Qui dit Marseille dit Saison Méditerranée, une manifestation qui cherche à dépasser les clichés pour rendre visibles les enjeux contemporains, écologiques, culturels et économiques et favoriser des formes de coopération durable entre les pays riverains. C’est ce qui ressort des événements clés, lors de ce court séjour à Marseille. Rencontrée lors de la journée du 16 mai 2026 au Musée d’Art Contemporain de Marseille, Louisa Babari a souligné l’importance de se rappeler des histoires concrètes : patrimoines en mouvement, créations contemporaines.
Louisa Babari puise son inspiration dans les strates antiques et la minéralité des territoires méditerranéens. Son travail évoque la tribu des Bab présente dès l’Antiquité, mentionnée au IIIe siècle après J.-C. sur une plaque commémorant une victoire romaine et liée à des événements ayant opposé des tribus locales aux légions, et met en lumière les continuités culturelles entre l’Algérie et la Tunisie.
Issue d’une famille paternelle de la région de Constantine, l’artiste rappelle combien les échanges entre l’Est algérien et la Tunisie, notamment à l’époque antique, effacent les frontières modernes.
Pour Louisa Babari, la pierre, la statuaire et la minéralité sont autant de formes qui résonnent avec une esthétique de la modernité « native ». Elle voit la Méditerranée comme un laboratoire de modernité tribale, où les apports berbères se croisent avec les influences romaines, byzantines et pharaoniques, créant une richesse esthétique qui perdure dans les vêtements, la musique, les motifs, les bijoux et les usages quotidiens de certaines communautés.
Son travail cherche à sonder les temps immémoriaux pour interroger le présent. La question reste à savoir: comment le patrimoine antique nous parle-t-il aujourd’hui et quel potentiel artistique offre la Méditerranée ? A cette interrogation, elle nous répond qu’elle s’intéresse à la modernité des formes nord-africaines et africaines, à leurs dialogues avec la statuaire grecque et égyptienne, et aux façons dont ces héritages peuvent nourrir de nouvelles représentations contemporaines.
En somme, Louisa Babari poursuit ce dialogue en confrontant sa production aux formes du patrimoine ancien, en développant de nouvelles manières de représentation et en interrogeant la conservation face aux destructions contemporaines. Artiste active internationalement, elle expose régulièrement, notamment en Afrique, au Qatar (biennale de photographie), aux États-Unis et ailleurs, portant son travail dans des contextes variés pour nourrir ce questionnement méditerranéen.
Le lancement de la Saison Méditerranée à Marseille les 16 et 17 mai 2026 a porté une émotion profonde : celle d’un dialogue entre les deux rives de la Méditerranée, reliant passé et futur, mais aussi entre ce qui se perd et ce qui s’obstine à demeurer. Parmi les moments forts de cette ouverture, l’exposition Archéologie du futur d’Elias Kurdy au Château de Servières à Marseille se dessine comme un lieu de silence et de résonance. À travers ses sculptures, Elias Kurdy offre bien plus qu’une exposition : une mémoire de son vécu, qui invite avant tout à ressentir, plutôt qu’à simplement comprendre.
Arrivé à Marseille en septembre 2012 pour poursuivre des études d’architecture qu’il avait entamées, Elias raconte exclusivement à l’Economiste Maghrébin avoir obtenu son visa pour la France après un passage prévu à Tunis. Lié au Liban par ses origines, il évoque aussi des liens familiaux et médicaux qui l’attachent à Beyrouth : soigné là-bas en 2009-2010, il garde une dette de gratitude envers les médecins libanais qui ont sauvé son bras.
Son exposition interroge “ l’archéologie du futur”, expression proposée par Jean-Marc Prévost. Pour Elias, il ne s’agit pas tant d’anticiper une archéologie à venir que de repenser collectivement la manière dont on narre l’histoire. Il invite à revoir les représentations familières, par exemple la carte de la Méditerranée, dont l’axe et l’orientation conditionnent notre lecture du monde, afin de briser les images reçues et de permettre à chacun d’inventer sa propre histoire. Selon lui, ces récits individuels peuvent contribuer à construire une histoire collective plus inclusive.
En outre, il souligne que l’art est en grande partie futile. Tout en concluant: “Je crois vraiment que l’art est futile. Je pars de cette pensée‑là et je continue à travailler parce que je ne peux pas faire autre chose. Mais je pense que si mes pièces aident à ouvrir une conversation entre deux personnes à ce sujet, ou par rapport à ce qu’il se passe autour de nous, ou à ce qui s’est passé, ou encore à ce que ces objets signifient pour nous et pour les gens à venir, je suis déjà ravi.”
Une chose est certaine : si ses pièces parviennent à susciter une conversation entre les personnes ou sur le sens des objets pour les générations futures, c’est justement là que l’art trouve sa raison d’être la plus lumineuse.
Vivre en paix et travailler sereinement, loin de la guerre. Tels sont les mots de Raed Issa, artiste palestinien rencontré lors du deuxième jour du lancement de la Saison Méditerranée à Marseille.
Raed Issa n’est pas un témoin ordinaire. Son parcours est marqué par une histoire lourde. Lors de son intervention à l’exposition, il confie avoir quitté Gaza il y a environ un an grâce au programme Pause, après avoir été évacué par le consulat français à Jérusalem. Aujourd’hui, il poursuit sa pratique artistique et culturelle à Marseille.
