Taoufik Ouanes vient de publier un recueil de ses chroniques et entretiens relatifs à l’actualité tunisienne, maghrébine, arabe, euro-méditerranéennes et internationales publiés au cours des quinze dernières années par des médias tunisien, dont Kapitalis, et européens, notamment en Suisse.
Le livre est intitulé ‘‘Ecrits d’une décennie mouvementée. Entre révolte et raison’’ et été préfacé par le journaliste Ridha Kefi, directeur fondateur de Kapitalis, qui présente l’auteur en ces termes : «Taoufik Ouanes n’est pas journaliste ni chroniqueur ni influenceur, mais il est, lui aussi, à sa manière, un ‘‘historien du présent’’, selon la définition du journaliste souvent attribuée à Albert Camus. Car, en tant que juriste, avocat inscrit aux barreaux de Tunis et de Genève, observateur avisé des affaires du monde et ancien fonctionnaire international, mais aussi en tant que citoyen du monde soucieux de la bonne marche des affaires internationales, il résiste rarement à la tentation de donner son avis et sa vision sur ce qui se passe autour de lui, dans son pays natal, la Tunisie, ou d’adoption, la Suisse, mais aussi dans le reste du monde.»
Souvent sollicité par les médias, à Tunis et à Genève, analyser telle ou telle séquence de l’actualité nationale ou internationale, cet avocat d’affaires, qui a aussi été fonctionnaire international auprès des organisations onusiennes ont souvent, apporte sa contribution au débat avec une rigueur factuelle dont s’honorerait les plus rigoureux historiens et une rectitude intellectuelle et morale dont le juriste qu’il est ne se dépare jamais.
«Il suffit de relire ses interventions recueillies dans ce livre pour se rendre compte de l’acuité de son regard, de la profondeur de ses analyses et de la justesse de certaines de ses prévisions. Surtout en ce qui concerne les évolutions qui ont marqué l’histoire contemporaine de la Tunisie dans son environnement maghrébin, africain, arabe et euro-méditerranéen, à partir du tournant de ladite ‘‘révolution’’ de 2011, date charnière qui a ouvert des perspectives inouïes pour un peuple qui a pris enfin son destin en main, mais qui, comme nous l’expliquera l’auteur, a dépensé beaucoup moins d’énergie à construire la démocratie prospère dont il rêve, qu’à transformer ce rêve en cauchemar», écrit Ridha Kefi dans s préface au recueil, dont on recommande la lecture.
La Chambre criminelle du Tribunal de première instance de Tunis a condamné un jeune homme à 15 ans de prison pour contrefaçon de billets de banque et leur mise en circulation dans des commerces, ainsi que pour utilisation frauduleuse de faux billets pour des achats en ligne, conformément à l’article 185 du Code pénal.
L’enquête a débuté après le dépôt d’une plainte par un étudiant étranger auprès du District de sécurité du quartier d’El Khadra. Il affirmait avoir été escroqué au moyen de faux billets d’un montant total de 2 800 dinars tunisiens, supposé être celui de la vente sur internet d’un téléphone portable.
L’accusé a été arrêté et une machine à imprimer ainsi que des billets contrefaits ont été saisis lors de la perquisition à son domicile. Interrogé, il a avoué avoir imprimé des billets de 20 et 50 dinars tunisiens pour un montant total de 3 000 dinars, rapporte Mosaïque.
Le prix actuel du baril de pétrole, qui atteint 113 dollars, dépasse de 50 dollars les prévisions du budget de l’État tunisien pour cette année, lequel était basé sur un prix de 63 dollars le baril et un budget de subventions d’environ 9,8 milliards de dollars.(Photo : ministère des Finances à Tunis).
La guerre israélo-américaine contre l’Iran a pris une tournure plus dangereuse, les affrontements militaires ciblant les installations de production pétrolière et affectant directement les bases de l’économie mondiale. L’impact de ces frappes s’étend au-delà de l’Iran, des pays du Golfe et d’Israël, touchant la quasi-totalité des pays du monde.
Ce conflit a entraîné une hausse des prix du pétrole de plus de 50 % ce mois-ci, Goldman Sachs relevant sa prévision du prix du Brent pour 2026 de 77 à 85 dollars le baril.
Cette situation s’explique par les perturbations persistantes du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et par l’augmentation des réserves stratégiques, engendrant une pénurie d’approvisionnement sur le marché mondial de l’énergie. Et pas seulement.
Concernant les répercussions de cette pénurie sur la Tunisie, Ridha Chkondali, professeur d’économie à l’Université de Tunis, a déclaré à Mosaique FM, le lundi 23 mars 2026, que le prix actuel du baril de pétrole, qui atteint 113 dollars, dépasse de 50 dollars les prévisions du budget de l’État tunisien pour cette année, lequel était basé sur un prix de 63 dollars le baril et un budget de subventions d’environ 9,8 milliards de dollars. Le renchérissement des cours de l’énergie va nécessiter l’injection d’une enveloppe supplémentaire d’environ 8 milliards de dinars dans le budget de l’État.
Par conséquent, cela met l’État face à trois scénarios possibles.
Le premier consisterait en une hausse des prix des carburants, mais il serait probablement rejeté par le président de la République, car le considèrerait comme une injonction du Fonds monétaire international, ce qu’il réfute catégoriquement.
Le second serait un emprunt de 8 milliards de dinars auprès de la Banque centrale de Tunisie, qui s’ajouterait aux 11 milliards déjà contractés, portant le montant à un niveau considérable et risquant d’avoir des répercussions négatives sur l’économie tunisienne par la relance de l’inflation dont le taux est déjà assez haut.
L’État peut aussi opter pour le report d’un an de la mise en œuvre des projets programmés pour 2026, sachant plus que le budget de développement prévu est estimé à environ 8 milliards de dinars, soit un montant proche de la variation en pourcentage des prix du pétrole.
Autre possibilité offerte : le report de trois années du recrutement de 53 000 nouveaux employés et de l’augmentation des salaires prévus pour cette année, afin d’atténuer les difficultés que pourraient engendrer la forte hausse des prix du pétrole due à l’escalade de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, sachant que ces prix devraient atteindre un niveau que l’État tunisien pourrait ne pas être en mesure de supporter.
Dans ce contexte, Ridha Chkondali a proposé une série de mesures urgentes que l’État devrait adopter. Il a suggéré, en premier lieu, la création d’une cellule de crise composée d’experts nationaux chargés de suivre quotidiennement l’évolution de la situation au Moyen-Orient, d’étudier différents scénarios et d’envisager des mesures et des politiques susceptibles d’aider la Tunisie à surmonter une éventuelle crise.
Il a également proposé l’adoption d’une loi de finances rectificative ou d’une loi de finances d’urgence incluant des propositions visant à atténuer les répercussions négatives que pourrait avoir ce conflit sur l’économie nationale.
Près de quinze ans après la révolution tunisienne, sa capitale attire les visiteurs désireux de participer à une effervescence créative aussi exaltante que fragile. Reportage du New York Times sur un Tunis secret, à la fois intime et offert, mais toujours fascinant par l’énergie de ses jeunes et de ses créateurs.
