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EuroMed Droits appelle à la libération immédiate de Mohamed Yousfi

09. September 2026 um 22:58

EuroMed Droits exprime sa profonde préoccupation à la suite de l’émission d’un mandat de dépôt à l’encontre du journaliste Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du site d’information Al Katiba, et appelle à sa libération immédiate.

Mohamed Yousfi a été arrêté alors qu’il se rendait dans les locaux de la radio Express FM pour participer à une émission radiophonique, puis placé en garde à vue.

Le jour de son arrestation, Mohamed Yousfi avait subi une intervention chirurgicale urgente. Malgré les douleurs importantes dont il souffrait, il a été interrogé et le juge d’instruction a ensuite émis, le mercredi 8 septembre, un mandat de dépôt à son encontre.

EuroMed Droits exprime sa profonde inquiétude face à cette affaire, qui s’inscrit dans une tendance croissante de restrictions systématiques visant les voix indépendantes et critiques, notamment les journalistes, les syndicalistes, les responsables politiques, les défenseur·e·s des droits humains et les acteurs de la société civile.

Les avocats de la défense ont notamment affirmé que le dossier ne contenait aucun document, aucune preuve, ni même le moindre commencement de preuve justifiant l’émission d’un mandat de dépôt à son encontre.

L’affaire de Mohamed Yousfi s’inscrit dans un contexte plus large de ciblage des journalistes tunisiens indépendants. D’autres journalistes sont actuellement détenus ou font l’objet de poursuites judiciaires, notamment Mourad Zeghidi, Borhen Bsaïss et Zied El Héni.

EuroMed Droits condamne également le climat d’intimidation, de stigmatisation et de diffamation visant les journalistes et les voix critiques, et souligne que ces pratiques sont contraires à la liberté de la presse et au droit des citoyen·ne·s d’accéder à l’information.

EuroMed Droits appelle les autorités tunisiennes à :

  • Libérer immédiatement Mohamed Yousfi et poursuivre l’enquête à son encontre en état de liberté ;
  • Garantir le respect de la présomption d’innocence, des droits de la défense et du droit à un procès équitable ;
  • Mettre fin à l’utilisation abusive du droit pénal contre les journalistes en raison de l’exercice de leur profession et de leur droit à la liberté d’expression ;
  • Garantir un environnement sûr et indépendant permettant aux journalistes d’exercer leur profession sans menaces, intimidations ni poursuites arbitraires.

Communiqué

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La FTF solidaire d’Hannibal Mejbri après son intervention chirurgicale

09. September 2026 um 22:48

La Fédération tunisienne de football (FTF) a exprimé sa solidarité et ses vœux de prompt rétablissement à l’international tunisien Hannibal Mejbri, suite à sa récente blessure et à l’intervention chirurgicale qu’il a subie.

Dans un communiqué officiel publié ce mercredi 9 septembre 2026, la FTF a tenu à apporter tout son soutien au joueur dans cette épreuve, tout en saluant « la détermination et la hargne qui le caractérisent sur le terrain ».

La FTF affirme par ailleurs être convaincue que le milieu de terrain saura faire preuve de la même force de caractère pour surmonter cette phase de convalescence.

La même source a enfin réaffirmé qu’elle restait aux côtés du joueur, déchirure musculaire, ainsi que de l’ensemble des supporters tunisiens, impatients de le revoir au plus vite sur les pelouses sous le maillot national.

Y. N.

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Affaire Mrabet | Deux nouveaux suspects arrêtés, l’enquête se poursuit

09. September 2026 um 22:10

Les agents de la Brigade centrale de lutte contre les stupéfiants de la Garde nationale de Laouina ont interpellé deux autres individus dans le cadre de l’affaire liée à l’avocat Ghazi Mrabet.

L’enquête pour trafic de drogue et de blanchiment d’argent se poursuit indique une source judiciaire citée par Mosaïque FM, ce mardi 9 septembre 2026, en précisant que les deux nouveaux suspects ont été placés en garde à vue sur ordre du Parquet près le Tribunal de première instance de Tunis.

Pour rappel, la justice a reconduit, hier, la garde à vue de l’avocat Ghazi Mrabet pour cinq jours supplémentaires, sachant que ce dernier a été arrêté au domicile de son client, un trafiquant de dtogue recherché et condamné par contumace à 40 ans de prison.

Y. N.

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La FAPaJ appelle à libérer le journaliste tunisien Mohamed El Yousfi  

09. September 2026 um 14:06

La Fédération des journalistes d’Asie-Pacifique (FAPaJ) exhorte le président tunisien à prendre des mesures immédiates pour obtenir la libération du journaliste Mohamed El Yousfi, arrêté le 4 septembre 2026 devant les locaux d’Express FM alors qu’il s’apprêtait à participer à une émission sur la politique de l’eau en Tunisie.

La FAPaJ, qui regroupe des représentants d’organisations de journalistes de cinq sous-régions d’Asie-Pacifique — Pacifique, Asie de l’Ouest, Asie de l’Est, Asie du Sud et Asie centrale — exprime sa solidarité avec El Yousfi, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) et l’ensemble des journalistes en Tunisie.

Rappelons qu’El Yousfi, a été conduit à la Troisième brigade centrale d’enquête sur les crimes financiers complexes de la Garde nationale, à El Aouina, et placé en garde à vue le samedi 5 septembre.

Selon les informations recueillies par le SNJT auprès de son équipe juridique, une enquête a été ouverte sur la base de publications Facebook.

El Yousfi a également été interrogé sur son travail journalistique et sur la ligne éditoriale d’Alqatiba, l’un des principaux médias indépendants de Tunisie dont il est le rédacteur en chef.

Son arrestation fait suite à une campagne de dénigrement et d’incitation à la haine menée à son encontre sur les réseaux sociaux par des groupes se réclamant du régime en place depuis 2021.

El Yousfi est le dernier journaliste en date à être emprisonné en Tunisie en raison de son travail ou de ses prises de position publiques. Il rejoint Mourad Zeghidi et Borhen Bsaïes, détenus depuis mai 2024 et condamnés à de lourdes peines de prison, ainsi que Zied El Heni, arrêté en avril 2026 et condamné à un an de prison pour avoir critiqué une décision de justice.

La FAPaJ appelle le président Saïed à agir avec détermination et à garantir la libération immédiate et inconditionnelle de Mohamed El Yousfi. Les autorités doivent cesser de recourir aux arrestations, aux détentions, à l’intimidation et aux poursuites judiciaires pour réduire les journalistes au silence et entraver le travail journalistique légitime, souligne l’organisation.