Dans ce contexte, il nous explique : “ Je participe actuellement à une exposition avec deux œuvres distinctes. La première est une série de dessins réalisés pendant la guerre et le génocide à Gaza, alors que je vivais sous une tente. Ces dessins témoignent directement de cette expérience, de la vie quotidienne dans des conditions extrêmes. “
Il poursuit : “ La seconde œuvre est une tente que j’ai fabriquée moi-même lors de mon déplacement forcé du nord vers le sud. À ce moment-là, il était impossible de se procurer une tente. Je l’ai donc construite à partir de sacs de farine en plastique que j’ai cousus ensemble. C’est cette même tente que je présente aujourd’hui dans l’exposition.
À Gaza, cette tente n’était pas adaptée à la vie : elle n’offrait aucune intimité, laissait passer la chaleur en été et l’eau en hiver. À travers cette œuvre, j’exprime aussi un rêve : celui d’une tente meilleure, fermée, protégée, presque recouverte symboliquement de cire d’abeille pour empêcher l’eau d’entrer. Cette image est une métaphore : elle évoque un abri digne, mais aussi une forme de douceur et de beauté, à travers le parfum et la texture de la cire.”
Ce travail met en lumière le manque du strict minimum vital. Des besoins simples deviennent des rêves : trouver du bois pour faire du feu, préparer à manger, ou simplement obtenir une tasse de thé. Il n’y avait ni gaz ni électricité. Posséder une tente devenait un privilège. Certains dormaient des semaines à l’air libre en attendant d’en obtenir une.
Par ailleurs, l’artiste représente également le déplacement forcé qu’il a lui-même vécu, lorsqu’il a marché de Gaza jusqu’à Rafah avec ses enfants pendant toute une journée. Une scène réelle, directement issue de son expérience.
Une autre œuvre montre une personne allongée, tenant un instrument de musique, symbole de son talent et de son identité. Malgré la douleur, la guerre et les pertes, cette figure continue de créer, de jouer, de vivre. “Pour moi, c’est cela la véritable résistance : continuer à exister, à créer, à rester humain, même dans les pires conditions “, souligne-t-il.
À travers cette exposition, Raed Issa souhaite transmettre un message clair : les habitants de Gaza sont des civils, des êtres humains qui aspirent simplement à vivre dignement. “ Ils ne sont pas ce que certains discours prétendent. Ils vivent sous la violence, l’injustice et la peur, et espèrent un jour voir cette souffrance prendre fin “, conclut-il.
L’Organisation mondiale de la Santé a validé l’élimination du trachome en Tunisie, faisant du pays le 31e au niveau mondial et le 9e dans la région de la Méditerranée orientale à atteindre cet objectif.
Ce succès reflète des décennies d’engagement national et de coopération entre le ministère de la Santé, l’OMS et les partenaires, ainsi que le travail des professionnels de santé pour renforcer la prévention et améliorer la santé oculaire.
La Tunisie a adopté une approche globale incluant traitement, chirurgie, antibiotiques, hygiène et amélioration de l’environnement.
Cette réussite souligne l’importance des soins de santé primaires, de la science et de la coopération pour protéger les générations actuelles et futures.
Marseille a donné le coup d’envoi de la Saison Méditerranée, un vaste programme culturel et diplomatique destiné à célébrer les liens entre les peuples du bassin méditerranéen. À cette occasion, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a souligné l’importance stratégique, humaine et culturelle de cet espace, appelant à renforcer les échanges face aux crises contemporaines.
Dans un discours empreint de références à Albert Camus, Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, a rappelé l’attachement profond des peuples à la Méditerranée, qu’il a décrite comme un espace fondateur de civilisation et de dialogue. Il a insisté sur le rôle central de cette région dans les priorités diplomatiques françaises, soulignant qu’elle constitue à la fois un carrefour d’échanges économiques et un point névralgique des équilibres géopolitiques mondiaux.
Le ministre a alerté sur les vulnérabilités croissantes du bassin méditerranéen, directement exposé aux effets du dérèglement climatique. Il a évoqué des phénomènes de plus en plus marqués, tels que les canicules, les sécheresses ou les inondations, appelant à une mobilisation collective pour préserver cet espace fragile. Il a également mis en avant l’engagement de la France dans la protection des océans, rappelant le rôle joué lors de la Conférence des Nations unies sur l’Océan à Nice.
Abordant la situation géopolitique, il a dénoncé les conséquences durables des conflits au Proche-Orient, notamment la guerre à Gaza et ses répercussions régionales. Il a insisté sur la nécessité de refuser toute fatalité face aux drames humains qui poussent des populations à l’exil, la Méditerranée devenant trop souvent, a-t-il déclaré, un « cimetière » pour ceux qui fuient la guerre et les persécutions.
Sur le plan politique, il a rappelé la décision de la France de reconnaître l’État de Palestine, présentée comme un acte de justice et un levier essentiel pour relancer la solution à deux États. Cette reconnaissance constitue, selon lui, un moyen de lutter contre les extrémismes en redonnant une perspective politique aux populations concernées. Il a également annoncé la tenue prochaine d’une conférence internationale à Paris visant à donner la parole aux sociétés civiles israéliennes et palestiniennes.
