La Tunisie affiche le taux de participation le plus élevé du monde arabe dans les domaines scientifiques. Ce résultat est le fruit d’une politique engagée dès les années 1960 : le président Bourguiba l’avait bien compris, et sans le Code du statut personnel qu’il a imposé, la femme tunisienne n’occuperait pas aujourd’hui la première place en matière de droits dans le monde arabe.
Ainsi la Tunisie occupe la deuxième place mondiale en termes de proportion de femmes diplômées dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM).
Selon les données citées par l’UNESCO, la part des diplômées tunisiennes dans ces filières atteint environ 58%, plaçant le pays au deuxième rang mondial pour cet indicateur.
Ce chiffre intervient dans un contexte de débat sur le renforcement de la présence des femmes dans les domaines scientifiques et technologiques et sur le soutien à leur participation aux parcours d’innovation et de développement.
Plus de 1 270 entrées, quatre parties thématiques, un atlas de cinquante planches illustrées : le ‘‘Dictionnaire du patrimoine tunisien’’, en préparation, ne se contente pas d’inventorier, il pense. Et il pense autrement. Complété par deux planches de synthèse sur les biens tunisiens inscrits au patrimoine mondial et au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, l’ouvrage donne désormais à voir ce qu’il donne à penser.
Abdelhamid Larguèche *
Recenser un patrimoine et le penser : deux gestes qu’on confond trop souvent, alors qu’ils n’ont rien à voir. Le premier relève de l’administration. Le second, de l’intelligence critique. Le ‘‘Dictionnaire du patrimoine tunisien’’ choisit sans détour le second camp.
Organisé en quatre grandes parties, patrimoine monumental, patrimoine immatériel et mémoriel, patrimoine naturel et écologique, patrimoines et paysages culturels, il déploie plus de 1 250 entrées qui vont de la Grande Mosquée de Kairouan aux madragues du Cap Bon, des manuscrits médicaux d’Ibn al-Jazzar aux proverbes populaires, des collections archéologiques du musée du Bardo au patrimoine minier du bassin de Gafsa, jusqu’aux mémoires plurielles des communautés amazighes, juives et noires du pays.
En finir avec la hiérarchie monumentale
Première rupture : en finir avec une hiérarchie héritée de la colonisation, qui plaçait le monument de pierre au sommet d’une pyramide patrimoniale et reléguait au second plan l’oral, le populaire, le vivant. Ici, un mausolée classé et une recette de couscous se valent. Un site archéologique et un art du conte se répondent. C’est ce que l’ouvrage appelle un «bassin de patrimoine» : l’ensemble des traces matérielles et immatérielles d’une société pensées comme un système cohérent, non comme une collection de pièces isolées et inégalement dignes d’attention.
Cette approche n’est pas qu’une méthode. C’est un geste politique. En consacrant des entrées substantielles au patrimoine noir tunisien, aux héritages amazighs, aux traditions juives et tabarkines, le dictionnaire s’attaque frontalement aux mémoires silenciées, celles que l’historiographie officielle a longtemps laissées à la marge. Il prolonge et élargit un travail scientifique déjà engagé sur l’esclavage et l’après-abolition en Tunisie, en l’inscrivant cette fois dans un instrument de référence appelé à circuler bien au-delà du cercle des spécialistes.
Penser en réseau
L’apport du dictionnaire pour la recherche universitaire ne tient pas à l’accumulation de données : on les trouve déjà, dispersées, dans les monographies, les thèses, les rapports d’expertise. Il tient à leur mise en relation. Un chapitre théorique enrichi, qui mobilise notamment l’approche anthropologique de Mohammed Arkoun, pose désormais le patrimoine comme fait de sens autant que comme fait matériel. Le système de renvois croisés fait le reste, une notice sur un manuscrit médical kairouanais renvoie aux bibliothèques, à la ville de Kairouan, à la transmission des savoirs en Méditerranée. Aucun inventaire sectoriel n’avait offert jusqu’ici cette cartographie intellectuelle du patrimoine tunisien. C’est cette dimension relationnelle, plus que l’exhaustivité elle-même, qui fait du dictionnaire un instrument de travail pour l’historien, l’anthropologue, le patrimonialiste, et un point de départ pour les recherches à venir, que l’ouvrage appelle de ses vœux plutôt qu’il ne prétend les clore.
L’ouvrage assume cette limite avec une lucidité rare dans ce type d’entreprise éditoriale : il ne prétend pas épuiser son objet. Un dictionnaire du patrimoine, pensé comme exercice de réflexion plutôt que comme simple répertoire, sait qu’il documente une matière vivante, en perpétuelle redéfinition, et qu’il devra lui-même être repris, corrigé, augmenté. Cette posture réflexive, qui interroge ses propres catégories autant qu’elle les mobilise, tranche avec la tentation encyclopédique de figer un objet par nature mouvant.
