La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) annonce la possibilité de recourir, ce mardi 25 août 2026, à de nouvelles coupures tournantes dans plusieurs régions du pays. Les délestages pourraient intervenir entre 13h et 17h et seront déclenchés en fonction de la situation du réseau électrique.
Les interruptions ne sont donc pas systématiques. Lorsqu’elles sont appliquées, elles interviennent par périodes intermittentes ne dépassant pas deux heures.
De nombreuses zones du Grand Tunis concernées
Selon le communiqué de la STEG relayé mardi matin par la Radio nationale, le Grand Tunis figure largement sur la liste.
Fouchana, El Mghira, Borj Cedria, Cité Ettadhamen, La Soukra, El Mourouj, Mégrine, Radès, Ezzahra, Hammam-Lif, Boumhel, Ariana, Douar Hicher, La Marsa, Borj Touil, El Menzah, El Manar, Aïn Zaghouan, Jardins de Carthage, Le Kram, La Goulette, Tebourba, Jedeida, Sidi Thabet et Mornag sont notamment citées.
Dans le Cap Bon figurent Nabeul, Hammamet, Kélibia, Korba, Béni Khiar, Menzel Temime, Menzel Bouzelfa, Soliman et Takelsa. Plusieurs zones de Bizerte et Zaghouan sont également concernées.
Des coupures possibles jusqu’au Sud
La liste s’étend au Nord-Ouest avec notamment Nefza, Rouhia, Makthar, Ghardimaou, Bou Salem, Gaâfour, Nebeur et Tajerouine.
Dans le Centre, les délestages pourraient toucher notamment Enfidha, Hammam Sousse, Akouda, M’saken, Jemmal, Ksar Hellal, Moknine, Mahdia, Chebba, Bouhajla et Sbikha.
À Sfax sont notamment mentionnés Menzel Chaker, Sakiet Ezzit, Sakiet Eddaïer, Bir Ali Ben Khalifa, Mahres, Agareb, El Amra, Jebiniana et Hencha.
Des zones de Gabès, Djerba, Kébili, Tataouine, Zarzis, Ben Guerdane et Médenine figurent également sur la liste.
Un réseau qui continue à être renforcé
La STEG indique que ces coupures éventuelles visent à préserver la sécurité et la continuité du système électrique. Leur déclenchement dépend de l’équilibre entre la production et la consommation.
Deux infrastructures sont justement entrées en service récemment : le poste de transformation de Zaafrana, à Kairouan, le 13 juillet, puis celui de Bou Argoub, à Nabeul, le 21 août. Ce dernier contribue notamment à renforcer les échanges électriques entre le Cap Bon, le Grand Tunis et le Sahel.
Ces équipements ne produisent pas eux-mêmes davantage d’électricité, mais augmentent la capacité du réseau à transporter, transformer et répartir l’énergie.
En attendant que les autres projets annoncés renforcent davantage le système, les délestages restent donc un outil auquel la STEG peut recourir lorsque les besoins du réseau l’exigent.
La Steg a mis en service une nouvelle station de transformation électrique à haute tension à Bou Argoub, dans le gouvernorat de Nabeul. D’un coût de 47 millions de dinars, l’infrastructure doit renforcer l’alimentation électrique de la région, notamment de sa zone industrielle, et améliorer la fiabilité du réseau.
La station, située dans la zone industrielle Hached à Bou Argoub, a été inaugurée vendredi 21 août 2026 par la gouverneure de Nabeul et le président-directeur général de la Steg. Le projet repose sur deux transformateurs 33/225 kV, d’une capacité de 40 MVA chacun, ainsi que sur 27 cellules de moyenne tension destinées à renforcer l’alimentation des zones avoisinantes.
Son principal enjeu est toutefois son intégration au réseau de transport à haute tension. La station est désormais reliée à trois pôles électriques — Grombalia, Jebel Ressas et Bouficha — à travers trois lignes aériennes de 225 kV. Les liaisons représentent au total près de 45 kilomètres de nouvelles lignes : 9,6 km entre Bou Argoub et Grombalia, 10,5 km vers Jebel Ressas et 24,7 km vers Bouficha.
Réalisée en un an et demi, cette station vient ainsi renforcer l’architecture du réseau électrique du Cap Bon en augmentant sa capacité de transformation et en multipliant les points de connexion avec le réseau haute tension.
Les délestages de juillet ont brutalement rappelé la fragilité du système électrique tunisien face aux pics de consommation. Depuis, deux nouvelles infrastructures majeures ont été mises en service : la station de Zaafrana, à Kairouan, le 13 juillet, puis le poste de transformation de Bou Argoub, à Nabeul, ce 21 août. Deux projets distincts, mais qui témoignent d’un même impératif : renforcer un réseau soumis à une pression croissante.
Zaafrana, première pièce d’un programme de 17 postes
Le 13 juillet, la STEG mettait officiellement en service la station de transformation haute et moyenne tension de Zaafrana, dans le gouvernorat de Kairouan, pour un investissement proche de 25 millions de dinars.
Le projet constitue la première réalisation officiellement annoncée d’un programme national portant sur 17 postes de transformation. La station, raccordée au poste de Msaken II, doit notamment améliorer l’alimentation électrique de plusieurs délégations du sud de Kairouan et renforcer la stabilité du réseau pendant les périodes de forte consommation.
Mais cette mise en service ne constitue pas une réponse conçue en quelques semaines après les délestages. Le contrat de Zaafrana avait été signé en 2020 et le chantier avait accumulé les retards en raison de la pandémie de Covid-19 et des difficultés d’approvisionnement liées à la guerre en Ukraine.
La prochaine étape annoncée concerne Ben Guerdane, dans le gouvernorat de Médenine, suivie de Bir Chaâbane, à Kasserine.
Bou Argoub, un autre chantier stratégique
Un peu plus d’un mois après Zaafrana, c’est au Cap Bon qu’une autre infrastructure importante a été mise en service, a annoncé aujourd’hui la Radio nationale.
Le nouveau poste de Bou Argoub, d’une valeur de 47,094 millions de dinars, fonctionne à des niveaux de tension de 225/33 kV et dispose de deux transformateurs. Il est relié à Grombalia, Jebel Ressas et Bouficha par trois lignes aériennes doubles.