Le ministre a ensuite mis en avant la dimension concrète de l’engagement français en Méditerranée, notamment à travers le soutien aux initiatives portées par les sociétés civiles, les jeunes, les artistes et les entrepreneurs. Il a rappelé les grandes étapes de cette dynamique, du Sommet des deux rives en 2019 au Forum des mondes méditerranéens, jusqu’au Sommet pour une Méditerranée connectée organisé en 2025.
La culture comme vecteur de rapprochement entre les peuples
Évoquant la Saison Méditerranée, il a souligné qu’elle constitue l’aboutissement de cette stratégie, avec une programmation culturelle déployée dans toute la France et en lien avec plusieurs pays partenaires, dont la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, l’Égypte et le Liban. Il a insisté sur l’importance de la culture comme vecteur de rapprochement entre les peuples, estimant qu’elle permet de combattre les discours de haine et de préserver un socle commun d’humanité.
M. Barrot a également salué les initiatives en faveur des artistes et intellectuels en exil, citant notamment le programme PAUSE, et annoncé la participation du poète palestinien Mahmoud al-Shaer à cette saison culturelle. Il a réaffirmé, à cette occasion, la mobilisation de la France pour faciliter les évacuations humanitaires depuis Gaza.
« Continuer à créer, à transmettre et à espérer »
Enfin, il a appelé à ne pas céder à la division ni aux tentations de repli, affirmant que le boycott culturel ne constitue pas une réponse aux crises politiques. De poursuivre en soulignant que la culture, la musique et les arts demeurent des outils essentiels pour maintenir le dialogue entre les peuples.
Concluant son intervention sur une note d’optimisme et d’espoir, il a invité à « continuer à créer, à transmettre et à espérer », insistant sur la vocation de la Méditerranée à incarner un espace de lumière, de beauté et de coexistence.
La Tunisie accueille aujourd’hui, mardi 12 mai 2026, une nouvelle session de négociations dans le cadre du «Groupe 4+4», qui réunit des représentants de l’est et de l’ouest de la Libye afin de discuter de questions restées en suspens pendant des années.
Majdi Karbai *
Il s’agit notamment de la restructuration de la Haute Commission électorale nationale et de la révision du cadre juridique régissant les prochaines élections. L’objectif affiché est de relancer un processus attendu de longue date, maintes fois bloqué par des vetos réciproques et de profondes divisions institutionnelles.
La réunion d’aujourd’hui intervient deux semaines après le sommet du 29 avril à Rome, sous l’égide de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (Manul). Cette réunion a marqué un tournant décisif, l’Onu ayant indiqué que les parties étaient parvenues à un accord préliminaire sur un mécanisme permettant de surmonter l’impasse concernant la direction de la commission électorale, l’un des principaux obstacles qui avaient bloqué l’ensemble des négociations. Le transfert sans interruption des pourparlers en Tunisie laisse entrevoir que la perspective d’un accord est désormais plus réaliste qu’auparavant.
Ce que révèle clairement cette présence diplomatique, c’est le rôle croissant de l’Italie dans le dossier libyen. Rome ne s’est pas contentée d’offrir un lieu de rencontre, mais s’est activement impliquée dans leur facilitation, en coordination avec les Nations Unies, afin de préserver un dialogue au bord de l’effondrement.
L’Italie cherche à établir un axe régional de dialogue. Ses relations avec la Libye s’étendent sur plusieurs décennies et englobent des intérêts politiques, énergétiques, sécuritaires et migratoires étroitement liés. Le géant italien de l’énergie Eni est sans doute l’un des acteurs les plus déterminants de la politique étrangère italienne en Méditerranée, tandis que les côtes libyennes demeurent l’une des principales voies de passage vers l’Europe. Par conséquent, la stabilité, ou l’instabilité, de Tripoli et de Benghazi influe directement sur l’équilibre des pouvoirs au sud de l’Union européenne.
Un axe de dialogue régional sous la férule de l’Italie
La diplomatie italienne, sous la direction de Giorgia Meloni, connaît un net renouveau, Rome cherchant à jouer le rôle de «pont entre les deux rives de la Méditerranée».
Le choix de la Tunisie pour accueillir cette série de pourparlers n’est pas anodin : la Tunisie s’est rapprochée des politiques italiennes et le dossier tunisien semble avoir progressivement basculé de la sphère d’influence française traditionnelle à la sphère italienne, notamment après le déclin de la présence française en Afrique du Nord et dans les pays historiquement considérés comme relevant de sa sphère d’influence.
En ce sens, la série de rencontres entre Rome et Tunis dépasse le simple cadre logistique ; elle esquisse les contours d’un axe de dialogue régional que l’Italie cherche à consolider, se positionnant comme un médiateur incontournable entre l’Europe, l’Afrique du Nord et la communauté internationale impliquée dans la crise libyenne.
Malgré cela, le processus de négociation demeure fragile, et les préoccupations et les divisions entre l’Est et l’Ouest persistent et ne peuvent être surmontées du jour au lendemain. Cependant, la poursuite de ce processus de négociation de manière soutenue, avec un programme clair, un calendrier précis et une approche diplomatique progressive, constitue en soi un événement politique qui mérite attention et suivi.
