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L’autoroute Donald J. Trump, colonne vertébrale du Sahara occidental

18. September 2026 um 08:57

«La voie express Tiznit-Dakhla a été baptisée Autoroute Donald J. Trump», l’annonce a été faite par Maghreb Arabe Presse (MAP), l’agence de presse officielle marocaine, quand elle a rendu publique une lettre envoyée par le roi Mohammed VI le 2 juillet 2026 au président américain pour annoncer sa décision. Le souverain y souligne vouloir ainsi remercier M. Trump pour sa «reconnaissance historique de la souveraineté du Maroc en 2020 sur son Sahara qui restera à jamais gravée dans la mémoire des Marocains. En hommage à ce témoignage d’amitié et de paix, j’ai pris la décision de baptiser l’une des infrastructures routières les plus importantes du royaume du nom d’Autoroute Donald J. Trump». L’ouvrage s’étend sur 1055 kilomètres, ce qui en fait la plus longue infrastructure routière d’Afrique. Suffisant pour satisfaire la folie de grandeur du président américain.

Imed Bahri

Il convient de rappeler qu’en décembre 2020, Trump avait apporté son soutien à un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine pour le Sahara occidental, en contrepartie d’une normalisation des relations du Maroc avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham.

Le magazine américain Politico a publié une enquête de Memphis Barker intitulée «L’avenir du Sahara occidental passe par l’autoroute Donald J. Trump», une voie de 1 055 kilomètres qui semble jouer un rôle inhabituel dans la stratégie du président pour le Moyen-Orient. Pour le Royaume chérifien, cette autoroute au nom du président américain qui a reconnu sa souveraineté sur le Sahara occidental est une illustration de la domination exercée sur ce territoire et du bras de fer que le royaume est en train de remporter à l’international concernant cet épineux dossier. 

Cette voie, anciennement connue sous le nom de Route Nationale 1, est la plus longue du Maroc et d’Afrique. Elle a été rebaptisée en l’honneur de Trump par le roi Mohammed VI, en signe de reconnaissance au président américain qui a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental en 2020.

Lors de son voyage sur cette route, qui porte encore son nom d’origine, l’autoroute Tiznit-Dakhla, dont la première phase débute dans la région de Guelmim-Oued Noun, le journaliste américain n’a remarqué ni le nom de Trump ni un drapeau américain. «Oui, j’en ai entendu parler dans les journaux», a déclaré le propriétaire d’un café routier où s’arrêtent les camions. Un autre homme, Ibrahim, a grommelé : «C’est la politique».

Barker indique que parmi tous les hôtels, lieux de divertissement et cryptomonnaies portant le nom de Donald J. Trump, aucun n’égale cette autoroute en termes d’importance géopolitique. 

Derrière le discours flatteur se cache un rêve plus grand

En 2015, le roi Mohammed VI annonçait son projet de construction d’une autoroute plus longue que toutes celles existantes dans le pays. Il affirmait que cette voie renforcerait la position du Sahara comme pôle économique et reconnecterait le Maroc à ses racines africaines mais elle poursuivait également un objectif plus ambitieux.

Dans le cadre du «Plan de développement des régions du Sud», nom officiel donné par le régime au Sahara occidental, le roi a présenté un plan visant à consolider le contrôle marocain sur le territoire. Il a également promis de construire des ports, de lancer des programmes de protection sociale et d’intégrer les Sahraouis au tissu social marocain.

Politico ajoute que derrière ce discours flatteur pour les Nations Unies se cache un rêve plus grand. Depuis que la France et l’Espagne ont abandonné leurs protectorats marocains dans les années 1950, la dynastie alaouite au pouvoir, dont le roi Mohammed VI est le vingt-troisième monarque, a une priorité : la reconquête du Sahara occidental.

La région est riche en ressources naturelles, du phosphate aux poissons mais cette volonté de reconquête du Sahara occidental trouve son origine dans le sentiment que les colonisateurs européens, en se retirant, ont tracé arbitrairement les frontières du Maroc, les jugeant trop étroites pour un pays dont la domination s’étendait autrefois au sud (à travers le Mali, la Mauritanie et le Sénégal) et à l’est (à travers des parties de l’Algérie actuelle).

Dans son discours de 2015 commémorant le 40e anniversaire de la Marche Verte, lors de laquelle 350 000 personnes ont franchi la frontière pour se réfugier au Sahara occidental et ont contraint l’Espagne, qui contrôlait le territoire depuis longtemps, à accélérer son retrait, le roi Mohammed VI a déclaré : «J’ai décidé de consacrer tous les moyens disponibles à la restauration de l’intégrité territoriale du Royaume». Grâce à ces dépenses massives, totalisant environ 8 milliards de dollars, il espère surmonter le principal obstacle qui freine encore l’expansion du Maroc à savoir la réticence du peuple sahraoui à rejoindre le Maroc.

Le Sahara occidental gardé par 100 000 soldats marocains

La région est le théâtre d’une guerre intermittente menée par le Maroc contre le Front Polisario, qui revendique l’indépendance du territoire. Les affrontements militaires se déroulent généralement à l’abri des regards, derrière une digue de sable de trois mètres de haut qui traverse le désert. Construite dans les années 1980 et toujours gardée par 100 000 soldats marocains, cette zone est l’une des plus minées au monde.

Dans sa lettre à Trump confirmant le nouveau nom de l’autoroute, le roi Mohammed VI a exprimé sa profonde gratitude. Il a écrit que la décision du président en 2020 de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental «restera à jamais gravée dans la mémoire des Marocains». En retour, le roi a normalisé les relations avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham, une mesure controversée dans un pays où la population soutient fortement la cause palestinienne. Cependant, cette initiative s’est avérée bien plus fructueuse.

