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Sidi Ould Tah : « La BAD sera la banque de solutions de l’Afrique » 

« La Banque africaine de développement (BAD) restera le partenaire de premier plan de ses pays membres et sera la banque de solutions de l’Afrique ». C’e sont là les propos du président du Groupe de la BAD, Sidi Ould Tah, prononcés lors de la cérémonie de clôture des Assemblées annuelles de la Banque, organisées du 25 au 29 mai 2026 à Brazzaville (République du Congo).

« Notre ambition à la BAD est de devenir une banque très audacieuse, plus innovante, plus agile et plus proche des populations, une banque qui place l’emploi des jeunes et l’autonomisation de la femme au centre de son action et de devenir de véritable levier de transformation structurelle de l’Afrique et l’outil le plus privilégié de son intégration économique », a-t-il appuyé. « Nous allons intensifier notre coopération pour cibler des priorités absolues telles que l’autonomisation de la femme, l’emploi des jeunes, le soutien des Petites et moyennes entreprises (PME) et l’accès universel aux services essentiels ».

D’après le président de l’institution financière panafricaine, le développement ne se conçoit pas dans les bureaux et dans les salles de réunions mais au cœur des communités avec celle et ceux qui agissent tous les jours sur le terrain avec l’accompagnement de la société civile et la Diaspora.

L’Angola décaisse 6,5 millions d’euros en faveur du FAD

Il a annoncé par ailleurs la décision de la République de l’Angola relative à la contribution à hauteur de 6,5 millions d’euros à la dix-septième reconstitution du Fonds africain de développement (FAD-17). Cette contribution a-t-il dit porte désormais à 25 le nombre des Etats africains engagés dans le financement du FAD-17 pour un montant global dépassant 190 millions de dollars.

De son côté, le président du Conseil des gouverneurs représentant les pays membres du Groupe de la BAD, Ludovic Ngatse, a mis l’accent sur la nécessité du changement de la trajectoire de développement, faisant savoir que le conseil a approuvé et encouragé la mise en place des quatre points cardinaux pour renforcer la capacité de l’influence et d’impact de l’Afrique.

Il a souligné que les assemblées ne doivent pas être considérées comme un simple rendez-vous institutionnel de plus gravé dans le calendrier mais plutôt comme un moment de vérité et de responsabilité face aux urgences qu’ils s’agissent de déficit de financement, de défis climatiques, de la transformation structurelle de l’économie ou de l’urgence de la création d’emplois décents pour les jeunes et les femmes.

« L’Afrique prouve chaque jour qu’elle ne manque ni de potentiel ni d’ambitions mais plutôt la culture de l’exécution et de l’impact », a-t-il avancé. Les orientations de Brazzaville devraient être immédiatement traduites en capital accessible, en infrastructures transformatrices et en progrès tangibles pour les populations africaines, a-t-il appuyé.

3 000 personnes et 81 pays…

A rappeler que les Assemblées annuelles sont l’événement statutaire le plus important de la BAD. Cette année, plus de 3 000 personnes prennent part à cet événement à Brazzaville, à savoir les dirigeants et les responsables politiques et économiques des 81 pays membres de l’institution, des responsables d’institutions financières et de développement, des groupes de réflexion, de la société civile, du secteur privé, des universitaires et des leaders d’opinion.

Placée sous le thème « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté », les assemblées annuelles 2026 sont les premières pour Sidi Ould Tah, qui a pris ses fonctions en tant que neuvième président du Groupe de la Banque africaine de développement en septembre 2025.

La vision stratégique d’Ould Tah porte sur quatre points cardinaux. Il s’agit de l’amélioration de l’accès au capital (mobiliser les ressources financières de l’Afrique) et la réforme et la consolidation des systèmes financiers, des institutions et des talents du continent pour affirmer l’action mondiale de l’Afrique.

Les troisième et quatrième points portent sur l’exploitation de la transformation démographique pour le développement économique et la construction des infrastructures résilientes au climat et une forte valeur ajoutée aux ressources naturelles.

