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Tunisie : vers un ajustement de la production avicole après les pertes de cet été

06. September 2026 um 19:28

Le Groupement interprofessionnel des produits avicoles et cunicoles (GIPAC) achève le recensement des pertes enregistrées dans le secteur avicole à la suite de la vague de chaleur exceptionnelle et des coupures d’électricité survenues en juillet et août 2026. La période accordée aux éleveurs pour communiquer les données relatives à ces pertes expire lundi. Ces perturbations […]

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Tahar El Almi : disparition d’un économiste qui avait fait de l’analyse économique un espace de débat public

06. September 2026 um 19:24

Économiste, économètre, universitaire, enseignant-chercheur et chroniqueur, Tahar El Almi laisse une empreinte singulière dans le paysage économique tunisien. Pendant des années, il a fait de l’analyse économique un instrument de compréhension du pays et de ses mutations. Sa collaboration avec L’Économiste Maghrébin, qui aura donné lieu à 537 articles recensés dans ses archives, témoigne à elle seule de la place qu’il occupait dans le débat économique national.

La disparition de Tahar El Almi intervient alors que sa plume était encore active. Son dernier article retrouvé dans les archives de L’Économiste Maghrébin, publié le 3 septembre 2026, portait sur un sujet qui résumait parfaitement l’un de ses principaux centres d’intérêt : les relations entre politique monétaire internationale, financement de l’économie et souveraineté économique tunisienne. Intitulé « Ce que la politique monétaire européenne coûte à la Tunisie », le texte était signé par le « Dr Tahar El Almi, Économiste-Economètre Universitaire, Professeur Associé, Président-Fondateur de l’IAEF ».

Quelques jours seulement avant sa disparition, il continuait donc à faire ce qu’il avait fait pendant des décennies : observer l’économie, questionner ses mécanismes et surtout tenter de comprendre ce qu’ils signifiaient concrètement pour la Tunisie.

537 articles dans L’Économiste Maghrébin

Il est difficile de mesurer la contribution de Tahar El Almi au débat économique tunisien sans commencer par ce chiffre : 537 articles sont actuellement recensés sous sa signature dans les archives de L’Économiste Maghrébin. Ce nombre est considérable.

Il ne traduit pas seulement une longévité éditoriale. Il révèle une véritable continuité intellectuelle. Pendant des années, Tahar El Almi a accompagné les grandes évolutions de l’économie tunisienne à travers des analyses consacrées à l’inflation, au pouvoir d’achat, à la dette publique, à la politique monétaire, au financement de l’économie, au dinar, à la fiscalité, à l’investissement, aux entreprises, au système bancaire et aux marchés financiers.

Mais son regard ne s’arrêtait pas aux frontières tunisiennes. Le dollar, l’euro, la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne, l’OPEP, les marchés pétroliers, les tensions géopolitiques et les transformations de l’économie mondiale faisaient également partie de son champ d’analyse.

Son idée centrale était simple : la Tunisie étant une économie ouverte, aucun bouleversement international ne peut lui être totalement étranger.

 

Une formation entre Strasbourg et Tunis

Le parcours de Tahar El Almi est d’abord celui d’un universitaire. Les documents de référence consacrés à ses travaux le rattachent à l’Université Louis-Pasteur de Strasbourg, en France, ainsi qu’à l’Université de Tunis, notamment à l’ISG-Tunis et à l’Institut des Hautes Études de Tunis (IHET).

La Friedrich-Ebert-Stiftung, qui a publié certains de ses travaux, le présente comme maître de conférences à l’Institut de Hautes Études de Tunis. D’autres sources le présentent plus tard comme ancien enseignant-chercheur à l’ISG-Tunis et comme professeur associé à l’IHET. Cette double dimension — universitaire et praticien de l’analyse économique — explique beaucoup de sa démarche.

Il possédait les outils de l’économiste et de l’économètre, mais cherchait constamment à les appliquer aux problèmes concrets de l’économie tunisienne. Il ne concevait pas l’économie comme une discipline enfermée dans les amphithéâtres. Pour lui, les modèles, les statistiques et les indicateurs devaient permettre de mieux comprendre la réalité.

 

L’économètre derrière le chroniqueur

C’est un aspect important de son parcours qu’il ne faut pas laisser dans l’ombre. Tahar El Almi était d’abord un économiste-économètre. Ses analyses reposaient sur une attention particulière portée aux données et aux mécanismes macroéconomiques. Cette formation se retrouvait dans ses travaux universitaires, mais aussi dans ses interventions publiques et ses chroniques.

Même lorsqu’il écrivait pour un lectorat non spécialisé, il cherchait généralement à remonter des chiffres vers les mécanismes qui les produisent. Une hausse de l’inflation n’était pas seulement une statistique. Elle signifiait une dégradation du pouvoir d’achat.

Une hausse des taux n’était pas seulement une décision de banque centrale. Elle pouvait se traduire par un crédit plus cher, un investissement retardé, une entreprise fragilisée ou une croissance ralentie. Une dette publique n’était pas simplement un ratio rapporté au PIB. Elle était aussi une question de stratégie, d’investissement et de capacité future de l’État. Cette façon de relier les grandeurs macroéconomiques aux réalités quotidiennes constituait l’une des marques de son écriture.

Les salaires réels : une contribution universitaire majeure

Parmi ses travaux les plus importants figure l’étude consacrée à l’évolution des salaires réels en Tunisie avant et après la révolution, sur la période 2005-2015, réalisée avec l’économiste Ezzedine Larbi. Publiée par la Friedrich-Ebert-Stiftung en 2016, cette étude compte 116 pages dans sa version complète. Son intérêt dépasse largement l’analyse statistique des rémunérations. Les auteurs cherchent à comprendre la situation du salariat tunisien, l’évolution des rémunérations et du pouvoir d’achat avant et après la révolution, mais également à réfléchir aux conditions d’une nouvelle politique salariale compatible avec les impératifs du développement économique et social.

Ce travail illustre parfaitement la démarche de Tahar El Almi : mettre l’économie au service de la compréhension des transformations sociales. Le salaire réel était ainsi considéré non seulement comme une variable économique, mais comme un révélateur de la situation des ménages et de l’évolution du modèle de développement.

 

Un enseignant qui a formé plusieurs générations

L’autre dimension de son héritage est pédagogique. Tahar El Almi n’a pas seulement produit des analyses et des publications. Il a également enseigné et encadré des étudiants. Des travaux universitaires conservés dans différentes bases montrent son implication dans l’encadrement de mémoires et de recherches à l’Institut des Hautes Études de Tunis. Un mémoire de master consacré au financement des PME, par exemple, a été réalisé sous sa direction.

La Bibliothèque nationale de Tunisie conserve par ailleurs la trace de plusieurs interventions universitaires auxquelles il a participé en 2020, notamment autour de la crédibilité des politiques économiques et sociales, de la crise pandémique et du sauvetage des entreprises. Son activité d’enseignant ne doit donc pas être considérée comme un simple épisode de son parcours. Elle constitue au contraire l’un des piliers de son héritage : transmettre les outils permettant de comprendre l’économie.

 

L’Institut Africain d’Économie Financière

Tahar El Almi avait également cherché à prolonger cette activité au-delà de l’université. Il était président-fondateur de l’Institut Africain d’Économie Financière (IAEF-ONG). Dans des documents plus anciens, cette structure apparaît également sous l’appellation d’Association Africaine d’Économie Financière (AAEF-ONG).

Cette initiative correspondait à une ambition qui traversait son parcours : développer la réflexion économique et financière dans une perspective africaine, créer des espaces d’échange et rapprocher l’analyse académique des réalités économiques. L’universitaire devenait ainsi également animateur de débat et promoteur de réflexion économique.

 

La crise du Covid : l’économiste face à l’urgence

La crise sanitaire de 2020 fut un moment particulièrement révélateur de sa conception de la politique économique. Alors que la pandémie paralysait une grande partie de l’économie mondiale, Tahar El Almi plaidait pour un plan de sauvetage de 25 milliards de dinars sur trois ans afin de soutenir l’activité et l’emploi.