Avant l’intervention de Trump, la question de la souveraineté définitive sur le Sahara occidental restait en suspens sous l’égide des Nations Unies, qui avaient tenté, sans succès, de réunir les conditions d’un référendum après avoir négocié un cessez-le-feu en 1991. Suite à la reconnaissance de Trump, la situation a commencé à évoluer en faveur du Maroc. La France, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Union européenne soutiennent désormais le projet du roi d’accorder «l’autonomie» au Sahara occidental sous son autorité. La plupart des États africains et arabes ont déjà donné leur accord.

En baptisant la route du nom de Trump, le roi a rappelé aux derniers opposants, notamment le Front Polisario et ses alliés algériens, le soutien de la Maison-Blanche à la revendication de souveraineté du Maroc. Le président américain a écrit sur Truth Social : «J’espère emprunter un jour cette grande route et j’espère bientôt!».

Politico a également indiqué que le Maroc interdisait depuis des années l’accès au Sahara occidental aux journalistes étrangers non accompagnés. En mai 2025, deux journalistes italiens, déguisés en touristes, ont été arrêtés à l’entrée de Laâyoune, capitale administrative de la région, puis conduits vers le nord et expulsés. Un journaliste espagnol avait subi le même sort quelques semaines auparavant.

Pourtant, les autorités marocaines ont récemment commencé à inviter des personnalités politiques occidentales à visiter la ville et la compagnie aérienne low-cost Ryanair propose désormais des «aventures marocaines» à Dakhla, la péninsule située à l’extrémité sud de l’Autoroute Donald Trump, qui se positionne comme une destination prisée des kitesurfeurs. À la surprise générale des Sahraouis, le réalisateur britannico-américain Christopher Nolan y a tourné des scènes de son film ‘‘Odyssey’’.

Une atmosphère pesante dans les «territoires du Sud»

Depuis des décennies, le gouvernement attire les Marocains vers le sud grâce à des impôts plus bas, des salaires plus élevés, des subventions sur l’alimentation et le carburant, et la promesse d’un meilleur niveau de vie. On estime aujourd’hui que la majorité des quelque 600 000 habitants de la région sont originaires du nord. Cela suffirait, si le droit de vote à un éventuel référendum était étendu aux personnes arrivées après 1974, comme le souhaite Rabat, afin de faire basculer le vote en sa faveur.

Memphis Barker a constaté une atmosphère pesante à Laâyoune, malgré les affirmations du gouvernement selon lesquelles tous ces investissements portent leurs fruits, même si les «territoires du Sud» ne représentent qu’un faible pourcentage de l’économie globale, estimé à environ 4% du PIB. Ce pourcentage est toutefois en augmentation, la région de Laâyoune a enregistré la plus forte croissance économique parmi les régions du pays en 2024, 7,4 %, selon les chiffres officiels. Elle affiche également le taux de pauvreté le plus bas du Maroc.

Le PIB par habitant s’élève à 74 000 dirhams (7900 dollars américains), soit plus de deux fois et demie celui de la région de Marrakech, qui attire chaque année un grand nombre de touristes. Les critiques soulignent que plus d’un tiers de cette somme est alloué aux forces de sécurité. Bien que l’on dise généralement que les Sahraouis qui se sont retirés de la vie politique ne subissent aucune discrimination sur le marché du travail, beaucoup peinent encore à trouver un emploi.

Le chômage dans la région a atteint 22% en 2024, un taux nettement supérieur à la moyenne nationale de 13%. Un Sahraoui a déclaré : «C’est une farce. Ils construisent tout ça mais nous n’en profitons pas. Ni du phosphate ni du poisson ni des tomates».

Dans le nord du pays, certains Marocains se demandent si toutes ces dépenses consacrées aux régions du sud n’ont pas contribué au désespoir qui s’est emparé d’autres parties du pays, poussant de nombreux jeunes à traverser la frontière à la nage pour rejoindre Ceuta.

Le mouvement indépendantiste du Sahara s’essouffle

Concrètement, le mouvement indépendantiste du Sahara occidental s’essouffle. En 2010, Rabat a écrasé le dernier grand défi à son autorité : un immense campement de protestation rassemblant 20 000 personnes aux abords de Laâyoune. Ses leaders étudiants sont désormais emprisonnés. Il ne reste du mouvement de protestation populaire dans la ville que des graffitis effacés à la hâte –«Libérez les prisonniers»– et de brefs rassemblements menés par des femmes, comme les chants qui ont suivi l’élimination du Maroc de la Coupe du monde en juillet.

Militairement, le Front Polisario est lui aussi en perte de vitesse. Il est impuissant face aux drones marocains, qui anéantissent facilement les combattants qui sillonnaient les dunes à bord de Land Cruisers équipés de lance-roquettes.

Le 28 juillet, l’ambassadeur des États-Unis au Maroc, Richard Duke Buchan, fut l’un des premiers hauts responsables américains à fouler le sol de Laâyoune. Sur sa plateforme X, il publia une photo de lui devant le grand et impeccable McDonald’s de la ville, accompagnée du message suivant : «Des tajines du désert aux doubles hamburgers américains, Laâyoune a tout pour plaire». Il conclut sa publication par : «Sahara marocain, j’adore !».

À terme, Rabat espère obtenir davantage –peut-être un consulat américain à part entière à Laâyoune– mais surtout, la poursuite du dialogue diplomatique pour résoudre le conflit persistant concernant le statut contesté du Sahara occidental.