Pendant que le monde se focalise sur le Moyen Orient, le Sahel se défait, de la Méditerranée à la mer Rouge, de l’océan Indien aux côtes de l’Atlantique. Dans les sables brûlants du Sahel, l’État n’est plus qu’un fantôme, une fiction administrative en dissolution accélérée. Ce n’est pas un accident de l’histoire. C’est l’aboutissement d’une abdication collective, aux responsabilités partagées entre puissances coloniales avec la non viabilité de leurs découpages territoriaux, gouvernants, partenaires extérieurs complaisants et institutions internationales sourdes aux réalités qu’elles prétendaient transformer.
Yahya Ould Amar *
Les ruines sont désormais visibles – reste à savoir jusqu’où l’onde de choc ira. Le Sahel est devenu le laboratoire mondial de ce qui arrive lorsque l’État cesse d’être une promesse commune et que la souveraineté se fragmente entre milices, trafiquants, juntes, puissances étrangères et communautés abandonnées.
L’État fantôme
Il faut nommer les réalités sans détour, même lorsqu’elles dérangent, l’État sahélien est devenu une anomalie historique faute de viabilité durable.
La racine des conflits armés au Sahel n’est ni exclusivement religieuse, ni seulement ethnique ou climatique, elle réside d’abord dans la faillite de l’État comme arbitre légitime. Le contrat social s’est brisé. Trop souvent replié sur la capitale, capturé par des «élites» prédatrices, incapable de protéger, de redistribuer, de juger équitablement et d’assurer les services publics élémentaires, l’État a cessé d’apparaître comme une promesse commune pour devenir, dans de vastes périphéries, une présence intermittente.
Là où il ne protège plus, d’autres souverainetés s’installent comme les autorités tribales, les réseaux religieux, les milices communautaires, les groupes armés, les trafiquants et entrepreneurs de guerre.
La pauvreté, la corruption, l’exclusion de communautés entières, les rivalités pastorales et foncières, la pression démographique, les chocs climatiques avec la raréfaction de l’eau et des pâturages, la circulation des armes, les trafics transfrontaliers et les ingérences étrangères ne sont donc pas des causes isolées – ce sont les accélérateurs d’un même effondrement politique.
Entre promesses de développement trahies, générations sacrifiées, territoires abandonnés, populations déplacées et armées devenues arbitres du pouvoir, la frontière entre l’État faible et l’État fantôme a été franchie presque partout au Sahel, jusqu’à ce que les ruines rendent l’effondrement visible.
Lorsque l’État échoue trop longtemps, les peuples cessent d’y croire et finissent par accepter n’importe quel ordre, pourvu qu’il donne l’illusion d’une protection.
Il serait abusif d’imputer l’échec de la construction étatique au Sahel à un rejet supposé de l’État par les sociétés sahéliennes, comme si celui-ci n’était qu’une anomalie historique étrangère à leurs réalités.
Du Mali en lambeaux au Soudan dévasté, du Niger fragilisé à la Libye morcelée sur les rives méditerranéennes, jusqu’en Somalie aux abords de la mer Rouge et de l’océan Indien en passant par l’Ethiopie, se dessine une vaste continuité de délitement étatique qui reconfigure le flanc sud de l’Europe.
Seul Djibouti, préservé des déchirures qui l’avaient meurtri durant une décennie jusqu’en 2001, échappe aujourd’hui au délitement tragique des États de la région. Par sa stabilité, sa position stratégique en face du détroit de Bab El Mendeb, du Yémen et de l’Arabie Saoudite, son hospitalité et son rôle de carrefour entre la mer Rouge et la Corne de l’Afrique, il s’affirme comme une terre de refuge, de paix et d’investissement dans un environnement régional gagné par les conflits armés.
Il faut regarder cette réalité de délitement sans détour, avant que les foyers de crise aujourd’hui dispersés ne s’agrègent en un arc d’instabilité continu, reliant les rivages de l’océan Indien à ceux de l’Atlantique, la Méditerranée à la mer Rouge, faisant de l’Afrique le continent du chaos et de la désolation.
Ce que Paris, Londres et Washington décrivent comme un simple déficit de gouvernance relève en réalité d’une crise plus profonde, liée à l’épuisement d’un modèle étatique de façade, faiblement enraciné et toujours concurrencé par des loyautés plus anciennes — tribales, régionales, confessionnelles ou claniques. Longtemps maintenu par la rente, l’aide internationale et l’assistance militaire, l’État sahélien voit aujourd’hui ses trois béquilles s’écrouler en même temps.
Les coups d’État militaires survenus ces dernières années au Mali, au Burkina Faso et au Niger constituent des symptômes avancés d’un affaissement profond de l’autorité publique, et des signaux d’alerte pour l’ensemble des États voisins. Les juntes ont pris le contrôle d’appareils bureaucratiques déjà fantomatiques, dont l’autorité est largement contestée à l’intérieur de leurs frontières. Ces régimes peuvent durer comme appareils de coercition, mais non comme projets politiques viables.
La démographie ajoute une dimension explosive que les analyses conventionnelles traitent, par myopie, comme un dividende accélérateur de croissance économique, alors qu’elle constitue le multiplicateur des crises. Une population qui double dans des États – en crise économique – qui s’affaiblissent, dans un environnement climatique qui se désertifie, cette équation n’a pas de solution pacifique à moyen terme.
