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Tunisie | La tendance à la hausse des protestations se poursuit

19. September 2026 um 13:34

Le rapport d’août 2026 de l’Observatoire social tunisien «Al Forum» confirme la tendance à la hausse des mouvements de protestation en Tunisie… Le droit à une vie digne arrive en tête des revendications, tandis que 12 cas et tentatives de suicide ont été recensés. (Photo : des organisations et associations réclament la libération de tous les membres et militants de la «Flottille Al Soumoud» pour la Palestine arrêtés).

La cadence des mouvements de protestation a maintenu sa tendance haussière au cours du mois d’août 2026, enregistrant 1 093 actions ; un bilan proche de celui du mois de juillet précédent, qui s’élevait à 1 101 actions.

Ce niveau de mobilisation témoigne de la persistance des tensions sociales durant la période estivale, classant ainsi le mois d’août parmi les mois ayant connu le plus grand nombre de protestations en 2026.

Droit à l’eau, à l’électricité et à une vie digne

Une comparaison avec les mêmes périodes des années précédentes révèle une hausse marquée de l’ampleur de la mobilisation sociale au cours du mois d’août 2026. Le volume des mouvements enregistrés a en effet plus que triplé par rapport au bilan d’août 2025. Cette augmentation s’inscrit dans un contexte où la mobilisation a été particulièrement marquée par l’émergence de revendications liées au droit à une vie digne — notamment l’accès aux produits et services de base, en particulier l’électricité et l’eau, dont les problématiques ont été très présentes durant la période estivale.

Ces mouvements étaient également liés à d’autres revendications de nature sociale, professionnelle et environnementale, reflétant ainsi la multiplicité des pressions et des préoccupations qui ont motivé la mobilisation au cours du mois.

Pour la première fois, le droit à une vie digne s’est hissé au premier rang des motifs de contestation ; il a figuré en tête des revendications ayant suscité la mobilisation des acteurs sociaux au cours du mois d’août, donnant lieu à 463 actions, soit près de 42 % du total des mouvements de protestation.

Cette mobilisation était principalement liée au climat de tension et de colère qui a traversé le pays en raison des coupures d’électricité et d’eau potable, ainsi que de la pénurie aiguë d’eau minérale en bouteille.

Par ailleurs, cette crise a remis au premier plan la question de la qualité de l’eau distribuée par le réseau en Tunisie, soulignant l’importance de contrôler la qualité et la salubrité de l’eau et de garantir sa conformité aux normes requises pour la consommation humaine.

Au total, 392 mouvements de protestation liés aux coupures d’eau ont été recensés, soit 36 ​​% de l’ensemble des actions enregistrées.

Les droits civils et politiques également revendiqués

Les revendications relatives aux droits civils et politiques arrivent en deuxième position avec 430 mouvements, représentant environ 39 % du total de la mobilisation. Ces actions étaient en grande partie liées à la situation dans les prisons et aux décès suspects survenus dans le pays durant la vague de chaleur ; la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) fait état de plus de 20 décès parmi les détenus, tandis que des témoignages diffusés par des familles et des avocats sur les réseaux sociaux suggèrent que ce chiffre pourrait être plus élevé.

Des organisations et des associations ont appelé à alléger la pression au sein des prisons et à œuvrer pour réduire la surpopulation carcérale, en particulier dans les établissements où le taux d’occupation dépasse 200 % de la capacité d’accueil.

Ces organisations et associations ont également réclamé la libération du militant Wael Naouar — qui a entamé une grève de la faim le 16 août et l’a poursuivie — ainsi que celle de tous les membres et militants de la «Flottille Al-Soumoud») encore en détention.

Le mois a par ailleurs été marqué par des marches et des mouvements populaires dénonçant les atteintes à la liberté d’expression et aux fondements d’un procès équitable, au cours desquels ont été scandés des slogans exigeant le départ des détenteurs du pouvoir.

Il convient de noter qu’en combinant ces deux catégories de droits, on constate que 893 mouvements sur 1 093 — soit environ 82 % du total — étaient liés soit au droit à une vie digne, soit aux droits civils et politiques.

Selon les résultats du suivi, les revendications relatives au droit à l’emploi et au travail décent ont enregistré un recul au mois d’août 2026 : 61 mouvements ont été recensés, contre 96 en juillet 2026 (soit une baisse d’environ 36 %). Ces mouvements concernaient le recrutement, la régularisation de la situation professionnelle, le versement des salaires et des indemnités, l’amélioration des conditions de travail ainsi que l’application des accords conclus, et ont représenté environ 9 % du total des mouvements.