L’emprisonnement de journalistes pour leur travail ou l’expression d’opinions critiques menace le journalisme indépendant et porte atteinte au droit du public à l’information, ajoute-t-elle.

Le journalisme n’est pas un crime, et les journalistes ne doivent jamais faire l’objet d’emprisonnement ou de représailles pour le simple fait d’exercer leur métier, rappelle la FAPaJ, qui exprime sa solidarité avec Mohamed El Yousfi et tous les journalistes confrontés à la persécution en Tunisie.

Nous exhortons le président de la Tunisie à défendre la liberté de la presse, à protéger les journalistes et à garantir qu’ils puissent travailler librement, en toute indépendance et en toute sécurité, sans crainte d’arrestation ou de répression, souligne encore l’organisation.

I. B.

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Football | L’attaquant ivoirien Namory Keita à l’Espérance de Tunis  

09. September 2026 um 13:36

L’Espérance de Tunis a officiellement trouvé un accord avec l’attaquant international ivoirien (sélection olympique), Namory Keïta (19 ans), pour qu’il rejoigne l’équipe sénior de football.

Namory arrive du Racing Club d’Abidjan pour un montant de 250 000 euros. Il est attendu à Tunis ce soir, mercredi 9 septembre 2026, au Parc B, fief du club tunisois, pour passer la visite médicale et signer un contrat de quatre saisons.

Milieu de terrain offensif, Namory a terminé meilleur buteur du championnat ivoirien pour la saison 2025-2026, avec un total de 18 buts.

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Tunisie | Les enseignants du supérieur montent au créneau  

09. September 2026 um 13:08

La Fédération générale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (FGESRS) relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) exige l’ouverture immédiate de négociations sérieuses concernant les statuts particuliers des corps enseignants, ainsi qu’une augmentation de la prime de rentrée universitaire à hauteur d’un mois de salaire.

Dans un communiqué publié à l’occasion de l’ouverture de l’année universitaire 2026-2027, ce mercredi 9 septembre 2026, la Fédération a précisé que les négociations espérées devaient s’accompagner de la promulgation des statuts et de la mise en œuvre de leurs incidences financières. Elle a aussi insisté sur la nécessité de verser la prime avant le début des cours et a réaffirmé l’importance d’une approche participative dans le traitement des dossiers de mutation et de mise en position de non-activité.

Le syndicat a également souligné l’importance de finaliser les procédures de recrutement et les promotions en attente afin de renouveler les effectifs au sein des établissements universitaires et de réduire le nombre de docteurs sans emploi.

Dans ce même contexte, la FGESRS a appelé à la mise en place d’un mécanisme national participatif pour examiner les recours et résoudre les litiges liés aux concours.

La Fédération se penche sur des questions spécifiques concernant le corps enseignant, notamment l’amélioration des conditions salariales et la revalorisation des rémunérations.

Anticipant les conséquences négatives potentielles liées aux annonces concernant la rentrée universitaire 2026-2027, le syndicat a insisté sur la nécessité d’agir en amont de la rentrée et souligné l’importance d’une approche participative concernant les mutations et les affectations.

Le syndicat préconise également la finalisation des procédures de recrutement et de promotion afin de stabiliser les effectifs au sein des établissements universitaires et de résorber le chômage des docteurs. Dans ce contexte, il a demandé la mise en place d’un dispositif de concertation nationale pour examiner la situation et définir les mesures appropriées.

Cependant, et étant donné les liens distendus actuels entre le gouvernement et la centrale syndicale, il y a peu de chance que les revendications des enseignants évoquées ci-haut soient satisfaites. Il va donc falloir aux responsables syndicaux de penser dès à présent à l’étape suivante.    

I. B.  

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Tunisie-Italie | L’IA contre les incendies de forêt

09. September 2026 um 12:21

Utiliser l’intelligence artificielle, les données géospatiales, l’imagerie satellitaire, les capteurs et les drones pour prévenir et gérer les incendies de forêt en Méditerranée : tel est l’objectif du projet Forfire-AI. Ce projet était au cœur de l’atelier international intitulé «Prévenir et gérer les incendies de forêt grâce aux coordonnées géospatiales et à l’intelligence artificielle», organisé mardi 8 septembre 2026 à Palerme, en Italie, dans le cadre du programme européen Interreg Next Italie-Tunisie (2021-2027).

Selon l’Université de Palerme, l’initiative vise à renforcer la coopération scientifique et opérationnelle entre les deux rives de la Méditerranée, dans un contexte marqué par une augmentation de la fréquence et de l’intensité des incendies de forêt ainsi que par une exposition croissante des zones forestières aux effets du changement climatique.

D’une durée de trois ans, le projet a débuté le 15 mai 2025 et s’achèvera le 15 mai 2028.

Forfire-AI, acronyme signifiant «Optimisation de la prévention et de la détection des incendies de forêt grâce aux technologies d’IA», dispose d’un budget global de 773 683 euros, dont 696 314,70 euros proviennent de l’Union européenne (UE) et 77 368,30 euros du cofinancement.

Le chef de file du projet est l’École nationale d’ingénieurs de Sousse (Eniso), tandis que le partenariat inclut l’Institut supérieur agronomique de Chott-Mariem, l’Université de Palerme, l’entreprise italienne Seeds et la société tunisienne Robocare.

Identifier les zones les plus exposées et intervenir rapidement

Le projet se concentre sur le développement d’un système d’alerte et d’une plateforme web capables d’intégrer diverses sources d’information — données météorologiques, capteurs, images satellites et données acquises par drone — afin d’identifier les zones les plus exposées au risque et de favoriser une intervention plus rapide.

La plateforme sera expérimentée sur un site pilote en Tunisie et un autre en Sicile, avec pour objectif d’aboutir à des procédures d’alerte reproductibles dans d’autres régions méditerranéennes.

Le volet technologique prévoit également l’utilisation de caméras capables de détecter la fumée et les points chauds à une distance estimée entre cinq et dix kilomètres, tout en les distinguant des phénomènes atmosphériques tels que le brouillard et la brume afin de réduire le nombre de fausses alertes. Une fois un foyer potentiel identifié, le système pourra déployer un drone pour acquérir des images en temps réel et les transmettre aux centres opérationnels, fournissant ainsi des informations utiles pour évaluer rapidement l’étendue de l’incendie et coordonner les opérations. Côté tunisien, les premiers tests sont prévus dans la forêt de Dar Chichou, dans la zone d’El Haouaria (gouvernorat de Nabeul, au nord-est du pays). Le système pourra ensuite être étendu à d’autres zones jugées particulièrement vulnérables, notamment Sejnane, dans le gouvernorat de Bizerte, l’une des zones forestières du nord de la Tunisie les plus exposées au risque d’incendie. En Italie, en revanche, l’expérimentation concernera une zone forestière sicilienne.

