Normale Ansicht

L’Algérie, telle qu’elle doit s’assumer, légataire du fardeau colonial

31. August 2026 um 12:08

L’auteur réagit ici à la réponse du Dr Abderrahmane Cherfouh intitulée L’Algérie face à l’histoire : De la souveraineté à la reconquête à un précédent article qu’il avait publié dans Kapitalis : Tunisie : du souverainisme à la question numide.

Dr Mounir Hanablia *

Suite à l’intervention de mon collègue algérien, qui semble avoir perdu  le fil de l’essentiel de mon précédent écrit, à savoir le caractère inutile et nuisible d’une guerre du gaz entre nos deux pays, ou bien d’entreprises qui pourraient remettre en cause leur intégrité territoriale mutuelle, et qui finit  par se lancer dans un récit apologétique dénué d’intérêt sur l’Histoire de l’Algérie contemporaine,  je me dois de rappeler que beaucoup de nations ne furent que les conséquences du fait colonial. Leurs citoyens doivent-ils pour autant porter cela comme une marque d’infamie ? L’Inde est une création anglaise. Aucun Indien ne le niera aujourd’hui, pas plus qu’aucun Pakistanais. Pourtant lors de la bataille de Plassey en 1757, l’Inde possédait les attributs au moins nominaux de l’État unitaire, même si celui-ci miné par les sécessions n’était plus que l’ombre de lui-même.

Un bébé né d’un viol

L’Algérie aujourd’hui est un état libre et indépendant reconnu par la communauté internationale. Et nul ne prétend minimiser l’ampleur du combat héroïque de son peuple contre le colonialisme. Cela n’est nullement antinomique avec la réalité que ce pays, dépourvu à l’origine d’Etat unitaire, ait été réunifié bon gré mal gré par la puissance destructrice de l’armée française. C’est un fait, même si la France n’avait aucun droit légitime à occuper un sol qui ne lui appartenait pas.

Si les gouvernements européens ont établi entre eux des protocoles et des droits de conquête fondés sur des traités inégaux ou illégaux signés avec des chefs indigènes pour légitimer leurs entreprises respectives, cela ne constitue pas un argument valable pour justifier une conquête, tant bien même la négation ou l’absence d’un État en servirait de couverture juridique. Mais quand le bébé est né d’un viol, il faut avoir le courage de le reconnaître, et non pas prétendre à la légitimité du mariage. Et que les colonialistes usent de cet argument pour nier tout droit algérien à l’indépendance ne signifie pas plus qu’ils aient raison de le faire, face à la reconnaissance internationale. Et celle-ci se rapporte à l’Onu, créée par le Président Roosevelt et consolidée par Truman, avec l’assentiment de l’URSS. Et lorsque la Tunisie, l’Algérie et le Maroc sont passés à l’indépendance, celle-ci n’est devenue effective que par la communauté internationale.

En 1943 à Casablanca c’est un fait que le Président Roosevelt ait promis l’indépendance au Sultan Mohamed V et que à la suite de cela les agents américains aient diffusé la bonne nouvelle sur la fin proche du colonialisme français chez les leaders indépendantistes maghrébins.

La protection conférée par Robert Murphy à Bourguiba contre les représailles françaises pour ses contacts avec les Italiens ne démentira certes pas cette réalité. 

Le rôle américain dans la décolonisation du Maghreb

Le statut de l’Algérie demeure particulier du fait de l’intégration du territoire algérien à la France. Et si Messali Hadj fut le véritable père de l’indépendance algérienne, il n’en a pas moins été renié et combattu par le Front de libération national (FLN) algérien. Il est vrai que ses tendances socialisantes ne l’auraient pas fait considérer d’un bon œil de la part des Américains.

Or au moment du débarquement américain en Afrique du Nord, le FLN n’existait pas encore. Ferhat Abbès, fondateur de l’Union démocratique du Manifeste algérien et futur président du Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA), lui, écrivait quelques années auparavant : «J’ai erré parmi les cimetières, la nation algérienne n’existe pas, notre avenir est avec la France».

Ainsi on ne peut pas prétendre que l’indépendance du Maghreb ait été l’œuvre de Roosevelt et je ne l’ai pas fait. Par contre sans les pressions américaines il est fort probable que la France n’eût pas quitté au moins l’Algérie, tout comme l’Allemagne n’eût pas évacué la France.

Naturellement l’historiographie indépendantiste algérienne prétend que ce départ des Français s’est opéré sous la pression militaire des fellagas. Rien ne le prouve. Outre que cela est nié par de nombreux Français, en particulier les militaires, ce qui est naturel, il n’y a pas eu de Dien Bien Phu algérien.

Ce qui est admis ailleurs que dans le discours officiel algérien, c’est que les combattants algériens de l’intérieur aient été écrasés dans des opérations d’encerclement, par exemple celle dite Courroie, après avoir été enfermés grâce à ligne Morrice qui a coupé leurs approvisionnements et les lignes de communication avec la Tunisie.

C’est d’ailleurs l’une des raisons qui a entraîné le putsch des généraux contre De Gaulle en avril 1961 qui ne comprenaient pas les raisons de quitter l’Algérie alors que les opérations militaires tournaient à leur avantage contre les résistants algériens. Ceux qui ont survécu ont été les combattants massés à la frontière et que les lignes de haute tension déployées depuis Tabarka jusqu’au Sahara ont empêchés de traverser. Cela a d’ailleurs provoqué des frictions entre les maquis de l’intérieur et l’armée des frontières commandée par le colonel Boumediene accusé d’être un planqué.