Cette proposition illustrait une conviction qui allait traverser ses analyses ultérieures : dans une situation exceptionnelle, les pouvoirs publics doivent pouvoir sortir des cadres ordinaires. Il accordait une importance particulière à la préservation de l’entreprise et de l’appareil productif.

Car pour lui, sauver l’économie ne signifiait pas simplement soutenir la demande à court terme. Il fallait préserver les capacités de production, l’emploi et l’investissement qui permettent à une économie de repartir.

 

Une lecture critique de la fiscalité

La fiscalité a également occupé une place importante dans ses analyses. En octobre 2024, commentant le projet de loi de finances 2025, il estimait que certaines mesures risquaient d’augmenter la pression fiscale sur les ménages et les entreprises sans offrir de contreparties suffisantes en matière de croissance. Il insistait notamment sur le risque de voir une fiscalité excessive décourager l’investissement et peser sur le pouvoir d’achat.

Sa réflexion s’inscrivait ici dans une tradition économique ancienne qu’il aimait rappeler : l’impôt doit financer l’État sans détruire les incitations à produire et à investir. C’est aussi dans ce type d’analyse qu’apparaissait son intérêt pour Ibn Khaldoun, dont la réflexion sur la fiscalité constituait à ses yeux une référence toujours actuelle.

 

La dette : un problème, mais surtout une question de stratégie

La dette publique fut probablement l’un des thèmes auxquels il revint le plus souvent. Dans une analyse publiée en février 2026, intitulée « Dette publique : le mirage de la catastrophe, ou comment la peur coûte plus cher que les chiffres », il refusait de réduire la question de la dette à un simple ratio comptable.

Son raisonnement était que la dette ne devient véritablement dangereuse que lorsqu’elle accompagne une incapacité à investir et à produire de la croissance. Autrement dit, le problème n’était pas uniquement le niveau de la dette. Il était aussi dans la capacité du pays à utiliser ses ressources pour créer les conditions d’une croissance future. Cette approche résumait assez bien sa philosophie économique : l’austérité comptable ne peut constituer à elle seule une stratégie de développement.

 

La Banque centrale et les limites de l’orthodoxie monétaire

La politique monétaire constituait un autre de ses grands terrains de réflexion. Tahar El Almi s’est régulièrement interrogé sur le rôle de la Banque centrale de Tunisie, son indépendance, les taux d’intérêt et l’arbitrage entre inflation et croissance.

En 2024, il avait notamment consacré une analyse à l’indépendance de la Banque centrale, estimant que cette notion méritait d’être réexaminée à la lumière des difficultés économiques tunisiennes. Cette position était cohérente avec son approche générale : la politique monétaire ne peut être considérée indépendamment de la politique économique globale.

Lutter contre l’inflation est nécessaire.  Mais si cette lutte se traduit par une contraction excessive du crédit, de l’investissement et de l’activité, elle peut également avoir un coût économique et social. Il cherchait donc constamment à mettre en évidence les arbitrages.

 

L’entreprise au cœur de ses préoccupations

Dans ses dernières années, l’entreprise tunisienne occupa une place croissante dans ses analyses. En juin 2026, dans un long « Décryptage » intitulé « Quand produire devient un acte de résistance », il dénonçait les contraintes qui pèsent sur les entrepreneurs, la pression fiscale, la concurrence de l’économie informelle et les difficultés administratives.

Son diagnostic était alors particulièrement sévère. L’économie tunisienne ne peut pas espérer créer suffisamment d’emplois si les entreprises qui doivent produire, investir et embaucher sont progressivement fragilisées. Cette préoccupation prolongeait d’ailleurs ses travaux plus anciens sur l’investissement, la croissance et la politique économique.

Chez Tahar El Almi, l’entreprise n’était pas seulement un agent économique : elle était l’un des principaux lieux où se décide la capacité d’un pays à créer de la richesse et de l’emploi.

 

Une écriture qui mettait les chiffres à hauteur d’homme

C’est peut-être là que réside l’une des spécificités de son style. Dans une chronique de mai 2026 intitulée « Quand la stabilité ne suffit plus à raconter la vie des gens », il mettait en évidence le décalage entre l’amélioration de certains indicateurs macroéconomiques et le sentiment persistant de difficultés chez les ménages.

Cette préoccupation était ancienne. Pour lui, une économie ne pouvait pas être déclarée « stabilisée » uniquement parce que certains indicateurs étaient revenus dans une zone plus favorable. Il fallait encore que cette amélioration soit perceptible dans la vie quotidienne.

La baisse de l’inflation n’est pas nécessairement une amélioration du niveau de vie. Si les prix ont fortement augmenté auparavant, leur stabilisation à un niveau élevé ne signifie pas que les ménages retrouvent leur pouvoir d’achat. Cette distinction, fondamentale pour comprendre la réalité économique, était régulièrement présente dans ses analyses.

 

2010-2025 : le regard rétrospectif sur les occasions manquées

En janvier 2026, il revenait sur quinze années d’évolution économique dans une analyse intitulée « 2010-2025 — L’écho des occasions manquées, entre Washington, Bruxelles… et Tunis ». Son regard portait sur les choix monétaires américains et européens, mais aussi sur les difficultés tunisiennes.

Une fois encore, son propos dépassait la simple conjoncture. Il s’interrogeait sur la capacité de la Tunisie à investir, à innover, à monter en gamme, à réformer son État et à restaurer la confiance des citoyens et des investisseurs. C’était une constante chez lui : chercher derrière la crise immédiate les causes structurelles qui la rendent possible.

 

L’international comme miroir de la Tunisie

L’un des mérites de ses chroniques aura été de montrer que la macroéconomie internationale n’est jamais très éloignée de la vie économique tunisienne. Lorsque la Fed modifie sa politique monétaire, cela peut modifier le coût du financement international.

Lorsque la BCE change de cap, cela affecte directement ou indirectement la Tunisie, notamment par le canal de l’euro, de la dette et des échanges. Lorsque le prix du pétrole varie, c’est toute l’équation énergétique tunisienne qui peut être bouleversée.

Lorsque le dollar se renforce, la facture de certaines importations augmente. Lorsque les marchés internationaux deviennent plus averses au risque, le financement des économies émergentes devient plus difficile. Cette pédagogie de l’interdépendance internationale était l’une des grandes qualités de son travail journalistique.

 

537 articles : une véritable chronique de l’économie tunisienne

Le chiffre des 537 articles prend ainsi toute sa signification. Ce n’est pas seulement une statistique éditoriale. C’est, en quelque sorte, une chronique parallèle de plusieurs décennies de l’économie tunisienne. À travers ses textes, on retrouve les grandes préoccupations économiques du pays :

  • les salaires et le pouvoir d’achat ;

  • l’inflation ;

  • la politique monétaire ;

  • la Banque centrale ;

  • la dette publique ;

  • le financement de l’État ;

  • la fiscalité ;

  • l’investissement ;

  • l’entreprise ;

  • l’emploi ;

  • les banques et les marchés financiers ;

  • le dinar ;

  • le dollar et l’euro ;

  • l’énergie ;

  • les relations avec les institutions financières internationales ;

  • et, plus largement, les rapports entre économie nationale et économie mondiale.

En 2021 déjà, L’Économiste Maghrébin le comptait officiellement parmi ses chroniqueurs, aux côtés de plusieurs grandes signatures du journal. Cette fidélité réciproque entre le journal et son chroniqueur aura donc constitué une véritable aventure éditoriale.

 

Jusqu’au bout de la plume

La dimension la plus émouvante de son parcours tient peut-être à la chronologie de ses dernières publications. En 2026 encore, Tahar El Almi publiait régulièrement. En janvier, il analysait les occasions manquées de la Tunisie.

En février, il revenait sur la dette publique. En mai, il s’interrogeait sur le décalage entre stabilité macroéconomique et réalité sociale. En juin, il défendait l’entreprise et la production. En juillet, il analysait l’OPEP et les transformations du marché pétrolier.