Les recherches portent également sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour l’analyse automatisée d’images. L’Université de Palerme a récemment lancé une procédure de sélection pour deux bourses de recherche dédiées précisément à la «mise en œuvre de techniques d’IA pour la détection précoce des incendies par analyse visuelle et modèles efficaces», dans le cadre du projet Forfire-Ai.

De la réponse à l’urgence à la prévention informée

L’activité scientifique concerne aussi la surveillance de l’état des forêts et du stress hydrique. Dans le cadre du projet, des techniques de télédétection fondées sur des images hyperspectrales et radar SAR (Synthetic Aperture Radar) — intégrées à des systèmes d’intelligence artificielle — sont à l’étude pour évaluer l’état des écosystèmes forestiers côtiers méditerranéens et identifier des indicateurs liés au risque d’incendie. L’atelier de Palerme constitue ainsi une étape opérationnelle du projet, visant à articuler recherche universitaire, innovation technologique et gestion concrète des situations d’urgence. Parmi les résultats attendus de Forfire-AI figurent une plateforme numérique, l’intégration de données météorologiques et de surveillance, l’expérimentation sur deux sites pilotes, l’élaboration de procédures d’alerte ainsi que des actions de sensibilisation destinées tant aux décideurs qu’à la population.

La logique du projet consiste à déplacer le centre de gravité de la gestion des incendies : passer d’une simple réponse à l’urgence vers une prévention fondée sur les données. Il s’agit de combiner des informations provenant de sources diverses pour identifier en amont les conditions à risque, localiser plus rapidement les foyers potentiels et fournir aux opérateurs une représentation actualisée du territoire.

À cet égard, Forfire-AI s’inscrit dans une évolution plus large des politiques européennes de gestion des risques, lesquelles accordent une place croissante à la télédétection, aux données satellitaires et à l’intelligence artificielle pour la cartographie et la prévision des incendies.

Selon un document du Parlement européen, l’utilisation coordonnée de données satellitaires, d’informations géospatiales et de la surveillance au sol est considérée comme un outil stratégique pour renforcer les capacités de prévention et d’intervention dans les zones méditerranéennes.

I. B. (avec Agenzia Nova).

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Tunisie-Europe | Tension diplomatique et risque économique

09. September 2026 um 10:50

Banques, financement, technologie : pourquoi Tunis doit renforcer ses marges de manœuvre sans tourner le dos à l’Europe. Il faut prendre acte d’un changement de registre. Le 8 septembre 2026, à Genève, devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, l’Union européenne (UE) a exprimé publiquement ses inquiétudes concernant la situation politique et civique en Tunisie, évoquant notamment une «érosion de l’État de droit» et un «rétrécissement de l’espace civique», tout en appelant au «rétablissement de l’État de droit».

Abdelwaheb Ben Moussa *

Cette déclaration intervient quelques jours après la confirmation, le 3 septembre, des condamnations dans l’affaire dite du «complot» et après une première réaction européenne portant notamment sur les garanties des procédures judiciaires.

Bruxelles a par ailleurs annoncé son intention de porter ces questions devant le prochain Conseil d’association UE-Tunisie. Il serait toutefois réducteur de considérer cette séquence comme une simple controverse diplomatique. Le véritable enjeu est désormais de savoir comment une tension politique peut se transmettre — ou non — aux mécanismes économiques qui relient la Tunisie à son principal espace commercial, financier et technologique.

Depuis le Mémorandum d’entente de juillet 2023, le partenariat UE-Tunisie s’est largement structuré autour d’intérêts communs : migration, sécurité, stabilité économique, énergie et coopération. La séquence actuelle introduit une dimension supplémentaire. L’UE réaffirme désormais publiquement que le partenariat comporte également une dimension normative. Cela ne signifie pas mécaniquement sanctions, rupture commerciale ou fermeture des financements. Mais cela peut modifier la perception du risque. Et dans une économie fortement interconnectée, la perception du risque peut elle-même produire des effets économiques.

Les principaux canaux : la banque et la technologie

Le risque le plus crédible n’est pas nécessairement celui d’une rupture brutale. Il peut être beaucoup plus diffus : davantage de contrôles, des procédures plus longues, une vigilance accrue sur la gouvernance, les flux transfrontaliers et l’environnement institutionnel.

Lorsque l’incertitude augmente, les acteurs financiers ont naturellement tendance à renforcer leurs dispositifs de protection. Pour une économie comme la Tunisie, cette friction peut devenir coûteuse.

Le financement du commerce extérieur, les garanties, les correspondances bancaires, les lignes de crédit, les investissements et les opérations en devises forment en effet une chaîne étroitement interdépendante. Quelques degrés supplémentaires de friction sur chacun de ces maillons peuvent finir par peser sur l’ensemble de l’économie. La question n’est donc pas seulement celle du volume des échanges avec l’Europe. Elle est aussi celle de l’infrastructure financière qui permet à ces échanges de fonctionner.

Le même raisonnement vaut pour l’écosystème numérique. La proximité avec l’Europe constitue l’un des principaux atouts de la Tunisie : ingénieurs, développeurs, centres de services, sous-traitance, nearshoring, co-développement et startups. Mais une proximité économique ne doit pas devenir une dépendance à faible valeur ajoutée.

Le véritable risque n’est pas nécessairement celui d’un départ massif des entreprises européennes. Il est plus progressif : voir les activités à forte valeur ajoutée, les sièges sociaux, les financements et la propriété intellectuelle se localiser ailleurs, tandis que la Tunisie conserve principalement les fonctions d’exécution.

Produire de la technologie en Tunisie n’est pas encore la même chose que posséder la valeur créée par cette technologie. La question stratégique est donc celle de la propriété intellectuelle, des brevets, des données, des plateformes, des financements et de la capacité à faire émerger des entreprises tunisiennes capables de conserver une part significative de la valeur créée.

Eviter le piège du repli et construire des amortisseurs

La réponse ne peut être ni la rupture avec l’Europe ni le repli économique. La Tunisie a tout intérêt à maintenir et approfondir son partenariat européen. Mais elle a également intérêt à diversifier ses marchés, ses sources de financement, ses partenariats technologiques et ses débouchés.

La souveraineté économique ne signifie pas ne dépendre de personne. Elle signifie disposer de suffisamment de marges de manœuvre pour pouvoir choisir ses dépendances. La diversification n’est donc pas un rejet de l’Europe. Elle est la condition d’un partenariat plus équilibré avec l’Europe.

