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La famille comme dernier filet social

13. Februar 2026 um 10:02

Dans un monde traversé par des crises économiques récurrentes, des mutations profondes du travail et un affaiblissement progressif des systèmes publics de protection sociale, la famille s’impose de plus en plus comme le dernier filet social. Là où l’État peine à garantir la sécurité matérielle, l’accès à l’emploi et la protection contre la précarité, ce sont les solidarités familiales qui absorbent les chocs. Cette fonction, souvent idéalisée, repose pourtant sur des équilibres fragiles, des sacrifices invisibles et une redistribution informelle des charges sociales, dont les retraités constituent aujourd’hui l’un des piliers majeurs.

Zouhaïr Ben Amor *

Avant l’avènement de l’État-providence, la famille représentait la principale institution de protection contre les aléas de l’existence : maladie, vieillesse, chômage, orphelinat. Les travaux historiques de Laslett et Wall (1972) montrent que les sociétés préindustrielles reposaient largement sur des mécanismes d’entraide intergénérationnelle, structurés par la parenté et la proximité résidentielle.

Même après l’émergence des systèmes publics de sécurité sociale au XXᵉ siècle, la famille n’a jamais disparu de ce paysage. Elle est restée un acteur complémentaire, intervenant là où les dispositifs institutionnels ne pouvaient répondre à la singularité des situations individuelles.

Dans de nombreuses sociétés du Sud, cette complémentarité s’est transformée en substitution : la famille ne complète plus l’État, elle le remplace souvent (Antoine, 2000).

Le retrait progressif de l’État social

Depuis les années 1980, les politiques d’ajustement structurel, la libéralisation des économies et la réduction des dépenses publiques ont fragilisé les systèmes de protection sociale, y compris dans les pays qui en disposaient historiquement (Harvey, 2005). Le chômage de masse, l’extension du travail précaire et l’informalité ont réduit la capacité des individus à se projeter dans un avenir sécurisé.

Dans ce contexte, la famille devient une zone tampon : elle absorbe le choc du chômage, soutient les parcours éducatifs prolongés, compense l’insuffisance des salaires et pallie l’accès inégal aux soins. Comme le souligne Robert Castel (1995), la désaffiliation sociale ne conduit pas immédiatement à l’exclusion tant que les liens familiaux tiennent.

Les formes contemporaines de solidarité familiale

Soutien matériel et financier : la solidarité financière intrafamiliale est aujourd’hui massive. Transferts d’argent, cohabitation prolongée, mutualisation des dépenses sont devenus des stratégies de survie. Bettio et Villa (1998) montrent que dans les contextes de chômage structurel, les familles redistribuent les ressources internes pour maintenir un minimum de stabilité sociale.

Travail du soin non rémunéré : la prise en charge des enfants, des personnes âgées, des malades ou des personnes en situation de handicap repose largement sur la famille. Ce travail, majoritairement assuré par les femmes, constitue un pilier invisible de l’économie (Benería, 2003). Hochschild et Machung (1989) parlent à ce propos de «seconde journée de travail», souvent épuisante et socialement dévalorisée.

Soutien moral et identitaire : au-delà de l’aspect matériel, la famille demeure un espace de reconnaissance, d’appartenance et de continuité symbolique. Dans des sociétés marquées par l’incertitude, elle offre un cadre de sens et une protection psychologique essentielle.

Les retraités : nouveaux amortisseurs sociaux

La pension comme revenu stable du foyer : dans de nombreux pays, et particulièrement en Tunisie, la pension de retraite représente l’un des rares revenus réguliers et prévisibles. Alors que les jeunes générations sont confrontées au chômage, à la précarité ou à l’informalité, ce revenu destiné à assurer la dignité de la vieillesse devient une ressource collective.

Il n’est plus exceptionnel qu’un retraité assure, partiellement ou totalement, la subsistance de deux, voire trois membres de sa famille : enfants adultes sans emploi, jeunes diplômés en attente, petits-enfants scolarisés. La pension sert alors à couvrir les dépenses fondamentales : alimentation, loyers, soins médicaux, frais scolaires et transport.

Guillemard (2010) souligne que cette situation marque une inversion du contrat intergénérationnel : ce ne sont plus les actifs qui soutiennent les retraités, mais les retraités qui soutiennent les actifs — ou les exclus du marché du travail.

Une solidarité contrainte qui n’est ni contractualisée ni reconnue. Elle repose sur une obligation morale profonde : ne pas abandonner les siens. Pourtant, elle a un coût élevé : l’appauvrissement progressif des retraités, dont la pension est diluée ; les renoncements aux soins, par manque de moyens ; et la disparition du temps de repos, la retraite devenant une période de gestion permanente de la précarité familiale.

