Normale Ansicht

Affaire appareil secret d’Ennahdha: perpétuité pour Rached Ghannouchi 

02. Juni 2026 um 19:06

La Chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme près le Tribunal de première instance de Tunis a rendu, mardi, son verdict dans l’affaire dite de l’« appareil secret » du mouvement Ennahdha. Trente-cinq accusés ont été reconnus coupables de plusieurs infractions à caractère terroriste et condamnés à des peines allant de dix ans d’emprisonnement à la réclusion criminelle à perpétuité.

Parmi les principaux condamnés figure le président du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, qui a écopé d’une peine de réclusion à perpétuité assortie de 30 années de prison supplémentaires. Son ancien vice-président et ex-chef du gouvernement, Ali Laarayedh, a été condamné à 42 ans de réclusion.

Une source judiciaire citée par l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP) assure que les accusés ont été déclarés coupables notamment de constitution d’une organisation terroriste, d’adhésion volontaire à une entente liée à des activités terroristes, ainsi que de mise à disposition de compétences et d’expertises au profit d’une organisation terroriste.

La peine la plus lourde a été prononcée contre Mustapha Khedher, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de 96 années de prison supplémentaires. Ridha Barouni, Taher Boubahri, Kamel Ayefi et sept autres accusés ont également été condamnés à la perpétuité, assortie de 76 années d’emprisonnement.

D’autres condamnations ont été prononcées, notamment la perpétuité assortie de 50 ans de prison pour Fathi Beldi, de 37 ans pour Abdelaziz Daghsni, de 32 ans pour Kamel Bedoui, ainsi que de 30 ans pour Samir Hannachi. Kaïs Bakkar a été condamné à 48 ans de prison, Belhassen Naqach à 46 ans et Ali Ferchichi à 34 ans. Trois accusés ont écopé de 18 ans d’emprisonnement, quatre autres de 12 ans et deux prévenus de 10 ans.

Le tribunal a également ordonné le placement de l’ensemble des condamnés sous surveillance administrative pendant cinq ans après l’exécution de leur peine.

Cette affaire, qualifiée de terroriste par la justice tunisienne, concerne 35 accusés, parmi lesquels plusieurs anciens responsables du mouvement Ennahdha ainsi que d’anciens cadres sécuritaires. Mustapha Khedher, déjà cité dans le dossier de la « chambre noire », figure également parmi les personnes poursuivies.

Le dossier a été relancé au début de l’année 2022 à la suite d’une plainte déposée par le ministère public et par le collectif de défense de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, assassinés respectivement en février et en juillet 2013.

Le comité de défense des deux dirigeants politiques avait accusé le supposé « appareil secret » d’Ennahdha d’être impliqué dans ces assassinats, ainsi que dans des activités d’espionnage et d’infiltration des institutions de l’État. Il avait également mis en cause plusieurs dirigeants du mouvement, notamment Rached Ghannouchi, les accusant d’avoir dirigé et supervisé cette structure. Le mouvement Ennahdha a toujours rejeté ces accusations, les qualifiant de politiques et dénuées de fondement.

Initialement instruit par le parquet du Tribunal de première instance de l’Ariana, le dossier a été transféré en septembre 2023 au pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme, qui a poursuivi les investigations jusqu’au jugement rendu mardi.

L’article Affaire appareil secret d’Ennahdha: perpétuité pour Rached Ghannouchi  est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Première mondiale : Aziza Seddik, une Tunisienne entre dans l’histoire de l’aviation civile

02. Juni 2026 um 11:24

La Tunisienne Aziza Seddik, directrice du Centre régional de formation en sûreté de l’aviation relevant de l’Organisation de l’aviation civile internationale à Tunis, vient de franchir une étape majeure dans sa carrière en obtenant une certification internationale prestigieuse dans le domaine de l’aviation civile.

Cette reconnaissance a été délivrée dans le cadre d’un programme avancé de formation supervisé par l’organisation onusienne. Elle atteste de la maîtrise de standards internationaux élevés en matière de formation et de sûreté aérienne.

Selon un communiqué du centre régional de formation en sûreté de l’aviation de l’ICAO à Tunis, Aziza Seddik devient, grâce à cette certification, la première femme au monde à obtenir cette accréditation internationale en tant que formatrice certifiée dans le domaine de l’aviation civile.

Lire aussi: Un Tunisien à la tête de l’aviation civile française

Au-delà de la distinction individuelle, cet accomplissement représente un signal fort pour le positionnement de la Tunisie dans les métiers stratégiques de l’aviation. Il contribue à renforcer la visibilité et l’influence du centre de Tunis, appelé à jouer un rôle de référence dans la formation et le renforcement des capacités au niveau régional.