La séquence actuelle devrait surtout accélérer plusieurs chantiers.

– renforcer la résilience bancaire : les banques tunisiennes doivent disposer de systèmes de conformité, de gouvernance, de gestion des risques et de traçabilité capables de répondre aux exigences internationales les plus élevées. L’objectif est de rendre le risque tunisien mesurable, documenté et maîtrisable, plutôt que de laisser les perceptions extérieures le définir seules ;

– protéger davantage la valeur technologique créée en Tunisie ; former des ingénieurs pour répondre à la demande extérieure ne suffit plus. Il faut créer les conditions permettant à ces compétences de construire en Tunisie des entreprises, des produits, des brevets et des plateformes dont la valeur économique reste, pour une part significative, sur le territoire national ;

– diversifier activement les partenariats : Europe, Afrique, Royaume-Uni, Moyen-Orient et Asie ne doivent pas être considérés comme des alternatives exclusives, mais comme les composantes d’une stratégie de diversification. Un pays qui dispose de plusieurs débouchés négocie différemment d’un pays qui n’en possède qu’un ;

– enfin, reconnecter souveraineté énergétique et souveraineté économique : une Tunisie fortement dépendante de ses importations énergétiques reste exposée aux besoins de devises, aux financements extérieurs et aux chocs internationaux. Chaque progrès en matière d’efficacité énergétique, d’énergies renouvelables, de production nationale et de valorisation des ressources réduit donc une vulnérabilité extérieure.

La souveraineté énergétique n’est pas un slogan. Elle constitue une composante de la souveraineté financière, qui conditionne à son tour la marge de manœuvre stratégique du pays.

Ne pas attendre que le risque devienne une facture

La Tunisie ne peut pas contrôler le registre dans lequel ses partenaires européens choisissent désormais de s’exprimer. Elle peut en revanche contrôler son propre niveau de vulnérabilité, renforcer ses banques, sécuriser ses infrastructures numériques ; retenir davantage de propriété intellectuelle ; diversifier ses marchés ; et réduire sa dépendance énergétique ; et améliorer la qualité et la prévisibilité de son environnement économique et institutionnel.

Surtout, elle peut cesser de concevoir la souveraineté uniquement comme une posture défensive. La souveraineté moderne est une architecture d’exécution. Elle consiste à disposer de suffisamment de ressources, de compétences, de technologies, de financements et de partenaires pour que la pression extérieure — quelle qu’en soit l’origine — ne puisse pas se transformer facilement en vulnérabilité intérieure.

L’Europe a changé de registre. À la Tunisie de changer d’échelle. Non pas en rompant avec l’Europe, elle n’en ni l’intérêt ni les moyens, mais en faisant en sorte que le partenariat avec l’Europe soit un choix stratégique — et non une nécessité subie.

* Ingénieur informatique, cadre de banque publique.  

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France-Tunisie | Palme d’or des vols perturbés pour Tunisair

09. September 2026 um 09:17

Retards importants et annulations ont émaillé les liaisons aériennes entre la France et la Tunisie durant les mois de juillet et août 2026. La palme d’or des perturbations est revenue, sans surprise, à Tunisair, compagnie publique tunisienne que l’Etat maintient artificiellement sous perfusion sur le compte des Tunisiens, doublement pénalisés, comme contribuables et comme passagers.    

Une analyse réalisée par MTA Conseil, spécialiste de l’indemnisation des passagers aériens, a identifié 120 vols ouvrant droit à indemnisation, au regard du règlement européen CE 261/2004. Et c’est Tunisair qui vient largement en tête sur la ligne France-Tunisie. Sur les 120 vols ayant fait souffrir les passagers, 83 étaient opérés par Tunisair, soit près de 70 % du total.

La compagnie nationale tunisienne est ainsi très largement en tête des compagnies ayant connu des perturbations de vols, loin devant les concurrents Nouvelair (19 vols), Transavia (15 vols) et Air France (4 vols).

Ce constat est particulièrement significatif alors que le marché français est essentiel pour Tunisair, puisqu’il représente près de la moitié de ses activités en Europe et que 37 % de ses vols sont assurés depuis ou vers la France.

La responsabilité de l’Etat tunisien

Pour MTA Conseil, cette situation soulève également une question qui dépasse les seuls droits des passagers. «L’État tunisien, actionnaire majoritaire de Tunisair, porte une responsabilité particulière dans la situation de la compagnie nationale et dans la nécessité d’améliorer durablement la qualité et la fiabilité du service proposé aux voyageurs», explique MTA. Qui ajoute : «Les conséquences de ces perturbations ne se limitent pas aux voyageurs concernés. La France et la Tunisie entretiennent des échanges touristiques et familiaux particulièrement importants. La fiabilité des liaisons aériennes participe directement à l’image de la destination Tunisie, tandis que le tourisme constitue un secteur majeur de l’économie du pays. Lorsque les perturbations se multiplient sur la compagnie nationale, l’enjeu dépasse le simple désagrément subi par les passagers. C’est aussi l’image de la Tunisie et sa capacité à accueillir les voyageurs dans de bonnes conditions qui sont en cause.»

Sur la base d’une estimation prudente de 100 passagers par vol, les 120 vols recensés en juillet-août représentent près de 12 000 voyageurs éligibles à une indemnité de 250 € à 400 €, dont environ 8 300 clients de Tunisair, explique encore MTA Conseil, une entreprise française spécialisée dans la défense des droits à indemnité des passagers aériens victimes de retards, annulations et modifications de vols.

I. B.

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Affaire ‘‘Houris’’ | Kamel Daoud relaxé en France, poursuivi en Algérie

09. September 2026 um 08:38

Poursuivi en diffamation par Saâda Arbane, l’écrivain franco-algérien Kamel Daoud a été relaxé mardi 8 septembre 2026 par le tribunal correctionnel de Paris. Une décision qui constitue une victoire judiciaire pour l’auteur du roman à succès ‘‘Houris’’, sans pour autant mettre un terme au feuilleton judiciaire qui l’oppose à la plaignante.

Djamal Guettala 

La justice française vient de refermer, provisoirement, l’un des volets de l’affaire ‘‘Houris’’. Poursuivi pour diffamation par Saâda Arbane, Kamel Daoud a été relaxé par le tribunal correctionnel de Paris. L’audience concernait des propos tenus par l’écrivain dans un entretien accordé au ‘‘Figaro’’ en avril 2025.

