Le 27 mars de chaque année, le monde entier célèbre la Journée mondiale du théâtre. Tous les théâtres regarderont dans la même direction, pour partager les valeurs humaines d’art, de culture et de paix que cette journée symbolise depuis 60 ans. Créée en 1961 par l’Institut international du théâtre (ITI), cette journée a pour objectif de mettre en lumière l’importance du théâtre, un art millénaire, ainsi que son rôle central dans la promotion de la paix et de la culture dans le monde entier.
La Journée mondiale du théâtre trouve ses origines dans la création de la saison «Théâtre des Nations» à Paris en 1962, un événement phare du monde théâtral. Le premier message officiel de la Journée a été rédigé par l’un des plus grands dramaturges et poètes français, Jean Cocteau, et depuis cette date, chaque année, une figure de proue du théâtre ou d’une autre discipline est invitée à livrer ses réflexions sur le rôle du théâtre et sa capacité à rapprocher les cultures.
Ce message, devenu un des symboles de cette journée, est diffusé à travers le monde dans plus de 50 langues et est lu avant des représentations théâtrales dans des dizaines de pays.
En plus des représentations théâtrales, des événements nationaux et internationaux sont organisés, rassemblant des professionnels et des passionnés du théâtre, des amateurs et des étudiants dans les centres de l’ITI. Ces centres, qui comptent plus de 90 membres à travers le monde, jouent un rôle crucial dans la diffusion de l’esprit de la Journée mondiale du théâtre.
Au-delà de sa dimension internationale, la Journée mondiale du théâtre est également une occasion de célébrer le théâtre à l’échelle locale. Théâtres, universités, écoles et académies de théâtre organisent des événements pour permettre au public de se rapprocher de cet art vivant, souvent avec des spectacles, des lectures ou des débats sur des thèmes liés à l’harmonie internationale et à la diversité culturelle.
Cette journée est un moment de réflexion collective sur l’impact du théâtre dans la société contemporaine, un art qui a toujours su traverser les époques et les frontières. Il rappelle l’importance du théâtre comme miroir de la société, en tant que lieu de questionnement, mais aussi de célébration de l’humanité, de ses luttes et de ses triomphes.
La Journée mondiale du théâtre est bien plus qu’un événement célébrant une forme artistique. C’est un appel à la solidarité internationale, un hommage à ceux qui œuvrent pour faire vivre la culture du théâtre et un rappel de l’importance de l’art dans la construction de la paix.
Que l’on soit spectateur, créateur, ou simplement passionné, cette journée nous unit tous autour de la magie du théâtre et de son pouvoir unique de rassembler les peuples.
« Le théâtre tunisien est toujours resté solidaire des luttes arabes et africaines, refusant de s’enfermer dans une singularité isolée. Il a su allier enracinement et ouverture, façonnant ainsi un « quatrième art » à la fois profondément tunisien et résolument universel. »
Le théâtre traverse une époque troublée, empreinte des tourments du monde actuel. Dans ce décor où « le monde est un vaste théâtre », les dernières années ont vu surgir, aux quatre coins de la planète, des tragédies humaines qui, telles des vagues dévastatrices, continuent de secouer l’âme de l’humanité. Les forces du mal se sont imposées, tandis que les héros de cette scène mondiale ont abandonné les valeurs de vertu et de beauté.
Le spectacle a laissé place à un décor de ruines, où massacres, ravages de la nature et effondrement de la solidarité humaine composent une fresque sombre, rythmée par un refrain immuable : « la loi du plus fort ». Comment le « quatrième art », fondé sur la tragédie et la comédie pour élever l’âme humaine, peut-il affronter l’horreur de cette « pièce réaliste» ? Comment peut-il raviver la quête de paix et de sécurité, en réaffirmant les valeurs du vivre-ensemble dans un monde où chacun a sa place ?
Hélas, les instruments de destruction de l’humanité se sont multipliés, et l’individu oscille désormais entre deux mondes : une réalité tangible en pleine crise et une réalité virtuelle qui n’offre qu’un enchaînement d’illusions, l’éloignant de ses propres tourments. Pis encore, cet univers numérique le réduit à un simple « désir ardent » de changement, sans jamais le mener à l’action, le maintenant prisonnier d’un rêve insaisissable. Depuis ses origines grecques, le théâtre s’est toujours dressé en rempart contre la laideur, la brutalité et la discorde, porteur d’un message de beauté, d’amour et d’harmonie.
A travers les siècles et les courants, malgré leurs divergences, la lutte entre le bien et le mal a toujours occupé le devant de la scène. Par ses multiples formes, le théâtre a cherché à éclairer ce conflit qui déchire l’âme humaine et à transformer ces tensions en une force créatrice, au service d’un monde plus uni, où les différences deviennent richesse plutôt que fracture. Le théâtre tunisien s’est toujours inscrit dans cette vision universelle, tout en restant profondément ancré dans son identité.
Puisant dans ses racines locales, il a tracé un chemin artistique singulier, façonnant une expression capable de résonner avec les grandes causes humaines. A travers une approche créative et audacieuse, il interroge chaque sujet, invitant le spectateur à réfléchir aux moyens de coexister dans un monde en perpétuelle effervescence.
Le théâtre tunisien est toujours resté solidaire des luttes arabes et africaines, refusant de s’enfermer dans une singularité isolée. Il a su allier enracinement et ouverture, façonnant ainsi un « quatrième art » à la fois profondément tunisien et résolument universel. Avec force et conviction, le théâtre tunisien a sondé les profondeurs de l’âme humaine, révélant par l’art ce que les mots peinent à exprimer.
Il a dénoncé l’injustice, l’oppression et la répression, tout en portant haut les valeurs de liberté, d’amour et d’émancipation. Fidèle à ses engagements, il a soutenu la cause palestinienne, défendu Gaza, condamné les crimes de l’entité sioniste usurpatrice et continue de se tenir aux côtés du peuple palestinien jusqu’à l’avènement de son Etat, avec El Qods pour capitale.
Qu’il soit tunisien ou d’ailleurs, le théâtre est prédestiné à résister par l’art, de toutes ses forces, afin que l’injustice s’éteigne, que la lumière de la paix éclaire le monde et que les conflits s’effacent pour laisser place à une terre où chacun trouve sa juste part d’existence. Que le théâtre demeure, au fil du temps, un art de résistance, pour vaincre l’injustice et la laideur, offrant au monde la paix, l’amour et la beauté.
Le message de la Journée mondiale du théâtre est l’un des éléments les plus marquants de cet événement. Chaque année, une personnalité de renommée internationale, qu’il s’agisse d’un acteur, d’un metteur en scène, ou d’une personne influente dans un autre domaine, partage sa vision du théâtre comme un vecteur de paix et de compréhension mutuelle. Le message de cette année est signé Message pour la Journée mondiale du théâtre 2025 – 27 mars. Auteur du message : Theodoros Terzopoulos(Grèce), Metteur en scène, pédagogue, auteur, fondateur et directeur artistique de la compagnie de théâtre Attis, inspirateur des Olympiades du Théâtre et président du Comité international des olympiades du théâtre.
Le théâtre peut-il percevoir l’appel désespéré que nos époques lancent, dans un monde où les citoyens se trouvent appauvris, enfermés dans les cellules d’une réalité virtuelle, perdues dans l’étreinte suffocante de leur intimité ? Dans un monde où les existences se robotisent, écrasées par un système totalitaire de contrôle et de répression, étendant son ombre sur chaque facette de la vie ?
Le théâtre se soucie-t-il de la destruction écologique, du réchauffement climatique, de la perte massive de biodiversité, de la pollution des océans, de la fonte des glaces, de l’augmentation des incendies de forêts et des phénomènes météorologiques extrêmes ? Le théâtre peut-il devenir un acteur vivant de l’écosystème ? Depuis de nombreuses années, le théâtre observe l’impact humain sur la planète, mais il peine à faire face à cette problématique. Le théâtre s’inquiète-t-il de la condition humaine telle qu’elle se façonne au XXIe siècle, où l’individu devient le jouet des intérêts politiques et économiques, des réseaux médiatiques et des puissances d’opinion ?
Où les réseaux sociaux, tout en facilitant la parole, se transforment en alibi immense offrant cette distance nécessaire entre nous et l’Autre? Une peur silencieuse, mais profonde, de l’Autre, du différent, de l’Étranger, envahit nos pensées et guide nos actions. Le théâtre peut-il être un atelier pour la coexistence des différences sans prendre en compte le traumatisme béant ? Ce traumatisme béant nous pousse à reconstruire le Mythe. Et pour reprendre les mots de Heiner Müller : « Le Mythe est un agrégat, une machine à laquelle de nouvelles machines, toujours différentes, peuvent être reliées. Il transporte l’énergie jusqu’à ce que la vitesse croissante fasse exploser le champ culturel »; et j’ajouterais, le champ de la barbarie. Les projecteurs du théâtre peuvent-ils éclairer le traumatisme social et cesser de se concentrer sur eux-mêmes de manière trompeuse ?
