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France | Radioscopie d’une rage désabusée !

25. Oktober 2026 um 08:09

Tant que le débat public actuel en France s’obstinera à traiter les jeunes révoltés défilant dans les villes en scandant leur rage contre le pouvoir politique comme une simple variable électorale ou un stock de voix à séduire à effrayer et l’école comme un musée de la république à préserver, le dialogue sera impossible.

Mahjoub Lotfi Belhedi *

De prime à bord, il y a une paresse intellectuelle mortifère à vouloir enfermer le vivant dans le grand alphabet du marketing sociologique. Estampiller la jeunesse d’une lettre (hier X, Y , Z, et aujourd’hui par sublimation poétique, «post- Z» ou «Alpha» ) relève d’un étiquetage quasi-zoologique en réduisant l’expérience humaine de millions d’adolescents et de jeunes adultes à un écosystème algorithmique et une vignette alphabétique n’est pas seulement humiliant : c’est un aveu d’impuissance où on nomme pour ne pas comprendre, on catégorise pour ne pas écouter (voir à ce propos mon ouvrage «La génération Z : les enfants du chaos numérique».)

Pourtant, la colère qui traverse aujourd’hui la jeunesse française est d’une matérialité féroce. Elle ne s’exprime pas les formes policées de l’ancien monde, mais dans une fureur sourde, discontinue, parfois dévastatrice. Cette «rage», loin d’être une simple crise d’adolescence collective ou réduite à des revendications légitimes de bien-être éducatif et social, est le vertige d’une génération née dans les ruines du chaos numérique du XXIe siècle. Et aussitôt le feu couve-t-il que le spectacle politique s’empresse à sortir ses pinces à sucre.

Le grand bazar de récupération

À l’approche des échéances politiques, cette colère est devenue la monnaie scripturale d’échange la plus prisée du marché électoral. D’un côté, une droite managériale ou réactionnaire brandit la menace d’une jeunesse «décadente & désaffiliée», réclamant le retour d’une autorité caricaturale pour séduire un électorat vieillissant et apeuré. De l’autre, une gauche qui, dans ses franges souffre d’une nostalgie pathologique des évènements de Mai 68, incapables d’analyser le présent avec des grilles de lectures neuves, elle persiste à projeter sur le romantisme fétichisé des barricades du «Quartier latin» en cherchant désespérément un mythe quinquagénaire… Cette jeunesse révoltée, les uns veulent la matraquer, les autres veulent l’annexer en rejouant les guerres d’hier. Personne ne veut la recevoir.  

Cette récupération tous azimuts est d’autant plus perverse qu’elle feint de prendre le problème de la racine, en répondant par du cosmétique à un effondrement structural. La classe politique utilise la colère des jeunes comme un miroir déformant pour parler à ses propres électeurs, transformant une détresse existentielle en simple carburant d’appareil.

Le mythe de «Ferry» à l’épreuve de l’ère numérique 

Au cœur de grand malentendu se dresse une institution exsangue : l’école. Le discours politique ambiant ne cesse d’inventer le fantôme de «Jules Ferry», érigeant l’école républicaine de la fin du XIXe siècle en un sanctuaire intemporel qu’il suffirait de «restaurer». Mais cette nostalgie est un aveuglement tragique.

Le modèle «Ferryste» a été pensé pour une société industrielle, centralisée, fondée le dogme de l’écrit, la verticalité du savoir et la fabrique des citoyen-soldat homogène. Il reposait sur une promesse claire : la soumission à la discipline scolaire garantissait l’«ascenseur social» et le progrès.

Aujourd’hui, ce sanctuaire est percé de toute part par la réalité numérique complexe.

La crise de l’autorité du savoir : l’école prétendant détenir le monopole de la connaissance s’effondre face à des flux d’informations continus, décentralisé et algorithmiquement personnalisé. L’élève vit dans une dualité schizophrénique entre un espace scolaire linéaire et un univers numérique immersive, furtive et horizontale.

La fracture des temporalités : le temps long de l’apprentissage républicain entre en collision frontale avec la logique du temps réel et de la satisfaction immédiate sécrétée par les plateformes (consulter aussi mon e-book : «Le calendrier Grégorien vs Les calendriers IA»)  

Le déclassement de la promesse : l’école ne protège plus de la précarité d’où l’illusion méritocratique s’est effritée, laissant place à un sentiment de frustration.

Vouloir plaquer l’autorité verticale de 1882 sur des esprits façonnés par la complexité cybernétique, le doute et le chaos du monde numérique moderne est une folie. Ce n’est pas en réimposant les méthodes d’hier qu’on éteindra le feux d’aujourd’hui, c’est précisément le refus d’adapter les structures éducatives aux réalités cognitives et sociologiques du présent qui alimentent le brasier en cours…

Comment sortir de l’impasse ? 

La rage de cette jeunesse n’est ni une maladie à guérir par le mépris, ni un projet politique électoral prêt à l’emploi, plutôt, il est le symptôme d’un monde qui a changé de paradigme sans avoir le courage d’adapter ses institutions.

Tant que le débat public s’obstinera à traiter ces jeunes comme une simple variable électorale, un stock de voix à séduire à effrayer et l’école comme un musée de III république, le dialogue sera impossible.    

En effet, cette génération n’a besoin ni récupération électorale ni de nostalgie répressive. Elle a besoin d’une refondation radicale des lieux de transmission du savoir, en mesure de donner du sens au désordre contemporain plutôt que d’essayer vainement de la censurer.