Le tribunal a estimé que les propos incriminés ne permettaient pas d’identifier Saâda Arbane. La qualification de diffamation n’étant pas constituée, Kamel Daoud a donc été relaxé. La décision intervient alors que le nom de l’écrivain est au centre, depuis près de deux ans, d’une succession de procédures judiciaires liées à son roman ‘‘Houris’’, couronné du prix Goncourt en 2024.

    Il convient de distinguer les différentes affaires pour comprendre la portée du jugement parisien.

    La procédure ne portait pas directement sur ‘‘Houris’’

    Saâda Arbane accuse Kamel Daoud d’avoir utilisé des éléments de son histoire personnelle, qu’elle affirme avoir confiés dans le cadre de consultations psychiatriques auprès de son épouse, Aïcha Dehdouh, pour nourrir le personnage principal de ‘‘Houris’’. L’affaire a donné lieu à plusieurs procédures, en France comme en Algérie.

    Mais le procès qui vient de s’achever à Paris ne portait pas directement sur la question de savoir si l’écrivain avait utilisé ou non l’histoire de Saâda Arbane dans son roman.

    La plainte en diffamation concernait des déclarations faites par Kamel Daoud au ‘‘Figaro’’. La défense soutenait notamment que l’écrivain avait dénoncé une instrumentalisation judiciaire et médiatique de l’affaire.

    Le tribunal a finalement considéré que les propos poursuivis ne désignaient pas suffisamment Saâda Arbane pour constituer une diffamation à son encontre. Cette distinction juridique est essentielle : la relaxe ne constitue donc pas un jugement sur les accusations portant sur la genèse de ‘‘Houris’’.

    La décision parisienne comporte également un autre volet. Saâda Arbane a été condamnée à verser un euro de dommages et intérêts à Kamel Daoud ainsi que 1 500 euros à Marc Feuillée, directeur de la publication du ‘‘Figaro’’. Le tribunal a retenu le caractère manifestement infondé des poursuites engagées dans cette procédure.

    Pour Kamel Daoud, cette décision constitue évidemment un soulagement. Depuis la publication de ‘‘Houris’’, l’écrivain se trouve pris dans un conflit qui dépasse largement la seule question littéraire.

    Son roman, consacré aux blessures laissées par la décennie noire algérienne, a rencontré un immense succès en France et remporté le prix Goncourt. Mais il est interdit de publication en Algérie, où la législation encadre strictement l’évocation publique de cette période. La controverse autour du roman a ainsi rapidement quitté le terrain de la littérature pour devenir une affaire judiciaire et politique.

    La bataille qui se poursuit en Algérie

    La relaxe prononcée à Paris ne signifie donc pas que toutes les procédures opposant Kamel Daoud à Saâda Arbane sont terminées.

    En Algérie, l’écrivain a annoncé en avril 2026 avoir été condamné par contumace à trois ans de prison ferme et à une amende de cinq millions de dinars dans une affaire liée à ‘‘Houris’’. Cette procédure repose sur des accusations concernant notamment l’utilisation alléguée d’éléments de la vie personnelle de Saâda Arbane dans le roman.

    Kamel Daoud n’était pas présent à ce procès et a dénoncé une procédure qu’il considère comme politique. Ses avocats ont également contesté les poursuites engagées contre lui en France et en Algérie.

    Le contraste entre les deux systèmes judiciaires est dès lors frappant : en France, l’écrivain vient d’obtenir une relaxe dans une procédure en diffamation ; en Algérie, il reste sous le coup d’une condamnation prononcée par contumace.

    Derrière le contentieux judiciaire demeure une question autrement plus complexe : jusqu’où un écrivain peut-il transformer une histoire réelle en fiction lorsqu’elle touche à l’intime, au traumatisme et à la mémoire collective ?

    C’est tout le paradoxe de ‘‘Houris’’. Le roman est une œuvre de fiction, mais il puise dans une histoire algérienne profondément réelle : celle de la décennie noire, de ses violences, de ses victimes et de ses silences. La polémique autour de Saâda Arbane a ainsi ouvert un débat sur les frontières entre témoignage, mémoire, fiction et appropriation littéraire.

    La justice française vient de trancher un point précis : les propos poursuivis ne constituaient pas une diffamation. Elle n’a pas pour autant dit le dernier mot sur l’ensemble du conflit.

    Pour Kamel Daoud, la journée du 8 septembre marque donc une victoire importante. Mais elle ne clôt pas le dossier ‘‘Houris’’. Le livre qui avait fait entrer la mémoire de la guerre civile algérienne dans les vitrines de la littérature française continue désormais de vivre dans les tribunaux. Et derrière le succès du Goncourt, une question demeure : à qui appartient une histoire lorsqu’elle devient littérature ?

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    Succès électoral de l’extrême droite en Allemagne, gueule de bois en Europe

    09. September 2026 um 08:04

    Lors des élections régionales du dimanche 6 septembre 2026 dans le Land de Saxe-Anhalt, le parti d’extrême droite AfD (Alternative pour l’Allemagne) a réalisé une performance historique en récoltant 43,8% des suffrages, devançant massivement les conservateurs de la CDU et les socio-démocrates du SPD, les deux principaux partis de gouvernement en Allemagne.

    Imed Bahri

    Cette percée historique inquiète, toutefois, il convient de rappeler que dans cet État fédéré de l’Allemagne de l’Est, le vote pour l’AfD est depuis dix ans le double de la moyenne nationale. De plus, le parti n’a pas obtenu la majorité absolue dans le Parlement régional pour pouvoir diriger le gouvernement régional*. 

    «Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’AfD a presque doublé son score lors des élections régionales de dimanche en Saxe-Anhalt, atteignant 43,8 % des voix», c’est par ce constat que Jon Henley commence son analyse dans The Guardian

    Dans le même temps, la CDU, parti de centre-droit du chancelier Friedrich Merz, s’est effondrée à 17,2%, soit moins de la moitié de son score obtenu lors du même scrutin il y a cinq ans et le SPD, parti de centre-gauche et autre grand parti au pouvoir en Allemagne depuis une soixantaine d’années, a péniblement recueilli 9,3% des suffrages. Force est de constater que le centre n’a pas résisté.

    On ignore encore si l’AfD, dont la section locale en Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne, est officiellement classée comme «extrême droite avérée» par les services de renseignement intérieur allemands, parviendra à former un gouvernement régional, elle compte 39 députés sur 83 au Parlement, soit un nombre insuffisant pour obtenir la majorité absolue.

    Une onde de choc en Europe

    Ce résultat représente néanmoins le meilleur score jamais obtenu par le parti dans un État fédéré allemand et le rapproche plus que tout autre parti d’extrême droite depuis la Seconde Guerre mondiale de former gouvernement fût-il régional et non national ! Il a provoqué une onde de choc en Europe, les nationalistes célèbrent une «victoire historique qui n’est qu’un début», tandis que les dirigeants traditionnels mettent en garde contre un «moment grave» pour l’Europe.

