuse. Une réforme peut être ambitieuse sans être naïve. Une banque peut être prudente sans être paralysée. L’État peut soutenir la prise de risque sans transférer aveuglément le risque au système bancaire. Mais cela suppose une architecture.

 

Le véritable test

Le crédit d’honneur ne sera donc pas jugé sur le nombre de textes adoptés. Il ne sera pas davantage jugé sur le nombre de plateformes mises en ligne. Il sera jugé sur ce qui se passera après. Combien de projets auront effectivement obtenu leur financement ? Combien auront créé une activité viable ? Combien auront remboursé ? Combien auront accédé ensuite au crédit classique ? Combien de corrections auront été apportées lorsque les premiers résultats auront révélé des failles ?

C’est là que se trouve le véritable indicateur de maturité d’une politique publique. La Tunisie n’a pas seulement besoin de décisions. Elle a besoin d’un nouveau logiciel d’exécution. Le crédit d’honneur peut être l’un des premiers terrains où ce logiciel sera réellement testé : une décision publique transformée en processus numérique, un risque transformé en donnée, une donnée transformée en décision, et une décision corrigée par l’expérience.

 

Le véritable crédit d’honneur ne sera donc pas celui qui promet du financement à zéro pour cent. Ce sera celui qui démontrera que la Tunisie sait désormais transformer une bonne intention en politique publique apprenante, mesurable et durable. Car, au bout du compte, le vrai coût d’une réforme n’est pas celui de ses imperfections initiales. C’est celui d’une réforme incapable d’apprendre de ses propres résultats.

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Face à un Occident fragilisé, la Chine à la conquête d’un nouvel ordre mondial

03. September 2026 um 10:37

À Bichkek, Xi Jinping veut transformer l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en vitrine d’un monde qui entend s’affranchir de la tutelle occidentale. La grande bascule vers l’Est est néanmoins déjà engagée.

 

C’est désormais le président chinois, Xi Jinping, qui mène la danse. À Bichkek, capitale du Kirghizistan, où s’est tenu, du 31 août au 1er septembre, le 25ᵉ sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), Xi Jinping soigne sa mise en scène diplomatique. Sur la traditionnelle « photo de famille », le président chinois apparaît aux côtés du président russe Vladimir Poutine, du PM indien Narendra Modi, du président iranien Masoud Pezeshkian, du président turc Recep Tayyip Erdogan, et de plusieurs dirigeants d’Asie centrale.

Le « Sud global Vs l’Occident »

L’image n’a rien d’anodin. Pékin entend en faire la vitrine d’un « Sud global » de plus en plus affirmé face à l’Occident. Réunis au sein de l’OCS, ces pays représentent à eux seuls près de 40 % de la population mondiale, mais derrière cette photographie soigneusement orchestrée, se dessinent les contours d’un ordre international alternatif aux organisations alignées sur l’Occident telles que le G7, dans lequel Pékin entend occuper une place centrale et contester la prééminence occidentale. Mais en a-t-il les moyens ?

Petit retour sur la Seconde Guerre mondiale. Au lendemain de ce conflit dévastateur, les États-Unis se retrouvent au cœur de la refondation de l’ordre international. Washington prend alors les commandes d’une nouvelle architecture mondiale, avec la création du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale et de l’Organisation des Nations unies (ONU), avant de consolider son dispositif stratégique avec la naissance de l’OTAN en 1949.

Dans le même temps, le plan Marshall devient l’un des principaux instruments de la puissance américaine. En finançant massivement la reconstruction et le redressement économique de l’Europe dévastée par la guerre, Washington ne se contente pas de contribuer à sa renaissance mais à arrimer durablement le continent au camp occidental et poser, in fine, les fondations de l’ordre international dominé par les États-Unis.

Contre-offensive

Pour contester l’ordre mondial façonné sous l’égide du camp occidental, les pays de l’OCS ont cherché, à Bichkek, à poser les premières pierres d’une architecture alternative. L’ambition ne se limite plus aux déclarations politiques mais se traduit désormais par des projets concrets. Les membres de l’organisation discutent notamment de la création d’une banque commune et de la mise en place de grandes artères commerciales destinées à redessiner les routes du commerce eurasiatique.

Parmi ces projets figure un corridor de plus de 7 000 kilomètres reliant Saint-Pétersbourg à Mumbai via l’Iran. En contournant une partie des voies commerciales traditionnelles, cette nouvelle route entend réduire la dépendance aux infrastructures dominées par l’Occident et renforcer les échanges entre les puissances émergentes d’Eurasie.

Faiblesse stratégique

Reste une question de taille. Dans cette recomposition de l’ordre international, la Chine est-elle en mesure d’offrir un parapluie sécuritaire aux membres de l’OCS ?

Certes, l’Empire du Milieu possède désormais la première flotte militaire mondiale en nombre de bâtiments et accélère le développement de son arsenal nucléaire. Mais derrière cette démonstration de puissance subsiste une faiblesse stratégique majeure : avec une seule véritable base permanente à l’étranger (à Djibouti en l’occurrence), son réseau militaire extérieur demeure extrêmement limité.

Bascule géopolitique

Mais au-delà de la capacité ou non du géant chinois d’assurer son rôle de superpuissance militaire rivale des Américains, le monde aura surtout assisté, en l’espace d’une génération, à une véritable bascule géopolitique.

Ainsi, les rapports de force économiques ont été profondément bouleversés. En 1990, l’économie européenne pesait près de 18 fois celle de la Chine. Aujourd’hui, les deux économies sont quasiment de la même taille. Et à l’horizon 2050, selon les projections, l’Europe pourrait ne plus représenter que la moitié du poids économique chinois.