Et le 3 septembre 2026, dans ce qui apparaît comme sa dernière contribution sur les colonnes de L’Economiste Maghrébin, il écrivait encore sur la politique monétaire européenne et ses conséquences pour la Tunisie. Il aura donc, littéralement, écrit jusqu’aux derniers jours.

 

Un héritage qui dépasse les chiffres

Il serait pourtant réducteur de résumer Tahar El Almi à ses 537 articles. Son héritage est plus large. Il est universitaire, à travers son enseignement et ses travaux. Il est scientifique, à travers ses recherches en économie et en économétrie. Il est pédagogique, à travers les étudiants qu’il a accompagnés. Il est institutionnel, à travers l’Institut Africain d’Économie Financière. Il est enfin journalistique et citoyen, à travers plusieurs centaines de textes consacrés à l’économie tunisienne. Mais il est surtout intellectuel. Car Tahar El Almi avait une manière bien à lui de regarder l’économie. Il se méfiait des évidences. Il questionnait les orthodoxies. Il refusait les explications trop simples.

Et surtout, il rappelait régulièrement que derrière chaque taux, chaque ratio et chaque indicateur se trouvent des hommes et des femmes. Un taux d’inflation, c’est un pouvoir d’achat. Un taux d’intérêt, c’est un crédit plus ou moins accessible. Une dette, c’est une marge de manœuvre pour les générations futures. Une politique fiscale, c’est un arbitrage entre ressources publiques, entreprises et ménages. Une politique de change, c’est le prix des importations et la compétitivité des exportations. Une croissance, enfin, ce n’est pas seulement un chiffre : c’est la possibilité de créer des emplois et de donner des perspectives.

 

Une voix qui manquera à L’Économiste Maghrébin

Pour L’Économiste Maghrébin, sa disparition revêt une dimension particulière. Pendant des années, Tahar El Almi aura été l’une des signatures régulières du journal. 537 articles recensés : peu de chiffres résument aussi bien la profondeur d’une collaboration. Mais au-delà du volume, il y avait une fidélité intellectuelle. Il y avait le goût du débat. Le droit à la contradiction.

La volonté de comprendre les mécanismes économiques plutôt que de simplement commenter les chiffres. Et cette conviction, finalement très simple, que le rôle de l’économiste est aussi de participer au débat public.

Sa dernière contribution, publiée le 3 septembre, portait sur le coût de la politique monétaire européenne pour la Tunisie. Il y revenait sur la question de la dépendance financière et concluait, en substance, que la véritable souveraineté économique ne consiste pas seulement à pouvoir emprunter, mais à pouvoir vivre avec moins besoin d’emprunter.

Cette idée pourrait presque servir d’épitaphe intellectuelle. Réduire les dépendances. Restaurer la capacité de produire. Investir. Créer de la richesse. Préserver le pouvoir d’achat. Et surtout, retrouver la capacité de décider.

Tahar El Almi aura consacré une grande partie de son parcours à ces questions. Il laisse derrière lui des travaux, des étudiants, une institution, des analyses et, surtout, 537 articles qui continueront à témoigner de sa présence dans le débat économique tunisien.

Son œuvre restera ainsi une mémoire de l’économie tunisienne contemporaine : ses crises, ses espoirs, ses hésitations, ses occasions manquées, mais aussi ses possibilités. À travers ses écrits, Tahar El Almi continuera de dialoguer avec ceux qui chercheront à comprendre la Tunisie économique.

C’est sans doute la plus durable des formes de présence pour un universitaire et un économiste. Il disparaît, mais sa question demeure : quelle économie voulons-nous construire pour la Tunisie ?

Il manquera au site et au magazine de L’Economiste Maghrébin en particulier, mais surtout aux lecteurs et au débat public du pays.

Que sa mémoire demeure.

Hédi Mechri, Sahar Mechri et l’ensemble de la rédaction de L’Economiste Maghrébin présentent leurs condoléances les plus attristées à l’épouse, ses enfants et aux proches de Tahar El Almi. Et que son âme repose en paix!

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Textile euro-méditerranéen : La Tunisie mise sur une nouvelle synergie

06. September 2026 um 19:15

Une centaine d’industriels du textile euro-méditerranéen se sont récemment réunis à Tunis pour réfléchir sur les moyens de renforcer les synergies entre les acteurs de la filière dans la région. Face aux enjeux de compétitivité, de durabilité et de résilience, les opportunités sont nombreuses et pourraient ouvrir la voie à une chaîne de valeur euro-méditerranéenne […]

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Sicile-Tunisie : une exposition photographique célèbre une mémoire méditerranéenne partagée

06. September 2026 um 19:07

Les liens historiques, anthropologiques et ruraux unissant la Sicile occidentale et le sud de la Tunisie sont au cœur d’une nouvelle exposition photographique collective bilingue intitulée « Terres de Sicile et de Tunisie – Mémoire partagée », inaugurée samedi au musée Santa Caterina, situé au cœur du célèbre Cretto di Burri à Gibellina Vecchia (province […]

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Les publics de la culture : Permettre la rencontre, construire une continuité

06. September 2026 um 19:00

Un public ne se décrète pas. Il se rencontre, se fidélise, se construit peu à peu. Derrière chaque festival, chaque exposition ou chaque événement culturel, se joue ainsi une question moins visible que celle de la fréquentation : comment transformer une première rencontre en une relation durable avec la culture ? La Presse —Il y […]

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Incendie à Sfax : les pneus usagés compliquent l’opération d’extinction

06. September 2026 um 18:48

Le Lieutenant colonel Khalil Mechri, président de la direction régionale des opérations et du suivi à la direction des opérations de la protection civile, a déclaré que l’opération d’extinction de l’incendie qui s’est déclaré ce dimanche sur la Route de Saltnia, au km 17, dans la délégation de Sakiet Ezzit, dans le gouvernorat de Sfax, […]

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Ligue 1 : les résultats et le classement après la 3e journée

06. September 2026 um 18:48

Résultats des rencontres de la 3e journée du championnat de la Ligue 1 du football professionnel, disputées dimanche : Dimanche 6 septembre A Radès : Espérance ST 2 Mael Fernandez Monyebe (24), Youssef Belaili (67) AS Marsa 1 Nour Mani (36) A Sousse : Etoile du Sahel 1 Achraf Ben Dhiaf (55) JS Omrane 1 […]

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Relations tuniso-libyennes  Kaïs Saïed : « Chaque frère doit veiller scrupuleusement à la sécurité de l’autre »

06. September 2026 um 17:30

Le Président Kaïs Saïed s’est entretenu, mardi, par téléphone avec le président du Conseil présidentiel libyen, Mohamed El-Menfi. Un échange qui a permis de réaffirmer la solidité des relations tuniso-libyennes autour de deux axes majeurs, à savoir la sécurité des frontières et la fluidité de la circulation des personnes et des marchandises, ainsi que l’évolution de […]

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Sfax : incendie dans une usine de pneus usagés, six camions mobilisés

06. September 2026 um 17:18

es unités de la Protection civile à Sfax poursuivent leurs interventions pour maîtriser un incendie qui s’est déclaré dimanche après-midi dans une usine spécialisée dans le traitement des pneus usagés, située dans la zone de Hakuna, sur la route de la Sultaniya. Le sinistre s’est déclaré vers 14h05, a indiqué le directeur régional de la […]

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À la veille de sa présidence de la Ligue arabe, la Tunisie affiche ses priorités

06. September 2026 um 17:15

À la veille de l’accession de la Tunisie à la présidence de la 166è session du Conseil de la Ligue des États arabes au niveau ministériel, prévue lundi 7 septembre, le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, s’est entretenu dimanche au Caire avec le secrétaire général […]

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Experts : cinq minutes suffisent pour une douche

06. September 2026 um 17:00

Trois minutes pour se laver le corps et deux minutes supplémentaires en cas de lavage des cheveux : c’est la durée recommandée par un spécialiste britannique de l’environnement pour limiter la consommation d’eau sous la douche. Une recommandation qui intervient alors que la réduction de la durée des douches figure parmi les mesures simples permettant […]

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Messages de prison de Saâdia Mosbah

06. September 2026 um 10:50

Nous publions ci-dessous le témoignage prononcé par Affet Bent Mabrouk Mosbah, le 1er septembre 2026, à l’Hôtel de Ville de Bruxelles, en Belgique, dans le cadre de l’action menée par Protect Humanitarians en vue d’obtenir la libération de sa sœur Saâdia Mosbah, présidente de l’association antiraciste Mnemty. Il s’agit d’un dialogue recomposé, fait à partir d’extraits de lettres de Saâdia, suivis des réponses d’Affet. Au-delà du cas évoqué, celui d’une militante antiraciste condamnée à huit ans de prison, c’est la vie carcérale en Tunisie en général qui transparaît de ce témoignage poignant.  