Donc sans prétendre que les Algériens n’aient pas lutté pour leur indépendance, il n’en demeure pas moins que l’élément décisif a été la volonté américaine de liquider les colonies anglaises et françaises, non dans un souci de liberté, mais pour ouvrir ces pays au commerce et à l’influence américains.

Le cas d’Israël prouve bien à l’inverse que le soulèvement populaire et la lutte pour l’indépendance nationale seuls aussi légitimes soient ils ne suffisent pas à abattre une puissance coloniale.

Pour en revenir à l’Etat algérien tel que nous le connaissons, qu’il ait été forgé par le fer et par le sang ainsi que je l’ai indiqué, ne signifie nullement que Bugeaud et le Duc d’Aumale eussent été de grands hommes. Evoquer cela ne laisse d’autre opportunité aux détracteurs de la fiction nationaliste algérienne que d’apparaître comme des colonialistes. Houcine Ait Ahmed, l’un des chefs historiques du FLN, tout comme Krim Belkacem, auraient-ils donc été des colonialistes pour s’être opposés au Clan de Oujda ?

Je me refuse à entrer dans ce sujet qui m’apparaît témoigner d’une volonté de détournement du cœur du débat, à savoir si l’Etat algérien actuel est bien le successeur de celui dont l’armée de Massu et de Salan a constitué un des piliers fondamentaux.

Afin de répondre à cette question, et indépendamment de celle des frontières issues de la colonisation française, que Bourguiba, conscient des réalités, a choisi de régler définitivement avec une grande sagesse, il m’apparaît nécessaire de rappeler qu’en 1991 alors que le Front islamique du salut (Fis) gagnait les élections, éventualité dont je reconnais volontiers le caractère funeste pour l’Algérie et le Maghreb dans son ensemble, c’est bien l’armée algérienne appelée à la rescousse par des intellectuels se qualifiant de démocrates qui a mis fin au processus électoral et engagé le pays dans la décennie noire. Aurait-elle été en droit de le faire sans l’emprise exercée sur le régime qui n’en était que l’émanation ?

Le déroulement de la lutte contre-insurrectionnelle, ou si vous voulez antiterroriste, a apporté la preuve que les méthodes utilisées ne différaient en rien de celles utilisées par l’armée coloniale pour écraser la résistance algérienne, depuis la guerre psychologique, la bleuite et les faux maquis, jusqu’à la torture et aux liquidations extrajudiciaires.

La guerre d’Algérie a été loin du stéréotype Maghrébin contre Français

Je vous invite à ce sujet à lire le livre de Habib Souaïdia un ex officier du DRS, ‘‘La sale guerre’’, ainsi que les comptes-rendus du procès en diffamation après une plainte déposée auprès du parquet de Paris par le Général Khaled Nezzar. Un autre livre, ‘‘Françalgérie, crimes et mensonges d’Etat’’ de Louis Aggoun et Jean Baptiste Rivoire, éclairera sur tous les liens occultes entretenus par les élites de la métropole et celles du nouvel Etat algérien indépendant, loin des mystifications et de la langue de bois, dans le cadre des accords d’Evian, cela va sans dire, qui n’étaient que les obligations contractées par le nouvel Etat vis-à-vis de l’ancienne puissance occupante.

Si d’aucuns s’estiment offensés par le rappel de ces réalités, c’est plutôt à leurs dirigeants qu’ils doivent en faire reproche, plutôt que les nier.

Il n’empêche ! En tant que Tunisien, j’ai beaucoup d’admiration pour Mustapha Ben Boulaïd, Larbi Ben M’hidi, Abane Ramdane, Djamila Bouhired, ou Yassef Saadi. J’ai en ai aussi pour le Docteur Cholet et sa femme qui cachaient les deux résistants kabyles Krim Belkacem et le capitaine Ouamrane dans leur voiture et risquaient d’être arrêtés et exécutés par les Parachutistes. Tout comme j’ai de l’admiration pour l’aspirant Maillot ou bien l’instituteur Maurice Labbene, cet ancien internationaliste d’Espagne fondateur du maquis rouge dans l’Ouarsenis, et qui sont morts en patriotes algériens dans un accrochage avec les harkis du bachaga Boualem au service de l’armée coloniale française.

Cela démontre combien la guerre d’Algérie a été loin du stéréotype Maghrébin contre Français. L’Histoire de l’Algérie m’intéresse donc même si mon interprétation en est différente. Je n’ai à ce sujet pas de complexe. Les Hambli se trouvent de part et d’autre de la frontière algéro-tunisienne et Ali Hambli un résistant qui ne voulait pas tenir le rôle à lui assigné a été liquidé par le FLN avec la complicité des autorités tunisiennes qui le trouvaient trop proche de ses propres fellagas. Ma grand-mère paternelle était originaire d’au-delà la frontière, tout comme mon aïeule maternelle. Mon grand-père maternel a exercé la médecine pendant de nombreuses années en Algérie, à Souk Ahras, et après la guerre sa maison a été confisquée par le FLN qui en a fait une bibliothèque. Il n’a jamais pu se faire dédommager. Mais cela ne pèse d’aucun poids dans ma réflexion. Je n’en demeure pas moins convaincu que tout comme les peuples sont les seuls à même de choisir les dirigeants qui les gouvernent sans aucune interférence extérieure,  la Tunisie et l’Algérie, tout comme le Maroc, sont appelés à plus de coopération pour faire face à un environnement international de plus en plus hostile.