Riccardo Fabiani, directeur pour l’Afrique du Nord à l’International Crisis Group, affirme que le projet de rattachement du Sahara occidental accapare «80 à 90 % de l’attention de tous les ministères» et que les pressions américaines détermineront la suite des événements étant donné que Washington est le principal interlocuteur sur la question du Sahara occidental aux Nations Unies et le renouvellement du mandat de la mission, prévu le 31 octobre, pourrait mettre un terme définitif à cette opération de maintien de la paix vieille de 35 ans.

Massad Boulos, envoyé spécial du président Trump pour les affaires arabes et africaines, mène des négociations directes et rares, entre l’Algérie, le Maroc et le Front Polisario. Il pourrait exercer une pression accrue sur les opposants à Rabat pour qu’ils acceptent le plan d’autonomie du roi, allant jusqu’à menacer de désigner le Front comme organisation terroriste, l’excluant ainsi de facto du processus de négociation. Il pourrait même relancer la demande du Maroc d’un vote sur le statut du Sahara occidental à l’AG de l’Onu, un vote que des années d’efforts diplomatiques ont déjà assuré au Maroc une victoire probable. Le mois dernier encore, la Colombie a déclaré son soutien total à la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

En 2021, Rabat a poussé 8 000 migrants à travers la frontière vers Ceuta pour protester contre la prise en charge médicale par l’Espagne de Brahim Ghali, le dirigeant de 76 ans du Front Polisario. Politico indique que le dernier afflux datant de cet été, bien plus important, semble être spontané cependant, la décision du Maroc de ne pas entraver le passage des migrants suggère une volonté de satisfaire et de plaire à la Maison-Blanche qui considère le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez comme l’incarnation de tous les maux de l’Europe : partialité anti-israélienne, soutien à l’immigration et insuffisance des dépenses de défense.

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Maroc-Israël : Moncef Marzouki critique la décision de son « deuxième pays »

18. September 2026 um 08:09

L’ancien président de la République tunisienne, Moncef Marzouki, a exprimé son opposition au rétablissement des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël, dénonçant une décision qu’il considère comme contestable sur le plan moral et préjudiciable aux intérêts du Maroc.

Dans une publication consacrée à cette décision, l’ancien chef de l’État tunisien réaffirme son attachement au Maroc, qu’il décrit comme son « deuxième pays », ainsi que son soutien à la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Il rend également hommage au roi Mohammed VI pour son soutien à la révolution tunisienne de 2011 et salue la solidarité du peuple marocain envers les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie.

Une opposition fondée sur la situation palestinienne

Dans son message, Moncef Marzouki estime que la décision marocaine intervient dans un contexte marqué par la guerre à Gaza, les violences en Cisjordanie et les tensions régionales. Il évoque également les actions israéliennes à Jérusalem-Est, ainsi que les interventions et menaces impliquant le Liban, la Syrie et la Jordanie.

L’ancien président tunisien considère que le renforcement des relations diplomatiques avec Israël constitue une décision « moralement condamnable » et politiquement dommageable pour l’image et les intérêts du Maroc. Il estime notamment que cette démarche pourrait profiter au gouvernement israélien, en particulier à Benjamin Netanyahu et aux ministres Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, à l’approche des élections israéliennes.

Marzouki critique par ailleurs le renforcement des relations bilatérales au moment où, selon lui, les liens de certains États arabes et musulmans avec Israël se sont refroidis. Il plaide pour une approche régionale axée sur la désescalade et s’oppose à l’extension de l’influence israélienne dans la région.

Le Maroc et Israël vers un échange d’ambassadeurs

La réaction de Moncef Marzouki intervient après l’annonce, le 16 septembre 2026, d’un accord entre le Maroc et Israël visant à élever leurs relations diplomatiques au niveau des ambassades et à procéder à un échange d’ambassadeurs. L’annonce a été faite à New York à l’issue d’une rencontre entre le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, son homologue israélien Gideon Sa’ar et l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz.

Les deux pays ont également annoncé leur intention de renforcer leur coopération économique, de finaliser des accords relatifs à la protection des investissements et à la prévention de la double imposition, ainsi que de rétablir les liaisons aériennes directes.

Lire aussi : Interview de Moncef Marzouki sur France 24 : Tunis hausse le ton et convoque l’ambassadrice de France

Cette évolution s’inscrit dans le cadre de la normalisation des relations maroco-israéliennes engagée en 2020, dans le contexte des accords d’Abraham négociés sous l’égide des États-Unis. Les représentations diplomatiques des deux pays étaient jusqu’alors maintenues au niveau de bureaux de liaison.

Le message de Moncef Marzouki met ainsi en évidence la tension entre le choix diplomatique du Maroc de renforcer ses relations avec Israël et les critiques liées à la situation palestinienne et aux équilibres régionaux.

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Marokko – Diplomatische Vertretungen mit Israel werden zu Botschaften aufgewertet

Von: maghreb
17. September 2026 um 19:30

IsraelNach einem Dreiergipfel in New York planen Marokko und Israel die Einrichtung von Botschaften, den Ausbau des Flugverkehrs und den Abschluss neuer Wirtschaftsabkommen. New York – Marokko und Israel haben vereinbart, ihre bisherigen Verbindungsbüros zu vollwertigen Botschaften aufzuwerten und künftig Botschafter zu entsenden. Die Vereinbarung trafen der marokkanische Außenminister Nasser Bourita und der israelische Außenminister […]

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Le Maroc et Israël décident d’élever leurs missions diplomatiques en ambassades

17. September 2026 um 14:45

Israël et le Maroc ont convenu de renforcer leurs missions diplomatiques en ouvrant respectivement des ambassades.