Il faut parler, que cela se sache ! Je parle donc pour porter la voix de Saâdia Mosbah, ma sœur, aujourd’hui acculée au silence : le calendrier judiciaire et carcéral, hors normes, s’affolant en Tunisie, elle est dans la situation d’un grand nombre de martyrs de l’arbitraire.

Quelques dates :

• En 2013 est créée l’association Mnemty, mon rêve, en hommage au discours de Martin Luther King «I have a dream». L’objet de l’association est de lutter contre les discriminations raciales en Tunisie.

• En 2018, adoption de la loi criminalisant les discriminations raciales : Saâdia aura œuvré via Mnemty pour ce résultat, unique du genre dans la région et le monde arabe.

• En 2021- Un coup d’État est perpétré contre le parlement.

• En 2023 – Un pacte d’externalisation migratoire signé entre l’Europe et la Tunisie est ratifié à Tunis. Il fait des Tunisiens, contre rémunération, les garde-frontières européennes. […] En juillet de la même année, Saâdia, ma sœur, reçoit cependant, un prix des mains du démocrate Antony Blinken au sein des Nations Unies, pour son travail en matière de lutte contre les discriminations raciales. A l’aller comme au retour, sa valise est perdue, son portefeuille dérobé.

• Et le 6 mai 2024 – Un appel m’apprend que Saâdia est en détention préventive pour un motif inconnu ! Nos lettres, quand nous les recevons, ne se répondent pas, au vu du temps qu’elles mettent à nous parvenir ; elles sont décalées.

Voici des extraits chronologiques de nos échanges réels :

– 3 novembre 24, Saâdia à son fils : …Ce que je vis ici est surprenant et à peine croyable. J’ai appris la méfiance. Je sais le sens des mots méchanceté, mensonge, envie, vengeance, vol et j’en passe, hélas ! Tu peux donc imaginer mon désarroi… orpheline de toi, de ma vie, de mes amis et amies… On vit ici continuellement dans un brouhaha terrible. Nous sommes 57 depuis hier. Tu diras à Affet qu’elle est le plus bel héritage de nos parents.

– Saâdia, je sais combien toi et moi tenons à la verticalité héritée de nos géniteurs. Farès, ton fils, est un homme debout… Nous survivrons à cette période inattendue et pas facile.

– 10 novembre 24 : Nous sommes 61 dans la chambrée désormais. Il commence à faire très froid et l’eau est très froide, pas encore glacée. Sans commentaire. A la fin de l’année 2024, elles seront 95 détenues dans la même chambrée.

– 11 novembre 24 : Réveillée ce matin pour passer devant le juge d’instruction. Après deux heures d’attente, on me fait regagner la chambrée. Les autres détenues sont passées quand-même. Mon fils, réorganise ta vie sans moi, continue à vivre et à rêver.

Affet, petite sœur, je vais bien malgré tout ; je pense chaque jour à toi et à nos parents et quelque part contente qu’ils n’aient pas vu ces jours.

– Saâdia, c’est cela l’arbitraire. Il est étrange ce bonheur que je ressens, aujourd’hui, à la pensée qu’ils ne sont plus de ce monde, histoire de les préserver de notre épreuve. Bizarre sentiment qui consiste à se réjouir de l’absence de ceux que nous aimons.

– 1er décembre 24 : Affet, Pardonne-moi pour tous les tracas que je te fais subir. Ne t’inquiète pas pour moi : nous avons appris à nous adapter à toutes les situations. Nous sommes 79 dans la chambrée. En espérant que nous serons réunis pour les fêtes…

– Saâdia, la dignité dont tu fais preuve force le respect sans me surprendre toutefois. Dans certaines circonstances, une mère ne s’épanchera pas devant son fils. Nous sommes sœurs et je sais ce mutisme-là.

– 8 décembre 24 : … une carte de Nina datant de juillet m’est parvenue le 18 novembre. C’est le premier et unique courrier que j’ai reçu. L’espoir fait vivre dit-on. Saâdia, il ne s’agit plus de détention préventive, mais d’une torture blanche. Détenue, certes ; coupée de tous, pourquoi ? Dans quel but exactement ?

– 16 février 25 : … Nous devons nous souvenir que nos acquis peuvent nous être retirés. Soyons vigilants, car les droits ne s’offrent pas : ils s’arrachent… Plus que 4 jours avant le 3e rendez-vous avec le juge… Notre chambrée a été évacuée en raison des problèmes d’évacuation d’eau.

– Saâdia, tu ne le dis pas : il s’agissait de débordement des égouts publics. Ton transfèrement vers une autre prison s’est fait dans des conditions difficiles. Pour te faire sourire, sais-tu que l’architecte de la prison est… en prison ? Comme tout le monde. La PDG qui a licencié ton fils aussi…

– 29 mars 25 à son fils : Te voir à travers une vitre et te parler à travers un appareil, c’est tout simplement inhumain. Saâdia, ton fils, unique, parle peu de la souffrance qu’il ressent, mais il agit.

– 14 avril 25 : J’écris tout en sachant que mes lettres restent lettres mortes. Pourquoi ? … Un coup de poignard après chaque parloir où des détenues disent que leurs parents ont reçu leurs lettres. A Affet ma petite sœur, tout l’amour et plus encore.

– Saâdia, cette citation de Rainer Maria Rilke : «Car au fond, et précisément pour les choses les plus profondes et les plus importantes, nous sommes inqualifiablement seuls.»

– 25 avril 2025 à son fils : … Je ne compte plus le nombre de lettres que je t’envoie mais que tu ne reçois pas. Rien ne m’arrêtera : j’ai écrit, j’écris et j’écrirai encore et encore et encore. Ici on prend des mesures sanitaires importantes en prévention de la gale. On nous fera désormais chauffer le lait le matin. Je n’aurai plus à boire un verre d’eau chaude puisée dans la douche, mais je continuerai à prendre un verre d’eau chaude le soir à la place de la soupe. Mon mal de dents persiste malheureusement.

– Saâdia, c’est en relisant tes lettres que j’ai accepté d’entendre ta souffrance. Mon cerveau oblitérait les passages insupportables… la soupe était réclamée pour que vous mangiez chaud une fois par jour, en prévention des problèmes dentaires précisément. Un soir, une détenue a vu un lézard flotter dans son assiette. Je comprends pourquoi tu préfères l‘eau de douche à la soupe. Qui en voudrait ?

– 1er décembre 25 : … le froid n’arrange hélas, pas les choses ! … grâce à toi, je n’en souffre pas beaucoup. Ta super cape verte tombe à pic ; je ne la quitte plus, même la nuit je la mets sur la couverture. Finalement, je m’adapte sans pouvoir m’habituer… mon fils m’a dit que tu m’écrivais tous les jours, je n’ai rien reçu de toi. Une seule carte postale m’est parvenue, celle de Nina. … Le 22 décembre approche et je ne sais plus quoi penser. Ma santé est bonne encore et je peux tenir le coup grâce à votre soutien. Merci du fond du cœur, ma petite sœur.