Tyler Donohue
Sur les toits de Tunis, l’appel à la prière du soir laissa place aux sons d’un DJ qui lançait la soirée avec un mélange de disco et de mezoued, musique tunisienne aux accents de cornemuse. Ce contraste saisissant reflétait parfaitement l’atmosphère de cette ville méditerranéenne, carrefour de l’Europe, de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
Tunis donne l’impression d’une ville qui se réinvente sans cesse. À Sidi Bou Saïd, banlieue perchée sur une falaise surplombant le golfe de Tunis, des portes bleu cobalt s’ouvrent sur des concept stores et des ateliers de mode éthique. En plein centre-ville, des collectifs d’artistes organisent des projections de films dans d’anciens immeubles. Des hommes âgés sirotent un espresso et jouent aux cartes sous des ventilateurs de plafond, à deux pas d’espaces accueillants pour les jeunes et la communauté LGBTQ+.
Une irrésistible énergie créative
Il y a environ un an, je suis venue à Tunis pour la première fois sur un coup de tête, après un vol à 50 dollars depuis Londres. Je m’attendais à une capitale balnéaire tranquille. Au lieu de cela, j’ai découvert une ville à l’énergie créative irrésistible. Elle semblait authentique et spontanée. Tous ceux que je rencontrais étaient en train de créer quelque chose : un café, une marque de vêtements, une exposition. Depuis, attirée par cette effervescence, j’y suis retournée à de nombreuses reprises.
Le tourisme en Tunisie se redresse et se rapproche des niveaux d’avant la pandémie. La Tunisie reste exempte de visa pour les courts séjours des citoyens des États-Unis, du Canada et de la plupart des États membres de l’Union européenne, et un taux de change favorable rend les voyages abordables. Des vols directs la relient aux principaux aéroports européens, et les visiteurs peuvent séjourner dans des hôtels magnifiquement restaurés comme le Dar Ben Gacem dans la médina (à partir de 360 dinars, environ 120 dollars, la nuit) ou dans des hôtels en bord de mer comme la Résidence à Gammarth (à partir de 900 dinars).
L’essor actuel de cette ville semble improbable : une effervescence culturelle se produit au moment même où le régime autocratique du président Kaïs Saïed restreint la vie publique, dans un pays qui ressent encore les contrecoups de sa révolution de 2011. Pourtant, cette tension entre optimisme et incertitude contribue à l’enthousiasme ambiant.
Matinée sur la Méditerranée
Le long de la corniche de La Marsa, promenade du bord de mer, l’air matinal était vif, chargé d’embruns et de diesel. Des joggeurs longeaient la digue, tandis que des pêcheurs jetaient leurs lignes dans les vagues. La Méditerranée contournait le promontoire en direction des colonnes de l’antique Carthage. Depuis les banlieues balnéaires de La Marsa et Gammarth, Tunis s’étend vers l’intérieur des terres, s’enroulant autour de deux lacs. L’agglomération compte environ 2,5 millions d’habitants, bien que la ville proprement dite soit beaucoup plus petite.
Je me suis réfugiée chez Bleue Deli, un café de la rue Habib Thameur. La lumière du soleil inondait les carreaux jaunes et blancs à travers les fenêtres ouvertes. L’expresso sifflait de la machine, et l’odeur beurrée du mlawi, une galette tunisienne moelleuse (5 dinars), flottait depuis la rue. Des adolescents tunisiens branchés sirotaient des smoothies et bavardaient en arabe et en français.
Katherine Li Johnson et Reem Alhajjaj ont ouvert Bleue en 2021 après s’être rencontrées. «Nous avions un besoin personnel en ce sens du style de vie. Une cuisine authentiquement locale, ultra-fraîche et non frite pour un goût exceptionnel – car les produits tunisiens sont vraiment incroyables», explique Mme Li Johnson.
Elles gèrent également Sociale, un espace de coworking et un lieu de rencontre convivial et sans prétention, situé sur le toit. «On peut venir prendre un café, rester déjeuner et profiter de ce temps pour explorer la moitié de la ville. C’est comme le centre commercial de notre enfance : on y va sans but précis, et on y trouve toujours quelque chose», ajoute Mme Li Johnson.
Un voyage dans le passé
À dix minutes en taxi (5 dinars) le long de l’avenue Habib Bourguiba, les ruines bimillénaires de Carthage, capitale d’une civilisation qui rivalisait jadis avec la Rome antique, contrastent avec la modernité de Tunis. Thermes romains, amphithéâtres en ruine et colonnes brisées émergent d’un tapis de fleurs sauvages.
J’ai partagé la splendeur silencieuse des thermes d’Antonin (entrée : 12 dinars) avec seulement quelques autres visiteurs. Étrangement, aucune zone n’était interdite d’accès et j’ai pu déambuler librement sur le site antique. La signalétique était discrète, laissant libre cours à mon imagination.
À quelques minutes de là en taxi, le musée du Bardo (entrée : 13 dinars) était lui aussi paisible. Installé dans un palais hafside du XVe siècle aux façades de grès clair et aux portes en cèdre sculptées à la main, il abrite une collection impressionnante de mosaïques romaines d’une telle finesse qu’elles semblent pixélisées, racontant des histoires fragmentées de conquêtes et de siècles de bouleversements.
La lumière de fin de matinée filtrait à travers les moucharabiehs, ces traditionnels treillis de bois, inondant des pièces vides à l’exception des mosaïques, dont certaines s’élevaient du sol au plafond. En explorant ces pièces, je perdais la notion du temps, dérivant entre les époques punique, islamique et ottomane.
Recettes fraîches et ambiance futuriste
Dans un entrepôt sans charme du quartier des arts, un îlot de studios et d’ateliers reconvertis, les effluves de sésame grillé et d’oignons caramélisés annonçaient l’heure du déjeuner. Konbini, un café tuniso-japonais tenu par Shérine Ben Salem et Chanh Vo, arbore des murs en béton aux couleurs primaires et une boule disco suspendue au-dessus d’un comptoir garni d’onigiri et de bocaux de harissa maison.
«Nous voulions quelque chose de familier, mais aussi d’un peu déroutant», explique Mme Ben Salem en déplaçant une pile de vieux magazines.
La carte reflète ce mélange : des bentos garnis de poisson local et de tomates de Nabeul, une région agricole côtière au sud-est de Tunis ; des brioches au sésame ; et des légumes braisés au miso. Un repas complet coûte environ 40 dinars, et la clientèle, composée de skateurs, d’architectes, de mères de famille et d’artistes, allait et venait, passant d’une phrase à l’autre entre l’arabe, l’anglais et le français.
Après le déjeuner, M. Vo m’a conduit par un escalier métallique jusqu’à une sorte de grenier à vêtements rempli de portants de t-shirts vintage, de vestes en cuir et de vêtements patchwork à la fois nostalgiques et futuristes.
M. Vo souleva une chemise de nuit «Tortues Ninja» qu’il avait transformée en kimono. «En découvrant les friperies d’ici, j’ai commencé à acheter des vêtements avec l’envie de les métamorphoser, en leur insufflant un esprit punk et une poésie esthétique», expliqua-t-il.
