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Heute — 24. April 2026Haupt-Feeds

Raoua Tlili en or au Maroc, un nouveau titre qui confirme son leadership mondial

24. April 2026 um 10:38

La championne tunisienne Raoua Tlili a une nouvelle fois porté haut les couleurs nationales en décrochant la médaille d’or au lancer du disque (catégorie F41), lors de la première journée du Meeting international de Rabat, comptant pour le Grand Prix de para-athlétisme. Elle s’est imposée avec un jet de 33,88 mètres, confirmant son statut de […]

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À la Foire du livre, Kaïs Saïed annonce la création prochaine d’un Conseil supérieur de l’éducation

24. April 2026 um 09:39

Le président de la République, Kaïs Saïed, a inauguré jeudi au Palais des expositions du Kram la 40e édition de la Foire internationale du livre de Tunis, organisée jusqu’au 3 mai 2026 sous le slogan« La Tunisie, patrie du livre ». Lors de cette visite officielle, le chef de l’État a affirmé que les enfants […]

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Baisse de 20% du déficit de la balance commerciale énergétique à fin février 2026

24. April 2026 um 09:33

Le déficit de la balance commerciale énergétique, en tenant compte de la redevance du gaz algérien exportée, a enregistré, à fin février 2026, une baisse de 20% pour se situer à 1676 millions de dinars(MD), selon le rapport sur la conjoncture énergétique publié par l’Observatoire national de l’énergie et des mines. Les exportations des produits […]

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40e édition de la Foire internationale du livre de Tunis : Saïed signe l’ouverture d’une édition historique

24. April 2026 um 09:23

Le Président de la République, Kaïs Saïed, a présidé, hier, l’ouverture officielle de la 40e édition de la Foire internationale du livre de Tunis, qui se déroule du 23 avril au 3 mai 2026 sous le slogan «Quand le livre devient une patrie». À son arrivée au Parc des expositions du Kram, dans la banlieue […]

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Baisse de la production nationale de pétrole brut de 4%, à fin février 2026

24. April 2026 um 09:01

La production nationale de pétrole brut s’est située à 198 kt, à fin février 2026 enregistrant, ainsi, une baisse de 4% par rapport à fin février 2025, selon le rapport sur la conjoncture énergétique publié par l’Observatoire national de l’énergie et des mines. Ainsi, la moyenne journalière de la production de pétrole est passée de […]

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Le Sahara et le trafic d’êtres humains vers la Tunisie

24. April 2026 um 09:22

De nombreux témoignages sur les réseaux sociaux révèlent un plan détaillé des réseaux de passeurs qui ont transformé le Sahara en un marché aux êtres humains à ciel ouvert vers la Tunisie.

Sami Jallouli *

Le premier noyau de ce réseau se forme à Agadez, au nord du Niger, d’où les migrants se dirigent vers la frontière algérienne via Aïn Amenas ou bifurquent vers Tombouctou et Gao, au Mali, zones hors de contrôle officiel où des structures hybrides, composées de bandes de passeurs et d’organisations armées, organisent des convois de la mort à bord de camions et de véhicules tout-terrain.

La traversée du désert est l’étape la plus lucrative pour les passeurs. Les migrants paient entre 500 et 2 000 dollars pour le transport et la protection jusqu’à Tamanrasset, plaque tournante logistique du voyage.

À Tamanrasset, ils deviennent ouvriers au marché noir, travaillant dans le bâtiment et l’agriculture pour financer la suite du voyage, dont le coût oscille entre 300 et 600 dollars. Une fois l’argent réuni, les clients passent d’un passeur à l’autre et entament leur périple vers le nord, en direction d’Ouargla, principal centre de tri. De là, certains rejoignent la Libye via Ghadamès, tandis que d’autres poursuivent leur route vers Tébessa.

Trafic d’êtres humains et frontières poreuses !

À Tébessa, des guides spécialisés dans les sentiers de montagne facilitent le passage des migrants à travers des zones accidentées et non officielles, moyennant une somme allant de 100 à 250 dollars, avant de les déposer en territoire tunisien près de Kasserine.

Une fois la frontière franchie, les réseaux de passeurs tunisiens prennent le relais et transportent les migrants de nuit jusqu’à Sfax pour 500 dinars par personne. Aux abords de Sfax, les passeurs disparaissent, laissant la place à des intermédiaires locaux… et des ateliers de construction de bateaux en fer prospèrent, vendant ces embarcations entre 30 000 et 40 000 dinars pièce, générant d’immenses profits pour les courtiers locaux qui ont acheté des loyautés et recruté des informateurs pour se protéger des descentes de police.

Face à ce réseau de passeurs, qui communiquent par codes numériques, GPS et guides experts, son démantèlement par les méthodes de sécurité traditionnelles est quasiment impossible, d’autant plus que la plupart de ces individus sont entrés par la frontière algérienne avec la complicité de réseaux transnationaux.

Migration irrégulière et tissu urbain tunisien

S’attaquer au problème de la migration irrégulière à une telle échelle au sein du tissu urbain tunisien est extrêmement complexe et presque impossible d’un point de vue sécuritaire et logistique.

La solution réside dans le bouclage de tous les points de passage frontaliers grâce à des systèmes de surveillance avancés et des drones de reconnaissance couvrant les terrains accidentés et les zones vulnérables, ainsi que dans la traque des chefs des réseaux locaux de passeurs.