Pis. En trente ans, la Chine et l’Inde ont vu leur influence dans l’économie mondiale exploser, tandis que celle de l’Europe reculait inexorablement. Et cette bascule ne semble pas près de s’arrêter. L’Inde forme désormais une masse considérable d’ingénieurs et de spécialistes des technologies, la Chine s’est imposée comme l’atelier industriel de la planète, Singapour comme l’une des grandes places financières mondiales. Quant au commerce maritime, près des deux tiers des échanges internationaux passent désormais par l’Asie.

Autrement dit, le centre de gravité de l’économie mondiale s’est déplacé vers l’Est. La Chine n’a peut-être pas encore les moyens d’offrir au monde le parapluie sécuritaire américain. Mais sur le terrain économique, industriel, technologique et commercial, le basculement est déjà largement engagé.

Déclin et décadence

C’est cette bascule historique que Xi Jinping entend désormais fédérer, au moment même où l’Occident doute, se divise et voit son influence s’éroder. Une image résume à elle seule cette fragilité occidentale, celle d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, contrainte de négocier avec Donald Trump, sur son propre terrain de golf écossais de Turnberry, les nouveaux droits de douane américains imposés à l’Europe. Une scène qui en dit long sur le nouveau rapport de force entre Washington et Bruxelles.

Et comme pour enfoncer le clou, ce constat sans concession de Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne : « Pendant des années, l’Union européenne a cru que son poids économique, avec 450 millions de consommateurs, lui conférait un pouvoir géopolitique et une influence dans les relations commerciales internationales. Cette année restera comme celle où cette illusion s’est dissipée ». Une phrase qui sonne comme un véritable acte de décès d’une illusion européenne, celle de croire que la puissance économique suffit, à elle seule, à garantir le poids géopolitique.

Au final, pour Pékin, le moment est donc idéal. La Chine veut apparaître non plus seulement comme « l’usine du monde » ou la deuxième puissance économique de la planète, mais comme l’épicentre d’un monde qui ne veut plus forcément graviter autour de Washington.

 

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Mutinerie à Niamey : pourquoi Alger se porte-t-il au secours du régime nigérien ?

01. September 2026 um 14:50

Pour la première fois, l’Algérie a déployé dimanche 30 août 2026 des avions de combat au Niger après qu’une mutinerie contre la junte a été déjouée la veille à Niamey. En affichant son soutien aux autorités nigériennes, l’Algérie cherche en réalité à stabiliser ses frontières sud et surtout lutter contre les groupes djihadistes au Niger et au Sahel.

L’envoi de quatre Su-30 avec leurs équipages à Niamey relève-t-il d’un simple soutien politique ou marque-t-il une évolution de la doctrine militaire algérienne ? Selon le ministère algérien de la Défense, ce déploiement intervient « à la demande des autorités du Niger  » et vise à soutenir l’armée du pays « face à la tentative de déstabilisation ».

Mais, selon les experts militaires, il s’agit d’une décision inédite pour l’Algérie qui, pour la première fois de son histoire, a envoyé des avions de combat, avec leurs équipages, dans un pays étranger.

En effet, quatre Sukhoï Su-30, un avion de transport militaire Il-76 et un avion ravitailleur Il-78  fournis par l’Algérie ont atterri dimanche 30 août à Niamey, capitale du Niger, au lendemain d’une mutinerie déjouée par le régime militaire avec l’appui de son partenaire russe et une semaine après la visite à Alger du Premier ministre malien.

Selon les autorités nigériennes, ces équipements viennent compléter les quatre hélicoptères algériens livrés le dimanche 9 août, soit deux Mi-171 et deux Mi-24. Niamey considère cet appui comme un « soutien stratégique » de l’Algérie aux Forces armées nigériennes, alors que le Niger reste confronté à la menace djihadiste et à des tensions internes.

Mutinerie

Rappelons le contexte de ce fait inédit. Le Niger vient de traverser l’une des crises les plus sérieuses depuis le coup d’État de juillet 2023. Dans la nuit du 28 au 29 août 2026, des militaires, notamment de jeunes officiers des forces spéciales, ont tenté de renverser le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au pouvoir. Les mutins ont attaqué simultanément le palais présidentiel et la base aérienne 101, située dans l’enceinte de l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey. Ils ont également tenté de prendre le contrôle de la télévision publique.

Or, lorsque les mutins ont pris le contrôle de la base aérienne 101, les forces loyalistes se sont retrouvées face à un problème majeur : plusieurs unités de l’armée auraient hésité à donner l’assaut contre leurs propres frères d’armes. La garde présidentielle est restée le principal soutien de Tiani.

Le jeu trouble de Moscou

C’est dans ce contexte que les Russes de l’Africa Corps, présents précisément sur cette base, sont entrés en action. Environ 200 éléments russes auraient participé à la reconquête de la base aux côtés des forces nigériennes loyalistes.

Selon Reuters, les forces russes auraient notamment utilisé des drones kamikazes contre les positions des mutins, contribuant à leur reddition.

A noter que jusqu’ici, la Russie se présentait essentiellement comme un partenaire sécuritaire du Niger, son rôle se limitant à la  fourniture d’équipements, formation, présence et soutien dans la lutte contre les groupes jihadistes. Mais cette fois, les Russes sont intervenus pour sauver directement un régime militaire menacé par une rébellion interne.

Ainsi, le régime de Tiani, arrivé lui-même au pouvoir par un coup d’État en 2023, a désormais recours à une force étrangère pour empêcher qu’un autre coup d’État ne réussisse.