    La Suède organise des élections législatives le week-end prochain. La France sera confrontée à une élection présidentielle cruciale au printemps prochain. Des élections législatives importantes se tiendront en Italie, en Espagne et en Pologne plus tard dans l’année. Les partis d’extrême droite sont en tête des sondages dans tous ces pays et le centre de l’Europe craint une vague nationaliste continentale.

    Toutefois, il serait judicieux de ne pas tirer de conclusions hâtives d’un seul résultat électoral dans un Land allemand bien particulier. La Saxe-Anhalt, notent les analystes, compte à peine 1,8 million d’électeurs et constitue depuis longtemps un bastion de l’extrême droite. Lors des élections fédérales et régionales de la dernière décennie, le soutien à l’AfD y a systématiquement été le double de la moyenne nationale.

    Tarik Abou-Chadi, professeur de politique européenne à l’université d’Oxford explique : «La Saxe-Anhalt ne devrait pas servir de base à des conclusions générales sur la sociologie électorale de l’AfD». Néanmoins, l’AfD est en tête des sondages nationaux. Elle est également en tête –bien que dans une course beaucoup plus serrée avec le SPD– dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où des élections régionales sont prévues ce mois-ci, et elle occupe la deuxième place même à Berlin, pourtant réputée pour son orientation libérale. Son essor s’inscrit dans une marche d’une décennie menée par les partis d’extrême droite à travers l’Europe.

    Près d’un électeur européen sur quatre vote désormais pour des partis d’extrême droite, selon une étude menée par Matthijs Rooduijn, politologue à l’Université d’Amsterdam. Cette proportion a presque quintuplé depuis le milieu des années 1990 et a connu une hausse particulièrement marquée ces trois dernières années.

    Cette analyse, réalisée par plus de 150 politologues dans 31 pays, révèle que la proportion d’Européens ayant voté pour un parti d’extrême droite lors des dernières élections nationales de leur pays a dépassé les 23% en 2026, contre environ 10% il y a dix ans et environ 5% en 1995.

    Les partis populistes d’extrême droite sont aujourd’hui au pouvoir au sein de coalitions gouvernementales en Croatie, en République tchèque, en Italie et en Finlande, soutiennent un gouvernement minoritaire de droite en Suède et sont en tête des sondages en Autriche, en Belgique, en France et en Allemagne (et, jusqu’à très récemment, au Royaume-Uni).

    Ils ont également subi des défaites récentes, notamment aux Pays-Bas, où le parti de la liberté (PVV) de Geert Wilders a perdu près d’un tiers de ses sièges pour terminer deuxième l’année dernière, et en Hongrie, où le Fidesz de Viktor Orbán a été largement battu par son rival de centre-droit en avril.

    L’extrême droite est là pour durer

    La tendance semble claire. Comme l’a déclaré Cas Mudde, de l’Université de Géorgie, spécialiste reconnu de l’extrême droite européenne, après la défaite d’Orbán : «L’extrême droite est là pour durer et nombre de ses partis sont aussi bien implantés que les partis traditionnels. À l’instar des autres partis, leur soutien électoral fluctue».

    Cette progression électorale constante s’est produite malgré le refus des partis traditionnels, dans des pays comme la France et l’Allemagne, de collaborer avec l’extrême droite, ce qui a conduit certains observateurs à affirmer que le «cordon sanitaire» a désormais échoué voire s’est révélé contre-productif.

    En excluant l’AfD, soutiennent-ils, les partis traditionnels allemands l’ont en réalité renforcée : le parti a été protégé par des compromis et des échecs inhérents au pouvoir. Parallèlement, le centre s’est trouvé vidé de sa substance, il a été contraint à des alliances fragiles et instables, fondées sur des consensus et, surtout, peu de résultats concrets, ce qui frustre davantage les électeurs et renforce le soutien aux extrêmes.

    «Il existe une dynamique politique qui s’auto-alimente et favorise la montée en puissance de l’AfD», explique Mujtaba Rahman, du cabinet de conseil en gestion des risques Eurasia Group qui ajoute : «Plus les résultats électoraux sont faibles, moins il y a de points d’accord au sein de la coalition et moins les résultats politiques sont concrets. Moins les résultats sont concrets, plus la frustration de l’électorat est grande et plus le score de l’AfD est élevé».

    De nombreux politologues affirment cependant que blâmer le système de coalition est une excuse et les données suggèrent que les partis d’extrême droite ne s’affaiblissent pas lorsqu’ils sont au pouvoir, mais se renforcent : une étude récente portant sur des gouvernements dans 57 pays a révélé que les partis d’extrême droite entrés au pouvoir obtenaient en moyenne un score supérieur de six points de pourcentage lors des élections suivantes.

    Des électeurs désabusés par la flambée des prix

    Outre l’incapacité persistante des gouvernements traditionnels à répondre aux attentes des électeurs désabusés par la flambée du coût de la vie, c’est avant tout la normalisation et l’intégration progressive des idées d’extrême droite qui ont alimenté –et continuent d’alimenter– sa progression constante, soutiennent les politologues.

    Les recherches suggèrent que l’attitude des électeurs envers les thèmes centraux de l’extrême droite, comme l’immigration, n’a pas fondamentalement évolué au fil du temps mais que ces thèmes ont pris une importance accrue dans leurs décisions de vote. La banalisation de ces thèmes par les médias et par les partis traditionnels qui les adoptent sans hésiter a légitimé les idées d’extrême droite.

    «Tout le débat sur le succès ou le renforcement de l’extrême droite par le cordon sanitaire passe complètement à côté du sujet», affirme Gabriela Greilinger, politologue austro-hongroise qui ajoute : «Les politiques et les idées d’extrême droite occupent déjà une place centrale dans le débat public, que l’extrême droite soit au pouvoir ou non. Leurs idées ne sont pas censurées».

    * L’Allemagne qui est un État fédéral est composée de 16 États fédérés (Länder), chacun d’entre eux est dirigé par un gouvernement régional (Landesregierung) qui doit bénéficier du soutien de la majorité absolue du Parlement régional (Landtag).

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    Jugurtha, Rome, une histoire toujours à venir

    09. September 2026 um 07:54

    Connaissez-vous l’histoire de Jugurtha, l’Africain, le Numide, l’ami-ennemi de Rome cent ans avant Jésus-Christ ? Savez-vous quelque chose de Marius et de Sylla ? C’est une histoire passionnante, car elle pourrait, dans une certaine mesure, se reproduire aujourd’hui… au Chili, ou partout ailleurs, en ce XXIe siècle. Me permettez-vous de vous la raconter, très brièvement ? (Photo : Sénat romain et, en médaillon, Jugurtha).