Des questions sans réponses définitives, car le théâtre existe et perdure grâce à des questions sans réponses. Des questions soulevées par Dionysos, traversant son lieu de naissance, l’orchestre du théâtre antique, et poursuivant son silencieux voyage de réfugié à travers les paysages de la guerre, aujourd’hui, en cette Journée mondiale du théâtre.
Regardons dans les yeux de Dionysos, le dieu extatique du théâtre et du Mythe, qui tisse ensemble passé, présent et futur, enfant de deux naissances, de Zeus et de Sémélé, porteur d’identités fluides, féminine et masculine, en colère et bienveillante, divin et animal, oscillant entre folie et raison, ordre et chaos, acrobate sur la crête de la vie et de la mort.
Dionysos pose une question ontologique essentielle : « Quel est le sens de tout cela ? » Une question qui entraîne le créateur dans une quête toujours plus profonde, à la recherche des racines du mythe et des multiples facettes du mystère humain. Il nous faut de nouvelles voies narratives, destinées à cultiver la mémoire et à forger une nouvelle responsabilité morale et politique, afin de sortir de la dictature multiforme des actuels « Âges Sombres ».
L’Agence de Promotion des Investissements Agricoles (APIA) et la Fondation Agir Contre l’Exclusion (FACE Tunisie) ont signé un partenariat pour soutenir les jeunes entrepreneurs ruraux.
Cette collaboration vise à faciliter l’investissement dans des projets agricoles innovants et à renforcer leur autonomie économique.
Objectifs clés :
Simplifier les procédures administratives et l’obtention des certificats de qualité.
Améliorer les débouchés commerciaux, tant localement qu’à l’international.
Promouvoir un développement agricole durable et inclusif.
Selon un communiqué de l’APIA publié jeudi, les deux structures travailleront ensemble pour lever les obstacles freinant la croissance des projets. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique de valorisation du potentiel des jeunes dans le secteur agricole.
Le 27 mars 2025, l’écrivain et intellectuel algérien Boualem Sansal a été condamné à cinq ans de prison ferme par le tribunal de Dar El Beida à Alger, suite à des accusations portant sur des atteintes à la sécurité de l’État. Cette condamnation intervient après plusieurs mois de tensions politiques et culturelles dans le pays, et met en lumière une problématique alarmante : la répression croissante de la liberté d’expression en Algérie.
Boualem Sansal, figure de proue de la littérature francophone et auteur de romans emblématiques comme ‘‘Le Serment des Barbares’’ et ‘‘2084 : La Fin du Monde’’, est reconnu pour ses prises de position courageuses sur la société algérienne, ses critiques sur le pouvoir en place, ainsi que ses réflexions sur les dérives de l’intégrisme religieux. Son arrestation en novembre 2024, suivie de cette lourde peine de prison, suscite une vive inquiétude au sein de la communauté littéraire et intellectuelle internationale.
Un écrivain dans la tourmente
La situation de Sansal fait écho à celle de nombreux écrivains et intellectuels algériens qui, au fil des années, ont été contraints de faire face à la répression et à la censure. Son cas soulève des questions cruciales sur l’espace de la liberté d’expression dans le pays. Sa condamnation, qui n’a fait qu’exercer son droit à la parole, marque un recul significatif pour une société qui, jadis, a été nourrie par les écrits de figures emblématiques comme Mouloud Mammeri, Assia Djebar, Kateb Yacine, ou encore Tahar Djaout.
Ces écrivains ont, chacun à leur manière, façonné la mémoire de l’Algérie, apportant une richesse intellectuelle et culturelle inestimable. L’Algérie, terre de réflexion et de lutte, est aussi la terre de la pensée libre, de la résistance littéraire et de l’engagement. Des voix comme celles de Mammeri, Djebar ou Yacine, qui ont contesté les normes établies et ont défié les régimes en place, ont marqué l’histoire contemporaine du pays. La répression de Sansal s’inscrit dans cette longue tradition de lutte des écrivains algériens pour la liberté de penser et d’écrire.
Un carrefour littéraire en danger
L’Algérie est un carrefour littéraire et intellectuel, marqué par une longue tradition de réflexion philosophique, historique et culturelle. Figures comme Apulée, philosophe et écrivain romain né à Madaure, ont établi des bases solides pour la transmission des savoirs. Apulée, à travers son œuvre ‘‘Les Métamorphoses (ou L’Âne d’or)’’, a incarné la fusion de la culture africaine, latine et grecque, une combinaison qui a forgé une identité littéraire unique. Il a inspiré des générations de penseurs, soulignant le rôle de la littérature comme outil de réflexion et de libération.
Des écrivains comme Apulée ont montré que la pensée et la parole libres ne connaissent pas de frontières. L’Algérie, de ses racines antiques à sa période coloniale, a toujours été un terrain de débats et d’échanges intellectuels. Les écrivains contemporains, dont Sansal, ont hérité de cette tradition, mais aujourd’hui, leurs voix sont étouffées par un régime qui semble redouter la pensée critique.
La liberté d’expression en danger
La condamnation de Sansal n’est pas un incident isolé. Elle fait partie d’une tendance inquiétante observée en Algérie, où la répression des voix dissidentes s’intensifie, y compris dans le domaine littéraire et intellectuel. Au moment où le pays est confronté à des défis économiques et sociaux majeurs, la censure devient une arme pour maintenir l’ordre établi. Cependant, cette politique ne peut que nuire à l’avenir du pays. La littérature, le débat intellectuel et l’échange d’idées sont les pierres angulaires d’une société libre et démocratique.
Le cas de Sansal est aussi un appel à l’action. La communauté internationale, les organisations de défense des droits de l’homme et les écrivains du monde entier doivent se mobiliser pour soutenir les écrivains algériens, et pour faire pression sur le gouvernement afin de garantir la liberté d’expression.
Alors que Sansal purge sa peine, il est crucial d’espérer qu’il bénéficiera d’une amnistie, comme cela a été le cas pour d’autres écrivains et intellectuels dans des situations similaires. Il est impératif que des efforts soient déployés pour garantir la liberté d’expression et permettre aux voix dissidentes de s’exprimer sans crainte de répression.
Le Théâtre National Tunisien (TNT) a publié, cet après-midi, le message de la Tunisie à l’occasion de la Journée Mondiale du Théâtre, ce jeudi 27 mars 2025.
« Le théâtre traverse une époque troublée, empreinte des tourments du monde actuel », lit-on au début du message de la Journée mondiale du théâtre publié en français et en arabe. Le TNT y fait le point sur les questions de l’époque et le rôle du théâtre dans une conjoncture mondiale marquée par l’incertitude et les « tragédies humaines qui, telles des vagues dévastatrices, continuent de secouer l’âme de l’humanité ».
La lecture du message de la Tunisie sera faite, demain soir, à la Salle Le 4ème Art à Tunis, par L’homme de théâtre Noureddine Ouerghi à la cérémonie de clôture de la manifestation “Tunis Théâtres du Monde” organisée danse sa troisième édition du 20 au 27 mars.
La Journée Mondiale du Théâtre a été créée en 1961 par l’Institut international du théâtre (ITI). Elle est célébrée chaque année le 27 mars par les Centres de l’ITI et la communauté théâtrale internationale. Divers événements nationaux et internationaux de théâtre sont organisés pour marquer cette occasion.
Le message de cette année est écrit par l’homme de théâtre grec Theodoros TERZOPOULOS qui est metteur en scène, pédagogue, auteur, fondateur et directeur artistique de la compagnie de théâtre Attis, inspirateur des Olympiades du Théâtre et président du Comité international des Olympiades du Théâtre. Son message, traduit dans différentes langues, est publié sur le site de l’ITI.
Voici le texte intégral du message du Théâtre National Tunisien à l’occasion de la Journée Mondiale du Théâtre 27 mars 2025 :
“Le théâtre traverse une époque troublée, empreinte des tourments du monde actuel. …
Dans ce décor où « le monde est un vaste théâtre », les dernières années ont vu surgir, aux quatre coins de la planète, des tragédies humaines qui, telles des vagues dévastatrices, continuent de secouer l’âme de l’humanité.
Les forces du mal se sont imposées, tandis que les héros de cette scène mondiale ont abandonné les valeurs de vertu et de beauté. Le spectacle a laissé place à un décor de ruines, où massacres, ravages de la nature et effondrement de la solidarité humaine composent une fresque sombre, rythmée par un refrain immuable : « la loi du plus fort ».
Comment le « quatrième art », fondé sur la tragédie et la comédie pour élever l’âme humaine, peut-il affronter l’horreur de cette « pièce réaliste » ? Comment peut-il raviver la quête de paix et de sécurité, en réaffirmant les valeurs du vivre-ensemble dans un monde où chacun a sa place ?