* Médecin de libre pratique. 

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Tunisie | Les autorités ne communiquent pas le nombre de morts liées à la canicule

29. August 2026 um 13:01

L’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM) a appelé le gouvernement à déclarer l’état d’urgence sanitaire, mettant en garde contre la pression croissante sur les services d’urgence des hôpitaux publics en raison de la hausse des températures.

Dans un communiqué publié samedi 28 août 2026, l’organisation a indiqué que les services d’urgence connaissent, selon ses estimations, une augmentation qualifiée d’«inédite» du nombre d’hospitalisations et de décès liés aux coups de chaleur et aux températures élevées.

Elle a également fait état de décès survenus parmi des détenus au sein de plusieurs services d’urgence, coïncidant avec ce qu’elle a décrit comme un état d’«épuisement extrême» du personnel médical et infirmier, sous l’effet d’une pression dépassant, selon elle, les capacités du système de santé.

L’organisation a indiqué que les services compétents du ministère de la Santé avaient, selon ses informations, recensé les données relatives aux décès et aux cas d’insolation, ainsi que celles concernant la capacité d’accueil des services de réanimation, tout en précisant que ces chiffres n’avaient pas encore été officiellement publiés.

L’OTJM a réclamé la déclaration immédiate de l’état d’urgence sanitaire, appelant à soutenir les professionnels de santé et à prendre les mesures nécessaires pour faire face aux répercussions de la vague de chaleur et en limiter les risques pour les citoyens.

Le ministère de la Santé, pour sa part, préfère ne pas communiquer sur cette question ni donner des statistiques sur le nombre des décès dans les hôpitaux publics, comme si c’était un secret d’Etat. Une position inexplicable et qu’on ne saurait justifier, au moment où, dans les hôpitaux publics, les gens pleurent leurs morts dont les annonces de décès se multiplient sur les réseaux sociaux.

Le directeur régional de la santé de Sfax, le Dr Hatem Cherif, reconnaît, néanmoins, que le service des urgences du CHU Habib Bourguiba connaît une forte pression, particulièrement en cette période marquée par une augmentation des cas d’insolation et par l’afflux de nombreux patients venus des gouvernorats voisins pour se faire soigner.

Intervenant dans Diwan FM, le Dr Cherif a expliqué que cette pression s’explique par le fait que l’hôpital dispose d’un service d’urgences de niveau 3 couvrant l’ensemble de la région, tout en soulignant l’engagement des équipes médicales à prodiguer des soins à tous les patients, quelle que soit leur zone de résidence. Il s’est cependant gardé d’avancer les chiffres de décès enregistrés par cet établissement en lien avec la canicule de ces derniers jours. C’est à croire que les responsables du secteur ont reçu des instructions strictes à ce propos.

I. B.

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Tunisie | Du souverainisme à la question numide, ou l’opposition aveugle

26. August 2026 um 07:48

Les récents articles** publiés dans Kapitalis font table rase du passé d’une manière somme toute radicale. De surcroît, l’idéologie souverainiste à la base de sa réflexion est assez insolite dans un pays par nature tolérant dont les élites se vantent volontiers d’être cosmopolites.

Dr Mounir Hanablia *

Je dis bien souverainiste, le nationalisme au Maghreb étant d’essence arabo- musulmane, comme si dans le contexte le sentiment de tunisianité était exclusif, opposable à toute autre appartenance. C’est déjà faire insulte à la double nationalité.

L’auteur des articles ne laisse donc d’autre choix que de remonter le cours de l’Histoire afin de relativiser le bien-fondé de ses thèses.

On veut bien admettre l’existence d’un souverainisme tunisien dont il serait le fondateur, sans la référence à la bataille de Legnano. Mais dans ce cas pourquoi le limiter à la borne 233 ou aux redevances gazières ? Il n’est venu à l’esprit de quiconque de réclamer la souveraineté sur la Sicile qui pendant deux siècles a fait partie de l’émirat aghlabide de Kairouan, Fatimide de Mahdia ou Ziride, ou bien sur le Mezzogiorno quand Bari était le chef-lieu d’un émirat.

Mais revenons à l’époque moderne et à l’indépendance de la Tunisie. Force est d’admettre dans la polémique engendrée par ses opinions que l’impulsion décisive en faveur de l’indépendance au Maghreb est bien constituée par le débarquement américain au Maroc qui aboutira à la défaite des Nazis en Tunisie en juin 1943, ainsi que la volonté clairement exprimée par le président Roosevelt et ses représentants, ou bien perçue comme telle par les leaders nationalistes, de liquider l’empire français. La suite est donc dans l’ordre normal des choses même si l’affrontement Est-Ouest la retarde inévitablement.

Le Vietnam en 1954, le Maroc et la Tunisie en 1956, obtiennent l’indépendance. Seule l’Algérie du fait de son statut de territoire français pose problème, l’armée de Challe et de Salan qui émerge de l’humiliation de Dien Bien Phu avec une terrible soif de revanche refuse de l’abandonner et envisage la constitution d’une Algérie européenne sécessionniste, un Israël français.