La liberté d’expression au premier rang des revendications  

La baisse du nombre de mouvements de protestation liés aux revendications en matière d’emploi au cours du mois d’août 2026 ne reflète ni une diminution de l’importance de ces revendications ni leur disparition des préoccupations des Tunisiens. Elle traduit plutôt, en partie, l’incidence des conditions sociales et politiques qui se sont imposées durant cette période, incitant certains acteurs sociaux à se concentrer sur des revendications plus fondamentales et urgentes, au premier rang desquelles figure le droit à la vie — à travers l’accès à l’eau et à l’électricité ainsi que le droit à une existence digne —, garantissant ainsi un minimum de services, de produits de première nécessité et de conditions de vie convenables.

Le mois d’août a été marqué par 71 actions liées à l’environnement et 15 actions concernant le droit au développement, ainsi que par des mouvements portant sur la situation des hôpitaux, les transports, le désenclavement, l’éducation et la sécurité.

Certaines actions ont également reflété l’intensification des revendications relatives aux droits civils et politiques — notamment la liberté d’expression et la liberté individuelle — dans un contexte où la poursuite et le procès de plusieurs opposants et journalistes suscitent des inquiétudes quant aux libertés publiques et aux droits fondamentaux.

I. B.

Consulter le rapport complet en arabe sur le site de l’Observatoire social tunisien.

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Biotechnologie | nextProtein rassure les habitants de Menzel Bouzelfa  

19. September 2026 um 12:16

Nous reproduisons ci-dessous la lettre que nous avons reçue de la direction de la société nextProtein basée à Menzel Bouzelfa (Nabeul), en réponse aux craintes exprimées par les riverains sur les éventuels rejets de cette usine de biotechnologie et rapportées dans un communiqué du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) publié par Kapitalis sous le titre «Risques environnementaux et sanitaires de la production de protéines à partir d’insectes». Espérons que les assurances présentées ici par la direction de nextProtein seront suffisants pour rassurer les habitants de Menzel Bouzelfa.

Au regard de l’inquiétude de certains riverains et des récentes publications au sujet du projet d’implantation industrielle à Menzel Bouzelfa, la direction de l’usine souhaite apporter des éclaircissements factuels et techniques sur le fonctionnement du futur site et rassurer le voisinage sur la bonne prise en compte de leur cadre de vie.

1. L’ambition nextProtein : une fierté tunisienne pour le climat et la région.

Portée par la vision de ses fondateurs d’ériger la Tunisie en pionnière de la transition écologique mondiale, nextProtein s’est donnée pour mission de nourrir le futur de manière durable :

● Un impact positif pour la planète : en transformant des sous-produits organiques en protéines de haute valeur et en engrais biologiques, l’entreprise lutte contre le gaspillage et réduit l’empreinte carbone globale.

● Une fierté pour Menzel Bouzelfa et le Cap Bon : ce site positionne la ville et sa région au cœur de l’innovation biotechnologique internationale, démontrant le savoir-faire technologique et industriel tunisien.

● Un engagement de proximité : l’entreprise s’implante avec la volonté d’être un partenaire vertueux, transparent et protecteur de son environnement immédiat et de ses voisins.

2. Conformité réglementaire et classement ANPE

L’activité du site est inscrite dans le classement réglementaire de Catégorie 3, qui encadre les installations à impact maîtrisé sur leur environnement, obtenu en 2025.

L’Étude d’impact environnemental (EIE) a été instruite et validée par l’Agence nationale de protection de l’environnement (ANPE), attestant du respect strict des critères légaux et techniques requis en Tunisie. Ce jeudi 17 septembre, une visite de contrôle menée sur le chantier par plusieurs administrations tunisiennes, dont l’ANPE, a pleinement confirmé le respect de l’ensemble des engagements environnementaux et réglementaires pris par l’entreprise.

3. Concertation et cadre de vie des riverains

Soucieuse de s’intégrer harmonieusement dans son environnement tout en respectant le cadre de vie des riverains, la direction souhaite poursuivre un dialogue continu avec les riverains, les autorités administratives et le personnel de santé voisin. Des rencontres d’information et des présentations des installations de l’usine seront organisées prochainement pour répondre aux interrogations légitimes de la population.

4. Les solutions innovantes Biotech & Agritech

Le site produira des solutions durables destinées aux marchés agricoles et industriels locaux et internationaux :

● Fertilisant nextGrow (certifié EcoCert) : un amendement organique naturel certifié par EcoCert, destiné aux agriculteurs et aux acteurs du secteur agricole pour la régénération et la fertilisation durable des sols.