Le changement climatique n’est pas une menace future au Sahel — c’est un fait présent et cumulatif. La zone de précipitations utiles recule vers le sud de 50 à 80 km par décennie.
Cette équation démographique et climatique rejoint une loi plus profonde de l’économie, les sociétés ne divergent pas seulement par leurs richesses, mais par les cercles cumulatifs — vertueux ou destructeurs — dans lesquels elles sont enfermées.
En effet, il existe, dans la théorie économique des nations fragiles, un seuil invisible – point critique où le revenu réel, la capacité productive et la puissance fiscale deviennent suffisants pour transformer la survie économique en dynamique cumulative de développement – mais décisif, en deçà, la pauvreté cesse d’être un simple retard de développement pour devenir une force d’aspiration vers le bas ; au-delà, l’accumulation du capital, de la confiance, de l’éducation, des infrastructures et des institutions peut au contraire produire une dynamique cumulative de prospérité.
Gunnar Myrdal avait montré que le sous-développement n’est pas un état immobile, mais un processus circulaire, la faiblesse des revenus réduit l’épargne, l’investissement et la qualité des services publics ; cette faiblesse dégrade à son tour la productivité, nourrit l’exode des compétences, accroît la défiance envers l’État, affaiblit la fiscalité, puis réduit encore davantage la capacité publique à protéger, instruire, soigner et équiper le territoire.
Le Sahel est précisément pris dans cette causalité cumulative négative, des États pauvres administrent des territoires immenses, jeunes, fragmentés et climatiquement vulnérables avec des ressources fiscales dérisoires ; leur impuissance économique devient impuissance politique, puis leur impuissance politique aggrave leur impuissance économique.
Tant qu’un pays ne franchit pas le seuil critique où l’investissement public, la sécurité, l’éducation, la justice et les infrastructures commencent à se renforcer mutuellement, il risque d’être aspiré par une spirale où chaque retard prépare le suivant, et où la pauvreté devient une architecture durable de la guerre.
La question décisive est de savoir si l’Etat sahélien n’est pas, en deçà de ce seuil critique de revenu, de capacité productive, donc condamné à devenir un État fantôme, non viable, trop pauvre pour protéger, trop faible pour administrer, trop absent pour unir, trop discrédité pour gouverner.
Dans cet immense espace sahélien de près de cinq millions de kilomètres carrés, l’État sahélien se défait sous nos yeux. Héritées des conférences coloniales de la fin du XIXᵉ siècle, ces architectures politiques — frontières tracées à l’équerre, découpages imposés à des sociétés complexes, indifférence aux réalités ethniques, linguistiques, religieuses et aux conditions mêmes de viabilité économique — n’ont que rarement réussi à se transformer en véritables nations.
Les groupes armés ne sont plus seulement des acteurs militaires. Ils sont devenus des prestataires de services : justice appliquée de façon cohérente là où les tribunaux étatiques ne sont que corruption organisée, redistribution économique là où l’État prélève sans donner, protection physique là où la sécurité est inexistante, parfois les armées nationales y commettent des atrocités. Leur modèle est l’administration territoriale. Ce sont les Talibans de 1994 à 1996 — et nous savons où cette trajectoire conduit.
L’idée du cordon sanitaire — isoler le Sahel, contenir sa contagion par des frontières renforcées — se fracasse sur une réalité géographique et humaine qui la précède de plusieurs siècles, dans cet espace, les frontières n’ont jamais été des réalités physiques pour les populations y compris les frontières maritimes.
La Libye est le cas le plus éloquent. Elle n’est pas une victime de l’instabilité sahélienne — elle en est l’amplificateur structurel. La destruction de l’État libyen par l’intervention de l’Otan en 2011 a ouvert dans tout le Sahel un immense marché noir des armes, transformant les arsenaux libyens en carburant militaire du chaos régional.
Aujourd’hui bicéphale — Tripoli soutenue par la Turquie et le Qatar, Benghazi par les Émirats, l’Égypte et les successeurs de Wagner — la Libye entretient une partition dont chaque parrain tire profit et que personne n’a réellement intérêt à résoudre. Ses 1700 kilomètres de frontière commune avec le Niger, le Tchad, le Soudan et l’Algérie sont des artères vitales pour les trafics de migrants, d’armes et de drogue.
Plus au Sud, le Nigéria — 230 millions d’habitants, premier producteur pétrolier du continent — vit une guerre civile rampante que les observateurs s’obstinent à traiter comme un problème de gouvernance régionale. Boko Haram et l’ISWAP (l’État islamique Afrique de l’Ouest) contrôlent des portions entières des États du Nord-Est depuis 2009. Leur connexion avec le GSIM sahélien est opérationnelle. Le Sahel et le Nigéria forment désormais un continuum sécuritaire. Un Nigéria en décomposition partielle serait une recomposition comparable en impact géopolitique à la désintégration soviétique — mais à une échelle démographique dix fois supérieure. Les États côtiers qui avaient été présentés comme des succès — Côte d’Ivoire, Ghana, Sénégal — voient leurs régions septentrionales pénétrées selon exactement le même modèle de diffusion qu’au Mali d’avant 2012, d’abord les zones rurales frontalières, ensuite les axes routiers, enfin les villes secondaires. La fenêtre d’action préventive se ferme dans les trois à cinq ans.