    Arturo Alejandro Muñoz

    La Numidie correspondait à ce qui est aujourd’hui l’Algérie et une partie du Maroc et de la Tunisie, en Afrique du Nord. Les cavaliers numides, admirés par les légions romaines, ravageaient violemment les peuples voisins d’Afrique du Nord. Jugurtha en était le chef suprême, une sorte de roi tout-puissant, habile et dépourvu de scrupules (ce qui n’a rien d’étonnant : sans cela, il n’aurait pu devenir roi).

    Habile comme il l’était, ainsi que nous venons de le dire, il comprit combien il serait vain, pour ses cavaliers et son armée, d’affronter les légions romaines, presque invincibles, et le pouvoir du Sénat de cette république ; car à cette époque Rome était encore une république. Jugurtha accepta donc de signer un accord de paix et de coopération avec la puissante Rome, conscient qu’il devrait verser de lourds tributs pour préserver la paix, non seulement avec elle, mais aussi avec ses voisins d’Afrique du Nord, territoires placés sous la protection (c’est-à-dire la propriété) du Sénat.

    La paix signée, Jugurtha continua cependant d’assiéger ses voisins et de ravager leurs territoires. Jour après jour, le roi numide s’enrichissait davantage, tandis que diminuait le versement des tributs convenus. Le Sénat finit par décider de le convoquer, en l’«invitant» à venir s’expliquer à Rome.

    Assailli par des sénateurs habiles dans l’art de la joute politique, Jugurtha, à bout de patience face à tant de discussions byzantines, fit face au Sénat en désignant du doigt la plupart de ces sénateurs qu’il avait comblés, à plusieurs reprises, de présents en or et en bijoux.

    «Vous êtes ici, dans cet hémicycle, nobles citoyens romains, grâce aux présents en or et aux tributs personnels que je vous ai maintes fois offerts», phrase attribuée au Numide.

    Ce qu’il affirmait était vrai, mais ce fut aussi son arrêt de mort.

    Jugurtha achète les nobles «pater familias»

    La légende raconte (non l’Histoire, la «légende») que le Sénat décida d’envoyer en Numidie quelques légions commandées par des généraux appartenant à la noblesse en tant que «pater familias», avec l’ordre d’arrêter Jugurtha et de le ramener enchaîné à Rome pour qu’il y soit jugé devant la plèbe, selon la loi correspondante.

    Souhaitez-vous connaître la fin de cette histoire ? Eh bien, poursuivons…

    Les nobles qui commandaient ces premières légions n’eurent aucun succès. Bien au contraire, selon la légende, ils ne combattirent même pas, car Jugurtha les acheta à prix d’or… et ces nobles «pater familias» décidèrent de rester en Numidie, jouissant de la richesse et des largesses que leur accordait le grand Jugurtha.

    Le Sénat changea alors de tactique. Plus de nobles, plus de «pater familias» à la tête des légions. Cette fois, ce seraient deux tribuns de la plèbe qui commanderaient les armées en route vers l’Afrique du Nord : Lucius Cornelius Sylla et Caius Marius.

    Sylla et Marius arrivèrent en Numidie et déclinèrent l’invitation de Jugurtha à venir s’entretenir dans son palais. Ils attaquèrent les Numides, les vainquirent, unirent aux leurs les anciennes légions déjà établies sur place (formant ainsi une armée considérable), et enchaînèrent Jugurtha pour le ramener à Rome afin qu’il y soit jugé.

    Mais, tout comme le ferait des années plus tard Jules César, Lucius Sylla et Caius Marius allaient s’affronter dans ce que l’Histoire a appelé «la première guerre civile romaine». Pour abréger, Lucius Cornelius Sylla, appuyé par les «optimates» (les nobles), vainquit Caius Marius (appuyé par des secteurs de la plèbe) et transforma la vieille république en une dictature cruelle.

    Jugurtha ramené, enchaîné, à Rome

    Et Jugurtha, qu’était-il devenu ?

    Il fut exécuté en 104 avant J.-C., dans la prison Mamertine.

    Vous vous demanderez, aimable lecteur : «Et qu’est-ce que tout cela a à voir avec la réalité chilienne actuelle ?»

    Je pense aux «Amarillos»(1) (Sylla ?), à l’UDI/RN (2) (le Sénat romain ?), à Caius Marius (le centre-gauche en échec ?), à Jugurtha (les «patriotes» et les «républicains»)… à la guerre civile romaine ?

    Je ne sais pas… dites-moi ce que vous en pensez, ce que vous y voyez, ce que vous pressentez. Pour ma part, j’y perçois certaines similitudes, bien qu’il n’y ait ni troupes, ni légions, ni batailles rangées. Seulement la guerre politique dans sa plus pure essence. Je crois l’avoir déjà écrit, un jour, dans d’autres textes : «tout ce qui se produit aujourd’hui en politique s’était déjà produit à Rome, non seulement sous l’Empire, mais aussi avant, sous la République et sous la Dictature».

    C’est peut-être pour cela que l’étude et l’enseignement de l’Histoire constituent, pour la droite et l’establishment lèche-bottes, une matière pernicieuse qui attente contre le très catholique et apostolique statu quo patronal-néolibéral.

    Traduit de l’espagnol.

    * Professeur à l’Université du Chili.

    Notes :

    1- Amarillos (Jaunes) : mouvement puis parti fondé en 2022 par Cristián Warnken pendant le référendum constitutionnel, rassemblant d’anciens dirigeants de centre-gauche et centre-droit ; dissous par le Servel en février 2026 faute d’avoir atteint le seuil électoral.

    2- UDI/RN : les deux grands partis de la droite traditionnelle chilienne, historiquement alliés dans «Chile Vamos», aujourd’hui soutiens du gouvernement Kast — avec la tension actuelle sur une éventuelle dissolution de cette coalition au profit d’un bloc unique.

    Source : Diariopolitika.

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    ‘‘Mon Imam’’ de Sabyl Ghoussoub fait descendre Moussa Sadr de l’affiche

    09. September 2026 um 07:42

    Une affiche peut-elle finir par remplacer un homme ? C’est la question qui traverse ‘‘Mon Imam’’, le nouveau roman de Sabyl Ghoussoub, paru le 19 août 2026 aux éditions Stock, en France.

