Le parquet près le Tribunal de première instance de Siliana a émis, hier, des mandats de dépôt à l’encontre de neuf élèves pour tricherie lors des épreuves du baccalauréat.
Selon une source judiciaire citée par l’agence TAP, cette décision intervient en application du décret relatif à la répression de la fraude dans les examens nationaux, d’autant que les élèves ont été pris en flagrant délit avec des kits oreillettes.
Les faits se sont déroulés jeudi, dans l’un des lycées de la délégation de Bouarada, où les élèves impliqués, âgés de 18 et 19 ans, utilisaient des écouteurs pour recevoir de l’aide à distance, ajoute la même source.
Les candidats et leurs complices ont été arrêtés et ont fait l’objet d’un mandat de dépôt.
L’Association tunisienne de greffe de moelle osseuse (ATGMO) donne rendez-vous aux passionnés de course à pied et aux citoyens solidaires à La Marsa pour la 5e édition de son événement phare, « Run of Heroes ».
Plus qu’une simple compétition sportive, cette course est un élan de générosité visant à financer les charges du foyer d’accueil des malades de l’association.
Derrière l’organisation de cet événement, les chiffres témoignent de l’impact direct des actions de l’ATGMO sur le terrain : 143 familles de malades ont déjà bénéficié de nuitées d’hébergement offertes, 140 dons ont été alloués au transport des patients, et d’importants travaux de rénovation ont enfin pu être entamés pour améliorer les structures d’accueil.
Et c’est pour pérenniser ces actions indispensables que la communauté des coureurs se mobilise de nouveau ce dimanche 7 juin 2026 sur différents circuits:
Un circuit de 10 km destiné aux passionnés de course à pied et aux compétiteurs. Le « Run Family » de 3 km, une marche solidaire à partager en famille ou entre amis, axée sur le partage et sans enjeu de podium. Le « Run Kids » de 1 km, pour permettre aux plus jeunes de participer activement à cette cause.
Le village sportif ouvrira ses portes dès 07h30 pour accueillir les participants avant la séance d’échauffement collectif prévue à 7h45 et les départs s’échelonneront à partir de 8h30 pour le 10 km, suivi du 3 km à 8h40 et du 1 km à 8h50.
La matinée sera rythmée par des animations, des ateliers de sensibilisation et la distribution de cadeaux partenaires, avant la remise des prix à 11h00 et la clôture de l’événement à midi.
Parmi les nouveautés de cette année, les participants pourront se procurer en exclusivité le tee-shirt officiel de cette 5e édition aux points de retrait des dossards. Les organisateurs ont également facilité la gestion logistique en proposant la livraison groupée des dossards pour les clubs et des dossards personnalisés pour les engagés.
Les personnes souhaitant associer leur marque à cette cause peuvent encore contacter l’organisation par courriel à contact@atgmo.org ou par téléphone au 29 343 485. Il reste également possible de soutenir directement les actions de l’atGmo en effectuant un don sur le compte BNA de l’association via le RIB : 03212122010110643002.
Pour cette nuit, l’Institut national de la météorologie (INM) prévoit un ciel nuageux sur la majeure partie du pays, avec des vents forts à l’ouest et une baisse de la visibilité dans le sud.
En début de nuit, des cellules orageuses locales accompagnées de pluies isolées sont attendues sur les régions ouest du Nord et du Centre. Par la suite, le ciel deviendra progressivement partiellement nuageux, ajoute l’INM.
Se basant sur ses prévisions, l’INM appelle à la prudence dans le sud, où des vents sont annoncés, provoquant des tourbillons de sable locaux qui réduiront nettement la visibilité.
Pour les températures, les nocturnes vont varier entre 20°C et 25°C au nord, sur les zones côtières et sur les hauteurs, et entre 26°C et 30°C ailleurs, avec un pic à 36°C attendu à l’extrême sud du pays.
Après la lourde défaite concédée face à la Belgique (5-0), le sélectionneur national Sabri Lamouchin’a pas caché sa profonde déception, assumant pleinement le naufrage tactique.
« Il est clair que nous ne pouvons pas nous présenter sur le terrain et livrer ce genre de performance, lourde de conséquences. Nous n’étions pas venus ici pour nous rassurer, mais ce match montre une nette différence entre les deux équipes, à tous les niveaux. J’en prends l’entière responsabilité, car c’est moi qui ai choisi le onze de départ », a-t-il déclaré, ce samedi 6 juin 2026.