Lors de la réunion organisée sous les auspices des États-Unis le 16 septembre, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, et son homologue marocain, Nasser Bourita, « ont réaffirmé leur engagement à prendre une série de mesures visant à renforcer les relations entre Israël et le Maroc, notamment (…) l’élévation de leurs missions diplomatiques respectives au rang d’ambassade, ainsi que la nomination d’ambassadeurs ». C’est ce qu’il ressort d’un communiqué du ministère israélien des Affaires étrangères.

De même, est annoncé que des accords économiques seraient conclus entre les deux pays, avant la fin de 2026 ainsi qu’une extension des vols directs entre les deux pays.

A cet égard, notons que près de 20 000 touristes israéliens sont attendus au Maroc d’ici fin 2026, grâce à la reprise des vols directs entre Tel-Aviv et Marrakech, rapporte The Jerusalem Post.

Le Maroc est l’un des quatre pays arabes — avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan — à avoir normalisé leurs relations avec Israël en 2020, dans le cadre des Accords d’Abraham conclus sous la médiation des États-Unis.

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Edito. Rabat/Tel Aviv : Pourquoi ?

17. September 2026 um 14:32
Réunis mercredi 16 septembre à New York avec l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et son homologue israélien, Gideon Saar, ont arrêté une série de mesures. La plus importante reste…

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Etats-Unis | Pour Jared Kushner, seuls comptent I’argent et Israël

17. September 2026 um 07:30

Donald Trump a négligé les diplomates durant son premier mandat et encore plus durant le second, c’est à sa famille et à ses proches qu’il confie les dossiers sensibles et tant pis s’ils sont incompétents ! Alors que le secrétaire d’État Marco Rubio est marginalisé à tel point qu’on oublie qu’il existe, il s’occupe uniquement de l’Amérique latine, ce sont son ami homme d’affaires Steve Witkoff et surtout son gendre, affairiste lui aussi, Jared Kushner, qui ont la haute main sur les grands dossiers de la politique internationale. «Monsieur Gendre» n’oublie pas de s’engraisser au passage mais aussi, en grand sioniste devant l’Éternel, à veiller aux intérêts d’Israël.

Imed Bahri

Le magazine américain The New Yorker a publié une enquête de Dexter Filkins intitulée «La diplomatie du dollar de Jared Kushner» dans laquelle l’auteur estime que le gendre de Trump incarne ce profil de personnes à Washington pour qui la fonction publique constitue un moyen d’accéder à davantage d’opportunités pour augmenter sa fortune. 

Dans les dernières heures précédant la déclaration de guerre des États-Unis à l’Iran en février dernier, Kushner a rencontré des négociateurs iraniens à Genève, dans une tentative désespérée d’éviter un conflit qui a plongé la région dans le chaos et déstabilisé l’économie mondiale. Après la réunion, Kushner a déclaré aux journalistes que les négociateurs iraniens ne méritaient pas son temps : «Beaucoup de manigances. En gros, ils jouent avec nous sur tous les fronts, et le terrain est très, très glissant».

Un amateurisme diplomatique inquiétant 

Le gendre de Donald Trump, à l’apparence juvénile, s’est vu octroyer des pouvoirs extraordinaires ces dernières années. Avec Witkoff, l’envoyé spécial du président, il a été chargé de mettre fin aux guerres à Gaza, en Ukraine et partout où elles éclatent.

Kushner, 45 ans, n’accorde que peu d’importance à l’art de la diplomatie. Il estime que la connaissance de l’histoire de la région ou des détails des positions des parties négociatrices importe moins que l’écoute des différents points de vue et la recherche de compromis. Il affirme que les accords de paix sont comme des transactions immobilières, les deux impliquent des négociations ardues et parfois des tromperies. Les difficultés rencontrées par de nombreux diplomates avant lui, soutient-il, ne témoignent pas de la complexité des problèmes internationaux, mais plutôt des lacunes de ses prédécesseurs. En 2020, après la présentation par Trump de son premier plan de paix pour le Moyen-Orient, il déclare : «On me critique depuis deux ans pour ne pas avoir suivi leur approche. Si l’un d’eux avait réussi, je n’aurais pas à gérer cette situation».

Pourtant, ni Kushner ni Witkoff ne prêtent grande attention aux conseils des experts, même lorsqu’ils s’attaquent à deux dossiers complexes comme l’Iran et l’Ukraine. Ils négocient sans conseillers ni connaissance des détails de ces deux conflits.

L’auteur cite un diplomate au fait des négociations avec l’Iran, selon lequel, lorsque le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, a commencé à faire des concessions, les Américains n’ont pas pleinement saisi la portée des propositions. Ils ont consulté Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), mais ce dernier participait aux pourparlers en tant que tiers neutre. Un ancien responsable de la Maison-Blanche ayant travaillé sur le dossier nucléaire iranien a exprimé sa profonde frustration face à ce manque de préparation : «Les Iraniens sont venus vous présenter une proposition. Qu’est-ce que cela signifie réellement ? Quel impact aura-t-elle sur eux, à court ou à long terme ? Quelles sont les solutions alternatives ? ​​L’absence de conseillers techniques constitue une grave négligence».

«À en juger par les propos de Kushner et Witkoff, il est clair qu’ils ne maîtrisent pas grand-chose sur le plan technique», a déclaré Kelsey Davenport, experte en non-prolifération à l’Arms Control Association.

Israël impose et les Etats-Unis disposent

Un ami de Kushner s’est montré encore plus direct : «C’est un homme sympathique mais il est complètement déconnecté de la réalité». Inquiet, le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, s’est rendu à Washington pour tenter d’éviter la guerre. N’ayant pu rencontrer Trump, il s’est entretenu avec le vice-président J.D. Vance, un opposant déclaré à la guerre, qui a affirmé sur CBS «qu’un accord était à portée de main» mais Witkoff et Kushner ont alors annoncé à Trump que l’Iran refusait de capituler. L’attaque a commencé.