Hélas, les instruments de destruction de l’humanité se sont multipliés, et l’individu oscille désormais entre deux mondes : une réalité tangible en pleine crise et une réalité virtuelle qui n’offre qu’un enchaînement d’illusions, l’éloignant de ses propres tourments. Pire encore, cet univers numérique le réduit à un simple « désir ardent » de changement, sans jamais le mener à l’action, le maintenant prisonnier d’un rêve insaisissable.
Depuis ses origines grecques, le théâtre s’est toujours dressé en rempart contre la laideur, la brutalité et la discorde, porteur d’un message de beauté, d’amour et d’harmonie. A travers les siècles et les courants, malgré leurs divergences, la lutte entre le bien et le mal a toujours occupé le devant de la scène. Par ses multiples formes, le théâtre a cherché à éclairer ce conflit qui déchire l’âme humaine et à transformer ces tensions en une force créatrice, au service d’un monde plus uni, où les différences deviennent richesse plutôt que fracture.
Le théâtre tunisien s’est toujours inscrit dans cette vision universelle, tout en restant profondément ancré dans son identité. Puisant dans ses racines locales, il a tracé un chemin artistique singulier, façonnant une expression capable de résonner avec les grandes causes humaines. A travers une approche créative et audacieuse, il interroge chaque sujet, invitant le spectateur à réfléchir aux moyens de coexister dans un monde en perpétuelle effervescence.
Le théâtre tunisien est toujours resté solidaire des luttes arabes et africaines, refusant de s’enfermer dans une singularité isolée. Il a su allier enracinement et ouverture, façonnant ainsi un « quatrième art » à la fois profondément tunisien et résolument universel.
Avec force et conviction, le théâtre tunisien a sondé les profondeurs de l’âme humaine, révélant par l’art ce que les mots peinent à exprimer. Il a dénoncé l’injustice, l’oppression et la répression, tout en portant haut les valeurs de liberté, d’amour et d’émancipation. Fidèle à ses engagements, il a soutenu la cause palestinienne, défendu Gaza, condamné les crimes de l’entité sioniste usurpatrice et continue de se tenir aux côtés du peuple palestinien jusqu’à l’avènement de son Etat, avec El Qods pour capitale.
Qu’il soit tunisien ou d’ailleurs, le théâtre est prédestiné à résister par l’art, de toutes ses forces, afin que l’injustice s’éteigne, que la lumière de la paix éclaire le monde et que les conflits s’effacent pour laisser place à une terre où chacun trouve sa juste part d’existence.
Que le théâtre demeure, au fil du temps, un art de résistance, pour vaincre l’injustice et la laideur, offrant au monde la paix, l’amour et la beauté.”
Un accord de coopération a été signé mercredi entre le ministère de l’Agriculture, la Banque tunisienne de solidarité et l’Agence allemande de coopération technique (GIZ) pour promouvoir les investissements dans le secteur agricole et dynamiser la relation entre les institutions financières et techniques, selon un communiqué du ministère de l’Agriculture.
La Convention vise à soutenir les jeunes désirant créer des projets agricoles en leur fournissant des mécanismes de financement issus du projet de valorisation des périmètres irrigués, projet axé sur le développement des chaînes de valeurs agricoles dans les gouvernorats de Kairouan, Kasserine et Sidi Bouzid.
Ce projet est financé par la Banque africaine de développement (BAD) et mis en œuvre en coopération entre différentes parties concernées.
À cette occasion, le ministre de l’agriculture a souligné l’importance de cette initiative pour fournir des emplois aux jeunes, promouvoir la production agricole nationale et renforcer le développement économique durable en Tunisie, saluant les efforts de toutes les parties pour créer un environnement incitatif à l’entrepreneuriat dans le secteur agricole.
La cérémonie de signature a eu lieu mercredi en présence du ministre de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche, Ezzeddine Ben Cheikh, du secrétaire d’Etat chargé des ressources hydrauliques, Hammadi Habib, du directeur général de la Banque tunisienne de Solidarité Khelifa Sbouii, de la directrice générale de l’Agence pour la promotion des investissements agricoles Engi Douggui, du chargé de la gestion du Département de génie rural et d’exploitation des eaux, Kamel Meddeb, de la représentante de l’Agence allemande de coopération technique, Kalthoum Ben Jomâa ainsi qu’un certain nombre de responsables et d’experts dans le domaine financier et agricole.
La Cité de la Culture Chedly Klibi a vibré d’une atmosphère mystique lors de la soirée du mercredi 26 mars 2025, où l’effervescence du Ramadan se mêlait à la ferveur de la Nuit du Destin. Après la rupture du jeûne, une foule enthousiaste s’est dirigée vers la salle de l’Opéra, animée par un même désir : celui de s’immerger dans l’univers spirituel et envoûtant de « La Hadhra », une œuvre intemporelle de Fadhel Jaziri, présentée en collaboration avec le Théâtre de l’Opéra de Tunis.
La soirée, empreinte de recueillement, a débuté par l’intonation de la Fatiha, suivie des invocations puissantes et profondes de la voix de Samir Ressaissi. À mesure que les rythmes et les inflexions se sont intensifiés, « La Hadhra » a pris vie, déployant son souffle sacré tout en s’ouvrant à une touche contemporaine. Fidèle à sa démarche créative, Fadhel Jaziri a su allier tradition et modernité, offrant au public cosmopolite un patrimoine réinventé où l’héritage du passé se mêlait à l’énergie du présent.
Les percussions traditionnelles telles que le « tbal » et le « bendir » résonnaient comme un chœur ancestral, tandis que des instruments plus modernes, comme le saxophone, la guitare, la batterie et l’orgue, tissaient une trame musicale nouvelle dans une parfaite alchimie. Pendant près de deux heures, chants, musiques et tableaux chorégraphiques se sont succédé dans une harmonie saisissante, emportant l’ensemble du public dans un tourbillon d’émotions et de sensations.
L’odeur envoûtante de l’encens se mêlait aux cris de joie, aux claquements de mains et aux youyous, transformant la salle de l’Opéra en un sanctuaire où le sacré et l’art se confondaient en une parfaite harmonie.
Au cœur de cette fresque musicale, les voix de Haythem Hadhiri, Yahia Jaziri, Mondher Achouri, Houssem Ben Moussa, Oussema Nebli, et bien d’autres, ont insufflé vie et âme aux « madihs » et aux invocations mystiques.
Avec des chants emblématiques et intemporels tels que « Nadou lbabakom », « Ellil zahi », « Raies lebhar », « Fares Baghdad », Fadhel Jaziri a ravivé la mémoire collective, lui offrant une nouvelle respiration. Loin de s’essouffler, « La Hadhra » renaît à chaque représentation, toujours surprenante et captivante, traversant le temps sans en porter la moindre ride.
Un accord de coopération a été signé, mercredi 26 mars, entre le ministère de l’Agriculture, la Banque tunisienne de solidarité (BTS) et l’Agence allemande de coopération technique (GIZ) pour promouvoir les investissements dans le secteur agricole et dynamiser la relation entre les institutions financières et techniques. C’est ce qu’indique un communiqué du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche.
La Convention vise à soutenir les jeunes désirant créer des projets agricoles en leur fournissant des mécanismes de financement issus du projet de valorisation des périmètres irrigués, projet axé sur le développement des chaînes de valeurs agricoles dans les gouvernorats de Kairouan, Kasserine et Sidi Bouzid.
Ce projet est financé par la Banque africaine de développement (BAD) et mis en œuvre en coopération entre les différentes parties concernées.
À l’occasion de cette signature, le ministre de l’Agriculture, Ezzeddine Ben Cheikh, a souligné l’importance de cette initiative pour fournir des emplois aux jeunes, promouvoir la production agricole nationale et renforcer le développement économique durable en Tunisie. Il saluera également les efforts de toutes les parties pour créer un environnement incitatif à l’entrepreneuriat dans le secteur agricole.
Outre le ministre de l’Agriculture, étaient également présents le secrétaire d’Etat chargé des Ressources hydrauliques, Hammadi Habib, le directeur général de la Banque tunisienne de solidarité, Khelifa Sbouii, la directrice générale de l’Agence pour la promotion des investissements agricoles, Engi Douggui, le chargé de la gestion du Département de génie rural et d’exploitation des eaux, Kamel Meddeb, la représentante de l’Agence allemande de coopération technique, Kalthoum Ben Jomâa, ainsi qu’un certain nombre de responsables et d’experts dans le domaine financier et agricole.
Dans les salles obscures de Marseille, carrefour des mémoires et des résistances, des images surgissent du passé et du présent, éclairant les fissures et les fulgurances d’un monde arabe en perpétuel bouleversement. Du 19 au 27 avril 2025, la 12ᵉ édition du festival Aflam sera comme une fenêtre sur les révolutions avortées, les exils contraints et les héritages persistants, offrant une programmation vibrante où se croisent cinéma d’archives et créations contemporaines.
Djamal Guettala,à Marseille.
De la Syrie qui vacille entre chute et renouveau, à la Tunisie et l’Algérie qui interrogent leurs mémoires collectives, en passant par l’Égypte, le Liban, la Palestine, ou encore le Maroc, chaque film est un fragment de l’histoire, un cri ou un murmure. Images d’un monde bouleversé, qui capturent l’intime pour révéler l’universel.