À quelques jours du départ pour Tunis, puis pour le Mexique afin d’entamer la Coupe du monde dès la semaine prochaine, cette défaite tombe au pire des moments, avant de lancer : « rien de positif à retenir, sauf l’absence de blessés ».
« À 11 contre 11, nous n’avons pas réussi à rivaliser ; alors à 10 contre 11, la tâche est devenue tout simplement impossible. C’est un résultat qui me fait très mal et qui ne me plaît pas du tout », a avoué le sélectionneur, en ajoutant qu’il faudra « injecter d’autres ingrédients pour exister au Mondial ».
Sans surprise, le président sortant de la Fédération tunisienne de handball (FTHB), Karim Helali, a conservé son poste à l’issue de l’assemblée générale élective. Il rempile ainsi pour un nouveau mandat de quatre ans à la tête de la structure dirigeante du handball tunisien.
Le verdict des urnes a été sans appel : la liste de Karim Helali a largement devancé celle de son concurrent, Kamel Snoussi, en récoltant 87 suffrages contre seulement 35 voix.
Pour mener à bien ce mandat (2026-2030), Karim Helali sera épaulé par Leïla Zarraa en tant que vice-présidente. Le reste de l’équipe gagnante est constitué de : Adnane Aouiane, Zied Nattat, Sami Hamrouni, MEriem Aloulou, Hana Guennaoui, Haythem Souissi, Maher Othmane, Hazem Mansouri, Aymen Gabsi, Ahmed Mabrouk, Lotfi Mokni, Helmi Dridi, Hela Ajimi et Mohamed Ali Zayani.
Ce samedi 6 juin 2026, les Aigles de Carthage affrontent les Diables Rouges au Stade Roi Baudouin dans un match amical international très attendu. Kevin De Bruyne, Thibaut Courtois, Jeremy Doku, Amadou Onana, Youri Tielemans et Charles De Ketelaere devraient être alignés d’entrée côté belge, tandis que chez les Tunisiens, Montassar Talbi, Yan Valéry, Omar Rekik, Ellyes Skhiri, Hannibal Mejbri, Anis Ben Slimane et Abdelmouhib Chamakh sont attendus dans le onze de départ de Sabri Lamouchi.
Le match Tunisie – Belgique sera diffusé en direct sur Watania 1 dès 14h00 (heure tunisienne), avec également une diffusion sur Diwan Sport.
Suivez en direct le match amical Tunisie Belgique:
Le conseil d’administration de la Mutuelle Assurance de l’Enseignement (MAE Assurances) a annoncé la nomination de Hatem Amira au poste de directeur général de la société, à compter du 1er juin 2026, succédant à Lassâad Zarrouk, qui dirigeait l’entreprise depuis 2017.
M. Amira a occupé plusieurs postes de direction et de haute responsabilité dans le secteur des assurances, notamment celui de directeur général du Bureau unifié automobile tunisien (Buat), avant de prendre la direction générale de la Fédération tunisienne des compagnies d’assurance (Ftusa) en 2020. À ce titre, il a activement contribué au développement du secteur des assurances en Tunisie, en renforçant sa représentation et en défendant ses intérêts.
Fort d’une carrière remarquable de plus de trente ans dans l’assurance et la gouvernance du secteur, M. Amira aura pour mission de poursuivre le développement de MAE Assurances, de renforcer sa position sur le marché et de soutenir ses ambitions de croissance et d’innovation afin de servir au mieux les intérêts de ses membres et de répondre à leurs attentes.
Par cette nomination, MAE Assurances réaffirme son engagement en faveur du développement et de la modernisation continus, tout en consolidant son rôle d’acteur majeur du secteur de l’assurance coopérative en Tunisie.
Fondée en 1962, MAE Assurances compte plus de 300 000 adhérents et emploie plus de500 individus.
L’ancienne Première dame de France, Bernadette Chirac, est décédée ce samedi 6 juin 2026, à l’âge de 93 ans, selon plusieurs sources médiatiques françaises ayant relayé l’information. Épouse de l’ancien président Jacques Chirac, elle aura marqué la vie publique française pendant plusieurs décennies, occupant une place discrète mais constante au cœur de la Ve République.