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Nouveau choc mondial | Argent rare pour les pays en développement

29. Mai 2026 um 10:26

Depuis plusieurs mois, un signal majeur traverse le marché obligataire américain — c’est-à-dire le marché de la dette des États-Unis — sans être encore pleinement déchiffré par les capitales du Sud global. Elles auraient pourtant tort de le considérer comme une affaire lointaine de banquiers centraux, de traders ou d’économistes spécialisés. Ce signal engage leur avenir financier plus directement, et plus durablement, que celui des États-Unis eux-mêmes.

Yahya Ould Amar *

Pour comprendre ce signal, il faut accepter d’entrer dans le langage technique des marchés parce que c’est précisément dans ces indicateurs, souvent réservés aux salles de marché, que se lit désormais la géopolitique réelle du développement.

Il existe d’abord une courbe des taux classique, qui indique le coût de l’argent selon la durée de l’emprunt — deux ans, cinq ans, dix ans ou plus. Mais les marchés construisent aussi une courbe des taux «forward», qui exprime non pas seulement les taux d’aujourd’hui, mais les taux implicites attendus pour des périodes futures.

Le taux réel forward à «dix ans dans dix ans» des bons du Trésor américain correspond ainsi au taux d’intérêt réel que les marchés anticipent pour un prêt de dix ans commençant dans dix ans. Parce qu’il regarde au-delà des turbulences immédiates ou passagères, il est souvent lu comme un indicateur du niveau auquel les taux réels de long terme pourraient durablement se stabiliser.

Or ce taux réel vient d’atteindre son plus haut niveau depuis plus de vingt ans. Cela signifie que le mouvement actuel ne peut être réduit au choc pétrolier provoqué par la fermeture du détroit d’Ormuz, puisque l’effet de l’inflation est corrigé – le signal est plus profond. Il révèle une transformation structurelle du prix mondial du capital, dans un monde où les grandes puissances financent simultanément leur réindustrialisation, leur réarmement, leur transition énergétique et leur révolution technologique, tandis que l’épargne disponible demeure limitée.

Pour le Sud global, l’enjeu est immense, car il risque de payer, par un argent plus rare et plus cher, la nouvelle puissance productive du Nord.

La grande ruée vers le capital

Pour saisir l’ampleur de ce qui se joue, il faut d’abord comprendre ce que les économistes appellent le taux d’intérêt réel neutre. Ce concept désigne le taux d’intérêt réel compatible avec une économie à son plein potentiel, sans surchauffe ni récession. C’est, en quelque sorte, le taux d’équilibre naturel du capital, ni trop cher pour décourager l’investissement, ni trop bas pour alimenter une bulle.

Pendant trente ans — des années 1990 jusqu’à la pandémie — ce taux neutre mondial a chuté inexorablement. Les banquiers centraux, les fonds de pension et les trésoriers d’État du monde entier s’y sont adaptés, construisant leurs modèles budgétaires, leurs stratégies de dette et leurs projets d’investissement dans un monde structurellement à taux bas. Ce monde est terminé.

Le taux réel forward à dix ans dans dix ans des bonds du Trésor constitue la meilleure approximation en temps réel, du taux d’intérêt réel neutre de long terme que les marchés anticipent. Quand il monte fortement — comme c’est le cas aujourd’hui — cela signifie que les investisseurs collectivement jugent que le taux neutre mondial s’est durablement réinstallé à un niveau structurellement plus élevé.

Il est donc important de comprendre, pourquoi les forces profondes qui déterminent le coût à long terme du capital dans le monde ont changé de régime — et qui paiera le prix de ce changement ?

Quand le Nord aspire l’épargne du monde

La réponse tient à une réalité simple que les grandes puissances financent simultanément leur réindustrialisation, leur réarmement, leur transition énergétique et leur révolution technologique. Toutes ces priorités consomment l’épargne mondiale.

Aux États-Unis, les grands plans industriels, les dépenses de défense et les investissements massifs dans l’intelligence artificielle (IA) mobilisent des centaines de milliards de dollars. En Europe, la guerre en Ukraine a réveillé l’urgence énergétique et militaire. Partout, le rapatriement des chaînes de valeur — relocalisation industrielle de capacités autrefois transférées vers l’Asie — exige de reconstruire usines, infrastructures et compétences.

Le choc de demande de capital est donc immense. Mais il est capté d’abord par les économies qui attirent déjà l’essentiel de l’épargne institutionnelle mondiale.

