Les entreprises tunisiennes exportant des produits de la pêche et de l’aquaculture vers l’Union européenne ont été invitées à se conformer d’urgence aux nouvelles normes communautaires en matière d’emballages, qui entreront en vigueur le 12 août 2026.
Cet appel a été lancé par la Direction générale des services vétérinaires (DGSV) de Tunisie et relayé par le Groupement interprofessionnel des produits de la pêche (Gipp), qui recommandent aux établissements exportateurs d’engager immédiatement les démarches nécessaires auprès de leurs fournisseurs d’emballages afin de vérifier la conformité des matériaux utilisés au nouveau cadre européen.
Le règlement de l’UE 2025/40 relatif aux emballages et aux déchets d’emballages, connu sous l’acronyme PPWR, est entré en vigueur le 11 février 2025 et sera applicable de manière générale à partir du 12 août 2026.
La réglementation concerne tous les emballages mis sur le marché européen, quels que soient le matériau et le pays d’origine, et introduit des exigences relatives à la composition, à la durabilité, à la recyclabilité, à l’étiquetage et à la documentation technique.
Pour les emballages destinés au contact alimentaire – y compris ceux utilisés pour le poisson frais, congelé, transformé ou conservé – des limitations sont également prévues concernant la présence de substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) au-delà de certains seuils.
Les fabricants devront être en mesure de démontrer la conformité des emballages au moyen d’une documentation technique et d’une déclaration UE, tandis que les fournisseurs seront tenus de transmettre les informations nécessaires.
Cet avertissement des autorités revêt une importance particulière pour la filière halieutique tunisienne, fortement tournée vers les marchés européens.
En 2025, la Tunisie a exporté 35 500 tonnes de produits de la pêche pour une valeur de 878 millions de dinars (environ 260 millions d’euros). L’Italie est la principale destination, absorbant 28 % des exportations, devant l’Espagne, la Libye, l’Algérie et le Japon.
La mise en conformité des emballages constitue donc une étape essentielle pour éviter tout retard d’expédition, contestation documentaire ou difficulté d’accès au marché communautaire, notamment pour les crustacés, les mollusques, le poisson réfrigéré et les conserves, secteurs pour lesquels l’UE représente l’un des principaux débouchés commerciaux de la Tunisie.
La Tunisie a lancé un recensement des églises et synagogues dans les différentes régions du pays, dans le but de clarifier leur statut juridique et foncier et faire un l’état des bâtiments. Un plan d’entretien, de restauration et de mise en valeur est prévu ainsi que de nouvelles affectations pour des activités à caractère culturelle. (Photo: Eglises catholiques de Sfax et Gabès).
Selon un communiqué du ministère des Affaires culturelles — qui ne précise pas le nombre total de biens concernés —, ce travail devra permettre d’actualiser les informations disponibles sur chaque bâtiment, d’en vérifier la situation juridique et d’identifier les éventuels problèmes liés à la propriété, à l’affectation ou aux modalités de gestion. Ce recensement servira également à établir un ordre de priorité pour les interventions, en tenant compte des caractéristiques architecturales et historiques de chaque édifice.
Le programme prévoit des contrôles des infrastructures ainsi que la mise en place d’opérations d’entretien périodique ou de restauration, dans le respect des normes techniques applicables à la conservation des monuments historiques.
Il s’agit de renforcer le nettoyage, l’entretien et le suivi régulier de ces sites, considérés comme faisant partie intégrante de la mémoire nationale et comme un témoignage de la pluralité culturelle et religieuse ayant marqué l’histoire de la Tunisie.
Sont concernés de nombreux édifices construits à différentes époques et qui ne sont pas toujours affectés au culte aujourd’hui. Dans plusieurs cas, les autorités envisagent leur transformation en bibliothèques, médiathèques ou espaces culturels.
Parmi les projets encore à l’étude figure la reconversion de l’ancienne église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Sfax, construite entre 1940 et 1953, un chantier lancé en 2016 mais ralenti par des problèmes techniques et fonciers. En mars dernier, le ministère a annoncé la création d’un comité de pilotage chargé de relancer les travaux et de définir un nouveau calendrier opérationnel.
L’ancienne église de Gabès, construite à partir de 1886, précédemment utilisée comme bibliothèque publique, est aussi concernée. Inscrit en janvier 2024 à l’inventaire des monuments du gouvernorat, l’édifice nécessite, selon le ministère, une régularisation de son statut foncier ainsi que des travaux structurels avant de pouvoir rouvrir au public.
L’église Santa Croce, construite en 1837 dans la médina de Tunis, constitue un précédent significatif : restaurée grâce à la contribution de la Coopération italienne, elle a été reconvertie en espace culturel municipal. L’ensemble accueille aujourd’hui des expositions, des ateliers et des spectacles, tout en préservant les éléments principaux de son architecture d’origine.
Ce patrimoine religieux pluriel figure également parmi les éléments ayant conduit, en 2023, à l’inscription de Djerba sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Outre les mosquées historiques de l’île, le dossier inclut la synagogue de la Ghriba ainsi que les églises catholique et orthodoxe, considérées comme l’expression de la stratification culturelle et religieuse du pays.