Au fur et à mesure que la guerre se déroulait, Kushner a avancé une justification surprenante pour attaquer les Iraniens : «Ils auraient pu, vous savez, se doter de l’arme nucléaire en quelques jours ou semaines s’ils s’en étaient donné les moyens». Cette justification était illogique. Depuis les frappes de 2025 contre les installations nucléaires iraniennes, l’AIEA n’avait trouvé aucune preuve de reprise du programme d’armement nucléaire.

En réalité, Trump a été poussé à la guerre par Benjamin Netanyahu qui pensait qu’une campagne coordonnée permettrait de renverser rapidement le régime iranien.

Lorsque les services de renseignement américains ont localisé les hauts responsables, Israël a lancé la frappe. Trump a alors décidé que les États-Unis ne pouvaient éviter la guerre, selon le secrétaire d’État Marco Rubio : «Une action israélienne était attendue et nous savions qu’elle entraînerait une attaque contre les forces américaines». Sept mois plus tard, Trump est toujours empêtré dans le conflit et confronté à une crise économique mondiale due à la fermeture du détroit d’Ormuz et aux pénuries de munitions essentielles.

Alliance du monde des affaires et de la politique

Pour tout autre envoyé présidentiel, les négociations avec l’Iran auraient eu des conséquences désastreuses mais pas pour Kushner, la guerre n’était pas sa priorité. Tout en négociant avec l’Iran, il gérait également des milliards de dollars d’investissements versés dans son fonds d’investissement privé par d’autres gouvernements de la région.

Tout au long de la présidence de Trump, Kushner a bâti sa carrière sur l’alliance du monde des affaires et de la politique. Il affirme que son expérience d’homme d’affaires contribue à ses efforts diplomatiques car elle lui permet de trouver des solutions novatrices à des problèmes généralement traités par des bureaucrates ingénieux.

À mesure qu’il parcourait le monde au service de Trump, son implication dans les affaires commerciales des pays où il opérait s’est accrue. Il représente une nouvelle génération de personnalités à Washington, pour qui la fonction publique devient un moyen d’amasser des fortunes colossales.

Ces deux dernières années, un groupe de personnes proches de la Maison-Blanche, parmi lesquelles les frères Witkoff, le conseiller en cryptomonnaies David Sacks et d’autres membres de la famille Trump, ont utilisé leurs fonctions officielles pour s’enrichir de milliards de dollars.

«Je les connais tous», déclare un ancien responsable américain qui était en poste au Moyen-Orient, qui ajoute: «Ils assistent aux réunions et mènent des affaires parallèlement à leur diplomatie. Ils disent : Assez parlé de cessez-le-feu. Nous avons cet hôtel que nous voulons construire ! Voilà le genre de politique étrangère que mène l’Amérique aujourd’hui».

Lorsque Kushner a quitté Washington après la fin du premier mandat de Trump, il était épuisé par quatre années de conflits internes et embarrassé par les émeutes du 6 janvier. L’auteur cite un ami qui affirme: «Jared et Ivanka ont délibérément choisi de se retirer et de ne pas apparaître comme les représentants de Trump».

La famille Kushner s’installe à Indian Creek, en Floride, où elle acquiert une somptueuse demeure de 24 millions de dollars construite sur une île privée, un havre de paix surnommé «le refuge des milliardaires». Kushner fonde sa propre société de capital-investissement, Affinity Partners, et met à profit ses relations pour constituer un portefeuille d’investissements lucratif. En 2024, il déclare : «À ce stade de ma vie, je souhaite me concentrer sur mon entreprise».

Avec le retour de Trump à la Maison-Blanche, ce dernier insiste pour que Kushner le rejoigne. Après quelques hésitations initiales, Kushner accepte et est envoyé avec Witkoff pour traiter des questions internationales, alors que l’influence des États-Unis est en déclin. Leur première étape est l’Ukraine, où ils présentent un plan de paix. Certains observateurs soupçonnent que la Russie a en réalité proposé aux Américains des accords commerciaux en échange d’un accord de paix favorable. «C’est l’opinion générale!», selon un ancien responsable américain.

Arrogance et suffisance héritées de son père 

Dexter Filkins a relevé que l’assurance de Kushner, que certains qualifient plutôt d’arrogance, s’est pleinement manifestée en 2024 lors d’une conférence à l’Université Harvard. Il y a dressé un bilan cinglant de plusieurs accomplissements diplomatiques majeurs des administrations précédentes : l’accord de Barack Obama visant à limiter le programme nucléaire iranien était «l’un des accords les plus stupides» jamais conclus, et les accords d’Oslo, qui définissaient en 1993 le processus de création d’un État palestinien, étaient un «échec total». Il s’est montré beaucoup plus élogieux envers son propre travail : «Je pense que mon bilan au Moyen-Orient est sans égal ces dernières années». Cette assurance a agacé les diplomates chevronnés. «Il est incroyablement sûr de lui et extrêmement arrogant», a déclaré un ancien responsable américain qui a travaillé avec lui.

Le sentiment de supériorité de Kushner remonte à son enfance à Livingston, une ville cossue du nord du New Jersey, au sein d’une famille juive orthodoxe. Son père, Charles*, avait amassé une fortune considérable dans le secteur de la construction. Malgré les généreux dons de Charles aux œuvres caritatives locales, son caractère suscitait le scepticisme. Un proche de la famille déclara: «Charles Kushner avait une très mauvaise réputation au sein de la communauté juive. Il était connu pour sa grossièreté et son avidité. Les Kushner sont réputés pour leur cupidité».