Son rôle est différent de celui d’une centrale électrique : le poste ne produit pas d’électricité. Il renforce la capacité du réseau à transporter, transformer et répartir l’énergie entre plusieurs zones.
Ce projet est particulièrement intéressant dans le contexte actuel car il contribue à consolider les échanges électriques entre le Cap Bon, le Grand Tunis et le Sahel.
Le problème n’est donc pas seulement de produire davantage
L’été 2026 a mis en évidence une réalité souvent moins visible : la sécurité électrique ne dépend pas uniquement des mégawatts produits par les centrales.
Lorsque la demande grimpe brutalement, notamment sous l’effet de la climatisation, il faut également disposer d’un réseau suffisamment robuste pour acheminer cette énergie vers les zones de consommation et absorber les variations de charge.
Les délestages de juillet ont justement illustré cette pression sur le système. La STEG avait alors programmé plusieurs opérations de coupure tournante afin de préserver la sécurité et la continuité du réseau.
Dans ce contexte, chaque nouveau poste de transformation constitue une pièce supplémentaire du dispositif.
Et les 15 autres postes ?
C’est désormais la question qui mérite d’être suivie.
Les sources disponibles confirment que Zaafrana est la première réalisation du programme des 17 postes et que Ben Guerdane et Bir Chaâbane figurent parmi les prochaines étapes annoncées.
Les documents techniques de la STEG permettent par ailleurs d’identifier plusieurs autres infrastructures prévues dans le cadre du développement du réseau, notamment à Skhira, Jemmal, Noyel, Sanhaja et Bir Chaâbane, avec différents niveaux de tension et raccordements.
Mais leur état d’avancement en août 2026 n’est pas suffisamment documenté dans les sources publiques consultées pour affirmer qu’elles sont déjà opérationnelles.
C’est donc moins le nombre de postes inaugurés que leur rythme réel de mise en service qui constitue désormais l’indicateur à surveiller.
Après les délestages, la question n’est plus seulement de savoir combien de projets électriques sont annoncés. Elle est de savoir combien sont effectivement entrés en exploitation, combien restent en chantier et combien attendent encore leur mise en service.
La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a annoncé qu’elle pourrait recourir, ce jeudi 20 août 2026, à des coupures périodiques et temporaires d’électricité dans plusieurs régions du pays.
Ces interruptions sont susceptibles d’intervenir entre 13h30 et 17h00, selon l’évolution de la situation sur le réseau électrique national. La STEG précise que les coupures se feront par intermittence et que chaque interruption ne devra pas dépasser deux heures.
Préserver la sécurité du système électrique
Dans son communiqué, l’entreprise explique que cette mesure exceptionnelle vise à préserver la sécurité et la continuité de fonctionnement du système électrique national, dans un contexte de forte pression sur le réseau.
Les zones concernées sont, selon les informations communiquées par la STEG, les mêmes dans différentes régions du pays, ce qui confirme que le recours au délestage ne se limite pas à une seule zone géographique, mais touche plusieurs parties du territoire tunisien.
Cette nouvelle annonce intervient alors que la Tunisie continue de faire face à une forte consommation d’électricité, notamment en raison des températures élevées et de l’utilisation intensive des climatiseurs. Ces dernières semaines, plusieurs coupures ont déjà été enregistrées dans différentes régions, alimentant les inquiétudes des citoyens face à la capacité du réseau à répondre aux pics de demande.
Equilibre entre la production et la consommation
La STEG souligne toutefois que la mise en œuvre de ces coupures dépendra directement de la situation du réseau durant la journée et de l’équilibre entre la production et la consommation d’électricité.
La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a annoncé, ce mercredi 19 août 2026, que de nouvelles coupures tournantes pourraient être appliquées dans plusieurs régions du pays. Ces interruptions sont prévues entre 13h30 et 17h00 et seront déclenchées en fonction de la situation du réseau électrique.
Dans une série d’avis publiés sur sa page officielle Facebook, la STEG explique que cette mesure vise à « préserver la sécurité et la continuité du système électrique ». Les coupures seront intermittentes et ne concerneront donc pas nécessairement simultanément l’ensemble des zones mentionnées.
Plusieurs régions concernées
Les avis publiés par la STEG concernent notamment le Centre, Sfax, le Sud et le Sud-Ouest.
Dans la région du Centre, la liste communiquée comprend notamment Raqqada, Bouhajla, Nasrallah, Menzel Mhiri, Sbiba, Hergla, Bouficha, Enfidha, Hammam Sousse, Akouda, M’saken, Bouhjar, Menzel Kamel, Jemmal, Ksar Hellal, Sayada et Sidi Bou Ali.
À Sfax, plusieurs secteurs sont également susceptibles d’être concernés, parmi lesquels El Amra, Thyna, Sfax Ouest, Sfax Ville, Jebiniana, El Hencha, Menzel Chaker, Sakiet Ezzit, Sakiet Eddaïer, Bir Ali Ben Khalifa, Mahres et Agareb.
La STEG a parallèlement publié des avis concernant plusieurs localités du Sud et du Sud-Ouest.
Il ne s’agit pas de coupures programmées pour des travaux de maintenance. Leur application dépend directement de l’évolution de la situation du réseau au cours de l’après-midi.
Les dernières annonces retrouvées remontent au 6 août
Les dernières annonces comparables retrouvées dans la presse remontent au 6 août. La STEG avait alors prévenu que des coupures tournantes pouvaient être appliquées dans plusieurs régions entre 13h et 16h afin de préserver la sécurité et la stabilité du réseau électrique.
Les délestages avaient déjà repris quelques jours auparavant. Le 3 août, après plusieurs jours d’accalmie, la STEG avait annoncé de nouvelles coupures dans différentes régions, avant de renouveler ses avis les jours suivants.
Cette chronologie permet de replacer les annonces du 19 août dans une séquence de tensions sur le réseau qui a marqué une partie de l’été, sans pour autant conclure qu’aucun délestage n’a eu lieu entre le 6 et le 19 août.
Un été sous tension pour le réseau électrique
Les épisodes de fortes chaleurs de juillet et du début du mois d’août avaient fortement sollicité le réseau électrique tunisien, notamment en raison de l’utilisation massive des climatiseurs.