Les autorités parlent de d’assurer une gestion pérenne de ces édifices qui, même lorsqu’ils ne conservent plus leur fonction religieuse initiale, demeurent partie intégrante du patrimoine historique et architectural tunisien.
La Garde-frontière libyenne, qui relève du ministère de l’Intérieur du Gouvernement d’unité nationale de Tripoli, a lancé la première phase d’un projet de surveillance électronique destiné à couvrir environ 200 kilomètres de la frontière occidentale de la Libye, le long de la frontière avec la Tunisie.Est-ce que cela va se traduire par une baisse des flux de migrants illégaux subsahariens vers la Tunisie ? On attendra pour voir si ce machin, entre les mains des gardes frontières libyens, va servir à cela ou… à autre chose de plus inavouable.
Cette initiative, communiquée par la Garde-frontière libyenne sur sa page Facebook officielle et relayée par le ministère libyen de l’Intérieur, est menée en collaboration avec la mission de l’Union européenne (UE) d’assistance à la gestion intégrée des frontières en Libye (Eubam), précise l’agence italienne Ansa, ajoutant qu’une délégation conjointe s’est rendue dans le secteur frontalier d’Al-Assa, dans la partie nord de la frontière libyo-tunisienne, pour vérifier la mise en œuvre des travaux prévus dans le cadre de cette première phase.
Le projet comprend l’installation d’un système de surveillance optique et thermique reposant sur des caméras et des technologies de pointe, conçu pour surveiller la zone frontalière 24 heures sur 24, de jour comme de nuit.
Selon la Garde-frontière libyenne, ces équipements devraient améliorer les capacités d’observation et de détection précoce des menaces, tout en renforçant la préparation opérationnelle des unités déployées dans la zone.
Ce système vise également à soutenir la lutte contre la contrebande, la migration irrégulière et la criminalité transfrontalière.
La coopération dans la zone d’Al-Assa avait déjà été identifiée comme prioritaire en 2024, lors de la première réunion du comité conjoint entre les autorités libyennes et l’Eubam. Les parties avaient convenu de concentrer une première phase d’interventions sur le renforcement des capacités libyennes à Al-Assa et au poste-frontière de Ras Jedir, principal point de passage terrestre entre la Libye et la Tunisie. Eubam est une mission civile de l’UE chargée d’aider les autorités libyennes à gérer les frontières terrestres, maritimes et aériennes, ainsi qu’à lutter contre la traite des êtres humains, le trafic de migrants, la criminalité transfrontalière et le terrorisme. Son mandat actuel a été prorogé jusqu’en juin 2027.
Le projet de loi de finances 2027 de la Tunisie avance, comme chaque année, drapé de son vocabulaire propre : trajectoire budgétaire, équilibres macroéconomiques, hypothèses de croissance. Parmi ces chiffres, un seul retiendra l’attention du grand public, parce qu’il est censé résumer tous les autres : +1,9%. C’est le taux de croissance annoncé pour porter le budget de l’année qui vient. Un chiffre sobre, presque discret, qui ne fera pas la une, et c’est bien pour cela qu’il mérite qu’on s’y arrête.
Ilyes Bellagha *
Un pourcentage de croissance nationale ne parle jamais d’un foyer. Il parle d’un agrégat — la somme de tout ce qui se produit dans le pays, exportateurs prospères et petits commerces à l’arrêt confondus, ramenée à une seule ligne. Cette ligne a une vertu et un vice identiques : elle rassure en lissant. Elle additionne la marge d’une entreprise qui exporte et le panier qui rétrécit chaque semaine chez une mère de famille, et en tire une moyenne qui ne ressemble à la vie de personne en particulier.
Or cette croissance de 1,9% doit être mise en regard d’une inflation attendue autour de 5% pour la même période. Un pays qui produit un peu plus de richesse, pendant que les prix montent trois fois plus vite, ne s’enrichit pas : il perd du pouvoir d’achat réel, même si les communiqués officiels parlent, eux, d’une économie «en résilience» ou , mieux, «en croissance». Ajoutons à cela un chômage des jeunes qui dépasse 38%, et l’idée qu’une croissance sous les 2% puisse créer un mouvement sensible dans la vie de ce tiers de la jeunesse relève de la fiction statistique plus que de l’analyse économique.
Rien de tout cela n’est un mensonge à proprement parler. C’est plus subtil, et plus grave : c’est une vérité qui a cessé de regarder ce qu’elle est censée décrire : un processus d’appauvrissement général que rien, pour le moment, ne semble pouvoir arrêter.
Peut-on vivre sans chiffres ?
Il fut un temps où un Tunisien savait que l’année avait été mauvaise sans qu’aucun institut ne le lui confirme. Il le savait au poids du couffin, à la file qui s’allongeait devant la boulangerie, au silence plus lourd dans les cafés, au nombre de mariages reportés dans le quartier. Ce savoir-là n’avait besoin d’aucun médiateur : il naissait directement de l’expérience vécue, lentement, mais il appartenait à celui qui le portait.
