La Cave d’Al Hafsia : quand la littérature devient le tribunal des oubliés
Avec son premier roman, La Cave d’Al Hafsia (قبو الحفصية), paru aux éditions Cérès, l’écrivain et journaliste Mohamed Amine Ben Hlel signe une œuvre à la croisée du réalisme, du fantastique et du romantisme. Un texte dense mais accessible, dont la première présentation s’est tenue le 3 mai à la Foire internationale du livre de Tunis. L’écrivain revient pour L’Économiste Maghrébin sur la genèse de ce roman.
La Cave d’Al Hafsia est un roman sur les marginalisés qui n’ont pas trouvé justice de leur vivant et qui reviennent la réclamer depuis l’au-delà. Ce n’est pas un roman d’horreur : c’est un roman sur la violence qu’engendre l’injustice. La vengeance peut-elle devenir justice ? La société pousse-t-elle l’être humain à se muer en bourreau ? L’auteur donne une voix à ceux que l’Histoire a écrasés : fonctionnaires lésés, élèves détruits par la jalousie, travailleurs honnêtes sacrifiés, autant de figures ancrées dans une réalité douloureuse qui parle directement aux lecteurs. Les fantômes sont des victimes dont la voix n’a jamais été entendue, métaphore de tout individu qui se sent opprimé sans que personne ne l’ait écouté ni cru. La cave n’est pas un simple lieu : elle est la mémoire enfouie, les crimes passés sous silence, tout ce que nous refusons de regarder en face. Un roman qui trompe le lecteur jusqu’à la dernière page et l’invite à relire la première après avoir lu la dernière. D’ordinaire, l’Histoire est écrite par les vainqueurs. Celui-ci est écrit avec la voix des vaincus, une phrase qui fixe la Tunisie droit dans les yeux.
Le roman tourne autour d’un personnage central, Saïd Radhi, un homme qui menait une existence désordonnée et qui décide un jour d’en changer radicalement. C’est précisément cette décision qui l’amène, de façon fortuite, à faire la connaissance de trois fantômes, lesquels lui confient leurs histoires. Chacun d’eux est mort de manière tragique : le premier est lié à une affaire d’injustice impliquant un enseignant et ses élèves, dans un contexte de pénurie en eau potable, réalité bien connue où des entreprises privées contrôlent l’accès à cette ressource vitale. La deuxième est une jeune fille qui avait excellé dans son parcours scolaire et ses recherches scientifiques, avant d’être détruite par la jalousie et l’envie de son entourage. Le troisième est un homme intègre et loyal, dont la droiture même lui vaut d’être la cible de l’hostilité de ses pairs, au point de finir comme une dépouille abandonnée. Face à ces destins brisés, Saïd Radhi décide d’agir.
L’auteur a situé les événements du roman à Al Hafsia, et notamment dans une salle de boxe qui existait autrefois sous le nom d’An-Nasriya, un lieu ancré dans la réalité et qui joue un rôle symbolique central dans le récit.
Mohamed Amine Ben Hlel indique que le roman aborde plusieurs thèmes fondamentaux : l’amour, la justice, l’excellence et le mérite, notamment dans le domaine scolaire, mais aussi dans le monde du travail, où la compétence peut paradoxalement devenir un obstacle plutôt qu’un atout. L’œuvre conjugue ainsi une dimension réaliste, une dimension romantique et une dimension surréaliste relevant du réalisme magique.
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