Riadh Sidaoui : « L’Iran pourrait devenir le deuxième Vietnam américain »
L’expert du monde arabe et directeur du CARPS, Riadh Sidaoui, estime qu’une éventuelle intervention militaire américaine en Iran pourrait transformer le pays en « deuxième Vietnam américain ». Interrogé par L’Économiste Maghrébin, le politologue tunisien analyse les scénarios possibles et leurs implications régionales.
Selon Riadh Sidaoui, Donald Trump a « grillé un feu rouge » en bombardant le Venezuela, pays souverain, et en enlevant son président. « Le fait qu’il a grillé un feu rouge, ça veut dire qu’il a bafoué le droit international. Il se fout totalement des droits internationaux », affirme l’expert, qui s’interroge : « Pourquoi pas l’Iran ? »
Cependant, Sidaoui souligne que la situation iranienne est « très très complexe ». Il rappelle que l’Iran compte 90 millions d’habitants et dispose d’armées révolutionnaires « très attachées à la révolution iranienne ». Le pouvoir en place, précise-t-il, tire sa légitimité de la révolution populaire de 1979 contre le Shah, allié des États-Unis.
La capacité de riposte iranienne
Le directeur du CARPS met en garde contre les capacités militaires iraniennes. « L’Iran n’est pas un pays facile. L’Iran est un pays qui est très très bien préparé », déclare-t-il, rappelant que lors de la « guerre de 12 jours », Téhéran a démontré « la capacité de riposter fortement ».
Interrogé sur la probabilité d’une opération similaire à celle menée au Venezuela, Sidaoui évoque les missiles balistiques iraniens capables de frapper les bases américaines au Proche-Orient, notamment en Jordanie. Il cite l’exemple de la riposte iranienne qui a visé la base américaine de Al-Udeid au Qatar lorsque l’Iran a été attaqué par des bombardiers B-2 américains.
Concernant la position des pays arabes, l’expert estime qu’ils « ne peuvent pas décider le sort de la guerre » en raison de la présence de bases militaires américaines sur leur territoire : la base aérienne d’Al-Udeid au Qatar, les bases en Turquie, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite.
Sidaoui note que « l’Iran a résolu ses problèmes avec ses voisins arabes, notamment avec l’Arabie saoudite après l’intervention et la médiation de la Chine ». Les pays arabes ne sont donc plus officiellement hostiles à l’Iran. Toutefois, si les avions américains bombardent l’Iran à partir de ces bases, « évidemment l’Iran va riposter et viser ces bases », prévient-il.
Manifestations et contexte économique
Sur la question des manifestations en Iran, Riadh Sidaoui reconnaît leur existence tout en établissant des comparaisons. « Certes, il y a des manifestations, mais en France on a eu les manifestations des Gilets jaunes et la répression française était affreuse. La même chose, il y a des manifestations américaines et des citoyens américains qui sont décédés pendant ces manifestations », affirme-t-il.
Concernant la dépréciation du rial, qui a perdu environ 300 % de sa valeur, l’expert l’attribue à « l’embargo, aux sanctions américaines et occidentales contre l’Iran ». Il souligne également l’existence de « manifestations gigantesques de la part des partisans du régime iranien ».
Le politologue insiste sur les soutiens dont bénéficie Téhéran. « L’Iran a ses alliés », rappelle-t-il, citant l’adhésion du pays aux BRICS et ses « très bonnes relations » avec la Russie, y compris dans le domaine militaire, ainsi qu’avec la Chine, à laquelle l’Iran fournit environ 90 % de son pétrole.
« Une agression contre l’Iran, si Donald Trump vise le changement du régime en Iran, ça veut dire une agression aussi contre les pays de BRICS. Ça veut dire une agression contre les intérêts de la Russie et les intérêts de la Chine dans le monde », conclut Riadh Sidaoui.
Un scénario difficile à prévoir
L’expert admet à plusieurs reprises la difficulté d’établir des prévisions précises. « C’est très difficile de répondre à votre question parce que les scénarios, c’est vraiment pour les politologues, c’est la tâche la plus difficile », reconnaît-il, s’interrogeant sur la nature d’une éventuelle intervention : bombardements aériens uniquement ou intervention terrestre avec l’envoi de commandos et de forces spéciales ?
Malgré ces incertitudes, Sidaoui maintient son pronostic : « L’Iran pourrait devenir le deuxième Vietnam américain. Ça veut dire que la résistance iranienne pourrait freiner ce processus. »
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