Selon Castel (1995), cette situation illustre la transformation silencieuse de la protection sociale : l’État délègue implicitement aux familles — et en particulier aux personnes âgées — la responsabilité de la cohésion sociale.

Les coûts invisibles de la solidarité familiale

La solidarité familiale, si essentielle soit-elle, repose sur des charges humaines souvent invisibles : Inégalités de genre, les femmes assumant la majorité du travail domestique et de soin ; pressions normatives, qui limitent les choix individuels ; et épuisement psychologique, notamment chez les aidants familiaux âgés (Schulz & Sherwood, 2008).

Cette solidarité, lorsqu’elle n’est pas soutenue par des politiques publiques, peut devenir un facteur de vulnérabilité supplémentaire.

Urbanisation, mobilité géographique, recomposition des ménages, individualisation des trajectoires modifient profondément les formes de solidarité (Beck & Beck-Gernsheim, 1995). Si la famille reste un refuge, ses capacités d’absorption ne sont pas infinies. Plus la précarité se prolonge, plus les tensions internes augmentent.

Famille et politiques sociales : une complémentarité nécessaire

Comme le montre Esping-Andersen (1990), les sociétés qui reposent excessivement sur la famille tendent à reproduire les inégalités sociales et générationnelles. À l’inverse, les modèles où l’État investit dans les services publics (santé, éducation, garde, aide aux aidants) permettent de libérer la solidarité familiale de sa fonction de survie pour lui redonner une fonction de lien.

Reconnaître le rôle des familles implique donc la valorisation du travail de soin, le soutien aux aidants familiaux, notamment retraités, et le renforcement des services publics de proximité.

En guise de conclusion

La famille demeure aujourd’hui le dernier filet social, celui qui empêche la chute brutale dans la misère lorsque les institutions publiques faiblissent. Mais cette fonction de protection ne s’est pas construite par hasard. Elle est l’héritage direct des sociétés agraires, où la terre constituait un capital transmissible, partagé et travaillé collectivement par plusieurs générations. Dans ce modèle, la solidarité familiale n’était pas seulement une valeur morale : elle était une nécessité économique. La survie dépendait de la coopération entre parents, enfants et aînés, et la continuité du patrimoine assurait une forme de sécurité intergénérationnelle.

Or, à mesure que les sociétés s’éloignent de la terre et s’urbanisent, ce socle matériel de la solidarité s’effrite. La terre, support de transmission et d’ancrage, est remplacée par des revenus monétaires instables, des emplois précaires et des parcours professionnels discontinus. La famille continue alors d’assumer un rôle de protection, mais sans capital productif à redistribuer, uniquement à partir de revenus fixes et souvent modestes, comme les pensions de retraite.

C’est dans ce contexte que les retraités deviennent les garants silencieux de la survie économique de plusieurs générations. Leur pension, conçue pour assurer une vieillesse digne, se transforme en revenu collectif, compensant le chômage, la précarité et l’insuffisance des politiques publiques. Cette solidarité, profondément ancrée dans la culture, est pourtant mise à rude épreuve : elle repose sur des épaules vieillissantes, sans renouvellement assuré.

À long terme, une question fondamentale se pose : une solidarité familiale héritée de l’économie agraire peut-elle survivre durablement dans une société urbaine, individualisée et monétarisée ? Rien n’est moins sûr. Plus les liens à la terre se rompent, plus la mobilité fragmente les familles, plus les ressources se raréfient, plus cette solidarité risque de s’affaiblir, voire de se rompre.

Penser une société juste aujourd’hui implique donc de ne pas sacraliser la famille comme substitut éternel à l’État, mais de reconnaître que ce modèle de solidarité a des racines historiques précises et des limites structurelles. Soutenir la famille, c’est aussi construire des politiques sociales capables de prendre le relais là où l’héritage agraire ne peut plus jouer son rôle. Une société digne est celle qui n’abandonne ni ses jeunes à l’attente sans fin, ni ses anciens à la charge de porter seuls le poids d’un monde qui a changé.

* Universitaire.

Références bibliographiques :

Antoine P. (2000). Famille et solidarités en Méditerranée. Presses Universitaires.

Beck U., Beck-Gernsheim E. (1995). The Normal Chaos of Love. Polity Press.

Benería L. (2003). Gender, Development and Globalization. Routledge.

Bettio F., Villa P. (1998). Foundations of Care. Social Policy Review.