La Tunisie à l’honneur
Pour incarner cette édition, une femme, une présence, Fatma Ben Saïdane. Actrice et réalisatrice tunisienne, elle est l’âme d’un cinéma qui interroge, qui résiste et qui inspire. Figure incontournable du cinéma maghrébin, elle incarne des personnages puissants et des récits où la révolte est souvent tapie sous la peau du quotidien. À Marseille, elle sera célébrée à travers une masterclass et une sélection de films retraçant son parcours, où l’engagement artistique se mêle au combat social.
Cette année, la Tunisie fait une apparition forte, avec des films qui explorent l’histoire et les luttes contemporaines du pays. ‘‘La Télé arrive’’ de Moncef Dhouib, qui sera projeté le 25 avril au Mucem, raconte comment un village du Sud tunisien, avec l’arrivée d’une équipe de télévision allemande, se voit contraint de jouer un rôle, manipulant la réalité pour masquer ses véritables problèmes. Ce film dénonce la superficialité des images véhiculées par les médias et les illusions qu’elles créent.
Le soir même, au Cinéma L’Alhambra, ‘‘El Jaida’’ de Selma Baccar offrira une immersion dans l’histoire tunisienne en suivant quatre femmes emprisonnées en 1955, une époque marquée par la lutte pour l’indépendance. Les conditions sociales, les injustices et la répression sont au cœur de ce récit poignant de solidarité féminine.
Le 25 avril, ‘‘Derrière le soleil’’ de Dhia Jerbi nous invitera à une quête personnelle et intime, un film où le réalisateur tunisien, exilé en France, explore le lien familial et la transmission de l’héritage culturel. La projection sera accompagnée d’une rencontre avec le réalisateur.
À travers des documentaires et des fictions, la Tunisie s’impose cette année comme un pays de mémoire, où les questions de l’indépendance, de la dictature et de la transition restent des sujets brûlants.
L’Algérie : héritage colonial et mémoire des luttes
Aflam 2025 mettra également en lumière l’Algérie, avec des films puissants qui revisitent les luttes et les mémoires du pays. ‘‘Amsevrid (The Outlandish)’’ de Tahar Kessi, qui sera projeté le 20 avril au Polygone étoilé, nous plongera au cœur de l’arrière-pays algérien et de ses fantômes. À travers le parcours de trois personnages à différentes époques, ce film interroge la manière dont l’histoire se tisse et se perpétue à travers la mémoire, la révolte et la résistance.
Le 23 avril, ‘‘Fanon’’ d’Abdenour Zahzah (qui sera projeté au Mucem), nous plongera dans l’Algérie colonisée de 1953, avec Frantz Fanon, jeune psychiatre noir qui lutte contre l’aliénation culturelle des Algériens tout en étant pris dans la tourmente de la guerre. Un film qui revient sur l’impact du colonialisme et l’essor de la révolution algérienne.
À travers ses films, l’Algérie se fait témoin de son passé et de ses luttes, et Aflam nous invite à revisiter ses combats pour la liberté et l’émancipation.
Cartographies de la douleur et de l’espoir
Le cinéma arabe d’aujourd’hui, c’est l’histoire en marche, captée à hauteur d’homme et de femme. C’est aussi la question lancinante de l’exil, des appartenances mouvantes, du lien brisé et réinventé avec la terre natale.
Dans ‘‘Les Miennes’’ de Samira El Mouzghibati, le déracinement se décline au féminin, tandis que ‘‘The Roller, the Life, the Fight’’ d’Elettra Bisogno et Hazem Alqaddi interrogera la lutte comme un mode d’existence, tandis que ‘‘2G’’ de Karim Sayad nous plongera dans un voyage sensoriel en Libye, pays rarement capté par la caméra.
Dans un monde où les révolutions sont souvent trahies, le cinéma syrien tentera de recomposer une mémoire disloquée. ‘‘Chasing the Dazzling Light’’ et ‘‘My Memory is Full of Ghosts’’, qui seront projetés au Mucem, témoignent de ce passage fragile entre les ténèbres du passé et la lueur incertaine de l’avenir.
Et alors que la Palestine brûle sous les regards impuissants du monde, Aflam rappellera combien les images peuvent devenir des armes, des archives vivantes d’une lutte que l’on voudrait faire taire.
L’archive éclaire le présent : voir, entendre, comprendre
Le cycle Vives Archives, fil rouge du festival, interrogera la mémoire du cinéma arabe, son rapport aux luttes passées et à la construction des récits historiques. Les écoles de cinéma de l’Europe de l’Est, qui ont formé nombre de cinéastes arabes sous la guerre froide, seront explorées, tout comme l’héritage colonial à l’écran, à travers notamment une rétrospective dédiée au cinéaste palestinien Kamal Aljafari.
En parallèle, la Plateforme internationale de Médiation proposera deux journées de réflexion sur la médiation culturelle décoloniale, entre balades urbaines, ciné-débats et rencontres-laboratoires.
Car résister, c’est aussi célébrer, Aflam s’ouvrira à la nuit avec deux grandes fêtes, où les rythmes d’hier et d’aujourd’hui viendront prolonger les projections dans le tumulte de la danse. Entre concerts et DJ sets, la ville de Marseille résonnera des pulsations d’un monde en mouvement, d’une diaspora qui refuse l’oubli.
Avec 52 films, 30 invité·es et 40 événements, cette 12ᵉ édition d’Aflam affirmera une fois encore que le cinéma n’est pas un simple divertissement, mais un outil de compréhension du réel, une passerelle entre les rives et les mémoires, un acte de résistance en soi.
Dans un monde où l’image est parfois vidée de sens, ici, à Marseille, chaque plan est un cri, chaque film un territoire à défricher. Un festival comme un combat, une célébration, une invitation à voir autrement.
22 pays prennent part à cette édition 2025 qui sera inaugurée par le documentaire «Matula» de Abdallah Yahia. Les projections seront suivies de discussions et huit réalisateurs (sur les dix films en compétition) seront présents avec le public.
ans, le Festival international du film pour l’enfance et la jeunesse (Fifej) revient pour une 14e édition du 8 au 12 avril 2025, toujours dans la ville de Sousse.
Le directeur du festival, Aymen Jlili, a présenté, lors d’une conférence de presse, tenue hier soir à la Cité de la culture Chedly Klibi, les grandes lignes de cette session et les orientations de cette remise sur pied du festival. Il a souligné les efforts déployés pour proposer un programme riche et à la hauteur de l’histoire du Fifej, affirmant que cette édition vise à consacrer le droit à la culture pour tous, comme en témoigne l’initiative en faveur des personnes en situation de handicap (certaines séances leur seront assurées par le langage des signes et d’autres en audio-description).
Le retour en force de la manifestation revient à la volonté de l’association du Fifej à le faire revivre, précise Jlili, et d’ajouter que son projet de restructuration devra se poursuivre pour les trois sessions à venir et que le Fifej gardera sa ligne directrice dans l’initiation et la formation des jeunes et des moins jeunes dans le 7e art.
Fondé en 1991, le Fifej est l’un des principaux festivals dédiés au cinéma pour l’enfance et la jeunesse dans le monde arabe. Il s’agit du troisième plus ancien festival cinématographique en Tunisie. La manifestation a été, malheureusement, interrompue depuis 2019 en raison de la pandémie du Covid-19 et de difficultés financières.
Cette édition qui marque son retour comportera trois compétions officielles : celle des longs-métrage (10 films) et des courts-métrages pour professionnels (9 films), avec un jury composé du critique irakien Abdel Hussein Chaâbane, de la cinéaste rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo, de la réalisatrice française Julie Caty, de l’universitaire marocain Azzedine Gourirane et du directeur de la photographie tunisien Mohamed Maghraoui. Et la compétition officielle des films courts des jeunes de moins de 30 ans (28 films), avec un jury formé par l’acteur tunisien Khaled Bouzid, du réalisateur syrien Muhannad Kulthum et de Manuela Vetter Nicolleti, experte en culture et communication auprès de l’Icesco.
22 pays prennent part à cette édition 2025 qui sera inaugurée par le documentaire «Matula» de Abdallah Yahia. Les projections seront suivies de discussions et huit réalisateurs (sur les dix films en compétition) seront présents avec le public.
Concernant les lieux de projection, c’est le Théâtre municipal de la Ville de Sousse qui accueillera la majorité des séances, en plus de la Maison de la culture de Kalaâ Sghira et celle d’Hammam-Sousse. Une contribution importante se fera avec «Cinéma Tadour» qui présentera d’autres séances particulièrement pour les enfants, sachant que Sousse est actuellement sans salle de cinéma.
Entre autres films projetés, il sera question des 22 courts métrages réalisés en 2024 dans le cadre du projet «De la ligne zéro» ( d’une durée totale de 100 minutes) proposé par le réalisateur palestinien Rashid Masharawi. Ce projet réunit des œuvres de cinéastes et artistes de la Bande de Ghaza ayant documenté avec leurs caméras le génocide commis par l’occupation sioniste contre ses habitants depuis le 7 octobre 2023.