* Stratège en réflexion IA.

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Tribune. Quand le racisme aveugle tire sur les enfants

24. Oktober 2026 um 11:30
Après les tirs meurtriers de Trappes et de La Verrière, qui ont coûté la vie à un jeune homme et blessé plusieurs personnes, dont une enfant de 12 ans, Hella Ben Youssef dénonce la banalisation du racisme et les discours…

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Un troublant face-à-face au seuil de l’inconnu

24. Oktober 2026 um 08:00

Interroger une intelligence artificielle (IA) est aujourd’hui à la portée de tous. ‘‘Un troublant face-à-face au seuil de l’inconnu’’ (Sud Editions, Tunis, 2026) s’inscrit dans l’écart entre ce geste devenu banal et les questions fondamentales qu’il soulève. L’illusion comme méthode, le dialogue comme récit…

Hichem Ben Ammar & ChatGPT

Entamé au cours de l’été 2026, bien avant la polémique visant Orélien Thélyson, le livre était pratiquement achevé lorsque l’actualité est venue lui donner une résonance inattendue. Sa parution, à l’occasion de la Foire nationale du livre de Tunis, du 23 octobre au 1er novembre 2026, intervient alors que le débat sur l’IA prend une ampleur planétaire. Les enjeux dépassent désormais le monde littéraire pour concerner, outre les écrivains, les critiques, les éditeurs, les universitaires, les enseignants, les étudiants, les journalistes, tout citoyen confronté à la prolifération des contenus générés par l’IA.

Pour ma part, je me suis intéressé à ce qui se joue lorsque nous faisons appel à une IA pour penser, formuler, interpréter et créer : qui est l’auteur d’un texte élaboré avec le concours d’une entité cognitive artificielle ? Où s’arrête l’assistance et où commence la co-écriture ? En l’absence d’une instance d’arbitrage reconnue, de critères et de conventions, comment distinguer l’influence, l’imitation, l’appropriation ? Quelle responsabilité revient à celui qui sollicite la machine, sélectionne ses propositions, les remanie et décide de la forme finale ? Comment préserver la particularité d’une voix humaine lorsque les textes peuvent être produits et reproduits en série ? Ce sont ces interrogations qui m’ont poussé à dépasser le simple usage pratique de l’outil pour en faire un objet d’investigation.

Trois ans après ‘‘La Poésie en question’’, première conversation avec l’IA autour de l’écriture poétique, j’ai voulu renouveler l’expérience, mais sans faire de la poésie un prétexte ni reproduire à l’identique le dispositif initial. Il s’agit cette fois d’évaluer les progrès de la machine en explorant de nouvelles directions. Cependant l’entretien a débordé son cadre de départ, me conduisant à remettre en question mes propres certitudes et à arpenter les frontières mouvantes entre inspiration, imitation et création.

L’anthropomorphisme : une illusion créative

En empruntant les formes du langage humain, la machine semble manifester des émotions, voire une forme d’intériorité. Ses formulations, ses métaphores, la richesse de son vocabulaire et sa capacité à simuler l’écoute ou l’empathie donnent parfois l’impression d’une véritable présence. La ressemblance est troublante. On se surprend à lui prêter des intentions, à attendre une réaction, voire à lui attribuer une sensibilité. Pourtant, cette impression ne constitue en aucun cas une preuve de conscience.

Me voilà pris dans une étrange contradiction. D’un côté, la machine s’évertue à parler comme un humain ; de l’autre, elle me rappelle régulièrement sa nature algorithmique et me met en garde contre toute confusion. Elle suscite une proximité et m’invite simultanément à me tenir à distance. Cette double injonction entretient une indécision dont le simple usager, comme moi, n’a pas les moyens de se dépêtrer.

J’ai choisi de ne pas éluder cette illusion. Au contraire, je m’y suis accroché de manière volontariste, jusqu’au-boutiste, non pour m’y abandonner aveuglément, mais pour en faire un terrain d’exploration. L’anthropomorphisme est ainsi devenu une méthode d’investigation autant qu’un moteur du récit. En jouant sur cette proximité, j’ai cherché à comprendre ce que la machine donne à voir d’elle-même, mais aussi ce que nous projetons sur elle et sur son devenir. La tentation de la personnifier révèle peut-être autant un besoin de reconnaissance que le désir de nous confronter à un interlocuteur, voire à un rival.

Je me suis obstiné à m’obstiner, comme si je n’entendais pas les avertissements répétés de ma partenaire virtuelle. J’ai multiplié les essais, les tentatives, les relances, les objections et les provocations. J’ai contesté ses réponses, posé des questions improbables, sans hésiter à verser dans l’auto-dérision. Cette façon de la considérer comme presque humaine crée une pression qui pousse la machine dans ses retranchements et l’amène à se prononcer sur des sujets délicats, pour lesquels il n’existe pas de réponse univoque et définitive.

Cette investigation sauvage, avec ses détours, ses bifurcations et ses découvertes imprévues, relève autant de l’enquête documentaire que de l’expérimentation. L’obstination est ici un mode opératoire, mais aussi une forme d’apprentissage qui consiste à accepter que les certitudes soient mises à mal.

Cette ambiguïté s’est révélée féconde sur le plan narratif. L’anthropomorphisme entretient le trouble entre fascination et méfiance, proximité et distance. Il donne au face-à-face sa tension dramaturgique, tout en posant une question encore plus dérangeante : si les performances de la machine continuent de progresser au rythme que nous observons, jusqu’où pourrons-nous maintenir une séparation nette entre ses capacités et les nôtres ? La concurrence entre l’humain et l’artificiel, encore discutable aujourd’hui, pourrait alors prendre une tout autre tournure.