Peu après, je me retrouvai à Fripe Bab El Falla, un immense marché aux puces, à fouiller parmi des piles de vêtements de marque déclassés et de basiques du quotidien, des robes encore étiquetées, une avalanche d’escarpins en cuir et des chemises d’homme impeccables. Je trouvai ma perle rare, une chemise en lin à 9 dinars, en croisant un groupe de jeunes filles à la recherche de la robe parfaite pour un rendez-vous galant et des tantes marchandant des tricots.
Un après-midi de détente
En milieu d’après-midi, la ville s’était apaisée sous la chaleur. Les rues se vidèrent, les volets s’entrouvrirent et le bourdonnement de la circulation s’estompa, laissant place au bruit de la mer. Au bout d’une ruelle résidentielle tranquille, j’ai découvert Maïs Luncheonette, un café récemment ouvert, arborant le minimalisme familier des cafés de quartier, de Stockholm à Brooklyn : bois clair, murs beiges et lattes au matcha (15 dinars) servis dans de la vaisselle artisanale en grès. Tout en savourant mon café, je réfléchissais à la multiplication de ces établissements, plus fréquentés par les expatriés et les touristes que par les locaux, y voyant le reflet à la fois du creusement des inégalités sociales dans le pays et de l’attrait international croissant de la ville.
J’avais besoin de me ressourcer, voire de faire une sieste. J’ai emprunté des rues adjacentes, où les enfants sortaient de l’école et où les chiens somnolaient à l’ombre, pour rejoindre un hammam du quartier : un bain public sans prétention, dissimulé derrière une porte anonyme, où des femmes en peignoirs de coton se déplaçaient au milieu des volutes de vapeur. Pour 75 dinars, j’ai passé une heure à me faire exfolier, rincer et masser à l’huile de jasmin avant de retourner dans la rue.
Quand je suis sortie, la lumière avait doré les toits. Les commerçants remontaient leurs auvents et une odeur de sardines grillées s’échappait d’un étal voisin. La ville semblait se remettre de la chaleur de l’après-midi.
L’ambiance se préparait pour la soirée
En début de soirée, la musique commençait à résonner dans les cafés. Une foule – de jeunes Tunisiens et des voyageurs qui avaient entendu parler de l’événement – se pressait dans la cour devant la galerie Selma Feriani, où se déroulait le vernissage. Ouverte en 2013, Selma Feriani est l’une des premières galeries privées d’Afrique du Nord à promouvoir l’art conceptuel et multidisciplinaire, présentant des artistes du Maghreb et du bassin méditerranéen.
Je me suis jointe à un groupe qui se dirigeait vers Les Indécis, un petit restaurant branché niché au cœur des ruines de Carthage. En m’asseyant, j’ai reconnu de nombreux visages de la galerie. En consultant le menu saisonnier en constante évolution, j’ai commandé du bar avec du citron confit (30 dinars), de la burrata écrasée avec des pistaches (27 dinars) et un verre de thé à l’hibiscus doux-amer (6 dinars).
Les tables étaient suffisamment proches pour capter des bribes de conversations : un journaliste débattait de la prochaine Biennale de Venise ; une femme ouvrait un studio de Pilates à Tunis ; une autre élaborait un programme de résidence d’artistes autour d’un bol d’olives. Chacun, semblait-il, était en train de construire quelque chose.
Plus tard dans la soirée, j’ai pris un taxi pour remonter la côte jusqu’à Gammarth, le quartier décontracté de la ville, avec ses clubs de plage. Sur le toit d’un club, de la musique pop arabe résonnait dans les haut-parleurs. On m’a tendu un mocktail à la menthe. De là, je pouvais apercevoir les ruines de Carthage, ses minarets et la lueur rose fluo d’un club voisin — une ville antique se fondant dans le futur.
Lionel Jospin, l’ancien Premier ministre socialiste (1997-2002), artisan de la gauche plurielle, est mort ce lundi 23 mars 2026, à l’âge de 88 ans, a annoncé l’AFP, en citant sa famille. Il était affaibli depuis plusieurs années par la maladie, qui finalement l’aura emporté.
La mort de l’homme de l’union des gauches résonne dans le contexte singulier des déchirements de la gauche au lendemain de l’annonce des résultats des élections municipales sur les alliances qu’elle doit (ou pas) mener, notamment avec le parti de l’ancien dirigeant socialiste et actuel leader de La France Insoumise (LFI), Jean-Luc Mélonchon.
Né en 1937 à Meudon, Lionel Jospin a d’abord suivi un parcours d’excellence, passant par Sciences Po Paris puis l’ENA. Sa formation intellectuelle et sa rigueur ont souvent été soulignées, unanimement, à gauche comme à droite. Et lui a permis de marquer profondément le Parti Socialiste sous la direction de François Mitterrand et de devenir une figure majeure du paysage politique français, notamment pendant les cinq années qu’il a passé à la tête du gouvernement.
Ayant mené le PS à la victoire lors des législatives anticipées de 1997, il est devenu le Premier ministre d’une cohabitation longue et complexe avec la Droite menée par le président Jacques Chirak.
Pendant son mandat, Jospin a mis en place des réformes marquantes comme les 35 heures ou le Pacs, tout en bénéficiant d’une conjoncture économique favorable. Il incarnait une forme de socialisme réaliste et rigoureux.
Sa trajectoire politique s’est brutalement arrêtée au soir du 21 avril 2002. Son élimination dès le premier tour de l’élection présidentielle face à Jean-Marie Le Pen a constitué un véritable traumatisme politique, pour lui comme pour la gauche. Sa décision immédiate de se retirer de la vie politique active a été perçue comme un geste de dignité et de responsabilité. Mais avait aussi beaucoup déçu.
Par la suite, Lionel Jospin est resté une voix écoutée, s’exprimant ponctuellement sur les enjeux de société et la vie de son parti, sans jamais chercher à revenir au premier plan. L’image qu’il laisse est celle d’un homme d’État intègre, droit dans ses bottes, qui aura tenté de concilier conviction et pragmatisme au sommet de l’État.
On ne peut qu’être perplexe face à l’incroyable placidité du gouvernement en Tunisie, pays qui importe 60% de ses besoins énergétiques, face à l’actuelle crise de l’énergie dans le monde, avec un prix du baril de Brent à 111 dollars ce lundi 23 mars 2026, alors que budget de l’Etat pour l’actuelle exercice tablait sur un cours moyen d’environ 63,3 dollars. (Photo : Ruptures de stocks. E4T).
L’économiste Moktar Lamari n’est pas le premier à avoir tiré la sonnette d’alarme en espérant que le gouvernement se réveille enfin de sa torpeur, regarde la situation en face et nous explique ce qu’il entend faire pour passer ce très mauvais cap sans gros dégât, sachant que sa marge de manœuvre budgétaire et financière est étriquée.
