Anis Jaziri : « L’avantage du COMESA est freiné par nos faiblesses logistiques »
Sept ans après la ratification par la Tunisie de l’accord du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) en 2018, le bilan commercial s’avère prometteur mais perfectible. Anis Jaziri, président du Tunisia Africa Business Council, dans une déclaration à l’Economiste Maghrébin, dresse un tableau contrasté de cette adhésion. Il souligne une croissance des exportations dépassant 8% vers certains marchés d’Afrique de l’Est, tout en pointant d’importants défis logistiques qui freinent encore le plein potentiel de cet accord.
Pour rappel, le COMESA, qui regroupe 21 pays africains dont la Tunisie, la Libye, l’Égypte, le Soudan, l’Éthiopie, Djibouti, le Kenya, la Tanzanie et la République démocratique du Congo, constitue un accord commercial datant des années 1990. L’adhésion définitive de la Tunisie, ratifiée en 2018, permet désormais aux produits tunisiens d’être exportés en exonération totale de droits de douane vers la majorité des pays membres. Selon Anis Jaziri , certains États appliquent encore des restrictions tarifaires, notamment l’Égypte et l’Éthiopie qui maintiennent un rabattement de 10%.
Pour lui, Cet avantage comparatif a permis aux entreprises tunisiennes de pénétrer pour la première fois des marchés jusqu’alors inaccessibles et de gagner en compétitivité. Les zones où la Tunisie a le mieux exploité cet accord demeurent le Kenya, le Rwanda et la Tanzanie, avec des taux de croissance des exportations dépassant 8% et même un doublement des volumes vers certaines destinations. Le secteur agroalimentaire s’impose comme le principal bénéficiaire de cette dynamique, avec une présence accrue de produits tunisiens dans les rayons de Nairobi et d’autres capitales de la région, notamment les pâtes, les tomates concentrées et le riz.
Les matériaux de construction constituent le deuxième secteur gagnant, avec l’exportation de robinetterie et d’équipements sanitaires vers ces marchés. Progressivement, d’autres filières rejoignent ce mouvement, incluant les disjoncteurs, les compteurs électriques, l’industrie mécanique et les énergies renouvelables, qui commencent à tirer profit de l’accord du COMESA pour élargir leur présence commerciale en Afrique de l’Est.
Malgré ces avancées, Anis Jaziri estime que les exportations tunisiennes pourraient être nettement plus importantes qu’actuellement. Le président du TABC formule plusieurs recommandations pour amplifier cette dynamique. La première concerne la sensibilisation des petites et moyennes entreprises tunisiennes à l’existence même de l’accord du COMESA, aux pays concernés et aux spécificités tarifaires de chacun. Selon lui, un déficit d’information persiste auprès des opérateurs économiques.
Le deuxième axe porte sur l’intensification des missions commerciales vers ces destinations. Si le Centre de promotion des exportations ( CEPEX) et le TABC mènent déjà des actions en ce sens, Anis Jaziri plaide pour une multiplication des délégations sur place afin de créer des synergies, nouer des partenariats, identifier des distributeurs et établir des représentants locaux pour les produits tunisiens. C’est selon lui la condition sine qua non pour développer véritablement les exportations.
Le principal obstacle identifié demeure néanmoins la logistique. L’absence de ligne maritime directe vers l’Afrique de l’Est pénalise lourdement les entreprises tunisiennes. Les délais de livraison oscillent entre 40 et 60 jours minimum, pouvant atteindre deux mois, ce qui affecte considérablement la compétitivité tunisienne sur le critère du délai. Si l’avantage comparatif reste important sur les coûts grâce à l’exonération douanière, le handicap logistique neutralise partiellement ce bénéfice.
Anis Jaziri appelle ainsi les autorités, notamment le ministère du Transport et le ministère du Commerce, à collaborer pour trouver des solutions permettant d’acheminer les produits tunisiens vers l’Afrique de l’Est de manière plus efficace. Cette amélioration logistique constitue, selon lui, le levier décisif pour transformer l’essai et exploiter pleinement le potentiel commercial de l’accord du COMESA.
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