❌

Normale Ansicht

Et si chaque ville tunisienne avait son livre de mémoire ?

Von: farhat
04. November 2026 um 10:13

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

Il existe dans nos villes et nos villages une richesse que nous ne savons pas toujours reconnaître. Elle ne se trouve pas uniquement dans les monuments, les musées ou les sites archéologiques. Elle habite aussi les ruelles anciennes, les maisons familiales, les places publiques, les marchés, les ateliers d’artisans et les souvenirs de ceux qui ont vécu avant nous. Chaque localité tunisienne possède une histoire particulière, faite de rencontres, de métiers, de traditions, de transformations et parfois de blessures. Pourtant, une grande partie de cette mémoire demeure dispersée, fragile, souvent confiée à quelques personnes âgées dont la disparition risque d’emporter des connaissances irremplaçables.

Nous connaissons l’histoire de la Tunisie à travers ses grandes périodes, ses dynasties, ses événements politiques et ses personnages célèbres. Mais que savons-nous réellement de l’histoire quotidienne de nos villes et de nos villages ? Qui a raconté la vie des habitants de Testour, les transformations de Nabeul, les traditions de Matmata ou l’évolution de ces petites localités de l’intérieur dont les noms apparaissent rarement dans les ouvrages destinés au grand public ?

Je crois qu’il est temps d’engager une réflexion nationale sur cette question. Pourquoi ne pas entreprendre, avec l’appui du ministère des Affaires culturelles, la rédaction d’une collection d’ouvrages consacrés à la mémoire des villes et villages tunisiens ? Non pas des livres de prestige destinés à quelques bibliothèques, mais des ouvrages collectifs, accessibles, documentés et vivants, dans lesquels les habitants pourraient reconnaître une partie de leur propre histoire.

L’ambition serait simple : permettre à chaque territoire de raconter son passé avant que certaines traces ne s’effacent définitivement.

 

Une mémoire qui disparaît silencieusement

La mémoire d’une ville ne se limite pas à sa date de fondation ni à la succession des pouvoirs qui l’ont administrée. Elle se construit dans la vie quotidienne. Elle se retrouve dans les anciens métiers, les fêtes locales, les habitudes alimentaires, les expressions populaires, les formes d’habitat et les relations entre les habitants.

Dans certaines familles, on conserve encore des photographies anciennes, des correspondances, des actes, des objets ou des récits transmis oralement. Ces documents n’ont parfois aucune valeur marchande, mais ils possèdent une valeur historique considérable. Ils permettent de comprendre comment vivaient les générations précédentes, comment les quartiers se sont développés et comment les transformations économiques ont modifié les habitudes.

Le problème est que ces traces disparaissent progressivement. Les maisons changent de propriétaires, les archives familiales sont dispersées, les photographies se détériorent et les témoins vieillissent. Une histoire racontée aujourd’hui autour d’une table familiale peut ne plus être connue demain.

Nous perdons ainsi, sans véritablement nous en apercevoir, des fragments entiers de notre histoire collective.

Cette disparition ne concerne pas uniquement les régions éloignées. Elle touche également les grandes villes, dont les transformations rapides effacent parfois les repères anciens. Un quartier peut conserver son nom alors que les activités, les bâtiments et les relations sociales qui lui donnaient son identité ont profondément changé.

N’y a-t-il pas là une urgence culturelle ? Nous consacrons, à juste titre, des efforts à la conservation des monuments. Mais la mémoire des habitants mérite elle aussi d’être recueillie et transmise.

 

De Testour à Matmata, raconter la Tunisie dans sa diversité

La Tunisie possède une diversité culturelle remarquable sur un territoire relativement limité. Chaque région a développé, au fil du temps, des formes particulières d’architecture, d’artisanat, de musique, de cuisine et d’organisation sociale.

Testour, par exemple, évoque immédiatement un héritage andalou encore perceptible dans certains éléments de son patrimoine architectural et culturel. Mais au-delà de cet héritage connu, combien de récits restent à recueillir sur les familles, les métiers, les pratiques agricoles et les transformations de la ville ?

Nabeul offre un autre terrain de mémoire. Son artisanat, notamment la poterie, fait partie de son identité. Pourtant, l’histoire d’un métier ne se résume pas à celle des objets exposés dans les boutiques. Elle comprend aussi les gestes des artisans, les techniques transmises, l’évolution des ateliers et les difficultés rencontrées par les nouvelles générations.

À Matmata, l’habitat troglodytique constitue un patrimoine architectural singulier. Mais il serait réducteur de limiter la mémoire de cette région à ses habitations. Il faudrait également raconter la vie de ceux qui les ont occupées, leurs rapports à l’environnement, leurs traditions et les changements qui ont accompagné l’évolution des modes de vie.

Et que dire des villages du Nord-Ouest, des oasis du Sud, des localités du Centre ou des petites agglomérations agricoles qui ont rarement fait l’objet de publications accessibles ?