A l’occasion de la commémoration du 87e anniversaire des événements du 9 avril 1938 «Fête des martyrs», le festival projettera le film «Ennafoura» (La fontaine) de Salma Baccar.
Au programme également, une conférence qui portera sur l’importance d’intégrer les arts et l’analyse de l’image cinématographique dans les curricula scolaires et une deuxième qui explorera les moyens de renforcer la coopération entre l’Icesco et la société civile culturelle et cinématographique en Tunisie. Dix ateliers prévus les 4, 5, 6 et 9 avril seront dédiés aux jeunes afin de les initier à des techniques cinématographiques, entre autres, l’image, la prise de son et l’écriture de scénario.
Prenant la parole, Hassen Alilech, président de l’Association Fifej, a tenu à rendre hommage à Feu Néjib Ayed qui fut un certain temps directeur de ce festival, précisant que, malgré cette interruption de cinq ans, le comité a poursuivi ses activités particulièrement dans les institutions éducatives, et ce, dans le cadre du programme de formation continue par l’image. «Il fut un temps où de nombreux ciné-clubs étaient actifs dans les collèges et lycées», a-t-il rappelé, ajoutant que le Fifej finira par reprendre la place qu’il mérite parmi les festivals du pays, comme dans les années 90 où il accueillait plus de 40 pays avec une trentaine d’ateliers au menu.
Fluidité technique et toucher précis s’associent pour enrichir les rythmes hérités de l’art de l’improvisation, pour lequel Malek Lakoua a drainé un public nombreux.
Du jazz au Festival de la médina et à Bir Lahjar ? C’est rare et pourtant la direction de la 41e édition du Festival a osé le pari de programmer une soirée consacrée à ce genre musical réservé jusqu’ici aux théâtres fermés ou de plein air. Généralement, ce sont les concerts de « Tarab », de « Malouf » ou encore de chants soufis qui meublent les soirées de cette manifestation. On se rend compte que le Festival de la médina a évolué au gré des sessions et s’ouvre à d’autres sensibilités musicales occidentales en l’occurrence pour élargir son public.
Vendredi 21 mars, la musique jazz a résonné dans le patio de Bir Lahjar. Le trio «Take 3», composé du pianiste Omar el Ouaer et du bassiste Fabricio Nicolas, français d’origine vénézuélienne et colombienne et du batteur Malek Lakoua, a drainé un public nombreux et sélect, féru de jazz. Le concert a démarré avec un morceau de plus de dix minutes, intitulé «Prélude» signé Omar el Ouaer, suivi d’autres standards de jazz dans ses multiples avatars. Les trajectoires respectives de ce trio de musiciens se sont croisées et ont convergé simultanément sur scène.
Leur communauté d’expérience et de pensée s’est épanouie superbement dans ce concert où l’improvisation se manifeste autour des notes et ses possibilités infinies à créer un univers à la limite poétique. Les musiciens semblent creuser le même sillon sans jamais donner l’impression de se répéter. Fluidité technique et toucher précis associés pour enrichir les rythmes hérités de l’art de l’improvisation qui caractérise ce genre de musique.
Après avoir roulé sa bosse dans plusieurs clubs, jam sessions, Malek Lakhoua, qui a plusieurs cordes à son arc, médecin, agriculteur et batteur autodidacte, a forgé son nom au contact d’un public qui apprécie son jeu à la batterie et sa volonté de proposer du nouveau dans le domaine de la musique. C’est grâce à son mentor, Azaiez Hamrouni, qu’il s’est initié à la batterie et en a fait son instrument de prédilection. Savourant les multiples succès, il fonde «Jazzit Records», premier label de jazz tunisien et parvient à le mettreen synergie avec le producteur belge Igloo Records.
Duke Ellington, Ahmed Jamal et d’autres grands ténors du jazz afro-américain constituent ses maîtres auxquels il voue une admiration sans faille et qui lui ont permis d’ouvrir la voie vers un jazz authentique en reprenant leurs standards. Mais Malek Lakhoua ne s’est pas contenté de reprises, il a créé ses propres titres auxquels il a insufflé une identité tunisienne que le public semble apprécier. Au terme de plus d’une heure, l’auditoire, resté silencieux tout au long du concert, a ovationné fougueusement la superbe performance de ce trio qui a encore de beauxjours devant lui.
Collecter les formes musicales populaires des différentes régions pourpréserver et sauvegarder un patrimoine culturel immatériel. « Communions » est le premier d’une série documentaire.
Ce soir au Rio, l’écran se déploie pour une projection spéciale suivie de débat du film « Communion » du programme « itinérances » co-signé par Ali Saïdane et Khaled Barsaoui. Le film suit, à la trace, les éléments qui ont participé d’une façon ou d’une autre à façonner une image de notre « moi » à partir de l’ensemble des expressions populaires traditionnelles qui ont contribué, générations après générations, à la formation de cette mosaïque multicolore de mélodies, de chants, de danses, de rythmes et de rituels sacrés et profanes.
Produit par West Side Movies, avec le soutien notamment du Centre national du cinéma et de l’image (Cnci), du Fonds d’encouragement à la création littéraire et artistique et en partenariat avec le Centre des musiques arabes et méditerranéennes (Cmam, Ennejma Ezzahra), le projet « Rehlet el wijden » est un programme de films et de séries documentaires conçus pour le cinéma et la télévision entamé avec Ali Saïdane, depuis 2003.
L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a annoncé, mardi, le lancement des inscriptions au Prix des 5 continents de la Francophonie 2025-2026.
Peuvent concourir les ouvrages narratifs de fiction (roman, récit, recueil de nouvelles) écrits en français et publiés à compte d’éditeur, entre le 1er juillet 2024 et le 30 juin 2025, par une maison d’édition francophone ayant un circuit de distribution en librairie, indique l’OIF.
La date limite pour candidater est le 31 juillet 2025.
Selon le règlement du éprix, les auteurs ne peuvent faire directement acte de candidature. Seuls les éditeurs sont habilités à présenter des candidatures, limitées à deux titres au maximum chacun, sur la plateforme httpss://litteratures.francophonie.org/
Créé par l’OIF en 2001, le Prix des cinq continents de la Francophonie permet de mettre en lumière des talents littéraires reflétant l’expression de la diversité culturelle et éditoriale en langue française sur les cinq continents et de les promouvoir sur la scène littéraire internationale.
Dix œuvres finalistes sont présélectionnées par six comités de lecture.
Le ou la lauréat(e) et la mention spéciale sont choisis par le jury international, présidé par Fawzia Zouari (Tunisie-France, Présidente du Parlement des écrivaines francophones) et composé de : Monique Proulx (Canada-Québec), Liliana Lazar (Roumanie), Mohamed Mbougar Sarr (Sénégal), Sami Tchak (Togo), Michel Choueiri (Liban, pour l’Association internationale des Libraires francophones), Aqiil Gopee (Maurice, pour le Prix du jeune écrivain), Eric Chacour (Egypte-Québec) et Khalid Lyamlahy (Maroc), respectivement lauréat et Mention spéciale du Prix 2024.
Le Prix est remis au cours du premier trimestre de l’année suivante. En plus de la dotation de 15 000 euros, le lauréat bénéficie d’un accompagnement promotionnel pendant toute une année, l’OIF assurant sa participation à des rencontres littéraires, foires et salons internationaux identifiés de commun accord avec lui. La dotation de la mention spéciale du jury est de 5.000 euros.
Les auteurs tunisiens Fawzia Zouari et Yamen Menai sont parmi les 43 lauréats du Prix des 5 continents de la Francophonie qui compte également 24 mentions spéciales attribuées. Fawzia Zouari a été primée en 2016 pour son roman «Le Corps de ma mère» (Joëlle Losfeld – France / Demeter – Tunisie) et Yamen Menai en 2017 pour son roman « L’Amas ardent » (Elyzad). Le palestinien Karim Kattan a été primé en 2021 pour « Le Palais des deux collines », un roman paru chez l’éditeur tunisien Elyzad.
L’introduction de la ville de la Manouba dans le circuit touristique et culturel de Tunis, intégrant le musée du Bardo et l’instauration d’un passage fluide via des minibus, vers ses principaux sites tels que le palais Kobbet Enhas, le Palais de la Rose et le village de l’Artisanat de Denden, a été annoncée mardi, lors d’une cérémonie de lancement d’une campagne publicitaire nationale destinée aux marchés touristiques européens organisée à « Kobbet Enhas ».
Le ministre du Tourisme, Sofiane Tekaya, a indiqué, à cette occasion, que son département envisage d’introduire le circuit touristique du gouvernorat de la Manouba dans celui de la ville de Tunis. « Tous les moyens logistiques vont être mobilisés pour sensibiliser les agences de voyages et tous les intervenants du secteur à l’importance de promouvoir davantage les atouts de la région, ses monuments historiques ainsi que le village artisanal de Denden ».