Une autre connaissance décrivit Kushner et son parcours universitaire médiocre comme «l’incarnation grotesque de celui qui a tout reçu». Malgré ses qualifications académiques modestes, Kushner fut admis à l’université Harvard après que son père eut promis 2,5 millions de dollars et les dons commencèrent à affluer dès son inscription.

À l’arrivée au pouvoir de Trump, Kushner est devenu une sorte de ministre sans portefeuille, travaillant sur des dossiers allant de la réforme du droit pénal à la renégociation des accords commerciaux. À l’instar du président, il avait tendance à s’appuyer davantage sur ses amis fortunés que sur les fonctionnaires. Un ancien haut responsable républicain proposa de recruter des experts en politique financière et monétaire mais Kushner refusa, déclarant : «Vous ne comprenez pas. Nous embauchons des milliardaires, des milliardaires!»

Israël, Israël et toujours Israël !

Kushner s’est rapidement concentré sur le Moyen-Orient, où il a contribué à mettre en œuvre une politique de soutien indéfectible à Israël. Il a grandi avec des convictions intransigeantes sur la région, et son père était depuis longtemps un donateur pour des causes israéliennes, notamment des organisations comme les Amis américains de la Yeshiva de Beit El**, qui soutiennent les colonies en Cisjordanie. Charles Kushner est également un ami personnel du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu depuis des décennies.

Trump et ses conseillers estimaient que l’Iran, principal adversaire des États-Unis au Moyen-Orient, avait bénéficié d’une impunité totale. Pour contenir ce pays, ils souhaitaient renforcer les liens avec l’Arabie saoudite, mis à rude épreuve sous Obama. Trump a chargé Kushner de rétablir ces liens. Les agences de renseignement américaines ont restreint l’accès de Kushner aux documents hautement classifiés, craignant que ses intérêts commerciaux ne le rendent vulnérable à une exploitation par des adversaires étrangers mais certains diplomates voyaient en son parcours un atout majeur pour le Moyen-Orient. À l’instar des monarchies du Golfe, les familles Trump et Kushner fonctionnaient essentiellement comme des entreprises familiales.

Les affaires de Kushner sont largement financées par le Etats du Golfe.

Des relations étroites avec les États du Golfe

Les relations étroites de Kushner avec les États du Golfe ont joué un rôle central dans les accords d’Abraham. Le New Yorker rappelle sa relation étroite avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le soutien apporté par l’administration Trump à l’ascension de l’homme fort de l’Arabie saoudite.

Après le départ de Trump de la Maison-Blanche, Kushner a continué de tirer profit de cette relation et des investissements qui en ont découlé, largement financés par des fonds du Golfe.

Un ami de Kushner affirmé au New Yorker que ce dernier est retourné à la Maison-Blanche lors du second mandat de son beau-père en partie parce qu’il pensait pouvoir aider Israël. Bien qu’il ait parfois évoqué l’amélioration des conditions de vie des Palestiniens, il n’a pas hésité à bafouer leurs intérêts pour garantir les accords d’Abraham. À l’université Harvard en 2024, il a déclaré que le meilleur endroit pour les Gazaouis serait probablement le désert du Néguev, en Israël. Il n’a pas expliqué comment ils seraient contraints de se déplacer ni s’ils seraient autorisés à revenir. Il a décrit Gaza comme «un lieu misérable construit par des ONG et des terroristes».

Le Moyen-Orient n’était pas le seul terrain où Kushner a prospéré, il a également mené des projets controversés en Albanie et ailleurs.

Pendant ce second mandat de Trump, il continue de s’enrichir. En 2025, de nouveaux investissements en provenance du Moyen-Orient ont contribué à une croissance de 30% de son fonds, atteignant plus de six milliards de dollars. Affinity Partners estime son taux de rendement interne annuel à 25%. Parmi ses projets figurent deux investissements majeurs en Israël : 110 millions de dollars dans le groupe Shlomo, une société de location de voitures et environ 300 millions de dollars dans Phoenix Financial, une compagnie d’assurance.

* Charles Kushner a été nommé ambassadeur des États-Unis en France par Trump lors de son second mandat. Il est en poste depuis le 11 juillet 2025.

** La Yeshiva de Beit El est une institution talmudique sioniste religieuse fondée en 1978 dans la colonie israélienne de Beit El, en Cisjordanie.

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Les dessous de la rupture entre l’Algérie et les Émirats

15. September 2026 um 08:59

L’Algérie a justifié la rupture de ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis par «une accumulation d’actes provocateurs et hostiles» sans pour autant révéler «ces actes». Aucune explication. En réalité, cette rupture n’est pas un différend bilatéral, c’est l’influence régionale grandissante de l’Axe Rabat-Abou Dhabi-Tel Aviv qui agace Alger, un axe concurrent et aux intérêts divergents. Le modèle d’influence des Émirats gagne en puissance alors le modèle traditionnel de l’Algérie est confronté à une pression grandissante et ses outils ne sont plus efficaces et adaptées au contexte régional actuel. L’architecture régionale est en pleine mutation et l’influence n’est plus dictée automatiquement par la taille du territoire. La donne a changé et les outils ont évolué. (Photo : Abdelmadjid Tebboune discute avec Mohammed Ben Zayed , lors du sommet du G7 en Italie le 14 juin 2024).

Imed Bahri

L’analyste politique marocain Amine Ayoub a publié une analyse dans Ynet Global, version anglophone en ligne du journal israélien Yediot Aharonot, dans laquelle il revient sur le divorce houleux entre Alger et Abou Dhabi. Selon lui, lorsque l’Algérie a ordonné à l’ambassadeur des Émirats de quitter son territoire sous quarante-huit heures, le 10 septembre 2026, et a annoncé des restrictions visant les aéronefs militaires et civils immatriculés aux Émirats —tout en exemptant les vols commerciaux jusqu’à la fin de l’année—, cette rupture a immédiatement mis en lumière un réalignement régional plus profond. Les déclarations officielles algériennes ont fait état d’une accumulation d’actes «provocateurs et hostiles», sans toutefois désigner un incident déclencheur unique.