● Protéines et lipides d’insectes (certifiés GMP+) : des ingrédients durables à haute valeur nutritionnelle destinés aux marchés de la nutrition animale (aquaculture, élevage et animaux de compagnie). L’ensemble de notre chaîne d’approvisionnement et de fabrication respecte les normes du référentiel GMP+, garantissant une traçabilité intégrale depuis les matières premières jusqu’au produit fini.

5. Un dispositif technique sécurisé et innovant

Le site est conçu pour intégrer des équipements industriels modernes destinés à limiter au maximum les désagréments pour le voisinage :

● Nature du process : la production repose exclusivement sur la transformation de larves en environnement étanche et contrôlé. Aucun produit chimique n’est utilisé dans l’ensemble du procédé de transformation. L’activité n’implique pas d’élevage ni de présence d’insectes adultes volants sur le site de Menzel Bouzelfa. L’étape d’élevage est sectorisée sur notre site historique, exploité en toute conformité selon la réglementation tunisienne en vigueur et sous environnement biologique maîtrisé depuis dix ans.

● Gestion des odeurs et de l’air : l’ensemble des matières premières est traité en flux tendu et conservé dans des silos de stockage hermétiques. Les installations seront dotées d’un système de traitement et de filtration de l’air ambiant avant tout rejet extérieur. Les matières utilisées sont essentiellement d’origine végétale, complétées par des coproduits de l’industrie agroalimentaire locale (tels que des produits laitiers). Aucun déchet d’abattoir, ou matière carnée d’origine animale n’est utilisé dans notre procédé conformément à la réglementation en vigueur.

● Traitement des eaux et protection des sols : l’usine recycle les eaux des matières organiques (jus) en circuit fermé de production non connecté aux réseaux extérieurs et intégrera après étude une unité de traitement des eaux de lavage, garantissant l’absence de rejet d’effluents non traités dans le milieu naturel ou la nappe phréatique. L’usine est raccordée au réseau de l’Onas.

6. Développement économique et filière circulaire

Ce projet biotech/agritech participe activement à la dynamisation de l’économie locale :

● Création de près de 200 emplois directs et indirects, avec une priorité accordée aux compétences et à la main-d’œuvre de Menzel Bouzelfa et de sa région.

● Développement d’une filière agroalimentaire d’avenir, renforçant la souveraineté et les capacités de transformation à l’échelle régionale.

Communiqué.

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Moyen-Orient | Les trois scénarios pour la Tunisie, selon Aram Belhadj  

19. September 2026 um 11:10

L’économiste Aram Belhadj a publié un post Facebook, dont nous publions ci-dessous la traduction, où il analyse l’évolution de la guerre au Moyen-Orient et ses conséquences possibles sur l’économie tunisienne qui traverse, depuis plusieurs années, une crise structurelle chronique : faible croissance, inflation, déficit budgétaire et endettement, intérieur et extérieur dépassant 80% .

Compte tenu de la situation actuelle au Moyen-Orient, trois scénarios détermineront l’évolution future des indicateurs économiques en Tunisie:

* Le scénario le plus probable est celui d’un conflit gelé (c’est-à-dire le maintien de la situation actuelle sans résolution définitive). Le prix du baril se situerait alors entre 95 et 110 dollars, entraînant un déficit budgétaire avoisinant les 20 milliards de dinars, un déficit commercial proche de 25 milliards de dinars et des réserves de change se situant au seuil de 90 jours d’importation à la fin de l’année.

* Une désescalade négociée réduisant les tensions dans le détroit d’Ormuz (et potentiellement celui de Bab-el-Mandeb). Dans ce cas de figure, le prix du baril redescendrait vers une fourchette de 75 à 85 dollars ; cela permettrait d’enrayer l’érosion des réserves de change et de ralentir l’aggravation des deux déficits, tout en favorisant un recul progressif de l’inflation vers 5 %.

* Le scénario le moins probable (mais le plus dangereux) est celui d’une escalade majeure, impliquant une frappe américano-israélienne d’envergure, le retrait de l’Iran du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP) et la fermeture quasi totale des détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb. Le prix du baril de Brent se situerait alors entre 130 et 150 dollars, entraînant un déficit budgétaire supérieur à 22 milliards de dinars, une inflation pouvant dépasser 8 % et des réserves risquant de tomber sous le seuil de couverture de 90 jours d’importations.

Quoi qu’il en soit, à ce stade, c’est le canal commercial — et non monétaire — qui prévaut ; cette situation résulte du gel des prix des carburants, qui transfère le choc vers la balance des paiements plutôt que de l’imputer directement au portefeuille du consommateur. Toutefois, la donne changerait inévitablement si le premier scénario, et surtout le troisième, venaient à se concrétiser.