Pour sa part, le gouverneur de la Manouba, Mahmoud Chouaïb a souligné que la première étape de la mise en œuvre de ce projet, débutera en avril prochain. Il a ajouté que l’intégration des autres composantes du circuit touristique de la Manouba dans le circuit touristique de la ville de Tunis fera l’objet de la deuxième phase de ce projet.
Il est à noter que le projet du circuit touristique de la Manouba dont la mise en œuvre a été suspendue depuis plusieurs années, est très attendu par les habitants de la région, compte tenu du potentiel patrimonial et culturel, matériel et immatériel de la région, composé, entre autres, du palais Kobbet Enhas, du musée militaire au Palais de la Rose, du site archéologique de Sidi Ghrib, du barrage Al Aroussia à El Battan, des Aqueducs Romains de Oued Ellil…outre les maisons d’hôtes et les exploitations agricoles biologiques ayant vu le jour ces dernières années et les richesses naturelles de la région.
Ce projet a été présenté à plusieurs reprises au gouvernorat de la Manouba et il a été proposé de prolonger, dans une première étape, le circuit touristique intégrant le musée de Bardo vers la ville de la Manouba et le village artisanal de Denden, en attendant de solutionner les obstacles entravant l’intégration des autres composantes du circuit touristique de la Manouba.
Le département des lettres de l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts Beit al-Hikma organise le vendredi 4 avril 2025 (11H00) une rencontre sur la littérature tunisienne de langue française autour de la présentation de l’ouvrage « Ecrivains francophones de Tunisie » (2023, Editions Déméter) d’Afifa Chaouachi Marzouki, professeure émérite à l’Université de la Manouba.
Cette rencontre sera l’occasion de découvrir le travail de l’auteure, lauréate du Prix Zoubeida Bchir des écrits de femmes tunisiennes en 1997, dont les recherches portent sur la littérature française des XIXe et XXe siècles, ainsi que sur la littérature francophone en particulier Albert Memmi.
« Les années cinquante, […] marquent un […] tournant dans cette littérature tunisienne francophone. A la veille de 1956, date de l’indépendance, commence, en effet, une période de transition vers une littérature autonome, tournée vers les Tunisiens, une littérature des premiers éveils et des premières revendications. On y voit émerger les premières remises en cause et des préoccupations nouvelles : avec elle nous entrons dans « l’ère du soupçon », matérialisée d’abord et sur le mode majeur par Albert Memmi et son premier roman « La Statue de sel » publié en 1953 et auquel le célèbre essai « Portrait du colonisé » vient succéder en 1957. Dès lors […], on voit émerger petit à petit quelques-uns des autres grands écrivains francophones contemporains » (résumé du livre).
Dans cet ouvrage de 192 pages, Afifa Chaouachi Marzouki analyse les œuvres de plusieurs poètes et prosateurs francophones tunisiens, parmi lesquels figurent des noms incontournables dont Salah Guermadi, Moncef Ghachem, Albert Memmi, Tahar Bekri, Samir Marzouki, Mansour M’henni, Kamel Gaha, Mokhtar Sahnoun, Badreddine Ben Henda, Jihèn Souki, Rafik Ben Salah, Fawzia Zouari, Emna Belhaj Yahia, Béchir Garbouj, Sophie Bessis,…
Cette lecture vise à donner un aperçu des trajectoires littéraires, des défis et des spécificités des écrivains tunisiens ayant choisi le français comme langue d’expression.
A travers ce livre, l’auteure met en lumière la richesse et la diversité de la production littéraire tunisienne en langue française. Tout en offrant une réflexion sur l’identité, la culture et les influences croisées qui ont façonné ces écrivains.
L’Organisation du Monde Islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture (ICESCO) a lancé un appel à contribution pour l’élaboration d’une étude stratégique visant à renforcer le rôle de la culture et du patrimoine dans la lutte contre les défis environnementaux liés au changement climatique, et à préserver l’identité culturelle dans les États membres de l’ICESCO.
Cet appel concerne les chercheurs, experts et spécialistes dans les domaines de la préservation du patrimoine culturel et des études sur l’impact du changement climatique sur la culture.
La date limite de soumission des candidatures est fixée au 31 mars 2025, indique l’Organisation dans un communiqué publié le 7 mars courant.
La langue principale de l’étude est l’anglais, avec une traduction ultérieure prévue en arabe et en français.
L’étude sera finalisée et prête à être publiée en septembre 2025.
Les personnes intéressées sont invitées à envoyer leur Curriculum Vitae (CV) à l’adresse électronique : heritage@icesco.org, accompagné d’un résumé de 300 mots maximum expliquant leur contribution potentielle à l’étude, ainsi qu’une lettre d’intention motivant leur participation.
Pour plus de détails et pour télécharger les documents relatifs à l’étude stratégique, veuillez consulter les liens suivants :
Cette étude stratégique ambitionne d’établir un équilibre durable entre le progrès technologique et la préservation du patrimoine culturel, en mobilisant les technologies modernes et l’intelligence artificielle pour développer des solutions innovantes permettant d’atténuer les effets croissants du changement climatique, de faire face aux menaces qui en découlent et d’explorer les mesures efficaces à adopter en la matière.
La culture et le patrimoine (naturel et culturel) sont parmi les éléments les plus distinctifs des sociétés. Avec l’accélération des transformations environnementales et l’exacerbation du changement climatique, la protection et la gestion de ce patrimoine sont devenues vitales pour maintenir l’identité culturelle des générations actuelles et futures, peut-on lire dans l’introduction relative à cette étude stratégique pour renforcer le rôle de la culture et du patrimoine face aux défis climatiques.
Au milieu des défis environnementaux croissants auxquels le monde est confronté, il y a un intérêt croissant pour la protection des biens culturels et patrimoniaux, car ils sont devenus des piliers essentiels de l’identité nationale et de la cohésion sociale. Dans ce contexte, les institutions culturelles jouent un rôle essentiel pour relever les défis du changement climatique et sauvegarder la culture et le patrimoine pour les générations actuelles et futures.
La stratégie du monde islamique visant à renforcer le rôle de la culture et du patrimoine face au changement climatique est une réponse directe à ces défis mondiaux. Face aux menaces persistantes du changement climatique, les institutions culturelles sont chargées de protéger les biens patrimoniaux, de sensibiliser à leur importance et de promouvoir le dialogue culturel pour renforcer la solidarité et la coopération internationales.
La stratégie consiste en un ensemble d’étapes et de mesures visant à renforcer le rôle de la culture et du patrimoine dans la lutte contre le changement climatique et à fournir des solutions durables pour leur protection et leur gestion, en particulier en ce qui concerne les politiques culturelles durables.
Ceci s’inscrit dans le cadre de l’initiative de l’ICESCO sur l’importance d’intégrer un objectif lié à la culture dans les Objectifs de Développement Durable. La stratégie adopte une gamme de méthodes et de technologies qui combinent innovation et traditions culturelles pour sauvegarder le patrimoine face aux défis climatiques.
Tunis, UNIVERSNEWS (CULT) – Le réalisateur de la série de bandes dessinées « Harissa Land », Zied Litayem a annoncé son boycott du concours organisé par l’activiste Hédi Zaïm sur la radio Mosaïque Fm pour choisir les meilleures œuvres.
Litayem a déclaré que ce boycott n’était pas pour la station-radio, qui a reçu l’équipe travaillant sur d’autres programmes, y compris le programme Besbès, mais il s’agit d’un boycott de Hédi Zaïm – il ne l’a pas nommé, mais il y a plutôt fait allusion- et a déclaré qu’il ne leur ressemble pas, et que nous ne lui ressemblons pas non plus.
De petits groupes de criquets pèlerins ont été récemment aperçus dans le sud de la Tunisie, suite aux vents du sud ayant soufflé sur la région, a fait savoirle ministère de l’Agriculture dans un communiqué publié le 14 mars 2025, ajoutant que les opérations de surveillance et de suivi se poursuivent et que «la situation est sous contrôle». Occasion pour parler de ce fléau que notre pays connaît depuis des millénaires comme en témoigne la recherche historique, évoquée ici par l’auteur.
Hédi Fareh *
La sauterelle était toujours considérée comme un fléau «avorteur» et menaçant. Tous les pays tropicaux et subtropicaux en souffraient périodiquement. Les vagues ravageant de sauterelles causèrent des pertes matérielles très importantes. Les sources grecques, latines et arabes nous ont laissé une matière assez riche concernant le grand nombre d’invasions qui étaient, le plus souvent, suivies de famines et d’épidémies décimant les régions envahies par les acridiens.
Les recherches actuelles ont montré que presque tout le continent africain, à l’exception des parties centrales, boisées et humides, était soumis aux invasions de la sauterelle. On en distinguait plusieurs espèces. Les acridiens migrateurs appartiennent à la famille des Orthoptères sauteurs, qui comprend les locustides (ou sauterelles) et les acrides (ou criquets). Parmi les locustides, on ne compte aucune espèce nuisible. Quant à la famille des acrides, elle comprend deux types : les grands migrateurs et les petits migrateurs (Direction générale de l’Agriculture, «Les sauterelles», Revue Tunisienne, 1915, p. 155-190).