Si le verrou algérien céderait…
Il est un pays, l’Algérie, dont l’effondrement, que personne de la région ne souhaite, concentrerait en un seul choc géopolitique toutes les catastrophes évoquées jusqu’ici — et auquel les capitales occidentales consacrent une réflexion stratégique désespérément insuffisante, considérant le pays comme une menace en cas de conflit majeur. Non pas parce qu’une catastrophe est imminente mais parce qu’elle est calculable, et que ses effets seraient proprement incommensurables avec le basculement dans le chaos de plusieurs états de la région et au-delà.
L’Algérie est un pôle de stabilité régionale dont la continuité repose sur deux variables, le prix du pétrole et le pari sur son développement industriel. Le pays est engagé dans une transition industrielle réelle, soutenue par des investissements massifs et des projets structurants, réduisant à l’horizon 2030 sa dépendance aux hydrocarbures.
Les revenus des hydrocarbures financent la paix sociale avec des subventions massives sur les carburants, l’alimentation, emploi public à environ 34 % de la population active. Les réserves de change sont passées de 143 milliards de dollars en 2014 à 47 milliards en 2025. La fenêtre de viabilité financière se ferme dans cinq à sept ans, peut-être moins si la transition énergétique européenne et mondiale vers la décarbonisation réduit les prix et achats du gaz algérien.
Mais la menace algérienne brandie par une partie des élites et médias en Occident est tripolaire — et c’est précisément pourquoi elle est si difficile à articuler dans les chancelleries occidentales habituées à des diagnostics binaires.
Premier pôle : le risque d’effondrement interne
L’Algérie est solide, mais si le régime vacille sous la pression conjuguée d’une crise économique ou sanctions imposées et d’une déstabilisation orchestrée de l’extérieur, ce sont les 6000 kilomètres de frontières avec la Libye, le Niger, le Mali et la Mauritanie qui deviennent des passoires absolues. Si Alger bascule dans une instabilité ouvrant sur la Méditerranée, c’est une vague migratoire d’une ampleur sans précédent vers la France, l’Italie et l’Espagne, avec tout ce que cela aura comme impact politique en Europe.
Deuxième pôle : l’Algérie comme menace aux intérêts occidentaux
Ici, il faut nommer ce que les diplomates occidentaux ne formulent pas publiquement, que l’Algérie est un acteur hostile aux intérêts stratégiques de l’Occident sur plusieurs dossiers simultanés. Entre autres, ses achats d’armements russes massifs — Alger est le troisième importateur mondial d’armes russes après l’Inde et la Chine — envoient un signal explicite sur ses alignements stratégiques réels. Sa relation entretenue avec Moscou pendant et après l’invasion de l’Ukraine, son refus de condamner la Russie à l’Onu, et sa politique de non-alignement revendiquée, considérée comme une couverture diplomatique pour un penchant structurel anti-occidental. En cas de crise majeure, les bases aériennes et navales algériennes pourraient être utilisées — ou proposées — à des acteurs hostiles à l’Otan.
Troisième pôle : l’Algérie dans l’axe des puissances menaçantes
Et c’est ici que le tableau géopolitique prend sa dimension la plus inquiétante pour l’Occident. L’Algérie s’inscrit dans un axe de puissances dont chacune, à des degrés divers et selon des logiques propres, représente aujourd’hui un défi existentiel pour l’ordre occidental en Méditerranée et en Afrique. La Turquie d’Erdogan a construit une présence militaire en Libye, noué des alliances avec les juntes sahéliennes via la Diyanet et les marchands d’armes, et utilisé les flux migratoires comme levier de chantage systématique sur l’Europe. Elle est membre de l’Otan tout en sapant méthodiquement ses intérêts — combinaison paradoxale qui paralyse pour le moment toute réponse collective occidentale. L’Égypte du maréchal Sissi soutient Haftar en Libye, maintient des contacts réguliers avec Moscou et Pékin, et conduit une politique sahélienne visant à contrebalancer l’influence européenne et à sécuriser son flanc occidental — notamment via le Soudan, aujourd’hui en guerre civile avec des ramifications qui s’étendent jusqu’à la mer Rouge. Ces trois pays — Algérie, Turquie, Égypte — ne forment pas un bloc homogène. Mais ils partagent une caractéristique stratégique décisive en cas de conflit majeur, ils occupent les positions-clés du verrou méditerranéen, et leur politique étrangère est, dans les faits, structurellement incompatible avec les intérêts de sécurité européens.
La Russie a déployé l’Africa Corps au Mali, au Burkina, au Niger, en Libye et en République centrafricaine pour un coût financé en partie via des concessions minières. Elle chasse l’Occident de ses zones d’influence historiques, accède à l’or malien, à l’uranium nigérien, aux diamants centrafricains, et — point capital — génère délibérément des flux migratoires supplémentaires qui alimentent les populismes européens et fragilisent l’Union Européenne.
La Chine prend les ressources sans faire la guerre et sans créer d’ennemis. Pékin est le premier partenaire commercial africain depuis 2009 déployant une stratégie d’offre sans conditionnalités avec des prêts sans exigences démocratiques, des investissements sans transparence. Elle installe des entreprises d’extraction dans les zones contestées, négocie avec les groupes armés aussi facilement qu’avec les gouvernements reconnus.
