A l’occasion du 200ème anniversaire de la naissance du penseur tunisien Sulaymān al–Harā’irī (Tunis, 1824 – Paris, 1877), un Colloque international sur le thème “Sulaymān al–Harā’irī et les pionniers du réformisme tunisien” aura lieu, les 11 et 12 avril 2025, au siège de l’Académie Tunisienne des Sciences, des Lettres et des Arts, Beït al-Hikma, à Carthage.
Ce colloque sera organisé par l’Académie Beït al-Hikma, en partenariat avec Ksar Saïd, Palais des Lettres et des Arts et l’Organisation Mondiale islamique pour l’Education, les Sciences et la culture (ICESCO). Notons que la Chaire ICESCO « Ibn Khaldoun pour la culture et le patrimoine » au Centre des Arts, de la Culture et des Lettres à Ksar Said fait partie du Réseau de l’Organisation des Chaires Internationales de la Pensée, des Lettres et des Arts.
Cinq séances scientifiques sont au programme du colloque qui verra la participation d’éminents penseurs tunisiens et étrangers parmi lesquels Mahmoud Ben Romdhane, président de de l’Académie Beït al-Hikma, Abdelhamid Henia, chef du département des Sciences humaines et sociales à Beït al-Hikma.
Des interventions, en franaçais et en arabe, seront données par une pléiade de chercheurs universitaires et écrivains dont Faouzi Mahfoudh, Pierre Agéron, Noureddine Dougui, Mohamed Mahjoub, Zouhair Ben Youssef, Mahdi Abdeljaouad, Mahdi Abdeljaouad, Raja Ben Slama, Alain Messaoudi, Mounir Fendri, Ons Debbeche, Fadhel Bachraoui, Larbi Bouguerra, Amariya al-Hafnaoui, Ibrahim Jadla et Fethi Qasmi.
Séances et interventions au programme du colloque :
1ème séance scientifique
“Le Contexte réformiste du milieu du XXème siècle”:
“Conscience réformiste du XIXe siècle, pensée renouvelée et pratique trébuchante” (Noureddine Dougui)
“1824 : Dérive sur les “futurs contingents” (à partir de Sulaymān al–Harā’irī)” (Mohamed Mahjoub)
2ème séance scientifique
Sulaymān al–Harā’irī, à la lumière de ses traductions découvertes à la Bibliothèque universitaire des langues (Bulac et civilisations) à Paris:
Sulaymān al–Harā’irī et ses œuvres ou le chaînon manquant dans la pensée de la Libération tunisienne et arabe (Zouhair Ben Youssef)
Les travaux inédits de Sulaymān al–Harā’irī (Mahdi Abdeljaouad)
Sulaymān al–Harā’irī et la Littérature (Raja Ben Slama)
3ème séance scientifique
“Une traduction arabe inédite de la grammaire de Noel et Chapsal” (Fadhel Bachraoui)
“Sulaymān al–Harā’irī, un ennemi de l’alchimie qui explore en accéléré la chimie du XIXème siècle (Larbi Bouguerra)
4ème séance scientifique
Sulaymān al–Harā’irī et ses rapports avec le monde culturel, religieux et politique:
“Les relations de Sulaymān al–Harā’irī et de l’abbé Bourgade” (Pierre Agéron, univeristé de Caen)
“Sulaymān al–Harā’irī et le milieu des interprètes du consultat de France à Tunis (1845-1856)” (Alain Messaoudi, prof. Nantes)
“Le témoignage de Johan G.Krûger alias Mohamed Ben Abdallah Nemsi, sur l’imprimerie et l’impression des “Soirées de Carthage” (Mounir Fendri)
“Sulaymān al–Harā’irī : Portrait d’un érudit tunisien dans le Paris du XIXème siècle” (Ons Debbeche)
5ème séance scientifique
“La polémique linguistique et culturelle entre Sulaymān al–Harā’irī et Ahmad Farès al Chedyaq à travers leurs articles ..”