Le Sud global entre dans cette compétition avec des monnaies plus fragiles, des marchés financiers moins profonds, des notations d’agences dégradées et des primes de risque plus lourdes. Il emprunte plus cher au moment même où le Nord aspire davantage de capital.

Quand la demande de capital augmente plus vite que l’épargne disponible, son prix monte. Ce prix, c’est le taux d’intérêt réel. Et pour les pays en développement, cette hausse survient au pire moment, lorsqu’ils doivent financer à la fois leur industrialisation, leur transition énergétique et leur souveraineté économique.

Le taux neutre, révélateur d’une fracture de croissance potentielle

La hausse du taux réel neutre révèle une fracture plus durable, celle de la croissance potentielle. Ce taux est lié à la capacité d’une économie à croître durablement sans inflation, grâce à sa démographie, son capital et sa productivité. Lorsqu’il augmente, les marchés anticipent donc, implicitement, une économie plus productive demain.

C’est là que l’IA change l’équation. Si elle produit ne serait-ce qu’une partie des gains annoncés, les pays qui en maîtrisent les infrastructures — puissance de calcul, semi-conducteurs, modèles de fondation, données, applications industrielles — verront leur croissance potentielle s’élever.

Mais le problème est géographique. L’essentiel des investissements de l’IA se concentre aux États-Unis, en Chine et dans quelques économies avancées. L’Afrique, l’Asie du Sud et l’Amérique latine risquent fortement de rester à la périphérie – non productrices de cette révolution, mais clientes de technologies conçues ailleurs.

Le Sud global pourrait ainsi subir la hausse du coût mondial du capital sans bénéficier des gains de productivité qui la justifient. Il achèterait l’IA des autres, en paierait le prix financier, mais n’en capterait pas les dividendes.

Quand la dette devient une mécanique de dépendance

La soutenabilité budgétaire obéit à une règle simple, formulée par Evsey Domar qui indique que lorsque le taux d’intérêt réel payé sur la dette publique dépasse durablement le taux de croissance réelle de l’économie, le ratio dette/PIB augmente mécaniquement, sauf à dégager des excédents budgétaires politiquement difficiles à maintenir (fiscalité…).

Cette contrainte pèse déjà sur les États-Unis eux-mêmes. Un taux réel forward à dix ans dans dix ans de trois et demi pour cent est difficilement compatible avec une économie dont la croissance réelle de long terme est estimée autour de deux et demi pour cent.

C’est précisément pour cette raison que les marchés commencent à émettre des signaux sur la solvabilité américaine — dont le plus troublant est que les obligations souveraines chinoises libellées en dollars se négocient désormais quarante points de base en dessous des bons du Trésor américain de maturité comparable. Le marché dollar lui-même juge implicitement la Chine plus solvable que les États-Unis dans leur propre monnaie.

Mais pour le Sud global, l’équation est autrement plus insupportable. Une économie africaine qui croit à un taux réel de 4 %, mais empruntant en dollars à 6 ou 8 % en termes réels, voit sa dette diverger par simple mécanique financière. Ce n’est pas nécessairement une faute de gestion, c’est l’arithmétique.

La contradiction fondamentale du financement climatique

Ici réside une hypocrisie structurelle que la diplomatie internationale préfère ne pas formuler trop clairement, mais qui devient chaque année plus intenable.

Les engagements de financement climatique du G7 — cent milliards de dollars par an dans un premier temps, trois cents milliards dans les engagements plus récents — ont été conçus dans un monde à taux zéro ou négatifs, où les institutions multilatérales pouvaient lever des fonds à très faible coût et les recycler en financements concessionnels (prêts à taux inférieurs aux taux de marché). Ce monde n’existe plus. Les institutions de Bretton Woods — FMI, Banque mondiale et banques régionales de développement — opèrent sur des bilans et des mandats conçus dans l’ère de l’abondance monétaire post-2008. Leur capacité de prêt concessionnel est structurellement insuffisante face à l’ampleur des besoins dans un environnement de taux réels durablement élevés.

La transition énergétique que les pays du G7 demandent au Sud global — abandonner les énergies fossiles, sauter directement vers les renouvelables, atteindre la neutralité carbone selon des calendriers négociés dans des salles climatisées de Paris, Londres ou New York — coûtera, selon l’Agence internationale de l’énergie, plus de 2000 milliards de dollars par an dans les économies en développement d’ici 2030. À un taux réel de financement de six à huit pour cent, le coût actualisé de cet effort devient mathématiquement insoutenable pour la majorité des budgets souverains concernés.