Pour rappel, après avoir rompu avec la France et éloigné progressivement les partenaires occidentaux, le Niger s’est tourné vers Moscou. Le Mali et le Burkina Faso ont suivi une trajectoire comparable. Les trois pays ont créé l’Alliance des États du Sahel (AES). Et en contribuant à sauver militairement le régime de Tiani, la Russie de Poutine démontre aux militaires au pouvoir au Sahel qu’elle peut offrir quelque chose que les partenaires occidentaux ne proposaient pas, à savoir une protection directe du régime lorsque celui-ci est menacé.

Enjeu géostratégique

Reste la question essentielle : pourquoi l’Algérie a-t-elle choisi de soutenir le régime Tiani ? D’abord, pour sécuriser sa propre frontière. En effet, pour l’Algérie qui partage une longue frontière avec le Niger, un effondrement du régime de Tiani ou une nouvelle prise de pouvoir militaire dans un pays déjà confronté aux groupes jihadistes pourrait provoquer une déstabilisation supplémentaire de toute la bande sahélienne. Alger, qui veut donc avant tout éviter le scénario du chaos à sa frontière méridionale, préfère un régime militaire stable, même contesté, à un Niger plongé dans une guerre entre factions militaires.

Ensuite, empêcher une victoire des jihadistes. Le Niger est devenu l’un des principaux foyers de l’insurrection jihadiste au Sahel. Les attaques contre l’armée se multiplient et constituent précisément l’une des causes du mécontentement qui a provoqué la mutinerie. Or, pour Alger, une chute de Tiani dans ces circonstances pourrait créer un vide sécuritaire dont profiteraient immédiatement les groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique.

Enfin, Alger cherche à récupérer son influence au Sahel. En effet, pendant plusieurs années, l’Algérie a vu son influence régionale reculer au profit de la Russie, notamment après les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Or, depuis quelques mois, Alger et Niamey ont entrepris un rapprochement. En février 2026, Tiani s’est rendu en Algérie et les deux pays ont annoncé le renforcement de leur coopération sécuritaire.

Pour conclure, le soutien apporté à Tiani au moment où son pouvoir était menacé peut donc être interprété comme un investissement géopolitique. Ainsi, l’Algérie montre qu’elle entend redevenir un acteur incontournable du Sahel. Surtout, elle ne veut pas laisser Moscou monopoliser le Sahel. Sauf que, ironie du sort, Moscou et Alger, deux puissances rivales au Sahel, se retrouvent momentanément du même côté pour empêcher la chute de Tiani !

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TRIBUNE – Tunisie-Allemagne: de la coopération à la coproduction, le nouveau pacte de souveraineté

31. August 2026 um 12:58


La visite à Tunis du ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, intervient dans une séquence particulièrement significative pour les relations tuniso-allemandes. À l’occasion du 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, cette visite, comprenant une délégation économique, intervient avec un agenda qui dépasse largement le cadre diplomatique traditionnel : commerce, investissements, chaînes d’approvisionnement, énergie, innovation et coopération technologique.

Ces signaux méritent d’être lus au-delà du calendrier diplomatique. Ils posent une question stratégique à la Tunisie : comment transformer une relation de coopération déjà dense en une relation de coproduction créatrice de valeur, de compétences et de souveraineté ?

La relation industrielle tuniso-allemande constitue déjà un actif considérable. La Tunisie est devenue un maillon des chaînes de valeur européennes, notamment dans les industries mécaniques et électriques et dans les composants automobiles. Pour l’Allemagne, la sécurisation de ces chaînes d’approvisionnement devient d’autant plus importante que les entreprises européennes évoluent dans un environnement marqué par les tensions géopolitiques, les ruptures logistiques et la nécessité de rapprocher certaines productions de leurs marchés.

Mais cette interdépendance peut être regardée de deux manières. La première consiste à considérer la Tunisie comme une plateforme compétitive permettant à l’industrie européenne de sécuriser certains approvisionnements. La seconde, plus ambitieuse, consiste à faire de la Tunisie un partenaire industriel capable de monter progressivement dans la chaîne de valeur.

 

Cette interdépendance peut être regardée de deux manières. La première consiste à considérer la Tunisie comme une plateforme compétitive permettant à l’industrie européenne de sécuriser certains approvisionnements.

 

C’est cette deuxième voie qu’il faut désormais privilégier. La souveraineté économique ne signifie pas produire seul ce que l’on peut produire avec les autres. Dans une économie mondiale interdépendante, une telle ambition serait à la fois coûteuse et illusoire. Elle consiste plutôt à disposer de suffisamment de compétences, d’ingénierie et de capacités industrielles pour que l’interdépendance fonctionne dans les deux sens.

Il ne s’agit donc pas de demander à l’Allemagne de renoncer à ses intérêts, ni à la Tunisie de rompre avec ses partenaires historiques. Il s’agit de franchir progressivement les différents étages de la chaîne de valeur : de la production à l’industrialisation, de l’industrialisation à l’ingénierie, puis de l’ingénierie à la recherche, au développement et à la conception. Cette montée en gamme ne se décrète pas. Elle se construit par des investissements, des formations, des partenariats industriels et des projets communs de recherche et développement.

L’Industrie 4.0 comme nouveau terrain de coopération

Cette évolution est d’autant plus nécessaire que l’industrie mondiale change de nature. L’automatisation, l’intelligence artificielle, la robotique, l’analyse des données et la maintenance prédictive redessinent progressivement les chaînes de production.

La question n’est donc plus seulement de savoir combien de composants peuvent être produits en Tunisie. Elle est de savoir quelle part de l’intelligence industrielle de ces composants peut être conçue, développée et maîtrisée en Tunisie.

C’est ici que le partenariat avec l’Allemagne peut changer d’échelle. Des programmes conjoints de formation, des laboratoires de R&D, des centres d’ingénierie industrielle, des plateformes de test et des projets communs dans l’IA appliquée à l’industrie permettraient de créer une valeur beaucoup plus durable qu’une simple extension de capacités de production.