Dans un article publié sur son blog E4T, sous le titre «Pétrole en feu, assiettes sous tension : risques de pénurie alimentaire en Tunisie», il avertit : «Ce n’est plus une hypothèse théorique, mais un risque vraisemblable et tangible. L’escalade militaire autour de l’Iran, les menaces répétées sur le détroit d’Ormuz — par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial — et la volatilité extrême des marchés de l’énergie dessinent une perspective inquiétante : celle d’un choc d’approvisionnement et une explosion des prix qui pourrait rapidement atteindre les foyers tunisiens.»
Rappelant le principe de précaution, qui doit inspirer tout acte de gouvernance, l’économiste ajoute à qui veuille entendre : «Dans un pays structurellement dépendant des importations alimentaires et énergétiques, l’équation est simple : quand le pétrole flambe, l’assiette trinque.» Eh oui, explique-t-il, «la transmission du choc est mécanique. Une hausse durable du baril au-delà de 100 dollars renchérit immédiatement les coûts de transport maritime, qui représentent une part significative du prix final des denrées importées. Elle alourdit également la facture énergétique de l’agriculture mondiale — irrigation, engrais azotés (fortement dépendants du gaz), transformation industrielle — et désorganise des chaînes logistiques déjà fragilisées par les crises successives.» Ce qui ne tarde pas de perturber l’approvisionnement, de créer des pénuries de certains produits et des hausses de prix «jusque dans les épiceries de quartier».
Et Moktar Lamri de rappeler que la Tunisie importe plus de la moitié de ses besoins en énergie et en céréales, dépend à 100 % des importations de soja et de larges volumes de maïs, et reste fortement exposé aux marchés internationaux pour les huiles végétales. Ainsi que pour le blé, le lait, la viande, le sucre le café, etc.
Qu’a prévu le gouvernement pour faire face à ce choc qui s’annonce aussi dur que celui provoqué il y a quelques années par la pandémie de Covid 19 ? Comme il n’a pas communiqué (ou pas encore) sur ce sujet d’une extrême gravité, on peut craindre qu’il soit à court d’idées et de solutions.
«Se préparer, ce n’est pas céder à l’alarmisme. C’est reconnaître une réalité : dans un monde instable, la sécurité alimentaire devient une responsabilité partagée. Entre État et citoyens, entre marchés et ménages. Car lorsque le pétrole s’embrase, ce ne sont pas seulement les barils qui flambent. Ce sont aussi les équilibres fragiles qui remplissent — ou vident — les assiettes», conclut Moktar Lamari.
Israël a déjà éliminé une grande partie des directions qui l’entourent. Les cimetières du Moyen-Orient sont pleins à craquer des tombes d’hommes d’État, de commandants, de scientifiques, de journalistes et même d’intellectuels qu’Israël a assassinés. Un État qui tue autant de dirigeants ne peut être un membre respectable de la communauté des nations.
Gideon Levy *
Deux hommes en cravate, souriants, traversent le hall d’un immeuble de bureaux. Leur anglais est soigné. «Je suis vivant, mais j’ai cette carte», dit l’un d’eux en sortant de la poche de sa veste une carte à poinçonner comme celles qu’on utilisait autrefois dans les bus israéliens, bus qu’il n’a d’ailleurs jamais pris.
«Ne la lisez pas», dit-il à son compagnon, faisant semblant de lui cacher la carte. Le second détourne le regard. «Aujourd’hui, j’ai effacé deux noms sur cette carte, et vous voyez combien il m’en reste à faire sur cette série», dit le premier, tout en partageant le secret.
Assassin et fier de l’être
«Vous savez ce qui est bien ?» demande le second. «Mon nom ne figure pas sur cette carte.» Les deux éclatent d’un rire qui détend l’atmosphère. «Vous êtes sur la liste des gentils», rassure le premier son ami. «Épaule contre épaule, nous nous débarrassons de ces fous furieux», dit-il en sortant à nouveau la carte de sa poche. «Nous les éliminons», se vante-t-il. «J’adore ça», répond son ami.
Ce n’est pas une série criminelle, ni un film de mafia, ni des assassinats dans la pègre, ni des tueurs à gages. Il s’agit du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, et de l’ambassadeur des USA en Israël, Mike Huckabee, qui envisage un État juif du Nil à l’Euphrate à leur image et à leur ressemblance, et qui tirent fierté d’actes de meurtre. Il n’y a pas d’autre mot pour le décrire. Netanyahou a publié la vidéo sur ses comptes de réseaux sociaux, fier d’être un parrain de la pègre. Il joue bien son rôle.
Crossing names off the list is good – doing it shoulder to shoulder with our American friends is even better.
— Benjamin Netanyahu – בנימין נתניהו (@netanyahu) March 17, 2026
Mais Netanyahou n’a pas besoin de faire preuve de talent d’acteur : la vidéo est fidèle à la réalité, ce n’est pas une fiction, mais un documentaire. Israël comme organisation criminelle, Netanyahu comme le chef de la mafia. Lui et les auteurs de la vidéo méritent des éloges pour leur honnêteté et leur volonté de montrer les choses telles qu’elles sont. Israël comme une mafia. Il devrait avoir honte d’en être fier. La Bulgarie utilisait autrefois des parapluies empoisonnés pour éliminer des dissidents et en a aujourd’hui honte. Israël tue par frappes aériennes et en tire fierté.
Pendant qu’il se réjouit, l’imagination s’emballe, et les médias ainsi que le public tremblent d’excitation à chaque assassinat.
Israël a déjà éliminé une grande partie des directions qui l’entourent. Les cimetières du Moyen-Orient sont pleins à craquer des tombes d’hommes d’État, de commandants, de scientifiques, de journalistes et même d’intellectuels qu’Israël a assassinés. Du poète Ghassan Kanafani à Beyrouth en 1972 au haut responsable iranien de la sécurité Ali Larijani à Téhéran en 2026, les cartes de la mort d’Israël se remplissent, jusqu’à ce qu’elles soient remplacées par de nouvelles.
La cible de l’assassinat, qui n’a pas été assassinée parce qu’elle n’est jamais née, ni la victime de l’assassinat sans successeur. Une seule différence entre les séries criminelles et les assassinats réels : sur Netflix, il reste parfois une place pour s’interroger sur la légitimité des actes. Dans le true crime israélien, ces questions ne se posent pas. Ils sont considérés non seulement comme légitimes, mais aussi comme une source de fierté.
Deviner la prochaine cible
Quelle est la meilleure chose qu’Israël ait faite ces deux dernières années ? L’opération des bipeurs ? Une fierté nationale pour avoir estropié des centaines de personnes et tué des dizaines d’autres ? Ou peut-être l’élimination de Hassan Nasrallah et de ses hommes, de Yahya Sinwar et de son frère Mohammed, de l’ayatollah Ali Khamenei et de ses étudiants, de Khan Younès à Téhéran. Quel beau monde nous avons créé.
Les commentateurs des médias israéliens rivalisent pour deviner la prochaine cible et celle d’après, traçant des X. Le Premier ministre et l’ambassadeur tournent une vidéo écœurante sur les assassinats ciblés. «J’adore ça», dit l’ambassadeur, les yeux pétillants. Mais au-delà du prétentieux «quels héros nous sommes», on ne peut échapper à la vérité : l’assassinat est un euphémisme pour le meurtre. Ses planificateurs et ses exécutants sont des meurtriers. Un État qui tue autant de dirigeants ne peut être un membre respectable de la communauté des nations.
