13 Août – Fête de la femme : Voici pourquoi le CSP a tenu bon
Bourguiba a fait de la libération de la femme une de ses marques de fabrique. Une affaire personnelle même lorsqu’on interroge son vécu, notamment familial. Mais, pour résister, le CSP a su beaucoup compter sur une certaine ADN tunisienne et sur la maturité de la société civile. C’est sans doute pourquoi la Tunisie est toujours pionnière à deux niveaux notamment : la polygamie et la répudiation.
On ne le dira, sans doute, jamais assez : le président Habib Bourguiba a manifesté un certain empressement à vouloir réformer le statut de la femme en Tunisie. Ainsi, le 13 août 1956, il y a soixante-dix ans donc, et alors que la Tunisie venait à peine d’obtenir son indépendance (20 mars 1956) et qu’il n’avait pas été investi de sa fonction de président de la République (25 juillet 1957) – il était le Premier ministre du dernier bey husseinite, Mohamed Lamine, il décide de franchir le Rubicon au niveau d’un dossier qu’il tenait à cœur pour faire une de ses marques de fabrique : il avait demandé que l’on inscrive sur la porte principale du Mausolée où il repose à Monastir « Le Combattant suprême, bâtisseur de la Tunisie moderne, libérateur de la femme ».
Soixante-dix ans après la promulgation du Code du Statut Personnel (CSP), on sait que le premier président de la Tunisie indépendante avait là fait preuve d’une réelle détermination qui servait une ambition qu’il n’a cessé de cultiver. Une ambition en fait personnelle née d’un vécu qui n’a cessé de l’habiter. Et ce, face à la situation de la femme qui était dépourvue de tous ses droits, abandonnée à son sort par de longues années d’assujettissement. En témoignent ses déclarations publiques quant à son environnement féminin et les inégalités qui le caractérisaient. Ou encore, le témoignage relatif au divorce de ses grands-parents pour un motif futile : sa grand-mère a été divorcée pour avoir servi « un repas froid » à son époux.
Soixante-dix ans après la promulgation du Code du Statut Personnel (CSP), on sait que le premier président de la Tunisie indépendante avait là fait preuve d’une réelle détermination qui servait une ambition qu’il n’a cessé de cultiver.
Autant dire que ce CSP, il le tenait, pour ainsi dire, comme à la prunelle de ses yeux. Et de son sillage, il avait non seulement décidé d’abolir la polygamie et la répudiation, mais aussi à faire d’une « manière transversale, à travers des textes constitutionnels, des codes juridiques majeurs, des lois organiques spécifiques et des mesures » une réalité quotidienne consacrant l’égalité homme-femme. A commencer par le biais de la généralisation de l’éducation, ouverte, donc, aux filles à tous les niveaux.
« De fortes mobilisations »
Reste que cette détermination de Bourguiba n’a pas été – loin s’en faut – la seule raison qui a fait que le CSP a duré. Force de constater, à ce niveau, que la Tunisie n’a pas été suivie dans le monde arabe entièrement pour ce qui est des droits des femmes et notamment pour ce qui est de la polygamie et la répudiation. Certes, des restrictions ont été établies à ses deux niveaux, comme l’autorisation du juge, la preuve d’un motif valable et le consentement de l’épouse notamment, mais aucun pays n’a apporté une réforme de fond en comble.
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On peut se demander, à ce propos, si Bourguiba savait quelque part que sa réforme n’allait cependant pas rencontrer une grande contestation du fait que le terrain social était bien prêt à l’accueillir. Et, ce pour, sans doute, deux raisons. La première est que les Tunisiens étaient en grande majorité monogames à l’heure de la réforme. La seconde a trait à l’importance de la femme dans l’histoire de la Tunisie. Certaines habitent jusqu’aujourd’hui le quotidien des Tunisiens. Comme Zaynab Nefzaouia (XIème siècle) « femme berbère des débuts de la dynastie almoravide, fondatrice et reine de Marrakech (Maroc) et ayant pris contrôle du Maghreb et d’une partie de l’Espagne ». Ou encore Oum Millel, princesse sanhajite (XIème siècle), qui a été la régente du roi Moez Ibnou Badiset, a gouverné, de ce fait, la Tunisie pendant sept ans (1016-1023), Fatma Al Fehria, princesse aghlabide, qui a, au IXème siècle, fondé l’université Al Quaraouiyine à Fès, au Maroc, et Aroua Al Quayraouanya (8ème siècle), connue pour avoir imposé au second khalife abbasside, Abbou Jaafar Al Mansour, de ne pas prendre une seconde femme, étant marié selon le contrat de mariage kairouanais (Al Sadek Al Quayraouanyi) qui stipule l’accord de la première épouse.
On se souvient peut-être qu’en 2012, un projet de la Constitution tunisienne avait proposé de définir la femme comme « complémentaire de l’homme au lieu de consacrer la pleine égalité des sexes.
On ne peut, alors que la Tunisie célèbre le 70ème anniversaire de la promulgation du CSP, qu’expliquer pourquoi le CSP a réussi à faire son petit bonhomme de chemin, la maturité de la société civile, et notamment celui des femmes, qui s’est toujours dressé contre les velléités d’un retour en arrière. Notamment ces appels plus ou moins clairs en vue de revenir sur des acquis. On se souvient peut-être qu’en 2012, un projet de la Constitution tunisienne avait proposé de définir la femme comme “complémentaire“ de l’homme au lieu de consacrer la pleine égalité des sexes. Une mention qui a provoqué une vive polémique et de fortes mobilisations.
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