“Sulaymān al–Harā’irī et le Conflit entre l’Angleterre et la France sur les domaines islamiques” (Amariya al-Hafnaoui)
“Sulaymān al–Harā’irī et la question de la Renaissance arabe” (Ibrahim Jadla)
“Sulaymān al–Harā’irī et les questions de l’époque” (Fethi Qasmi)
Après treize éditions dans la Cathédrale de Carthage et sept années d’absence, le festival E-FEST revient pour une nouvelle version 2025 -musiques actuelles et cultures numériques- E-FEST Camp qui se tiendra du 11 au 13 avril à Ksar El Ferch, à Ghomrassen, dans le gouvernorat de Tataouine.
A l’initiative de l’association Echos Electrik, cet événement, organisé grâce à la collaboration de l’Association de sauvegarde du patrimoine de Ghomrassen, en partenariat avec le gouvernorat de Tataouine et des commissariats régionaux des affaires culturelles du tourisme de Tataouine, est mis en œuvre avec le soutien du Fonds Arabe pour les Arts et la Culture (AFAC), de la Direction du Développement et de la Coopération de la Suisse (DDC), du programme Tounes Wijhetouna, financé par l’Union Européenne, ainsi que de l’Institut français de Paris et de la Ville de Paris, selon le site du festival.
E-FEST Camp 2025, propose pendant trois jours une série de concerts avec la participation de plus de 50 artistes, DJ et formations musicales venus de plus de dix pays : Tunisie, France, Egypte, Algérie, Turquie, Etats-Unis, Maroc, Soudan, Ouganda, Mauritanie et Iran avec un vaste programme de rythmes et de répertoires: électro, hip hop, rock expérimental, chants griots sahraoui, électro stambeli etc. Des workshops notamment d’initiation au podcast, à la réalité virtuelle et à la réalisation de performances numériques, des ateliers interactifs et participatifs avec les jeunes portant notamment sur les possibilités esthétiques du son, de la lumière et de la vidéo ainsi que des résidences d’artistes et des rencontres d’expressions citoyennes sur des sujets liés entre autres aux thématiques de l’environnement, de l’éducation, de l’immigration, de l’intelligence artificielle sont au programme. Outre l’installation de tentes, le festival offre aux festivaliers de vivre l’expérience de l’hébergement chez l’habitant notamment dans la village de Chenini.
En investissant cette région, le festival ambitionne, selon les organisateurs, de laisser une empreinte durable : révéler la beauté du site et de ses habitants, créer des connexions inédites et stimuler la créativité. De plus, l’intégralité des recettes de la billetterie sera consacrée à la restauration de Ksar El Ferch, afin qu’il retrouve sa splendeur d’antan.
Ksar El Ferch, est considéré comme le plus grand ksar de la région de Tataouine au sud-est tunisien. Avec une superficie de plus de treize mille mètres carrés, il a historiquement joué le rôle de marché et de lieu d’échange entre les tribus, en plus de sa fonction initiale de grenier. Construit au XXème siècle, il est devenu aujourd’hui une destination touristique et culturelle en accueillant diverses manifestations dont le Festival du Tambour (percussion) de Ghomrassen, organisé chaque mois d’octobre.
Les services de la douane à l’aéroport de Tunis-Carthage ont saisi 68 000 euros non déclarés chez une passagère étrangère, juste avant son départ du territoire tunisien. La somme, équivalente à 231 000 dinars tunisiens, était soigneusement dissimulée à la fois dans son corps et dans ses bagages personnels, notamment à l’intérieur de boîtes de shampooing.
Un procès-verbal de saisie a été rédigé par les autorités douanières. Après consultation du procureur de la République, il a été décidé de transférer le dossier à la Direction des recherches douanières pour des investigations complémentaires. Cette saisie fait suite aux contrôles rigoureux effectués dans le cadre de la lutte contre la fraude et le trafic de devises.
L’administration générale de la sécurité nationale a souligné que ce type de contrôle est essentiel pour garantir le respect des réglementations douanières et prévenir toute tentative de transfert illégal de fonds à l’étranger.
Le président Saïed est opposé à tout plan de cession, totale ou partielle, de Tunisair, et cela se comprend, même si on sait que de nombreuses compagnies aériennes à travers le monde se portent beaucoup mieux après avoir été privatisées. Mais l’Etat tunisien, qui traverse lui-même une grave crise financière, a-t-il les moyens de voler au secours de cette entreprise publique, dans les comptes de laquelle il ne cesse d’injecter de l’argent pour la maintenir artificiellement en vie?