Cette reconnaissance internationale s’inscrit également dans la dynamique portée par l’ICAO visant à élever les standards de compétences dans le secteur aérien, à travers des programmes de formation alignés sur les meilleures pratiques mondiales. L’objectif est de garantir un niveau optimal de sécurité, de sûreté et d’efficacité opérationnelle dans un secteur considéré comme hautement stratégique à l’échelle mondiale.

L’article Première mondiale : Aziza Seddik, une Tunisienne entre dans l’histoire de l’aviation civile est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Vers l’intégration des armées américaine et israélienne

02. Juni 2026 um 09:00

Première étape pour faire passer l’aide encore plus dans l’ombre : le projet de loi NDAA 2027 du Congrès américain fusionnerait presque les forces armées des Etats-Unis et d’Israël. Avec la coproduction d’armes et l’intégration des réseaux militaires des deux pays, les données de l’armée états-unienne pourraient bientôt devenir celles de l’armée israélienne.

Ben Freeman *

À un moment où l’opinion Etats-unisiene manifeste des niveaux sans précédent de méfiance envers le gouvernement israélien, le Congrès vient de proposer de lier les Etats-Unis à l’armée israélienne plus que jamais.

Cachée dans la version de la Chambre de la Loi d’autorisation de la défense nationale (NDAA) pour 2027, publiée la semaine dernière, se trouve la section 224, intitulée «Initiative de coopération technologique de défense États-Unis-Israël». Cette disposition ferait sans doute plus pour imbriquer l’armée Etats-unienne avec l’armée israélienne que les plus de 200 milliards de dollars (ajustés à l’inflation) d’aide militaire qu’Israël a reçus des Etats-Unis depuis sa fondation en 1948.

Vers une intégration militaro-industrielle

La section 224 pose les bases de la recherche et du développement bilatéraux, de la coproduction d’armes, d’entreprises communes, d’accords de licence et de toutes les formes de coopération du complexe militaro-industriel américano-israélien.

Les Etats-Unis et Israël travaillent déjà ensemble sur la défense antimissile, mais cette disposition étendrait considérablement la coordination à pratiquement tous les domaines des technologies de défense, y compris l’IA, le quantique, les systèmes autonomes, l’énergie dirigée, le cyber, la biotechnologie, et bien d’autres. Elle propose également «l’intégration des réseaux» et la «fusion des données». En d’autres termes, les données de l’armée états-unienne pourraient bientôt devenir celles de l’armée israélienne.

Si elle était pleinement adoptée, cette proposition offrirait un niveau d’intégration militaro-industrielle plus élevé que celui que les Etats-Unis ont avec tout autre pays au monde. Ils ont bien sûr travaillé en étroite collaboration avec leurs partenaires de l’Otan sur la coproduction et les chaînes d’approvisionnement partagées, notamment par le biais du Plan d’action pour la production de défense. Et, en tant que premier vendeur d’armes au monde, les Etats-Unis fournissent des armes à des armées du monde entier. Mais il s’agit surtout d’une voie à sens unique, les Etats-Unis ne fournissant des armes à des acheteurs étrangers qui ne fabriquent qu’occasionnellement eux-mêmes des pièces pour ces armes, comme dans le cas de la chaîne d’approvisionnement mondiale du F-35.

Une influence israélienne extraordinaire sur les Etats-Unis

La section 224 serait d’une tout autre nature. Elle fusionnerait les secteurs de la défense états-unien et israélien dans de multiples domaines essentiels pour les champs de bataille du futur, comme les systèmes autonomes et le cyber. Elle apporterait également une influence israélienne extraordinaire sur les Etats-Unis, au-delà de celle qu’Israël exerce déjà via le lobby israélien et son réseau solide d’influenceurs sur les réseaux sociaux. Elle donnerait au gouvernement israélien l’opportunité d’étendre considérablement l’un des leviers d’influence les plus puissants de la politique états-unienne : les emplois aux Etats-Unis.

En développant ou en créant de nouvelles installations de coproduction comme celles qu’il possède déjà dans le Mississippi et l’Arkansas, le gouvernement israélien pourrait se targuer de fournir des emplois sur le sol états-unien, se garantissant ainsi des alliés parmi les membres du Congrès qui représentent les districts où se trouvent ces emplois.

Le résultat pourrait bien être un système politique états-unien encore plus sensible aux caprices d’un gouvernement israélien qui semble n’avoir aucun scrupule à entraîner les Etats-Unis dans des conflits militaires au Moyen-Orient.