Castel R. (1995). Les métamorphoses de la question sociale. Fayard.

Esping-Andersen G. (1990). The Three Worlds of Welfare Capitalism. Princeton.

Guillemard A.-M. (2010). Vieillissement et protection sociale. PUF.

Harvey D. (2005). A Brief History of Neoliberalism. Oxford.

Hochschild A., Machung A. (1989). The Second Shift. Viking.

Laslett P., Wall R. (1972). Household and Family in Past Time. Cambridge.

Schulz R., Sherwood P. (2008). Family Caregiving. American Journal of Nursing.

Sen A. (1999). Development as Freedom. Oxford University Press.

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Everyday Tunisians : Les trois derniers jours de Mokhtar au Boléro

18. Dezember 2025 um 10:59

Quand arrive le jour de la retraite après une longue carrière, la vie change d’horizon dans un moment où se mêlent joie et mélancolie. Pour Mokhtar Rhimi, ce jour est arrivé puisque samedi 20 décembre, il assurera ses deux derniers services au Boléro.

Les habitués du Boléro se souviennent encore de Salah Dahmani, Fathi Matmati ou Mokhtar Hamdi qui sont quelques uns des maîtres d’hôtel ayant fait les beaux jours de ce restaurant du centre-ville.

Aujourd’hui, c’est Mokhtar Rhimi qui officie pour quelques jours encore dans les deux salles de ce restaurant dirigé par les frères Abderrazak et Rafik Ben Ayada.

Ayant fait ses classes au Strasbourg de la belle époque, Mokhtar en a gardé un sens de l’accueil inséparable de son humour bon enfant. Entre grillades de poisson et plats traditionnels, Mokhtar, des assiettes plein les mains, passe allègrement des cuisines à la salle.

Il a toujours un plat du jour ou une spécialité maison à proposer et parfois, dans un chuchotement complice, il met ses clients dans la confidence et annonce subrepticement les poissons frais de Bizerte ou la viande qui vient d’arriver de Grombalia.

Régnant sur ses deux salles, attentif à chaque demande, Mokhtar assure les deux services de la journée et à sa manière, cultive la longue tradition du Boléro, une enseigne fondée par Diego Perez, un Espagnol, et reprise il y a soixante ans par le regretté Béchir Ben Ayada.

Toujours impeccable, veillant imperturbablement à la qualité du service, chaque jour, Mokhtar instille son savoir-faire, faisant d’un restaurant populaire, la plus accueillante des tables de Tunis.

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Retraités italiens : La Tunisie demeure l’une des destinations les plus dynamiques

08. Dezember 2025 um 10:05

Le nombre total de retraités italiens qui s’installent à l’étranger est en recul, selon les données de l’INPS reprises par le Corriere della Sera. Entre 2018 et 2024, les départs sont passés d’environ 5700 à 4300, soit une baisse globale de 23,8%. Cette tendance générale ne touche toutefois pas toutes les destinations, certaines continuant d’attirer davantage de retraités, dont l’Espagne et la Tunisie.

Un flux italien stable vers la Tunisie

Entre 2019 et 2023, près de 2300 retraités italiens ont déménagé en Espagne, qui demeure la première destination. Le pays a enregistré 536 nouveaux arrivants en 2023, contre 451 en 2022, confirmant une progression continue.

La Tunisie fait également partie des rares destinations à résister à la tendance générale. Environ 1000 retraités italiens s’y sont installés entre 2019 et 2023, en particulier à Hammamet. Ce volume place le pays en deuxième position, loin devant la Roumanie (environ 500 nouveaux retraités) et l’Albanie (200, dont 100 pour la seule année 2023).

À l’inverse, plusieurs destinations historisées connaissent une chute marquée. Le Portugal, qui avait attiré des milliers de retraités grâce à son régime fiscal, a vu les nouvelles installations diminuer de plus de 83% en 2023 après la fin de son dispositif RNH. D’autres pays enregistrent une stagnation ou un recul des flux.

Un cadre fiscal stable qui renforce l’attractivité tunisienne

La Tunisie conserve sa dynamique grâce à un régime fiscal qui prévoit l’exonération de 80% des revenus transférés, assorti d’un abattement pouvant atteindre 1500 euros et d’un taux maximal plafonné à 35%. Ce cadre, resté inchangé ces dernières années, contraste avec les ajustements intervenus dans plusieurs pays européens.