Deux modèles de puissance régionale distincts

Abou Dhabi a exprimé ses regrets et a dit espérer que cette rupture pourrait, à terme, être annulée. L’absence d’une cause bien déterminée est, en soi, un élément révélateur. Il ne s’agit pas tant d’un différend bilatéral que d’une confrontation ouverte entre deux modèles de puissance régionale distincts, s’étendant de l’Afrique du Nord au Sahel et au Moyen-Orient au sens large.

L’Algérie s’appuie sur un modèle étatique fondé sur l’étendue de son territoire, ses ressources énergétiques, sa capacité militaire et une diplomatie formelle.

Les Émirats, quant à eux, opèrent selon un modèle en réseau, déployant capitaux, logistique, infrastructures commerciales et partenariats de sécurité ciblés bien au-delà de leurs frontières. Dans des environnements politiques fragmentés, ce modèle en réseau permet de générer un levier d’influence plus rapidement et avec plus de souplesse que le poids géographique traditionnel.

Cette différence est devenue de plus en plus manifeste à mesure que l’Algérie et les Émirats ont poursuivi des intérêts divergents sur plusieurs théâtres régionaux au cours des dernières années.

Le Maroc, ligne de fracture

Le Maroc en offre l’illustration la plus frappante. Pendant des décennies, la rivalité entre Alger et Rabat a été centrée sur la question du Sahara occidental, l’Algérie apportant un soutien de longue date au Front Polisario. La nature de cette confrontation bilatérale a changé en novembre 2020, lorsque les Émirats ont ouvert un consulat à Laâyoune, dans la partie marocaine du territoire contesté, et exprimé leur soutien à l’intégrité territoriale du Maroc. Cette initiative s’inscrivait dans le contexte de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël dans le cadre des Accords d’Abraham et de la reconnaissance, par les États-Unis, de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

Il n’en a pas résulté une alliance militaire formelle dirigée contre l’Algérie mais plutôt un réseau de plus en plus dense de partenariats qui se chevauchent. Parmi les exemples concrets, on peut citer les investissements émiratis dans les infrastructures et l’énergie au Maroc —notamment des projets majeurs dans les secteurs de l’eau et de l’électricité— ainsi que le développement, depuis 2020, d’une coopération industrielle et de défense entre Rabat et Tel Aviv.

La portée de ces initiatives dépasse le simple cadre économique. Selon Amine Ayoub, elles renforcent les capacités du Maroc, approfondissent ses partenariats extérieurs et confèrent à des acteurs tiers des intérêts croissants dans l’environnement stratégique entourant le Sahara occidental, autant de formes d’influence que l’Algérie ne peut aisément contrer par la diplomatie traditionnelle ou des pressions bilatérales.

Le Maroc ne fait plus face à l’Algérie en tant que voisin isolé. Cela s’inscrit dans un réseau en pleine expansion reliant Rabat, Abou Dabi, Tel Aviv et Washington. Pour Israël, cet aspect est crucial, car la relation avec le Maroc renforce sa présence stratégique et ses liens de défense vers l’ouest. La coopération avec Rabat étend l’influence d’Israël le long des façades atlantique et méditerranéenne de l’Afrique du Nord, selon des modalités inédites il y a dix ans.

La combinaison de la reconnaissance diplomatique, des investissements économiques et de la coopération sécuritaire a modifié l’équilibre des influences aux abords de la frontière occidentale de l’Algérie, sans pour autant nécessiter un pacte militaire formel.

Cette évolution a des conséquences concrètes sur la manière dont l’Algérie évalue ses options régionales et sur la façon dont les puissances extérieures interagissent avec le Maghreb.

Le Sahel, théâtre d’une rivalité plus profonde

Une évolution parallèle s’observe au sud de l’Algérie. Alger a longtemps considéré le Sahel comme un terrain privilégié pour la médiation diplomatique. L’Accord d’Alger de 2015 sur le Mali a marqué l’apogée de cette approche, fondée sur des négociations formelles entre États et des engagements institutionnels. Les coups d’État militaires survenus au Mali, au Burkina Faso et au Niger entre 2020 et 2023 ont bouleversé le paysage institutionnel sur lequel reposait la diplomatie algérienne.

Les nouveaux gouvernements militaires se sont montrés moins réceptifs aux médiations extérieures, perçues comme une entrave à leur souveraineté et plus ouverts à des partenariats alternatifs offrant des ressources sans les mêmes conditions politiques.

Des acteurs extérieurs proposant des ressources flexibles ont investi l’espace ainsi libéré. ​​Les Émirats ont apporté capitaux, projets commerciaux et capacités logistiques dans des zones où l’Algérie misait davantage sur la proximité géographique et une médiation fondée sur la souveraineté.

Dans la Corne de l’Afrique, les investissements émiratis dans les infrastructures portuaires, aériennes et de sécurité —notamment leur présence de longue date à Berbera dans le Somaliland— ont créé des canaux d’influence opérant largement en dehors des cadres traditionnels de médiation diplomatique. Ces relations confèrent à Abou Dhabi un accès concret et un levier d’action, même là où les institutions politiques formelles sont faibles ou fragmentées.