Une relation de défense plus forte et moins transparente

Ce niveau sans précédent d’intégration militaire américano-israélien contraste fortement avec le modèle traditionnel d’aide à la coopération en matière de défense, dans lequel Israël se distinguait déjà comme le premier bénéficiaire de l’aide militaire américaine. Comme l’a exposé récemment une note de l’Institut Quincy, ce passage d’un modèle d’aide à un modèle d’intégration militaire a des implications troublantes, à savoir que ce passage supprimera les mécanismes de contrôle politique et diplomatique qui rendent la relation publiquement redevable de comptes, la faisant passer d’un vote annuel visible sur l’aide à une machinerie opaque d’acquisition de défense, où la surveillance est limitée et la responsabilité politique minimale. Le résultat serait une relation de défense à la fois plus profonde et moins transparente.

Tout cela survient à un moment où l’armée israélienne a utilisé à plusieurs reprises des armes états-uniennes lors de frappes qui ont violé le droit humanitaire international à Gaza, et alors qu’Israël a violé à plusieurs reprises les cessez-le-feu (tout comme les Etats-Unis eux-mêmes) dans la guerre inutile de l’administration Trump contre l’Iran.

Le fossé énorme entre ce que la plupart des états-uniens veulent et ce que le président fait concernant Israël, et ce que le Congrès propose ici, ne doit pas être ignoré.

Fossé grandissant entre actions d’Israël et intérêts américains

Seulement 30 % des personnes interrogées dans un sondage du New York Times/Siena de mi-mai estiment que Trump a pris «la bonne décision» en entrant en guerre contre l’Iran, 64 % déclarant que c’était une erreur. Un sondage de l’Institut des affaires mondiales publié plus tôt cette semaine a exploré plus en profondeur la psyché états-unienne concernant l’armement d’Israël, constatant que «seulement 16 % déclarent que les Etats-Unis devraient continuer à fournir des armes à Israël sans nouvelles restrictions. Trente-huit pour cent veulent cesser complètement de fournir des armes, et 24 % supplémentaires veulent conditionner les armes à leur utilisation».

Pourtant, la direction principale des deux partis reste largement pro-israélienne et continue de façonner le texte législatif de base avant que les amendements et le débat parlementaire plus large ne l’ouvrent à l’ensemble du corps législatif, comme c’est le cas avec cette disposition de la NDAA.

Bien que lentement, les courants au sein des deux partis changent, de plus en plus de membres prenant la parole contre le fossé grandissant entre les actions d’Israël et les intérêts des Etats-Unis. Par exemple, le sénateur Chris Van Hollen (Démocrate du Maryland) a écrit dans le New York Times que «le Parti démocrate a apporté un soutien réflexif et inconditionnel aux gouvernements israéliens, même lorsque leurs actions ont de plus en plus sapé les intérêts et les valeurs américaines.»

Du côté républicain, le représentant Thomas Massie (Républicain du Kentucky) et l’ancienne représentante Marjorie Taylor Greene (Républicaine de Géorgie) ont ouvertement dénoncé l’influence corrosive du lobby israélien — une position qui leur a peut-être, au moins partiellement, coûté leurs sièges au Congrès à tous les deux.

Que peuvent faire les autres membres du Congrès préoccupés par les actions déstabilisatrices d’Israël ? Arrêter la fusion militaro-industrielle américano-israélienne dans son élan.

Les législateurs devraient rejeter la section 224 de la NDAA pour éviter une intégration profonde avec l’armée israélienne à un moment où un nombre croissant d’Etats-uniens s’opposent aux actions d’Israël dans la région.

Traduit de l’anglais.

Source : Responsible Statecraft

Traduit par Tlaxcala

* Directeur du programme «Démocratisation de la politique étrangère» au Quincy Institute et auteur, avec William Hartung, de ‘‘The Trillion Dollar War Machine’’ (2025).

L’article Vers l’intégration des armées américaine et israélienne est apparu en premier sur Kapitalis.

L’Europe, la Tunisie et le paradoxe de la réadmission des migrants

02. Juni 2026 um 08:05

La Tunisie subit les conséquences d’une route migratoire subsaharienne globale orientée vers l’Europe, alors qu’elle n’est ni le point de départ initial de ces populations ni leur destination finale recherchée. Elle est totalement étrangère aux facteurs de départ et ne doit sa centralité qu’à son attractivité de pont avec l’UE. Cela, Bruxelles le sait bien, mais dans sa stratégie d’externalisation de ses frontières, elle feint de l’ignorer. (Photo: La grande concentration de migrants subsahariens dans plusieurs régions de la Tunisie, y compris dans la capitale et ses environs, pose de gros problèmes sociaux, sanitaires et sécuritaires que les autorités ont du mal à gérer. La colère gronde parmi la population).