Imed Bahri
Kais Saïed a souligné une nouvelle fois la nécessité de prendre des «mesures urgentes» en vue de mettre fin à la situation qu’endure la compagnie Tunisair et ordonné de mettre sur pied un «plan de sauvetage» afin que celle-ci, avec toutes ses filiales, retrouve au plus vite son éclat et son rayonnement, qui remontent tout de même à très longtemps et dont peu de ses clients se souviennent encore aujourd’hui.
Selon un communiqué de la présidence de la république, qui recevait mardi 25 mars 2025, au Palais de Carthage, le ministre des Transports, Rachid Amri et la chargée de la direction générale de la compagnie aérienne Tunisair, Halima Khaouja, après le départ de son ex-Pdg, Khaled Chelly, poursuivi en justice dans une affaire de corruption, le chef de l’Etat a dénoncé les conditions «inacceptables» à l’intérieur des avions, fustigeant les retards à répétition dans les horaires de desserte des vols.
Des pertes financières énormes
Saïed est revenu aussi sur la situation de la flotte de la compagnie nationale, affirmant que celle-ci comptait par le passé 24 avions avant que ce nombre ne baisse à seulement 10.
Evoquant le dossier de la maintenance technique des avions, le chef de l’Etat a vivement critiqué le temps passé dans la maintenance technique des appareils de Tunisair, affirmant qu’il est estimé à 123 jours en Tunisie alors qu’il ne dépasse pas les 10 jours chez d’autres opérateurs aéronautiques. Une telle situation, a-t-il regretté, coûte à la compagnie des pertes financières énormes estimées à des dizaines de millions de dinars qui auraient dû être exploités dans l’acquisition de nouveaux avions.
Toujours dans le cadre de sa critique de la situation de Tunisair, le chef de l’Etat a déploré les recrutements opérés au sein de cette compagnie qui, a-t-il estimé, sont souvent injustifiés et basés sur le clientélisme et le favoritisme.
Le président Saïed a mis l’accent sur l’impératif de mettre fin au plus vite à cette «hémorragie», réitérant son rejet catégorique de toute tentative visant à céder cette entreprise nationale et l’aéroport Tunis-Carthage ainsi que d’autres biens publics dans les différentes régions du pays, qui ont été sciemment livrés à l’abandon aux fins de les céder ultérieurement moyennant des prix modiques par des lobbies qui les convoitent.
Le chef de l’Etat a, dans ce contexte, souligné que l’aéroport de Tunis-Carthage dispose de plusieurs avantages par rapport à d’autres aéroports, proposant de procéder à son extension afin d’en augmenter la capacité, répondant ainsi à ceux qui proposent de construire un autre aéroport au nord de la capitale, à Utique, entre Tunis et Bizerte, et libérer ainsi le terrain précieux occupé par l’actuel aérodrome situé au cœur de la capitale .
Que le président se penche aujourd’hui sur le dossier de Tunisair, qui traverse une grave crise depuis une quinzaine d’années, est louable en soi, mais suffit-il de reprendre les critiques et les griefs que les médias n’ont cessé d’exprimer au cours des quinze dernières années pour que les problèmes de la compagnie soient résolus ?
Que peut faire le gouvernement ?
Les gouvernements qui se sont succédé depuis 2011 ont tous (ou presque) parlé d’un plan de redressement de Tunisair qui n’a jamais été mis en route, pourquoi ? Qu’est-ce qui empêche la mise en route de ce plan, dont certains détails ont été ébruités par les Pdg successifs ? Va-t-on enfin sortir ce plan des tiroirs de ces chers responsables et le dépoussiérer pour tenter de le mettre en route, ou est-il déjà caduc car dépassé par les événements, la situation de la compagnie ayant continué à se détériorer entretemps ?
Le président de la république est opposé à tout plan de session, totale ou partielle, de Tunisair, et cela se comprend, même si on sait que de nombreuses compagnies aériennes à travers le monde se portent beaucoup mieux après avoir été privatisées. Mais l’Etat, qui traverse lui-même une grave crise financière, a-t-il les moyens de voler au secours de Tunisair, dans les comptes de laquelle il ne cesse d’injecter de l’argent pour la maintenir artificiellement en vie?