Quand le Premier ministre se vante de sa carte de pointage meurtrière, il n’est pas étonnant que des policiers des frontières assassinent une famille palestinienne pour le plaisir. Quand l’ambassadeur usaméricain dit qu’il «adore ça», il ne faut pas s’étonner du dégoût qu’inspire son pays.
La guerre est une chose laide. Les assassinats politiques n’en sont pas une composante inévitable ; ce sont des actes de meurtre.
La Tunisie présente un paradoxe économique particulier : malgré un accès quasi universel aux infrastructures de base essentielles, le pays continue de faire face à des défis économiques structurels et territoriaux persistants.(Photo: Pont de Radès).
Les données de l’Institut national de la statistique (INS) confirment que la Tunisie est l’un des pays les mieux équipés d’Afrique du Nord en matière de couverture des services publics domestiques.
En 2023, l’accès au réseau d’eau potable atteignait 91,7 % des ménages, desservant environ 11,7 millions de personnes contre 7,5 millions en 1994.
De même, le secteur de l’électricité a quasiment atteint la saturation, le taux de raccordement passant de 86,8 % en 1994 à 99,9 % en 2023.
Ces résultats sont le fruit de décennies d’investissements publics soutenus, notamment à travers des programmes d’électrification rurale et d’extension du réseau d’eau.
Cependant, ces progrès en matière de services publics sont contrebalancés par d’importantes lacunes dans d’autres domaines d’infrastructures critiques, en particulier l’assainissement.
Dégradation de la qualité de vie
Bien que le pourcentage de ménages raccordés au réseau public d’assainissement soit passé de 39,1 % en 1994 à 65,4 % en 2023, environ 2,146 millions de ménages restent non raccordés. Cette disparité entre l’accès à l’eau et la couverture sanitaire constitue un obstacle majeur pour les politiques publiques, car des réseaux d’assainissement incomplets contribuent à la pollution environnementale et dégradent la qualité de vie dans les zones rurales et périurbaines.
Au-delà des statistiques techniques, ces infrastructures de base n’ont pas suffi à protéger le pays des difficultés économiques plus générales. L’environnement macroéconomique tunisien demeure contraint par une dette publique élevée, des pressions inflationnistes et une croissance atone, le chômage – notamment chez les jeunes et les diplômés de l’enseignement supérieur – restant une source persistante de préoccupation sociale.
Si le gouvernement continue de privilégier les grands projets, tels que l’agrandissement prévu de l’aéroport de Carthage (1 milliard de dollars) et la modernisation du réseau routier programmée pour 2026, les experts soulignent que les infrastructures physiques, à elles seules, ne constituent pas une solution miracle. Une reprise durable nécessitera d’aller au-delà du simple renforcement des capacités et de s’attaquer également aux goulets d’étranglement structurels, d’améliorer la logistique et de réformer le climat institutionnel et d’affaires afin de mieux attirer les investissements et de stimuler la création d’emplois.
L’Association tunisienne de rhéologie (Trheos), présidée par Professeure Dorra Ghorbel, organise son 1er workshop international sur le thème : «Rhéologie et développement durable».
Ce workshop, qui se tiendra les 10 et 11 avril 2026 à l’Institut national des sciences appliquées de Tunis (Insat), mettra l’accent sur la manière dont la rhéologie, la science de l’écoulement et de la déformation de la matière, peut révolutionner les matériaux et les processus industriels respectueux de l’environnement.
Organisé sous le patronage de Professeure Nadia Mzoughi Aguir, présidente de l’Université de Carthage, en collaboration avec l’Insat, l’Institut national de recherche agronomique de Tunisie (Inrat) et son projet PR2I-D4P2 MIFASG, l’Ecole supérieure des industries alimentaires de Tunis (Esiat), Symbio Club et Chem Club Insat, et avec les support des sociétés NETZSCH, HTDS, Anton Paar, LED, TA Instruments, Pharmalabo, Esilab et Brookfield, vise à combler le fossé entre la recherche en rhéologie et les objectifs urgents en matière de durabilité.
Le Workshop international Trheos 2026 facilitera les discussions entre experts internationaux sur les sujets suivants : conception de matériaux écoresponsables ; bioéconomie et biopolymères ; durabilité alimentaire, produits de santé et de soins durables ; mise en œuvre et durabilité ; efficacité énergétique et gestion des ressources et des déchets.
Il s’agit pour les participants d’aller au-delà de la théorie pour présenter des applications concrètes dans lesquelles la rhéologie contribue à une économie verte et circulaire, à l’utilisation rationnelle des ressources, à une consommation responsable et à la réduction de l’impact environnemental.
Alors que la Tunisie s’apprête à naviguer dans les eaux troubles du plan de développement 2026-2030, il est temps de sortir des incantations budgétaires pour affronter la réalité : notre indépendance ne se jouera pas dans les salons feutrés de la diplomatie financière, mais sur le terrain de la maîtrise technologique. Le numérique n’est plus un luxe de technocrates ; c’est le nouveau contrat de souveraineté que l’État doit signer avec ses citoyens.
Abdelwaheb Ben Moussa *
L’illusion des dernières années a été de croire qu’une couche de vernis technologique suffirait à masquer les archaïsmes de notre administration. Soyons clairs : numériser un processus absurde ne fait que rendre l’absurdité plus rapide. Pour réussir ce quinquennat, il faut un courage politique de rupture : simplifier avant de coder. La transformation digitale doit être le scalpel qui débarrassera l’économie tunisienne des kystes bureaucratiques qui étouffent l’initiative privée.
Aujourd’hui, laisser nos données souveraines — qu’elles soient bancaires, fiscales ou identitaires — errer sur des serveurs hors de nos frontières est une faute stratégique. La souveraineté numérique n’est pas un repli frileux, c’est une protection active. Le déploiement d’un cloud souverain national n’est pas une option technique, c’est la construction des remparts de notre sécurité économique au XXIe siècle. Sans maîtrise de la donnée, l’indépendance de décision n’est qu’un slogan creux.
L’IA contre l’informel : le choc de transparence
Dans un pays où l’économie souterraine défie l’État, l’intelligence artificielle (IA) est notre meilleure alliée. L’intégration de l’IA dans le back-office de nos banques ne doit pas seulement servir à optimiser les profits, mais à révolutionner l’inclusion.
En affinant le scoring de risque, nous pouvons enfin ramener vers le secteur formel ces milliers de PME et d’entrepreneurs marginalisés par un système bancaire trop frileux. C’est par la technologie, et non par la seule coercition fiscale, que nous gagnerons la bataille de la transparence.
Le défi du mix énergétique : l’intelligence ou le déclin
Enfin, l’ambition de porter à 35 % la part des énergies renouvelables d’ici 2030 (contre à peine 4 ou 5% aujourd’hui, alors que la pays souffre d’un déficit énergétique structurel estimé à près de 60%), exige un saut qualitatif.