Ali Labib *

Pour obtenir la coopération des États tiers, l’Union européenne (UE) déploie une stratégie d’externalisation de la gestion de ses frontières fondée sur le principe de conditionnalité (mécanisme des «incitations et contraintes»). Ce dispositif articule des leviers positifs tels que l’aide au développement et la facilitation des visas professionnels ou étudiants et à des mesures coercitives. Ainsi, l’article 25 bis du Code des visas permet à l’UE de restreindre l’octroi de visas aux ressortissants des États jugés non coopératifs en matière de réadmission de leurs migrants en situation irrégulière.

Sous la pression constante du binôme franco-italien, la Tunisie fait face à une double exigence de Bruxelles : 1- assurer un verrouillage hermétique de ses côtes pour stopper les flux vers Lampedusa ; 2- signer des accords de réadmission.

Si la Tunisie se conforme au droit international en réadmettant ses propres nationaux, elle refuse par contre à réadmettre les ressortissants de pays tiers (subsahariens ou apatrides) sous le seul motif de leur transit par le territoire tunisien.

Le paradoxe doctrinal de l’approche européenne

Cette politique révèle une contradiction majeure entre le droit interne de l’UE et les mécanismes qu’elle tente d’exporter. Au sein de l’espace européen, le Règlement de Dublin consacre le principe du premier pays d’entrée, imputant la responsabilité de la demande d’asile à l’État membre par lequel le migrant a pénétré clandestinement, générant une saturation structurelle en Italie, en Grèce ou en Espagne.

Pourtant, en qualifiant la Tunisie de «pays tiers sûr», l’UE applique une logique inverse : elle externalise une responsabilité fondée sur le transit géographique qu’elle s’avère elle-même incapable de gérer en interne, postulant que les demandeurs d’asile auraient dû formaliser leur démarche en Tunisie… qui, faut-il le rappeler, n’est pas membre de l’UE.

La déconnexion avec les réalités géopolitiques africaines

La grille de lecture européenne occulte les réalités physiques et géographiques de l’Afrique. Située à l’extrême nord du continent, la Tunisie ne partage aucune frontière directe avec l’Afrique subsaharienne. Mais en raison de sa proximité avec l’Europe (140 km des côtes italiennes), le pays subit une position de réceptacle terminal de réseaux migratoires transfrontaliers complexes. Les flux qui atteignent le littoral tunisien proviennent de routes sahariennes traversant l’Algérie et la Libye, elles-mêmes alimentées en amont par des hubs sahéliens majeurs, à l’instar d’Agadez au Niger.

Concrètement, la Tunisie sert, malgré elle, de pont naturel et subit l’accumulation de populations dont elle n’est ni le pays d’origine ni la destination finale.

Refusant d’assumer le rôle de «garde-frontière» de l’Europe ou d’héberger des centres de rétention pour non-nationaux, Tunis rappelle qu’elle ne peut pallier les politiques restrictives de l’UE ni gérer seule des crises globales.

Si la philosophie du système de Dublin était transposée à l’échelle internationale, la charge de l’asile incomberait aux premiers pays de sécurité limitrophes des zones de conflit, et non à un État de transit situé à des milliers de kilomètres.

La nécessité d’une approche multilatérale et globale

Conditionner le soutien financier à la Tunisie à des impératifs purement sécuritaires constitue une réponse court-termiste, comparable à une tentative d’endiguer un flux en ignorant sa source. Pour obtenir une baisse structurelle des dynamiques migratoires, l’UE doit privilégier une approche régionale et multilatérale impliquant les pays d’origine et de transit (Niger, Mali, Tchad, Mauritanie, Algérie, Libye). L’action doit se faire en amont à travers la stabilisation politico-économique de la bande sahélienne ; le contrôle concerté des frontières sahariennes ; et le démantèlement des réseaux de passeurs dès les points de départ.

Les asymétries et les limites de la gestion sécuritaire

L’illusion du tout-sécuritaire maritime : l’exemple de la Manche démontre les limites des investissements technologiques. Malgré les financements versés par le Royaume-Uni de plusieurs centaines de millions d’euros pour équiper le littoral français (drones, radars, patrouilles), les traversées clandestines en small boats de populations originaires du Moyen-Orient, d’Asie du Sud et d’Afrique de l’Est se poursuivent quotidiennement.

L’asymétrie des échelles géographiques : alors que l’effort de la France se concentre sur une frontière maritime ultra-localisée de quelques dizaines de kilomètres, l’exigence que l’UE veut imposer à la Tunisie concernerait un territoire disproportionné, combinant la surveillance de milliers de kilomètres de frontières terrestres désertiques en amont et un vaste littoral en aval.