Le chiffre est venu s’interposer entre l’homme et sa propre condition. Il ne s’est pas contenté de la mesurer — il a fini par l’arbitrer. Un citoyen peut aujourd’hui sentir sa vie se dégrader et douter malgré tout de sa propre perception, parce que «les chiffres» annoncent une amélioration, qui, à l’analyse, n’en serait finalement pas une. Le rapport entre le sentir et le savoir s’est inversé : ce n’est plus l’expérience qui nourrit le chiffre, c’est le chiffre qui autorise, ou interdit, l’expérience.
Peut-on alors vivre sans chiffres ? Non, évidemment — aucune société complexe ne se gouverne à l’instinct, et le prétendre serait une régression, pas une lucidité. Mais la vraie question n’est pas l’existence du chiffre : c’est sa justesse et sa place dans la hiérarchie du savoir. Est-il un outil au service de ce que les gens vivent, ou est-il devenu le seul juge légitime de ce qu’ils ont le droit de ressentir ? Le glissement s’est fait sans bruit, du chiffre-témoin au chiffre-verdict.
Le jargon comme dissimulation
Foucault l’avait déjà repéré : la statistique n’est pas née pour éclairer les gouvernés, mais pour permettre à l’État de gérer sa population comme on gère un cheptel — natalité, mortalité, rendement. Le mot lui-même le trahit : Statistik, la science de l’État. Le chiffre n’a jamais été un outil démocratique de transparence ; il a toujours été, à l’origine, un instrument de pilotage du haut vers le bas. Ce qui a changé, ce n’est pas sa nature, c’est le discours qui l’accompagne aujourd’hui, celui d’une transparence «partagée avec le citoyen» — alors que le citoyen, précisément, n’en possède ni le code ni la clé.
Le jargon médical fonctionne selon la même logique. Une bosse devient un hématome sous-cutané, une fêlure une fissure corticale : la précision n’est pas fausse, mais elle déplace l’autorité du patient vers celui qui maîtrise le vocabulaire. Le citoyen qui dit «je n’arrive plus à finir le mois» est renvoyé, poliment, à son ignorance des grands équilibres — pendant que le communiqué, avec ses trois chiffres après la virgule, est reçu comme la vérité elle-même.
Le politique n’a donc plus besoin de mentir pour dissimuler une décision : il lui suffit de la formuler dans une langue que le citoyen ne parle pas. Ce n’est plus la censure qui protège l’arbitrage budgétaire, c’est le jargon. On ne cache plus l’information, on la rend techniquement imprenable — comme un dossier médical illisible pour qui n’a pas fait la faculté.
L’opération a réussi
Le budget 2027 sortira du bloc opératoire dans quelques mois, et l’on nous dira, avec la fierté calme des grands communiqués, que la croissance atteindra 1,9%, l’inflation sera contenue et les équilibres financiers de l’Etat plus ou moins préservés. L’opération, en somme, aura parfaitement réussi… dans les limites de ce qui est permis d’espérer ou de prévoir.
Personne, dans le compte-rendu, ne demandera comment ira le patient.
C’est tout le génie du jargon : il permet de déclarer un succès sans jamais croiser le regard de celui qu’on a opéré. Le chirurgien qui annonce que l’opération a réussi ne ment qu’à moitié — techniquement, son geste a été exact, son protocole respecté à la lettre. Il a raison dans sa langue. Il a simplement oublié de vérifier si quelqu’un respirait encore de l’autre côté du drap.
Le +1,9% sera de la même nature : une opération réussie, sur le papier, dans la langue de ceux qui l’ont conduite. Que le patient — cette majorité qui vit dans une tout autre langue, celle du couffin et de la fin de mois — n’en ait pas survécu, cela ne figurera dans aucun rapport, parce que ce n’est simplement pas ce que le rapport a été conçu pour mesurer.
Alors on pourra, comme Pangloss au chevet des ruines, continuer d’affirmer que tout va pour le mieux dans le meilleur des budgets possibles — pendant que le patient, lui, cherche encore son pouls.
Pour la plupart des pays qu’ils soient alliés ou adversaires des États-Unis, les menaces et les intimidations du président américain Donald Trump ne sont plus prises au sérieux. Ils ont compris que les menaces précèdent souvent les compromis et le président américain revient fréquemment sur ses positions initiales. Désormais, la méthode Trump bat de l’aile et a fini par perdre son efficacité.
Imed Bahri
Dans une enquête publiée par le Washington Post, Steve Hendrix et Anthony Faiola constatent le déclin des effets produits par les menaces et les pressions du président Trump. De nombreux gouvernements considèrent désormais ses menaces comme faisant partie intégrante de sa stratégie de négociation et ne les appréhendent plus avec la même crainte qu’au début de son second mandat, écrivent-ils.
Lorsque Trump s’est tenu dans la roseraie de la Maison-Blanche le 2 avril 2025, brandissant une pancarte annonçant d’importantes hausses de droits de douane, le monde a réagi comme si une alarme incendie avait été déclenchée. Les marchés se sont effondrés, des milliers de milliards de dollars ont été perdus, des délégations diplomatiques se sont précipitées à Washington et plus de 75 pays se sont empressés d’ouvrir des canaux de négociations avec l’administration américaine. Certains ont même renoncé à leurs plans de représailles, espérant un règlement rapide.