La consommation nationale avait atteint environ 6.000 MW lors des précédents pics. Face à l’écart entre la demande et les capacités disponibles, la STEG avait eu recours aux délestages afin de maintenir l’équilibre du réseau et d’éviter une défaillance plus importante du système électrique.
Les nouvelles annonces de ce mercredi montrent que le recours aux coupures tournantes reste d’actualité lorsque les conditions du réseau l’exigent.
Cinq ans après sa prise de pouvoir, le président tunisien Kaïs Saïed est confronté à son défi le plus sérieux à ce jour. Les pénuries d’eau et d’électricité, survenant durant un été aux chaleurs records (frôlant les 49 °C dans certaines régions), suscitent un mécontentement croissant à l’égard de sa gouvernance. Ces coupures amènent les Tunisiens à se détourner du populisme.
Sharan Grewal *
Le 25 juillet [2021], date anniversaire de la prise de pouvoir de Saïed, a été marqué par certaines des plus importantes manifestations organisées contre lui jusqu’à présent. La persistance des coupures d’eau et d’électricité a de nouveau déclenché des protestations les 4 et 5 août dans plusieurs régions du pays, et une autre manifestation est prévue à Tunis pour le 20 août.
Pendant des années, Saïed a réussi à surmonter les difficultés économiques en désignant des boucs émissaires : partis politiques, hommes d’affaires, migrants et puissances étrangères, entre autres. Mais aujourd’hui, ces discours populistes ne fonctionnent plus ; en partie parce que cinq ans se sont écoulés depuis sa prise de pouvoir, une période durant laquelle la population attend désormais des résultats concrets. Qui plus est, les pénuries d’eau et d’électricité sont objectivement plus graves que sous l’ère démocratique. Elles sont ressenties de manière viscérale : les Tunisiens constatent concrètement que le pays ne fonctionne plus. Les coupures de courant, y compris dans les hôpitaux, ont même entraîné la mort de certaines personnes. Pire encore, Saïed est resté largement absent, se contentant de promettre de s’en prendre aux comploteurs responsables des pénuries — un discours populiste éculé auquel peu de gens croient encore.
À cela s’ajoutent les atteintes perçues à la souveraineté de la Tunisie de la part de l’Algérie voisine, l’un des plus fervents soutiens de Saïed, avec qui un accord controversé de coopération en matière de défense a été signé l’an dernier.
En réaction aux manifestations, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a menacé d’intervenir en Tunisie pour éliminer les «terroristes» présumés (les manifestants ?), provoquant une levée de boucliers nationaliste, y compris chez certains des premiers partisans de Saïed.
Fait peut-être le plus surprenant, Saïed fait face à des critiques émanant du sein même du régime, alors que les membres de son entourage semblent prendre conscience de l’inéluctabilité de la situation.
Le Parlement, longtemps perçu comme une simple chambre d’enregistrement, compte désormais des membres qui critiquent ouvertement et directement le gouvernement, voire Saïed lui-même. Le député Hamdi Ben Salah a demandé que Saïed comparaisse devant le Parlement pour y être interrogé ; le député Ammar Al-Aidoudi a qualifié d’illégitime le second mandat de Saïed (au cours duquel il a recueilli un score supposé de 91 % des suffrages) ; et le député Ali Zaghdoud a entrepris de préparer une motion de censure contre le gouvernement.
On dirait que certains députés cherchent à quitter le navire en prévision de la chute du régime. Sur fond de rumeurs concernant l’état de santé de Saïed, ses [proches] eux-mêmes se livreraient à une lutte d’influence pour déterminer qui pourrait lui succéder.
De son côté, Saïed a déployé l’armée et la Garde nationale pour assurer l’approvisionnement en eau et a obtenu par la suite de l’électricité en provenance d’Algérie ; toutefois, il ne s’agit pas de solutions durables aux pénuries. Il pourrait tenter de rejeter la faute sur le Premier ministre et de remanier le gouvernement, mais après avoir vu défiler quatre Premiers ministres depuis sa prise de pouvoir, rien ne garantit qu’une telle mesure apaisera la colère de la population.
Les experts estiment que ces pénuries résultent d’années de sous-investissement public dans les entreprises d’État chargées de l’eau et de l’électricité (respectivement la Sonede et la Steg), lesquelles sont trop lourdement endettées pour entreprendre des améliorations d’infrastructure.
Ce n’est pas le premier été marqué par des coupures d’électricité et d’eau, ce qui amène les Tunisiens à se demander pourquoi le gouvernement n’a pas davantage anticipé la chaleur et pris des dispositions en amont.
Les limites des promesses populistes
Toutefois, il faut reconnaître qu’après avoir tourné le dos au Fonds monétaire international et à de nombreux alliés étrangers, le gouvernement dispose de peu de fonds pour investir. Comme l’a récemment souligné l’ancien Premier ministre Hichem Mechichi (évincé par Saied lors de sa prise de pouvoir) : «Saïed est totalement opposé aux bailleurs de fonds internationaux, mais il ne propose aucune alternative. Il a des idées populistes, mais elles n’ont aucun impact sur le terrain.»
Rached Ghannouchi, le chef d’Ennahdha âgé de 85 ans et ancien président du Parlement — qui croupit aujourd’hui en prison alors que sa santé se dégrade — se montrait déjà optimiste en 2022, estimant que les Tunisiens finiraient par comprendre que le populisme ne repose que sur des promesses vaines. «Le populisme est comme une drogue», m’a-t-il confié lors d’un entretien. Il a ajouté : «Il vous anesthésie, vous procure une euphorie passagère, mais vous finissez par vous réveiller face à une triste réalité. Les gens voient désormais cette triste réalité : ils constatent la hausse des prix, la pénurie de produits de première nécessité, le chômage, les atteintes aux droits humains, l’emprisonnement de blogueurs, etc.»
Ghazi Chaouachi, ancien dirigeant du parti Courant démocrate — également emprisonné — m’a tenu des propos similaires. «Kais Saïed tient un discours populiste comparable à celui de Donald Trump», déclarait Chaouachi en 2022. Il a ajouté : «Avec le temps, les Tunisiens comprendront que toutes ses promesses sont sans lendemain et qu’elles mèneront à la ruine de la Tunisie plutôt qu’à sa réussite… Je pense qu’après ce que Kais Saïed a fait, la population sera traumatisée. Par la suite, le populisme refluera et perdra en popularité.»