L’asymétrie de la charge : la Tunisie subit les conséquences d’une route migratoire subsaharienne globale orientée vers l’Europe, alors qu’elle n’est ni le point de départ initial de ces populations ni leur destination finale recherchée. Elle est totalement étrangère aux facteurs de départ et ne doit sa centralité qu’à son attractivité de pont avec l’UE.

La limite intrinsèque du contrôle frontalier : à l’instar de la France, de l’Italie, de la Grèce et des États-Unis, aucun État ayant des frontières terrestres ne peut parvenir à un contrôle absolu de son territoire face à l’immigration clandestine.

* Chercheur en migrations

L’article L’Europe, la Tunisie et le paradoxe de la réadmission des migrants est apparu en premier sur Kapitalis.

Irak | Moqtada Sadr rend les armes !

02. Juni 2026 um 07:40

Le puissant leader politique et religieux chiite irakien Moqtada Sadr a annoncé que ses milices précédemment dénommées Jaych al-Mahdi puis rebaptisées les Brigades de la Paix allaient intégrer les Forces armées irakiennes. Sadr connu pour sa ligne souverainiste en ayant combattu l’occupation américaine puis en s’opposant fermement à la domination iranienne entend par cette décision renforcer l’État irakien jusque-là affaibli par les milices qui sont nombreuses et souvent bien équipées en armement. La décision a aussi pour but de protéger l’Irak contre les représailles militaires et financières américaines car les Américains utilisent le prétexte de la puissance des milices pour motiver leurs sanctions. 

Imed Bahri

Le quotidien londonien arabophone Al Quds al-Arabi a indiqué que Sadr, chef du Mouvement sadriste (mouvement nationaliste chiite), n’a donné que sept jours à ses partisans des Brigades de la Paix (Saraya al-Salam), ces milices armées, pour rompre leurs liens avec le mouvement et intégrer les forces armées fédérales irakiennes.

Cette décision constitue une véritable épreuve pour Sadr, témoignant de sa détermination et de celle de ses dizaines de milliers de partisans armés à déposer les armes qu’ils portent depuis plus de vingt ans.

Un soutien populaire constant

Outre le contrôle de trois brigades officiellement affiliées aux Forces de mobilisation populaire (FMP, Al Hachd al-Chaabi), qui prêtent allégeance au mouvement, Sadr exerce une emprise idéologique sur des dizaines de milliers d’autres personnes disséminées à travers le pays, notamment dans le sud et le centre mais aussi à l’est de Bagdad surtout dans le quartier populaire de Sadr City. 

C’est suite à l’invasion américaine de 2003 que le Mouvement sadriste et sa branche armée, l’Armée du Mahdi (Jaych al-Mahdi) devenue par la suite les Brigades de la Paix, ont émergé. Les partisans du défunt ayatollah Mohammed Sadiq al-Sadr, puis de son fils Moqtada al-Sadr, ont adopté une voie de résistance contre les forces américaines occupant le pays, entrant par la suite dans une nouvelle phase marquée par des violences sectaires.

Pour contenir les tensions de l’époque, le Premier ministre irakien, Nouri Maliki, a lancé une campagne de sécurité ciblant et traquant les militants sadristes dans le centre et le sud du pays (2006-2008), ce qui a finalement abouti à leur mort et à leur arrestation.

Depuis, aucun incident majeur impliquant les militants sadristes n’a été recensé, bien que leur soutien populaire demeure constant, se manifestant ponctuellement par des actions de service ou des activités sociales visant à résoudre certains conflits locaux.

Cette situation perdura jusqu’à l’été 2014, lorsque l’éminent religieux chiite Ali Sistani émit une fatwa autorisant le djihad pour défendre l’Irak contre l’avancée de l’État islamique (Daêch). Cette fatwa constitua la pierre angulaire de la création d’Al-Hachd al-Chaabi et de l’émergence de factions armées chiites sur la scène publique.

Malgré la participation de partisans de Moqtada Sadr au sein de la Brigade du Jour promis (Liwa al-yawm al-maawoud) et leur intégration officielle aux Forces de mobilisation populaire (FMP) avec trois brigades militaires (313, 314 et 315), ces dernières ne prirent pas part aux grandes opérations de «libération», à l’exception de quelques opérations menées près de leur base dans la ville sainte chiite de Samarra, dans la province de Salah Al-Din.

Après des années de lutte armée, le chef du Mouvement sadriste, Moqtada Sadr, a décidé de déposer les armes et d’intégrer ses partisans aux institutions fédérales. Il s’agit de la troisième tentative de ce type depuis 2017.

Nécessaire coordination avec les autorités officielles

Selon la déclaration de Sadr, cette décision a été prise «dans l’intérêt public de la nation et afin d’éviter les dangers qui menacent le pays». Il lui est apparu nécessaire de «séparer complètement les Brigades de la Paix du mouvement chiite national et de les intégrer pleinement à l’État et à l’autorité générale responsable des formations militaires. Les entités civiles affiliées aux brigades seront transformées en une structure unifiée, sans quartier général, armes, uniformes, adresse ni aucune autre entité administrative».