Traduit de l’arabe.

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Mahmoud Darwich Poetry Day à Paris

19. September 2026 um 10:44

L’Institut du monde arabe (IMA) à Paris organise Mahmoud Darwich Poetry Day du 25 au 27 septembre 2026, pour rendre hommage à cette figure majeure de la poésie palestinienne, dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.

Cet événement qui se tiendra simultanément à l’IMA et dans une trentaine de lieux, en France, dans le monde arabe et à l’international, est organisé en association avec le Centre Pompidou et de nombreuses autres structures partenaires.

Retrouvez le programme complet des concerts, lectures et rencontres via ce lien.  

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Ibn Khaldun et Mahmoud Darwich | Deux prix, deux mémoires et une même exigence de liberté

19. September 2026 um 09:58

Il y a des prix qui distinguent des œuvres et des carrières. Il y en a d’autres qui, au-delà des personnes qu’ils honorent, cherchent à faire vivre une certaine idée de la culture. Le Prix Ibn Khaldun et le Prix Mahmoud Darwich de la poésie et des arts, tous deux décernés à Tunis, appartiennent à cette seconde catégorie.

Abdelhamid Larguèche

L’un s’inscrit dans le champ de l’histoire, de la pensée et des sciences humaines ; l’autre dans celui de la poésie et des arts. Mais ils procèdent d’une même conviction : une société ne se comprend véritablement qu’à travers la mémoire qu’elle construit, les récits qu’elle transmet et les voix qu’elle accepte d’entendre.

C’est dans cet esprit que le palmarès 2026 du Prix Ibn Khaldun a été établi.

Cette année, le comité a voulu rendre hommage à des personnalités dont les parcours, différents par leurs disciplines et leurs horizons, ont contribué à enrichir la connaissance de l’histoire, de la pensée et des sociétés arabes et musulmanes.

Le philosophe et écrivain marocain Bensalem Himmich, ancien ministre de la Culture, figure parmi les lauréats. Son œuvre, à la croisée de la philosophie, de la littérature et de la réflexion historique, entretient un dialogue fécond avec la civilisation arabo-musulmane et avec les grandes questions de notre présent.

Le prix distingue également Abraham Udovitch, professeur émérite de l’Université de Princeton et ancien directeur scientifique de Studia Islamica. Son œuvre a profondément contribué au renouvellement de l’histoire économique et sociale du monde islamique médiéval. Son parcours rappelle combien l’histoire du monde musulman a besoin d’être étudiée dans toute sa complexité, à partir des sociétés, des échanges, des hommes et des réseaux qui l’ont constituée.

Avec Fatima Al-Sayegh, historienne de l’Université des Émirats arabes unis à Al Ain, c’est notamment l’histoire sociale et politique de la péninsule Arabique et du Golfe qui est mise à l’honneur.

Le palmarès accueille également Hassanine Ben Ammou, romancier tunisien, dont l’œuvre entretient un rapport particulièrement fécond avec la mémoire, l’histoire et les imaginaires de la société tunisienne.

Enfin, le comité a souhaité que cette édition soit aussi un acte de mémoire. Le professeur Hassan Hosni Abdelwahab, figure fondatrice de l’école historique tunisienne et grand érudit du patrimoine national, est distingué à titre posthume.

Ce geste n’est pas simplement rétrospectif. Il rappelle que les générations nouvelles ne peuvent construire leur rapport au patrimoine intellectuel sans revisiter les œuvres de ceux qui les ont précédées.

Ibn Khaldun : une pensée qui demeure vivante

Pourquoi continuer à parler d’Ibn Khaldun aujourd’hui ?

Parce que sa pensée n’est pas un monument figé. Elle demeure une invitation à comprendre les sociétés dans leur mouvement, leurs solidarités, leurs conflits, leurs transformations et leurs fragilités.

Ibn Khaldun nous a appris à nous méfier des récits trop simples, des apparences et des vérités toutes faites. Il nous a surtout rappelé que l’histoire n’est pas seulement une succession d’événements : elle est une construction humaine qui doit être interrogée, critiquée et comprise.

C’est cette exigence que le Prix Ibn Khaldun cherche, à sa manière, à prolonger.

Mahmoud Darwich : quand la poésie devient mémoire

Mais l’histoire n’est pas le seul langage de la mémoire. Il existe aussi la poésie.

C’est pourquoi l’attribution, cette année, du Prix Mahmoud Darwich de la poésie et des arts, à titre posthume, au grand poète tunisien Mnaouar Smahah, revêt une portée particulière.