Selon les données italiennes, 63% des retraités présents dans la région d’Hammamet sont d’anciens fonctionnaires, dont les pensions ne sont pas imposées en Italie lorsqu’ils résident à l’étranger. Le coût de la vie, nettement inférieur à celui de l’Italie ou de l’Espagne, constitue un autre facteur important : une pension comprise entre 1300 et 1500 euros permet de couvrir largement les dépenses courantes.

L’INPS indique par ailleurs que 43,9% des retraités quittant l’Italie en 2024 sont des étrangers retournant dans leur pays d’origine, ce qui contribue mécaniquement à la baisse du nombre total d’expatriations italiennes. Dans ce contexte, la Tunisie apparaît comme l’une des destinations qui maintiennent ou renforcent leur attractivité, malgré le recul global observé ailleurs.

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Augmentations salariales 2026–2028 : Un dispositif unique pour le public, le privé et les retraités

21. November 2025 um 09:53

Le projet de loi de finances 2026 introduit un programme d’augmentations salariales inédit, étalé sur trois ans, au profit des employés du public, du privé et des retraités.

Ces revalorisations concerneront les affiliés à la CNRPS et à la CNSS, avec un calendrier qui débutera en janvier 2026. Le dispositif, présenté comme un pilier de stabilité sociale, servira également de référence aux futures négociations sociales.

Un programme triennal qui touche salariés et retraités

Le gouvernement prévoit un mécanisme d’augmentations successives en janvier 2026, 2027 et 2028. Ce schéma concernera les fonctionnaires du secteur public, les salariés du privé ainsi que les retraités des deux régimes, CNRPS et CNSS.

Les hausses s’inscrivent dans la continuité des accords sociaux antérieurs et visent à renforcer le pouvoir d’achat dans un contexte économique tendu. Les pensions seront revalorisées selon les mêmes paliers annuels que les salaires, avec un alignement automatique par les caisses sociales.

Impact budgétaire : les principaux chiffres

Le Budget 2026 prévoit une enveloppe de 25 267 millions de dinars dédiée aux rémunérations de la fonction publique, contre 24 389 millions de dinars en 2025, soit une progression de +3,6 %. Cette hausse s’accompagne d’une stabilisation de la masse salariale autour de 13,4 % du PIB, contre 14,1 % en 2025. En parallèle, près de 51 878 postes seront régularisés ou recrutés en 2026 (dont 22 523 nouveaux), et une provision d’environ 1 milliard de dinars a été réservée pour la mise en œuvre du dispositif triennal 2026-2028.

Un taux plancher fixé par l’État pour encadrer les négociations

Le taux d’augmentation sera précisé dans la loi de finances et constituera la base de référence pour les discussions entre partenaires sociaux. Ce taux servira de plancher obligatoire, notamment dans le secteur privé où les conventions collectives devront s’y conformer.

Les entreprises publiques comme privées devront revaloriser les salaires selon le taux fixé par l’État, indépendamment de leur situation financière. Du côté des retraités, la CNRPS et la CNSS procéderont automatiquement aux versements en respectant le calendrier triennal. Cette homogénéité est présentée comme un mécanisme visant à consolider la justice sociale.

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Tunisie : Des hôtels en difficulté bientôt transformés en lieux de soins et de retraite ?

16. November 2025 um 11:35

Le ministre du Tourisme, Sofiane Tqaya, a annoncé récemment la régularisation de la situation de 11 unités hôtelières parmi celles confrontées à des difficultés financières. Une décision qui vise à stabiliser le secteur touristique, fortement touché par les crises économiques et sanitaires successives.

Mais au-delà de cette mesure, le ministère du Tourisme propose une nouvelle initiative. En coordination avec les ministères de la Famille, de la Femme, de l’Enfance, des Personnes âgées, de la Santé et des Affaires sociales, certaines unités touristiques en difficulté pourraient être transformées en maisons de retraite ou en espaces dédiés aux soins de santé et à la convalescence.

L’idée est de donner une nouvelle vie à des hôtels actuellement sous-utilisés, tout en répondant à des besoins sociaux croissants dans le pays. Ces structures pourraient accueillir des personnes âgées, offrir des soins spécifiques aux patients nécessitant un suivi médical, ou servir d’espaces de convalescence adaptés aux besoins de santé publique.

Pour le ministre, ce projet illustre comment le secteur touristique peut contribuer directement à la protection et au bien-être des populations vulnérables. « Il s’agit de repenser nos infrastructures touristiques pour qu’elles servent également des objectifs sociaux et humanitaires », a-t-il précisé.

Si cette initiative se concrétise, elle pourrait constituer un modèle inédit de reconversion des unités touristiques en Tunisie.

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