Jeudi, Sadr a autorisé son directeur de cabinet privé Haider Al-Jabri, son conseiller militaire Abu Duaa al-Issawi, son assistant djihadiste Tahsin al-Humaidawi et le responsable d’Al-Bunyan Al-Marsous (structure sociale dépendant de Sadr) Muhammad al-Aboudi à finaliser les procédures de séparation de Saraya As-Salam  du Mouvement sadriste dans un délai maximal d’une semaine.

Moqtada Sadr également annoncé l’achèvement de l’intégration de la branche civile de ses milices avec Al-Bunyan Al-Marsous à condition qu’ils se coordonnent avec les autorités officielles.

Commentant la décision de Sadr, l’analyste en sécurité Fadhil Abu Ragheef a déclaré à l’agence de presse officielle que «ce n’est pas la première fois que Sadr adopte une telle position» soulignant «qu’il a déjà appelé à une séparation entre l’action politique et l’action militaire, témoignant d’un sens des responsabilités nationales et visant à sortir la société irakienne du cycle de la violence». Il a ajouté que «dès le début, l’appel du Premier ministre Ali Al-Zaidi a porté sur la nécessité d’une action civile, au service des citoyens, de limiter la possession d’armes à l’État et de renforcer les institutions», soulignant qu’Al-Zaidi poursuit le démantèlement du réseau d’armement qui perturbe l’équilibre politique intérieur.

Il a noté que l’appel du Premier ministre a conduit cinq factions à accepter de remettre leurs armes moyennes, lourdes et légères  expliquant que ces mesures témoignent d’une volonté de consolider la stabilité intérieure et de renforcer la cohésion nationale et régionale grâce au monopole d’État sur les armes.

Aucune arme ne doit échapper à l’État

La décision de Sadr s’inscrit dans la lignée de la position de Qais al-Khazali, chef du mouvement Asa’ib Ahl al-Haq, partisan du monopole d’État sur les armes. Il estime que les armes détenues par les factions armées chiites, notamment Asa’ib Ahl al-Haq, relèvent de ce monopole, car elles sont affiliées à une institution de sécurité qui rend compte au commandant en chef des forces armées.

Khaled al-Saadi, membre du bureau politique du bloc Sadiqun, a déclaré aux médias locaux : «Le mouvement Asa’ib Ahl al-Haq et le bloc parlementaire Sadiqun croient en la souveraineté et la force de l’État et estiment que seul ce dernier doit contrôler les armes. Aucune arme ne doit échapper au contrôle de l’État». Il a ajouté que le mouvement réitère l’appel lancé par le secrétaire général d’Asa’ib Ahl Al-Haq, Qais Al-Khazali, concernant le monopole d’État sur les armes le qualifiant de «voix patriotique et d’appel national visant à empêcher les acteurs extérieurs, notamment les États-Unis, ou toute entité tentant d’exploiter la situation sous prétexte d’armes hors du contrôle de l’État et de s’en servir comme prétexte pour attaquer l’Irak»

Asa’ib Ahl Al-Haq soutient le monopole de l’État sur les armes à condition que celui-ci soit capable de protéger la sécurité de l’Irak sur terre, dans les airs et en mer contre toutes les menaces, a-t-il encore précisé.

Les conditions préalables au désarmement

La plupart des factions irakiennes s’accordent sur le refus de déposer les armes tant que les raisons de leur maintien persistent, exigeant comme conditions préalables au désarmement l’obtention d’une pleine souveraineté irakienne sur terre et dans les airs et la fin de toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures.

Moqtada Sadr soulève toutefois plusieurs questions : Est-il réellement résolu à se séparer de ses partisans armés ? Et quel impact cela aura-t-il sur les efforts conjoints américano-irakiens visant à désarmer les factions armées chiites et à tourner la page de «la résistance» dans le pays ?

L’article Irak | Moqtada Sadr rend les armes ! est apparu en premier sur Kapitalis.

Décryptage – Tunisie mai 2026 (II) – Quand les chiffres racontent davantage qu’une simple conjoncture

02. Juni 2026 um 06:01

L’économie est souvent perçue comme un univers de statistiques macro-financières (*), de pourcentages et de tableaux réservés aux spécialistes. Pourtant, derrière chaque indicateur se cache une réalité bien concrète qui touche la vie quotidienne des citoyens. Une évolution des réserves en devises influence le prix des produits importés. Une baisse des taux d’intérêt conditionne la capacité d’une entreprise à investir ou d’une famille à accéder au crédit. Une progression des recettes touristiques soutient des milliers d’emplois dans les régions côtières comme à l’intérieur du pays.