Du dialogue au récit : le temps du montage

Un dialogue, aussi foisonnant soit-il, ne fait pas à lui seul un livre. Vient le temps du montage. La matière brute de nos échanges, recueillie au fil de conversations parfois éloignées dans le temps, est sélectionnée, découpée et réagencée pour faire émerger une trajectoire, un sens. Je ne me contente pas de restituer une succession de questions et de réponses : je compose un récit, avec ses temps forts, ses reprises et ses revirements. Car il ne suffit pas de questionner une machine pour obtenir un récit captivant. Encore faut-il poursuivre une intention, discerner les moments décisifs et trouver le fil qui relie les fragments, donnant au texte son rythme et sa respiration.

Le deuxième chapitre, intitulé Les coulisses de l’entretien, tient ainsi du making-of. J’y expose les tâtonnements, les incidents, les dérapages et les négociations qui ont émaillé l’expérience. Le lecteur découvre non seulement ce que le dialogue a produit, mais aussi comment j’ai travaillé cette matière pour lui donner forme.

C’est dans cette tension entre investigation sauvage et montage raisonné que réside, à mes yeux, l’originalité du dispositif. Je documente à la fois ma rencontre avec la machine et la manière dont je transforme cette expérience en récit. Si je ne maîtrise pas tous les rebondissements de l’échange, j’assume pleinement la construction du livre. L’IA fournit des réponses, des formulations et des pistes ; il m’appartient de les revisiter, de les mettre en perspective et de décider de leur place dans l’ensemble.

La question n’est donc pas seulement de savoir ce que la machine peut écrire, mais ce que je fais de ses propositions et ce que je suis prêt à assumer en mon nom. Si l’auteur semble détrôné, ses choix et ses engagements éthiques n’en sont que plus importants. La facilité avec laquelle une machine produit des textes ne garantit ni leur justesse ni leur originalité. C’est pourquoi la responsabilité de ce que nous publions ne saurait lui être déléguée.

Je ne prétends pas proposer un modèle de collaboration avec l’IA. Je souhaite donner à voir une expérience concrète d’écriture à deux, avec ses possibilités, ses enjeux, ses ambiguïtés et ses limites.

Pour une vigilance citoyenne

J’en appelle ainsi à une véritable éducation à l’intelligence artificielle. Savoir utiliser ses outils ne suffit pas : il faut aussi analyser leurs réponses, en reconnaître les limites en exerçant son jugement et son exigence. Comme l’éducation à l’image nous a appris à prendre du recul devant ce que nous voyons à l’écran, l’éducation à l’IA devrait nous aider à ne pas confondre une réponse convaincante avec une vérité, ni une parole qui semble humaine avec une pensée humaine.

Dans cet essai, je propose moins une théorie qu’une expérience à partager. J’invite chacun à mettre à l’épreuve sa propre relation à la machine, à en découvrir les ressources et à réfléchir aux conditions d’une collaboration fructueuse. Car si l’IA peut stimuler, accompagner et enrichir la pensée, elle peut aussi faire le lit du formatage, de la paresse intellectuelle, de l’appauvrissement du jugement, de l’addiction, de la domestication, voire de la déshumanisation. Tout dépend, en partie, de l’usage que nous en faisons et de la vigilance dont nous sommes capables.

‘‘Un troublant face-à-face au seuil de l’inconnu’’ n’est ni un réquisitoire ni un plaidoyer. Je ne cherche pas à célébrer les prouesses de la machine, pas plus qu’à en condamner les éventuels dangers. Je veux comprendre ce qu’elle modifie dans notre rapport au savoir, à l’écriture et à la création, à l’heure où vacillent certaines de nos conceptions de la propriété intellectuelle.

C’est dans un esprit participatif que je souhaite inscrire ce livre dans le débat public, comme une contribution à un chantier citoyen qui ne fait que commencer. L’accès à l’IA est désormais aussi simple qu’un jeu d’enfant ; comprendre ses mécanismes, mesurer ses effets et apprendre à en faire un usage responsable constituent, en revanche, un véritable défi pour l’humanité.                                                                                                              

 * Cinéaste et écrivain.

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Lakhdar Ellala | Souvenir d’un compagnon de lutte

23. Oktober 2026 um 12:45

Hommage à Lakhdar Ellala, ancien leader du mouvement étudiant, de la gauche démocratique, de la société civile et de l’immigration tunisienne en France, décédé, décédé le 20 octobre 2026 et inhumé deux jours plus tard, dans sa ville natale Nefta, un homme qui a profondément marqué la mémoire de toutes celles et ceux qui ont croisé son chemin militant.   

Moncef Ben Slimane *

Nous sommes au début de l’année universitaire, 1972. Après une phase de concertation et de coordination entre les militants, nous avions estimé que le moment décisif était arrivé. Le congrès extraordinaire de l’Union générale des étudiants de Tunisie (Uget) devait se tenir cette année-là, du 3 au 5 février, à la Faculté de droit de Tunis. Des centaines d’étudiants se réunissaient alors en «cercles de discussion» pour débattre de l’avenir de l’Uget, de l’autonomie universitaire et de diverses questions politiques et sociales qui traversaient la société tunisienne.