L’Algérie est bien une création de la France

Cependant en 1962, elle accède à l’indépendance dans le cadre des accords d’Evian et le Sahara lui est attribué. Ainsi ce pays, contrairement à ses voisins, ne disposait d’aucun Etat unitaire en 1830. C’est bien une création de la France dont la colonne vertébrale est constituée non par la bourgeoisie citadine comme en Tunisie, ni par le Palais comme au Maroc, mais par les ultimes détenteurs de la force seule à même de maintenir la cohésion de cet immense espace, les prétoriens.

A ce titre l’État algérien est bien le successeur en droite ligne de l’État colonial français forgé par les troupes de Bugeaud et du Duc d’Aumale.

Malgré un vernis de socialisme, la coopération entre la métropole et l’ex- colonie, pas plus qu’avec les Américains, ne se démentira jamais, en particulier au Sahara dans le domaine des essais nucléaires ainsi que les exploitations du gaz et des hydrocarbures.

Contrairement à ce que d’aucuns affirment actuellement, c’est sciemment que la frontière algéro-tunisienne a été délimitée par la puissance coloniale et dans son intérêt. Et le Président Bourguiba l’a bien compris. Il n’était en effet pas question d’assurer au pays contrôlant Bizerte et le détroit de Sicile la part d’hydrocarbures et de gaz qui lui eût assuré la puissance. 

Bourguiba et la question des frontières

Bourguiba toujours visionnaire admettra également en réglant la question de la frontière ne pas vouloir chez lui d’un problème numide, c’est-à-dire d’un irrédentisme des habitants des montagnes de l’Ouest qui acceptent mal le diktat de populations côtières se prévalant de l’unité nationale et qui brandissent le drapeau du pays voisin dans des manifestations de protestation contre une politique de développement inégalitaire. C’est d’ailleurs du bassin minier à l’Ouest que naîtra l’incendie qui jettera à bas le régime de Ben Ali. 

Cependant l’Algérie elle-même en butte à un irrédentisme kabyle soutenu par Israël peut difficilement tabler sur la partition de la Tunisie ; il lui en coûterait la sécession de toute sa partie orientale pour former une nouvelle Numidie forcément hostile.

Néanmoins des arguments souverainistes totalement étrangers à la nature de notre pays prennent pour cible le voisin de l’Ouest, jugé hégémoniste. L’Etat, le nôtre, est accusé de complaisance coupable dans ses rapports avec lui, notamment sur la question du gaz. L’Histoire est là pour rappeler que Carthage fut une colonie étrangère, que Massinissa le Roi des Numides a bien contribué à sa destruction, que l’Afrique du Nord a été dans son ensemble une province romaine, arabe, française, que l’armée française est arrivée en Tunisie en 1881 en provenance d’Algérie pour imposer le protectorat, et que les enfants de Hussein Ben Ali Turki n’ont dû qu’au Dey d’Alger d’être rétablis sur le trône de leur père.

A l’inverse, c’est bien sûr à nos frontières que l’ALN algérienne s’est constituée en vue de prendre le pouvoir, avec le total assentiment de la puissance coloniale sur le départ.

Aujourd’hui et de nouveau on tient rigueur à Bourguiba de l’avoir accepté pour fustiger l’ingratitude. Mais que vaut la gratitude en politique ? C’est tout juste si on ne précise pas qu’on eût dû aider le colonel Tahar Zbiri en fuite chez nous à prendre le pouvoir à Alger, ou bien que de là-bas Ahmed Ben Salah ou Nabil Karoui, pour ne pas dire Mohamed Mzali, eussent dû trouver l’aide fraternelle nécessaire à la chute de la tyrannie. Qu’à cela ne tienne ; c’est désormais dans le Hirak, pour ne pas dire le MAK, que nous devons selon nos souverainistes placer nos espoirs d’entretenir des relations apaisées et équilibrées. Mais les acteurs politiques peuvent se suivre sans se ressembler, les réalités géostratégiques elles sont immuables, ainsi que le prouve du Chah aux mollahs la volonté iranienne de maîtriser le nucléaire.

Peut-on remettre en question l’intégrité territoriale de son pays ?

Avant donc de parler de jugulaire, de goulot de bouteille, ou d’étranglement, ou de terrorisme importé avec un parti Ennahdha au pouvoir, il convient de savoir s’il est dans l’intérêt de la Tunisie d’avoir à ses portes un nouvel Etat numide soutenu de l’étranger doté d’une idéologie expansionniste et revancharde qui rogne sur son territoire et pour qui Carthage ne soit qu’un ramassis d’envahisseurs.

Si donc le pouvoir tunisien est déstabilisé par les grèves, les pannes, les pénuries, ou selon certains, l’incompétence, et que l’opposition pour parvenir à ses fins est capable de placer son destin entre les mains de ceux qui remettent en question l’intégrité territoriale de son propre pays, faut-il s’étonner que nos voisins envisagent des projets alternatifs exclusifs à l’écoulement du gaz ?