La Tunisie dispose pour cela d’un atout majeur : son capital humain. La présence de milliers de jeunes Tunisiens en Allemagne constitue un pont naturel entre les deux économies. Ce capital humain ne doit pas être considéré uniquement sous l’angle de la mobilité. Il peut devenir une infrastructure invisible de la coproduction tuniso-allemande.

 

La présence de milliers de jeunes Tunisiens en Allemagne constitue un pont naturel entre les deux économies. Ce capital humain ne doit pas être considéré uniquement sous l’angle de la mobilité.

 

De la fuite des compétences à la circulation des compétences

La mobilité internationale des compétences n’est pas nécessairement une perte pour la Tunisie. Elle le devient lorsque le pays ne parvient pas à organiser les passerelles permettant aux compétences expatriées de continuer à contribuer à son économie. L’objectif ne devrait donc pas être de retenir artificiellement tous les talents, mais de créer les conditions d’une circulation productive des compétences : projets communs, laboratoires de recherche, missions d’expertise, investissements, enseignement, création d’entreprises et réseaux professionnels transnationaux.

Un ingénieur tunisien travaillant en Allemagne peut contribuer à un projet industriel en Tunisie. Un chercheur tunisien installé en Allemagne peut participer à un laboratoire commun à Tunis. Une entreprise allemande peut installer en Tunisie une unité de R&D plutôt qu’une simple unité de production. Une université tunisienne peut développer avec son partenaire allemand des formations directement alignées sur les besoins de l’Industrie 4.0. C’est cette logique qu’il faut encourager.

Le capital humain tunisien à l’étranger ne doit pas être uniquement une perte statistique. Il peut devenir un réseau économique, scientifique et technologique transnational.

L’énergie : ne pas reproduire le modèle de l’exportation brute

Le deuxième grand chantier est énergétique. La coopération autour des énergies renouvelables et des connexions énergétiques méditerranéennes ouvre des perspectives considérables pour les deux pays. Pour la Tunisie, cette perspective est stratégique. Mais elle doit être abordée avec une doctrine claire. Il serait réducteur d’opposer exportation d’énergie verte et souveraineté énergétique. La question n’est pas de choisir entre les deux, mais de déterminer comment les articuler.

Une partie de l’avantage énergétique tunisien doit pouvoir contribuer à réduire le coût et l’empreinte carbone de notre industrie, tandis que l’exportation peut apporter les devises et les investissements nécessaires au financement de cette transformation.

L’énergie verte doit donc devenir non seulement un produit d’exportation, mais également un avantage industriel territorial. Une usine tunisienne capable de produire avec une énergie compétitive et décarbonée devient elle-même un actif stratégique dans les chaînes de valeur européennes.

 

La souveraineté énergétique et l’intégration européenne ne sont donc pas nécessairement contradictoires. Elles peuvent se renforcer mutuellement, à condition que la Tunisie ne se contente pas de fournir l’énergie,…

 

La souveraineté énergétique et l’intégration européenne ne sont donc pas nécessairement contradictoires. Elles peuvent se renforcer mutuellement, à condition que la Tunisie ne se contente pas de fournir l’énergie, mais utilise cette énergie pour transformer son propre appareil productif.

De la coopération technologique à la souveraineté numérique

Cette même logique vaut pour le numérique. La future relation tuniso-allemande ne devrait pas seulement porter sur les infrastructures physiques ou les échanges industriels. Elle doit également intégrer la donnée, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et les systèmes numériques industriels.

C’est probablement ici que se trouve l’un des espaces les plus prometteurs de coopération. La Tunisie peut devenir davantage qu’une plateforme industrielle proche de l’Europe. Elle peut devenir une plateforme d’ingénierie et de services technologiques euro-africaine.

L’enjeu est de passer progressivement du « made in Tunisia » au « engineered in Tunisia ». Cette évolution serait particulièrement cohérente avec l’ambition de faire de la Tunisie un trait d’union entre les deux rives de la Méditerranée et entre l’Europe et l’Afrique.

Passer du partenariat au projet

La question décisive sera finalement celle de l’exécution. Une nouvelle ambition tuniso-allemande ne devrait pas se mesurer au nombre de déclarations d’intention ou de protocoles signés, mais au nombre de projets effectivement réalisés.

Quelques objectifs concrets pourraient servir de points de départ : des centres de R&D industriels, des programmes conjoints d’IA appliquée à l’industrie, des formations adaptées aux métiers de demain, des projets d’efficacité énergétique dans les sites industriels tunisiens et des mécanismes permettant aux compétences tunisiennes en Allemagne de participer directement à ces écosystèmes. Ce sont ces réalisations, et non la seule multiplication des accords, qui permettraient de mesurer le passage de la coopération à la coproduction.

Un nouveau contrat de partenariat

La visite de Johann Wadephul intervient donc à un moment où la relation tuniso-allemande peut franchir un nouveau seuil. L’objectif ne devrait plus être uniquement d’attirer davantage d’investissements. Il devrait être de rechercher des investissements qui créent davantage de capacités tunisiennes.

Pas seulement des emplois, mais des compétences. Pas seulement des usines, mais de l’ingénierie. Pas seulement des exportations, mais de la propriété intellectuelle. Pas seulement des infrastructures énergétiques, mais une industrie tunisienne plus compétitive. Pas seulement des mobilités de compétences, mais des réseaux permanents de recherche, d’innovation et de production. C’est à cette condition que la coopération internationale devient une politique de souveraineté.

Devenir plus indispensable

La Tunisie n’a aucun intérêt à opposer souveraineté et ouverture. Dans une économie mondiale interdépendante, la souveraineté absolue est une illusion. La véritable souveraineté consiste à devenir suffisamment compétent, suffisamment utile et suffisamment intégré pour que l’interdépendance fonctionne dans les deux sens. C’est précisément ce que le partenariat avec l’Allemagne peut permettre.