Il est donc devenu essentiel de concentrer les efforts sur la zone frontalière. Il faut stopper net le flux migratoire à la frontière. Ces efforts doivent s’accompagner d’une documentation numérique et juridique précise de chaque passage, non seulement pour contrôler la frontière, mais aussi pour définir les responsabilités internationales et régionales et responsabiliser chaque partie quant à ses obligations en matière de protection des frontières communes.

* Expert juridique.

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Sfax : la JICA et la SONEDE clôturent un projet stratégique contre le gaspillage d’eau

24. April 2026 um 08:33

La cérémonie de clôture du projet de réduction des eaux non facturées dans le Grand Sfax s’est tenue ce jeudi dans la même ville, une initiative menée par l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), en partenariat avec la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE) et le bureau d’études Yachiyo Engineering. La cérémonie […]

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Tunisie : pluies orageuses et chutes de grêle attendues cet après-midi dans plusieurs régions

24. April 2026 um 08:09

Le temps sera marqué ce vendredi par des passages nuageux sur l’ensemble du pays, avec une densification progressive des nuages durant l’après-midi sur les régions ouest du centre et du sud, selon les prévisions de l’Institut national de la météorologie. Ces perturbations pourraient s’accompagner de cellules orageuses locales, générant des pluies parfois abondantes ainsi que […]

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L’Irak, l’autre bras de fer entre les États-Unis et l’Iran

24. April 2026 um 08:30

L’administration Trump a suspendu les envois de dollars américains à l’Irak et gelé les programmes de coopération en matière de sécurité avec son armée dans le but d’accroître la pression sur Bagdad pour qu’il démantèle les puissantes milices soutenues par l’Iran.

Imed Bahri

Selon le Wall Street Journal, un envoi d’environ 500 millions de dollars en espèces, provenant des recettes pétrolières irakiennes détenues sur des comptes de la Réserve fédérale, a récemment été bloqué par le Trésor américain en raison des inquiétudes suscitées par ces milices. 

Il s’agit du deuxième envoi de ce type retardé depuis l’escalade des tensions avec l’Iran fin février, quelques semaines après que des milices ont lancé des attaques contre des positions américaines en Irak et dans les pays voisins en soutien à Téhéran.

Les milices de la discorde

Washington a informé Bagdad qu’il suspendrait le financement de certains programmes de lutte contre le terrorisme et de formation militaire jusqu’à ce que les attaques des milices cessent et que le gouvernement irakien prenne des mesures concrètes pour les démanteler. 

Ces mesures soulignent la pression croissante exercée sur Bagdad pour qu’elle s’aligne plus clairement sur les États-Unis et réduise ses liens étroits avec l’Iran depuis le début de la guerre israélo-américaine contre Téhéran, qui dure depuis près de huit semaines.

Dans un communiqué publié mardi 21 avril 2026, ne faisant aucune mention de la suspension des livraisons, la Banque centrale d’Irak a déclaré ne pas connaître de pénurie de dollars, affirmant avoir «satisfait toutes les demandes de devises américaines émanant des banques et des bureaux de change». 

Depuis l’invasion américaine de l’Irak en 2003, Washington a accepté de conserver les recettes pétrolières irakiennes –qui s’élèvent à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an– auprès de la Réserve fédérale de New York. Afin de réinjecter ces fonds dans l’économie irakienne. Jusqu’à 13 milliards de dollars par an sont acheminés à Bagdad en espèces pour soutenir une économie fortement dépendante des transactions en espèces.

Les États-Unis ont brièvement interrompu ces livraisons en 2015, craignant que les dollars ne tombent entre les mains de l’État islamique (EI), et ont menacé à plusieurs reprises de les suspendre par la suite.

Bien que l’Irak ait réduit sa dépendance au dollar, les avions transportent toujours d’importantes quantités de devises américaines vers la Banque centrale, ce qui confère à Washington un levier considérable sur Bagdad.

Une suspension temporaire

Les responsables américains affirment que la suspension de ces livraisons est temporaire mais ils n’ont pas précisé les conditions nécessaires à leur reprise.

Le porte-parole du département d’État Tommy Pigott a déclaré : «L’incapacité du gouvernement irakien à empêcher ces attaques alors que certains de ses alliés continuent d’apporter un soutien politique, financier et opérationnel aux milices nuit aux relations américano-irakiennes. Les États-Unis ne toléreront aucune attaque contre leurs intérêts et attendent du gouvernement irakien qu’il prenne des mesures immédiates pour démanteler les groupes armés soutenus par l’Iran». 

Depuis le début du conflit, les milices ont mené des centaines d’attaques de faible envergure à l’aide de drones et de roquettes, ciblant des bases militaires, des consulats et des installations diplomatiques américaines, notamment au sein de l’aéroport international de Bagdad. Washington a également imputé à des groupes soutenus par l’Iran une tentative d’attaque contre un convoi de sécurité américain transportant un otage libéré hors d’Irak au début du mois.

En réponse, les États-Unis mènent des frappes aériennes contre ces groupes en Irak depuis le début de la guerre.

Malgré la réduction de sa présence militaire en Irak ces dernières années, Washington continue de fournir des renseignements sur l’EI et d’apporter son soutien aux forces irakiennes en matière de formation et d’équipement.