La réalité la plus difficile à accepter est qu’aucun des acteurs qui ont le pouvoir de stabiliser la région n’a réellement intérêt à le faire – exceptée l’Algérie en raison de sa région Touareg. C’est un système d’intérêts croisés, d’une cohérence perverse, qui maintient le chaos comme équilibre optimal pour chacun de ses participants — sauf pour les populations sahéliennes, qui en paient le prix de leur vie.
Le drame sahélien tient précisément à cette convergence monstrueuse, ainsi pour les populations, le chaos est une tragédie ; pour plusieurs acteurs extérieurs, il est devenu une ressource. Il ouvre des accès miniers, justifie des présences militaires, affaiblit les concurrents et permet à des puissances moyennes ou globales de peser à faible coût sur l’équilibre du monde. La guerre devient, dans certains espaces, une modalité de gestion des rapports de force. Le Sahel n’est donc pas abandonné par hasard, il est aussi exploité parce que son désordre produit des dividendes stratégiques.
L’âge des souverainetés fantômes
L’hypothèse d’un effondrement total de l’Etat sahélien est aussi peu probable que celle d’une stabilisation. Ce qui s’installe, c’est une souveraineté à géométrie variable, où l’État subsiste comme enveloppe formelle — siège à l’Onu, drapeau, monnaie — pendant que le territoire réel est administré par une mosaïque d’acteurs. Groupes armés, milices ethniques tiennent les axes routiers, juntes militaires dans les capitales, compagnies étrangères dans les périmètres miniers. Chacun prélève, chacun protège, chacun gouverne à sa manière. C’est un ordre parallèle, fonctionnel et durable, précisément parce qu’il rend services là où l’État a failli.
Ce qui s’installe, c’est la privatisation de la souveraineté sur le monopole public de la contrainte, de l’impôt, de la justice et de la protection qui se disperse entre entrepreneurs de guerre, milices identitaires, compagnies étrangères, réseaux criminels et appareils militaires concurrents.
L’Alliance des États du Sahel — Mali, Burkina, Niger — est moins une construction politique qu’une posture anticoloniale commune. Les juntes partagent un discours, pas une vision. Elles se heurtent aux mêmes contraintes structurelles que les régimes qu’elles ont renversés, sans l’aide internationale qui en masquait la fragilité, ni la légitimité démocratique qui en différait l’implosion. Africa Corps ne peut pas remplacer un État. L’or malien et l’uranium nigérien financeront un temps les appareils sécuritaires, pas le développement. D’ici 2028-2030, ces régimes auront soit négocié un retour partiel à une légitimité civile, soit sombré dans une violence interne que leurs propres armées ne maîtriseront plus.
Le vrai basculement géopolitique ne viendra pas du Mali ou du Burkina mais du Sénégal, du Ghana et surtout de la Côte d’Ivoire. Ces États ont servi de contre-exemples, de preuves que la gouvernance pouvait fonctionner en Afrique de l’Ouest. Leur déstabilisation partielle — déjà engagée dans leurs régions septentrionales — invaliderait définitivement le paradigme du développement par la gouvernance, promu depuis trente ans par les institutions de Bretton Woods.
Si un scénario mérite d’être qualifié de systémique, c’est la décomposition partielle du Nigéria. Avec une économie déjà sous pression, un Nord-Est en guerre depuis quinze ans et une fédération dont les lignes de fracture ethniques et religieuses n’ont jamais été véritablement suturées, le Nigéria n’est pas un État fragile au sens conventionnel — c’est un agrégat sous tension dont la rupture provoquerait un déversement humain sans équivalent dans l’histoire africaine contemporaine.
Le Soudan et la Somalie sont l’exemple de ce que devient un territoire quand l’État a définitivement cessé d’être le cadre de référence des populations. Deux géographies distinctes, deux trajectoires différentes, une même conclusion, l’irréversibilité à court terme.
Dans ce contexte, la stabilisation durable au Sahel est improbable avant plusieurs décennies.
Enfin, le Sahel révèle ce que devient le monde lorsque l’État cesse de protéger et d’unir, une souveraineté de façade, livrée aux milices, aux trafiquants et aux puissances extérieures. Ce naufrage est l’échec d’États sans contrat social, sans justice et sans enracinement. Le choix est entre la reconstruction patiente d’États légitimes, capables de rendre justice et de protéger les peuples, ou l’acceptation d’un monde où la peur remplacera la loi, où les milices remplaceront les institutions, et où la souveraineté ne sera plus qu’un mot imprimé sur des cartes.
Un comité national chargé de la mise en œuvre du Programme intégré de suivi et d’évaluation (IMAP) sera prochainement créé en Tunisie. Cette initiative a été présentée lors d’une réunion de concertation organisée lundi par le ministère de l’Environnement, qui a également marqué le lancement officiel du projet EcAp Med Plus.
Financé par l’Union européenne, ce projet vise à renforcer les capacités institutionnelles et techniques de sept pays du sud de la Méditerranée, dont la Tunisie. Il s’inscrit dans une stratégie régionale destinée à améliorer la surveillance environnementale, à consolider la coopération et à progresser vers le Bon État Écologique (BEE) en Méditerranée.
