Bien loin le temps où l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis étaient alliés et partenaires, coordonnant leur politique dans le Golfe. Ils étaient les deux pays les plus influents du Conseil de Coopération du Golfe. Ryadh par la superficie, la population et les immenses réserves pétrolières; Abou Dhabi par son dynamisme diplomatique et sa puissance financière inversement proportionnels à sa ta taille et sa population minuscules.
L’entente entre les deux pays a connu son apogée en 2011, à la suite du déclenchement des troubles à grande échelle dans le monde arabe quand Riadh et Abou Dhabi s’employaient à en préserver le Golfe.
C’est ainsi que des troupes saoudiennes et émiraties furent envoyées à Bahreïn pour mater le soulèvement qui avait fait vaciller le régime en place. C’est ainsi que les deux pays s’accordèrent sur la nécessité d’offrir une aide financière substantielle au maréchal Abdelfattah Sissi qui venait alors de mettre fin au régime désastreux de Mohammed Morsi. C’est encore ainsi qu’en 2015, les armées des deux pays se lancèrent dans l’opération militaire au Yémen contre les Houthis. Et c’est ainsi, enfin, qu’en 2017, Ryadh et Abou Dhabi imposèrent ensemble un blocus contre le Qatar, leur partenaire au CCG, accusé de soutenir nombre d’organisations terroristes.
La tension qui couvait depuis la normalisation des relations des Emirats avec Israël en 2020 s’est aggravée quand les Emiratis sont intervenus en 2023 dans le conflit soudanais. Et ce, en soutenant financièrement et militairement les « Forces de Soutien Rapide (FSR) » contre l’armée régulière du Soudan.
Puis la tension a éclaté violemment sur la scène publique en décembre 2025, quand l’aviation saoudienne est intervenue contre les combattants sécessionnistes du « Conseil de Transition du Sud », soutenus eux aussi financièrement et militairement par Abou Dhabi.
Même la Somalie et sa partie sécessionniste du Somaliland ont contribué à nourrir la tension entre Riadh et Abou Dhabi. Celui-ci, très actif au Somaliland, est soupçonné d’avoir facilité l’entrée en scène dans la Corne de l’Afrique d’Israël à la suite de la reconnaissance par Tel-Aviv de la province sécessionniste qui s’ouvre directement sur le Golfe d’Aden.
Même la guerre d’agression américano-sioniste contre l’Iran, qui a pourtant endommagé gravement les intérêts des deux pays, a contribué à tendre encore un peu plus les relations entre Ryadh et Abou Dhabi. La décision des Emiratis de quitter brusquement l’OPEP et l’OPEP+, s’ajoute à la longue liste saoudienne des griefs envers leur voisin.
Etonnamment, la décision des Emirats de se désolidariser avec les membres des organisations pétrolières a rendu publique la crise silencieuse qui couvait depuis quelque temps entre Alger et Abou Dhabi.
Dans un discours public, le président algérien Abdelmajid Tebboune a affirmé : « Nous avons de très bonnes relations avec tous les pays du Golfe, sauf un que je ne nommerai pas… ». Répondant à une question sur la décision émiratie de quitter l’OPEP, le président Tebboune à répondu sèchement : « C’est un non-événement. »
Beaucoup sont surpris de cette brusque montée de la tension entre Alger et Abou Dhabi. D’après des sources algériennes, « le gouvernement algérien détient des preuves irréfutables de l’immixtion des Emiratis dans les affaires intérieures de l’Algérie ».
Rappelons que depuis des années, le « Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie », établi en France, œuvre à séparer la Kabylie de l’Algérie. A cet égard, le 20 avril 2024, le dirigeant de ce Mouvement, Farhat Mhenni, proclamait, en France, « la renaissance de l’État kabyle, avec une formalisation de l’indépendance le 14 décembre 2025 ».
D’après des commentateurs algériens, « les Emirats financent ce mouvement séparatiste et cherchent donc à déstabiliser l’Algérie ».
Nombre d’analystes arabes et occidentaux estiment que les Emirats arabes unis, étant devenus un géant financier, se sont engagés dans des rôles et des missions qui dépassent largement leur taille réelle. Rappelant ainsi la fable de la Fontaine : « La grenouille et le bœuf »
Le problème est que ce rôle et ces missions consistent en des interventions souvent néfastes pour les pays en question. Le Yémen, la Syrie, la Libye, le Soudan et la Somalie notamment en sont témoins.
Les Emirats arabes unis sont sans doute libres de choisir de s’allier avec qui ils veulent. Mais que cela ne se fasse pas au détriment de la stabilité et des intérêts des pays arabes dont nombre d’entre eux ont souffert et souffrent encore des grandes ingérences de ce petit pays dans leurs affaires intérieures.
Les relations entre les Etats-Unis et Israël d’une part et les Emirats arabes unis d’autre part n’ont cessé de se développer ces dernières années, en dépit du génocide de Gaza, des crimes quotidiens des colons en Cisjordanie et de la guerre destructrice contre le Liban, sa population et ses infrastructures. A tel point que dans nombre de pays arabes, les réseaux sociaux ont baptisé Abou Dhabi « le cheval de Troie d’Israël dans le Golfe ».
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