Ces territoires possèdent des histoires qui méritent d’être écrites. Il ne s’agirait pas de rechercher partout un passé exceptionnel. La vie ordinaire mérite elle aussi d’être racontée. Un ancien moulin, une école, un marché hebdomadaire ou un atelier disparu peuvent nous apprendre beaucoup sur l’organisation d’une société.

Chaque ouvrage pourrait ainsi présenter une localité dans ses différentes dimensions : son histoire, sa géographie, son architecture, ses activités économiques, ses traditions, ses personnalités, ses transformations et les souvenirs de ses habitants.

L’objectif ne serait pas de fabriquer une image idéalisée du passé, mais de restituer une mémoire aussi fidèle que possible, avec ses réussites, ses difficultés et ses contradictions.

 

Des ouvrages collectifs pour faire dialoguer les générations

Un tel projet ne devrait pas être confié à un auteur isolé. La mémoire d’une ville appartient à plusieurs générations et à différentes catégories de citoyens. Sa reconstruction demande donc une démarche collective.

Les universitaires pourraient apporter leurs méthodes de recherche et leur connaissance des sources historiques. Les historiens locaux contribueraient à identifier les événements et les documents. Les enseignants pourraient mobiliser leurs élèves autour de recherches sur leur environnement. Les associations culturelles faciliteraient les rencontres avec les habitants.

Les photographes, les architectes, les artistes et les artisans auraient également leur place. Une ville ne se raconte pas uniquement avec des dates et des textes. Les images, les plans, les objets et les témoignages permettent de restituer une atmosphère que les documents administratifs ne peuvent pas toujours transmettre.

Il faudrait surtout donner la parole aux habitants.

Un ancien artisan peut expliquer un métier disparu. Une personne âgée peut raconter les transformations de son quartier. Un agriculteur peut décrire l’évolution des pratiques agricoles. Une famille peut conserver des photographies montrant un paysage aujourd’hui méconnaissable.

Ces témoignages devraient naturellement être recueillis avec rigueur, confrontés lorsque cela est possible aux documents disponibles et replacés dans leur contexte. La mémoire orale est précieuse, mais elle n’est pas toujours exacte. C’est précisément le rôle du travail collectif de distinguer les souvenirs, les traditions et les faits historiquement établis.

On pourrait imaginer que chaque ouvrage soit coordonné par un comité local réunissant chercheurs, représentants culturels et citoyens intéressés. Les contributions seraient organisées autour d’un projet éditorial commun, afin d’éviter une simple juxtaposition de textes sans cohérence.

Cette démarche aurait également une valeur pédagogique. Un élève qui participe à la collecte de photographies anciennes ou qui interroge ses grands-parents découvre autrement son environnement. Il comprend que l’histoire n’est pas uniquement celle des personnages étudiés dans les manuels. Elle existe aussi dans sa rue, dans son école et dans sa propre famille.

 

Faire de la mémoire locale un véritable projet culturel national

Une initiative de cette nature nécessiterait une organisation durable. Le ministère des Affaires culturelles pourrait en assurer l’impulsion et la coordination, en collaboration avec les municipalités, les universités, les bibliothèques publiques et les associations locales.

Il ne serait pas nécessaire de commencer simultanément dans toutes les régions. Quelques villes et villages pourraient être retenus pour expérimenter une méthode commune de collecte, de rédaction et de publication. Testour, Nabeul et Matmata constitueraient, parmi d’autres, des exemples intéressants par la diversité de leurs patrimoines.

L’expérience permettrait de définir une présentation éditoriale reconnaissable, tout en laissant à chaque territoire la liberté de raconter sa singularité. Les ouvrages pourraient comprendre des textes accessibles, des photographies anciennes et récentes, des cartes, des témoignages et des documents d’archives.

Une édition numérique pourrait accompagner les livres imprimés. Elle faciliterait leur consultation, notamment par les Tunisiens vivant à l’étranger, qui conservent souvent un attachement profond à leur ville ou à leur village d’origine.

Il faudrait toutefois veiller à ce que ces publications ne deviennent pas de simples albums commémoratifs. Leur intérêt dépendrait de la qualité des recherches, de la diversité des contributions et de leur capacité à raconter aussi les transformations sociales, économiques et humaines.

La question du financement mérite également réflexion. Un partenariat entre institutions publiques, collectivités locales et acteurs économiques pourrait être envisagé, à condition de préserver l’indépendance scientifique et éditoriale des auteurs. La mémoire d’une ville ne doit pas devenir un instrument de promotion personnelle ou commerciale.

Il serait souhaitable que ces ouvrages restent financièrement accessibles et qu’ils soient présents dans les bibliothèques, les établissements scolaires et les maisons de culture. Leur publication ne devrait pas constituer l’aboutissement du projet, mais le commencement d’une transmission.

À travers cette collection, nous pourrions progressivement constituer une bibliothèque de la mémoire tunisienne, composée de récits locaux qui, réunis, offriraient une vision plus riche de notre histoire nationale.

