Face au choc, le FMI appelle les gouvernements à la discipline et à la précision chirurgicale
Dans son rapport War in the Middle East: Economic Spillovers and Policy Challenges publié en avril 2026, le Fonds monétaire international refuse de se limiter au diagnostic : face à un choc énergétique et géopolitique d’une ampleur inédite depuis l’invasion russe de l’Ukraine, l’institution détaille avec une précision inhabituelle les réponses qu’elle attend des gouvernements de la région, en matière budgétaire, monétaire, financière et structurelle.
Sur le plan budgétaire, le FMI pose d’emblée un principe ferme : les gouvernements ne doivent pas céder à la tentation de soutenir la demande globale par un assouplissement fiscal généralisé ni rétablir des subventions énergétiques à large spectre. L’institution distingue nettement deux situations. Les pays disposant de marges de manœuvre budgétaires suffisantes peuvent laisser jouer les stabilisateurs automatiques et déployer, si nécessaire, des transferts monétaires ciblés et temporaires vers les ménages les plus exposés à la hausse des prix des matières premières.
Ceux qui ne disposent d’aucun espace budgétaire doivent s’assurer que toute mesure de soutien reste compatible avec la stabilité de leur dette, ce qui peut exiger une révision des priorités de dépenses et une mobilisation accrue des recettes fiscales. Les exportateurs de pétrole non directement affectés par la guerre doivent quant à eux épargner leurs recettes exceptionnelles plutôt que les dépenser, afin de reconstituer des marges face à l’incertitude mondiale.
Banques centrales : agir vite là où l’inflation dérape déjà
Sur le plan monétaire, le FMI reconnaît que la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires peut justifier une réaction rapide des banques centrales, mais que l’intensité de cette réaction dépend de la situation de départ de chaque pays. Là où l’inflation atteint déjà des niveaux élevés et où la politique monétaire reste accommodante, comme en Égypte où l’inflation devrait frôler 8 % en 2026 ou au Pakistan à 5,5 %, le FMI estime que la marge d’attente est limitée et qu’un resserrement s’impose pour ancrer les anticipations d’inflation.
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Les banques centrales qui ont déjà placé leurs taux nettement au-dessus du niveau neutre et maintenu l’inflation proche de la cible peuvent en revanche absorber une partie du choc d’offre sans réagir immédiatement. Pour les pays à taux de change flexible, le FMI recommande de laisser la monnaie jouer son rôle d’amortisseur, comme l’Égypte l’a fait en laissant la livre perdre 13 à 15 % de sa valeur depuis le début du conflit, tout en surveillant étroitement les risques de transmission de cette dépréciation à l’inflation.
Système bancaire : surveiller, anticiper, ne pas laisser la dette souveraine envahir les bilans
Sur le plan financier, le FMI demande aux superviseurs bancaires d’intensifier leur surveillance des risques de liquidité et de change, de scruter les expositions concentrées sur les secteurs les plus affectés comme le tourisme, le transport et le commerce, et d’empêcher les banques d’accroître excessivement leurs positions sur les dettes souveraines dans un contexte de hausse des rendements. Ce risque mérite une attention particulière en Égypte, en Jordanie, au Pakistan et en Tunisie, où les établissements bancaires détiennent déjà d’importantes parts de dette publique intérieure.
Sur le plan structurel, le FMI voit dans la rupture des chaînes d’approvisionnement régionales une occasion de repenser en profondeur les stratégies commerciales et énergétiques. L’institution recommande aux pays importateurs de diversifier leurs corridors d’importation de carburants, d’investir dans des capacités de stockage de gaz naturel liquéfié et de rejoindre des accords d’échange transfrontalier d’électricité.
Pour les pays du Golfe, le FMI insiste sur le développement de ports alternatifs, de pipelines de contournement et de corridors terrestres, afin de réduire leur dépendance aux nœuds de transit vulnérables. Renforcer la résilience des réseaux d’eau, d’énergie et de communications numériques constitue une priorité absolue pour des économies dont les systèmes de dessalement, qui fournissent plus de 40 % de l’approvisionnement en eau au Qatar, à Bahreïn et aux Émirats arabes unis, représentent un point de fragilité stratégique majeur.
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