Durant les années de présidence de Chirac (1995-2007), Bernadette a accompagné de manière continue les grandes séquences institutionnelles, tout en restant volontairement en retrait de la communication politique. Sans fonction officielle exécutive, elle a néanmoins joué un rôle d’équilibre et de présence dans l’environnement élyséen.
Son nom reste surtout associé à son engagement dans le domaine caritatif, notamment à travers la Fondation des Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France. Elle y a porté pendant de nombreuses années l’opération des Pièces Jaunes, devenue l’une des campagnes solidaires les plus connues en France. Cette action visait à améliorer les conditions d’accueil des enfants hospitalisés et à soutenir les structures de soins pédiatriques.
Figure de la réserve institutionnelle, Bernadette Chirac a toujours privilégié une forme de discrétion dans l’espace public, loin des logiques contemporaines de médiatisation des fonctions politiques. Cette posture lui a conféré une image de stabilité et de continuité dans un paysage politique en évolution.
Sa disparition marque la fin d’une séquence importante de la vie politique française, celle d’une génération étroitement liée à la Ve République et à ses grandes figures présidentielles de la fin du XXe siècle.
Au-delà de son rôle institutionnel, elle laisse l’image d’un engagement durable en faveur des causes sociales, en particulier dans le domaine hospitalier, où son action a marqué les esprits par sa constance.
Awatef Larbi, chargée de la Direction générale de l’environnement et de la qualité de la vie au ministère de l’Environnement, a confirmé qu’environ 80 % des déchets qui atteignent la mer proviennent de la terre ferme, ajoutant que des études menées le long du littoral tunisien ont montré que les déchets plastiques, notamment les produits à usage unique, constituent la principale composante de la pollution observée sur les plages.
Dans une déclaration à l’agence Tap, Mme Larbi a indiqué que les opérations de surveillance et de suivi réalisées en coopération avec le Fonds mondial pour la nature (WWF) ont révélé que 77 % de la pollution enregistrée sur les plages étudiées est de type plastique. Elle a ajouté que les études ont relevé la présence d’environ 9,5 kilogrammes de plastique par kilomètre de côte tunisienne.
Le ministère de l’Environnement a confirmé avoir identifié plusieurs zones prioritaires confrontées à d’importants niveaux de déchets plastiques et met actuellement en œuvre des initiatives pour réduire ce phénomène dans plusieurs destinations côtières et insulaires, telles que Djerba, Kerkennah et Monastir.
Ces initiatives s’inscrivent dans des projets visant à rendre ces zones moins dépendantes du plastique et plus respectueuses de l’environnement.
Dans ce contexte, le ministère a révélé qu’une étude menée dans la ville de Monastir a montré qu’environ 317 kilogrammes de déchets plastiques ont été générés à la suite de certains événements sportifs. Ce chiffre, a précisé le ministère, illustre l’ampleur du défi lié aux habitudes de consommation et de gestion des déchets.
Mme Larbi a également indiqué que son ministère avait élaboré un certain nombre de stratégies et de programmes connexes, notamment la Stratégie nationale pour la transition écologique, qui met l’accent sur la consommation et la production durables et la lutte contre diverses formes de pollution, ainsi que la Stratégie nationale pour un littoral sans plastique visant à réduire le flux de déchets plastiques dans la mer et à minimiser son impact environnemental.
Il reste, cependant, l’essentiel, à savoir la traduction des plans élaborés en actions concrètes, et c’est là où la bureaucratie tunisienne montre son inefficacité chronique, car les problèmes qui perdurent, qu’ils soient environnementaux ou autres, sont généralement constatés depuis longtemps et leurs solutions identifiées. Mais celles attendent d’être traduits dans la réalité. Et c’est là où le bât blesse.
En l’absence d’un début de solution effective aux souffrances des populations riveraines, les manifestations contre la pollution industrielle ont repris à Gabès, dans le sud-est de la Tunisie, à l’initiative du collectif citoyen Stop Pollution, qui appelle à des manifestations à Tunis contre les usines du Groupe chimique tunisien (GCT), l’entreprise publique auteure de cette pollution.