Selon la page Facebook du Specially Protected Areas Regional Activity Centre (SPA/RAC), centre de l’ONU pour la biodiversité marine (PNUE/PAM), la réunion, à laquelle ont participé plus de 50 représentants du ministère, d’institutions nationales, d’universités, de centres de recherche et du Programme des Nations Unies pour l’environnement / Plan d’action méditerranéen (PNUE/PAM), a permis de définir le mandat, la composition et le plan de travail du futur comité national IMAP.
Les échanges ont porté sur la présentation de la politique d’approche écosystémique 2026–2035, du troisième cycle de l’IMAP ainsi que des activités prévues en Tunisie dans le cadre d’EcAp Med Plus. Les participants ont également dressé le bilan du programme national de surveillance environnementale (2018–2023) et identifié les besoins pour son renforcement.
Une feuille de route nationale a été élaborée afin d’actualiser le programme IMAP conformément aux exigences régionales. Ce projet s’appuie sur les réalisations des trois phases précédentes (EcAp MED I, II et III) et contribue à la réalisation des Objectifs de développement durable en Méditerranée.
La COP24Med de la Convention de Barcelone s’est tenue du 2 au 5 décembre au Caire, à quelques kilomètres d’une Méditerranée chaque jour davantage impactée par la pollution plastique.
Les députés rassemblés ont décidé (en tant que parlementaires membres de la Coalition interparlementaire pour mettre fin à la pollution plastique) de cosigner avec plus de cinquante organisations de la société civile une lettre ouverte aux ministres de l’Environnement des pays méditerranéens.
Voici les principaux extraits de cette lettre ouverte :
« Alors que les négociations du traité mondial contre la pollution plastique sont à l’arrêt, nous appelons à un sursaut collectif et à un plan d’action régional ambitieux qui :
reconnaisse officiellement l’ urgence environnementale face à cette pollution ;
soutienne le traité mondial avec engageant à le signer et à le ratifier ;
s’engage à réduire la production de plastiques vierges et à tenir compte des risques sanitaires et de l’exposition aux substances chimiques préoccupantes ;
comptabilise de manière transparente les flux de plastiques déversés en Méditerranée ;
crée un fonds méditerranéen pour les pays vulnérables pour le renforcement de la recherche et le traitement des déchets ;
intègre la lutte contre la pollution dans toutes les politiques publiques sectorielles ». Notons que la Tunisie était représentée à ces assises par le parlementaire Riadh Jaidane, député des Tunisiens à l’étranger.
La Saison Bleue se penche une nouvelle fois sur l’état de la Méditerranée qu’elle estime en grave crise. Une position qui devrait inquiéter une destination comme la Tunisie qui a fait du balnéaire son principal produit touristique.
Face à la grave crise que traverse la mer Méditerranée, La Saison Bleue et Blue Mission Med invitent tous celles et ceux qui croient en l’importance d’un avenir durable pour ce berceau de civilisations abritant aujourd’hui plus de 500 millions de citoyens, à rejoindre la 8ème édition du Forum Mondial de la Mer – Bizerte.
Premier grand forum maritime organisé après la Conférence Océan des Nations Unies à Nice en juin 2025, le Forum de Bizerte sera le cœur battant de la mobilisation méditerranéenne. Leaders politiques, chercheurs, acteurs économiques visionnaires et citoyens engagés se réuniront pour transformer les défis en opportunités et les constats en actions concrètes.
Cette convergence d’expertises permettra d’évaluer l’impact des engagements pris à Nice, notamment concernant la protection de la biodiversité, la lutte contre la pollution plastique, la promotion d’une économie bleue durable et la gestion des ressources maritimes.
Au programme : des discussions approfondies sur la gouvernance de l’océan, le rôle des communautés locales, les stratégies de financement innovantes, ainsi que les avancées scientifiques et technologiques au service de la préservation de la Méditerranée. Une attention particulière sera accordée à la voix de la jeunesse, au rôle des femmes, à l’innovation des start-ups, et à l’urgence d’intégrer les enjeux environnementaux et sociaux dans les modèles de développement.
Quels sont les pays méditerranéens les plus engagés pour la protection de la biodiversité, les bons et mauvais élèves ?
Comment l’Europe, notamment à travers la mission Blue Mission Med, s’engage-t-elle à leurs côtés ? Alors que la Convention de Barcelone célèbre son 50ème anniversaire avec l’adoption, par ses 22 parties, d’une déclaration politique ambitieuse, quels seront les effets sur les populations littorales et les acteurs de la société civile et du monde économique de ce sursaut collectif bienvenu ? Et comment, évidemment, s’assurer que les engagements seront tenus ?
Parmi les thématiques centrales abordées, le renforcement de la coopération régionale pour une gestion durable des ressources, la diplomatie bleue, la promotion des aires marines protégées, et l’investissement dans les communautés locales seront également au cœur des échanges.
Ce forum sera une occasion privilégiée de faire un état des lieux et définir les engagements nécessaires pour une Méditerranée durable. Ces recommandations seront présentées dans la Déclaration de Bizerte.
« La Méditerranée exige des réponses coordonnées et ambitieuses : scientifiques, politiques et citoyennes. À Bizerte nous voulons transformer l’urgence en action partagée », déclare Rym Benzina, Présidente de La Saison Bleue.