Les milices les plus puissantes d’Irak, telles que l’Organisation Badr, Kataïb Hezbollah et Asaïb Ahl al-Haq, exercent une influence considérable au sein du gouvernement et du secteur financier. L’Irak est actuellement en négociations pour la nomination d’un nouveau Premier ministre, sous la pression de ces milices et de Téhéran qui souhaitent la désignation d’une personne maintenant des liens étroits avec l’Iran. Certaines de ces factions ont également été formellement intégrées aux forces armées, ce qui complique la tâche de tout Premier ministre souhaitant les affronter.

L’actuel Premier ministre, Mohammed Shia al-Sudani, en fonction depuis 2022, sollicite le soutien de Washington pour un second mandat, tout en évitant une confrontation directe avec les milices.

Trump dicte sa loi

Ces groupes bénéficient également de l’accès de l’Irak aux dollars américains. En 2023 et 2024, le département du Trésor américain a sanctionné plus de 20 banques irakiennes pour leur implication dans le transfert illégal de dollars depuis les comptes irakiens auprès de la Réserve fédérale, via des transactions frauduleuses.

Par la suite, des milices ont été impliquées dans l’achat en Irak d’importantes quantités de cartes Mastercard et Visa préchargées, qu’elles ont ensuite transférées aux Émirats arabes unis et dans les pays voisins pour retirer l’argent en dollars avant de le renvoyer en Irak et de le convertir en dinars afin de profiter des fluctuations du taux de change, selon le département du Trésor.

Ces milices trouvent leurs origines dans le chaos qui a suivi l’invasion américaine il y a plus de vingt ans. Elles ont émergé pour défendre les zones chiites et affronter les groupes armés sunnites et ont combattu les forces américaines que leurs dirigeants ont qualifiées d’occupation. L’Iran a fourni des armes à nombre de ces groupes avant de jouer un rôle important dans la lutte contre Daech en 2014.

En janvier dernier, le président Trump avait averti qu’il suspendrait l’aide américaine à l’Irak si l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, proche allié de l’Iran, revenait au pouvoir. Maliki s’est récemment retiré de la course et sa coalition, connue sous le nom de Cadre de coordination, a désigné un autre candidat, Basim al-Badri, figure du parti Dawa.

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Naïma Karoui, pionnière des recherches sur les femmes en Tunisie

24. April 2026 um 07:39

Figure pionnière des études sur la femme dans les milieux sociaux défavorisés et particulièrement dans le monde rural, Naïma Karoui a contribué à inscrire la question de la femme au cœur de l’analyse sociologique tunisienne.

Raja Fenniche *

Retracer le parcours scientifique de Naima Karoui est une tâche doublement difficile, vu la profusion de ses écrits et la diversité des thèmes abordés. Elle a enquêté, écrit, publié dans la discrétion, sans souci de visibilité.

Naïma Karoui née Fenniche appartient pourtant à la première génération de sociologues tunisiens qui ont posé les fondements d’une discipline susceptible d’éclairer les dynamiques d’une société complètement sous-étudiée à l’époque. Aux côtés de Abdelkader Zghal, Hechmi Karoui, Ridha Boukraa, Salah Hamzaoui, Khalil Zamiti et bien d’autres, elle a été membre, à partir de la fin des années 1960, de la section Sociologie du Centre d’études et de recherches économiques et sociales (Ceres) et a publié régulièrement les résultats de ses recherches dans la Revue tunisienne des sciences sociales (RTSS).

Figure pionnière des études sur la femme dans les milieux sociaux défavorisés et particulièrement dans le monde rural, elle a contribué à inscrire la question de la femme au cœur de l’analyse sociologique tunisienne.

La condition féminine a été étudiée en corrélation avec les mutations profondes que connaissait la Tunisie au tournant des années 1970, qui marque une étape importante de la construction du pays et de l’émergence de l’économie capitaliste.

Après l’échec du modèle coopératif des années 1960, le gouvernement de Hédi Nouira a placé la propriété privée et l’investissement extérieur au cœur de la stratégie de développement économique. S’en est suivi la montée d’une petite bourgeoisie locale et l’élargissement de la base de la classe ouvrière à de nouvelles franges de la population, dont les femmes, tant citadines que rurales.

Impact des transformations économiques sur les femmes

C’est sur ce dernier aspect, en particulier, que s’est penchée Naima Karoui dans ses travaux, en analysant l’impact des transformations économiques, sociales, mais aussi symboliques de la société sur le vécu des femmes et leur imaginaire.

Formée en Tunisie puis en France, elle soutient en 1976 à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS, Paris), sous la direction d’Alain Touraine, une thèse intitulée «Changement social et condition de la femme en Tunisie». Ce travail initiateur s’inscrit dans une approche sociologique attentive aux dynamiques d’une société en pleine transformation et aux tensions entre discours officiel et pratiques sociales.

L’originalité de sa démarche tient à l’importance qu’elle a accordée au travail de terrain, à une époque où la sociologie tunisienne était encore à son début. A travers le recueil de témoignages et d’entretiens, elle a donné de la visibilité à des franges peu représentées dans l’espace public : ouvrières, paysannes, employées de bureau.