C’est à ces questions qu’on aimerait voir la cheffe du gouvernement et le ministre des Transports répondre, car il ne suffit pas de prêter une oreille attentive aux recommandations présidentielles et d’opiner de la tête, comme le font souvent ces chers responsables, pour que les problèmes soient enfin résolus.
Nous attendons des décisions claires, un véritable plan de restructuration et un échéancier pour sa mise en route. Car le temps presse, la compagnie continue de s’enliser et les Tunisiens en ont marre d’attendre un hypothétique redressement auquel ils ne croient plus vraiment.
De petits groupes de criquets pèlerins ont été récemment aperçus dans le sud de la Tunisie, suite aux vents du sud ayant soufflé sur la région, a fait savoirle ministère de l’Agriculture dans un communiqué publié le 14 mars 2025, ajoutant que les opérations de surveillance et de suivi se poursuivent et que «la situation est sous contrôle». Occasion pour parler de ce fléau que notre pays connaît depuis des millénaires comme en témoigne la recherche historique, évoquée ici par l’auteur.
Hédi Fareh *
La sauterelle était toujours considérée comme un fléau «avorteur» et menaçant. Tous les pays tropicaux et subtropicaux en souffraient périodiquement. Les vagues ravageant de sauterelles causèrent des pertes matérielles très importantes. Les sources grecques, latines et arabes nous ont laissé une matière assez riche concernant le grand nombre d’invasions qui étaient, le plus souvent, suivies de famines et d’épidémies décimant les régions envahies par les acridiens.
Les recherches actuelles ont montré que presque tout le continent africain, à l’exception des parties centrales, boisées et humides, était soumis aux invasions de la sauterelle. On en distinguait plusieurs espèces. Les acridiens migrateurs appartiennent à la famille des Orthoptères sauteurs, qui comprend les locustides (ou sauterelles) et les acrides (ou criquets). Parmi les locustides, on ne compte aucune espèce nuisible. Quant à la famille des acrides, elle comprend deux types : les grands migrateurs et les petits migrateurs (Direction générale de l’Agriculture, «Les sauterelles», Revue Tunisienne, 1915, p. 155-190).
Les espèces dont les invasions étaient à redouter dans l’Afrique du Nord incarnaient le criquet pèlerin et le criquet marocain. Ce dernier type concernait surtout le Maroc et la partie occidentale de l’Algérie. La Tunisie, elle, subissait surtout l’invasion du criquet pèlerin, qui concernait la plus grande partie de l’Afrique, de l’Asie et de l’Europe méridionale, l’Italie en l’occurrence.
La vie larvaire et nymphale du criquet connaît six périodes. À partir de la 4e période, qui dure entre 7 et 8 jours, c’est-à-dire du 18e ou 20e jour au 26e ou 27e jours après la naissance, les criquets montrent la plus grande activité et la plus grande voracité et forment les colonnes les plus redoutées dévastant tout sur leur passage. Pendant la 5e période, les criquets seront de plus en plus dangereux et ils forment des fois des colonnes de 4 et 5 Km de front sur 20 à 30 Km de profondeur, dévastant tout sur leur passage. Au cours de la 6e période, entre le 45e et le 50e jour, la mobilité et la voracité du criquet atteignent le maximum de développement : les colonnes parcourent jusqu’à 2 Km par jour et causent des dégâts considérables.
Contrairement aux jeunes, les criquets plus âgés montrent une voracité extraordinaire puisqu’un criquet pourrait manger l’équivalent de son poids, soit deux grammes par jour. Les criquets dévorent l’herbe. Mais les arbustes et les arbres les plus élevés n’en sont pas épargnés : les criquets ravagent les feuilles, l’écorce et les jeunes rameaux. Toutes les plantes cultivées, surtout les plus tendres d’entre elles, constituent une nourriture de prédilection pour le criquet.
Les témoignages historiques et archéologiques
Les contrées de l’Afrique du Nord étaient sous la menace de nuages de sauterelles avant et pendant la période romaine ainsi que pendant les périodes postérieures. L’apparition de la sauterelle est conditionnée par des phénomènes climatiques, surtout la sécheresse. En effet, c’est celle-ci qui orientait les sauterelles vers les contrées qui se trouvaient au nord du Sahara. Les sources anciennes confirmèrent cette constatation (Strabon, Géo., XVII, 3, 10).