Cinq ans plus tard, les Tunisiens prennent peut-être enfin conscience de la triste réalité. Les accusations populistes de Saied concernant des complots, des élites corrompues et des manigances étrangères sonnent de plus en plus creux lorsque les robinets s’assèchent et que la climatisation tombe en panne. Il reste incertain que la crise actuelle débouche sur une ouverture démocratique. Toutefois, si elle contribue à délégitimer enfin le populisme en Tunisie, cela facilitera le retour du pays à la démocratie lorsque cette transition finira par se produire.
Traduit de l’anglais.
* Chercheur principal non résident – Politique étrangère, Centre pour la politique au Moyen-Orient.
Après plusieurs incidents électriques signalés ces dernières semaines, notamment à la suite d’interventions ou de rétablissements du courant, plusieurs citoyens se demandent comment procéder pour obtenir une indemnisation lorsque leurs équipements ou leurs commerces subissent des dommages.
La question du remboursement par la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) suscite également des interrogations, notamment sur les conditions d’acceptation des dossiers, les montants effectivement remboursés et les critères appliqués pour déterminer le niveau de l’indemnisation.
Un témoignage qui montre que la démarche est possible
Le témoignage d’un commerçant de Houmt Souk, à Djerba, apporte un éclairage concret sur la procédure. Selon son récit, une intervention de la STEG sur le réseau électrique a été suivie, lors du rétablissement du courant, d’un incident ayant causé des dommages à plusieurs commerces de la zone.
Le citoyen explique s’être immédiatement rendu à l’agence de la STEG afin de déposer une réclamation. Il a rempli un formulaire et l’a déposé au bureau d’ordre. Quelques heures après avoir signalé le problème, un agent chargé du contrôle s’est rendu dans son commerce pour constater les dégâts.
Après cette constatation, le commerçant a fait réparer les dommages, obtenu une facture auprès de la personne ayant effectué les réparations, puis déposé cette facture auprès de la STEG le 28 juillet 2026.
Quelques jours plus tard, il a été informé que 70 % de la valeur des dommages seraient pris en charge. Il lui restait alors à se présenter auprès de l’administration pour récupérer le document nécessaire et procéder au retrait de l’indemnisation.
Pour ce citoyen, la procédure s’est donc déroulée relativement rapidement, depuis le dépôt de la réclamation jusqu’à la décision d’indemnisation, preuve à l’appui. (Voir les captures sous l’article)
Une procédure qui reste méconnue
Ce témoignage est particulièrement utile alors que de nombreux citoyens ignorent encore vers qui se tourner après des dégâts liés à un incident électrique. La STEG indique officiellement que les réclamations techniques ou commerciales peuvent être déposées auprès de ses guichets, par téléphone auprès du district concerné ou à travers son espace client en ligne. La société demande notamment au client de communiquer sa référence client et de présenter sa dernière facture lorsqu’il se déplace au guichet.
La STEG dispose également d’un Centre national des services à distance, joignable au 71 239 222 pour les demandes de services, renseignements et réclamations. Le numéro vert 80 100 444 est réservé aux situations d’urgence.
Dans le cas de dommages matériels, le témoignage rapporté suggère surtout l’importance de signaler rapidement l’incident, de permettre aux agents de constater les dégâts avant les réparations lorsque cela est possible, puis de conserver les justificatifs des travaux effectués, notamment les factures.
Pourquoi seulement 70 % ?
C’est précisément sur ce point que les interrogations des citoyens demeurent.
Dans le cas rapporté, la STEG a accepté d’indemniser 70 % de la valeur des dommages. Le citoyen lui-même distingue la rapidité de traitement du dossier de la question du taux d’indemnisation, qu’il considère comme relevant de critères spécifiques.
Ce pourcentage soulève toutefois une question plus large : sur quelle base le montant de l’indemnisation est-il calculé et pourquoi un dommage reconnu ne donne-t-il pas nécessairement lieu à une prise en charge intégrale ?
Le témoignage ne permet pas, à lui seul, de déterminer les règles générales applicables à tous les dossiers ni d’affirmer que 70 % constitue un taux standard. Il montre en revanche qu’une indemnisation peut effectivement intervenir après examen du dossier et constat des dommages.
La STEG précise par ailleurs que son Bureau des relations avec le citoyen a notamment pour mission de recevoir les réclamations, d’en assurer le traitement en coordination avec les services concernés et d’informer les clients sur les procédures et formalités administratives relatives à ses services.
Que faire en cas de dommages ?
En pratique, un client confronté à des dégâts qu’il estime liés à un incident électrique a donc intérêt à :
signaler rapidement l’incident à la STEG ;
déposer une réclamation auprès de son district ou via les canaux disponibles ;
conserver la référence de sa réclamation et les justificatifs ;
permettre, lorsque cela est demandé, le constat des dommages par les services compétents ;
conserver les factures et justificatifs relatifs aux réparations ;
déposer les pièces demandées pour permettre l’examen du dossier.
La STEG confirme que les réclamations peuvent également être introduites via son espace client et que son dispositif de réclamation web permet de déposer et de suivre une demande.
Un témoignage à prendre en compte
Le cas de ce commerçant de Houmt Souk ne règle évidemment pas la question de l’indemnisation des dommages électriques en Tunisie. Il montre toutefois qu’une démarche auprès de la STEG peut aboutir et que le traitement d’un dossier peut, dans certains cas, être relativement rapide.
Il met surtout en lumière une question qui reste posée par plusieurs citoyens : quels sont exactement les critères utilisés pour déterminer le montant remboursé et dans quelles situations la prise en charge peut-elle être totale ou partielle ?
Une clarification plus détaillée de ces critères permettrait aux usagers de mieux connaître leurs droits et les démarches à effectuer lorsqu’un incident sur le réseau entraîne des dégâts matériels.