Pendant ce temps, le capital privé institutionnel — fonds de pension, compagnies d’assurance, véhicules d’infrastructure — qui était censé être mobilisé par effet de levier observe que le taux réel sans risque de référence américain est à trois et demi pour cent. Pour qu’il investisse dans une centrale solaire au Sahel, avec son risque de change (la perte potentielle liée aux fluctuations de la monnaie locale face au dollar), son risque politique, ses incertitudes réglementaires et son risque de construction, il faudra lui offrir un rendement ajusté du risque significativement supérieur. Ce rendement implique des tarifs d’électricité que les économies concernées ne peuvent pas absorber. Le bouclage financier est brisé — structurellement, pas accidentellement.

La géographie du taux neutre comme nouvelle carte de la vulnérabilité

Il faut insister sur un point que les économistes des institutions internationales tendent à oublier, le taux neutre mondial n’est pas une réalité unique que tous les pays subissent également.

Le taux réel américain est le plancher implicite du système. Au-dessus, les marchés empilent des primes de risque (des majorations de taux exigées pour compenser le risque supplémentaire perçu) qui varient selon la solidité institutionnelle, la profondeur des marchés locaux, la liquidité des actifs, la crédibilité de la politique monétaire et la dynamique de la dette.

Ce que la hausse actuelle du taux neutre américain fait, concrètement, c’est déplacer vers le haut toute cette architecture de primes. Un pays qui empruntait à quatre pour cent en réel emprunte désormais à six pour cent en réel, voire plus. La différence, sur un horizon de dix à vingt ans, est la différence entre une trajectoire de développement soutenable et une décennie perdue consacrée à rembourser — ou à renégocier — une dette excessive.

Ce sont, ironiquement, les pays qui ont le mieux géré leur politique économique — ceux qui ont accédé aux marchés internationaux, réduit leur dépendance aux dons et aux prêts bilatéraux, développé leurs marchés obligataires domestiques — qui sont les plus directement exposés à cette transmission. Ils avaient joué selon les règles du système libéral. Le système vient de changer les règles.

Quatre réponses pour ne pas subir le nouvel ordre du capital

Face à cette nouvelle géographie du capital, le Sud global ne peut se contenter de demander de meilleures conditions. Il doit imposer une autre architecture financière.

Le premier impératif est d’exiger une recapitalisation massive des banques multilatérales de développement, assortie d’une réforme réelle de leur gouvernance. Le G7 ne peut mobiliser des milliers de milliards pour sa réindustrialisation et son réarmement tout en laissant sous-financées les institutions censées porter le développement, ni conserver des droits de vote hérités d’un ordre conçu avant la décolonisation d’une grande partie du Sud global.

Le second est une indexation rigoureuse et contraignante des conditionnalités climatiques imposées au Sud global sur la réalité des conditions de financement. L’injonction d’abandonner le charbon d’ici 2030 formulée dans un monde à taux zéro n’a plus le même sens dans un monde à taux réel de plus de six pour cent. Les délais, les montants et les instruments doivent être recalibrés en conséquence — pas dans les discours, dans les engagements contractuels.

Le troisième, relève de la souveraineté économique des pays concernés eux-mêmes. Le développement systématique des marchés obligataires en monnaie locale (permettant à un État d’emprunter auprès d’investisseurs dans sa propre devise, éliminant le risque de change), la réduction de l’exposition au financement externe en dollars, la construction de partenariats financiers diversifiés — incluant, avec discernement, les nouvelles institutions multilatérales non occidentales — ne sont plus des options idéologiques. Elles sont des nécessités prudentielles dans un monde où le coût de financement de référence vient d’être durablement réévalué à la hausse.

Le quatrième impératif est de distinguer radicalement la dette qui entretient la dépendance de la dette qui construit la puissance. Dans un monde de taux réels élevés, chaque dollar emprunté doit être orienté vers des actifs capables d’accroître la productivité future : énergie, ports, logistique, irrigation, éducation technique, infrastructures numériques…

Enfin, le Sud global doit comprendre que la hausse des taux réels américains n’est pas un simple accident de marché, c’est le signal d’un monde où le capital devient plus rare, plus cher et plus capté par les priorités du Nord — réindustrialisation, défense, IA, transition énergétique. Si rien ne change, les pays du Sud financeront indirectement la puissance des autres tout en voyant se refermer l’espace financier nécessaire à leur propre développement. La souveraineté économique se jouera dans la capacité à accéder à un capital long, stable et soutenable.