Cette nouvelle mobilisation contre la pollution industrielle à Gabès est organisée à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, célébrée le 5 juin de chaque année. Elle a pour slogan «Le peuple veut le démantèlement des usines», dénonce la crise écologique imputée aux activités du GCT et réitère la demande de fermeture ou de reconversion des usines polluantes.
Après le rassemblement de vendredi à Chatt Sidi Abdessalem, à Gabès, et devant le siège du GCT à Tunis, une marche est prévue ce samedi : elle prendra le départ à 17h00 devant tribunal de première instance pour arriver devant le siège du gouvernorat de Gabès.
Selon Stop Pollution, la mobilisation vise également à contester la décision rendue en février dernier par ce tribunal, qui a rejeté une demande de suspension immédiate des activités des unités GCT faute de preuves de dommages. En réalité, la raison de ce refus est moins juridique qu’économique : la production d’engrais chimiques demeure essentielle à l’économie du pays qui en tire d’importantes recettes d’exportation.
Le recours contre le GCT a été déposé par le barreau régional de Gabès, dans le cadre d’une mobilisation citoyenne plus large contre la pollution industrielle qui cause des problèmes sanitaires aux riverains.
Le collectif Stop Pollution, actif depuis 2012, affirme que la crise environnementale perdure depuis plus de 53 ans et compromet le développement de la région, la santé publique, les ressources en eau, l’oasis marine de la région, unique en son genre au monde, et l’écosystème du golfe où les pêcheurs ont de plus en plus mal à trouver du poisson.
D’après les militants, l’activité chimique a détruit une part importante de la biodiversité marine et aggravé la propagation des maladies au sein de la population locale.
En Tunisie, le cas de Gabès reste l’un des problèmes environnementaux les plus sensibles, en raison de l’impact économique de l’industrie chimique et des plaintes récurrentes d’associations, de citoyens et de groupes de la société civile concernant les effets de la pollution sur la mer, l’air, l’agriculture et la santé.
Les autorités, pour leur part, multiplient les effets d’annonce, en parlant de solution en cours de mise en œuvre, mais la population tarde à voir venir ou constater la moindre amélioration de la situation.
Le marché des voitures électriques a connu en Tunisie une forte accélération au cours des quatre premiers mois de 2026. De janvier à avril, plus de 1 100 véhicules électriques ont été vendus, contre moins de 600 pour l’ensemble de l’année 2025.
Selon Ibrahim Debache, président de la Chambre syndicale nationale des concessionnaires et des constructeurs automobiles, qui parlait à l’agence Tap, en marge de la 4e édition de l’Industry Innovation Day, organisé le jeudi 4 juin 2026, au Sheraton Tunis, par la Chambre de commerce et d’industrie tuniso-allemande (AHK Tunisie), en collaboration avec l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ), et la Tunisian Automotive Association (TAA), sous le thème «Ecosystème tunisien : Servir l’industrie automobile de demain», ces données confirment le début d’une nouvelle phase pour un segment encore émergent mais en pleine croissance, porté par l’arrivée de nouvelles marques, l’élargissement de l’offre commerciale et un intérêt croissant des consommateurs pour des solutions de mobilité perçues comme plus modernes et moins polluantes.
L’événement était consacré aux transformations de l’industrie automobile, notamment la nouvelle mobilité, l’innovation technologique, la numérisation, le développement durable et les nouvelles compétences requises.
Le secteur vise désormais la vente d’environ 2 000 voitures électriques d’ici fin 2026, un objectif jugé réaliste par les opérateurs si le rythme de croissance observé en début d’année se maintient. Le nouveau cadre incitatif tunisien, destiné à promouvoir la mobilité électrique et hybride rechargeable, contribue également à soutenir la demande, grâce à des allégements fiscaux, des réductions de TVA et des aides à l’achat pour certaines catégories professionnelles et institutionnelles.
Malgré cette croissance, le secteur reste encore à ses débuts. Les voitures électriques ne représentent toujours qu’une part limitée du marché automobile tunisien, où le coût d’achat, le pouvoir d’achat des ménages et la disponibilité des services après-vente continuent d’influencer les décisions des consommateurs. Le principal défi demeure le développement des infrastructures de recharge.
Les opérateurs soulignent également la nécessité de maîtriser les prix, de renforcer la maintenance spécialisée et d’assurer une meilleure couverture des bornes de recharge, conditions jugées essentielles pour pérenniser la croissance actuelle.