La diversité des trajectoires féminines

C’est à travers les enquêtes menées dans les années 1970 auprès des ouvrières de l’industrie textile de Menzel Bourguiba, des ouvrières agricoles de la région de Mateur, des paysannes de Kerkennah, et des employées de l’administration des P.T.T. qu’elle a pu mettre en exergue la diversité des trajectoires féminines, en fonction des catégories sociales auxquelles elles appartiennent.

J’ai eu le privilège, jeune lycéenne, de l’avoir vue à l’œuvre lorsque je l’ai accompagnée à quelques reprises dans son enquête auprès des ouvrières agricoles de Mateur.

Assise près du chauffeur, dans la voiture tout-terrain du Ceres, elle nous expliquait, en chemin, comment remplir le questionnaire, en retranscrivant le plus fidèlement possible les réponses des enquêtées. La voiture serpentait lentement sur les sentiers tortueux de la montagne qui surplombait les alentours de Mateur.

Arrivées au douar, nous avons été accueillies par une ribambelle d’enfants, qui couraient derrière la voiture en poussant des cris de joie. Les femmes vinrent s’attrouper autour de Naima, souriantes et excitées ; elles se bousculaient pour lui tendre la main : «Elles me connaissent, nous dit Naima, je suis déjà venue»

Nous commencions l’enquête. Quelques-unes nous faisaient entrer dans leur houch, nous donnaient du pain et de l’huile. Je me rappelle leurs rires étouffés quand nous abordions la question de l’avortement et des moyens contraceptifs. Celle que j’interviewais refusa net d’en parler : «Tu es trop jeune, haki dhiri», me dit-elle en riant.

Naima savait les écouter avec douceur et attention ; c’était sa manière à elle de les mettre en confiance. «Le travail de terrain est fondamental en sociologie», répétait-elle souvent. Étudiante, elle y a été initiée par ses professeurs, dont Jean Duvignaud, qui emmena en 1960 les étudiants à Chebika (1) pour une enquête sur les conditions de vie des habitants du village.

Depuis les années 1970, ses recherches se sont axées sur le travail féminin dans les couches défavorisées et ses effets sur la vie familiale. L’accès au travail rémunéré génère un vécu traversé de contradictions : double charge familiale et professionnelle, immobilisme des statuts conjugaux, tensions entre modèle traditionnel et aspiration à la modernité.

Donner la parole aux exclues et aux marginalisées

Les enquêtes qualitatives menées lui ont permis non seulement de mettre en lumière certains aspects méconnus du vécu de ces femmes et de leur horizon d’attente, mais aussi de donner la parole aux exclues, aux marginalisées parmi elles.

Dans son article «La femme entre mythe et réalité », elle écrit (2) : «Parallèlement à l’insécurité économique dans laquelle elles avaient grandi, l’éclatement de la cellule familiale avec toutes les valeurs qui soutenaient son système, agissaient sur leurs attitudes et conduites pour expliquer la facilité avec laquelle elles bravaient les valeurs allant jusqu’à s’adonner à la prostitution clandestine».

Elle fustige un système économique et social qui  asservit pleinement les femmes : «il ressort que les enquêtées- principalement les ouvrières d’usines et les ouvrières agricoles  sont doublement exploitées par leurs patrons et les hommes de leurs familles principalement le mari» (3) …« quant aux femmes employées de bureau, quoique le travail joue un rôle positif dans leur insertion sociale, elles  continuent pour beaucoup à faire preuve d’attitudes traditionnelles dans leur famille : dépendance à l’égard du mari, effacement quand il s’agit de prendre des décisions importantes, maintien de la séparation des tâches. » (4)

C’est précisément la question de savoir si l’accès au travail a constitué, pour la femme, un véritable facteur d’émancipation qui a été au cœur de plusieurs travaux de Naima Karoui. A-t-il entraîné des répercussions positives sur le rapport homme/ femme ? A-t-il inversé la relation domination/ subordination au sein de la famille traditionnelle ?

Dans une approche d’anthropologie sociale et de psychosociologie, elle a confronté le vécu réel des femmes aux représentations sociales contradictoires prévalant dans la société. Représentations fortement polarisées entre une image de la femme portée par la tradition et un modèle d’émancipation défendu par «le courant moderniste», représenté par le pouvoir en place. «Le thème central porte sur l’adéquation ou la dichotomie existant entre le modèle de la femme véhiculé par le discours officiel de type moderniste et le vécu des femmes selon leur appartenance à des catégories socio-professionnelles différentes. » écrit-elle dans l’Annuaire de l’Afrique du Nord (5).

Un autre apport majeur de son œuvre réside dans l’étude de la pluralité des représentations et des discours sur la femme dans la Tunisie coloniale puis indépendante. Dans son article consacré à l’étude de l’image de la femme dans la presse satirique des années 1930 (6), elle décrit la représentation surannée de la femme, révélatrice des idées rétrogrades prévalant à cette époque.

Dans un autre article (7), elle porte un regard critique sur les idées d’émancipation véhiculées par le système éducatif français puis tunisien, depuis la première école, celle de Louise Renée Millet en 1900, jusqu’aux écoles de la République. Elle montre aussi que les questions de l’identité, du voile, du mariage et du rôle de la femme dans la sphère publique sont mises à rude épreuve par une idéologie conservatrice et discriminatoire.