Les espèces dont les invasions étaient à redouter dans l’Afrique du Nord incarnaient le criquet pèlerin et le criquet marocain. Ce dernier type concernait surtout le Maroc et la partie occidentale de l’Algérie. La Tunisie, elle, subissait surtout l’invasion du criquet pèlerin, qui concernait la plus grande partie de l’Afrique, de l’Asie et de l’Europe méridionale, l’Italie en l’occurrence.
La vie larvaire et nymphale du criquet connaît six périodes. À partir de la 4e période, qui dure entre 7 et 8 jours, c’est-à-dire du 18e ou 20e jour au 26e ou 27e jours après la naissance, les criquets montrent la plus grande activité et la plus grande voracité et forment les colonnes les plus redoutées dévastant tout sur leur passage. Pendant la 5e période, les criquets seront de plus en plus dangereux et ils forment des fois des colonnes de 4 et 5 Km de front sur 20 à 30 Km de profondeur, dévastant tout sur leur passage. Au cours de la 6e période, entre le 45e et le 50e jour, la mobilité et la voracité du criquet atteignent le maximum de développement : les colonnes parcourent jusqu’à 2 Km par jour et causent des dégâts considérables.
Contrairement aux jeunes, les criquets plus âgés montrent une voracité extraordinaire puisqu’un criquet pourrait manger l’équivalent de son poids, soit deux grammes par jour. Les criquets dévorent l’herbe. Mais les arbustes et les arbres les plus élevés n’en sont pas épargnés : les criquets ravagent les feuilles, l’écorce et les jeunes rameaux. Toutes les plantes cultivées, surtout les plus tendres d’entre elles, constituent une nourriture de prédilection pour le criquet.
Les témoignages historiques et archéologiques
Les contrées de l’Afrique du Nord étaient sous la menace de nuages de sauterelles avant et pendant la période romaine ainsi que pendant les périodes postérieures. L’apparition de la sauterelle est conditionnée par des phénomènes climatiques, surtout la sécheresse. En effet, c’est celle-ci qui orientait les sauterelles vers les contrées qui se trouvaient au nord du Sahara. Les sources anciennes confirmèrent cette constatation (Strabon, Géo., XVII, 3, 10).
Nos références littéraires sur la sauterelle en Afrique sont, en effet, très anciennes. Nous savons, par l’intermédiaire d’Hérodote (Histoire, Livre IV), que les Nasamons étaient non seulement des chasseurs de sauterelles mais qu’ils étaient aussi acridophages. C’étaient des acridiens sans ailes (?) que dévoraient à satiété, d’après Discoride, les indigènes de la région de Lepcis Magna (des Maces ?) mais qui n’étaient pas très loin des Nasamons.
En 125 avant J.-C., d’après les sources, arrivaient des colonnes de sauterelles dont les ravages atteignaient l’extrême nord de l’«Africa Proconsularis». En effet, l’historien tardif d’Orose (385-420 après J.-C.) nous présenta les deux cités d’Utique et de Carthage dévastées par les sauterelles (Orose, Historia contra pagano, V, II, 1-3).
Diodore de Sicile évoqua des méthodes utilisées par les habitants de l’Afrique orientale pour chasser la sauterelle. Pline l’Ancien (Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VIII, 104), en se référant à Varron, nous informa que des Africains durent abandonner leur ville ou territoire après une invasion acridienne. Il parla aussi de la nature de la sauterelle, de sa reproduction, de sa ponte, de ses nuées et de ses ravages ainsi que des méthodes de lutte contre elle (Pline l’Ancien, XI, 101).
Pour l’Antiquité tardive, Synésios de Cyrène (Lettres, XLI-XLII) évoqua une invasion de sauterelle infestant la Cyrénaïque en 411-412 ap. J.-C. La catastrophe cyrénéenne pourrait toucher les provinces africaines eu égard à la proximité géographique des deux contrées.
Pour la période byzantine, le poète africain Corippus (auteur d’un poème, la Johannide, en huit chants et de 4700 vers) mentionna (Joh., II, 196- 203), plus d’une fois, le danger acridien et insista sur les effets des invasions de sauterelles sur l’homme et son milieu.
Il s’agit aussi de la sauterelle dans d’autres sources littéraires que nous n’avons pas pu consulter. L’épigraphie nous informe sur la catastrophe acridienne. Nous avons inventorié au moins cinq textes épigraphiques, trouvés tous en Proconsulaire, qui témoignent de la gravité de cette calamité pendant l’époque romaine. Le premier texte, le plus ancien, qui datait de l’année 48-49 après J.-C., était trouvé à Thugga. Il commémorait la carrière d’un curateur chargé de lutter contre la sauterelle. Rédigé dans la langue d’Homère, le deuxième texte (une célèbre inscription magico-religieuse trouvée dans la région de Bou Arada) avait pour but l’éloignement et la neutralisation (d’un domaine) de tous les avorteurs, y compris des essaims des criquets malfaisants.
Fig. 1 – Détail. Fig.1.
Quant au troisième texte, il concerne une inscription (CIL, VIII, 3657), trouvée à Lambaesis, qui commémore le nom d’un certain Lucustaruis. Il s’agit probablement d’un préposé chargé – pas forcément par l’État – d’organiser la «guerre» contre la sauterelle à l’instar de ce curator lucustae de Thugga.
La sculpture romano-africaine nous fournit quelques monuments figurés où la sauterelle est présente ; elle avait une valeur sans doute prophylactique. En la sculptant sur les monuments, le sculpteur (ou le commanditaire), voulait neutraliser ses méfaits nuisibles. Avec une valeur apotropaïque, le même insecte meuble le giron que forme la robe d’un Priape ithyphallique, d’Aïn Djeloula (l’ancienne Cululis) qui est aujourd’hui exposé au musée archéologique de Sousse (fig. 1).
En Numidie, à Thamugadi, il s’agit de cet insecte sur une stèle dédiée à Saturne : «en représentant une sauterelle sur cette pierre dédiée à Saturne, c’est le fléau acridien dans toute son ampleur que veut neutraliser le dédicant». Il en est de même pour la mosaïque où nous remarquons la présence de plusieurs ravageurs : criquets, grives, reptiles…
La sauterelle avorteuse des moissons
Il est évident que la sauterelle, partout où elle passait, semait l’horreur et la peur, car elle était considérée comme un ennemi fatal et inéluctable pour toute sorte de récoltes.
En effet, la sauterelle dévorait tout ce qui se trouvait sur son passage, avec une prédilection pour les plantes vertes, tendres et délicates. De surcroît, les criquets dévoraient généralement l’herbe et notamment les petites graminées (gazon, céréales…); mais ils grimpaient aussi aux arbustes et aux arbres les plus élevés qu’ils dépouillaient de leurs feuilles, de leurs écorces et de leurs jeunes rameaux. Ils dévoraient à peu près toutes les plantes cultivées, accordant la préférence à celles qui présentaient des organes jeunes et tendres. Nous trouvons l’écho de ces lignes dans l’inscription de Bou Arada commentée plus haut.
Les ravages des sauterelles sont évoqués par plusieurs sources littéraires qui concernent l’Afrique du Nord, que ce soit pendant la période romaine ou les périodes postérieures (A. Saadaoui, 1982, Les calamités et les catastrophes naturelles dans le Maghreb médiéval). Pour la période romaine, les textes des agronomes et des naturalistes étaient assez prolixes. Pline l’Ancien, par exemple, nous informa que «certains Africains avaient dû abandonner le territoire qu’ils occupaient après les ravages des sauterelles». Plus tardif, Orose mit l’accent sur une invasion infestant, fort probablement, toute l’Afrique en 125 av. J.-C., atteignant même les villes côtières, Carthage et Utique, entre autres. La description de Corippus des ravages des criquets nous paraît très expressive montrant à la fois les ravages nocifs de l’insecte, d’un côté et la peur des agriculteurs de perdre leurs récoltes face à cette catastrophe, de l’autre : «le cœur des paysans indécis tremble d’effroi : ils craignent que cet horrible fléau n’anéantisse les moissons, qu’il ne ravage les fruits délicats et les jardins verdoyants, ou ne blesse l’olivier en fleur aux tendres rameaux» (Joh., 196-203).
Les sources arabes parlent, elles aussi, de ravages acridiens infestant l’Ifriqiya. Ces données sont conformes à celles que nous devons aux sources antiques. La sauterelle dévorait les céréales, les vignobles et l’olivier, soit trois produits constituant le substrat de l’économie ancienne. En effet, en cas où les ravages de sauterelles avorteraient la récolte céréalière, la famine ou, du moins, la disette en seraient une conséquence immédiate, non seulement en Afrique, mais aussi à l’Urbs.