Dans le contexte conflictuel que nous connaissons qui frappe la mer Rouge et le Golfe Persique, arguer des difficultés techniques de l’entreprise pour en faire un simple outil de propagande ne tient compte ni de la volonté européenne de garantir son approvisionnement énergétique, ni de le sécuriser, ni de l’évolution constante des moyens techniques disponibles vers plus d’efficacité. C’est dire combien minutieusement l’opposition doit choisir le panier où placer ses œufs. 

* Médecin de libre pratique.

** L’auteur fait allusion aux articles de l’ambassadeur Elyes Kasri sur le Transmed et la nécessité pour la Tunisie de mieux défendre ses intérêts dans le passage par ses territoires de ce gazoduc transportant le gaz algérien vers l’Italie.    

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Pourquoi les Tunisiens bloquent-ils sur l’égalité successorale ?

18. August 2026 um 07:37

Le 13 août, comme chaque à la même date, la Tunisie a célébré la légende d’un homme seul, Habib Bourguiba, qui aurait un jour décrété la libération de la femme et refermé, d’un trait de plume, des siècles de patriarcat. Ce n’est pas faux. Mais c’est incomplet. Et c’est cette part manquante qui mérite d’être regardée en face, soixante-dix ans après. (Photo: Bourguiba enlève le voile d’une femme en pleine rue).

Ilyes Bellagha

Le 13 août 1956, moins de cinq mois après l’indépendance, Bourguiba promulgue le Code du statut personnel. Il abolit la polygamie et la répudiation unilatérale, impose le consentement mutuel au mariage, relève l’âge légal du mariage, ouvre l’école aux filles. Rien, dans le monde arabe de l’époque ne ressemble à ce geste. Il ne s’agissait pas d’une réforme prudente : Bourguiba s’attaque au même moment à l’institution religieuse de la mosquée Zitouna, dissout l’enseignement religieux autonome, nationalise les habous ou biens de mainmorte. C’est un homme qui frappe où ça fait mal, sans détour ni ménagement pour les bastions traditionnels.

Reste un point, un seul, que Bourguiba n’a jamais touché : l’héritage. La femme tunisienne hérite aujourd’hui encore, par défaut, de la moitié de la part d’un homme de même rang. L’explication convenue veut que Bourguiba ait attendu une caution des autorités religieuses qui ne serait jamais venue — comme si la timidité, chez cet homme-là, avait soudain pris le pas sur l’audace. L’explication ne tient pas seule. Elle ne tient pas face à la Zitouna abolie, aux habous nationalisés, à une répudiation supprimée contre l’avis de tout le corps théologique du pays.

Il y a une explication plus dure, et plus cohérente avec l’homme politique qu’il était : Bourguiba a frappé ce qui ne le touchait pas, et laissé intact ce qui touchait sa propre base. Le Néo-Destour s’est construit sur la petite et moyenne bourgeoisie du Sahel, propriétaire terrienne et oléicole — le vivier même de ses cadres, de sa famille politique, de son propre clan. La Zitouna n’était pas son socle ; le patrimoine foncier sahélien, si.

Ce n’est pas une thèse abstraite. Une étude de terrain menée par Kalthoum Kennou, Ismahan Ben Taleb et Soumaya Sandli — magistrate, sociologue et avocate — auprès de sept gouvernorats, dont Monastir, la ville natale du père de l’indépendance, documente noir sur blanc le mécanisme : pression familiale pour renoncer à sa part (le «tanaazul»), rôle actif de la mère elle-même dans ce renoncement, subterfuges des frères, terre systématiquement réservée aux mâles «pour que le nom ne sorte pas du clan». Le mécanisme n’est pas propre au Sahel seul — il traverse le pays. Mais il n’épargne pas Monastir. La ville qui a donné son libérateur à la femme tunisienne n’a jamais cessé, sur ce point précis, de la déposséder.

Deux renoncements, un même mur

En 2018, Béji Caïd Essebsi rouvre le dossier et dépose un projet d’égalité successorale. Le geste est salué comme audacieux — il ne l’est qu’à moitié. Le patronyme même du président porte la trace d’une autre histoire de classe : l’ancien président descend d’Ismaïl Caïd Essebsi, mamelouk d’origine sarde élevé à la cour beylicale au XIXe siècle jusqu’à devenir caïd-gouverneur, lignée absorbée par alliances matrimoniales dans l’aristocratie beldi de Tunis. Contrairement à Bourguiba, l’assise de BCE n’est pas agraire ni sahélienne : c’est une bourgeoisie urbaine, administrative, dont le patrimoine n’est pas la terre du bled mais la position dans l’appareil d’État. Proposer l’égalité ne lui coûtait rien socialement — ce n’était ni son foncier ni celui de sa base qui allait se redistribuer. L’audace du geste a le prix de sa légèreté : BCE meurt en 2019, le texte ne franchit jamais le Parlement, et personne n’en hérite politiquement.

Kaïs Saïed, lui, ne fait même pas ce geste. Dès sa campagne de 2019, il affiche son opposition à l’égalité successorale, position qu’il n’a jamais révisée depuis. Le calcul diffère de celui de Bourguiba comme de celui de BCE : sa légitimité ne tient ni à un patrimoine de classe ni à une caution religieuse institutionnelle négociée, mais à une assise populaire diffuse et conservatrice à laquelle il ne veut offrir aucun motif de rupture. Il ne cède rien aux courants intégristes — mais ne leur retire rien non plus : il évite strictement le terrain.