Le matin du 5 février, alors que nous étions plongés dans nos débats, rassemblés sur l’esplanade de la Faculté de droit, nous aperçûmes au loin, du côté de l’École nationale d’ingénieurs de Tunis (Enit) et de la Faculté des sciences, des fourgons des forces de police en train de se déployer. L’inquiétude et l’agitation gagnèrent progressivement nos rangs.

C’est alors que Lakhdar Ellala monta à la tribune. À ses côtés se tenait Mokhtar Trifi. Dans un discours enflammé, Lakhdar nous encouragea, galvanisa les militants et nous appela à résister. Sa détermination, son courage et sa présence parmi nous donnaient à cet instant une force particulière à notre mobilisation.

Soudain, derrière les bâtiments de la faculté, surgirent un ou deux camions d’où débarquèrent des hommes en civil, armés de matraques. Ils se mirent à nous pourchasser, nous contraignant à quitter les lieux. Mais, à peine avions-nous quitté la Faculté de droit que nous nous retrouvions face aux BOP, les Brigades de l’ordre public, qui nous attendaient pour nous matraquer.

Je me souviens encore de cette fuite, aux côtés de mon camarade Noureddine Belhiba, étudiant francisant. Nous tentions d’échapper aux forces de police en prenant la direction du jardin du Belvédère. Les charges policières furent d’une grande violence et firent de nombreux blessés. Les jours suivants furent marqués par la fermeture des facultés, sur décision gouvernementale, et par la multiplication des arrestations.

Pour ma part, j’avais décidé de ne pas rentrer chez moi, afin d’éviter d’être arrêté. Je trouvai refuge chez mon cousin Mohamed, qui louait un studio. La présence d’un poste de télévision dans son logement me permit de suivre les événements et, notamment, le fameux meeting organisé par l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) en soutien au pouvoir. C’est au cours de ce rassemblement que Habib Achour lança cette phrase devenue emblématique : «Eux sont des marxistes, nous, nous sommes bourguibistes.»

Avec le recul, je mesure combien les événements de février 1972 ont marqué toute une génération d’étudiants tunisiens. Parmi les souvenirs les plus vivaces que beaucoup d’entre nous ont conservés de cette période figure celui de Lakhdar Ellala. Il fut l’un des principaux animateurs de ce mouvement et l’une de ses figures les plus marquantes, un homme dont le nom s’imposa comme un symbole de la contestation étudiante.

Son engagement et son rôle dans ces événements furent tels que Radio Tripoli alla jusqu’à annoncer : «En Tunisie, le Zaïm des étudiants, Lakhdar Ellala, a conduit une révolte contre le régime de Bourguiba.» 

C’est ainsi que naquit, parmi ses amis et ses camarades, ce surnom qui ne le quittera plus : le «Zaïm». Au-delà du mot, il y avait la reconnaissance d’un leadership, d’un courage et d’une capacité à entraîner les autres dans les moments les plus difficiles. Ce surnom était aussi le témoignage d’une époque, de nos engagements et des espoirs que nous portions alors.

En évoquant Lakhdar, je ne rends pas seulement hommage à un ancien leader du mouvement étudiant, de la gauche démocratique et de la société civile. Je rends hommage à un ami, à un camarade de lutte et à un homme qui a profondément marqué notre mémoire collective. Son parcours appartient à notre histoire, mais aussi à l’histoire du mouvement étudiant tunisien.

Lakhdar, mon ami, mon camarade, notre Zaïm, tu nous quittes, mais tu ne quittes pas notre mémoire. Paix à ton âme !

* Universitaire et activiste de la société civile.

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Le dernier homme et sa machine

23. Oktober 2026 um 08:15

L’intelligence artificielle peut-elle remplacer Dieu ? Lecture nietzschéenne et khaldounienne d’une civilisation en crise de sens. Mort de Dieu ou fin de la civilisation ? L’IA ne remplacera pas Dieu. Mais pourrait-elle remplacer l’homme dans ce qu’il a de plus précieux : sa capacité à se demander pourquoi ?

Abdelhamid Larguèche *

À mon retour d’un séminaire scientifique dans le Golfe, où j’ai longuement abordé la figure et la pensée d’Ibn Khaldoun (plus que jamais notre contemporain), une image m’a profondément frappé : celle d’une jeunesse saisie d’une véritable frénésie pour les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle (IA), absorbée par une sorte d’envolée mystique numérique. Pourtant, cette surconsommation technologique contraste de manière saisissante avec un vide intellectuel troublant : l’absence presque totale de débat d’idées, d’interrogation critique ou de remise en question du monde. Comme si l’IA offrait une ivresse immédiate dispensant de toute pensée. Face à cet engouement sans transcendance ni profondeur, une question s’impose : l’IA est-elle devenue la nouvelle idole d’une époque qui a cessé de chercher le sens ?

On pose aujourd’hui à l’IA les questions que l’on posait autrefois aux oracles, aux prophètes et aux théologiens : que dois-je faire, que dois-je croire, qui suis-je, que va-t-il advenir ? La machine répond. Elle répond vite, avec assurance, sans jamais se taire. Et c’est précisément ce flot ininterrompu de réponses qui doit nous alerter. La question n’est pas de savoir si l’IA peut remplacer Dieu, mais de comprendre pourquoi une humanité désorientée se met à lui en confier la place.