 

La Tunisie recherche davantage d’investissement, de technologie, de débouchés et de montée en gamme. Les intérêts ne sont donc pas opposés. Ils peuvent converger. Mais cette convergence doit désormais produire un nouveau modèle.

 

L’Allemagne recherche des chaînes d’approvisionnement plus résilientes, des partenaires fiables et de nouvelles opportunités énergétiques et industrielles en Méditerranée. La Tunisie recherche davantage d’investissement, de technologie, de débouchés et de montée en gamme. Les intérêts ne sont donc pas opposés. Ils peuvent converger. Mais cette convergence doit désormais produire un nouveau modèle.

La prochaine étape des relations tuniso-allemandes ne devrait pas être simplement de faire davantage ensemble. Elle devrait être de savoir davantage faire ensemble. Car la souveraineté économique du XXIe siècle ne se mesure plus à la capacité de tout produire seul. Elle se mesure à la capacité de coproduire, de maîtriser la technologie, de retenir la valeur et de transformer l’interdépendance en puissance économique.

Passer de la coopération à la coproduction, ce n’est pas tourner le dos à l’Europe. C’est entrer dans la relation euro-africaine avec une ambition nouvelle : ne plus être seulement un partenaire fiable, mais devenir un partenaire à plus forte valeur stratégique.

L’article TRIBUNE – Tunisie-Allemagne: de la coopération à la coproduction, le nouveau pacte de souveraineté est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Maladies chroniques : le lourd fardeau qui pèse sur les familles tunisiennes

31. August 2026 um 12:02

En Tunisie, les maladies chroniques ne pèsent pas uniquement sur la santé. Elles s’installent aussi dans le budget des ménages, avec des dépenses qui se répètent mois après mois. Consultations, médicaments, analyses, examens et, dans les cas les plus graves, hospitalisations : la prise en charge peut rapidement devenir une charge financière durable.

Dans cet entretien exclusif accordé à L’Économiste Maghrébin, Chokri Arfa, professeur universitaire et expert en économie et financement de la santé, analyse le coût souvent invisible des maladies chroniques et plaide pour un rééquilibrage du système de santé en faveur de la prévention et des soins de première ligne.

Les chiffres donnent la mesure du problème. En 2016, l’hypertension artérielle concernait 29 % des Tunisiens âgés de 15 ans et plus, tandis que le diabète touchait 16 % de cette population. Cinq ans plus tard, en 2021, la dépense directe de santé par personne atteignait environ 397 dinars dans les ménages comptant au moins un membre atteint d’une maladie non transmissible, contre environ 176 dinars dans les autres ménages. Soit une dépense moyenne 2,25 fois plus élevée.

Ce chiffre ne signifie évidemment pas que chaque patient coûte exactement 2,25 fois plus cher. Il traduit toutefois un écart considérable entre les ménages concernés et les autres, dans un pays où les familles supportent déjà directement une part importante des dépenses de santé.

Car contrairement à une affection ponctuelle, une maladie chronique impose une prise en charge dans la durée. Le patient doit consulter régulièrement, effectuer des analyses, suivre son traitement et surveiller son état de santé. Lorsque la maladie est mal contrôlée, le risque de complications augmente, tout comme le recours à des soins plus lourds et plus coûteux.

À mesure que ces pathologies progressent, la pression ne se limite donc plus aux ménages. Elle concerne également la CNAM et les finances publiques. Derrière la question médicale se pose ainsi celle de la soutenabilité du financement de la santé.

Une pression qui risque de s’accentuer

Cette pression pourrait encore s’intensifier avec le vieillissement de la population tunisienne. Selon le RGPH 2024 de l’Institut national de la statistique, les personnes âgées de 60 ans et plus représentent désormais 16,9 % de la population.

Or, l’avancée en âge s’accompagne généralement d’une augmentation des besoins en soins et d’une prise en charge plus longue. Le système de santé doit donc se préparer à accompagner un nombre croissant de patients vivant avec une ou plusieurs maladies chroniques.

Mais le problème ne réside pas uniquement dans la prévalence de ces maladies. Leur dépistage et leur contrôle restent également insuffisants. Selon la Banque mondiale, seuls 11 % des cas d’hypertension et 14 % des cas de diabète étaient contrôlés.

Le défi est donc double : diagnostiquer plus tôt, mais surtout mieux suivre les patients une fois la maladie identifiée. Une prise en charge régulière au niveau des soins de première ligne pourrait permettre d’éviter que des pathologies souvent contrôlables ne se transforment en complications nécessitant des soins plus complexes.

Cette évolution est d’autant plus importante que certains patients cumulent plusieurs pathologies et ont besoin de traitements et d’un suivi au long cours. Une situation qui alourdit progressivement les dépenses publiques, les coûts supportés par l’assurance maladie et, surtout, les budgets des ménages.

Une facture qui ne s’arrête jamais

Le coût d’une maladie chronique ne se limite pas au prix des médicaments. Il faut également compter les consultations, les analyses, les examens médicaux et les déplacements. Lorsque l’état de santé se dégrade, les hospitalisations et les traitements plus complexes viennent alourdir davantage la facture.

Le niveau de contrôle de la maladie devient alors déterminant. Moins une pathologie est maîtrisée, plus le risque de complications augmente et plus la prise en charge devient coûteuse.

C’est précisément là que la prévention prend toute son importance. Or, selon la Banque mondiale, plus de 80 % des dépenses publiques de santé sont consacrées aux fonctions curatives, contre environ 5 % seulement à la prévention et aux fonctions de santé publique.