Pour la Tunisie, la mobilité électrique s’inscrit dans une stratégie plus large de transition énergétique et de réduction de la dépendance aux énergies fossiles. Les autorités visent à développer progressivement le parc de véhicules électriques et le réseau de recharge d’ici 2030, mais la transition d’un marché de niche à un segment central dépendra de la capacité à combiner incitations, infrastructures et accessibilité financière.
Dans une tribune publiée ici même le 30 mai dernier, j’ai tenté de nommer ce que le piratage de My TT a rendu visible : non pas un incident technique isolé, mais le symptôme d’une faillite de gouvernance structurelle appelée le «triangle interdit». Des lecteurs m’ont interpellé avec une question simple et redoutable : d’accord pour le diagnostic — mais par où commence-t-on ? C’est à cette question que je tente de répondre aujourd’hui.
Abdelwaheb Ben Moussa *
Depuis la parution de cette tribune, plusieurs responsables m’ont contacté pour me confirmer, en privé, ce que tout le monde sait mais que personne ne dit officiellement : le triangle interdit n’est pas une exception tunisienne. C’est notre mode de fonctionnement institutionnel par défaut.
On me répondra que des chantiers sont en cours — et c’est vrai. La Banque centrale de Tunisie (BCT) a engagé des réflexions sur l’interopérabilité. Des appels d’offres de modernisation ont été lancés. Des comités se réunissent. Mais un chantier ouvert n’est pas un chantier livré, et une réflexion institutionnelle n’est pas une décision exécutée. Ce que j’observe de l’intérieur, c’est que la vitesse de ces chantiers reste dictée par le rythme du triangle interdit — non par l’urgence du marché.
Ce constat m’a conduit à une conviction que j’assume pleinement : notre plus grand danger aujourd’hui n’est pas le retard numérique. C’est l’illusion du rattrapage.
Nos banques publiques déploient des applications mobiles. Elles annoncent des projets d’intelligence artificielle (IA). Elles recrutent des consultants en transformation digitale. Et pendant ce temps, les circuits décisionnels restent paralysés, les bases de données restent fragmentées, et les ingénieurs les plus compétents continuent de voter avec leurs pieds vers le secteur privé ou l’étranger.
Numériser le dysfonctionnement ne produit pas une banque moderne. Cela produit un dysfonctionnement à grande vitesse, avec une interface soignée.
C’est cela, le piège du miroir : se regarder se transformer sans jamais transformer l’essentiel.
On cite l’Inde à tort et à travers dans les colloques sur la souveraineté numérique. On me dira que la comparaison est intenable : l’Inde dispose de ressources humaines et financières sans commune mesure avec les nôtres. C’est exact. Mais ce n’est pas la leçon indienne qui m’intéresse ici — c’est sa méthode.
L’UPI, ce système de paiement instantané qui traite aujourd’hui des volumes comparables à Visa à l’échelle mondiale, n’a pas émergé d’un budget colossal. Il a émergé d’une discipline de séquençage : une décennie d’investissement dans l’invisible avant de lancer le visible. Un système d’identification souverain, des comptes bancaires universels pour les populations non bancarisées, une couche d’interopérabilité construite avant que quiconque ne parle d’application.
L’Inde n’a pas commencé par l’interface. Elle a commencé par le socle.
La Tunisie veut son équivalent de l’UPI. Mais a-t-elle posé sa couche d’identification numérique souveraine ? L’interopérabilité entre le registre civil, les bases fiscales et les systèmes bancaires est-elle aujourd’hui une réalité opérationnelle — ou une promesse de feuille de route dont on reparlera lors du prochain Forum de l’investissement ?
L’Estonie, elle, a compris une vérité que nous continuons d’inverser : la transformation numérique de l’État a commencé par une réforme de gouvernance. Les applications ont suivi. Jamais l’inverse. Et si l’on objecte que l’Estonie est un petit pays sans héritage administratif lourd — soit. Mais la leçon n’est pas dans la taille du pays. Elle est dans l’ordre dans lequel les décisions ont été prises.
Plus près de nous, le Maroc a tiré en 2024 une leçon que nous devrions méditer : une seule décision réglementaire ciblée — la fin du monopole de la monétique interbancaire — a libéré plus d’énergie transformatrice que dix ans de stratégies nationales de digitalisation.