 

Les indicateurs monétaires et financiers publiés par la Banque centrale de Tunisie au 29 mai 2026 (**) dessinent ainsi le portrait d’une économie qui, sans être sortie de toutes ses difficultés, semble entrer progressivement dans une phase plus sereine. Cette amélioration demeure fragile et incomplète, mais elle constitue néanmoins un changement notable après plusieurs années marquées par les tensions financières, l’inflation élevée et les inquiétudes récurrentes concernant les grands équilibres macroéconomiques. Cette photographie de la conjoncture nationale prend tout son sens lorsqu’elle est replacée dans un environnement international qui, lui aussi, cherche encore son point d’équilibre.

 

Lire aussi: Décryptage – Tunisie, mai 2026 (I) : l’économie avance, la société attend

Un contexte mondial moins tendu mais toujours incertain

L’économie mondiale traverse actuellement une période de normalisation progressive. Les grandes banques centrales occidentales, après avoir mené des politiques monétaires extrêmement restrictives pour combattre l’inflation, commencent à assouplir graduellement leurs conditions financières. Cette évolution est importante pour des pays comme la Tunisie. Lorsque les taux d’intérêt internationaux diminuent, les coûts de financement des États et des entreprises tendent à se réduire. Les investisseurs deviennent également plus enclins à prendre des risques dans les économies émergentes.

Cependant, cette amélioration demeure relative. La croissance mondiale reste modérée. L’Europe, principal partenaire économique de la Tunisie, continue d’afficher des performances limitées. Les tensions géopolitiques persistent au Moyen-Orient, en mer Rouge et dans plusieurs zones stratégiques du commerce international. Les prix de l’énergie, bien qu’inférieurs aux sommets observés lors des crises précédentes, restent exposés à de fortes fluctuations. Autrement dit, le monde économique de 2026 n’est plus celui de la crise permanente, mais il n’est pas encore celui d’une prospérité pleinement retrouvée. Dans ce contexte, la capacité des économies nationales à renforcer leurs propres fondamentaux devient plus importante que jamais.

Une Banque centrale qui semble reprendre progressivement la maîtrise du jeu

Parmi les enseignements les plus encourageants des données du 29 mai figure la stabilité du marché monétaire tunisien.

Le taux directeur de la Banque centrale est désormais fixé à 7 %, contre 7,5 % un an auparavant. Le taux du marché monétaire s’établit pratiquement au même niveau, preuve que les mécanismes de transmission de la politique monétaire fonctionnent correctement.

Pour le grand public, ces chiffres peuvent paraître abstraits. Pourtant, ils sont loin de l’être. Derrière cette détente monétaire se profile la possibilité d’un accès au financement moins coûteux pour les entreprises. Cela signifie potentiellement davantage d’investissements, davantage de projets et, à terme, davantage d’emplois.

La Banque centrale semble aujourd’hui dans une situation plus confortable qu’il y a un an. Le recours au refinancement demeure important, mais les besoins du système bancaire apparaissent moins critiques. Les interventions exceptionnelles se réduisent progressivement et les banques semblent retrouver davantage d’autonomie dans leur gestion quotidienne de la liquidité.

Cette amélioration ne signifie pas que toutes les tensions ont disparu. Elle indique simplement que l’économie tunisienne est sortie de la phase la plus aiguë de stress monétaire qui avait caractérisé les années précédentes.

L’argent liquide : le révélateur silencieux des limites de la transformation économique

Un chiffre attire particulièrement l’attention : celui des billets et monnaies en circulation. Près de 29,7 milliards de dinars circulent aujourd’hui sous forme d’espèces dans l’économie tunisienne. C’est un niveau record. Cette progression impressionnante est riche d’enseignements. Elle reflète certes la croissance naturelle des besoins monétaires de l’économie, mais elle traduit également la persistance d’un phénomène plus profond : la place considérable qu’occupe encore le secteur informel.

Dans de nombreux marchés, commerces ou activités de services, les transactions en espèces continuent de dominer. Cette réalité révèle une confiance encore insuffisante dans les instruments de paiement modernes; mais aussi l’existence d’une partie de l’activité économique qui échappe aux circuits formels.

Derrière ce chiffre se cache donc l’un des grands défis structurels de la Tunisie : réussir à intégrer davantage d’activités dans l’économie organisée, améliorer l’inclusion financière et moderniser les modes de paiement. Car une économie qui fonctionne largement en espèces se prive d’une partie importante de son potentiel de financement et de productivité.