Ce déséquilibre pose question. Dépister une maladie à temps et assurer son suivi peut permettre de la contrôler pendant des années. À l’inverse, une prise en charge tardive peut déboucher sur des complications, des hospitalisations et des traitements plus coûteux.

Pour les familles, la différence est très concrète. Même lorsque leurs revenus stagnent, les dépenses liées à la maladie continuent de s’accumuler. Les médicaments constituent à cet égard le principal poste de dépense. Ils représentent plus des deux tiers des paiements directs de santé. En 2021, leur part atteignait 78 % dans le quintile le plus pauvre, contre 64 % dans le quintile le plus riche.

La maladie chronique transforme ainsi une dépense de santé ponctuelle en une charge financière régulière. Et lorsque les médicaments ou les prestations nécessaires ne sont pas disponibles dans le secteur public, le poids se reporte davantage sur les familles, notamment à travers les achats dans les pharmacies privées.

La prévention, un investissement plutôt qu’une dépense

Pour Chokri Arfa, cette situation impose de revoir les priorités. La CNAM ne devrait pas intervenir uniquement lorsque la maladie est déjà installée et que les dépenses ont commencé à s’accumuler. Elle pourrait également jouer un rôle plus actif dans le dépistage, la prévention et le suivi des maladies chroniques.

L’objectif est à la fois sanitaire et économique : éviter aujourd’hui des complications humaines et financières beaucoup plus lourdes demain.

Le renforcement des soins de santé primaires constitue, dans cette perspective, un levier essentiel. Un dépistage plus précoce de l’hypertension et du diabète, associé à un suivi régulier et à une meilleure observance des traitements, pourrait réduire le recours à certaines hospitalisations et à des soins spécialisés qui auraient pu être évités.

L’enjeu devient encore plus important avec le vieillissement de la population et la progression des maladies chroniques. Les parcours de soins s’allongent alors même que le système de santé doit composer avec des contraintes financières importantes.

Le chiffre de 2021 résume à lui seul l’ampleur du défi : la dépense directe de santé par personne était 2,25 fois plus élevée dans les ménages touchés par une maladie non transmissible que dans les autres ménages.

Derrière cette moyenne se cache une réalité beaucoup plus concrète : pour de nombreuses familles, la maladie représente une dépense qui revient chaque mois, parfois pendant des années.

La question n’est donc plus seulement de savoir combien de Tunisiens vivent avec une maladie chronique. Il faut également s’interroger sur le coût collectif de l’insuffisance du dépistage, du contrôle des maladies et de l’investissement dans la prévention.

La CNAM appelée à changer de rôle

La transformation pourrait également passer par la digitalisation et l’intelligence artificielle. Sous réserve d’un cadre strict de protection des données personnelles, les informations disponibles auprès des structures sanitaires et de la CNAM pourraient contribuer à identifier les profils à risque, orienter le dépistage et améliorer le suivi des patients.

L’objectif serait notamment de mieux anticiper les complications et d’intervenir plus tôt, avant que la situation ne nécessite des soins lourds.

Cette évolution permettrait aussi de faire progressivement passer la CNAM d’un simple rôle de payeur à celui d’acheteur stratégique de soins, capable d’orienter les ressources vers la prévention, la qualité et la continuité des parcours de santé.

Pour le système de santé comme pour les familles, l’enjeu est considérable. En santé, prévenir une complication coûte souvent moins cher que la traiter. Mais le bénéfice de la prévention ne se mesure pas uniquement en dinars : il se mesure aussi en années d’autonomie préservées, en hospitalisations évitées et en familles moins exposées à une charge financière durable.

Prévenir aujourd’hui, c’est donc protéger les familles demain. Pour y parvenir, la Tunisie devra renforcer les soins de première ligne, investir davantage dans le dépistage et la prévention et repenser le rôle de ses mécanismes de financement de la santé.

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Le pétrole : une obsession américaine dévastatrice

30. August 2026 um 09:53

En 1987, Donald Trump, qui n’était alors qu’un homme d’affaires, fut interviewé par une chaine américaine. Il se montra déjà furieux contre l’Iran et totalement déconnecté de la réalité : « La prochaine fois que l’Iran attaque notre pays, il faut mettre la main sur son pétrole et le garder. Ce pays (l’Amérique) a trop souffert des attaques iraniennes. »

En 1987, l’Iran était encore en guerre avec l’Irak que Saddam Hussein déclencha en 1980, juste un an après la révolution khomeyniste qui renversa le régime du Chah. La journaliste qui l’interviewait n’eut pas le réflexe professionnel pour lui demander comment un pays épuisé et exsangue après sept an de guerre pouvait-il attaquer la puissance américaine ?…

Cela fait donc près de quarante ans que, dans son monde imaginaire, Trump entretient son obsession réelle du pétrole iranien en particulier et moyen-oriental en général. Il va sans dire qu’il n’est pas le seul président à en être affecté. Tous ses prédécesseurs, depuis Richard Nixon au moins, l’étaient.

 

Henry Kissinger et le pétrole saoudien

Cette obsession a pris un aspect juridique le 8 juin 1974, jour de la signature du fameux accord américano-saoudien par le Secrétaire d’Etat Henry Kissinger et le prince Fahd, quelques mois après le choc pétrolier de 1973. Cet accord stipule qu’en contrepartie de la protection américaine du Royaume, celui-ci s’engage à vendre son pétrole exclusivement en dollar et à réinvestir une partie de ces pétrodollars dans les bons de Trésor et l’économie des Etats-Unis.

Près d’un quart de siècle plus tard, cette même obsession a pris un aspect agressif et hideux avec l’histoire fallacieuse de George W. Bush sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein. Tout le monde savait qu’il n’en est rien. Pourtant le mensonge s’imposa jusqu’au bout comme alibi pour l’appropriation par la force du pétrole irakien.