Le Sud global doit dès lors cesser de subir le prix mondial de l’argent, il lui faut réformer l’ordre financier multilatéral, bâtir ses propres marchés de capitaux et refuser que l’accès au capital devienne le nouveau visage de l’inégalité mondiale.

* Economiste, banquier et financier.

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Donald Trump | Un pacifiste tout feu tout flamme

29. Mai 2026 um 09:23

Le Conseil de paix, la «machine à sous» de Donald Trump, est en hibernation par ces grandes chaleurs. La ferveur pacificatrice du «Père fondateur» est tombée aussi vite que son malin désir de laisser une trace dans l’Histoire. Son attachement à la paix s’est évaporé. Il est allé guerroyer loin de son pays natal, accompagné de son fidèle serviteur et son conseiller en stratégie militaire, Benjamin Netanyahu. Le premier ministre israélien souffle le vent et la «Furie épique» en direction de son maître. Un tandem qui rappelle un autre, de si triste mémoire, Hitler et Mussolini.

Mohsen Redissi *

Le Conseil de paix est un subterfuge avec un vice caché. Le cynisme du président Trump n’a pas d’égal. L’année dernière, il a raté le Nobel de la Paix ; cette fois-ci, il va user de tout son poids pour la prochaine édition. Le Conseil de sécurité des Nations unies lui a décerné un blanc-seing, pourquoi pas une poignée d’académiciens ? Ses sbires vont lui orchestrer une campagnedigne de son rang et de son désir ardent de toucher le gros lot.

Vendredi, samedi ou dimanche

Ce ne sont ni les Journées du patrimoine, ni un long week-end, mais des journées d’ascension vers l’au-delà, spécialement choisies par le président américain, ci-devant président du Conseil de paix, qui promettait il y a peu de rayer l’Iran de la carte et d’en finir avec une civilisation vieille de 5000 ans. Ce n’est pas une diversion, son hésitation est le signe du doute sur les capacités militaires américaines à faire plier l’Iran et le pousser à accepter la Pax Americana.

L’Iran a choisi sa ligne de défense : la riposte du coup par coup sur le champ de bataille et par le verbe sur le tapis vert des pourparlers. La République islamique, qui respire toujours, malgré le déluge de feu qu’elle a essuyé ces derniers mois, reste ferme sur son programme nucléaire. Trump prend le monde entier en témoin pour nous faire croire qu’il offre aux Iraniens une échappatoire. Un temps pour la réflexion et un temps pour la reddition. 

Irrespectueux des trois religions monothéistes, mais conscient des exigences confessionnelles, le président américain propose une guerre à choix multiples : vendredi ou samedi ou dimanche. Les musulmans doivent cocher la case du vendredi. Par Allah, le ciel va leur tomber sur la tête, malédiction que Abraracourcix, le chef Gaulois, craignait le plus. Jour du seigneur, jour de prières et de piété chez les Mahométans. Prier dans le silence sans crier Allah Akbar, pour ne pas être pris pour un terroriste. 

Dans sa grande bonté, le président américain a laissé aux Iraniens deux autres cases à cocher, samedi et dimanche, libres à eux de choisir le jour pour se faire livrer par la voie des airs comme par mer et par terre toute sorte d’objets brûlants : bombes, missiles, explosifs… Ils ont l’embarras du choix.

Souviens-toi du jour du shabbat 

Mêmes minoritaires, entre dix mille et quinze mille individus, les Juifs iraniens font de la résistance. Ils ont préféré rester chez eux en Iran plutôt que d’émigrer vers les Etats-Unis ou Israël comme bon nombre de leurs congénères.

Dans un pays réputé pour son aversion pour Israël, les Juifs iraniens, yahudi, observent leurs traditions, possèdent leurs synagogues, leurs cimetières, leurs restaurants casher, et même une bibliothèque juive. Leurs enfants étudient dans des écoles hébraïques.