Le retour de la confiance extérieure

S’il est un domaine où les indicateurs apportent une véritable note d’optimisme, c’est celui du secteur extérieur.

Les recettes touristiques poursuivent leur progression et dépassent désormais 2,4 milliards de dinars. Ce chiffre dépasse sa simple dimension comptable. Derrière lui se trouvent les hôtels qui retrouvent des taux d’occupation satisfaisants, les restaurants qui accueillent davantage de visiteurs, les artisans qui écoulent leurs produits, les transporteurs qui travaillent davantage et les milliers de familles dont les revenus dépendent directement ou indirectement du tourisme.

La Tunisie semble ainsi récolter les fruits d’une image internationale progressivement améliorée et d’une demande touristique qui demeure soutenue malgré les incertitudes mondiales.

Plus remarquable encore est l’évolution des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger. Ces revenus dépassent désormais 3,4 milliards de dinars. Chaque année, des centaines de milliers de Tunisiens installés en Europe, en Amérique du Nord ou dans les pays du Golfe continuent d’envoyer une partie de leurs revenus à leurs familles.

Au-delà de leur importance économique, ces transferts constituent également une forme silencieuse de solidarité nationale. Ils soutiennent la consommation, financent l’éducation des enfants, participent à la construction de logements et alimentent l’activité économique locale dans de nombreuses régions du pays. Dans bien des cas, ils jouent un rôle que ni les marchés financiers ni les institutions internationales ne peuvent remplacer.

Des réserves de change qui offrent un précieux coussin de sécurité

Autre élément particulièrement rassurant : les réserves en devises. Avec l’équivalent de 105 jours d’importation, la Tunisie dispose aujourd’hui d’un niveau de protection extérieure supérieur à celui observé un an auparavant. Ce chiffre peut sembler technique. Pourtant, il représente en quelque sorte l’épargne de précaution du pays. Ces réserves permettent d’acheter les produits énergétiques, les médicaments, les matières premières industrielles ou les équipements dont l’économie a besoin pour fonctionner.

Elles rassurent également les investisseurs et les partenaires internationaux quant à la capacité du pays à honorer ses engagements financiers. Cette amélioration contribue naturellement à la stabilité du dinar. Face au dollar, la monnaie tunisienne affiche même une appréciation sur un an. Cette évolution est particulièrement importante dans la mesure où une grande partie des importations stratégiques est facturée en devise américaine.

Une stabilité retrouvée, mais pas encore une prospérité retrouvée

Malgré ces avancées, il serait prématuré de parler d’un véritable décollage économique. Les indicateurs montrent surtout que la Tunisie a réussi à consolider ses équilibres financiers. Or, l’histoire économique enseigne que la stabilité est une condition nécessaire du développement, mais qu’elle n’en constitue jamais la garantie. Le véritable défi commence précisément lorsque les équilibres sont rétablis.

Comment transformer cette stabilité en investissements productifs ? Comment convertir la baisse progressive des taux d’intérêt en création d’entreprises et d’emplois ? Comment mobiliser l’épargne disponible vers les secteurs à forte valeur ajoutée ? Comment faire en sorte que les performances du tourisme ou des transferts de la diaspora se traduisent par une amélioration durable du niveau de vie ?

Ces questions demeurent ouvertes.

L’heure des choix stratégiques

Les mois à venir pourraient constituer une période charnière pour l’économie tunisienne. Les signaux positifs existent. L’inflation est mieux maîtrisée. Les réserves en devises sont confortables. Les recettes extérieures progressent. Les tensions monétaires s’atténuent. Le système financier apparaît plus stable. Mais ces acquis ne produiront leurs effets que s’ils sont accompagnés d’une dynamique plus ambitieuse en matière d’investissement, de productivité et de réformes structurelles. La Tunisie dispose aujourd’hui d’une occasion rare : celle de passer d’une logique de gestion de crise à une logique de construction de l’avenir.

Les indicateurs du 29 mai 2026 ne racontent donc pas seulement l’histoire d’une économie qui résiste. Ils racontent surtout l’histoire d’un pays qui commence à retrouver une marge de manœuvre, une capacité de projection et, peut-être, une forme de confiance dans ses propres ressources.

Car au-delà des statistiques et des équilibres financiers, la véritable question reste celle-ci : comment transformer cette respiration économique retrouvée en une croissance capable d’améliorer concrètement la vie des Tunisiens ?

C’est autour de cette interrogation que se jouera, bien davantage que dans les chiffres eux-mêmes, l’avenir économique de la Tunisie au cours des prochaines années.

=========================

(**)Références :

https://www.ins.tn/

https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

=========================

* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article Décryptage – Tunisie mai 2026 (II) – Quand les chiffres racontent davantage qu’une simple conjoncture est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

❌