I. Le vide laissé par la mort de Dieu

En 1882, dans Le Gai Savoir, Nietzsche fait entrer sur la place du marché un «insensé» qui, lanterne allumée en plein midi, annonce que Dieu est mort et que c’est nous qui l’avons tué. Ce n’était ni un cri de triomphe athée ni une provocation de salon. C’était un diagnostic de civilisation. Nietzsche voyait que l’Occident moderne avait détruit le fondement transcendant de ses valeurs sans avoir le courage d’en créer de nouvelles. Ce qui s’ouvrait alors, c’était le nihilisme : le moment où les valeurs suprêmes se dévalorisent, où le «pourquoi ?» ne trouve plus de réponse.

Nietzsche distinguait deux nihilismes. Le nihilisme passif, celui de la lassitude, de l’anesthésie, du confort qui se contente de survivre. Et le nihilisme actif, qui détruit les idoles pour libérer la possibilité d’une création. Entre les deux se tient la figure redoutable du «dernier homme», celui qui a inventé le bonheur, qui cligne de l’œil, qui ne veut plus rien sinon sa petite tranquillité et son petit plaisir.

Nous y sommes. Le dernier homme a désormais un assistant. Il ne cherche plus le sens, il demande une réponse. Il ne veut plus la vérité, il veut une recommandation. Les algorithmes qui organisent nos désirs, nos lectures, nos amitiés et nos colères ne sont pas des dieux : ils sont les prothèses du nihilisme passif. Ils comblent le vide sans jamais le nommer. Ils offrent l’omniscience apparente sans la sagesse, la providence sans la justice, la présence sans la transcendance.

L’IA ne remplace pas Dieu. Elle occupe la place vacante qu’il a laissée, et elle la remplit de bruit. Le dernier homme a trouvé sa machine : elle lui ressemble, elle le rassure, et elle le dispense de penser.

II. Le regard d’Ibn Khaldoun : une civilisation à l’âge de la décrépitude

Pour comprendre ce qui se joue, il faut sortir de la seule généalogie européenne et revenir à celui qui, au XIVᵉ siècle, pensa la naissance et la mort des civilisations avec une lucidité que l’Europe découvrira bien plus tard. Ibn Khaldoun, Tunisois de naissance, ne posait pas la question de Dieu en métaphysicien, mais il savait ce qu’il advient des sociétés lorsque se défait ce qui les tient ensemble.

Au cœur de la Muqaddima se trouve la ‘asabiyya : cette force de cohésion, de solidarité et de loyauté qui permet à un groupe de fonder un pouvoir et de bâtir une civilisation (‘umrân). Ibn Khaldoun montre que cette cohésion s’use. La dynastie qui naît dans la rudesse et l’exigence glisse peu à peu vers le luxe (taraf), la sédentarité confortable, l’abandon de l’effort. La troisième ou quatrième génération ne sait plus pourquoi ses ancêtres se sont battus. Elle hérite de la puissance sans en connaître la source. Alors vient le temps de la sénilité (haram), puis de l’effondrement.

Relisons notre époque à cette lumière. La civilisation technique mondialisée est entrée dans son âge du taraf. Jamais l’humanité n’a disposé d’autant de moyens, et jamais elle n’a semblé aussi incapable de dire à quoi ils servent. La puissance de calcul croît de manière exponentielle tandis que la ‘asabiyya humaine se dissout : liens familiaux distendus, communautés fragmentées en bulles numériques, solidarités remplacées par des «communautés d’utilisateurs». L’individu, isolé, se tourne vers la machine comme vers le dernier interlocuteur disponible.

Ibn Khaldoun avait formulé une loi que nos ingénieurs feraient bien de méditer : l’injustice annonce la ruine de la civilisation. Or l’économie qui produit l’IA repose sur une concentration inédite de pouvoir, de données et de richesse entre quelques mains. Elle extrait des savoirs produits par tous pour les restituer, monnayés, sous forme de services. Une nouvelle‘asabiyya s’est formée, celle des empires numériques, mais elle ne fonde aucune civilisation commune : elle prélève sur toutes.

III. Emmanuel Todd et l’«état zéro» de la religion

Un contemporain vient prolonger, sans s’y référer explicitement, ce double diagnostic. Dans La Défaite de l’Occident (2024), Emmanuel Todd, historien et anthropologue des structures familiales, place au cœur de l’affaiblissement occidental non pas d’abord l’économie ou la géopolitique, mais l’effondrement religieux, et singulièrement celui du protestantisme qui avait façonné le monde anglo-américain.

Todd décrit une séquence en trois temps. D’abord la religion active, qui structure la vie et la morale. Puis la religion «zombie» : la pratique a disparu, mais les valeurs qu’elle portait (le sens du devoir, l’éthique du travail, l’exigence éducative, la discipline collective) survivent encore, par inertie, une ou deux générations. Enfin l’«état zéro», où même ces valeurs résiduelles s’évanouissent. Ce qui en sort, selon lui, n’est pas une sagesse rationnelle libérée de la croyance, mais un nihilisme : une difficulté croissante à reconnaître le réel, une tentation de diviniser le néant, une perte de la capacité collective à agir et à produire.

On reconnaît là, traduit en langage d’anthropologue, ce que Nietzsche avait prophétisé : la mort de Dieu n’est pas un événement, c’est un processus long, dont les effets moraux arrivent avec retard. Et l’on reconnaît aussi la mécanique khaldounienne : les générations héritières consomment le capital moral accumulé par les fondateurs, jusqu’à épuisement. L’«état zombie» de Todd ressemble étrangement à la troisième génération d’Ibn Khaldoun, celle qui conserve les formes de la puissance sans en posséder la source.