Nos références littéraires sur la sauterelle en Afrique sont, en effet, très anciennes. Nous savons, par l’intermédiaire d’Hérodote (Histoire, Livre IV), que les Nasamons étaient non seulement des chasseurs de sauterelles mais qu’ils étaient aussi acridophages. C’étaient des acridiens sans ailes (?) que dévoraient à satiété, d’après Discoride, les indigènes de la région de Lepcis Magna (des Maces ?) mais qui n’étaient pas très loin des Nasamons.
En 125 avant J.-C., d’après les sources, arrivaient des colonnes de sauterelles dont les ravages atteignaient l’extrême nord de l’«Africa Proconsularis». En effet, l’historien tardif d’Orose (385-420 après J.-C.) nous présenta les deux cités d’Utique et de Carthage dévastées par les sauterelles (Orose, Historia contra pagano, V, II, 1-3).
Diodore de Sicile évoqua des méthodes utilisées par les habitants de l’Afrique orientale pour chasser la sauterelle. Pline l’Ancien (Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VIII, 104), en se référant à Varron, nous informa que des Africains durent abandonner leur ville ou territoire après une invasion acridienne. Il parla aussi de la nature de la sauterelle, de sa reproduction, de sa ponte, de ses nuées et de ses ravages ainsi que des méthodes de lutte contre elle (Pline l’Ancien, XI, 101).
Pour l’Antiquité tardive, Synésios de Cyrène (Lettres, XLI-XLII) évoqua une invasion de sauterelle infestant la Cyrénaïque en 411-412 ap. J.-C. La catastrophe cyrénéenne pourrait toucher les provinces africaines eu égard à la proximité géographique des deux contrées.
Pour la période byzantine, le poète africain Corippus (auteur d’un poème, la Johannide, en huit chants et de 4700 vers) mentionna (Joh., II, 196- 203), plus d’une fois, le danger acridien et insista sur les effets des invasions de sauterelles sur l’homme et son milieu.
Il s’agit aussi de la sauterelle dans d’autres sources littéraires que nous n’avons pas pu consulter. L’épigraphie nous informe sur la catastrophe acridienne. Nous avons inventorié au moins cinq textes épigraphiques, trouvés tous en Proconsulaire, qui témoignent de la gravité de cette calamité pendant l’époque romaine. Le premier texte, le plus ancien, qui datait de l’année 48-49 après J.-C., était trouvé à Thugga. Il commémorait la carrière d’un curateur chargé de lutter contre la sauterelle. Rédigé dans la langue d’Homère, le deuxième texte (une célèbre inscription magico-religieuse trouvée dans la région de Bou Arada) avait pour but l’éloignement et la neutralisation (d’un domaine) de tous les avorteurs, y compris des essaims des criquets malfaisants.
Fig. 1 – Détail. Fig.1.
Quant au troisième texte, il concerne une inscription (CIL, VIII, 3657), trouvée à Lambaesis, qui commémore le nom d’un certain Lucustaruis. Il s’agit probablement d’un préposé chargé – pas forcément par l’État – d’organiser la «guerre» contre la sauterelle à l’instar de ce curator lucustae de Thugga.
La sculpture romano-africaine nous fournit quelques monuments figurés où la sauterelle est présente ; elle avait une valeur sans doute prophylactique. En la sculptant sur les monuments, le sculpteur (ou le commanditaire), voulait neutraliser ses méfaits nuisibles. Avec une valeur apotropaïque, le même insecte meuble le giron que forme la robe d’un Priape ithyphallique, d’Aïn Djeloula (l’ancienne Cululis) qui est aujourd’hui exposé au musée archéologique de Sousse (fig. 1).
En Numidie, à Thamugadi, il s’agit de cet insecte sur une stèle dédiée à Saturne : «en représentant une sauterelle sur cette pierre dédiée à Saturne, c’est le fléau acridien dans toute son ampleur que veut neutraliser le dédicant». Il en est de même pour la mosaïque où nous remarquons la présence de plusieurs ravageurs : criquets, grives, reptiles…
La sauterelle avorteuse des moissons
Il est évident que la sauterelle, partout où elle passait, semait l’horreur et la peur, car elle était considérée comme un ennemi fatal et inéluctable pour toute sorte de récoltes.