En réaction à l’article de M. Abderrahmane Fékih intitulé «Tunisie-Algérie / aux origines d’un contentieux territorial» et à sa prise de position ravivant des griefs territoriaux et énergétiques relatifs aux relations algéro-tunisiennes, ce texte entend apporter un point de vue fondé sur la rigueur du droit international public (uti possidetis juris, Convention de bornage de 1970) ainsi que sur la réalité des enjeux techniques et économiques (gisement d’El Borma, partenariat gazier TransMed). L’objectif de cette contribution est de proposer une analyse objective et apaisée, démontrant que la solidité stratégique entre la Tunisie et l’Algérie repose sur des traités souverains incontestables et ne saurait être altérée par des récits d’amertume ou des tentatives de déstabilisation mémorielle.
Dr Abderrahmane Cherfouh *
Ceci dit, M. Fékih, je prends acte avec satisfaction de votre ton courtois et de votre attachement à la fraternité algéro-tunisienne, des sentiments que je partage du fond du cœur.
Cependant, la «vérité historique» que vous cherchez à me rappeler ne relève pas de faits oubliés, mais d’une grille de lecture anachronique. Rétablir la vérité, ce n’est pas déterrer des griefs éteints par le droit international ; c’est rappeler avec sérénité que la solidité de nos liens repose sur des traités souverains et des engagements que nos deux nations ont réellement choisis d’honorer.
Face à des récits qui risquent d’installer une défiance artificielle entre deux peuples frères, l’examen du droit, de la réalité du terrain et de nos accords bilatéraux le prouve : entre l’Algérie et la Tunisie, la solidarité stratégique n’est pas une illusion, mais un choix fondamental scellé par l’Histoire, basé sur le respect mutuel et le bon voisinage.
I. Le droit international et la souveraineté territoriale
Sur le plan du droit international, votre position repose sur une confusion majeure entre les différends franco-tunisiens de l’époque coloniale et les obligations d’un État algérien souverain ayant acquis son indépendance en 1962.
En qualifiant de «mauvaise foi» le refus de l’Algérie indépendante de céder des territoires délimités sous la colonisation, vous fermez les yeux sur une règle fondamentale du droit international public : le principe de l’uti possidetis juris («vous posséderez ce que vous possédiez»). Consacré en Afrique dès juillet 1964 par la Déclaration du Caire de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), ce principe veut que les nouveaux États accèdent à l’indépendance dans les frontières administratives héritées de la puissance coloniale.
Cette règle n’a pas été conçue pour avantager l’Algérie aux dépens de la Tunisie ou d’un autre pays, mais pour offrir un cadre clair, capable d’éviter les déchirements, la guerre, les luttes fratricides, le sang et le chaos sur le continent.
Remettre en cause les tracés hérités au nom de prétentions historiques antérieures ouvrirait une boîte de Pandore aux conséquences imprévisibles pour toute la région — qu’on pense aux découpages coloniaux ayant amputé l’Algérie à l’Ouest au profit de la Moulouya, ou aux dynamiques transfrontalières des populations touarègues au Sud.
C’est précisément pour prémunir le continent contre ces querelles sans fin que le droit international a tranché.
Dès son accession à la souveraineté le 5 juillet 1962, l’Algérie héritait donc légitimement de son territoire dans ses contours existants. Vouloir opposer un arrangement politique provisoire, discuté dans la douleur de la guerre de libération (comme les échanges entre Ferhat Abbas et Habib Bourguiba), à une norme internationale impérative constitue un anachronisme juridique.
La Tunisie souveraine du président Bourguiba l’avait d’ailleurs parfaitement compris. En signant la Convention de bornage du 6 janvier 1970, elle réglait définitivement, et dans un esprit de fraternité, la question des frontières communes. Parler aujourd’hui de «spoliation», c’est méconnaître le droit international, mais c’est aussi effacer la signature de l’État tunisien lui-même.
Par conséquent, vous tentez d’expliquer l’abandon des revendications tunisiennes par un soi-disant «rapport de forces» défavorable, suggérant que Habib Bourguiba aurait plié sous la contrainte face à une Algérie menaçante et mieux armée. Cette lecture simpliste fait injure à la mémoire et à la stature diplomatique du Combattant suprême.
Dans les années 1960, l’Algérie sortait à peine d’une guerre de libération éprouvante et se concentrait tout entière sur sa reconstruction. Elle n’a jamais menacé la Tunisie d’une quelconque intention belliqueuse. Habib Bourguiba, fin diplomate, intelligent et respecté sur la scène internationale, n’a pas cédé à la peur. Visionnaire, il a agi en homme d’État (voir mon article publié dans Kapitalis : «Israël-Palestine : Et si les Arabes et les Palestiniens avaient écouté Bourguiba en 1965 ?»). En adhérant à la Charte de l’OUA en 1964 et en signant la Convention de 1970, il a fait le choix de la raison, de la stabilité et de l’avenir du Maghreb. Réduire cette décision mûrie à une capitulation est une contrevérité qui altère la portée d’un engagement historique.
II. La réalité technique d’El Borma et les enjeux énergétiques
Vous allez plus loin dans le procès d’intention en réveillant la légende urbaine du «puits oblique» que l’Algérie aurait creusé pour «détourner le pétrole tunisien» à El Borma. Ce récit spectaculaire, très populaire sur les réseaux sociaux, ne résiste pas un instant à la réalité géologique.
Le gisement d’El Borma est un réservoir pétrolier continu qui s’étend de part et d’autre de la frontière. En matière d’hydrocarbures, l’exploitation d’une nappe commune suit les lois de la physique des fluides, pas des scénarios de piraterie industrielle. Loin des théories du complot, la gestion d’El Borma a toujours fait l’objet d’échanges techniques réguliers entre les compagnies nationales des deux pays (Sitep et Sonatrach) pour exploiter la ressource de manière rationnelle et respectueuse de la souveraineté de chacun. Transformer un enjeu technique classique en preuve d’«ingratitude» relève du raccourci politique et déforme la réalité de notre coopération. Les ingénieurs tunisiens ne sont pas si naïfs ni aussi dupes pour ne pas découvrir un soi-disant détournement de pétrole à El Borma.
En qualifiant l’attitude de l’Algérie d’«acte prédateur», vous vous éloignez de la rigueur historique pour privilégier l’émotion et les accusations personnelles. Si l’Algérie s’était comportée en «prédateur», comment expliquer des décennies de partenariat stratégique, le partage des retombées du gazoduc TransMed qui traverse le territoire tunisien vers l’Europe, ou les approvisionnements énergétiques d’urgence accordés lors des moments critiques ?