Mnaouar Smahah appartient à cette génération de poètes pour lesquels écrire n’a jamais consisté simplement à produire de beaux textes. La poésie est aussi une manière d’habiter une langue, de conserver une mémoire, de donner une forme à l’expérience et de résister à l’effacement.

Le choix du nom de Mahmoud Darwich pour ce prix n’est évidemment pas anodin.

Le poète palestinien a fait de la poésie un espace où se rencontrent l’intime et le collectif, l’exil et l’appartenance, la mémoire et l’avenir. Sa poésie a montré qu’une langue peut porter une histoire sans devenir prisonnière de l’histoire.

En distinguant Mnaouar Smahah, le Prix Mahmoud Darwich veut saluer une voix singulière de la poésie tunisienne contemporaine et rappeler, dans un monde saturé d’images et de paroles instantanées, que la poésie demeure une forme irremplaçable de connaissance.

Deux noms, deux héritages, une même question

Ibn Khaldun et Mahmoud Darwich appartiennent à des univers différents. L’un analyse les sociétés. L’autre les fait résonner dans la langue. L’un cherche dans les traces du passé les mécanismes qui permettent de comprendre les hommes et les collectivités. L’autre transforme la mémoire, la douleur, l’exil, l’amour et l’appartenance en poésie. Mais tous deux nous confrontent à une même question : que faisons-nous de notre mémoire ?

La mémoire n’est pas seulement ce que nous conservons. Elle est aussi ce que nous choisissons de transmettre.

C’est pourquoi ces deux prix ont, me semble-t-il, une responsabilité qui dépasse la seule cérémonie de remise des distinctions. Ils doivent contribuer à faire circuler les œuvres, à rapprocher les générations, à ouvrir des débats et à rappeler que la culture n’est pas un luxe réservé aux temps tranquilles. Elle est au contraire l’une des conditions de notre capacité à comprendre le présent.

Honorer sans enfermer

Il faut enfin éviter un piège : celui qui consisterait à transformer les grands noms de notre culture en statues.

Ibn Khaldun ne doit pas être seulement célébré : il doit être lu, discuté, interrogé.

Darwich ne doit pas être seulement commémoré : il doit être lu, traduit, transmis et confronté aux nouvelles expériences du monde.

De même, honorer Bensalem Himmich, Abraham Udovitch, Fatima Al-Sayegh, Hassanine Ben Ammou, Hassan Hosni Abdelwahab ou Mnaouar Smahah ne signifie pas les enfermer dans une galerie de gloires. C’est au contraire reconnaître que leurs œuvres continuent d’ouvrir des chemins.

C’est dans cette perspective que nous avons voulu inscrire cette édition 2026.

Deux prix, deux héritages, deux langages : celui de la pensée et celui de la poésie.

Mais derrière leurs différences, une même ambition demeure : faire de la culture un lieu de mémoire, de connaissance, de dialogue et de liberté.

C’est peut-être la meilleure manière de rendre hommage à Ibn Khaldun et à Mahmoud Darwich : ne pas seulement célébrer leur héritage, mais continuer à le faire vivre.

* Historien, écrivain, président des comités du Prix Ibn Khaldun et du Prix Mahmoud Darwich de la poésie et des arts

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Tunisie | La crise perdure, la colère monte…

19. September 2026 um 08:57

Depuis le début de la semaine, des marches de protestation sont organisés dans plusieurs villes de la Tunisie pour réclamer emploi, développement et dignité, les mêmes revendications ayant déclenché la révolution du 14 janvier 2011, c’est comme si, en quinze ans, le pays n’a pas avancé d’un iota sur la voie de la réalisation de ces revendications. (Photo : Des manifestants à Tunis appellent à la libération des quatre militants de la flottille Soumoud pour la Palestine poursuivis en justice).

Les chômeurs de longue durée, auxquels se sont joints des membres de leurs familles et des citoyens aux prises avec les mêmes difficultés de survie, se disent lassés par les promesses non tenues, les lois non appliquées et une situation socio-économique qui continue de se dégrader avec, cet été, une multiplication des coupures d’eau et d’électricité.

A Menzel Bouzaiane, dans le gouvernorat de Sidi Bouzid — berceau de la révolution, des manifestant ont défilé lundi et mercredi aux cris de «Travail, liberté, dignité nationale».

A Kasserine, dans le centre-ouest du pays, des diplômés universitaires au chômage, accompagnés de leurs enfants et de leurs familles, ont manifesté mardi pour exiger l’application de la loi n° 18 de 2025, qui prévoit leur recrutement dans le secteur public.

Les manifestations de diplômés universitaires sans emploi se poursuivent dans le gouvernorat de Gabès, dans le sud-est, ainsi que dans plusieurs autres régions du pays.