En effet, la sauterelle dévorait tout ce qui se trouvait sur son passage, avec une prédilection pour les plantes vertes, tendres et délicates. De surcroît, les criquets dévoraient généralement l’herbe et notamment les petites graminées (gazon, céréales…); mais ils grimpaient aussi aux arbustes et aux arbres les plus élevés qu’ils dépouillaient de leurs feuilles, de leurs écorces et de leurs jeunes rameaux. Ils dévoraient à peu près toutes les plantes cultivées, accordant la préférence à celles qui présentaient des organes jeunes et tendres. Nous trouvons l’écho de ces lignes dans l’inscription de Bou Arada commentée plus haut.
Les ravages des sauterelles sont évoqués par plusieurs sources littéraires qui concernent l’Afrique du Nord, que ce soit pendant la période romaine ou les périodes postérieures (A. Saadaoui, 1982, Les calamités et les catastrophes naturelles dans le Maghreb médiéval). Pour la période romaine, les textes des agronomes et des naturalistes étaient assez prolixes. Pline l’Ancien, par exemple, nous informa que «certains Africains avaient dû abandonner le territoire qu’ils occupaient après les ravages des sauterelles». Plus tardif, Orose mit l’accent sur une invasion infestant, fort probablement, toute l’Afrique en 125 av. J.-C., atteignant même les villes côtières, Carthage et Utique, entre autres. La description de Corippus des ravages des criquets nous paraît très expressive montrant à la fois les ravages nocifs de l’insecte, d’un côté et la peur des agriculteurs de perdre leurs récoltes face à cette catastrophe, de l’autre : «le cœur des paysans indécis tremble d’effroi : ils craignent que cet horrible fléau n’anéantisse les moissons, qu’il ne ravage les fruits délicats et les jardins verdoyants, ou ne blesse l’olivier en fleur aux tendres rameaux» (Joh., 196-203).
Les sources arabes parlent, elles aussi, de ravages acridiens infestant l’Ifriqiya. Ces données sont conformes à celles que nous devons aux sources antiques. La sauterelle dévorait les céréales, les vignobles et l’olivier, soit trois produits constituant le substrat de l’économie ancienne. En effet, en cas où les ravages de sauterelles avorteraient la récolte céréalière, la famine ou, du moins, la disette en seraient une conséquence immédiate, non seulement en Afrique, mais aussi à l’Urbs.
Habituellement, les sauterelles commencèrent leur conquête avec l’arrivée du printemps ou peu avant, c’est-à-dire vers une époque où les agriculteurs attendraient la maturité de leurs récoltes (surtout les céréales) ou pendant le bourgeonnement des plantes cultivées, surtout la vigne et l’olivier. L’arrivée des sauterelles augurait donc d’une catastrophe horrifiante.
Fig.2. Fig.3.
L’iconographie nous offre quelques représentations de la sauterelle ravageant les récoltes. Il s’agit, entre autres, de quelques mosaïques à thèmes dionysiaques montrant le dieu, souvent avec son cortège, au milieu d’un paysage dominé par des vignes chargées par leurs grappes lourdes et par des amours vendangeurs (fig. n°2). Nous avons l’impression que les mosaïstes voulaient nous dire que les vignes avaient conservé leurs grappes très lourdes, dont parlèrent plusieurs sources (Strabon, XVII, 3, 5), malgré les menaces des ravageurs (criquets, grives, lapins, etc.).
Dionysos, dieu du vin et de la vigne, était aussi, en Afrique, le dompteur et le vainqueur des ravageurs : il les neutralisa et les rendit incapables d’avorter la récolte viticole. Il nous semble aussi qu’à l’image d’Apollon en Grèce, Dionysos fut le dieu chargé de détourner la sauterelle en Afrique, pendant la domination romaine. En effet, cette hypothèse pourrait justifier cette représentation de la sauterelle avec le dieu Dionysos sur plusieurs tableaux de mosaïques : il s’agit, par exemple, de cette mosaïque ornant jadis les thermes de Bir el Caïd, situés légèrement au sud/sud-est de la Qasba de Sousse, où nous voyons, sur un champ formé d’un semis de branchages, divers personnages et animaux. En bas du champ, nous voyons, selon toujours L. Foucher, un jeune homme blond ailé. L’auteur pense qu’on a affaire à un Shadrapa qui s’est mis à genoux pour mieux attraper une sauterelle (fig. n°3).