Il n’y a pas meilleure illustration que le dernier message daté du 4 août 2026 adressé par la Tunisie à l’Algérie : une lettre de remerciement de la Steg aux dirigeants de Sonelgaz pour son soutien décisif en approvisionnement électrique, signée par Fayçal Trifa, PDG de la STEG.
La vraie fraternité ne consiste pas à ignorer les divergences, mais à savoir les résoudre par le dialogue et le droit. Réduire plus de soixante ans de solidarité à une rhétorique de la prédation est une posture qui ne sert ni la vérité, ni les intérêts de nos deux peuples.
En demandant «un peu d’humilité» et en ramenant la coopération énergétique à une simple fatalité géographique, vous faites une erreur de lecture sur la diplomatie interétatique.
La sécurité énergétique et la solidarité régionale ne relèvent ni de la charité paternaliste, ni de la condescendance, mais d’un partenariat réfléchi. Le passage du gaz algérien par la Tunisie via le TransMed est un accord équilibré : il offre à la Tunisie des redevances précieuses et une énergie sécurisée, tout en assurant à l’Algérie un accès fiable au marché européen.
Rappeler ces faits n’a rien d’arrogant ; c’est un acte de clarté. L’arrogance consisterait plutôt à balayer d’un revers de la main des décennies d’accords et de solidarité concrète pour nourrir une méfiance artificielle et préfabriquée entre deux peuples voisins.
En ironisant sur les livraisons de gaz, vous confondez aussi soutien tarifaire et don budgétaire. Personne n’a jamais prétendu que l’Algérie versait une aide directe sans contrepartie. La réalité repose sur deux leviers bien réels : la redevance de transit perçue par la Tunisie sous forme de gaz, et des contrats d’approvisionnement à long terme conclus entre Sonatrach et la Steg.
Bénéficier de ces conditions n’a rien d’un mythe : c’est le résultat concret d’une alliance solide. Nier cette réalité sous prétexte qu’il ne s’agit pas de charité relève de la querelle de mots et d’un orgueil mal placé. Sans ces accords stratégiques, la facture énergétique pèserait bien plus lourdement sur les ménages et les finances publiques tunisiennes.
III. Dépasser le ressentiment et construire le Maghreb
Voici une autre perle de votre part : en appelant à «rendre à César ce qui appartient à César» tout en peignant l’État algérien sous les traits d’un voisin dominateur, vous montrez les limites de votre démarche, qui préfère l’amertume à l’examen des faits.
Que faudrait-il «rendre» alors que le droit international, la déclaration de l’OUA de 1964 et la Convention de 1970 ont fixé nos frontières de manière claire et définitive ? L’Algérie n’a rien confisqué à la Tunisie, ne lui a rien annexé ; elle a partagé avec elle les épreuves de l’Histoire et les exigences du voisinage.
En tout état de cause, les relations privilégiées entre la Tunisie et l’Algérie ne font pas que des heureux. Nombreux sont ceux qui voient d’un mauvais œil cette entente solide entre les deux États. Il faut porter un regard lucide sur ce phénomène récurrent : il existe des voix et des intérêts qui guettent le moindre grain de sable, la moindre tension diplomatique ou médiatique pour tenter de fragiliser les relations entre nos deux pays et les discréditer.
Ces entrepreneurs de la discorde exploitent chaque faille pour nourrir le ressentiment et affaiblir l’axe algéro-tunisien. Céder à la surenchère mémorielle, c’est offrir une victoire à ceux qui redoutent un Maghreb stable et uni.
La critique et le débat sont des droits fondamentaux. Chaque citoyen algérien ou tunisien a le droit de porter un regard exigeant sur l’axe Alger-Tunis, mais l’injure, la provocation, la haine et l’atteinte à la dignité sont à bannir et à dénoncer. La liberté d’expression trouve sa limite lorsqu’elle se transforme en insulte.
Réduire une alliance stratégique, essentielle à notre sécurité commune et à notre stabilité énergétique, à un procès d’intention est une erreur de perspective.
Les peuples tunisien et algérien sont unis par des liens fraternels trop anciens pour s’effriter face à des discours d’amertume. Ce que nous devons viser, ce n’est pas le réveil de vieilles querelles, mais une ambition partagée, fondée sur le respect mutuel, la vérité des faits et la souveraineté de nos nations.
La chronique des pannes électriques qui affectent la vie quotidienne des Tunisiens en pleine canicule estivale, souvent conjuguées à des pannes de l’approvisionnement en eau potable, n’est pas seulement un problème technique, mais psychologique et systémique.
Manel Albouchi *
Une panne coupe le courant dans une maison, immobilise des chaînes de production, plonge des quartiers dans l’obscurité. Mais elle éclaire aussi ce que nous ne voulions plus voir : les lignes de fracture invisibles d’un système, les tensions qui s’accumulent sous la surface et les silences…
Cet été, les coupures d’électricité rythment le quotidien des Tunisiens. En pleine canicule, lorsque les températures dépassent les quarante degrés, la lumière s’éteint, les climatiseurs cessent de fonctionner, les ascenseurs s’immobilisent, les machines s’arrêtent. Les foyers s’organisent comme ils peuvent. Les entreprises comptent les pertes. Les hôpitaux renforcent leurs dispositifs de secours. Chacun cherche une explication. La plus simple serait de parler d’une crise énergétique. Pourtant, lorsqu’une panne devient récurrente, elle cesse d’être un simple incident technique. Elle devient le symptôme d’un système. Et tout symptôme mérite d’être écouté avant d’être diagnostiqué.
L’intérêt général et le poids des tiroirs
«Tant que les gens ne sont pas animés par l’esprit de l’intérêt général, tous les projets resteront dans les tiroirs. J’en sais quelque chose malheureusement… C’est l’amère constat que je retiens de mon expérience au ministère», m’a confié un ancien ministre.
Ce constat désabusé pointe l’inertie des rouages administratifs, la lenteur des réformes et ce sentiment d’impuissance face à une machine étatique qui semble parfois pétrifiée. Mais à cette vision, une réponse s’impose : et si le problème ne venait pas uniquement d’un manque de civisme ou de la mauvaise volonté des agents, mais d’une faillite de l’institution à nourrir le sens de l’action ? Peut-être que pour ranimer l’intérêt général, il faut commencer par renouer avec ce qui fonde une véritable communauté.