Vingt-trois ans plus tard, tous les revenus du pétrole irakien sont toujours versés dans les caisses du Trésor américain. Depuis, les gouvernements successifs irakiens n’ont guère le choix que d’attendre le bon vouloir du Trésor américain de leur transférer de quoi payer les fonctionnaires et gérer les affaires de l’Etat. On imagine les leviers de contrôle et de pressions politiques sur l’Irak que cette absurdité confère à Washington…

 

La paire Cheney-Rumsfeld et le pétrole irakien

Evidemment dans l’esprit de Bush, de son adjoint Cheney et de son secrétaire à la Défense Rumsfeld, après l’accueil à bras ouverts et avec des fleurs des troupes d’occupation par le peuple irakien, ils s’occuperont de l’Iran et mettront la main sur ses grandes réserves pétrolières.

La résistance irakienne qui a transformé « la ballade militaire » américaine en mésaventure sanglante et meurtrière, a non seulement sauvé l’Iran, mais l’a renforcé en lui donnant le temps de préparer sa défense. Car au vu de l’obsession pathologique américaine du pétrole, d’une part, et de la haine enragée d’Israël contre la République islamique qui l’a privé du Chah, son précieux allié, d’autre part, les Iraniens étaient convaincus qu’ils seront attaqués un jour ou l’autre.

Et ce jour arriva en deux étapes. La première, le 12 juin 2025. Une attaque-surprise israélo-américaine destinée à renverser le régime et le remplacer par un autre qui s’accommoderait avec les agresseurs. La réaction de l’Iran avec ses missiles et ses drones dévastateurs a surpris les agresseurs. Au rythme des dévastations qu’infligeait l’Iran à Israël, Tel-Aviv et Haifa auraient subi le sort de Gaza, si Netanyahu n’intervenait pas pour prier Trump de déclarer un cessez-le-feu.

 

Trump et le pétrole vénézuélien et iranien…

La deuxième étape intervint le 28 février 2026. Quelques semaines plus tôt, dans la nuit du 2 au 3 janvier, Trump réussit au Venezuela une opération qui relève plus de la pratique d’un groupe mafieux que de la politique digne d’une grande puissance. Il tira de son lit le président légitime du Venezuela, Nicolas Maduro et sa femme et les ramena aux Etats-Unis pour y être « jugés ».

La vice-présidente, Delcy Rodriguez, menacée de subir le même sort si elle ne s’accommode pas avec les exigences américaines, finit par se plier en validant toutes les demandes de Trump.

De nombreux analystes sont d’avis que « la performance » de Trump contre le régime de Maduro l’a fortement encouragé à revenir à la charge contre l’Iran, convaincu qu’il était de pouvoir dupliquer dans ce pays en trois jours ce qu’il a réussi au Venezuela en une nuit…

Six mois plus tard, Trump se débat toujours dans le piège qu’il s’est tendu lui-même avec l’aide de son ami Netanyahu. Il ne demande plus rien à l’Iran qu’une seule et unique chose : revenir à l’état d’avant-guerre, c’est-à-dire au 27 février 2026 quand 130 navires et pétroliers traversaient quotidiennement le détroit d’Hormuz.

 

… le » détroit d’Amérique » alias détroit d’Ormuz

Quarante ans après avoir préconisé, en tant que simple citoyen-entrepreneur, l’appropriation par son pays du pétrole iranien, Trump, devenu président, a tenté de le faire. Le résultat est dévastateur pour lui personnellement, pour son pays et pour l’économie mondiale.

Mais Trump n’est pas homme à accepter la défaite. Il la nie en se réfugiant dans son monde imaginaire, répétant inlassablement que lui, Trump, a détruit toutes les capacités militaires de l’Iran, que le détroit d’Ormuz qui s’appelle désormais « détroit d’Amérique » est ouvert, et que des dizaines de millions de barils transitent sous protection américain !

Alors que le monde va à vau-l’eau à cause de son incompétence et de son ineptie, Trump s’amuse à renommer des rivières et des détroits et publier un classement des 47 présidents américains, lui évidemment à la première place avant Abraham Lincoln et George Washington, et à la dernière place Barack Obama et Joe Biden…

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USA-Canada: ces mots qui tuent !

29. August 2026 um 11:21

Donald Trump persiste et signe. En plein bras de fer commercial avec le Canada, le président américain signe un décret rebaptisant le lac Ontario « lac d’Amérique ». Si cette décision est symbolique, elle n’en heurte pas moins profondément les sensibilités canadiennes. 

 

La proximité géographique peut-elle se transformer en une véritable malédiction ? « On ne choisit pas ses voisins », lançait, avec un fatalisme teinté d’ironie, feu Hédi Nouira, Premier ministre tunisien sous Habib Bourguiba, face aux provocations à répétition et aux crises diplomatiques que le turbulent Mouammar Kadhafi infligeait à la Tunisie au début des années 1980. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, aurait sans doute pu méditer cette vieille maxime après une nouvelle initiative de Donald Trump, lequel a décidé de rebaptiser le lac situé à la frontière américano-canadienne. Une décision qui s’inscrit dans une série de gestes symboliques et de provocations diplomatiques du président américain, dont le décret signé le 20 janvier 2025, jour de son retour à la Maison-Blanche, ordonnant de remplacer officiellement le nom de « golfe du Mexique » par celui de « golfe d’Amérique ».

« A un dollar près »

Cette nouvelle offensive du président états-unien contre le Canada, qu’il accuse de « dépouiller » les Etats-Unis, risque de doucher l’espoir, exprimé jeudi 27 août par Ottawa, d’une reprise des discussions commerciales. « Les Canadiens nous ont très mal traités. Ce sont des gens méchants », a déclaré le président américain.