Wissem Sghayer, porte-parole du Parti républicain, a déclaré à The New Arab que «le mouvement social est, par essence, un mouvement politique. La question politique ne se limite pas aux droits et aux libertés ; elle englobe et recoupe également des enjeux sociaux et économiques», ajoutant que ce mouvement constitue donc l’un des aspects majeurs de la question politique.

«Les revendications des élites issues de divers domaines recoupent les questions sociales et économiques. À mesure que la crise que traverse la Tunisie s’aggrave, on verra une convergence entre les mouvements sociaux sectoriels — aux revendications spécifiques — et l’action politique portée et représentée par les élites politiques et civiles», a-t-il souligné, ajoutant qu’«un élément important est entré en jeu dans le paysage global : l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et son appel à la grève générale». Et de conclure par cette prophétie autoréalisatrice : «Le moment viendra où toutes ces questions convergeront dans une même arène».

Cette situation survient alors que les autorités se montrent incapables de répondre aux besoins fondamentaux des citoyens et rejettent toute forme de dialogue ou de négociation sociale, assimilant même la contestation à un complot contre l’Etat manigancé par des opposants au service de puissances étrangères, alimentant ainsi la contestation populaire.

I. B.

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Révélations | Hassan II derrière la victoire d’Israël de 1967

19. September 2026 um 08:02

Le rapprochement entre le Maroc et Israël franchit une nouvelle étape. Les deux pays, qui ont renoué leurs relations diplomatiques en 2020, prévoient d’ouvrir chacun une ambassade. Cette nouvelle étape a été annoncée mercredi 16 septembre 2026 à New York, sous l’égide des États-Unis. Les relations entre Rabat et Tel Aviv, dont beaucoup d’observateurs sous ces cieux se disent encore choquées, ne datent pourtant pas d’aujourd’hui. Elles remontent aux années… soixante du siècle dernier, en plein conflit entre l’Etat hébreu et l’Egypte. Les langues se délient et l’histoire remonte à la surface. (Photo : Hassan II recevant Nasser à Casablanca en 1965).

Habib Glenza

Les révélations d’anciens généraux israéliens sur les liens entre le Maroc et leur pays se succèdent depuis quelque temps. Cette fois, c’est au tour de Shlomo Gazit, ex-chef du renseignement militaire, de revenir sur l’appui de Hassan II au Mossad à l’occasion de la tenue d’un sommet de la Ligue arabe en septembre 1965 à Casablanca.

Après Meir Amir, le chef du Mossad (1963-1968), c’est un autre haut cadre du renseignement israélien qui évoque le soutien de Hassan II à ses services. Le général Shlomo Gazit avance, dans des déclarations au quotidien Yedioth Ahronoth, que l’appui du monarque a été déterminant pour l’armée israélienne pendant la guerre des Six Jours, du 5 au 10 juin 1967.

Dans son témoignage, l’ancien chef du renseignement militaire souligne que le royaume a permis aux Israéliens de suivre minute par minute le sommet de la Ligue arabe de 1965, tenu du 13 au 18 septembre à Casablanca, consacré exclusivement à l’examen des conditions de préparation des armées arabes dans la perspective d’une nouvelle confrontation avec Israël. La réunion était réservée aux chefs d’Etat, aux chefs des renseignements et aux généraux des armées.

A Casa, les chefs d’Etat arabes sur table d’écoute israélienne

Grâce à ces informations, Tel-Aviv avait pu se rendre compte de la faiblesse des armées de ses «voisins». «Cette rencontre a non seulement révélé que les rangs arabes étaient divisés – d’importantes disputes ont éclaté, par exemple, entre le président égyptien Gamal Abdel Nasser et le roi Hussein de Jordanie – mais aussi que les pays arabes étaient mal préparés à la guerre», raconte Shlomo Gazit.

Israël a préparé la guerre des Six Jours en s’appuyant sur la masse considérable de renseignements issus des enregistrements effectués par les Marocains à Casa, et les commandants de Tsahal étaient convaincus de pouvoir l’emporter.

«Ces enregistrements, qui constituaient une véritable prouesse en matière de renseignement, nous ont montré deux choses : d’une part, que les États arabes se dirigeaient vers un conflit auquel nous devions nous préparer ; d’autre part, que leurs discours sur l’unité arabe et la formation d’un front uni contre Israël ne reflétaient pas une réelle unanimité entre eux», a déclaré le général de division Gazit, alors chef du département de recherche du renseignement militaire.

Grâce à ces enregistrements, conjugués à d’autres sources, «nous savions à quel point ils étaient mal préparés à la guerre. Nous en avons conclu que le corps blindé égyptien se trouvait dans un état lamentable et n’était pas prêt au combat», a poursuivi Gazit.