Le pilotage de cette transition, le couplage entre « Green Finance » et « Smart Grids », demande une expertise analytique que nous ne pouvons plus importer.
La Tunisie doit cesser d’être une simple consommatrice de solutions clés en main pour devenir un pôle d’ingénierie numérique régionale.
Le chemin vers 2030 est étroit. Il exige de rompre avec les vieux réflexes d’un État-providence à bout de souffle pour embrasser un État-stratège, agile et résolument tourné vers la modernité. Si nous manquons le virage de la souveraineté numérique, nous ne serons que les spectateurs passifs de notre propre déclassement.
* Ingénieur informatique, cadre d’une banque publique.
Lors de son passage dans le podcast Diwan El Bilad, Mohamed Jouili, professeur de sociologie et ancien directeur général de l’Observatoire national de la jeunesse, a abordé le phénomène des groupes Ultras en Tunisie.(Photo: Les ultras transforment les travées des stades en tribunes d’expression et parfois de contestation politique.)
Ce phénomène ne peut être appréhendé uniquement sous l’angle du hooliganisme ou du soutien fanatique aux équipes sportives, mais plutôt comme un phénomène social reflétant de profondes mutations dans les relations entre les jeunes et la société, ainsi qu’entre l’État et l’espace public, affirme Jouili, en expliquant que l’appartenance à ces groupes représente une forme d’expression de la jeunesse apparue en marge des cadres traditionnels, dans un contexte de défiance croissante envers les institutions et d’absence de moyens de participation.
«Le problème ne réside pas dans les Ultras eux-mêmes, mais dans la manière dont l’État les appréhendent», a souligné le sociologue.
Mohamed Jouili estime que le football en Tunisie a longtemps été «socialement stigmatisé», perçu comme un «signe d’échec social», ce qui l’a tenu à l’écart de la recherche universitaire.
Identité collective et organisation horizontale
«Quiconque se rendait au stade était considéré comme en échec scolaire ou social», explique Jouili, justifiant ainsi le manque d’intérêt scientifique pour ce phénomène.
Cette perception a cependant évolué avec les transformations sociétales et l’avènement de la mondialisation, l’attention se portant de plus en plus à ce que Jouili qualifie de «phénomènes mineurs», notamment la culture Ultra, qui est une forme d’organisation renvoyant à une identité.
Les groupes d’Ultras renvoient à une identité forte, supposant l’existence d’autres identités ou d’autres, sinon opposés, du moins différents que cimente un fort sentiment d’appartenance. Le fonctionnement de ces groupes est horizontal, loin des structures rigides. «Il y a un leader, mais pas d’autorité», a-t-il explique-t-il. Cette forme d’organisation explique la capacité des Ultras à perdurer et à se mobiliser.
L’appartenance à ces groupes se caractérise par la flexibilité (un jeune peut adhérer, partir et revenir), ce qui les distingue des affiliations traditionnelles à un parti ou un syndicat et les rapproche des mouvements de jeunes actuels.
Un contre-pouvoir dans le football
Jouili estime que les Ultras constituent un contre-pouvoir au sein du système footballistique, s’opposant aux directions des clubs, à l’argent et à la corruption.
«Ils donnent plus de valeur à l’équipe qu’aux joueurs, car les tribunes sont devenues un espace de création de sens, de spectacle et d’identité», explique le sociologue, en faisant constater que les stades se sont transformés en espaces urbains symboliques et que «ce qui se passe dans les tribunes est parfois plus important que le match lui-même». Ceci reflète la transformation du football en une arène sociale et politique informelle.
Mohamed Jouili établit un lien entre le mouvement des Ultras et la question de la démocratie, arguant qu’il incarne des valeurs telles que l’égalité, la participation et la justice, tout en se heurtant à un État qui ne reconnaît que les formes traditionnelles d’organisation. «En réalité, ils nous rappellent une démocratie qui n’existe plus dans la réalité», soutient le chercheur, qui souligne le paradoxe de l’ouverture des rues t de la restriction de l’accès aux stades, dans le contexte post-révolution de 2011 en Tunisie, estimant que l’approche sécuritaire a exacerbé la crise au lieu de la résoudre. «Un stade plein vaut mieux qu’un stade vide, à moitié occupé par les forces de sécurité», a-t-il ajouté.
Entre exclusion et inclusion
Exclure les Ultras et fermer les espaces organisés aux jeunes ne fait qu’attiser le ressentiment, affirme Jouili, en avertissant contre le traitement de ce phénomène uniquement comme un problème de sécurité, car cela revient à ignorer ses racines sociales et politiques.
Les Ultras demeurent le reflet d’une crise plus profonde qui touche la jeunesse tunisienne : une crise de représentation, de reconnaissance, de participation et de droit à l’espace public, en l’absence d’une approche globale permettant de comprendre le phénomène plutôt que de simplement le combattre.
On le surnomme Sar’oufa. C’est un trafiquant de stupéfiants sous toutes leurs formes. Il opérait même auprès des collégiens et des lycéens. Il a été arrêté hier soir, samedi 21 mars 2026, à son domicile sis au quartier de Jebel Lahmar, à la lisière nord de Tunis.
Lors de la perquisition effectuée à son domicile par les agents de la police judiciaire d’El Omrane, on a saisi d’importantes quantités de résine de cannabis (hachich) et une balance électronique.
Après consultation du parquet de Tunis, un mandat d’arrêt a été émis à son encontre, rapporte Mosaïque FM.
Curieux match, hier soir, samedi 21 mars 2026, au stade du Caire, qui a vu l’Espérance de Tunis plier dangereusement, en première mi-temps, face aux assauts répétés d’Al Ahly d’Egypte, avant de reprendre du poil de la bête, en seconde période, et terrasser l’ogre cairote en lui infligeant 3 buts et en terminant sur le score de 2-3 (4-2 sur les rencontres aller et retour).
Latif Belhedi
Curieux match, en effet, car les Egyptiens l’ont démarré sur les chapeaux de roue, inscrivant un but libérateur dès la 10e minutes par l’inévitable Mahmoud Trezeguet et en créant pas moins de 3 ou 4 occasions nettes annihilées par le brave Bechir Ben Saïd, dans un grand jour, et qui fut indiscutablement l’homme du match.
Avec un retard d’un seul but, cette première mi-temps s’est terminée avec le moindre dégât pour les protégés de Patrice Beaumelle, curieusement timorés et regroupés en défense, se laissant outrageusement dominer par des Cairotes à la fois entreprenants et fins techniciens.
La seconde mi-temps a commencé avec la même configuration avant que les Espérantistes ne se réorganisent pour faire monter le bloc et presser haut la défense adversaire. Et c’est là où le match a basculé : la défense d’Al Ahly, qui a montré beaucoup de fébrilité, n’a pas tardé à commettre des fautes que les Danho, Boualia, Tka et Sasse n’ont pas manqué d’exploiter.
Les Egyptiens, qui ont fourni d’énormes efforts en première mi-temps, ont vu leur condition physique baisser au fil des minutes et les changements effectués par leur coach danois n’ont pas réussi à inverser la tendance et à faire redémarrer une machine en baisse de régime.