Les deux pays, pour l’heure, se rendent coup pour coup en matière de taxes douanières. Le Canada a riposté à de nouveaux droits de douane américains entrés en vigueur samedi avec une série de surtaxes visant certains produits, après la rupture de négociations commerciales entre les deux pays. Ces mesures seront effectives le 8 septembre.

Mais attention. Un décret présidentiel de ce type n’a d’autorité qu’à l’intérieur des Etats-Unis et n’engage ni les autres pays ni les organismes internationaux. En effet, après le décret similaire signé par Donald Trump en janvier 2025 renommant le golfe du Mexique, l’agence de presse américaine Associated Press avait refusé d’adopter cette nouvelle appellation dans ses dépêches, ce qui lui avait valu d’être temporairement exclue d’événements à la Maison Blanche – une décision jugée anticonstitutionnelle par la justice américaine en avril 2025.

Provocation gratuite

Ainsi, dans son nouveau « trip » consistant à redessiner les cartes du monde au gré de ses lubies, et alors même qu’il mène une guerre commerciale contre son voisin du nord, Donald Trump a … ordonné, selon ses propres termes, de changer « immédiatement » le nom du lac Ontario en « lac d’Amérique ».

Une nouvelle provocation qui, comme souvent avec le président américain, ne s’est pas limitée au texte du décret. Dans une mise en scène où la provocation rivalise avec le mauvais goût, Trump a fait installer dans le Bureau ovale une carte affichant le nouveau nom de cette étendue d’eau, l’un des Grands Lacs d’Amérique du Nord. Et, histoire de bien faire passer le message, le très controversé « lac d’Amérique » y apparaissait en grosses lettres rouges. Difficile de faire plus théâtral et plus provocateur à l’égard du voisin canadien.

Et d’enfoncer le clou, le décret publié par la Maison-Blanche affirme que « les États-Unis sont le premier protecteur des Grands Lacs ». Le texte va jusqu’à souligner que Washington « revendique la plus grande partie du volume du lac », au motif que ses zones les plus profondes se trouvent du côté américain.

Une formulation pour le moins provocatrice lorsqu’on sait que le lac Ontario est une étendue d’eau transfrontalière, gérée conjointement par les États-Unis et le Canada. Derrière ce changement de nom hautement symbolique se dessine ainsi une nouvelle démonstration de la méthode Trump, soit  transformer jusqu’aux toponymes en instruments de puissance et de rapport de force.

Une leçon d’histoire

Réaction immédiate de l’altier Premier ministre canadien, l’homme qui a su dire non à son puissant voisin : « Nous savons que les États-Unis sont en train de changer. Leurs relations commerciales, leur politique étrangère, leurs monuments nationaux, leurs hydronymes » mais « les Canadiennes et les Canadiens savent aussi qu’il faut appeler les choses par leur nom, et ce lac se nomme Lac Ontario, aujourd’hui et pour toujours », a-t-il écrit en français sur son compte X.

Et de rappeler implacablement  qu’« Ontario », également le nom d’une province canadienne, venait d’un mot huron, « Ontari’io », qui signifie « le lac est beau, le lac est grand ». Ce nom remonte « à plus de 400 ans, bien avant la Confédération canadienne et la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique ».

Pour sa part, le grand chef du pays wendat, Pierre Picard, s’est dit indigné et choqué par la décision de Donald Trump, qu’il accuse de « tenter d’effacer notre histoire ». « Je veux lui dire (au président américain, NDLR) qu’il est inacceptable pour nous, en tant que pays, d’avoir un président capable d’effacer notre histoire, notre culture et notre identité. Je ne pense pas que quiconque soit en mesure de faire changer d’avis Trump, mais pour nous, il est important que, en tant que grand chef, je fasse entendre notre voix aux États-Unis et que je leur fasse savoir que nous sommes profondément mécontents de cette décision », a-t-il martelé.

M. Picard a ajouté qu’il espérait que les entreprises de cartographie ne se plieraient pas au changement de nom unilatéral imposé par le président américain et que Mark Carney lui avait indiqué que le Canada ne le ferait pas non plus.

Pour rappel, les Wendats occupaient une partie de la vallée du Saint-Laurent jusqu’aux Grands Lacs, cette région étant riche en routes commerciales tant avant qu’après le contact avec les Européens. Ils ont baptisé le lac « Ontari : io ».

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Taxées, sollicitées, détestées : le drôle de destin des banques en Tunisie

01. Juli 2026 um 16:00

Les banques sont probablement les seules entreprises que l’on peut détester le matin, insulter à midi et supplier le soir. Elles constituent ce personnage incontournable de notre économie auquel on reproche absolument tout, mais dont personne ne semble réellement pouvoir se passer. Elles sont cupides, elles prennent trop de commissions, elles prêtent trop cher, elles...

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Sihem Ben Sedrine, la coupable innocente

29. Juni 2026 um 15:59

La condamnation de Sihem Ben Sedrine à 25 ans de prison a fait grand bruit. À peine le verdict rendu, dans la nuit de jeudi à vendredi, les réactions se sont multipliées. L’Union européenne, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et la Ligue tunisienne des droits de l’Homme ont exprimé leur inquiétude et dénoncé une nouvelle...

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Le maillot numéro 1 n’est jamais attribué à vie

27. Juni 2026 um 16:00

Épisode 1 – Le tableau lumineux a parlé J’ai longtemps cru que le numéro 1 était un privilège. Puis j’ai regardé la Coupe du monde. Quelques jours avant le départ des Aigles de Carthage, les joueurs ont offert au président Kaïs Saïed un maillot floqué du numéro 1. C’est une vieille tradition. On offre au...

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