Un pays n’est pas un simple regroupement d’individus isolés : c’est un corps vivant où le sort de chacun est irrémédiablement lié à celui des autres. Lorsque le lien social se distend et que la solidarité organique fait défaut, le service public perd sa boussole et le collectif éclate en fragments solitaires.
Au-delà du poste et de la rémunération, le travail n’est pas juste l’exécution d’une tâche. C’est comme en cuisine. Cuisiner c’est toujours inventer un peu plus que ce qui est prescrit. Entre la recette et la réalité du terrain, il existe un espace d’intelligence, un véritable espace potentiel ou transitionnel : celui des ajustements, de l’expérience, de l’intuition. C’est dans cet espace que naissent les innovations. Mais cet espace est aussi celui de la reconnaissance.
Chaque professionnel pose, souvent sans le dire, une question silencieuse : «Ce que je vois a-t-il de la valeur ?» Lorsque cette question reste trop longtemps sans réponse, le désengagement commence. Il ne s’agit pas d’une rébellion ouverte, mais d’un retrait progressif et intime. On cesse de proposer, on cesse de croire, et l’énergie créatrice se retire des tiroirs ministériels pour laisser place au strict minimum.
Anatomie d’un renoncement étouffé
Dans les ateliers de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), un ingénieur rencontré dans le cadre d’une recherche sur l’innovation raconte une histoire qui, à elle seule, résume une partie du problème : «Les idées d’innovation, on en a. Mais pour les mettre en œuvre, c’est compliqué. Il y a deux ans, j’ai imaginé une bobine pour enrouler les fils de conduction afin qu’ils ne traînent plus au sol. Il fallait passer par le sous-directeur, le directeur, puis la direction centrale. Tu sais, l’innovation demande de la rapidité… J’ai laissé tomber.» Cette phrase est sans doute la plus importante de tout son témoignage : «J’ai laissé tomber.» Ce ne sont pas seulement quelques mots prononcés avec résignation. C’est un basculement où l’idée cesse d’être un projet pour devenir un renoncement. C’est plus qu’une perte d’énergie, c’est une rupture entre le désir et l’action.
Le désir n’est pas seulement l’envie de faire. Il est cette force intérieure qui pousse un sujet à transformer le monde qui l’entoure. Travailler, créer, réparer, inventer, transmettre : toutes ces actions naissent d’un investissement psychique.
Lorsqu’une organisation répond durablement à cet investissement par des obstacles, des délais ou une absence de reconnaissance, quelque chose finit par se retirer. Ce retrait n’est ni un désamour de la patrie, ni de la paresse, ni un manque de compétence. Il est une forme de protection. Les travaux sur l’impuissance apprise montrent qu’un individu confronté à des situations répétées où son action semble sans effet peut progressivement cesser d’agir, non parce qu’il en est incapable, mais parce qu’il ne croit plus que son action puisse produire une différence. Autrement dit, le problème n’est pas seulement que les idées meurent. Le problème est que le désir de proposer finit lui aussi par s’éteindre.
Il serait pourtant injuste de réduire la Steg à l’image d’une administration figée. Car une institution n’est jamais homogène. Au sein de la direction du management-qualité, des équipes ont obtenu plusieurs certifications en développant des projets innovants dans le domaine des normes de sécurité. Les membres décrivent un climat de coopération, un responsable qui encourage les initiatives, une dynamique de groupe où chacun ose proposer et expérimenter.
Autrement dit, les compétences existent. L’engagement existe. Le désir d’innover existe. La question n’est donc plus de savoir si les femmes et les hommes de la Steg sont capables d’innover. La véritable question est : pourquoi certaines parties d’une même institution permettent-elles au désir de circuler alors que d’autres finissent par l’étouffer ? Les bureaucraties ne deviennent pas inefficaces parce que leurs membres seraient incompétents. Elles deviennent vulnérables lorsqu’elles cherchent à réduire toute incertitude par l’accumulation de règles et la concentration du pouvoir de décision. Ce qui devait sécuriser l’organisation finit alors par ralentir sa capacité d’adaptation.
Une institution n’est pas seulement un ensemble de règles, de bâtiments et de procédures. Elle est aussi un espace psychique où des femmes et des hommes déposent leurs attentes, leurs peurs, leurs ambitions, leurs frustrations et leurs espoirs. Confrontée à l’incertitude, une organisation développe des mécanismes de défense : la multiplication des contrôles et des validations administratives, la concentration excessive des décisions au sommet, et la recherche d’une sécurité illusoire au détriment de l’apprentissage par l’essai.
Ces mécanismes ont certes une fonction positive pour sécuriser ou éviter les erreurs. Mais toute protection excessive peut devenir une prison. Comme un sujet qui, pour ne plus souffrir, finit par ne plus prendre de risques, une organisation peut se défendre tellement fortement contre l’erreur qu’elle finit par empêcher l’apprentissage. La question n’est donc pas de supprimer les règles car une organisation sans cadre devient chaotique, mais de savoir si le cadre contient ou s’il enferme.
Le miroir d’une crise profonde
Les coupures électriques qui touchent la société tunisienne ne sont pas seulement un phénomène matériel. Elles deviennent un miroir. Elles interrogent notre rapport collectif à la sécurité, à la responsabilité et à la confiance.
Dans une période où les citoyens vivent déjà des formes d’incertitude économique, sociale et environnementale, une interruption du courant touche une dimension symbolique profonde : la sensation que les structures qui soutiennent la vie quotidienne peuvent devenir fragiles. La question qui surgit alors dépasse largement l’électricité : sur quoi pouvons-nous encore compter ?
La transition énergétique ne pourra pas être seulement une transition technologique. Elle devra être une transition humaine. Installer des réseaux intelligents et développer des infrastructures modernes sont des nécessités, mais aucune technologie ne remplacera une organisation capable d’apprendre. Un Smart Grid nécessite des capteurs et des algorithmes. Une institution intelligente nécessite aussi de l’écoute, de la confiance et du dialogue.