A l’image du capitaine Mohamed Amine Ben Hamida, l’Espérance a plié devant Al Ahly avant de terrasser le club cairote.
Finalement, l’Espérance de Tunis a, méritoirement, validé son billet pour les demi-finales de la Ligue des champions de la CAF, en concrétisant sa supériorité à la 68e minute grâce à Florian Danho avant de doubler la mise, sur penalty indiscutable, obtenu par Houssem Tka et transformé par Mohamed Amine Tougaï (79e) et un heading dans la lucarne de Mostafa Shobeir, imparablement exécuté par Hamza Jelassi sur un corner dans le temps additionnel.
C’est la première fois de l’histoire des deux clubs que l’Espérance bat Al Ahly dans son fief du Caire et c’est aussi la première victoire des Espérantistes contre les Ahlaouis depuis six ans. Il était temps !
Les Sang et Or, qui ont terminé la rencontre en apothéose sous les acclamations de leurs supporters rassemblés hors de l’enceinte du stade (le match se déroulant à huis clos), affronteront en demi-finale le vainqueur de l’opposition entre Mamelodi Sundowns et le Stade malien. Avec la victoire du Caire, ils mettent fin à une longue période d’incertitude et lancent un défi aux autres grands d’Afrique : l’ogre Sang et or est sorti de sa tanière et retrouve toute son appétit.
Les États-Unis peuvent-ils réellement revendiquer une victoire face à l’Iran ? Entre démonstrations de force militaire et blocages stratégiques persistants, la politique menée par Donald Trump à l’égard de Téhéran suscite de nombreuses interrogations. Si Washington affirme avoir considérablement accru la pression sur la République islamique, les résultats observés sur le terrain apparaissent contrastés, voire limités, malgré leur ampleur en destructions d’infrastructures vitales.
Lotfi Sahli
L’un des objectifs implicites de cette stratégie consistait à fragiliser, voire renverser, le régime iranien. Malgré l’élimination de plusieurs hauts responsables, le pouvoir en place semble loin de vaciller. Les structures militaires, notamment les Gardiens de la révolution, fonctionnent de manière décentralisée, permettant une adaptation rapide aux pertes humaines. Contrairement à d’autres précédents historiques, comme l’Irak de Saddam Hussein, l’Iran ne s’effondre pas mais résiste, répond au feu par le feu et se reconfigure.
Sur le plan maritime, la question du détroit d’Ormuz illustre également les limites de l’influence américaine. Téhéran conserve la maîtrise de ce passage stratégique, restreignant l’accès des pétroliers de certains alliés de Washington tout en autorisant le transit d’autres, notamment ceux à destination de la Chine, qui contournent ainsi les sanctions en payant en yuans.
Concernant le programme nucléaire iranien, la situation reste incertaine. Les frappes conjointes menées par les États-Unis et Israël ont ciblé plusieurs installations sensibles, laissant penser que des stocks d’uranium ont été atteints. Toutefois, en l’absence de confirmation officielle de la part de Téhéran, il demeure difficile d’évaluer l’ampleur réelle des dommages. Si le programme semble affaibli, rien ne permet d’affirmer qu’il a été totalement neutralisé.
La protection des alliés du Golfe constitue un autre enjeu central. Sur le plan technologique, les systèmes de défense comme Thaad et Patriot offrent une capacité d’interception notable face aux missiles et drones iraniens. Néanmoins, ces dispositifs ne garantissent pas une sécurité absolue : des frappes continuent de toucher ces pays, entraînant à la fois des dégâts matériels et des pertes économiques récurrentes.
Par ailleurs, la stratégie américaine visait également à affaiblir ses deux principaux rivaux, la Chine et la Russie. Sur ce point, les résultats semblent contre-productifs. Pékin poursuit ses importations de pétrole iranien sans entrave majeure, tandis que Moscou bénéficie indirectement de la hausse des prix de l’énergie provoquée par les tensions régionales, renforçant ainsi ses revenus.
Dans ce contexte, Washington a récemment fixé un nouvel objectif stratégique : la prise de l’île de Kharg, par laquelle transite l’essentiel des exportations pétrolières iraniennes. Contrôler ce point névralgique offrirait un levier décisif dans les négociations. Pour mener cette opération, environ 5 000 Marines ont été déployés, mais celle-ci s’annonce particulièrement risquée. Les forces américaines font face à une menace constante, tant de la part des capacités balistiques et des drones iraniens que des milices chiites actives dans la région.
Au final, si la puissance de frappe américaine demeure incontestable et s’exprime avec une intensité rare, l’efficacité stratégique de cette campagne reste sujette à débat. L’Iran, malgré la pression, conserve des capacités de résistance et continue de peser sur l’équilibre régional.
Le tribunal correctionnel de Tunis a condamné, jeudi 19 mars 2026, un gang de trois femmes, spécialisé dans le vol à l’étalage, à trois ans de prison.
Les prévenus profitaient de l’inattention des commerçants, distraits par les clients, pour dissimuler la marchandise volée sous leurs vêtements, rapporte Diwan FM en citant une source judiciaire.
D’après le dossier, les prévenues ont déjà été condamnées pour vol et ont purgé des peines cumulées de plus de six ans de prison pour des faits similaires. À leur sortie de prison, elles ont repris leurs activités délictuelles.
Tous les bords du spectre politique s’accordent sur la nécessité vitale d’une réforme profonde de l’administration et de la gouvernance en Tunisie.Une rétrospective de près de trois quarts de siècle d’instrumentalisation de la loi et de l’administration à tous les niveaux pourrait pointer du doigt le pouvoir discrétionnaire laissé par la loi, les règles et les procédures aux décideurs à tous les niveaux, leur octroyant ainsi un pouvoir d’acceptation et de refus selon des normes très élastiques qui leur donnait notamment un droit de vie et de mort sur les entreprises.
Elyes Kasri *
L’usage de ce pouvoir discrétionnaire semble avoir eu trop souvent pour dénominateur commun la proximité politique, les affinités claniques et régionales et de plus en plus fréquemment une générosité sonnante et trébuchante.
D’autres décideurs consciencieux, car il en reste encore Dieu merci, craignant que cette marge discrétionnaire ne se retourne contre eux et ne leur soit reprochée pour une raison ou une autre et particulièrement en cas de changement de cap, se sont mis à adopter une posture défensive, conservatrice avec une interprétation strictement littérale des textes afin de se prémunir contre toute accusation de favoritisme ou d’abus de pouvoir.
Les appels à la révolution juridique et la refonte des institutions sont les bienvenus mais gagneraient par la même occasion à mieux encadrer ce pouvoir discrétionnaire qui a longtemps porté un grave préjudice à la crédibilité et à l’image de transparence et d’équité de l’Etat et de l’administration.
Une numérisation tous azimuts de l’administration et l’instauration de contre-pouvoirs efficaces dans tous les domaines serviraient non seulement à limiter les opportunités de détournement des lois et des procédures mais également à dissuader ceux qui s’efforcent de trouver la faille dans n’importe quel système.