    Djamal Guettala

    Le 31 août 1978, Moussa Sadr disparaît en Libye après sa rencontre avec Mouammar Kadhafi. Pas de corps, pas de tombe. Le vide nourrit bientôt les hypothèses, puis la légende. Au fil des décennies, la représentation publique prend peu à peu le dessus sur la personne.

    Près d’un demi-siècle plus tard, Ghoussoub ne prétend pas résoudre ce vide. Il choisit une voie plus littéraire : retrouver ce qui subsiste de l’homme derrière le personnage construit par les autres.

    Dieu comme personnage préféré

    L’écrivain n’entre pas dans cette histoire par la biographie classique. Il commence par une scène presque burlesque, dans une école liée au Hezbollah, après son voyage en Israël. Costume gris mal coupé, bagues en rubis, regards méfiants : quelques détails suffisent à installer l’atmosphère. À la question «Quel est votre personnage de fiction préféré ?», Ghoussoub répond : «Dieu». Puis il explique qu’il écrit sur Moussa Sadr, dont la figure est affichée partout. Quelques instants plus tard, sa page Wikipédia est vandalisée. On l’accuse notamment d’écrire sur «le sexe et la reproduction» et d’être un «journaliste pornographique».

    La scène prête à sourire, mais révèle surtout la difficulté de toucher à une figure devenue sacrée. Dès qu’un écrivain s’empare d’un personnage religieux et politique, la littérature se retrouve confrontée aux frontières du sacré.

    Rawa, sa petite-cousine de vingt ans, pro-Hezbollah «par contradiction», étudiante aux Beaux-Arts, bisexuelle, non baptisée en attendant «la libération de Jérusalem», apporte une autre tonalité. Elle rêve d’ouvrir un café à Cuba tout en restant au Liban. Sa présence donne au récit une énergie décalée et fait apparaître un pays traversé de contradictions, où les convictions collectives se heurtent aux désirs individuels.

    Il est partout : dans les quartiers chiites de Beyrouth et du Sud, à l’aéroport, sur les banderoles, les posters ou les silhouettes en carton-pâte. Turban noir, yeux verts, sourire ou gravité : quelques traits suffisent désormais à identifier celui dont le nom appartient à plusieurs générations de Libanais.

    C’est cette bascule qui intéresse Ghoussoub. Moussa Sadr appartient à une époque antérieure à la création du Hezbollah. Le rappeler permet de mesurer ce qui s’est déplacé entre l’homme de 1978 et la représentation construite autour de lui. L’auteur évoque un héritage marqué par le dialogue entre communautés, la justice sociale et l’ouverture, notamment à travers la pensée d’Ali Shariati.

    Cette dimension dépasse largement le cadre libanais. Elle renvoie à une époque où les luttes anticoloniales, le socialisme et la recherche d’une voie politique propre traversaient une grande partie du monde arabe et du tiers-monde.

    La littérature contre l’énigme

    Ghoussoub ne cherche pas à substituer une lecture à une autre. Il montre plutôt comment un personnage peut être simplifié, récupéré et progressivement enfermé dans une fonction qui finit par masquer ses nuances. Pour retrouver une personnalité, il faut alors rouvrir les possibles que le temps a refermés.

    Lorsque les archives cessent de fournir des réponses, le roman prend le relais. Le passeport, la valise et les vêtements retrouvés à Rome ouvrent la porte à une autre possibilité. Une Vespa apparaît, 0puis une Fiat 500 bleu ciel sur la Via Pontina. Umberto Tozzi, Googoosh et, finalement, Sperlonga entrent dans le récit.

    À partir de là, Ghoussoub ne prétend plus savoir. Il imagine.

    À Sperlonga, ville blanche au bord de la mer, son Moussa Sadr rêvé existe, débarrassé de sa fonction publique. Plus de turban, plus de tribune, plus de foule. Il écoute de la musique, conduit, fréquente les chats errants, aime et partage une maison dont la porte reste ouverte. Ces détails donnent au personnage ce que les récits collectifs lui avaient retiré : une vie ordinaire.

    Rita lui demande : «Tu ne crois plus en Dieu ?»

    «Si, toujours, mais c’est en moi que je ne crois plus.»

    La phrase déplace l’enquête historique vers une interrogation existentielle. Que devient un homme lorsqu’il ne peut plus échapper au rôle que les autres ont construit autour de lui ? À la plage, plusieurs possibilités se présentent : se noyer, partir au bout du monde ou retourner à Beyrouth. La fuite cesse alors d’être seulement géographique. Elle devient une manière de questionner l’identité, la foi et le poids du regard collectif.

    Le réel et la fiction avancent ainsi côte à côte. Autofiction, enquête, politique, humour et rêverie amoureuse se mêlent sans frontière étanche. Le livre accepte cette circulation et en fait sa force.

    Ce que le symbole recouvre

    Cette liberté romanesque n’efface pas la portée politique du récit. Elle permet au contraire de la déplacer. La référence à Ali Shariati rappelle qu’une autre histoire du chiisme politique a existé, loin des classifications contemporaines. Sa «troisième voie», à distance du marxisme comme du libéralisme, associait la pensée religieuse à la justice sociale et à l’émancipation.

    Mais l’auteur s’intéresse surtout à la façon dont les morts finissent par être réduits à quelques signes : un nom, une photographie, une date, une formule. La dédicace à Hussein donne à cette réflexion une résonance particulière. Mort le 26 novembre 2024 sous les bombardements, il appartient au présent, à cette génération de vies interrompues qui risque elle aussi d’être rapidement transformée en symbole avant même que son existence ait été racontée.

    Le rapprochement avec Moussa Sadr reste discret, mais il éclaire le projet du livre. Une vie singulière peut être absorbée par le récit que les autres fabriquent autour d’elle.

    ‘‘Mon Imam’’ ne résout donc pas l’énigme du 31 août 1978. Ce n’est d’ailleurs pas son ambition. Ghoussoub accepte le manque laissé par les archives et utilise la littérature pour l’explorer.

    Son pari pourrait sembler provocateur : imaginer à Moussa Sadr une Vespa, une Fiat 500, des amours, des doutes, des chansons et même l’envie de partir encore. Pourtant, cette désacralisation n’est pas une destruction. Elle restitue au personnage ce que le temps lui a progressivement retiré : la possibilité d’être contradictoire, fragile, désirant et simplement humain.

    C’est là que le titre prend tout son sens. Faire descendre Moussa Sadr de son affiche ne revient pas à effacer ce qu’il représente. Cela signifie refuser qu’une représentation suffise à raconter une existence.

    Derrière le symbole, Sabyl Ghoussoub cherche une voix. Derrière le personnage public, une vie. Et derrière cet effacement, la possibilité de retrouver un homme.

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