Seize mois plus tard, la situation a radicalement changé. Trump continue de proférer les mêmes menaces, qu’il s’agisse d’instrumentaliser le commerce, d’annexer le Canada, de s’emparer du Groenland, de quitter l’Otan ou de lancer des frappes dévastatrices contre l’Iran. Cependant, les réactions internationales ne sont plus ce qu’elles étaient.
Les observateurs estiment que les dirigeants mondiaux se préoccupent moins de la rhétorique de Trump après avoir constaté que ses décisions se heurtent aux décisions de la Justice américaine et à l’opposition au sein du Congrès. Ils ont également vu Téhéran ignorer ses avertissements répétés, tandis que la popularité du chef de la Maison Blanche aux États-Unis a décliné.
Lorsque Trump a annoncé une nouvelle série de droits de douane le mois dernier, invoquant cette fois des accusations de travail des enfants pour contourner les restrictions imposées par la Cour suprême à ses pouvoirs, la décision n’a pas provoqué la panique qu’elle avait suscitée auparavant.
Le gouverneur de la Banque de France a prédit que l’impact des droits de douane serait limité, tandis que le gouvernement britannique a confirmé que ses exportations ne seraient pas significativement affectées. Le ministre mexicain de l’Économie a considéré qu’il s’agissait simplement de remplacer un droit de douane par un autre. Même les marchés financiers, qui réagissaient auparavant violemment aux déclarations de Trump, n’ont quasiment pas réagi.
Selon des responsables et des analystes, Trump, qui approche de la mi-mandat, commence à perdre l’un de ses atouts politiques les plus précieux à savoir l’utilisation des réseaux sociaux pour diffuser des déclarations chocs et alarmistes puis exploiter cette inquiétude afin d’obtenir des concessions politiques ou économiques de ses adversaires comme de ses alliés.
Si la présidence lui confère toujours une tribune influente, le public, qui accueillait autrefois ses déclarations avec appréhension, n’y réagit plus de la même manière.
«Nous nous sommes habitués à ces annonces quotidiennes», déclare Brando Benefe, député européen et chef de la délégation pour les relations avec les États-Unis, avant d’ajouter : «Nous ne les prenons plus aussi au sérieux».
Malgré sa présence constante sur la scène politique américaine et sa mainmise sur l’agenda public, Trump n’est pas parvenu à convaincre le Sénat, à majorité républicaine, de maintenir le secret sur les dossiers Jeffrey Epstein. Il n’a pas non plus réussi à faire adopter son Save America Act et a été contraint cette semaine de faire des concessions pour relancer la nomination de Todd Blanch au poste de procureur général.
Sur le plan international, sa politique s’est heurtée à des obstacles encore plus marqués. L’Iran a refusé de céder aux pressions militaires américaines et a maintenu la fermeture du détroit d’Ormuz, tandis que le président russe Vladimir Poutine poursuit toujours sa guerre en Ukraine alors que Trump avait affirmé durant la campagne électorale de 2024 que s’il retourne à la Maison-Blanche, il appellerait Poutine et en 24 heures, la guerre d’Ukraine prendrait fin.
Ses nouvelles revendications concernant le Groenland ont suscité une indifférence manifeste de la part des Européens et les principales nations commerçantes ont manifesté peu d’intérêt pour ses dernières menaces tarifaires.
Il revient fréquemment sur ses positions initiales
Pour de nombreux pays, les déclarations de Trump font désormais partie intégrante de son style politique habituel. Les menaces précèdent souvent les compromis et le président américain revient fréquemment sur ses positions initiales.
C’est pourquoi le terme «Taco», abréviation de «Trump Always Chickens Out» (Trump se dégonfle toujours), a commencé à circuler dans les milieux financiers et politiques. Jeremy Shapiro, directeur du programme américain au Conseil européen des relations étrangères, affirme que cette perception se répand dans de nombreuses capitales à travers le monde.
Shapiro ajoute avoir été initialement surpris par l’efficacité des tactiques d’intimidation de Trump durant les premiers mois de son second mandat mais il estime que ce succès ne s’explique pas uniquement par la personnalité du président. Il découle du capital politique et diplomatique considérable que les États-Unis ont accumulé pendant des décennies, un capital qui s’est érodé avec le temps. Il déclare : «Les responsables commencent à comprendre que Trump se comporte parfois comme un tyran mais qu’en même temps, il est facilement déstabilisé face à une position ferme».
Les droits de douane, annoncés par Trump le 2 avril 2025 qu’il a surnommé «Liberation Day», ont perdu la majeure partie de leur impact en quelques jours, suite à l’exemption de nombreux secteurs et au report à plusieurs reprises de leur application puis dans un second temps, la Cour Suprême a fini par les invalider purement et simplement.
Par ailleurs, ses menaces d’imposer des droits de douane élevés aux pays européens au sujet du Groenland ont abouti, au Forum de Davos, à la simple annonce d’un «cadre de négociation» auquel le Danemark n’avait même pas consenti et qui n’a entraîné aucun changement concret.