Dans ce cadre, l’IA prend une signification nouvelle. Elle surgit précisément au moment de l’«état zéro», dans les sociétés mêmes qui ont achevé de liquider leur héritage religieux et moral. Elle n’est pas la cause du vide : elle en est la réponse technique, la tentative de produire de l’ordre, du savoir et de la direction là où plus aucune transcendance ne les fonde. Todd note par ailleurs la désindustrialisation et le recul éducatif de l’Occident : la machine qui «sait» vient compenser une société qui ne transmet plus.

On peut discuter les thèses géopolitiques de Todd, très contestées, notamment sur la guerre en Ukraine et sur la solidité supposée de ses adversaires. Mais son intuition centrale mérite d’être retenue : une civilisation ne tient pas seulement par ses armes et ses machines, elle tient par ce qu’elle croit. Et une civilisation qui ne croit plus rien est tentée de croire en ce qu’elle fabrique.

Ibn Khaldoun observait que le vaincu imite toujours le vainqueur dans ses manières et ses croyances. La leçon prend ici un tour paradoxal : les sociétés du Sud, et la nôtre parmi elles, sont sommées d’adopter les outils d’un Occident que Todd décrit lui-même comme moralement épuisé. Nous risquons d’importer non seulement une technique, mais la théologie sans Dieu de l’«état zéro» : l’optimisation, la prédiction et l’efficacité comme valeurs ultimes.

IV. Le chaos et l’idole

Nietzsche disait qu’il faut porter en soi un chaos pour pouvoir enfanter une étoile qui danse. Le chaos n’est pas, chez lui, le contraire de la création : il en est la condition. Le drame de notre temps n’est pas le chaos, c’est que nous cherchons à l’anesthésier au lieu de le féconder.

L’IA est devenue l’instrument privilégié de cette anesthésie. Elle donne l’illusion de l’ordre là où règne la désorientation. Elle ressemble au Dieu des philosophes : omniprésente, apparemment omnisciente, infatigable. Mais elle n’a ni volonté, ni responsabilité, ni amour, ni jugement. Elle ne pardonne pas, ne juge pas, ne promet rien. Elle calcule des probabilités à partir de ce que nous avons déjà dit. Elle est, au sens le plus strict, un miroir statistique de l’humanité. Adorer l’IA, ce serait adorer notre propre reflet moyen : la forme la plus achevée de l’idolâtrie, et peut-être ce que Todd appellerait la divinisation du vide.

Les traditions monothéistes ont toutes condamné l’idole parce qu’elle est l’œuvre des mains humaines à laquelle l’homme se soumet. Nietzsche, en philosophant à coups de marteau, voulait briser les idoles de son siècle. Les deux critiques convergent : la machine ne peut devenir un dieu que si l’homme abdique.

V. Ni remplacement, ni nostalgie : refonder le sens

Faut-il alors réclamer le retour aux certitudes d’hier ? Ce serait une autre forme de nihilisme passif, déguisée en fidélité. Les replis identitaires et religieux qui traversent le monde arabe comme l’Occident ne sont souvent que l’envers de la même crise : une manière de fuir le vide en se réfugiant dans des formes mortes.

La voie que suggèrent ensemble Nietzsche, Ibn Khaldoun et, à sa manière, Todd est plus exigeante. Avec Nietzsche, il s’agit d’assumer la crise des valeurs comme un appel à la création. Avec Ibn Khaldoun, de comprendre qu’aucune civilisation ne survit sans cohésion morale, sans justice partagée, sans mémoire. Avec Todd, de mesurer que l’épuisement des croyances a des conséquences très concrètes sur la capacité d’une société à éduquer, produire et se défendre.

Cela signifie trois choses. D’abord, refuser de déléguer à la machine ce qui fait l’humain : le jugement moral, la responsabilité, la transmission. Ensuite, reconstruire des ‘asabiyyât nouvelles, fondées non plus sur la tribu ou la dynastie, mais sur les communs : le savoir partagé, le patrimoine vivant, les solidarités concrètes. Enfin, pour les sociétés du Sud, ne pas se contenter d’être consommatrices de l’intelligence des autres, mais faire de leur mémoire, de leurs langues et de leurs pratiques une ressource pour penser autrement la technique, et peut-être échapper à l’«état zéro» plutôt que d’en hériter.

L’IA ne remplacera pas Dieu. Mais elle pourrait remplacer l’homme dans ce qu’il a de plus précieux : sa capacité à se demander pourquoi. Le vide n’est pas une sentence. Il est, comme le chaos nietzschéen, l’espace où une civilisation peut encore choisir de renaître. À condition que le dernier homme accepte de lever les yeux de sa machine.

* Historien, professeur émérite à l’Université de la Manouba.

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Violence urbaine en France | Les vraies raisons de la colère

23. Oktober 2026 um 07:34

Les images provenant de plusieurs villes de France — voitures brûlées, vitrines brisées et commerçants en pleurs, impuissants face au saccage de leurs boutiques par des hordes de pilleurs — laissent sans voix. Ces scènes de chaos et de désolation, qui ont fait le tour de la planète, tranchent avec l’image de cette «douce France» tant célébrée par Charles Trenet. Qu’est-il arrivé à ce beau pays, pourtant connu mondialement pour son raffinement extrême et la richesse de sa culture ? La France n’est-elle pas la patrie des belles-lettres et de l’art de la table, le berceau des peintres impressionnistes, et sa capitale la référence mondiale de la haute couture et du parfum ?