Selon Gazit, les informations contenues dans ces enregistrements confirmaient «notre conviction, au sein du haut commandement de Tsahal, que nous allions remporter une guerre contre l’Égypte. Si les prédictions funestes et le sentiment d’une défaite imminente prévalaient chez la majorité des Israéliens ainsi que chez les responsables extérieurs à l’appareil de défense, nous, nous avions confiance en notre force.»

Deux ans après cette opération, qualifiée par le chef du Mossad de l’époque comme «l’une des gloires suprêmes du renseignement israélien», le Premier ministre Levi Eshkol (21 juin 1963-26 février 1969) donnait l’ordre à son aviation de bombarder les aéroports égyptiens et jordaniens. Une opération couronnée de succès pour la partie israélienne ; presque tous les avions de chasse de l’Egypte avaient été détruits. Ces raids rapides avaient également balisé le terrain aux corps de blindés, leur permettant d’occuper d’un seul coup la Bande de Gaza, le Sinaï, le Golan et Jérusalem-Est.

En contrepartie : la tête de Mehdi Ben Barka

L’appui du Maroc, dont fait état le général Shlomo Gazit, n’a pas été sans contrepartie. Un mois après le sommet de la Ligue arabe à Casablanca, des agents du Mossad étaient impliqués dans l’opération d’enlèvement et d’assassinat de Mehdi Ben Barka, le 29 octobre 1965 à Paris. Ils avaient suivi les déplacements de l’opposant de Hassan II, mission rendue possible grâce à la présence d’une antenne du Mossad sur le territoire français, depuis cinq années, avec la bénédiction de Charles de Gaulle.

C’est justement ce bureau qui avait permis de piéger Ben Barka avec le projet de film historique d’une part ; de faciliter aux agents des services secrets marocains l’entrée en France avec de faux passeports d’autre part. Dans cette opération, l’aide israélienne au Maroc avait été autorisée par le Premier ministre, Levi Eshkol et le chef du Mossad, Meir Amir.

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Les drones iraniens menacent les ambitions du Golfe en matière d’IA 

19. September 2026 um 07:41

Au lendemain des premières frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, la République islamique a riposté par des essaims de drones ciblant une nouvelle cible de grande valeur dans le Golfe en l’occurrence les centres de données américains. Plus de six mois après l’attaque, un centre de données d’Amazon Web Services à Abou Dhabi et un autre à Bahreïn restent en grande partie hors service. L’entreprise a informé ses clients qu’elle migre leurs données vers d’autres sites pendant la réparation des deux infrastructures.

Imed Bahri

Selon le Wall Street Journal, ces attaques et les dégâts persistants compliquent les efforts des États du Golfe, comme les Émirats arabes unis, pour se positionner comme des pôles mondiaux de traitement des données de premier plan dans des secteurs tels que l’intelligence artificielle (IA). Elles représentent également un nouveau risque important pour les entreprises américaines envisageant des investissements pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Les Émirats ont consacré des années à fournir des efforts diplomatiques pour persuader les responsables américains de leur vendre les puces d’IA les plus récentes, réussissant finalement à obtenir de l’administration Trump le même niveau d’accès que celui dont bénéficient les pays européens.

Lors d’une visite à Abou Dhabi en mai 2025, le président Trump a assisté à la présentation par les dirigeants émiratis des plans d’un complexe de centres de données nécessitant 5 gigawatts de puissance, soit plus du double de la capacité du barrage Hoover*.

Des responsables émiratis et américains se sont félicités qu’OpenAI ait accepté d’être le premier locataire du complexe, avec l’objectif d’en acquérir à terme 20% de la capacité mais cet accord semble désormais au point mort.

Des cibles couteux et plus faciles à toucher

Selon des sources proches du dossier, OpenAI n’a pas encore signé de bail pour ce projet. Le groupe n’a pas répondu à la demande de commentaires formulée par le Wall Street Journal bien que News Corp., propriétaire du WSJ, a un partenariat de licence de contenu avec OpenAI.

Les centres de données dédiés à l’IA sont généralement beaucoup plus grands que les installations de cloud computing qui ont été touchées en temps de guerre, ce qui en fait des cibles plus faciles. Ils sont également beaucoup plus coûteux.

En raison du coût élevé des puces d’IA, on estime que chaque gigawatt de capacité nécessite au moins 50 milliards de dollars en serveurs et infrastructures.