Les Juifs iraniens ont un siège à l’Assemblée consultative islamique d’Iran. Chose que beaucoup de gens ignorent, parce que l’information est occultée par des médias au service de l’obscurantisme.

Le shabbat est un jour d’abstinence chez les juifs, du vendredi soir jusqu’au samedi soir. Ils prennent ainsi le relais aux musulmans. Jour que probablement choisira Trump pour cracher son déluge de feux et de flammes sur l’Iran et gâcher leur quiétude. La mort ne fait pas dans la dentelle. Trump en a voulu autrement.

Pour qui sonne le glas

Entre huit cent mille à un million d’Iraniens chrétiens vivent encore sur les terres de leurs ancêtres. Minorité religieuse reconnue sur le plan de la constitution. Les chrétiens disposent de 3 sièges au Parlement iranien. Leur nombre ne cesse de croître dans le pays. Dimanche est le jour du Seigneur, mais ils doivent rester vigilants. Les assises des églises risquent de trembler. 

Le peuple iranien, avec toutes ses composantes ethniques, religieuses et linguistiques, ne sera épargné ni le vendredi, ni le samedi, ni le dimanche. A quel saint se vouer se demandent les Iraniens ? Le jour où le grand manitou yankee décide de reprendre les bombardements, c’est le peuple iranien tout entier qui est visé. L’attaque, annoncée d’avance, ne sera ni une attaque surprise, ni une attaque d’envergure. Les Iraniens ont eu assez de temps pour s’y préparer. Elle va perturber la vie des Iraniens indépendamment de leurs convictions religieuses. Quand les bombes explosent, ou quand les missiles touchent leurs cibles, c’est toute la population iranienne qui est agressée, quelle que soit leur confession ou leur jour de piété.

* Fonctionnaire à la retraite.

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Advani, ou le chauvinisme hindou à l’épreuve de l’Histoire

29. Mai 2026 um 08:23

Si l’Inde se targue aujourd’hui d’être une puissance nucléaire garantissant son indépendance, un objectif que l’Iran s’efforce d’atteindre avec toutes les difficultés que l’on sait, il n’en demeure pas moins que l’idéologie chauvine qui y prédomine actuellement ne la préserve pas des revendications particularistes menaçant son intégrité territoriale.

Dr Mounir Hanablia *

Il est toujours ardu de faire la part du vrai dans un récit autobiographique, particulièrement lorsqu’il s’agit d’un d’homme d’État. En Inde Advani, l’auteur de ‘‘Ma vie, mon pays’’, en fut indubitablement l’un des plus grands, et son parcours est là pour le confirmer, même s’il s’est fait en dehors du Parti du Congrès que le récit occidental à travers Gandhi et la famille Nehru, a encore tendance à privilégier en tant que représentant légitime de la destinée du pays.

Il est vrai qu’Advani soit issu du courant idéologique traditionaliste faisant de la culture hindoue le substrat nécessaire commun à tout Indien. Dans quelle mesure, cela demeure matière à débat entre les «sécularistes authentiques» auxquels il se rattache qui estiment que l’Autre, le musulman, ne peut que l’accepter afin de donner un gage à son patriotisme, et ceux de son Parti, le Bharatiya Janata, pour qui l’étranger venu par la conquête du pays est exclu de la nation de jure comme de facto ; particulièrement après la Partition et la création du Pakistan. Mais même en faisant la part belle au «sécularisme» affiché par le Parti du Congrès et qualifié de «faux» par l’auteur du livre, on en reviendra toujours aux commentaires du journaliste Sikh Khushwant Singh, pour qui en Inde il n’existe aucune raison valable d’imposer aux minorités de toujours démontrer leur patriotisme. En effet, faudrait-il exiger d’un musulman de pratiquer dans un cadre public un rituel directement inspiré par des manifestations de la foi hindoue pour ne pas s’exposer à l’ire de ses concitoyens ?

Naturellement Advani, chassé de son pays, le Sindh, incorporé au Pakistan lors de la partition, et réfugié en Inde, ne pouvait que nourrir une hostilité envers qui il voyait une menace pour la sécurité et l’intégrité territoriale de son pays.

