Inédit. Des élus de l’aile gauche du Parti démocrate appellent l’administration Trump à mettre fin à son silence sur le programme nucléaire israélien, suspecté d’exister depuis les années 60, mais jamais confirmé par l’Etat hébreu.
C’est une première au pays de l’Oncle Sam. Dans une lettre inédite adressée lundi 4 mai 2026 au secrétaire d’État américain, Marco Rubio, un groupe de 30 démocrates à la Chambre des représentants exige de l’administration Trump plus de « transparence » sur le programme nucléaire d’Israël.
En brisant un tabou partagé depuis longtemps aussi bien par les démocrates que par les républicains à Washington, les élus de l’aile gauche du Parti démocrate demandent également la « fin du silence » de Washington et une application des mêmes normes de surveillance qu’aux autres pays de la région.
Cette initiative inédite intervient sur fond de critiques croissantes envers Israël de la part des démocrates américains, qui se sont quasi unanimement opposés à la décision de Donald Trump de se joindre à la guerre menée par Israël contre l’Iran ; sous prétexte que Téhéran chercherait à développer sa propre arme atomique par le biais d’un programme nucléaire civil de façade.
Le chef de la diplomatie américaine fera-t-il suite à cette requête ? Peu probable, vu que les gouvernements successifs aux États-Unis s’abstenaient de longue date de commenter la question du programme nucléaire de l’enfant chéri des Etats-Unis.
Faut-il y voir un tournant historique d’une partie de l’électorat américain qui exprime désormais sa lassitude du soutien aveugle et inconditionnel de Washington à l’Etat hébreu souvent au détriment des intérêts américains ?
Un silence complice
« Nous ne pouvons pas développer des politiques cohérentes de non-prolifération nucléaire au Moyen-Orient, y compris en ce qui concerne le programme nucléaire civil de l’Iran et les ambitions de nucléaire civil de l’Arabie saoudite, tout en maintenant une politique officielle de silence à propos des capacités en matière d’arme nucléaire d’un protagoniste central au conflit en cours », écrivent les élus démocrates, parmi lesquels Alexandria Ocasio-Cortez, figure emblématique de la gauche américaine.
« Les États-Unis reconnaissent ouvertement les programmes d’armes nucléaires du Royaume-Uni, de la France, de l’Inde, du Pakistan, de la Russie, de la Chine et de la Corée du Nord », ont-ils écrit. « Nous demandons qu’Israël soit soumis aux mêmes exigences que tout autre pays étranger et que le gouvernement américain parle ouvertement de ses capacités nucléaires potentielles, quelles qu’elles soient ».
Et de poursuivre : « Nous demandons à ce que vous exigiez qu’Israël se conforme aux mêmes normes de transparence que les États-Unis attendent de tout autre pays qui chercherait à développer ou conserver des capacités d’arme nucléaire ».
Enfin, les élus démocrates ont affirmé dans leur courrier que le Congrès « a la responsabilité constitutionnelle d’être pleinement informé de l’équilibre nucléaire au Moyen-Orient, du risque d’escalade de la part de l’ensemble des acteurs impliqués dans ce conflit, ainsi que des plans d’urgence de l’administration dans de tels scénarios. Nous ne pensons pas avoir reçu ces informations. »
Doctrine d’ambigüité délibérée
Rappelons à ce propos que pendant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux scientifiques juifs ont fui en masse l’Europe et les persécutions nazies. Parmi eux, certains ont participé au Projet Manhattan des Américains pour concevoir les premières bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, à la suite desquelles Ben Gourion, le premier président de l’Etat sioniste, comprit l’avantage dissuasif d’un armement nucléaire contre un environnement régional hostile.
Et c’est grâce à l’aide de la France qu’Israël développa dans le secret total un ambitieux programme nucléaire ayant abouti à la possession de la bombe nucléaire
Ainsi, selon les experts militaires, Tel-Aviv disposerait aujourd’hui de 80 à 300 ogives nucléaires capables d’être transportées par les missiles balistiques Jéricho, des sous-marins avec missile de croisière et des avions.
Toutefois, I ‘Etat sioniste conserve une posture délibérément ambiguë sur la question, en refusant de confirmer ou de démentir l’existence de son arsenal. Par conséquent, le pays n’a donc pas de doctrine d’emploi officielle, ne fait partie d’aucun traité de non-prolifération et refuse catégoriquement que ses installations nucléaires militaires soient contrôlées par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
La preuve ? En 1969, le président Richard Nixon, lors d’une rencontre avec la Première ministre Golda Meir, passe un accord secret qui reconnaît à Israël le droit de posséder la bombe nucléaire mais presse l’État hébreu de « ne pas faire d’introduction visible d’ogives nucléaires et de ne pas entreprendre d’essais nucléaires ». En contrepartie, les États-Unis s’engagent à lui livrer des armes conventionnelles. Cela afin de maintenir sa politique ambiguë sur la question nucléaire, et d’éviter une prolifération aux États voisins.
Rappelons enfin que la première révélation publique des capacités nucléaires d’Israël a été faite dans le Sunday Times du 5 octobre 1986, divulguant des informations transmises par Mordechai Vanunu, ancien technicien israélien de la centrale nucléaire de Dimona. En raison de la publication de secrets d’État, il écopa de 18 ans de prison pour trahison et espionnage.
Morale de l’histoire : On n’est jamais trahi que par les siens !
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