Dans plusieurs de ses articles, Naima insiste sur le déchirement de la femme entre un modèle de famille marqué par la tradition musulmane fortement ancrée dans la société, «fidèle à l’esprit de la charia et du Coran, qui reflète, dit-elle, un passé mythique… qui ne trouve de légitimité que dans les textes religieux» (8) et une représentation émancipatrice de la femme à laquelle elle est censée se conformer.

Elle montre que les enquêtées vivent différemment le conflit entre ces deux modèles. Leur déchirement varie d’intensité selon leurs conditions de vie et leur statut social.

«Toutes les autres femmes que nous avons enquêtées ont exprimé des aspirations sans trop y croire, comme pour nous faire plaisir, avec un salaire aussi dérisoire que le leur, elles savent que leur mode de vie ne changera pas de sitôt» (9).

A une époque encore fortement marquée par la tradition, Naima, féministe avant la lettre, percevait les limites de cette «libération» initiée par le pouvoir, qui ne trouvait qu’un vague écho auprès des femmes marginalisées. Elle nous disait qu’un féminisme authentique ne saurait se limiter à des cercles élitistes et ne pouvait se concevoir qu’en étroite relation avec l’émancipation sociale des femmes défavorisées face au joug de l’oppression.

J’étais alors adolescente, et dans ce mythique appartement de la rue Jamel Abdennacer, elle aimait parler, avec ses mots simples et sa voix pénétrante, de la pensée de Marx, de Gramsci ou encore de Bourdieu. Hechmi, son mari érudit, s’en mêlait parfois et prolongeait les explications. Je n’y comprenais pas grand-chose, mais j’étais fascinée par ces idées qui promettaient de transformer le monde et qui ont nourri depuis, mes rêves de jeunesse.

À mes yeux, Naima incarnait une pensée libre qui doute, interroge et refuse les carcans de la tradition, tout en s’inscrivant dans la dynamique même de la société. Pour elle, le féminisme n’était pas seulement une conviction personnelle, mais un engagement social qu’elle a assumé jusqu’au bout, dans sa façon d’être et de penser. Elle a conservé cet élan de révolte contre l’injustice sociale et a toujours défendu des positions franchement progressistes et anticonformistes.

Ses articles reflétaient bien cette posture de sociologue engagée. Dans Le couple en Tunisie : du discours à la réalité (10), comme dans La femme entre le mythe et la réalité (11), elle montre que l’émancipation féminine, souvent présentée comme un acquis principal de la Tunisie indépendante, se déploie dans un champ de tensions où coexistent discours et lois progressistes, résistances sociales et immobilisme.

Mais c’est surtout dans le monde rural que l’écart est le plus prononcé entre le modèle véhiculé par le discours officiel et le vécu des femmes rurales : «Malgré la reconnaissance des droits de la femme sur le plan de la loi,  le choix du conjoint est chose nouvelle dans le milieu rural et n’apparait que dans certains cas…C’est au nom de ces mêmes coutumes que la virginité doit être sauvegardée jusqu’à la nuit de noces : l’un des éléments déterminants du mariage. Le mari sera tenu d’exposer aux témoins la preuve de la virginité de sa femme en présentant publiquement la chemise tachée de son épouse : signe de la défloration…» (12)

La transmission de l’échec à travers les générations

 Dans d’autres articles, Naima développe une analyse sociologique du monde rural tunisien. Les écrits sur le village de Ghar-el-Melh (13), sur les femmes rurales des îles Kerkennah (14), sur les ouvriers agricoles du Nord (15) et sur «l’univers éclaté» des paysans du Nord-Ouest constituent des documents précieux témoignant des inégalités régionales et des formes de marginalisation persistantes dans le monde rural. Elle aborde la question de la pauvreté, en mettant en évidence les formes de la reproduction des vulnérabilités économiques et sociales. Son analyse souligne le déficit du progrès économique et social dans ces régions, montrant que le projet de développement et de modernisation prôné par l’état demeure géographiquement et socialement très inégal.

Dans l’article «l’univers éclaté des paysans du Nord- ouest tunisien : la reproduction de l’échec» (16).

Naima s’intéresse à la question de la transmission de l’échec à travers les générations.  Dans cette région, qui présentait l’un des taux d’échec scolaire les plus élevés du pays, elle a recueilli des récits poignants, notamment celui d’un ouvrier dont le fils a quitté l’école très tôt. «Il arrivait à mes parents de se priver de manger pour nous acheter à mes frères et moi des bottes en hiver. Je me souviens que lorsqu’il pleuvait fort, je rentrais à la maison, trempé d’eau et tremblant de froid. Je ne rentrais pas à midi à cause de la longue distance que je devais effectuer de l’école à la maison. Je préférais manger du pain sec et du sucre devant la porte de l’école.»

Parce qu’elle donne la parole aux femmes rurales -ces invisibles de la société- aux démunis, aux marginaux du système, elle contribue à renouer avec la vocation première de la sociologie en tant qu’approche critique des politiques sociales en vigueur.  

Décédée le 19 janvier 2026, Naïma Karoui aimait par-dessus tout lire et écrire. À la clinique, quelques heures avant sa mort, elle avait demandé qu’on lui apporte un roman à lire au chevet. Elle s’est éteinte avant même de pouvoir l’ouvrir.