Saâdia, tu ne dis pas qu’après ou pendant l’épisode des égouts, vous avez eu soif aussi, sous 48 degrés. Il ne s’agit pas que de froid.

– 22 décembre 25 : De retour du Tribunal de première instance de Tunis. 15h. Mon fils, je n’ai vécu que pour le moment où j’allais enfin pouvoir te voir, sentir ton odeur. Et j’ai pu te prendre dans mes bras. Quel bonheur ! Le monde s’est arrêté. La vérité éclatera et ta maman va être innocentée de toutes les fausses accusations.

– Saâdia, afin de ne pas t’inquiéter nous t’avions caché que ton fils avait été licencié. Tu l’as appris lors de la plaidoirie de son avocat. Cette séance au tribunal a arraché beaucoup de larmes lorsque tu t’es écriée : «Laissez-moi sentir mon fils !» Dans un sursaut d’humanité la juge t’a autorisée à l’embrasser, plus d’une année et demi après ta détention… toujours préventive.

– 5 janvier 26 : … comme si on m’arrachait un membre lentement pour faire durer la douleur. Je sais que je ne mérite pas tout ça. Qu’aurions-nous fait si tu n’étais pas ma sœur ? J’ai reçu la nouvelle du licenciement en pleine audience ; j’ai failli en perdre le souffle.

– Saâdia, ce que nous traversons est fait de silence : curieusement, je ne ressens ni le vide de toi, ni ton silence. Nous sommes issues du même ventre, nous aurons côtoyé la même enfance, la même jeunesse, la même maturité et, entamons ensemble nos prochaines années. Ton rire, tes colères m’accompagnent comme toujours. … Nous sommes indéfectiblement unies.

– 14 février 26 : Cela fait une année que je suis à la prison de Belli… Dans douze jours, j’espère être dans la salle d’audience… Pour ma dent je pense qu’il est trop tard.

– Saâdia, ta dent t’a été arrachée sans anesthésie… L’accès aux soins pour tous est calamiteux, criminel.

– 8 mars 26, journée de la femme : Ici, certaines pensent que c’est une fête. Saâdia, Simone de Beauvoir écrit : «N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question.»

Suit un extrait de la lettre publiée via son avocate, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes : «…21 mois sans jugement… Ma situation concerne aussi les mères en détention et les victimes de l’arbitraire… Raison pour laquelle, je plaide coupable d’être humaine. Il y a deux ans, à New-York, j’avais remarqué que celles et ceux qui défendent la dignité et les droits sont en danger ; ils ne sont pas toujours protégés par ceux qui en portent la responsabilité. Que faisons-nous pour protéger les défenseurs des droits ? Que faisons-nous pour que cessent les injustices ? J’ai honoré la Tunisie, j’ai honoré mon pays, où que je sois, même en prison. Et c’est ainsi qu’IL m’honore aujourd’hui ? Quel est le sens de ma détention ? Après près de deux ans, je peux mourir ici, loin de mon fils et des miens ; je me prépare à cette réalité. Debout. Je suis afro-tunisienne. Je suis fière de ce que je suis… je ne suis pas une criminelle. Je suis ici parce que la solidarité devient une tare. Parce que Mnemty, l’association que j’ai fondée pour lutter contre la discrimination raciale… Parce qu’un autre humaniste, Martin Luther King, ailleurs, a hurlé : I have a dream. J’ai donné mon temps, ma jeunesse, mes moyens à mon pays. Je le répète : Je n’ai jamais détourné quoi que ce soit, ni qui que ce soit…»

– Saâdia, Socrate t’accompagne : «Il vaut mieux subir l’injure que la commettre.»

– 5 juin 2026 : Affet, ma sœur. Enfin tes cartes me sont parvenues, c’est le premier courrier que je reçois de ma famille après plus de 25 mois de détention.… Les premiers mois, j’écrivais beaucoup, jusqu’au jour où l’on est venu me saisir mes cahiers numérotés de 1 à 6.

– Saâdia, je sais en partie ce que tu as rapporté dans tes cahiers : les agressions racistes, jusqu’à la blessure physique ; le manque de soins ; les humiliations. Dis, sœur, que caches-tu à ton fils pour l’épargner ? Je ne peux aller te visiter sous peine d’être arrêtée moi-même. Benjamin Constant : «L’unique garantie des citoyens contre l’arbitraire, c’est la publicité.» Nous en sortirons. Je vais parler…

Conclusion

Depuis son arrestation le 6 mai 2024, puis son incarcération, puis sa condamnation à huit années de privation de liberté, à être déchue de ses droits civiques, à une amende de plus de 30.000€, enfin à une confiscation de sa retraite – les sons de nos voix ne parviennent plus l’une à l’autre. Rien, absolument rien pourtant, n’entravera la force des âmes et du lien : ni les geôles, ni les murs, ni les silences, ni les sanctions financières. Je parle !

Affet Bent Mabrouk Mosbah, 1er septembre 2026

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Hausse du taux d’inflation de 0,3 % en août 2026 (INS)

06. September 2026 um 10:13

Aïe, mauvaise nouvelle pour le panier de la ménagère tunisienne: en août, le taux d’inflation a atteint 5,4 % alors qu’il était à 5,1 %, en juillet 2026. L’Institut national de la statistique (INS) explique cette hausse par l’accélération du rythme de progression des prix du groupe « Alimentation » (7,8 % en août 2026 contre 6,8 % en juillet 2026), des prix du groupe « Boissons et eaux minérales » (3,7 % en août 2026 contre 3,1 % en juillet 2026), ainsi que par la hausse des prix du groupe « Santé » (3,4 % en aout 2026 contre 2,7 % en juillet 2026).

En glissement annuel, les prix du groupe « Alimentation et boissons » ont augmenté de 7,5 %, suite à l’accroissement des prix de la viande de volaille de 16,5 %, de la viande ovine de 14,7 %, des fruits de 14,4 %, de la viande bovine de 13,6 % et du poisson frais de 10,9%. Les prix des huiles alimentaires ont, cependant, diminué de 4,3 %

L’INS fait également état de l’augmentation des prix des produits manufacturés de 4,7 % expliquée par la hausse des prix des produits de l’habillement et chaussures (+9 %) et des produits d’entretien courant du foyer (+5 %).

En ce qui concerne les services, leurs prix ont enregistré une progression de 4,3 % sur un an, progression due principalement à l’augmentation des prix des services d’hébergement de 15,6 %. Quant à l’inflation sous-jacente (hors produits alimentaires et énergie), il a connu, au mois d’août 2026, une légère hausse pour s’établir à 4,9 %, contre 4,8 % au mois de juillet 2026.

Pour ce qui est des prix des produits libres (non encadrés), ils ont augmenté de 6,5 % sur un an, alors que les prix des produits encadrés ont évolué, quant à eux, de 1,3 %.

S’agissant de l’indice des prix à la consommation, l’INS souligne indique qu’il a enregistré une hausse de 0,5 % par rapport au mois de juillet 2026, favorisée par l’accroissement des prix du groupe « Alimentation et boissons » de 2,4 % (en raison de renchérissement des prix des œufs de 12,9 %, des viandes de volaille de 11,4 %, des légumes de 3,9 %…), ainsi que des prix du groupe « Santé » de 0,8 % (suite à la hausse des prix des produits pharmaceutiques de 1,3 %). De même, les prix des groupes « Enseignement » et « Restaurants et hôtels » ont augmenté, chacun, de 0,9 %.

En revanche, les prix du groupe « Habillement et chaussures » ont baissé de 4,7 %, en raison des soldes d’été.

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Kmar Douagi crée les Éditions Métèque à Marseille

06. September 2026 um 09:47

À Marseille, une jeune maison d’édition a choisi un nom qui constitue déjà une prise de position : Métèque. Fondées en 2025 par la Tunisienne Kmar Douagi, les Éditions Métèque se définissent comme une maison indépendante dédiée aux écritures radicales, décoloniales et «indisciplinées». Leur catalogue revendique des textes poétiques, subversifs, islamo-politiques et insurgés, avec une volonté assumée de s’affranchir des limites du discours dominant.