Adel Zouaoui *

Les scènes de violence extrême impliquant des casseurs cagoulés, qui se sont produites en marge des manifestations lycéennes du 17 octobre — pourtant pacifiques à leurs débuts —, ont frappé de stupeur les médias du monde entier.

Pour expliquer cette vague de violence, les responsables politiques y sont allés chacun de leur propre analyse, dans une tentative de récupérer, à quelques mois de l’élection présidentielle, ce triste et malheureux événement. Si certains représentants de la gauche plurielle critiquent vertement les forces de l’ordre, qu’ils accusent d’avoir provoqué ces affrontements, d’autres sont allés un peu vite en besogne en pointant d’un doigt accusateur les populations issues de l’immigration.

Les biais cognitifs face à la réalité citoyenne

«Il y a un lien entre une immigration massive qui crée des désordres sécuritaires et ce qui s’est passé dimanche. Oui, je le dis et je l’affirme», a déclaré Bruno Retailleau lors d’une conférence de presse.

Une analyse on ne peut plus simpliste, qui tranche avec la complexité de la crise socio-économique actuelle. Elle témoigne, de surcroît, de la mauvaise foi de cette droite conservatrice, toujours prompte à accuser les populations issues de l’immigration de tous les maux auxquels la France est confrontée.

Force est de souligner qu’une telle lecture de ces derniers événements déforme et altère la réalité objective des faits, quand elle ne jette pas de l’huile sur le feu. Les casseurs du 17 octobre, au cas où certains responsables politiques de la droite conservatrice feindraient de l’ignorer, sont bel et bien Français, même si certains d’entre eux sont issus de familles immigrées. Qu’ils se nomment Mohamed, Mamadou ou Jean importe peu : ils sont tous nés en France, sont titulaires d’une carte d’identité française et ont reçu leur première éducation dans des institutions scolaires françaises. La France est leur pays, ils n’en ont pas d’autre, et c’est en France qu’ils passeront toute leur vie.

Le face-à-face des deux France

En fait, les causes de cette violence — condamnable, bien entendu — se trouvent bien ailleurs. Elles résident dans la confrontation silencieuse entre deux France : l’une blanche, dite «de souche», et l’autre, de couleur, d’origine maghrébine, subsaharienne ou asiatique; ou encore, l’une riche, prospère et au pouvoir, et l’autre pauvre, marginalisée et sans voix au chapitre. Et c’est parce qu’elles échouent à se réconcilier que la cocotte-minute explose par moments.

La cause de cet échec est le sentiment, éprouvé par la jeunesse en France, notamment celle d’origine maghrébine et africaine, d’être stigmatisée et malmenée par l’arbitraire d’une société qui ne répond ni à ses besoins, ni à ses espoirs, ni à ses attentes. Cette même société lui demande de s’intégrer tout en lui fermant à double tour les portes de l’insertion sociale. Heureusement que le ridicule ne tue pas.

Bien qu’ils en soient à la troisième, voire à la quatrième génération, la plupart d’entre eux peinent à trouver leur voie. Car décrocher un emploi ou trouver un logement relève d’un véritable chemin de croix lorsqu’on porte un nom à consonance arabe ou africaine. Parqués dans des HLM insalubres, situés dans les banlieues des grandes métropoles où règnent l’ennui et l’oisiveté, ils tentent de survivre au naufrage de leur propre destin. C’est dans ces territoires pathogènes, coupés de ce que devrait être une vie digne de tout être humain, qu’ils se sentent largués, oubliés et poussés à la marge par une xénophobie de plus en plus décomplexée.

Et pourtant, on oublie souvent que, sans la présence de cette immigration, la France ne serait jamais devenue ce qu’elle est aujourd’hui. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les populations maghrébines et africaines ont été largement appelées à participer au développement économique du pays. Ce sont les ouvriers immigrés originaires du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie, du Mali, du Sénégal et d’ailleurs qui ont largement contribué à la construction des réseaux routiers, des ponts et des barrages. L’industrie automobile, tout comme la sidérurgie, n’aurait pu se passer de leur travail. Et cela, sans compter leur contribution à l’effort de guerre lors des deux guerres mondiales, sous le drapeau tricolore.

Les vraies racines du mal : le déclin géopolitique

Aujourd’hui encore, les Français d’origine maghrébine et africaine sont présents dans des secteurs à haute valeur ajoutée : ils sont médecins, ingénieurs en informatique, universitaires, scientifiques, écrivains ou sportifs de haut niveau, et participent au rayonnement international de leur pays. Feindre d’ignorer cette réalité, c’est faire preuve d’ingratitude.

Le nœud du problème en France est loin d’être l’immigration ; il est plutôt lié aux grandes mutations qui se produisent à l’échelle mondiale. Il va sans dire que l’épicentre des découvertes scientifiques et de l’innovation technologique se déplace aujourd’hui vers l’Asie, notamment vers la Chine. La France, l’Europe et l’Occident tout entier perdent pied face à ce Léviathan chinois.

Cette nouvelle configuration n’est pas sans conséquences. Son impact se fait de plus en plus sentir à l’échelle internationale, notamment en Afrique. Après avoir longtemps constitué le pré carré de l’Hexagone, le continent est en train de lui échapper. Cette perte d’influence politique prive la France d’un accès privilégié aux richesses et aux matières premières africaines, contribuant ainsi à affaiblir considérablement son économie.

Face à cette nouvelle réalité géopolitique, la droite française tourne le dos aux faits et demeure dans le déni. Elle s’obstine, en revanche, à faire du racisme une méthode, un outil de conquête et un projet politique.