Son œuvre constitue aujourd’hui un travail de référence pour les chercheurs qui interrogent la question de la femme en rapport avec les dynamiques sociales au cours des années 1970 et 1980. Un travail qui aide à comprendre les articulations entre condition de la femme, développement économique et social, monde rural et recompositions familiales.

* Professeur de l’ enseignement supérieur.

Notes :

1) Jean Duvignaud a publié un ouvrage retraçant les étapes de cette enquête intitulée : ‘‘Chebika’’. Suivi de ‘‘Retour à Chebika 1990. Changements dans un village du Sud tunisien’’. Paris, Gallimard 1968. Paris, Plon, 1990, 501 p.  

2)  Karoui, N. (1993). La femme entre le mythe et la réalité : quête pour une liberté. RTSS, n° 114, pp. 49-70. (p 60).

3) Idem p 65.

4) Idem p 63.

5) Karoui, N. (1989). Les femmes entre le discours et le vécu : principaux axes de recherche. In Femmes et sociétés : la Tunisie et le Maroc, Annuaire de l’Afrique du Nord, Tome XXVIII. Paris : CNRS, pp. 871-875.

6)  Karoui, N. (1990). Image de la femme tunisienne à travers la presse satirique et humoristique des années 1930. RTSS, n° 103, pp. 53-79.

7) la femme entre le mythe et la réalité, op cit, p 50.

8)  Idem, p 872.

9) Karoui, N. (1980). Étude sociologique sur les ouvrières agricoles dans la région de Mateur. RTSS, n° 63, pp. 92-135. (p131).

10) Karoui, N. (1989). Le couple en Tunisie : du discours à la réalité. RTSS, n° 98-99, pp. 59-73.

11) Femmes entre mythe et réalité, op cit.

12) Le couple en tunisie : du discours à la réalité, op cit . p68

13)  Karoui, N. (1973). Ghar el-Melh : « Port admirable et village paisible ». RTSS, n° 32-35, pp. 201-223.

14) Karoui, N. (1989). Rôles et statuts des femmes rurales : l’exemple des îles Kerkennah. RTSS, n° 96-97, pp. 27-66.

15) Karoui, N. (1989). Témoignages d’ouvriers agricoles dans le nord de la Tunisie. RTSS, n° 96-97, pp. 67-83.

16) Karoui, N. (1991). L’univers éclaté des paysans du Nord-Ouest tunisien : la reproduction de l’échec. RTSS, n° 104-105, pp. 69-108.

 

 Bibliographie :

1965

Karoui, N. (1965). Attitudes des jeunes parents tunisois de 20 à 30 ans devant le mariage mixte. Revue Tunisienne des Sciences Sociales (RTSS), n° 3, p. 45.

1973

Karoui, N. (1973). Ghar el-Melh : « Port admirable et village paisible ». RTSS, n° 32-35, pp. 201-223.

1975

Karoui, N. (1975). L’idéologie de l’émancipation de la femme (en arabe). Al-Fikr, n° 3, décembre.

1976

Karoui, N. (1976). Changement social et condition de la femme en Tunisie.
Thèse de doctorat en sociologie, EHESS, Paris, sous la direction d’Alain Touraine.

Karoui, N. (1976). Famille et travail : les ouvrières de Menzel Bourguiba. RTSS, n° 45, pp. 75-98.

Karoui, N. (1976). La notion d’émancipation de la femme à travers la presse : ébauche d’une analyse de contenu. RTSS, n° 47, pp. 93-124.
(N.B. Reformulation harmonisée du titre mentionné dans la première liste.)

1980

Karoui, N. (1980). Étude sociologique sur les ouvrières agricoles dans la région de Mateur. RTSS, n° 63, pp. 92-135.

1983

Karoui, N. (1983). La femme tunisienne et le phénomène du « bureau » : étude sociologique des attitudes et conduites des jeunes femmes dans l’administration des P.T.T. RTSS, n° 70-71, pp. 75-109.

1989

Karoui, N. (1989). Rôles et statuts des femmes rurales : l’exemple des îles Kerkennah. RTSS, n° 96-97, pp. 27-66.

Karoui, N. (1989). Témoignages d’ouvriers agricoles dans le nord de la Tunisie. RTSS, n° 96-97, pp. 67-83.

Karoui, N. (1989). Le couple en Tunisie : du discours à la réalité. RTSS, n° 98-99, pp. 59-73.

Karoui, N. (1989). Les femmes entre le discours et le vécu : principaux axes de recherche.
In Femmes et sociétés : la Tunisie et le Maroc, Annuaire de l’Afrique du Nord, Tome XXVIII. Paris : CNRS, pp. 871-875.

Karoui, N. (1989). Les femmes dans le domaine agricole dans la Tunisie coloniale. RTSS, n° 98-99, pp. 129-??? (pagination à vérifier).

1990

Karoui, N. (1990). Image de la femme tunisienne à travers la presse satirique et humoristique des années 1930. RTSS, n° 103, pp. 53-79.

1991

Karoui, N. (1991). L’univers éclaté des paysans du Nord-Ouest tunisien : la reproduction de l’échec. RTSS, n° 104-105, pp. 69-108.

1993

Karoui, N. (1993). La femme entre le mythe et la réalité : quête pour une liberté. RTSS, n° 114, pp. 49-70.

L’article Naïma Karoui, pionnière des recherches sur les femmes en Tunisie est apparu en premier sur Kapitalis.