Le véritable défi n’est donc pas uniquement de produire davantage d’énergie. Il est de permettre à l’énergie humaine de mieux circuler. Car derrière chaque infrastructure, il y a des personnes ; derrière chaque procédure, il y a une intention humaine ; et derrière chaque innovation abandonnée, il y a parfois une part de désir qui s’est retirée.
Une étape nécessaire
Les crises ne sont pas des accidents chaotiques ou des anomalies qu’il s’agirait simplement de gommer. Elles sont le prix à payer pour l’émancipation. À travers ces ruptures, ces pannes et ces contradictions, c’est l’institution — et à travers elle, la société tout entière — qui est sommée de se dépasser, de surmonter ses rigidités et d’accéder à une conscience plus haute d’elle-même.
La crise de la Steg, vue sous cet angle, n’est pas qu’une défaillance technique : c’est le moment dialectique où le système est mis face à ses propres impasses pour être forcé de réinventer son rapport au travail, au désir et à l’intelligence collective.
La crise de la Steg nous rappelle une vérité simple mais profonde : une institution ne s’affaiblit pas uniquement lorsqu’elle manque de ressources. Elle s’affaiblit lorsqu’elle perd sa capacité à transformer ses ressources en intelligence collective. Le courant électrique a besoin de réseaux pour circuler. L’intelligence humaine aussi. Elle a besoin de liens, de reconnaissance, de confiance et d’espaces où elle peut prendre forme.
La véritable énergie d’un pays ne se mesure donc pas seulement en mégawatts produits, mais aussi à la manière dont il traite celles et ceux qui créent, réparent, imaginent et maintiennent ses structures vivantes.
* Psychothérapeute Intégrative, consultante en psychologie organisationnelle.
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L’Observatoire Tunisien de l’Economie (OTE) a publié dans la journée du samedi 1er août, un rapport qui remet en cause la lecture purement climatique de la récente campagne de délestages organisée par la STEG.
Le constat est clair et sans appel, de 2016 à 2020, la STEG a engagé près de 1,947 milliard de dinars dans ses stations de production. Sur la période suivante, de 2021 à 2025, ce montant est tombé à 248 millions de dinars, soit une baisse de 87 %.
Pendant que les investissements s’effondraient, la consommation électrique tunisienne, elle, poursuivait sa progression. L’OTE relève une hausse annuelle moyenne de 3,8 % entre 2021 et 2025. Un pic historique a même été enregistré le 14 août 2024, avec 4 888 mégawatts consommés en une seule journée. Résultat : une capacité de production qui recule alors même que les besoins explosent.
Selon l’OTE, plusieurs projets de production restent en suspens faute de feu vert du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie, qui a pourtant le dernier mot sur ce type de dossier.
L’Observatoire va encore plus loin : ces dernières années, les pouvoirs publics auraient orienté leurs efforts vers les capitaux privés et étrangers dans le renouvelable, laissant de côté le financement public des unités de production classiques.
L’érosion continue des moyens de la STEG
Pour l’OTE, réduire les délestages du mois dernier à un simple épisode de canicule reviendrait à ignorer l’essentiel. Ce que révèlent surtout ces coupures, c’est l’érosion continue, depuis 2021, des moyens de production du pays ; le fruit d’arbitrages politiques et de lenteurs administratives répétées. La vague de chaleur n’a fait, en somme, que rendre visible une fragilité déjà installée.
Un signal pour les investisseurs privés
Cette baisse de l’investissement public dans la production constitue, de ce fait, une opportunité pour les capitaux privés et étrangers dans le secteur énergétique tunisien. Les acteurs positionnés sur le solaire, l’éolien ou le stockage par batteries (BESS) évoluent ainsi dans un contexte où l’offre publique peine structurellement à suivre la demande, un paramètre à intégrer dans toute analyse d’opportunité sur le marché électrique tunisien.
La Tunisie avance sur deux fronts pour se tailler une place dans la course aux carburants verts: d’un côté, la recherche universitaire éclaire la voie technique; de l’autre, les grands groupes internationaux mettent déjà l’argent sur la table.
Le e-kérosène, un atout de compétitivité
Le professeur Mohamed Sadok Guellouz, chercheur en génie énergétique interrogé par la TAP en marge d’un atelier à Tunis, plaide pour trois chantiers prioritaires: développer les carburants verts, moderniser le réseau électrique et rapprocher davantage laboratoires et industriels.
Il ajoute que d’après une récente étude, la Tunisie pourrait, d’ici 2050, sortir de ses usines un e-kérosène facturé un quart de moins qu’en Europe et un cinquième de moins qu’aux États-Unis, un avantage tarifaire qui pourrait faire des ports et aéroports du pays des escales de choix pour l’aviation et le transport maritime en quête de décarbonation. Autre chantier évoqué: la STEG explorerait la piste d’un barrage-réservoir à Oued El Meleh, dans le gouvernorat de Jendouba, avec une capacité annoncée de 400 à 600 MW pour stocker l’électricité renouvelable sur de longues périodes.
Trois mégaprojets tournés vers l’export
Sur le terrain, la plateforme Attaqa recense trois initiatives d’envergure. Un groupe saoudien s’est engagé sur une capacité annuelle de 600 000 tonnes d’hydrogène vert, quasi entièrement dédiée à l’export. Autre chantier de taille: celui associant TotalEnergies et l’autrichien Verbund, qui doit démarrer en 2030 avec 200 000 tonnes d’hydrogène vert par an avant de viser le million de tonnes; la facture s’annonce lourde, entre 8 milliards d’euros pour le lancement et jusqu’à 40 milliards une fois le projet à pleine puissance. Troisième pilier: l’ammoniac vert, avec une unité prévue dans la zone industrielle de Gabès.
À terme, Tunis vise l’exportation de 6,3 millions de tonnes d’hydrogène vert par an vers l’UE d’ici 2050, via un corridor transitant par l’Italie.
Un terrain accessible pour les investisseurs
Entre recherche appliquée et mégacontrats internationaux, la filière hydrogène offre un terrain encore largement accessible: électrolyse, stockage, infrastructures portuaires ou sous-traitance industrielle sont autant de niches où des acteurs tunisiens, publics comme privés, pourraient se positionner avant que le marché ne se referme.
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