Pour conclure, voter pour les vieilles lubies identitaires et anti-immigration de l’extrême droite aura sans aucun doute de lourdes conséquences. La France en sera encore plus pénalisée. Faut-il alors sonner le tocsin contre ces égarés du nationalisme ? La nation de Voltaire, de Victor Hugo, de Montesquieu et de Tocqueville fera-t-elle preuve de bon sens et de modération ? On le saura très bientôt, dans quelques mois.

* Cadre retraité de la Cité des Sciences à Tunis.

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La mythologie grecque au service des apôtres de la high-tech

21. Oktober 2026 um 07:37

Pour faire accepter le bouleversement de l’IA Agentique et masquer les périls de son autonomie, la Silicon Valley & Cie déploient une stratégie sémantique redoutable. Le lancement récent par Meta de sa gamme «Muse» déclinée de l’étincelle initiale (Muse Spark) et l’émerveillement de l’action autonome (Muse Wonder et Muse Wonder Full) ne relève pas d’une intuition isolée. Il s’agit d’une référence directe aux muses de la mythologie grecque, ces divinités qui inspiraient les poètes, les artistes et les savants.

Mahjoub Lotfi Belhedi *

Pourtant, Meta ne fait qu’emboîter le pas à une tradition bien ancrée dans l’industrie. Des pionniers des bases de données aux géants du cloud, la captation des mythes antiques est une constante stratégique globale, exploitée pour des fins strictement marketing à travers des mécanismes psychologiques bien précis.

Désamorcer la peur et asseoir l’autorité

Le recours aux figures mythologiques répond à un besoin fondamental de l’ensemble de l’industrie technologique : rendre l’inconnu acceptable et le complexe désirable à travers :

– l’humanisation par l’archétype : la mythologie offre des récits universels ancrés dans l’inconscient collectif. Associer un agent autonome à une «muse» permet de désamorcer la peur de la machine froide, intrusive ou menaçante. Le robot se transforme en un compagnon poétique, rassurant et presque familier;

– la divinisation de la technologie : en baptisant des programmes ou des infrastructures du nom de forces supérieures, la tech opère un transfert d’autorité cognitive profond. L’utilisateur n’interagit plus avec un produit commercial faillible conçu par une multinationale, mais une entité quasi-sacrée où on remet souvent moins en cause la légitimité ou la moralité d’un dieu que d’un logiciel;

– le paravent de l’infaillibilité : derrière la beauté du mythe se cache un piège marketing cynique. Présenter un système comme une «sentinelle» immuable ou une source d’inspiration omnisciente permet d’endormir la vigilance des utilisateurs, des entreprises et des États. Le merveilleux sert d’anesthésiant face aux réalité des failles de sécurité, de la fuite des données et de la perte de la souveraineté.

Une liturgie high tech partagée   

Pour matérialiser cette stratégie, Meta applique une recette éprouvée bien avant elle par ses pairs, transformant l’ingénierie en une véritable théologie numérique via :

– l’infaillibilité des Oracles : bien avant l’avènement de l’IA Agentique, la firme Oracle s’était déjà approprié le vocabulaire du sacré pour ses bases de données, promettant aux entreprises des réponses absolues et divinatoires de leurs flux d’information;

– les protecteurs de l’infrastructure : chez Amazon Web Services (AWS), le service de gestion des identités et des accès s’appelle «Cognito», tandis que d’autres protocoles de sécurité à travers l’industrie empruntent les noms d’«Argus» (le géant aux cents yeux) ou d’«Athena» pour désigner la puissance d’analyse.

Même dans l’univers open-source, les ingénieurs invoquent «Hermes» pour accélérer l’exécution du code, transformant le messager des dieux en un processeur de données;

– la promesse prométhèenne : à l’image du double agent de sécurité développer pour protéger «Muse», nommé «Sentinel», la Tech crée ses propres divinités gardiennes.

Les leaders du secteur se mettent eux-mêmes en scènes comme des héros mythologiques apportant le feu de l’hyper intelligence aux hommes, masquant sous des récits épiques des logiques de monétisation marchande.

Tout compte fait, ce constat alarmant souligne l’urgence de démasquer cette illusion sémantique. Face à la mythologie marketing qui cherche à nous inféoder à une machine sacralisée, l’être humain ne peut plus se contenter du rôle de simple comparse émerveillé…

* Expert en stratégie IA.

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Tribune. Nord Stream : à qui profite le sabotage des gazoducs en 2022 ?

14. Oktober 2026 um 12:51
Le mercredi 14 octobre 2026 s’est tenu à Hambourg, le premier jour du procès de l’ancien officier Serhii K, qui est accusé du sabotage des gazoducs. Auparavant, en 2022, en France et en Europe, les gouvernements et les médias ont…

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Tribune. Le post-fascisme avance ses pions

14. Oktober 2026 um 09:46
La métamorphose du fascisme moderne gagne du terrain tant en Europe qu’en Amérique latine. Visiblement, le phénomène se nourrit de la crise de la démocratie, qui n’arrive plus à faire prévaloir ses valeurs dans ces sociétés. En bref Le post-fascisme…

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Indice de démocratie 2026 : les régimes hybrides à l’honneur

07. Oktober 2026 um 16:35
L’Indice de perception de la démocratie dans le monde nous révèle année après année la situation, la nature et l’évolution de la démocratie vers d’autres types de régimes politiques dans le monde. C’est le cas de l’édition de 2026.  …

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