DECRYPTAGE – L’art fragile du pilotage monétaire à l’ère des chocs géopolitiques

24. April 2026 um 05:00

Il est des moments où la politique monétaire cesse d’être une science de précision pour devenir un exercice d’équilibrisme.

À mesure que les tensions géopolitiques redessinent les flux énergétiques et bousculent les anticipations, les banquiers centraux avancent dans un brouillard épais, contraints de décider sans voir pleinement. La récente posture prudente de la Banque centrale européenne, face à l’incertitude liée à un conflit au Moyen-Orient et à ses répercussions sur les prix de l’énergie, illustre cette mutation silencieuse : celle d’un pilotage à vue de l’économie mondiale.

Derrière les mots mesurés de ses responsables, c’est toute une philosophie de l’action économique qui se révèle. Ni immobilisme ni volontarisme excessif, mais une navigation prudente entre des récifs invisibles. Cette hésitation apparente n’est pas une faiblesse ; elle est le reflet d’un monde où les modèles prédictifs vacillent, où les chaînes de causalité se fragmentent, et où chaque décision peut produire des effets inattendus.

 

La prudence comme doctrine : entre inflation importée et incertitude radicale

Au-delà des analyses sommaires et des scénarios déséquilibrants, en Tunisie et ailleurs, la montée des prix de l’énergie, catalysée par les tensions géopolitiques, agit comme un choc exogène classique. Pourtant, dans le contexte actuel, ce choc échappe aux cadres traditionnels d’analyse. La question centrale n’est plus seulement de savoir si l’inflation augmente, mais si elle se diffuse durablement dans l’économie réelle.

La distinction est fondamentale. Une inflation transitoire, liée à un renchérissement temporaire du pétrole ou du gaz, appelle une réponse mesurée. À l’inverse, une inflation qui s’ancre dans les anticipations et contamine les salaires et les prix des services exige une réaction plus ferme. Or, c’est précisément cette frontière qui devient floue.

Dans ce contexte, la prudence invoquée par les responsables monétaires, notamment tunisiens, traduit une reconnaissance implicite de l’incertitude radicale. Nous ne sommes plus dans un univers probabilisable où les risques peuvent être quantifiés avec précision. Nous sommes dans un régime d’incertitude où les événements eux-mêmes redéfinissent les règles du jeu.

Ce glissement conceptuel rapproche la pratique actuelle des débats post-keynésiens sur la connaissance imparfaite et les limites de la rationalité économique, voire de la rationalité limitée chère à Nicholas Georgescu-Roegen (1). La politique monétaire ne peut plus être guidée uniquement par des règles fixes ou des modèles calibrés sur le passé. Elle devient un processus adaptatif, presque expérimental.

 

Le spectre de l’inflation énergétique : un choc asymétrique

L’augmentation des prix de l’énergie agit comme un impôt invisible, pesant davantage sur les économies importatrices. Pour la zone euro, dépendante des approvisionnements extérieurs, ce choc est particulièrement sensible. Mais ses effets ne sont pas homogènes.

Certains secteurs absorbent plus facilement la hausse des coûts, tandis que d’autres la répercutent rapidement sur les consommateurs. Cette hétérogénéité complique la lecture des données macroéconomiques. Une inflation globale modérée peut masquer des tensions sectorielles importantes, susceptibles de se diffuser progressivement.

La prudence de la Banque centrale de Tunisie (BCT) s’explique donc aussi par cette complexité. Relever les taux trop tôt risquerait de freiner une économie déjà fragilisée, sans pour autant résoudre un problème d’inflation d’origine externe. Ne rien faire, en revanche, pourrait alimenter une spirale inflationniste si les anticipations venaient à se désancrer.

Ce dilemme rappelle les débats classiques sur la courbe de Phillips, mais dans une version profondément transformée. L’arbitrage entre inflation et activité n’est plus stable. Il dépend désormais de facteurs géopolitiques, énergétiques et financiers qui échappent en grande partie au contrôle des autorités monétaires.

 

Le retour du pilotage à vue : une nouvelle normalité

L’expression « pilotage à vue » a longtemps été utilisée de manière critique, comme le signe d’une absence de stratégie. Aujourd’hui, elle devient une nécessité. Dans un environnement où les chocs sont fréquents et imprévisibles, la capacité d’adaptation prime sur la rigidité des règles.

Ce changement de paradigme s’inscrit dans une évolution plus large de la gouvernance économique. Les banques centrales, autrefois perçues comme des institutions technocratiques guidées par des modèles sophistiqués, apparaissent désormais comme des acteurs pragmatiques, contraints de composer avec l’incertitude.

Cette transformation n’est pas sans conséquences. Elle modifie la relation entre les autorités monétaires et les marchés. Lorsque les décisions deviennent moins prévisibles, les anticipations des investisseurs se fragmentent, augmentant la volatilité. Les communications des banques centrales, déjà délicates, deviennent un outil central de stabilisation.

Dans ce contexte, la prudence affichée n’est pas seulement une posture économique ; elle est aussi une stratégie de communication. Elle vise à éviter les réactions excessives des marchés, tout en préservant une marge de manœuvre pour l’avenir.