Avant la guerre, l’immensité du territoire du Golfe, le soutien gouvernemental important et la facilité d’obtention des permis constituaient des atouts indéniables. Désormais, les risques physiques liés à l’implantation d’infrastructures valant des milliards de dollars à moins de 320 kilomètres de l’Iran, dans une région fréquemment en proie aux conflits, changent la donne.

«Les États du Golfe ont proposé au gouvernement américain et aux entreprises technologiques américaines un important apport de capitaux, une énergie bon marché et des conditions de construction avantageuses. Cependant, la guerre contre l’Iran a bouleversé nombre de ces calculs», a déclaré Aaron Bartnick, ancien conseiller technologique de la Maison-Blanche sous l’administration Biden.

Le ministère des Affaires étrangères des Émirats et le bureau de presse du gouvernement d’Abou Dhabi n’ont pas répondu aux demandes de commentaires du WSJ.

Amazon Web Services a indiqué travailler au rétablissement de ses services à Bahreïn et aux Émirats et avoir proposé des allégements de facturation aux clients qui en dépendaient.

Plus de 2 800 drones et missiles lancés contre les Émirats

Les Émirats ont subi de plein fouet les attaques iraniennes durant la guerre, avec plus de 2 800 drones et missiles lancés contre eux, soit bien plus que l’Iran n’en a tiré sur Israël. Pour répondre aux inquiétudes suscitées par les frappes, les autorités émiraties ont évoqué la possibilité de construire des centres de données souterrains, ce qui augmenterait encore les coûts déjà exorbitants, ainsi que le déploiement de systèmes de défense par drones à proximité des centres informatiques, selon des sources proches du dossier.

Les Émirats, qui appliquent généralement des politiques strictes en matière de souveraineté des données pour les entreprises locales, ont autorisé certaines d’entre elles à transférer leurs données à l’étranger pendant qu’Amazon s’efforce de rétablir ses services dans ses installations situées dans le pays, selon des acteurs du secteur.

Les frappes iraniennes contre les installations d’Amazon ont provoqué des incendies et endommagé les infrastructures, contraignant les autorités à couper l’électricité.

L’eau utilisée pour éteindre les incendies a également causé des dégâts supplémentaires.

Les applications bancaires, les services aux entreprises et les plateformes fintech de toute la région ont été perturbés, tandis qu’Amazon s’est mobilisé pour aider ses clients à sauvegarder leurs données et à les transférer aux États-Unis, en Europe ou ailleurs. La durée de la panne laisse supposer que les dégâts ont été considérables.

À l’heure actuelle, plus de 130 services informatiques restent affectés sur le site d’Abu Dhabi et 140 sur celui de Bahreïn. Seuls cinq services ont été rétablis sur chaque site.

Néanmoins, certaines entreprises technologiques continuent de développer des projets de centres de données dans le Golfe. Elles parient sur une fin prochaine du conflit et sont également attirées par l’afflux important de capitaux en provenance du Golfe.

Renforcer les infrastructures existantes dans le Golfe avec de meilleures défenses pourrait s’avérer plus économique et plus rapide que de repartir de zéro dans des régions moins attractives.

Les calculs évoluent à mesure que les enjeux augmentent

Amazon et Microsoft ont toutes deux annoncé le mois dernier leur intention de maintenir l’ouverture de centres de données en Arabie saoudite d’ici la fin de l’année.

Microsoft a également conclu un accord pour la construction d’un centre de données de 200 mégawatts à Abu Dhabi d’ici fin 2025, et les travaux sont déjà en cours.

Les fournisseurs de services cloud privilégient généralement l’implantation de leurs centres de données à proximité des pôles d’activité économique.

Doug Madory, responsable de l’analyse internet chez Infoblox, une entreprise spécialisée en cybersécurité, a déclaré : «Le Moyen-Orient connaît une activité économique intense et les fournisseurs de services cloud souhaitent tirer profit de cette croissance». Il a ajouté : «Toutefois, ces calculs évoluent à mesure que les enjeux augmentent. Je compare les centres de données à des navires dans le détroit d’Ormuz: si vous en heurtez deux, vous effrayez les autres et les faites fuir».

Au printemps dernier, les Gardiens de la révolution iraniens ont menacé des entreprises technologiques américaines, les accusant de contribuer aux attaques contre l’Iran et citant nommément Microsoft, Oracle, Alphabet et Nvidia.

«Construire des infrastructures vitales qui doivent rester opérationnelles à 100% dans l’une des régions les plus instables du monde représente un risque réel», a déclaré Aaron Bartnick qui est actuellement chercheur à l’Université Columbia.

* Le barrage Hoover (Hoover Dam) est un barrage poids-voûte monumental situé sur le fleuve Colorado aux États-Unis, à la frontière entre le Nevada et l’Arizona.

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