La Chine contraint les Etats-Unis à reculer
À l’inverse, la Chine a choisi de ne pas céder aux menaces américaines d’imposer des droits de douane pouvant atteindre 100%. Elle a riposté en tirant parti de son influence sur le marché des terres rares et en suspendant les importations de soja américain, contraignant Washington à reculer. Cette expérience a incité d’autres pays à penser que résister fermement aux pressions de Trump pourrait être le meilleur moyen d’obtenir des concessions de sa part.
Au Brésil, le président Lula da Silva a ignoré les menaces de Trump d’imposer des droits de douane de 50%, mesures sur lesquelles la Maison-Blanche comptait pour contraindre le gouvernement à suspendre le procès de l’ancien président Jair Bolsonaro, accusé de tentative de coup d’État armé. Le procès s’est néanmoins poursuivi et Bolsonaro a été condamné à 27 ans de prison, sans que les pressions américaines n’aient atteint leur objectif.
Le WP indique que l’exemple le plus frappant de l’inefficacité croissante de la politique des menaces est celui de l’Iran. Les États-Unis et Israël y ont lancé une vaste campagne militaire qui a entraîné la mort du Guide suprême et de plusieurs hauts responsables, sans pour autant provoquer l’effondrement du régime ni permettre à Téhéran de reprendre le contrôle du détroit d’Ormuz qui demeure un atout stratégique majeur.
Trump avait adressé une série d’avertissements aux dirigeants iraniens, exigeant la réouverture du détroit et menaçant de détruire la civilisation iranienne en cas de refus mais le détroit est resté fermé et Téhéran n’a pas cédé et ce, malgré l’ampleur de la menace militaire. Cela a incité le président américain à revoir progressivement ses objectifs, tant en ce qui concerne le renversement du régime iranien que le sort de son stock d’uranium enrichi.
Un président qui menace et bombarde, puis recule
Ronald Neumann, ancien ambassadeur des États-Unis en Afghanistan, à Bahreïn et en Algérie, affirme que la leçon que Téhéran tire de cette situation est claire : le pays voit un président qui menace, puis bombarde, puis recule, ce qui, aux yeux des négociateurs iraniens, les amène à croire que Washington est la partie la plus désireuse de parvenir à un accord. Il ajoute : «Dans le monde de la négociation, quand l’autre partie sent que vous êtes pressé, elle ne voit aucune raison de faire des concessions».
Neumann va même plus loin : «Si j’allais faire mes courses dans un bazar oriental, je ne donnerais pas d’argent à Trump pour négocier à ma place».
La méthode Trump ne se limite pas à l’Iran, elle s’étend à l’Europe. Il a tenté d’entraîner ses alliés européens dans une confrontation plus large avec Téhéran, menaçant l’Espagne d’un embargo commercial après son refus de participer, faisant pression sur la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne pour qu’elles réimposent les sanctions de l’Onu contre l’Iran et laissant entendre une possible révision des engagements américains au sein de l’Otan.
Cependant, les pays européens ont refusé de s’impliquer davantage dans la guerre. Certains, comme l’Espagne et l’Italie, ont même fermé leurs bases militaires ou leur espace aérien aux opérations liées à la guerre.
Un diplomate européen affirme que la menace de Trump d’interrompre le commerce avec l’Espagne a été accueillie avec une relative indifférence cette fois-ci car de nombreux responsables estimaient que les déclarations du président américain seraient rapidement rétractées si elles ne suscitaient pas de réaction.
Néanmoins, le diplomate reconnaît que traiter avec Trump reste complexe car son comportement est imprévisible. «Il est vrai qu’il fait souvent marche arrière mais pas toujours», dit-il.
Le WP rappelle que Trump a démontré, à plusieurs reprises, sa volonté de recourir à la force militaire, contrairement aux attentes d’une partie de son électorat qui espérait une réduction des interventions étrangères.
Il a ordonné plus d’opérations militaires à l’étranger que tout autre président américain de l’ère moderne, notamment la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro lors d’une opération des forces spéciales, le bombardement de l’Iran et des dizaines de frappes contre des navires soupçonnés de trafic de drogue dans les Caraïbes et le Pacifique.
Sur le plan intérieur, il a déployé la Garde nationale à Washington, D.C., tandis que sa politique d’immigration radicale a suscité une vive controverse après que des descentes d’agents fédéraux masqués dans des lieux de travail et des tribunaux ont entraîné des morts et des manifestations.
Cependant, la propension de Trump à recourir à la force ne suffit plus à imposer l’obéissance qu’il exigeait. Les gouvernements et les responsables politiques, tant aux États-Unis qu’à l’étranger, sont désormais mieux préparés à faire face à ses menaces ou à les ignorer purement et simplement.
Mujtaba Rahman, expert au cabinet de conseil Eurasia Group, explique que les gouvernements européens sont moins sujets à la panique et plus aptes à distinguer la rhétorique de Trump des politiques réellement mises en œuvre par son administration. Il ajoute que cette tendance ne se limite plus à l’Europe mais s’étend désormais aux pays du Golfe qui considèrent le style de négociation de Trump comme faisant partie intégrante de sa gestion habituelle des problèmes.