 

Les fragilités financières : une toile de fond inquiétante

Au-delà de l’inflation, les risques évoqués pour la stabilité financière rappellent que l’économie mondiale repose sur des équilibres précaires. Les valorisations élevées des actifs, les politiques budgétaires expansionnistes et les tensions dans le crédit privé constituent autant de sources potentielles de fragilité.

Ces éléments s’inscrivent dans une dynamique de long terme, marquée par une abondance de liquidités et une recherche accrue de rendement. Dans un tel environnement, toute remontée des taux peut provoquer des ajustements brutaux, révélant des vulnérabilités latentes.

La prudence monétaire apparaît alors comme une tentative de gérer ces risques sans déclencher de crise. Mais cette stratégie a ses limites. En retardant les ajustements nécessaires, elle peut aussi contribuer à l’accumulation de déséquilibres.

Ce paradoxe est au cœur des débats contemporains sur le rôle des banques centrales. Doivent-elles se concentrer sur la stabilité des prix, ou intégrer explicitement la stabilité financière dans leurs décisions ? La réponse reste incertaine, et varie selon les contextes.

 

Résonances tunisiennes : entre dépendance énergétique et contraintes structurelles

Pour la Tunisie, ces évolutions ne sont pas abstraites. Elles se traduisent par des tensions concrètes sur les équilibres macroéconomiques. En tant qu’économie importatrice d’énergie, le pays est directement exposé aux fluctuations des prix internationaux.

La hausse des coûts énergétiques se répercute sur les finances publiques, à travers les subventions, mais aussi sur le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises. Dans un contexte de contraintes budgétaires et de fragilité sociale, ces effets peuvent être amplifiés.

Le pilotage à vue, observé au niveau des grandes banques centrales, trouve ainsi un écho particulier en Tunisie. Les autorités économiques doivent elles aussi naviguer dans un environnement incertain, avec des marges de manœuvre limitées.

Mais la comparaison s’arrête là. Là où les économies avancées disposent d’instruments sophistiqués et d’une crédibilité institutionnelle forte, la Tunisie fait face à des contraintes structurelles plus lourdes. Le recours à des ajustements graduels est souvent entravé par des impératifs sociaux et politiques.

Dans ce contexte, l’incertitude externe agit comme un multiplicateur de fragilité interne. Elle rend plus difficile la mise en œuvre de réformes, tout en accentuant les déséquilibres existants.

Entre lucidité et illusion de contrôle

La posture prudente des banques centrales reflète une forme de lucidité : celle de reconnaître les limites de leur pouvoir. Dans un monde interconnecté, où les chocs se propagent rapidement, aucune institution ne peut prétendre contrôler pleinement les dynamiques économiques.

Mais cette lucidité coexiste avec une certaine illusion de contrôle. Les marchés continuent d’attendre des banques centrales qu’elles stabilisent l’économie, qu’elles anticipent les crises et qu’elles maintiennent la confiance. Cette attente, souvent implicite, crée une pression constante.

Le risque est alors de voir les autorités monétaires surinterpréter des signaux faibles, ou réagir de manière excessive à des fluctuations temporaires. Le pilotage à vue, s’il devient permanent, peut engendrer une forme d’instabilité chronique. 

 

In fine, naviguer sans boussole fixe

La prudence affichée par la Banque centrale européenne face à l’incertitude géopolitique n’est pas un simple choix tactique. Elle révèle une transformation profonde de la politique économique, confrontée à un monde plus instable et moins prévisible.

Le pilotage à vue, loin d’être une anomalie, tend à devenir la norme. Il impose une nouvelle discipline : celle de l’adaptation permanente, de l’humilité face à l’incertitude, et de la gestion des risques plutôt que de leur élimination.

Pour la Tunisie, comme pour d’autres économies vulnérables, cette évolution constitue à la fois un défi et une leçon. Dans un environnement global incertain, la résilience ne peut plus reposer uniquement sur des ajustements conjoncturels. Elle nécessite une transformation structurelle, capable de réduire la dépendance aux chocs externes.

Dans un monde où les repères vacillent, la véritable boussole n’est plus la prévision parfaite, mais la capacité à réagir avec lucidité… ou la prévision limitée…

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(1) Economiste et mathématicien américain d’origine roumaine Nicholas Georgescu-Roegen (1906–1994). Né en Roumanie, il a étudié à Bucarest, Paris et Londres avant de collaborer avec Joseph Schumpeter à Harvard. Il a ensuite enseigné la majeure partie de sa carrière à l’Université Vanderbilt aux États-Unis et à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg(ULP). Bien qu’hétérodoxe, il était reconnu pour sa rigueur mathématique exceptionnelle.

Il est considéré comme une figure majeure de la pensée économique des années 1970 et 1980, notamment pour avoir posé les bases de l’économie écologique.

Ses principales contributions :

* La Loi de l’Entropie : Dans son ouvrage phare de 1971, The Entropy Law and the Economic Process, il démontre que l’activité économique transforme des ressources de basse entropie (utiles) en déchets de haute entropie (inutilisables), rendant une croissance infinie physiquement impossible.

* Père de la Décroissance : Ses travaux ont directement inspiré le mouvement de la « Décroissance » en soulignant que le système économique doit respecter les limites biologiques et physiques de la Terre.

* La Bioéconomie : Il a proposé dès le début des années 70 de réformer la science économique pour y intégrer les principes de la thermodynamique et de la biologie, fondant ainsi la « Bioéconomie ».

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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