Habituellement, les sauterelles commencèrent leur conquête avec l’arrivée du printemps ou peu avant, c’est-à-dire vers une époque où les agriculteurs attendraient la maturité de leurs récoltes (surtout les céréales) ou pendant le bourgeonnement des plantes cultivées, surtout la vigne et l’olivier. L’arrivée des sauterelles augurait donc d’une catastrophe horrifiante.
Fig.2. Fig.3.
L’iconographie nous offre quelques représentations de la sauterelle ravageant les récoltes. Il s’agit, entre autres, de quelques mosaïques à thèmes dionysiaques montrant le dieu, souvent avec son cortège, au milieu d’un paysage dominé par des vignes chargées par leurs grappes lourdes et par des amours vendangeurs (fig. n°2). Nous avons l’impression que les mosaïstes voulaient nous dire que les vignes avaient conservé leurs grappes très lourdes, dont parlèrent plusieurs sources (Strabon, XVII, 3, 5), malgré les menaces des ravageurs (criquets, grives, lapins, etc.).
Dionysos, dieu du vin et de la vigne, était aussi, en Afrique, le dompteur et le vainqueur des ravageurs : il les neutralisa et les rendit incapables d’avorter la récolte viticole. Il nous semble aussi qu’à l’image d’Apollon en Grèce, Dionysos fut le dieu chargé de détourner la sauterelle en Afrique, pendant la domination romaine. En effet, cette hypothèse pourrait justifier cette représentation de la sauterelle avec le dieu Dionysos sur plusieurs tableaux de mosaïques : il s’agit, par exemple, de cette mosaïque ornant jadis les thermes de Bir el Caïd, situés légèrement au sud/sud-est de la Qasba de Sousse, où nous voyons, sur un champ formé d’un semis de branchages, divers personnages et animaux. En bas du champ, nous voyons, selon toujours L. Foucher, un jeune homme blond ailé. L’auteur pense qu’on a affaire à un Shadrapa qui s’est mis à genoux pour mieux attraper une sauterelle (fig. n°3).
Une autre mosaïque, trouvée à Thysdrus et dite Grande mosaïque au Silène, nous présente Silène avec des amours vendangeurs, quelques volatiles et des sauterelles, au moins quatre dont une attaque une grappe de raisin (fig. n°4 a et b). Une autre mosaïque de Thysdrus (conservée au Musée du Bardo) illustre le triomphe de Dionysos dans un décor de vignes. Sur cette mosaïque, nous pouvons aisément voir, de par le dieu, le cortège et les amours, quelques ravageurs (sauterelles, grives, reptiles, lapins).
Fig.4. Fig.5.
Les sauterelles répandaient famines et épidémies
Certes, l’homme saharien trouva dans la sauterelle un repas gratuit et abondant couvrant une période assez longue (après sa préparation, la sauterelle peut être consommée même après six ou sept mois (Hérodote, Histoire, Livre IV)). Mais, les criquets, avant d’être consommés, avaient déjà tout dévoré sur le passage. Devant une telle situation, les Romains n’hésitaient pas à recourir aux livres sibyllins, par crainte de la famine (Pline l’Ancien, XI, 105).
En plus de la famine, les ravages acridiens contribuaient à l’élévation des prix qui pourraient atteindre un stade très élevé. C’était la même chose au Moyen Âge, où les sources évoquèrent les nuages de sauterelles et concomitamment la hausse des prix. Ce fut le cas, par exemple, en : 1136-1137, 1220-1221, 1280-1281, ainsi que dans plusieurs autres cas mais sans pouvoir fournir de précisions chronologiques (Saadaoui, p. 78-79).
En fait, la famine et les disettes constituaient de véritables causes de l’apparition et de l’expansion des épidémies et peut-être même des épizooties susceptibles de transmettre la maladie à l’Homme (la «peste» de 125 av. J.-C. par exemple?).
Somme toute, il est évident que les criquets constituent une catastrophe naturelle inéluctable infestant à la fois l’homme et son milieu. Ils engendrent des catastrophes d’ordres :
– naturel (dégradation de la couverture végétale, aridification et désertification);
– biologique (car la sauterelle ravageait la faune entourant l’homme, surtout le bétail et même les animaux sauvages, puis l’homme lui-même par la diffusion de la famine et des épidémies incurables dues à la contagion ou à la sous-alimentation);
– psychologique, d’où cette appréhension de la famine, expressivement déclarée par Corippus (II, 198), et de la mort à tel point que l’agriculteur préférait parfois garder les semences chez soi que les ensevelir sous terre et les exposer pour une récolte non assurée. Pour cela, l’agriculteur se trouva obligé de chercher ou d’inventer des moyens lui permettant de lutter contre une telle catastrophe.
Comment lutter contre les sauterelles ?
Homère nous enseigna sur la plus ancienne méthode utilisée pour combattre la sauterelle : combattre ces insectes avec des barrières de feu (Homère, Iliade, XXI, 12-14, t. IV, Chants XIX-XXIV). Il s’agit de la même technique décrite par Diodore de Sicile et adoptée par les habitants de l’Afrique orientale (Diodore de Sicile, III, 29, 2-3). En Cyrénaïque, un tel danger poussa les autorités à décréter une loi ordonnant à la population la destruction des œufs de criquets, des sauterelles adultes et bannissant très sévèrement les contrevenants (Pline l’Ancien, XI, 105-106).
Selon Strabon (Géographie, 3, 4, 17), les Romains de Cantabrie devaient payer une prime aux chasseurs de rongeurs. La réaction officielle est visible aussi à travers l’affectation de préposés chargés de diriger des opérations contre ce fléau qui attaquait la région surtout pendant le printemps. Ce fut le cas dans l’ancien territoire de Carthage, à Dougga où un tel danger incita les autorités de la ville à nommer un cur(ator) lucustae (curateur de la sauterelle) sur la pertica de Carthage en 48-49 de l’ère chrétienne.
À peu près 19 siècles plus tard, nous remarquons la même réaction de l’État à cette même catastrophe. En fait, les mêmes causes produisant les mêmes effets, au printemps de 1932, les autorités décidèrent la constitution d’un comité local de lutte à Gabès pour arrêter une invasion acridienne menaçant de détruire l’oasis.
D’autre part, l’onomastique nous autorise à dire qu’il y avait des préposés chargés de la lutte contre la sauterelle, éparpillés et répandus çà et là dans les régions menacées. Par exemple, le surnom de Lucustarius, attesté à Lambèse, pourrait se rapporter à quelqu’un qui aurait lutté contre les sauterelles.
Entre autres solutions adoptées par les Anciens pour lutter contre le fléau acridien convient-il de mentionner la magie ? En effet les propriétaires ou les colons avaient recours à cette pratique pour protéger leurs champs et surtout pour garantir et sauver leurs moissons et les protéger des sauterelles et de toute autre catastrophe. N’était-ce pas le cas à Bou Arada où, pour neutraliser le danger acridien, on a dû demander la protection magico-divine de neuf dieux; c’était aussi le cas de Furnos où les tablettes de bronze mentionnent clairement la sauterelle.
Quoi qu’il en soit, la sauterelle constituait, hier comme aujourd’hui, une catastrophe nécessitant une intervention officielle. Cette catastrophe s’aggrave encore quand elle s’accompagne d’une famine ou d’une épidémie.
* Professeur à laFaculté des lettres et des sciences humaines de Sousse.
Bibliographie :
J. Desanges, 2006, «Témoignages antiques sur le fléau acridien», in J. Jouanna, J. Leclant et M. Zink ed., L’Homme face aux calamités naturelles dans l’Antiquité et au Moyen Age, Paris, p., 224.
H. Fareh, 2017, Catastrophes naturelles, famines et épidémies en Afrique du Nord antique (146 avant J.-C. – 698 après J.-C.). Thèse de doctorat inédite, FLSH de Sousse.
H. Fareh, 2021 «Maux et fléaux en Byzacène (146 av. J.-C. /698 ap. J.-C.)». In : A. Mrabet (éd.), 2021, Byzacium, Byzacène, Muzaq : Occupation du sol, peuplement et modes de vie. Actes du VIe colloque international du Laboratoire de Recherche : «Occupation du sol, peuplement et modes de vie dans le Maghreb antique et médiéval», p. 397-423.
N. Ferchiou et A. Gabillon, 1985, «Une inscription grecque magique de la région de Bou Arada (Tunisie), ou les 4 plaies de l’agriculture antique en Proconsulaire», dans BCTHS, ns. Fasc. 19B, p.109-125.
Légende des figures :
Fig. 1. Priape ithyphallique (Musée de Sousse, cliché H. Fareh).
Fig. 2. La sauterelle de Thysdrus, mosaïque conservée in situ (cliché H. Fareh).
Fig. 3.Un jeune génie ailé essayant d’attraper une sauterelle (Musée de Sousse, cliché H. Fareh).
Fig. 4 a et b. Mosaïque dionysiaque (Eljem) avec la représentation de la sauterelle (cliché H. Fareh).