Devenu ministre de l’Intérieur en 1998 Advani a certes entamé des pourparlers avec les indépendantistes du Kashmir mais il s’agissait évidemment de conclure un accord politique définitif imposé à une population brisée par le contre-terrorisme systémique pratiqué sur une grande échelle par l’armée et la police.

En effet, selon les vues de l’Etat indien, le problème du Kashmir, un territoire n’ayant aucun statut constitutionnel particulier si ce n’est un article provisoire qui a perduré plus de 40 ans, n’était qu’une sédition soutenue de l’extérieur et usant du terrorisme pour arriver à ses fins.

Il y eut par ailleurs durant son mandat la guerre de Kargil, puis l’attaque terroriste du parlement de New Delhi, deux évènements qui imposèrent la médiation américaine afin d’éviter une nouvelle guerre indo pakistanaise. Mais c’est indubitablement le massacre du Gujarat en 2002 dont furent victimes des milliers de musulmans qui a constitué l’un des faits les plus marquants de son mandat ministériel et qui remet en question jusqu’à un certain point la sincérité de sa vision pragmatique de la politique.

Les massacres des musulmans

Certes le responsable direct, le Chef Ministre de l’Etat, en fut Modi, appelé des années plus tard à occuper le poste de Premier ministre. Néanmoins Advani en tant que ministre de tutelle le soutint et s’opposa à une démission que la majorité de la classe politique exigeait, à commencer par le Premier ministre Vajpayee. D’autant que beaucoup de témoignages impliquaient directement dans les émeutes autant le gouvernement du Gujarat, autrement dit le chef ministre Modi, que la police obéissant directement à ses ordres, ainsi que ses complices, les soutiens politiques hindous du parti de la majorité.

Advani a justifié son soutien à Modi par le triomphe électoral remporté ultérieurement par ce dernier dans son État. Mais le massacre n’a-t-il pas grandement contribué à ce triomphe ?

D’autre part l’argument, celui du succès électoral ultérieur, utilisé par un homme se prévalant toujours de faire passer l’intérêt général du pays avant celui de son propre parti politique, ne saurait faire oublier la violation de la Constitution par un gouvernement incapable d’assurer sa mission première, la protection des vies et des biens de tous les habitants.

Complice du massacre, Advani ne l’a vraisemblablement pas été, et rien en tout cas ne le prouve, pas plus que nul ne lui en a fait grief. Mais en couvrant son subordonné, et en confiant l’enquête aux services de son choix, le ministre de l’Intérieur du Centre n’a certainement pas contribué à faire toute la vérité sur l’affaire. Et l’assassinat un mois après de Hiren Pandiya, un ancien ministre de l’Intérieur du Gujarat et rival de Modi dans son propre parti, ne l’a rendue que plus ténébreuse selon la célèbre journaliste Rana Ayyub.

Mais Advani a-t-il fait réellement une entorse à ses principes plus qu’à la Constitution ? Si on en croit le rôle qu’il a joué en 1992 en tant que Président de son Parti, en déclenchant la marche sur la mosquée Babri d’Ayodhya, il est permis d’en douter. Après avoir mobilisé et conduit des foules en transe, il a prétendu que le résultat final, sa destruction, avait été un fait imprévu et honteux détournant le mouvement de sa finalité première en signant son échec. Quelle finalité ? Peut-être la réconciliation entre hindous et musulmans. Mais on ne voit pas comment celle-ci aurait pu avoir lieu dans l’ambiance d’exacerbation des passions qui prévalait.

Advani a prétendu que si le Comité de Défense de la mosquée Babri en avait accepté le démantèlement et le transfert ailleurs, il aurait demandé à ses coreligionnaires de le considérer comme un solde de tout compte relativement à des revendications futures sur d’autres mosquées.

On ignore combien d’églises ont été détruites ou pillées lors de la conquête de la Grande Bretagne par les Vikings entre le VIIIe et le XIe siècles mais ces derniers n’avaient pas l’habitude de les comptabiliser ni de s’en prévaloir. Qui plus est ils ont eu la bonne idée de se convertir à la foi du pays conquis. Il n’est venu à l’idée jusqu’à ce jour d’aucun homme politique anglais de demander des comptes sur le sujet aux Scandinaves afin de leur faire rendre gorge. On peut dire la même chose des Gallo-romains relativement à leurs conquérants francs.