Une autre mosaïque, trouvée à Thysdrus et dite Grande mosaïque au Silène, nous présente Silène avec des amours vendangeurs, quelques volatiles et des sauterelles, au moins quatre dont une attaque une grappe de raisin (fig. n°4 a et b). Une autre mosaïque de Thysdrus (conservée au Musée du Bardo) illustre le triomphe de Dionysos dans un décor de vignes. Sur cette mosaïque, nous pouvons aisément voir, de par le dieu, le cortège et les amours, quelques ravageurs (sauterelles, grives, reptiles, lapins).
Fig.4. Fig.5.
Les sauterelles répandaient famines et épidémies
Certes, l’homme saharien trouva dans la sauterelle un repas gratuit et abondant couvrant une période assez longue (après sa préparation, la sauterelle peut être consommée même après six ou sept mois (Hérodote, Histoire, Livre IV)). Mais, les criquets, avant d’être consommés, avaient déjà tout dévoré sur le passage. Devant une telle situation, les Romains n’hésitaient pas à recourir aux livres sibyllins, par crainte de la famine (Pline l’Ancien, XI, 105).
En plus de la famine, les ravages acridiens contribuaient à l’élévation des prix qui pourraient atteindre un stade très élevé. C’était la même chose au Moyen Âge, où les sources évoquèrent les nuages de sauterelles et concomitamment la hausse des prix. Ce fut le cas, par exemple, en : 1136-1137, 1220-1221, 1280-1281, ainsi que dans plusieurs autres cas mais sans pouvoir fournir de précisions chronologiques (Saadaoui, p. 78-79).
En fait, la famine et les disettes constituaient de véritables causes de l’apparition et de l’expansion des épidémies et peut-être même des épizooties susceptibles de transmettre la maladie à l’Homme (la «peste» de 125 av. J.-C. par exemple?).
Somme toute, il est évident que les criquets constituent une catastrophe naturelle inéluctable infestant à la fois l’homme et son milieu. Ils engendrent des catastrophes d’ordres :
– naturel (dégradation de la couverture végétale, aridification et désertification);
– biologique (car la sauterelle ravageait la faune entourant l’homme, surtout le bétail et même les animaux sauvages, puis l’homme lui-même par la diffusion de la famine et des épidémies incurables dues à la contagion ou à la sous-alimentation);
– psychologique, d’où cette appréhension de la famine, expressivement déclarée par Corippus (II, 198), et de la mort à tel point que l’agriculteur préférait parfois garder les semences chez soi que les ensevelir sous terre et les exposer pour une récolte non assurée. Pour cela, l’agriculteur se trouva obligé de chercher ou d’inventer des moyens lui permettant de lutter contre une telle catastrophe.
Comment lutter contre les sauterelles ?
Homère nous enseigna sur la plus ancienne méthode utilisée pour combattre la sauterelle : combattre ces insectes avec des barrières de feu (Homère, Iliade, XXI, 12-14, t. IV, Chants XIX-XXIV). Il s’agit de la même technique décrite par Diodore de Sicile et adoptée par les habitants de l’Afrique orientale (Diodore de Sicile, III, 29, 2-3). En Cyrénaïque, un tel danger poussa les autorités à décréter une loi ordonnant à la population la destruction des œufs de criquets, des sauterelles adultes et bannissant très sévèrement les contrevenants (Pline l’Ancien, XI, 105-106).
Selon Strabon (Géographie, 3, 4, 17), les Romains de Cantabrie devaient payer une prime aux chasseurs de rongeurs. La réaction officielle est visible aussi à travers l’affectation de préposés chargés de diriger des opérations contre ce fléau qui attaquait la région surtout pendant le printemps. Ce fut le cas dans l’ancien territoire de Carthage, à Dougga où un tel danger incita les autorités de la ville à nommer un cur(ator) lucustae (curateur de la sauterelle) sur la pertica de Carthage en 48-49 de l’ère chrétienne.