Le Washington Post cite en exemple l’accord annoncé par Washington et Riyad concernant le programme nucléaire civil saoudien, avant que Trump ne surprenne tout le monde avec une publication sur TruthSocial liant la mise en œuvre de cet accord à l’adhésion de l’Arabie saoudite aux accords d’Abraham.
Andrew Lieber, chercheur à la Fondation Carnegie pour la paix internationale, affirme que les responsables saoudiens ont été surpris et mécontents de cette condition, d’autant plus qu’ils avaient déjà annoncé l’accord par voie officielle.
Lieber estime que Riyad a acquis une expérience considérable dans ses relations avec Trump et comprend désormais que les décisions soudaines et les déclarations contradictoires font partie intégrante de son style politique habituel.
Il vaut mieux résister aux pressions que faire des concessions
Durant la première année du second mandat de Trump, les capitales européennes ont adopté une politique d’éloges et d’apaisement, la considérant comme le meilleur moyen de contenir le président américain.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est rendue au complexe golfique de Trump en Écosse pour tenter de résoudre les différends commerciaux selon ses conditions à lui et le Royaume-Uni lui a adressé une invitation sans précédent pour effectuer une seconde visite d’État.
Un diplomate européen confirme toutefois que cette approche commence à évoluer. Les dirigeants européens continuent de flatter Trump, notamment lors de réunions à huis clos, mais ils sont de moins en moins disposés à faire les concessions qu’il exige.
«Ils savent que la flatterie a un effet sur lui, qu’il pourrait se montrer plus conciliant lors d’une seule rencontre mais cela ne signifie pas qu’ils doivent céder à ses exigences», explique-t-il. Et d’ajouter que la question du Groenland a marqué un tournant, les menaces de Trump ayant été neutralisées par une position européenne unie. La Chine et le Brésil ont également démontré qu’il est plus efficace de résister aux pressions que de faire des concessions, tandis que la capitulation de l’Europe au début de la guerre commerciale n’a fait qu’attiser les exigences américaines.
L’enquête du WP indique qu’apprendre à ignorer les menaces de Trump peut en revanche attiser sa frustration et peut rendre son comportement encore plus imprévisible, surtout si les Républicains perdent leur majorité aux élections de mi-mandat et que le président est contraint de s’appuyer davantage sur ses pouvoirs exécutifs.
Jeremy Shapiro prévient que Trump n’est pas du genre à accepter sans broncher un déclin de son influence. S’il sent son influence diminuer, il pourrait recourir à des méthodes nouvelles et plus risquées pour utiliser la puissance américaine.
En conclusion, les auteurs de l’enquête du WP estiment que le monde ne réagit plus aux menaces de Trump comme au début de son second mandat et qu’après une série d’avertissements qui se sont soldés par des reculs ou des compromis, nombre d’alliés et d’adversaires font désormais la distinction entre l’escalade verbale et les politiques concrètes, un changement qui pourrait affaiblir la capacité du président américain à utiliser ces tactiques de choc habituels pour obtenir des gains politiques et diplomatiques mais qui, à l’inverse, pourrait le pousser vers des options plus dangereuses pour restaurer son prestige et son influence.
La chronique des pannes électriques qui affectent la vie quotidienne des Tunisiens en pleine canicule estivale, souvent conjuguées à des pannes de l’approvisionnement en eau potable, n’est pas seulement un problème technique, mais psychologique et systémique.
Manel Albouchi *
Une panne coupe le courant dans une maison, immobilise des chaînes de production, plonge des quartiers dans l’obscurité. Mais elle éclaire aussi ce que nous ne voulions plus voir : les lignes de fracture invisibles d’un système, les tensions qui s’accumulent sous la surface et les silences…
Cet été, les coupures d’électricité rythment le quotidien des Tunisiens. En pleine canicule, lorsque les températures dépassent les quarante degrés, la lumière s’éteint, les climatiseurs cessent de fonctionner, les ascenseurs s’immobilisent, les machines s’arrêtent. Les foyers s’organisent comme ils peuvent. Les entreprises comptent les pertes. Les hôpitaux renforcent leurs dispositifs de secours. Chacun cherche une explication. La plus simple serait de parler d’une crise énergétique. Pourtant, lorsqu’une panne devient récurrente, elle cesse d’être un simple incident technique. Elle devient le symptôme d’un système. Et tout symptôme mérite d’être écouté avant d’être diagnostiqué.
L’intérêt général et le poids des tiroirs
«Tant que les gens ne sont pas animés par l’esprit de l’intérêt général, tous les projets resteront dans les tiroirs. J’en sais quelque chose malheureusement… C’est l’amère constat que je retiens de mon expérience au ministère», m’a confié un ancien ministre.
Ce constat désabusé pointe l’inertie des rouages administratifs, la lenteur des réformes et ce sentiment d’impuissance face à une machine étatique qui semble parfois pétrifiée. Mais à cette vision, une réponse s’impose : et si le problème ne venait pas uniquement d’un manque de civisme ou de la mauvaise volonté des agents, mais d’une faillite de l’institution à nourrir le sens de l’action ? Peut-être que pour ranimer l’intérêt général, il faut commencer par renouer avec ce qui fonde une véritable communauté.