La fibre nationaliste hindoue

Question de fierté, selon elle, la fibre nationaliste hindoue prétend rétablir l’intégrité territoriale de son pays en en reconstruisant les temples qui s’y élevaient il y a 1000 ans en lieu et place des moquées bâties plus tard par les conquérants venus d’Asie Centrale.

A propos de réconciliation, comment ignorer le voyage de l’auteur après la fin de son mandat ministériel, au Pakistan en 2005 en tant que chef de son Parti, le BJP ? Après y avoir visité un site de restauration de temples hindous, il s’était recueilli sur la tombe du fondateur de l’état Med Ali Jinnah qu’il avait qualifié de grand chef d’État séculariste qui avait promis de concéder à tous ses citoyens des droits égaux indépendamment de leurs convictions religieuses et de préserver les minorités.

Ce commentaire avait suscité des réactions parmi les Pakistanais pour qui leur pays étant musulman ne pouvait être qualifié de séculier. Il avait surtout provoqué la colère de ses propres partisans en Inde pour qui le Pakistan n’était qu’un Etat terroriste qui avait chassé ses habitants hindous et qui cherchait à démembrer l’Inde avant de la conquérir pour y propager l’Islam.

Malgré le soutien apporté par les plus hautes instances de son parti il avait en rentrant démissionné de son poste de Président. On peut se demander si tout cela n’avait pas été une kabbale l’obligeant à laisser le champ libre à Modi, celui qui quelques années plus tard allait accéder au pinacle du pouvoir après avoir fait du Gujarat son fief personnel.

En effet, il est douteux que Advani ait entrepris son voyage dans un pays aussi problématique pour l’Inde, sans l’avoir préparé minutieusement dans tous ses détails, particulièrement ceux dotés d’une forte valeur symbolique.

Néanmoins, si son ambition de conclure la paix avec le Pakistan a été indéniable, il n’en a pas moins affirmé clairement que ce pays indépendant de l’Inde fait partie selon lui de la sphère culturelle hindoue, de l’Hindutva.

Autrement dit, la réconciliation ne serait qu’un processus qui progressivement aboutirait à une réunification politique des deux pays.

Il est douteux que cette vision des choses n’annonce pas des conflits futurs. Dans un pays qui a toujours fait peu de cas de l’Histoire, le réveil brutal à la conscience nationale au XIXe siècle sous le joug colonial prétend conférer à son peuple des caractéristiques immuables qui nient la légitimité de tous les apports qui n’y seraient pas conformes. C’est au nom d’une telle vision des choses que l’apport de l’islam dans l’Histoire du sous-continent est nié en étant réduite à une destruction ininterrompue de temples.

Eu égard à cela Advani prouve qu’en Inde, entre vrais et faux laïcs, la différence n’est que de degrés et qu’on peut très bien se rendre au Pakistan au nom de la paix tout en cautionnant le massacre de ses propres concitoyens.

Ainsi que le prouvera plus tard l’actuel gouvernement Modi, la vision d’Advani lorsqu’elle sera menée à son terme aboutira au démembrement et à l’ouverture du Kashmir à la colonisation hindoue, à l’emprisonnement de millions de personnes qualifiées d’étrangères dans des camps de concentration, et au lynchage par des comités de vigilance de tous ceux dont la fouille révèlera le transport de pièces de bœufs.

Si l’Inde se targue aujourd’hui d’être une puissance nucléaire garantissant son indépendance, un objectif que l’Iran s’efforce d’atteindre avec toutes les difficultés que l’on sait, il n’en demeure pas moins que l’idéologie chauvine qui y prédomine actuellement ne la préserve pas des revendications particularistes menaçant son intégrité territoriale.

Par-delà son passé de militant et d’homme politique de premier plan rescapé des prisons en ayant été emprisonné à quatre reprises, particulièrement lors de la lutte contre l’«état d’urgence» imposé par Indira Gandhi entre 1975 et 1977, c’est d’ailleurs cette inquiétude sur la disparition des deux grands partis politiques indiens au bénéfice des partis régionalistes, qu’Advani avouera avoir confiée à l’un de ses rivaux politiques lors d’une rencontre fortuite dans un aéroport. 

* Médecin de libre pratique.

‘‘My Country My Life’’,  L.K. Advani, éd. Rupa & Co., 1er janvier 2008, 986 pages.

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