Djamal Guettala

Le ton affiché par la maison est volontairement frontal. Métèque revendique une conception militante de l’édition et présente la circulation de ses livres comme une manière de participer à une «décolonisation» des imaginaires. Une posture qui tranche avec le langage généralement consensuel du monde éditorial.

Le projet prend racine à Marseille, ville où Kmar Douagi a commencé à écrire et qu’elle considère comme une maison choisie. Née à Tunis et installée dans la cité phocéenne, l’artiste, poétesse et éditrice avait auparavant cofondé en 2023 l’Uncivilized Collective, un espace éditorial et artistique consacré à la réappropriation des récits des peuples de la «majorité mondiale».

Le choix du mot «métèque» résume cette démarche. Historiquement utilisé pour désigner l’étranger installé dans la cité sans bénéficier pleinement des droits du citoyen, il est ici retourné contre sa charge d’exclusion. Le mot devient une identité assumée plutôt qu’une étiquette imposée.

Qui raconte qui ?

C’est la question centrale du projet. Le premier livre publié par Métèque est ‘‘République indépendante des immigré·es de Marseille’’, un ouvrage collectif consacré aux récits et aux expériences de celles et ceux qui font la ville depuis les trajectoires migratoires. Le livre a connu une deuxième réimpression en avril 2026, signe concret qu’une proposition éditoriale militante peut aussi rencontrer un lectorat.

L’enjeu dépasse le seul cas marseillais. L’ouvrage entend faire entendre des voix qui parlent depuis l’expérience migratoire plutôt que sur celle-ci.

Dans une partie de la littérature et de la production intellectuelle consacrées aux populations immigrées, celles-ci apparaissent encore comme objets d’étude, catégories sociologiques ou personnages de fiction enfermés dans des représentations stéréotypées. Métèque veut déplacer le centre de gravité : permettre aux premiers concernés de produire leurs propres récits, leurs contradictions et leurs imaginaires.

L’expérience de ce premier livre a également mis en évidence une difficulté moins visible : l’accès aux réseaux de publication. Un appel à textes ne touche pas nécessairement ceux qui pourraient y répondre. Encore faut-il voir l’appel, connaître les codes, fréquenter les bons réseaux et se sentir légitime pour se présenter comme écrivain.

Métèque envisage donc une démarche inverse : aller vers ceux qui écrivent sans forcément se définir comme auteurs. Une manière de considérer que l’absence de certains récits dans les librairies ne signifie pas leur inexistence, mais peut révéler l’absence de dispositifs permettant leur émergence.

Une équipe qui travaille aussi les frontières de la langue

Cette volonté ne repose pas uniquement sur la figure de sa fondatrice.

Métèque s’appuie sur un réseau de traductrices, traducteurs, correctrices et membres d’un comité de lecture issus de différents horizons. Zaynab Ghaïs-Mortada, Selen Okumuş, Aïda El Yassem-Mastari et Djenane Shafei participent notamment au travail de traduction anglais-français. Mustapha Slimani intervient entre l’anglais, l’arabe et le français.

Le comité de lecture rassemble également des profils venus de la littérature, des arts visuels, de l’architecture, de la recherche et de la création.

Cette organisation révèle une conception particulière du travail éditorial. Traduire n’est pas ici une simple opération technique : c’est décider quels textes doivent franchir les frontières linguistiques et intellectuelles.

Islam et anarchisme : un choix éditorial qui fait débat

Après ‘‘République indépendante des immigré·es de Marseille’’, le deuxième axe fort du catalogue est ‘‘Islam et anarchisme : relations et résonances’’, de Mohamed Abdou. Traduit pour la première fois en français, le livre explore les rapports entre traditions islamiques, pensée anarchiste et luttes décoloniales.

Le rapprochement peut surprendre dans un débat public où islam et anarchisme sont généralement présentés comme deux univers incompatibles. C’est précisément cette frontière que le livre entreprend d’interroger.

Pour Kmar Douagi, le choix est également personnel. Elle explique avoir longtemps été attirée par l’anarchisme sans parvenir à se reconnaître dans sa dimension athée. La découverte de l’«anarcha-islam» lui a permis de mettre un nom et une histoire intellectuelle sur une manière de penser l’émancipation dans laquelle elle se reconnaissait.

La publication du livre sera accompagnée d’une rencontre publique à Marseille, samedi 12 septembre à 17h30, la librairie Transit, 51 boulevard de la Libération, Mrseille.

Cette rencontre donne une dimension concrète au projet de Métèque : ne pas seulement publier des textes, mais créer les conditions de leur circulation, de leur lecture et de leur discussion.

Le troisième titre, ‘‘Khouya’’, de Chems Bakkali, prolonge cette démarche. Le livre est né d’une rencontre entre deux autrices publiées dans la revue Comme nous brûlons.

Pour Kmar Douagi, le texte de Bakkali a joué un rôle décisif dans la naissance même de la maison. Un texte qui donne envie de créer une maison d’édition pour pouvoir être publié devait naturellement devenir l’un des premiers livres de Métèque.

Trois titres, donc, et déjà une ligne lisible : publier ce qui manque, traduire ce qui reste difficile d’accès et faire émerger des écritures qui ne trouvent pas nécessairement leur place dans les circuits éditoriaux traditionnels.

Une bataille aussi économique

L’indépendance éditoriale ne se décrète pourtant pas. Elle se finance. Impression, distribution, diffusion, rémunération des auteurs : chaque étape représente un obstacle pour une petite structure. Métèque s’appuie notamment sur les précommandes, les souscriptions et le soutien direct des lecteurs.

Cette dimension économique est essentielle. Revendiquer une ligne éditoriale radicale suppose de pouvoir assumer les conséquences commerciales de choix qui ne répondent pas nécessairement aux attentes du marché. La solidarité devient alors une infrastructure de publication.

Le choix de Marseille n’est pas décoratif. La ville concentre une histoire faite d’immigration, de circulations méditerranéennes, de ségrégation urbaine et de solidarités populaires. Elle constitue, pour Métèque, un lieu d’ancrage autant qu’un laboratoire.

Depuis Marseille, la maison regarde vers Tunis, Alger, Casablanca et, plus largement, vers les différentes rives et diasporas qui composent la cité.

Son projet tient finalement dans une inversion : ne plus attendre que les récits minorisés soient validés par les institutions culturelles dominantes, mais construire les outils permettant de les publier directement.

Le catalogue reste jeune, mais sa trajectoire commence déjà à se dessiner. La deuxième réimpression de son premier livre, la traduction d’un texte consacré aux relations entre islam et anarchisme et l’arrivée de nouvelles écritures témoignent d’une maison qui cherche moins à occuper une niche éditoriale qu’à déplacer les frontières de ce qui peut être publié.

Dans une industrie du livre où les rapports de force déterminent aussi la visibilité des idées, les Éditions Métèque posent une question qui dépasse largement Marseille : qui a le pouvoir de raconter, qui décide des récits qui circulent et qui reste encore condamné à être raconté par les autres ?

À Marseille, Métèque a choisi sa réponse : ne plus demander une place, mais la prendre, écrire, publier et faire circuler les textes d’une rive à l’autre.

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TRIBUNE – La Tunisie a-t-elle besoin d’un Premier ministre ou d’un architecte de l’exécution ?

06. September 2026 um 08:24

À chaque fois que la perspective d’un changement à la tête du gouvernement se précise, le débat public se transforme rapidement en exercice de casting. Les noms circulent, les profils sont commentés, les réputations comparées. Pourtant, derrière la question de la personne, une interrogation autrement plus importante demeure : quel profil la Tunisie doit-elle désormais rechercher à la tête de son gouvernement ?

 

La question n’est pas théorique. Elle intervient au moment où le pays entre dans une phase décisive : celle de la mise en œuvre du Plan de développement 2026-2030. Après les diagnostics, les arbitrages, les annonces et les dispositifs de financement, le véritable enjeu devient celui de la transformation des décisions publiques en réalisations tangibles.