Un pays n’est pas un simple regroupement d’individus isolés : c’est un corps vivant où le sort de chacun est irrémédiablement lié à celui des autres. Lorsque le lien social se distend et que la solidarité organique fait défaut, le service public perd sa boussole et le collectif éclate en fragments solitaires.
Au-delà du poste et de la rémunération, le travail n’est pas juste l’exécution d’une tâche. C’est comme en cuisine. Cuisiner c’est toujours inventer un peu plus que ce qui est prescrit. Entre la recette et la réalité du terrain, il existe un espace d’intelligence, un véritable espace potentiel ou transitionnel : celui des ajustements, de l’expérience, de l’intuition. C’est dans cet espace que naissent les innovations. Mais cet espace est aussi celui de la reconnaissance.
Chaque professionnel pose, souvent sans le dire, une question silencieuse : «Ce que je vois a-t-il de la valeur ?» Lorsque cette question reste trop longtemps sans réponse, le désengagement commence. Il ne s’agit pas d’une rébellion ouverte, mais d’un retrait progressif et intime. On cesse de proposer, on cesse de croire, et l’énergie créatrice se retire des tiroirs ministériels pour laisser place au strict minimum.
Anatomie d’un renoncement étouffé
Dans les ateliers de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), un ingénieur rencontré dans le cadre d’une recherche sur l’innovation raconte une histoire qui, à elle seule, résume une partie du problème : «Les idées d’innovation, on en a. Mais pour les mettre en œuvre, c’est compliqué. Il y a deux ans, j’ai imaginé une bobine pour enrouler les fils de conduction afin qu’ils ne traînent plus au sol. Il fallait passer par le sous-directeur, le directeur, puis la direction centrale. Tu sais, l’innovation demande de la rapidité… J’ai laissé tomber.» Cette phrase est sans doute la plus importante de tout son témoignage : «J’ai laissé tomber.» Ce ne sont pas seulement quelques mots prononcés avec résignation. C’est un basculement où l’idée cesse d’être un projet pour devenir un renoncement. C’est plus qu’une perte d’énergie, c’est une rupture entre le désir et l’action.
Le désir n’est pas seulement l’envie de faire. Il est cette force intérieure qui pousse un sujet à transformer le monde qui l’entoure. Travailler, créer, réparer, inventer, transmettre : toutes ces actions naissent d’un investissement psychique.
Lorsqu’une organisation répond durablement à cet investissement par des obstacles, des délais ou une absence de reconnaissance, quelque chose finit par se retirer. Ce retrait n’est ni un désamour de la patrie, ni de la paresse, ni un manque de compétence. Il est une forme de protection. Les travaux sur l’impuissance apprise montrent qu’un individu confronté à des situations répétées où son action semble sans effet peut progressivement cesser d’agir, non parce qu’il en est incapable, mais parce qu’il ne croit plus que son action puisse produire une différence. Autrement dit, le problème n’est pas seulement que les idées meurent. Le problème est que le désir de proposer finit lui aussi par s’éteindre.
Il serait pourtant injuste de réduire la Steg à l’image d’une administration figée. Car une institution n’est jamais homogène. Au sein de la direction du management-qualité, des équipes ont obtenu plusieurs certifications en développant des projets innovants dans le domaine des normes de sécurité. Les membres décrivent un climat de coopération, un responsable qui encourage les initiatives, une dynamique de groupe où chacun ose proposer et expérimenter.
Autrement dit, les compétences existent. L’engagement existe. Le désir d’innover existe. La question n’est donc plus de savoir si les femmes et les hommes de la Steg sont capables d’innover. La véritable question est : pourquoi certaines parties d’une même institution permettent-elles au désir de circuler alors que d’autres finissent par l’étouffer ? Les bureaucraties ne deviennent pas inefficaces parce que leurs membres seraient incompétents. Elles deviennent vulnérables lorsqu’elles cherchent à réduire toute incertitude par l’accumulation de règles et la concentration du pouvoir de décision. Ce qui devait sécuriser l’organisation finit alors par ralentir sa capacité d’adaptation.
Une institution n’est pas seulement un ensemble de règles, de bâtiments et de procédures. Elle est aussi un espace psychique où des femmes et des hommes déposent leurs attentes, leurs peurs, leurs ambitions, leurs frustrations et leurs espoirs. Confrontée à l’incertitude, une organisation développe des mécanismes de défense : la multiplication des contrôles et des validations administratives, la concentration excessive des décisions au sommet, et la recherche d’une sécurité illusoire au détriment de l’apprentissage par l’essai.
Ces mécanismes ont certes une fonction positive pour sécuriser ou éviter les erreurs. Mais toute protection excessive peut devenir une prison. Comme un sujet qui, pour ne plus souffrir, finit par ne plus prendre de risques, une organisation peut se défendre tellement fortement contre l’erreur qu’elle finit par empêcher l’apprentissage. La question n’est donc pas de supprimer les règles car une organisation sans cadre devient chaotique, mais de savoir si le cadre contient ou s’il enferme.
Le miroir d’une crise profonde
Les coupures électriques qui touchent la société tunisienne ne sont pas seulement un phénomène matériel. Elles deviennent un miroir. Elles interrogent notre rapport collectif à la sécurité, à la responsabilité et à la confiance.
