La Conect décortique la facturation électronique
Depuis l’annonce du communiqué du ministère des Finances, la Conect a lancé le débat sur la facturation électronique imposée par la loi de finances, lors d’une journée organisée le mercredi 14 janvier 2026 à Tunis.
À cet effet, Mehdi Bhouri, membre du bureau national exécutif de la Conect, tire la sonnette d’alarme sur la mise en œuvre imminente de la facturation électronique, issue de la loi de finances.
Dans une enquête de terrain menée du 6 au 12 janvier auprès d’une soixantaine d’entreprises des secteurs des services, de l’industrie et du commerce, la Conect a révélé un secteur économique pris au dépourvu. Un calendrier juridique en gestation depuis 2016, mais une préparation défaillante. À cet effet, la Conect a multiplié les analyses pour anticiper cette réforme: une étude du calendrier juridique, une comparaison des expériences de plus de 80 pays, et cette enquête «flash» qui dresse un portrait alarmant.
Résultat: 66% des entreprises ne sont pas prêtes et n’ont entamé aucune adaptation, craignant des risques immédiats comme l’arrêt de leur facturation. Pire, 83% jugent leur niveau d’information faible ou moyen, et 67% anticipent un impact critique sur leurs activités, entre sanctions et dysfonctionnements techniques.
Le manque d’information émerge comme l’obstacle numéro un, cité par 74% des répondants. “Ce n’est pas un recensement exhaustif, mais un sondage rapide pour prendre le pouls des entreprises”, précise Mehdi Bhouri. Il appelle à un soutien à la numérisation, mais prône la prudence.
À cet effet, il rappelle que les pays ayant imposé la facturation électronique sans infrastructures solides ni accompagnement ont connu des échecs retentissants.
Les recommandations sur cinq axes
Premièrement, vu l’impossibilité immédiate de mise en place, la Conect recommande une suspension immédiate de l’application des obligations.
Dans ce contexte, Mehdi Bhouri souligne: “Nous avons été rassurés par les communiqués, mais nous aimerions une note officielle ou un texte explicite à ce sujet. Un report d’au moins six mois pour l’obligation est souhaité, afin de permettre une préparation adéquate des entreprises et cela dépendra de la capacité d’absorption des institutions: un maintien des obligations pour les secteurs déjà concernés, et la mise en place d’une phase pilote volontaire pendant le moratoire, avec un accompagnement renforcé pour les entreprises volontaires”.
Deuxièmement, un accompagnement massif et structuré: une campagne d’information et de sensibilisation en partenariat avec toutes les organisations nationales; création d’un guichet unique d’assistance opérationnelle avec un temps de réponse garanti; un programme de formation ciblé; la production de guides pratiques sectoriels; l’organisation d’ateliers de mise en conformité; et des mécanismes d’accompagnement financier, notamment des subventions ciblées, des crédits bonifiés ou des prises en charge partielles des coûts d’adaptation.
Troisièmement, l’optimisation des infrastructures techniques. D’où l’appel à une révision du modèle de monopole. Un système aussi fragile risque, en cas de panne, de bloquer toutes les entreprises. Et de préciser: “Nous appelons aussi à une révision de la structure tarifaire, avec une réduction significative du coût par facture et du coût d’abonnement mensuel, pour alléger la charge sur les PME, toutes n’ont pas les mêmes moyens, certaines commencent avec un seul ouvrier et émettent encore des factures manuelles. Amélioration des délais de l’ANCE avec le renforcement de ses capacités, et des garanties de performance contractuelle: disponibilité de la plateforme Fato au minimum pour 99,5% et temps de réponse optimisé”.
Quatrièmement, l’équité fiscale et le déploiement progressif: un calendrier échelonné sur 2 à 3 ans selon la taille des entreprises, avec une entrée immédiate pour les grandes, un délai d’un an pour les moyennes, deux ans pour les petites et trois ans pour les très petites. Élargissement du champ d’application pour inclure le maximum de sociétés non formalisées ou du secteur informel avec instauration d’un régime de sanctions proportionnel et progressif.
Enfin, l’axe de gouvernance partenariale et d’évaluation continue. Les expériences comparées des pays les plus réussis, comme le Brésil (réduction de 20% de la fraude à la TVA), montrent l’importance de la concertation, de l’ouverture et de l’évaluation d’impact.
Toutefois les sanctions instaurées à partir de décembre 2025 indiquent un manque de conformité, forçant les entreprises à s’adapter. Une gouvernance ouverte, partenariale et une évaluation continue s’imposent.
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