Car l’histoire d’un pays ne s’écrit pas uniquement dans sa capitale. Elle se construit aussi dans ses villages, ses campagnes, ses montagnes, ses oasis et ses quartiers populaires. Chaque territoire possède une part de cette histoire commune.

Il y a également, derrière cette proposition, une question de reconnaissance. Lorsqu’une localité voit son histoire étudiée, racontée et publiée, ses habitants peuvent éprouver le sentiment légitime que leur contribution à la vie nationale mérite d’être connue. Cette reconnaissance est particulièrement importante pour les régions dont le patrimoine reste peu visible.

Nous parlons souvent de développement régional en termes d’infrastructures, d’investissements et d’emplois. Ces dimensions sont indispensables. Mais le développement possède aussi une dimension culturelle. Un territoire a besoin de perspectives économiques, il a également besoin de connaître et de transmettre son histoire.

Je pense notamment aux générations futures. Que sauront-elles de la vie de leurs grands-parents, des métiers disparus, des fêtes anciennes ou des transformations de leurs villages ? Quelques photographies conservées sur un téléphone ne remplaceront jamais un travail organisé de mémoire.

Nous avons encore la possibilité de recueillir des témoignages, de retrouver des documents et de faire dialoguer les générations. Mais cette possibilité ne durera pas indéfiniment.

Peut-être faudrait-il commencer modestement, avec quelques ouvrages soigneusement réalisés, plutôt que d’attendre un programme national parfait qui risquerait de ne jamais voir le jour.

Un livre consacré à Testour, un autre à Nabeul, un troisième à Matmata, puis à d’autres villes et villages, connus ou oubliés. Progressivement, ces publications pourraient former une œuvre collective dont la valeur dépasserait largement celle de chaque volume.

Car une ville qui perd sa mémoire ne perd pas seulement son passé. Elle risque aussi de perdre une partie de ce qui lui permet de comprendre son présent et d’imaginer son avenir.

Et si nous commencions enfin à écrire l’histoire de nos villes et de nos villages avant que ceux qui peuvent encore nous la raconter ne disparaissent ?

 

L’article Et si chaque ville tunisienne avait son livre de mémoire ? est apparu en premier sur Le Temps News.

Patrimoine : Les monuments antiques de Gightis

03. November 2026 um 10:28

Non loin de l’île de Djerba, le site antique de Gightis se trouve sur le rivage et semble bercé par le murmure des flots.

Au cœur des vestiges, le capitole érigé sur un podium domine une esplanade entourée de temples et précédée par des thermes. Le site est silencieux, comme plongé dans un temps suspendu.

Peu fréquenté, Gightis est un site archéologique qui mérite qu’on s’y arrête et qui témoigne des lieux archéologiques disséminés entre Boughrara, Zarzis et Djerba.

Lire aussi :

L’article Patrimoine : Les monuments antiques de Gightis est apparu en premier sur webdo.

Tunisie | Entrée gratuite aux sites et musées ce 1er novembre

31. Oktober 2026 um 19:48

L’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle (AMVPPC) annonce que l’accès aux sites, monuments et musées ouverts qui lui sont liés, sera gratuit ce dimanche le 1er novembre 2026.

L’AMVPPC rappelle que la gratuité d’accès est accordée aux citoyens tunisiens ainsi qu’aux résidents étrangers, sur présentation de la carte d’identité nationale ou de la carte de séjour, lors des journées suivantes :

  • Le premier dimanche de chaque mois,
  • Le 18 avril : Journée internationale des sites et monuments,
  • Le 18 mai : Journée internationale des musées
  • Les jours fériés.

L’Agence a par ailleurs publié la liste des musées, des sites archéologiques et des monuments historiques ouverts, tout en appelant à profiter de cette occasion pour découvrir la richesse patrimoniale de la Tunisie et visiter les musées, sites et monuments.

L’article Tunisie | Entrée gratuite aux sites et musées ce 1er novembre est apparu en premier sur Kapitalis.

​Tunisie-Chine | Projet de sauvegarde des ports puniques de Carthage

22. Oktober 2026 um 23:17

​Dans le cadre d’un accord de coopération entre l’Institut national du patrimoine (INP) et le Centre national d’archéologie chinois (NACA), un projet d’aménagement et de valorisation des ports puniques de Carthage a été lancé en présence du Directeur général de l’INP.

Menée depuis le 15 octobre 2026 pour se poursuivre jusqu’au 8 janvier 2027, cette mission réunit des chercheurs, des conservateurs du patrimoine et des étudiants des deux pays.

Les équipes réaliseront des fouilles archéologiques, des relevés topographiques s’appuyant sur des technologies modernes, ainsi que l’inventaire des vestiges découverts afin d’assurer la préservation et la mise en valeur durable de ce site historique majeur.

Y. N.

L’article ​Tunisie-Chine | Projet de sauvegarde des ports puniques de Carthage est apparu en premier sur Kapitalis.

❌