À peu près 19 siècles plus tard, nous remarquons la même réaction de l’État à cette même catastrophe. En fait, les mêmes causes produisant les mêmes effets, au printemps de 1932, les autorités décidèrent la constitution d’un comité local de lutte à Gabès pour arrêter une invasion acridienne menaçant de détruire l’oasis.
D’autre part, l’onomastique nous autorise à dire qu’il y avait des préposés chargés de la lutte contre la sauterelle, éparpillés et répandus çà et là dans les régions menacées. Par exemple, le surnom de Lucustarius, attesté à Lambèse, pourrait se rapporter à quelqu’un qui aurait lutté contre les sauterelles.
Entre autres solutions adoptées par les Anciens pour lutter contre le fléau acridien convient-il de mentionner la magie ? En effet les propriétaires ou les colons avaient recours à cette pratique pour protéger leurs champs et surtout pour garantir et sauver leurs moissons et les protéger des sauterelles et de toute autre catastrophe. N’était-ce pas le cas à Bou Arada où, pour neutraliser le danger acridien, on a dû demander la protection magico-divine de neuf dieux; c’était aussi le cas de Furnos où les tablettes de bronze mentionnent clairement la sauterelle.
Quoi qu’il en soit, la sauterelle constituait, hier comme aujourd’hui, une catastrophe nécessitant une intervention officielle. Cette catastrophe s’aggrave encore quand elle s’accompagne d’une famine ou d’une épidémie.
* Professeur à laFaculté des lettres et des sciences humaines de Sousse.
Bibliographie :
J. Desanges, 2006, «Témoignages antiques sur le fléau acridien», in J. Jouanna, J. Leclant et M. Zink ed., L’Homme face aux calamités naturelles dans l’Antiquité et au Moyen Age, Paris, p., 224.
H. Fareh, 2017, Catastrophes naturelles, famines et épidémies en Afrique du Nord antique (146 avant J.-C. – 698 après J.-C.). Thèse de doctorat inédite, FLSH de Sousse.
H. Fareh, 2021 «Maux et fléaux en Byzacène (146 av. J.-C. /698 ap. J.-C.)». In : A. Mrabet (éd.), 2021, Byzacium, Byzacène, Muzaq : Occupation du sol, peuplement et modes de vie. Actes du VIe colloque international du Laboratoire de Recherche : «Occupation du sol, peuplement et modes de vie dans le Maghreb antique et médiéval», p. 397-423.
N. Ferchiou et A. Gabillon, 1985, «Une inscription grecque magique de la région de Bou Arada (Tunisie), ou les 4 plaies de l’agriculture antique en Proconsulaire», dans BCTHS, ns. Fasc. 19B, p.109-125.
Légende des figures :
Fig. 1. Priape ithyphallique (Musée de Sousse, cliché H. Fareh).
Fig. 2. La sauterelle de Thysdrus, mosaïque conservée in situ (cliché H. Fareh).
Fig. 3.Un jeune génie ailé essayant d’attraper une sauterelle (Musée de Sousse, cliché H. Fareh).
Fig. 4 a et b. Mosaïque dionysiaque (Eljem) avec la représentation de la sauterelle (cliché H. Fareh).
La sélection tunisienne a remporté son match face au Liberia, ce mercredi 19 mars 2025, dans le cadre du match comptant pour la 5e journée de la phase éliminatoire de la Coupe du monde 2026.
L’unique but de cette rencontre a été marqué dès la 4e minute, par l’attaquant tunisien Hazem Mastouri et malgré quelques tentatives libériennes en fin de match, la Tunisie a conservé son avantage.
Cette victoire permet aux Aigles de Carthage de conforter leur place en tête de leur groupe.
L’ancien gestionnaire du Salon Privilège à l’aéroport Tunis-Carthage s’est vu signifier la fin de son contrat.
A compter du 1er février 2025, la gestion du Salon Privilège de l’aéroport Tunis-Carthage a été attribuée à la société Tunisie Catering (détenue à 45% par Tunisair).
Ce salon sous douane est l’un des deux lounges que compte l’aéroport Tunis-Carthage et est destiné aux passagers de plusieurs compagnies aériennes opérant sur l’aéroport.