Dans une période où les citoyens vivent déjà des formes d’incertitude économique, sociale et environnementale, une interruption du courant touche une dimension symbolique profonde : la sensation que les structures qui soutiennent la vie quotidienne peuvent devenir fragiles. La question qui surgit alors dépasse largement l’électricité : sur quoi pouvons-nous encore compter ?
La transition énergétique ne pourra pas être seulement une transition technologique. Elle devra être une transition humaine. Installer des réseaux intelligents et développer des infrastructures modernes sont des nécessités, mais aucune technologie ne remplacera une organisation capable d’apprendre. Un Smart Grid nécessite des capteurs et des algorithmes. Une institution intelligente nécessite aussi de l’écoute, de la confiance et du dialogue.
Le véritable défi n’est donc pas uniquement de produire davantage d’énergie. Il est de permettre à l’énergie humaine de mieux circuler. Car derrière chaque infrastructure, il y a des personnes ; derrière chaque procédure, il y a une intention humaine ; et derrière chaque innovation abandonnée, il y a parfois une part de désir qui s’est retirée.
Une étape nécessaire
Les crises ne sont pas des accidents chaotiques ou des anomalies qu’il s’agirait simplement de gommer. Elles sont le prix à payer pour l’émancipation. À travers ces ruptures, ces pannes et ces contradictions, c’est l’institution — et à travers elle, la société tout entière — qui est sommée de se dépasser, de surmonter ses rigidités et d’accéder à une conscience plus haute d’elle-même.
La crise de la Steg, vue sous cet angle, n’est pas qu’une défaillance technique : c’est le moment dialectique où le système est mis face à ses propres impasses pour être forcé de réinventer son rapport au travail, au désir et à l’intelligence collective.
La crise de la Steg nous rappelle une vérité simple mais profonde : une institution ne s’affaiblit pas uniquement lorsqu’elle manque de ressources. Elle s’affaiblit lorsqu’elle perd sa capacité à transformer ses ressources en intelligence collective. Le courant électrique a besoin de réseaux pour circuler. L’intelligence humaine aussi. Elle a besoin de liens, de reconnaissance, de confiance et d’espaces où elle peut prendre forme.
La véritable énergie d’un pays ne se mesure donc pas seulement en mégawatts produits, mais aussi à la manière dont il traite celles et ceux qui créent, réparent, imaginent et maintiennent ses structures vivantes.
* Psychothérapeute Intégrative, consultante en psychologie organisationnelle.
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En juillet 2026, les températures marines dans le golfe de Gabès ont dépassé les 30 °C avec des pics atteignant environ 34 °C, menaçant la pêche et les écosystèmes côtiers d’une région qui concentre 23 % de la capacité d’hébergement touristique du pays, notamment dans les zones de Djerba et Zarzis.La menace concerne les deux principales activités économiques de la région du sud-est tunisien: la pêche et le tourisme, déjà très affectés par la pollution industrielle.
Latif Belhedi
Cette hausse des températures marines, phénomène marin distinct des températures de l’air ambiant, témoigne d’un important stress écologique. Si les activités touristiques immédiates ne sont pas affectées, ce réchauffement menace la viabilité à long terme de la pêche et de la biodiversité côtière.
Réchauffement marin exceptionnel en Méditerranée
Cette situation s’inscrit dans une crise régionale plus vaste. Au 1er août 2026, la température moyenne de surface de la mer dans le bassin méditerranéen s’élevait à 27,3 °C. Les données indiquent qu’à cette date, environ 65,8 % de la Méditerranée subissait des conditions de canicule marine.
Les tendances mondiales reflètent cette hausse régionale : la température moyenne de surface de la mer hors zones polaires a atteint 20,86 °C en juin 2026, soit le niveau le plus élevé jamais enregistré officiellement pour un mois de juin.
Bien que les prévisions pour le 1er août aient laissé entrevoir une diminution de l’étendue et de l’intensité de la canicule, des conditions modérées à fortes ont persisté dans plusieurs secteurs.
Une analyse des données historiques révèle une baisse de 44 % de la productivité de la pêche dans le golfe de Gabès entre 2000 et 2015. La vague de chaleur de 2026 aggrave ces facteurs de stress existants, exerçant une pression supplémentaire sur un écosystème déjà fragilisé.
Exposition économique : tourisme et pêche
Les enjeux économiques pour le sud de la Tunisie sont considérables. Le corridor Djerba-Zarzis-Gabès constitue un moteur essentiel de l’industrie touristique nationale.
En 2023, la capacité d’hébergement de la région s’élevait à 150 établissements et 53 114 lits, soit environ 23 % du total des 230 726 lits touristiques que comptait à cette date la Tunisie.
Le tourisme côtier et la pêche soutiennent, ensemble, environ 450 000 emplois à l’échelle nationale. Et l’économie bleue tunisienne a contribué à près de 14 % de la production économique nationale en 2018. Pr ailleurs, plus de 66 % de la population (environ 7,6 millions de personnes) réside dans les zones côtières. Ce qui donne une idée des impacts attendus du réchauffement climatique sur l’économie tunisienne en général et sur celle du Golfe de Gabès en particulier.