Un levier pour l’action publique
C’est pourtant du côté des politiques publiques que l’ouvrage pourrait peser le plus. La Tunisie a une administration patrimoniale ancienne et compétente, mais freinée par la dispersion des sources et par des catégories héritées d’un droit du patrimoine construit, au XXe siècle, autour du seul monument protégé. Un instrument qui rassemble, hiérarchise et met en réseau l’ensemble du patrimoine national, y compris ce qui échappe aux classements juridiques existants, comme les savoirs de l’eau dans les oasis ou les techniques de pêche traditionnelle, donne aux administrations concernées une base directement mobilisable pour inventorier, protéger, valoriser.
Cette utilité dépasse le cadre national. Les dossiers d’inscription auprès de l’Unesco, qu’il s’agisse des ksour du Sud tunisien, de Sidi Bou Saïd, inscrit au Patrimoine mondial en juillet 2026, ou de la Muqaddima d’Ibn Khaldoun, exigent une contextualisation historique et anthropologique précise. Ce type d’ouvrage de référence la fournit, et l’actualise au fil de ses mises à jour. Les instances régionales de coopération culturelle, à commencer par l’Alecso, y trouvent de même une ressource pour penser le patrimoine tunisien dans son rapport aux dynamiques du monde arabe, sans céder ni au repli identitaire ni à l’effacement des singularités nationales.
Le patrimoine comme objet de pensée
Reste une question de fond, que l’ouvrage ne tranche pas mais qu’il pose avec insistance : que met-on vraiment sous le mot patrimoine ? En refusant de le réduire à ce qui se visite, se classe ou se monnaye, en l’ouvrant aux gestes ordinaires, aux savoirs oraux, aux paysages écologiques, aux mémoires douloureuses, le dictionnaire pousse chercheurs et décideurs à sortir d’une conception strictement conservatoire du patrimoine, pour lui restituer sa dimension proprement civilisationnelle. C’est peut-être là, plus que dans le nombre de ses entrées, que réside l’apport le plus durable de l’ouvrage : avoir fait d’un instrument de référence un exercice de pensée sur ce qu’une société choisit de retenir d’elle-même, et sur ce qu’elle décide, plus discrètement, de continuer à taire.
* Directeur scientifique du dictionnaire.
‘‘Dictionnaire du patrimoine tunisien : Monuments, Gestes et Mémoires’’, sous la direction de Abdelhamid Larguèche, préface de Latifa Lakhdar. A paraître.
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Le Conseil exécutif de l’UNESCO a décidé d’inscrire le « Géoparc Dahar » sur la Liste des Géoparcs mondiaux.
C’est une première pour la Tunisie et le troisième site à l’échelle du continent africain à décrocher le titre de Géoparc du patrimoine mondial de l’UNESCO: le Conseil exécutif de l’UNESCO a décidé aujourd’hui à Paris à l’unanimité d’inscrire le « Géoparc Dahar » sur la Liste des Géoparcs mondiaux.
S’étendant sur 6 000 km², à travers les gouvernorats de Tataouine Médenine et Gabès, le « Géoparc Dahar » se distingue par une diversité singulière des milieux naturels, des ressources géologiques et des activités socioéconomiques et culturelles locales.
Importance stratégique
Intervenant devant le Conseil Exécutif de l’UNESCO, l’ambassadeur délégué permanent de la Tunisie, Dhia Khaled, a mis en exergue l’importance stratégique de l’inscription du « Géoparc Dahar » sur la liste de l’UNESCO qui reflète l’engagement ferme de la Tunisie de préserver et de valoriser son patrimoine géoculturel, tant au niveau national que régional.
Il y a lieu de souligner que les « Géoparcs mondiaux » sont des zones géographiques uniques et unifiées où des sites et des paysages d’importance géologique internationale sont gérés selon un concept holistique de protection, d’éducation et de développement durable.
Les Géoparcs combinent conservation et développement durable, en impliquant les communautés locales dans leur gestion et mise en valeur.
229 sites dans le monde
Le réseau des géoparcs mondiaux de l’UNESCO est constitué en 2025 de 229 sites, répartis sur 50 pays et couvrant une superficie totale de 816,629 km carrés, et auxquels viennent de s’ajouter Douze nouveaux géoparcs, conformément à la décision de l’actuelle session du Conseil Exécutif.
Audrey Azoulay, directrice générale de l’Unesco, a déclaré à cette occasion : « En dix ans, les géoparcs de l’UNESCO sont devenus des modèles de conservation du patrimoine géologique. Mais leur rôle va bien au-delà : ils soutiennent des projets éducatifs, favorisent le tourisme durable et font vivre les savoirs et traditions de ces territoires grâce à la participation active des communautés locales et autochtones.»
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