Autrement dit, le problème n’est plus seulement de savoir quoi faire, mais de déterminer qui peut faire faire, à quelle vitesse, avec quels moyens, selon quels indicateurs et sous quelle responsabilité. C’est à cette aune qu’il faudrait désormais évaluer tout profil appelé à diriger le gouvernement.

 

Le temps des plans cède la place au temps de l’exécution

La Tunisie ne souffre pas d’un déficit de diagnostics. Elle dispose de stratégies, d’études, de plans sectoriels, de rapports d’audit et de feuilles de route. Le problème apparaît lorsque ces documents doivent franchir le seuil de l’administration pour entrer dans celui de l’exécution.

Un projet peut être pertinent et pourtant rester bloqué par une autorisation. Une infrastructure peut être financée et ne pas avancer faute de coordination. Une réforme peut être décidée et perdre son efficacité dans les circuits administratifs. Un investissement peut être annoncé et demeurer suspendu pendant des mois à cause d’un enchaînement de procédures.

C’est précisément cette distance entre la décision et sa matérialisation qui constitue aujourd’hui l’un des principaux risques pour le Plan 2026-2030. Le prochain chef du gouvernement devra donc être jugé moins sur sa capacité à produire un programme supplémentaire que sur sa capacité à installer une véritable machine d’exécution publique.

 

Premier critère : savoir arbitrer

Gouverner consiste d’abord à arbitrer. Arbitrer entre les priorités budgétaires. Entre l’urgence sociale et l’investissement. Entre les différents territoires. Entre les administrations. Entre les exigences de court terme et les transformations structurelles.

La difficulté tunisienne ne réside pas uniquement dans l’absence de décisions. Elle réside aussi dans la dispersion des responsabilités et dans la difficulté à faire converger des acteurs qui disposent chacun de leur propre logique.

Le prochain chef du gouvernement devra donc posséder une véritable autorité d’arbitrage, fondée moins sur le pouvoir hiérarchique que sur la capacité à fixer des priorités, à trancher les blocages et à imposer une trajectoire commune.

 

Deuxième critère : comprendre l’économie comme un système

La prochaine étape exige également de sortir d’une lecture en silos. L’énergie ne peut être dissociée de la compétitivité industrielle. Les infrastructures ne peuvent être séparées de la logistique et des exportations. Les banques publiques ne peuvent être considérées indépendamment du financement de l’économie. Le capital humain ne peut être dissocié de la transformation technologique.

Le chef du gouvernement doit donc disposer d’une culture économique transversale, même s’il n’est pas lui-même économiste. Il doit comprendre les contraintes de financement, les mécanismes de l’investissement, les enjeux industriels, les chaînes de valeur, la compétitivité extérieure, la transition énergétique et la transformation numérique. Surtout, il doit être capable de relier ces dimensions dans une même architecture.

Le véritable enjeu n’est plus de financer séparément des projets. Il est de construire des écosystèmes productifs capables de générer croissance, emplois, exportations et recettes fiscales.

 

Troisième critère : transformer l’État en organisation apprenante

La gouvernance moderne ne peut plus se limiter au contrôle a posteriori. Un État performant doit savoir mesurer, corriger et apprendre. Cela suppose de renforcer le contrôle interne, l’audit, l’évaluation des politiques publiques, la circulation de l’information et la responsabilité managériale. Mais cela suppose également de dépasser une culture où le rapport de contrôle constitue parfois l’aboutissement du processus.

Le véritable indicateur de gouvernance devrait être ailleurs : combien de recommandations ont-elles été transformées en actions ? Combien d’actions ont-elles produit des résultats ? Et qui en est responsable ? Cette logique implique une évolution profonde de la culture administrative : passer de l’obligation de moyens à une véritable culture du résultat. La digitalisation peut ici devenir beaucoup plus qu’un outil de modernisation. Les données, les tableaux de bord et l’interconnexion des systèmes peuvent constituer l’infrastructure invisible d’un nouvel État capable de suivre en temps réel l’avancement de ses propres décisions.

 

Quatrième critère : maîtriser le dernier kilomètre

C’est probablement là que se joue la différence entre un gouvernement qui décide et un gouvernement qui transforme. Dans les grands projets publics, le problème n’est pas toujours le financement initial ou même la décision politique. Il apparaît souvent dans le « dernier kilomètre » : études insuffisamment préparées, autorisations, expropriations, marchés publics, coordination entre intervenants, capacités techniques des administrations, suivi des entreprises, réception des travaux.

Le prochain chef du gouvernement devra donc considérer l’exécution comme une discipline à part entière. Chaque projet stratégique devrait avoir un responsable clairement identifié, un calendrier, des jalons, des indicateurs, un budget, une cartographie des risques et une procédure d’escalade permettant de remonter rapidement les blocages au niveau approprié.

Ce qui manque souvent à l’État n’est pas nécessairement l’intelligence stratégique. C’est l’ingénierie du passage à l’acte.

 

Cinquième critère : savoir constituer une équipe

C’est peut-être le critère le plus important – et le moins visible dans les débats sur les personnalités. Aucun chef de gouvernement ne peut maîtriser simultanément l’énergie, l’industrie, les finances publiques, les infrastructures, la diplomatie économique, le numérique, l’agriculture, les affaires sociales et les enjeux territoriaux.

Sa compétence fondamentale doit donc être celle du chef d’orchestre. Il doit savoir choisir des ministres compétents, organiser la coordination interministérielle, déléguer, responsabiliser et surtout faire travailler ensemble des administrations qui ont trop souvent tendance à fonctionner en silos.

Le gouvernement de la prochaine séquence ne devrait donc pas être conçu comme une addition de ministères, mais comme une équipe projet autour de quelques priorités nationales mesurables.

 

Vers un “Government Delivery Office” tunisien ?

Cette évolution pourrait conduire à une innovation institutionnelle simple : créer, au cœur de la Présidence du gouvernement, une structure légère de pilotage de l’exécution – un véritable Government Delivery Office.

Sa mission ne serait pas de remplacer les ministères ni de créer une nouvelle bureaucratie. Elle consisterait à suivre les quelques dizaines de projets et réformes considérés comme prioritaires pour le Plan 2026-2030. Pour chacun d’eux : un responsable, un calendrier, des jalons, des indicateurs, un budget, des risques et un statut.

Vert : avance conformément au calendrier.

Orange : risque nécessitant arbitrage.

Rouge : blocage nécessitant intervention.

Une telle architecture permettrait de déplacer le centre de gravité de l’action gouvernementale : du suivi des décisions vers le suivi des résultats. Le chef du gouvernement disposerait ainsi non pas d’un énième rapport, mais d’un tableau de bord opérationnel lui permettant de savoir où l’État avance, où il ralentit et où il doit intervenir.

 

Le test des cent premiers jours

Le prochain gouvernement pourrait d’ailleurs être évalué sur une base beaucoup plus concrète que celle des déclarations de politique générale. Les cent premiers jours devraient permettre de répondre à quelques questions simples :

– Les priorités nationales sont-elles clairement définies ?

– Les responsables de leur mise en œuvre sont-ils identifiés ?

– Les projets stratégiques disposent-ils d’un calendrier réaliste ?

– Les principaux blocages administratifs ont-ils été cartographiés ?

– Les entreprises publiques et les banques publiques disposent-elles d’objectifs de performance explicites ?

– Un système de suivi interministériel fonctionne-t-il réellement ?

– Et surtout : les premiers résultats sont-ils visibles ?

Cette approche permettrait de réhabiliter une notion essentielle dans la vie publique : la redevabilité. Car une décision sans responsable est une intention. Une décision avec un responsable, mais sans calendrier est une promesse. Une décision avec responsable, calendrier et indicateurs devient un engagement public mesurable.