Ce calcul n’a rien de paranoïaque. En Tunisie, le rapport au sacré ne se loge pas seulement dans la pratique affichée — il survit, en sourdine, jusque dans la transgression elle-même. Il n’est pas rare d’entendre, après un rot au détour d’une bière, un «hamdoullah» ou un «Allah yesamah» machinal, comme si le corps demandait pardon avant même que l’esprit n’ait eu le temps de s’en soucier.

Cette religiosité réflexe, qui déborde largement le clivage pratiquant/non-pratiquant, est précisément ce qu’aucun dirigeant, depuis Bourguiba, n’a plus eu les moyens politiques d’affronter de front. Bourguiba avait la légitimité fondatrice d’un homme qui venait d’arracher l’indépendance, et convoquait lui-même les oulémas pour discuter d’ijtihad. Ni BCE ni Saïed ne disposent plus de ce capital : l’un s’éteint avant d’avoir eu à l’engager, l’autre choisit de ne jamais l’exposer.

Ce silence n’est pas que politique, il est aussi démographique. En 1956, le taux d’urbanisation tunisien n’atteignait que 40 % : la majorité de la population vivait encore de la terre, et l’héritage foncier structurait l’existence matérielle des familles. En 2014, ce taux dépasse déjà 67 % — il approche aujourd’hui 72 %, selon le recensement de 2024. Une majorité de Tunisiens, surtout depuis 2011, ont grandi et vécu en ville, souvent locataires ou primo-accédants d’un logement modeste, sans terre agricole ni patrimoine familial substantiel à transmettre. Le sujet même de l’héritage — la terre, l’olivier, le douar — a cessé d’être une préoccupation matérielle concrète pour l’essentiel de la population, devenant un débat de principe porté surtout par les classes moyennes et supérieures urbaines qui détiennent encore un patrimoine réel.

Cette dilution matérielle explique en partie l’absence de mobilisation populaire massive sur la question, dans un sens comme dans l’autre : presque personne n’a plus intérêt objectif à provoquer un affrontement dont l’enjeu concret s’est largement retiré du quotidien.

Depuis 2018, le débat resurgit régulièrement sous la forme d’un «double régime» : l’égalité par défaut, avec possibilité de choisir l’ancien système. L’idée se veut prudente. Elle est en réalité incohérente. Un État, par essence, ne propose pas : il impose. La loi n’est loi que parce qu’elle s’applique de façon identique à tous les citoyens placés dans une situation identique — sans option à la carte. Bourguiba lui-même n’a jamais demandé le consentement collectif pour abolir la polygamie, pourtant explicitement autorisée par le texte coranique. Il a tranché. Aucun double régime n’a été proposé aux hommes qui auraient voulu rester polygames. Le même État qui a eu le pouvoir souverain d’abolir la polygamie et les peines corporelles sans consultation a, de la même main, le pouvoir de trancher l’égalité successorale par la loi, sans option — au nom du même principe qu’il a déjà appliqué ailleurs.

Le folklore du jour et le silence de l’année

Chaque 13 août, la classe politique tunisienne redécouvre la femme le temps d’un discours. Les uns brandissent des portraits de prisonnières politiques pour habiller un combat qui, le reste de l’année, ne parle jamais du dossier de l’héritage. Les autres célèbrent le folklore officiel, cortèges et hommages, sans toucher au fond. Entre les deux, le dossier réel — celui du patrimoine, de la terre, de l’autonomie économique — reste orphelin. Aucun parti, y compris ceux qui s’étaient prononcés en 2018 en faveur de l’initiative Essebsi, ne porte aujourd’hui ce combat sur la durée. Il resurgit une fois par an, agité comme un symbole, puis rangé jusqu’au 13 août suivant.

Le mythe du 13 août n’est pas un mensonge. C’est une moitié de vérité qui s’est arrêtée là où elle dérangeait le plus près de chez elle. Soixante-dix ans après, la question n’est plus de célébrer ou de démolir Bourguiba. Elle est de finir ce qu’il a commencé — et de ne plus attendre, pour cela, une caution qui n’est jamais venue.

* Architecte.

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Quand les Tunisiennes réécrivent Beauvoir

15. August 2026 um 07:47

Le 13 août 2026, la Tunisie a célébré les 70 ans du Code du statut personnel, promulgué le 13 août 1956, quelques mois après l’indépendance et près d’un an avant la proclamation de la République. Tout a été dit sur le caractère exceptionnel de ce texte et sur l’audace de Bourguiba, qui s’est attaqué à des règles que l’on croyait intangibles. Mais cette année, quelque chose trouble la célébration.

Monia Kallel *

Jamais peut-être la fête du 13-Août n’aura suscité autant de controverses. La femme tunisienne est à nouveau sommée de se justifier : sur ses acquis, ses vêtements, son corps. Les gardiens de la morale, de plus en plus décomplexés, ne se contentent plus de regarder : ils prescrivent.
Dans le même temps, les voix qui réclament une révision du CSP se font plus audibles, et de plus en plus radicales. Mais le plus inquiétant n’est peut-être pas que le CSP soit ouvertement remis en question. C’est que la contestation se déplace, gagne du terrain, change de visage — et qu’elle trouve parfois des alliées parmi celles-là mêmes qui ont bénéficié de ses avancées.