Le génie tunisien s’étant avéré particulièrement vivace dans ce domaine car nous sommes entourés au nord par une culture sicilienne d’Etat parallèle, quoiqu’assagie relativement par des décennies de lutte contre les pratiques et réseaux mafieux, et au sud et à l’ouest par deux pays où les abus et les détournements de la loi sont devenus une culture nationale et même une deuxième nature.
Paradoxalement, la Tunisie s’ouvre de plus en plus et ne cesse de se rapprocher de ses deux voisins terrestres aux pratiques et orientations politico-économiques aux antipodes de ses valeurs, objectifs et ambitions.
Le solutionnement de ce paradoxe sera la condition sine qua non du succès et de la durabilité de toute réforme des lois et de la gouvernance en Tunisie.
Né en 1956, Jean-Baptiste Para est poète et critique d’art français. Il est rédacteur en chef de la revue littéraire Europe, fondée à Paris en 1923.
Il a reçu le prix Apollinaire pour son recueil La Faim des ombres (2006). On lui doit également des traductions de poètes italiens et russes. Son activité de traducteur a été récompensée par le prix Laure Bataillon, le prix Nelly Sachs et le prix Étienne.
Tahar Bekri
Déjà l’horizon fume comme un cheval échauffé.
Déjà le soleil s’émiette sur les pas de l’écuyère.
« Ma sœur aussi avait un grain de beauté sur la joue », dit l’homme en capote de soldat.
Le sable coule entre ses mains.
Le silence a vidé son cœur comme un œuf.
Il ne se souvient pas avoir entendu tomber la pluie
Sur la fenêtre en papier huilé.
Il se lève, coupe du genou les herbes hautes
Et s’en va jouer de l’harmonica dans le pigeonnier désert.
Ce samedi 21 mars 2026, à Vérone (Italie), l’Académie mondiale de poésie célèbre la Journée mondiale de poésie proclamée par l’Unesco, lors de sa 30e Conférence générale qui s’était tenue en 1999 à Paris. Le thème général choisi cette année pour cette célébration qui coïncide avec la commémoration du 25e anniversaire de la fondation de l’Académie, est «Où va aujourd’hui la poésie?» pour un échange entre des poètes, membres correspondants de l’Académie, en provenance de 10 pays. Nous reproduisons ci-dessous un résumé de l’intervention du Chancelier fondateur de l’Académie, le Prof. Mohamed Nadir Aziza connu sous son pseudonyme littéraire, Shams Nadir.
Mohamed Nadir Aziza
Chers amis, Nous voici, aujourd’hui, réunis à la veille de la commémoration du 25e anniversaire de l’Académie mondiale de Poésie pour essayer de répondre à une difficile question :«Que peut la poésie, aujourd’hui, au seuil de ce siècle brutalisé et de ce présent bousculé par la perte du sens, la montée des violences et des inégalités, l’uniformisation des comportements et des modes de vie, quand ce n’est pas par la stridence des bombes, des missiles et des drones qui détruisent bâtiments et habitants et étranglent le chant des oiseaux ?».
Deux Prix Nobel de littérature s’étaient déjà posé la question : Eugenio Montale se demandait : «La poésie est-elle encore possible ?» A quoi Jean-Marie Gustave Le Clézio répondait : «Le flot de la poésie continuera de couler ?»
Il est vrai que, malgré les épreuves, la poésie demeure, cette «animatrice du songe des vivants et cette gardienne de l’héritage des morts» comme la définissait Saint John Perse. Aux mots qui se sclérosent dans la vie quotidienne, la poésie répond en venant les tirer de leur assoupissement et de leur torpeur.
Dans son célèbre discours prononcé à Stockholm, lors de la remise du Prix Nobel de littérature, le grand écrivain, Albert Camus dont il est difficile de distinguer la poésie de la prose dans son écriture cristalline, disait : «Chaque génération se croit vouée à refaire le monde ; la mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande : elle consiste à empêcher que le monde se défasse.»
Quel rôle pour nous, les poètes, dans ce monde où le radeau de l’humanité tangue et où chancelle l’espérance ?
Comment clore l’histoire tribale des hommes marquée par les luttes entre les nations et les communautés ethniques ou religieuses ? Comment reprendre le fil d’Ariane pour nous aider à retrouver la sortie du Labyrinthe ? Comment réapprendre à jouer de la lyre d’Orphée pour redonner vie à notre terre meurtrie, empoisonnée par les pollutions de diverses natures et délivrer Eurydice des Enfers.
Pour essayer de peindre, avec les couleurs de l’arc-en-ciel, les murs gris de notre monde blême, mettons-nous à l’écoute de la leçon que nous prodigue un grand poète : le colibri des légendes amérindiennes, le plus petit oiseau du monde.
Un jour, disent ces légendes, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés observaient impuissants le désastre. Seul, le petit colibri s’activait, allant chercher inlassablement quelques gouttes d’eau avec son bec pour les répandre sur le feu.
Agacé par cette agitation qui lui semblait dérisoire, le tatou sort de sa carapace et interpelle le petit oiseau : «Colibri, tu n’es pas fou. Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre pareil feu !». Le colibri lui répondit : «Je le sais, mais je fais ma part».
A l’instar de ce sage des forêts, sur les débris de la violence déchaînée par la déraison qui nous encercle, sachons retrouver le geste ample du semeur pour parsemer de graines, de fleurs multicolores la terre, sève nourricière, afin de faire refleurir le printemps.
L’entraîneur danois d’Al Ahly, Jes Thorup, a confirmé en conférence de presse avant le match retour des quarts de finale de la Ligue des champions de la CAF contre l’Espérance de Tunis, ce soir, samedi 21 mars 2021, à 20 heures au stade du Caire, qu’il s’était entretenu avec le joueur Mohamed Ali Ben Romdhane au sujet de sa non-participation au match aller, affirmant avoir pris cette décision afin de le préserver de la pression liée à la rencontre.
Thorup a déclaré : «Ce n’est jamais facile de revenir dans son pays et son ancien club. L’envie de jouer est forte, mais nous devons privilégier l’intérêt de l’équipe et protéger le joueur.»
«Ben Romdhane est un joueur fantastique qui s’est bien entraîné, il sera donc dans le groupe samedi», a-t-il confirmé, laissant entendre qu’il pourrait jouer comme titulaire ou en cours de jeu.
Pour sa part, le gardien d’Al Ahly, Mohamed El Shenawy, a affirmé qu’une victoire contre l’Espérance de Tunis serait un beau cadeau d’Al Ahly à tous les Égyptiens pour l’Aïd El-Fitr, estimant que cette rencontre sera cruciale pour son équipe.
El Shenawy, qui parlait lors de la conférence de presse d’avant-match, a ajouté : «Les joueurs seront pleinement concentrés et, si Dieu le veut, nous l’emporterons. Ce sera le cadeau d’Al Ahly pour l’Aïd.»
Les joueurs de l’Espérance de Tunis, quant à eux, aborderont cette rencontre avec un avantage de 1-0 acquis à l’aller grâce à un penalty transformé par le défenseur Tougai. Ils joueront un match défensif et procèderont par contre grâce à la vélocité de leurs attaquants. Et dans cet exercice, ils ont souvent réussi.