 

Le véritable casting est celui des compétences

Dans ce contexte, le débat sur les personnalités susceptibles d’accéder à la présidence du gouvernement est secondaire. Ce qui compte est de savoir si le profil retenu répond au cahier des charges de la nouvelle séquence.

Il faudra un profil capable de conjuguer autorité institutionnelle, culture économique, maîtrise administrative, capacité d’arbitrage, compréhension technologique et obsession du résultat. Mais surtout, il faudra un responsable capable de transformer ces qualités individuelles en capacité collective.

Car la Tunisie n’a pas besoin d’un homme providentiel capable de tout faire. Elle a besoin d’un chef de gouvernement capable de faire faire.

La nuance est fondamentale. Le premier cherche à concentrer les réponses. Le second construit une organisation capable de produire les réponses.

Le premier gouvernera par l’injonction. Le second par l’architecture, la responsabilité et la mesure.

 

Après le temps des annonces, celui de la livraison

La prochaine étape de la trajectoire tunisienne ne sera probablement pas gagnée par une nouvelle accumulation de plans, de commissions ou de déclarations. Elle se gagnera dans les détails : une autorisation débloquée, un appel d’offres lancé, un chantier livré, un investissement concrétisé, une entreprise publique redressée, une donnée enfin accessible, une réforme effectivement appliquée.

C’est là que se mesurera la crédibilité du Plan 2026-2030. Et c’est là aussi que se jouera la crédibilité du prochain chef du gouvernement.

 

La Tunisie n’attend peut-être plus un Homme providentiel. Elle attend enfin une architecture d’exécution.

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La Tunisie a besoin de 4 nouvelles centrales pour combler son déficit électrique

06. September 2026 um 08:18

Selon le secrétaire général adjoint de la Fédération générale de l’électricité et du gaz, relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Elyes Ben Ammar, la Tunisie aurait besoin de construire au moins quatre nouvelles centrales électriques afin de résorber le déficit enregistré durant les heures de pointe et éviter les coupures d’électricité intermittentes auxquelles la Société tunisienne d’électricité de gaz (Steg) est acculée depuis la mi-juillet en raison de la forte consommation induite par la climatisation en pleine canicule estivale.  (Photo: Centrale électrique de Sousse).

Habib Glenza

Le déficit de production au niveau des centrales relevant de la Steg atteindrait environ 2 000 mégawatts quotidiennement pendant les pics de consommation. Cette situation s’explique par plusieurs années de retard dans l’adaptation de la production à l’évolution de la demande et dans la réalisation de certains projets de centrales électriques, ainsi que la lenteur des procédures et des autorisations.

Les solutions conjoncturelles, notamment le recours au soutien de l’Algérie, ne suffisent pas à combler un écart de cette ampleur, estime le responsable syndical qui déplore, également, l’absence d’investissements significatifs dans le secteur énergétique depuis 2020 et avertit que l’été 2027 pourrait être encore plus difficile que celui de 2026 si le retard actuel n’est pas surmonté rapidement.

Les raisons des coupures de l’électricité

Les raisons des coupures de l’électricité en Tunisie sont multiples. L’une des raisons principales est la surcharge du réseau. Elle survient lorsque trop d’abonnés sont alimentés par un même circuit, ou quand la puissance demandée dépasse ce que le câble peut supporter. Chaque section de câble correspond à une capacité de courant maximale. Si un câble trop fin est utilisé pour alimenter un appareil puissant, il va chauffer excessivement jusqu’à fondre. 

Le réseau électrique tunisien a été conçu et réalisé, il y a plusieurs années, pour subvenir aux besoins d’environ 6 à 7 millions de citoyens. Aujourd’hui, la Tunisie compte environ 12 millions d’habitants et 15 millions voire plus pendant la saison estivale. Par conséquent, les câbles électriques vont chauffer jusqu’à fondre si le courant n’est pas immédiatement coupé. Tour cela peut conduire à un blackout                       

Confrontés à de sérieux problèmes techniques, les ingénieurs et agents de la Steg sont en train de faire un travail gigantesque pour pallier tous les problèmes et dangers liés aux surcharges du réseau électrique. Mais ils ne peuvent pas faire des miracles lorsque la demande outrepasse de beaucoup l’offre et que le réseau montre son insuffisance structurelle. Accuser certains d’entre eux de provoquer sciemment les coupures d’électricité pour susciter la colère de la population et la remonter contre le régime est pour le moins absurde et frappé du sceau de l’ingratitude.

Le solaire photovoltaïque s’impose aux opérateurs économiques  

Actuellement, la Tunisie n’a pas les moyens financiers nécessaires pour moderniser le réseau électrique ou encore créer de nouvelles centrales électriques ; elle doit donc réserver son réseau électrique, en priorité, aux besoins des abonnés des zones urbaines. Les hôpitaux, les hôtels, les écoles, les fermes agricoles, les industries lourdes, métallurgiques, manufacturières, agroalimentaires, les mines, les stations de carburants et de services, etc., doivent, sans tarder, opter pour l’énergie photovoltaïque avec stockage. Ce système autonome et fiable serait une bonne solution durable pour éviter les pertes humaines, matérielles et financières dues aux coupures électriques, notamment durant la saison estivale.

Aujourd’hui nombreux sont les pays dans le monde qui utilisent l’énergie photovoltaïque avec stockage même s’ils n’ont pas de problèmes de coupures d’électricité, et d’abord parce que l’énergie solaire est propre, ensuite parce qu’elle est gratuite dans un pays à fort ensoleillement comme la Tunisie. Certes, les équipements coûtent encore relativement cher à l’achat mais ils ne coûtent presque rien à la consommation, et puis ils constituent un investissement rentable à moyen et long terme.

On ne comprend pas d’ailleurs pourquoi ce secteur soit encore si peu développé en Tunisie, où l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (AMNE), créée pour promouvoir les énergies renouvelables, vient de fêter son 40e anniversaire. Qu’a fait cette agence en 40 ans ? Cette question est d’autant plus légitime que la part des énergies renouvelables ne dépasse guère 5 à 6 % du mix énergétique national qui reste très fortement dominé par les énergies non renouvelables.

Nous avons donc aujourd’hui un grand retard à rattraper, qui plus est, dans un contexte de déficits financiers aigus, de faible croissance allant de 1,5 à 2,5% par an et de baisse des investissements publics. Et nous n’avons à nous prendre qu’à nous-mêmes pour n’avoir pas pris le taureau du déficit énergétique par les cornes lorsqu’il a commencé à pointer du nez au début des années 2000, lorsque le taux de croissance annuelle du pays était de 5 à 6 %.

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Le poème du dimanche | ‘‘Un jour sans visage’’ de Fouad Rifka

06. September 2026 um 07:33

Fouad Rifka est poète, traducteur et enseignant de philosophie. Il est co-fondateur de la revue de poésie d’avant-garde, Sh’ir, en 1957.

Né en 1930 à Kalfoun, en Syrie, il s’installe à l’âge de dix ans avec sa famille au Liban où il poursuit ses études. Il reste, cependant, en marge, préférant garder sa liberté et évoluant vers une poésie méditative, soufie. Auteur de nombreux recueils, essais et d’une thèse de philosophie sur «La conception de la poésie chez Heidegger», il est traducteur de nombreux poètes allemands.

Il décède en 2011 à Beyrouth, enterré à Kalfoun, selon ses volontés.

Tahar Bekri

Fouad Rifkah et Tahar Bekri à Medelin, en 2009.

Un jour sans visage

Passe avec les herbes et le silence

Sous le passé et les étoiles vertes

Des vaisseaux s’égarent

L’ancre de minuit demeure sur l’avenir des morts

Sur le lit de l’amour

Si elle demeure

Si elle peut demeurer.

Là-bas

Près de la grande toile

L’histoire des noyés

Le regard à perte du regard

Une histoire pour la mer

Mille voix dans la bouche de la mer

Pour la pèche

Pour l’aube

Pour nous

Pour un homme sans devenir.

Traduit de l’arabe par Luc Norin et l’auteur

Revue Vagabondages, n°31, juin 1981.

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