Le corps féminin, territoire à surveiller

Il y a d’abord cette campagne virulente autour des vêtements des femmes. Le corps féminin redevient un territoire à surveiller, à commenter, à corriger. On ne dit plus seulement à la femme ce qu’elle doit faire : on lui dit comment elle doit être vue.

Le moralisme se mêle au prosélytisme. On le perçoit aussi dans ces voix qui réclament le retour à ce qui fut, en 1956, l’une des ruptures les plus audacieuses avec la tradition juridique : la polygamie. Celle-ci redevient un sujet de discussion ; même des députés s’en mêlent.

Et puis il y a l’autre front, plus fort encore : celui qui conteste l’égalité dans l’héritage. Là, la situation devient presque vertigineuse. Car ce ne sont pas seulement les adversaires traditionnels des droits des femmes qui la contestent. De nombreux «modernistes», hommes et femmes, s’opposent à cette revendication. Et lorsqu’une responsable féministe affirme que l’égalité dans l’héritage doit désormais être au cœur du combat, elle se retrouve au centre d’une cabale qui dépasse largement la discussion juridique. Voilà le paradoxe.

Les femmes tunisiennes sont légitimement fières du CSP. Elles savent ce qu’il a changé dans leur vie et dans celle de leurs mères et de leurs grands-mères. Elles célèbrent l’audace de Bourguiba lorsqu’il a transgressé, interprété le texte, contextualisé, fait entrer le droit dans une société nouvelle.

Mais lorsqu’il s’agit de l’héritage, lorsqu’il s’agit de franchir un pas de plus, certaines invoquent soudain la règle «claire et nette» du texte religieux. Comme si l’histoire, l’évolution, le temps devaient s’arrêter exactement là où commencent nos hésitations et nos craintes. Comme si la famille tunisienne de 2026 était encore celle de 1956. Elle ne l’est évidemment plus. La structure de la famille a changé. Le rôle économique des femmes a changé. Leur niveau d’instruction, leur accès au travail, leur contribution aux revenus familiaux, leur espérance de vie, leur place dans l’espace public ont changé. La société elle-même a changé.

Pourquoi donc l’histoire serait-elle convoquée pour justifier certaines transgressions et congédiée lorsqu’il faudrait en accomplir une nouvelle ?

C’est peut-être là le paradoxe le plus profond de notre rapport aux droits des femmes. Nous aimons les droits lorsqu’ils nous arrivent sur un plateau d’argent. Nous les célébrons lorsqu’un État les inscrit dans la loi. Nous sommes fières lorsque l’histoire nous les offre. Mais sommes-nous prêtes à nous battre pour ceux qui ne sont pas encore acquis ? C’est une autre affaire.

Des droits jamais vraiment acquis

En 1949, Simone de Beauvoir écrivait : «N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis.» La Tunisie pourrait ajouter aujourd’hui quelque chose à cette phrase. Les droits des femmes sont d’autant plus fragiles lorsqu’ils ont été accordés par un pouvoir qui, même lorsqu’il se voulait progressiste, demeurait un pouvoir masculin.

Le CSP est l’une des grandes réussites de ce que l’on a appelé le féminisme d’État. Mais le féminisme d’État comporte une ambiguïté fondamentale : il peut faire gagner aux femmes plusieurs décennies en quelques années, mais il ne leur apprend pas nécessairement à devenir les sujets politiques de leurs propres droits.

Le CSP de 1956 n’est pas le produit d’une évolution spontanée de la société tunisienne : il est le résultat d’une volonté politique extraordinairement forte. Bourguiba a assumé une lecture politique et réformatrice de l’islam. Et nous continuons à en parler comme si le zaïm était encore là.

C’est peut-être notre problème. Le «sauveur» est une figure tenace. Chez les conservateurs, il prend parfois la forme du religieux qui vient expliquer aux femmes comment être de bonnes musulmanes. Chez les modernistes, il peut prendre celle du dirigeant éclairé qui vient expliquer aux femmes comment être libres. Dans les deux cas, le mécanisme est étrangement proche.

Bourguiba est justement célébré parce qu’il a osé. Mais qui, après Bourguiba, osera ? Et surtout : pourquoi faudrait-il encore attendre qu’un homme ose à notre place ?

C’est ici que la réflexion de Simone de Beauvoir, si précieuse, paraît à la fois prophétique et incomplète.

Il ne suffit pas de rester vigilantes. Il faut devenir actrices de la construction, de la défense et de l’extension de nos droits.
Car un droit que personne ne porte politiquement devient rapidement un droit que d’autres peuvent redéfinir. Et un droit dont les principales bénéficiaires ne se sentent pas responsables peut finir par paraître étranger à celles-là mêmes qu’il protège.

Que sommes-nous prêtes à conquérir ?

Voilà pourquoi la bataille actuelle ne se résume pas au CSP. Le CSP traversera probablement cette tempête. Il a traversé bien d’autres vents contraires. Et l’égalité successorale finira, tôt ou tard, par devenir une réalité, parce que les sociétés changent, parce que les familles changent, parce que les femmes changent, et parce que le droit ne peut indéfiniment prétendre que le monde est demeuré celui d’hier.

La vraie question est ailleurs. Sommes-nous capables de défendre ce que nous avons reçu et de conquérir ce que nous n’avons pas encore reçu ? Sommes-nous capables de passer du statut de bénéficiaires à celui de citoyennes qui savent que les droits ne sont pas des cadeaux ?