Ce contraste est également visible en Libye. L’Algérie a généralement privilégié les institutions formelles et les processus soutenus par l’Onu visant la réconciliation nationale. À l’inverse, les Émirats ont entretenu des liens plus étroits avec les forces militaires de l’Est associées à Khalifa Haftar, privilégiant des objectifs sécuritaires ciblés au détriment de règlements politiques globaux. Cette divergence d’approche ne relève pas de la simple tactique, elle reflète deux conceptions distinctes de l’exercice de l’influence dans des contextes politiques fragmentés où l’autorité de l’État est contestée ou incomplète.

Le cas du Soudan accentue cette même divergence. Les Émirats ont fait face à de graves accusations de la part d’enquêteurs de l’Onu et de Human Rights Watch concernant des réseaux assurant la logistique et le soutien aux Forces de soutien rapide (FSR), Abou Dabi dément fermement avoir apporté un tel soutien. Au-delà du différend sur ces accusations précises, cet épisode illustre une tendance plus large.

Dans des environnements politiques fragmentés, les capitaux, la logistique et les réseaux informels peuvent générer un levier d’influence plus rapidement que la médiation diplomatique traditionnelle. Pour l’Algérie, cela représente un défi majeur, alors que les États africains fragiles deviennent le théâtre d’une concurrence accrue pour l’influence extérieure.

Israël, bénéficiaire discret

L’auteur estime que l’angle israélien constitue l’élément le plus déterminant de cette rupture, bien qu’il faille l’aborder avec précaution. Il considère qu’Israël n’est pas à l’origine de la rupture entre Alger et Abou Dabi mais cette que rupture renforce une configuration régionale dans laquelle le Maroc et les Émirats sont de plus en plus liés à Israël, tandis que l’Algérie demeure en marge de ce réseau.

Les Accords d’Abraham ne se limitaient pas à de simples accords commerciaux bilatéraux. Ils ont jeté les bases de partenariats croisés dans les domaines du renseignement, de la sécurité maritime, de la défense aérienne et des technologies de défense. L’intensification de la coopération entre Israël, le Maroc et les Émirats a tissé une toile de plus en plus dense de relations sécuritaires couvrant certaines parties de l’Afrique du Nord.

Ces relations englobent une coopération industrielle dans le domaine de la défense, le partage de renseignements sur les menaces communes et une coordination des positions diplomatiques sur des questions régionales clés. L’Algérie, qui applique une politique stricte de non-normalisation et place la question palestinienne au cœur de son identité régionale, reste en dehors de ce réseau.

Et Washington dans tout ça !

La politique américaine doit éviter de considérer l’Algérie et les partenaires des Accords d’Abraham comme des piliers interchangeables de sa stratégie en Afrique du Nord. L’Algérie demeure un fournisseur d’énergie important pour l’Europe et conserve un rôle dans certains dispositifs de lutte antiterroriste. Toutefois, sa posture stratégique est limitée par une doctrine d’autonomie et par des liens étroits en matière de défense avec des fournisseurs non occidentaux. Selon les données du Sipri*, la Russie a représenté 48% des importations d’armes majeures de l’Algérie entre 2020 et 2024, alors même que le volume global des importations d’armes algériennes a diminué en valeur absolue sur cette période, chutant d’environ 73% par rapport au quinquennat précédent.

Dans son analyse, Amine Ayoub estime que Washington aurait tout intérêt à accorder une importance accrue au réseau Maroc-Israël-Émirats en tant que cadre émergent pour la sécurité régionale, le commerce et la coopération technologique, tout en maintenant un engagement pragmatique avec l’Algérie lorsque les intérêts américains l’exigent.

Il convient également d’encourager les partenaires à la prudence sur les théâtres d’opérations africains fragiles afin que les rivalités n’exacerbent pas les conflits et ne profitent pas, en fin de compte, aux acteurs hostiles.

L’objectif ne doit pas être d’isoler l’Algérie de façon permanente. Il s’agit de reconnaître que l’architecture régionale est en pleine mutation et d’aligner la politique américaine sur les partenaires les plus disposés et les plus aptes à approfondir la coopération concrète en matière de sécurité et d’intérêts économiques communs.

Un ordre régional en mutation 

La rupture entre l’Algérie et les Émirats ne signifie pas l’effondrement de la diplomatie arabe. Elle confirme que l’influence régionale ne se transmet plus automatiquement par la taille du territoire ou une hiérarchie formelle. Le pouvoir se génère de plus en plus grâce à la mobilité des capitaux, aux infrastructures commerciales, aux réseaux logistiques et aux partenariats de sécurité adaptatifs qui transcendent les frontières traditionnelles.

L’Algérie conserve des atouts considérables : son territoire, ses ressources énergétiques, une armée puissante et des décennies d’expérience diplomatique. Ces atouts demeurent pertinents. Toutefois, ils se traduisent moins efficacement en ce levier d’influence transfrontalier propre aux puissances agissant en réseau.

La rupture entre Alger et Abou Dhabi n’a pas engendré le nouvel ordre régional, elle a mis en lumière l’ampleur de l’érosion de l’ancien.

L’avantage dont bénéficie Israël ne réside donc ni dans une nouvelle alliance spectaculaire ni dans un gain militaire immédiat. Il tient à l’expansion constante d’un réseau stratégique dans une région où la position de l’Algérie est de plus en plus contestée. Dans la nouvelle configuration qui se dessine en Afrique du Nord et en Méditerranée orientale, le Maroc et les Émirats arabes unis renforcent leurs liens avec Tel Aviv, tandis que l’Algérie s’éloigne davantage de cette dynamique émergente. C’est pourquoi, selon Amine Ayoub, Israël s’impose comme le vainqueur discret.

* L’indice ou les bases de données du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) mesurent les dépenses militaires mondiales, le volume des transferts d’armes et la production d’armements à travers des rapports de référence.

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