Le 13 août ne devrait donc pas être seulement la fête d’une femme à qui l’État a donné des droits. Il devrait être le jour où les Tunisiennes se demandent ce qu’elles sont prêtes à faire pour que ces droits deviennent réellement les leurs. Car il existe une autre manière de perdre ses droits que de les voir supprimer par une loi. C’est de renoncer à les défendre.

Ennahdha peut renaître de plusieurs manières. Ce parti conservateur peut renaître d’une crise politique, d’une crise économique, d’une poussée religieuse. Mais il peut aussi renaître d’une abdication beaucoup plus silencieuse : celle des femmes elles-mêmes.

Après le 13 août, la question n’est plus seulement : que nous a-t-on donné ? Mais : que sommes-nous prêtes à défendre et à conquérir ?

* Ecrivaine.

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70 ans après | Le combat recommencé pour les droits des femmes en Tunisie

12. August 2026 um 12:51

Demain, 13 août, la Tunisie célèbre la Journée nationale de la femme ; une date qui revêt cette année une importance particulière, marquant le 70e anniversaire de la promulgation du Code du statut personnel (CSP). Il est peu probable qu’il y ait une célébration officielle de cet anniversaire, les autorités ayant d’autres priorités, mais la société civile ne manquera pas de combler la lacune par l’organisation de rencontres et de débats à cette occasion.  Car le combat pour l’égalité des sexe est loin d’être achevé dans un pays où le conservatisme religieux et social demeure encore vivace.

Latif Belhedi

La promulgation du CSP, quelques mois après l’indépendance de la Tunisie, est l’une des mesures les plus emblématiques adoptées par le jeune Etat tunisien, et ce texte demeure une pierre angulaire de la législation nationale en matière de droits des femmes.

Promulgué le 13 août 1956 et entré en vigueur le 1er janvier 1957, le Code a introduit des dispositions qui conféraient aux femmes un statut alors exceptionnel dans le monde arabo-musulman. Cet anniversaire ne constitue donc pas seulement une célébration, mais aussi l’occasion de faire le point sur un parcours entamé lors de la construction de l’État tunisien moderne et qui s’est poursuivi — à travers des réformes législatives et des politiques publiques successives — jusqu’aux stratégies actuelles visant l’autonomisation économique et la protection des femmes.

Pour la première fois dans un pays arabe, le CSP — vigoureusement défendu par le premier président, Habib Bourguiba — a aboli la polygamie, instauré le principe du consentement mutuel des époux comme condition au mariage et fixé un âge minimum pour se marier. Ce Code a également institué le divorce judiciaire, dépassant ainsi le système de la répudiation unilatérale et reconnaissant des formes spécifiques de protection pour les épouses.

La réforme de 1956 a été suivie d’autres mesures. En 1993, plusieurs dispositions du Code ont été amendées — concernant notamment la dot, le divorce, la pension alimentaire et la garde des enfants — renforçant ainsi certains droits des femmes au sein de la famille.

À la suite de la révolution de 2011, le principe de la protection des droits des femmes a été réaffirmé dans la Constitution. L’article 46 de la Constitution de 2014 a engagé l’État — du moins sur le papier — à protéger et à promouvoir les droits acquis des femmes, à garantir l’égalité des chances dans l’accès aux postes de responsabilité et à adopter des mesures pour éliminer les violences faites aux femmes.

Une autre étape majeure a été franchie avec la loi organique n° 58 de 2017 relative à la lutte contre les violences faites aux femmes, qui a adopté une approche globale incluant la prévention, la poursuite et la sanction des auteurs, ainsi que la protection et le soutien des victimes. Cette loi reconnaît diverses formes de violence, notamment les violences physiques, psychologiques, sexuelles et économiques.

Sous la présidence de Béji Caïd Essebsi, entre 2015 et 2019, un projet de loi pour l’instauration de l’égalité entre l’homme et la femme en matière d’héritage, a achoppé à un conservatisme religieux et social et n’a pu être promulgué dans sa mouture initiale.

La Constitution de 2022, initiée par le président Kaïs Saïed, a maintenu ce cadre législatif antérieur. Mais la distance qui persiste entre le texte de loi et la pratique quotidienne, à tous les niveaux, reste encore à combler, ce qui continue d’alimenter le combat des femmes tunisiennes pour l’égalité réelle.     

Ces dernières années, les politiques publiques se sont davantage concentrées non seulement sur la protection des droits, mais aussi sur l’autonomie économique des femmes. L’une des initiatives clés est le programme national «Raïdet», consacré à l’entrepreneuriat et à l’investissement féminins. Depuis son lancement en décembre 2022, «Raïdet» a financé 6 629 projets, contribuant à la création de près de 12 000 emplois directs. En 2026, le programme a été renforcé : le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Seniors a ouvert une nouvelle session de candidatures et a annoncé la mise en place de prêts à conditions préférentielles destinés aux jeunes femmes.

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Tribune | Où sont les grands dirigeants du monde arabe ?

07. August 2026 um 13:50
Les grands dirigeants politiques sont une denrée rare en général. Il n’y en a plus dans le monde arabe. Ils ont tous disparu, alors même que leurs peuples ont besoin d’être éclairés dans le monde trouble et inquiétant d’aujourd’hui. En…

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