Nos banques privées ont d’ailleurs certains des mêmes blocages organisationnels. Mais les banques publiques portent une responsabilité supplémentaire : elles financent l’économie réelle, les PME, les régions, les secteurs que le privé ne veut pas.
C’est précisément parce qu’elles occupent cette position stratégique irremplaçable que leur transformation n’est pas optionnelle.
Et à l’échelle continentale, le Système de Paiement et de Règlement Panafricain connecte désormais 19 pays et plus de 150 banques commerciales pour permettre les transactions en devises locales, sans passer par des correspondants hors du continent. Le Caire vient d’en devenir le siège. La Tunisie, qui se targue d’ambitions transsahariennes, peut-elle se permettre d’observer cette architecture de l’extérieur ? Rester en marge n’est pas un choix souverain. C’est un abandon de terrain habillé en prudence.
Quatre ruptures, dans l’ordre où elles doivent venir
Ces trajectoires ne sont pas des modèles à copier. Ce sont des miroirs qui permettent de formuler avec précision ce que nous devons faire — et dans quel ordre. Car l’ordre est tout.
Première rupture : gouverner avant de déployer. La matrice Raci n’est que le point de départ. Ce qu’il faut instaurer, ce sont des comités de gouvernance de la donnée et de l’IA rattachés directement aux conseils d’administration. Certains y verront une énième couche bureaucratique. C’est l’inverse : c’est précisément l’absence de ces instances qui force chaque décision technologique à remonter vers des arbitrages informels où le triangle interdit reprend la main.
La souveraineté numérique commence par décider qui, dans notre pays, est responsable de la donnée bancaire nationale. Pas de la gérer. D’en répondre.
Deuxième rupture : traiter le core banking comme une urgence nationale. La dette technologique de nos banques publiques n’est pas un problème budgétaire informatique. C’est un risque systémique. Un système de core banking vieillissant rend toute ouverture API coûteuse et toute interopérabilité avec les fintechs périlleuse. J’entends déjà l’argument des contraintes budgétaires — il est réel. Mais le coût de la non-modernisation est systématiquement omis du calcul : chaque année d’immobilisme rend la migration suivante plus complexe, plus risquée et plus chère. Le vrai luxe que nous ne pouvons pas nous permettre, c’est le statu quo.
Troisième rupture : déployer une IA de back-office avant une IA de vitrine. J’anticipe l’objection des plus impatients : attendre le back-office, n’est-ce pas trop lent face à la concurrence ? Non — parce que déployer une IA sur des données fragmentées et des processus opaques ne produit pas de l’IA. Cela produit de l’automatisation de l’erreur. Les modèles de scoring prédictif pour financer les TPME, la détection d’anomalies dans les flux de paiement, l’automatisation des processus de conformité : ce sont ces outils invisibles qui transforment réellement une institution. Un chatbot ne réforme pas une banque. Une architecture de données souveraine, si.
Quatrième rupture : renverser le rapport au capital humain. Je l’écris en sachant que c’est la partie la plus contestée — y compris en interne. On m’objectera que remettre en cause les grilles de rémunération, c’est s’attaquer aux acquis sociaux. Ce n’est pas ce que je propose. Je propose de créer, à côté des statuts existants, des filières spécifiques pour les compétences numériques rares — data engineers, experts en cybersécurité, architectes cloud — avec des conditions attractives. Non pas pour détruire ce qui existe, mais pour cesser de financer la compétitivité de nos concurrents avec nos propres cerveaux formés à nos frais.
La vraie question de 2026
Un pays ne se développe pas avec des diagnostics. Il se développe quand quelqu’un, quelque part dans la chaîne de commandement, accepte de porter la responsabilité de l’exécution — avec un nom, un délai, et une obligation de résultat.
My TT était un avertissement. Il en viendra d’autres, plus graves, si nous continuons de confondre l’affichage numérique avec la transformation numérique. La différence entre les deux n’est pas technique. Elle est de courage institutionnel.
La Tunisie Software n’est pas une destination. C’est un choix. Et comme tout choix stratégique qui mérite ce nom, il commence par décider ce à quoi on renonce — les rentes, les monopoles, les matrices de responsabilité floues et les consensus qui ne blessent personne parce qu’ils ne décident rien.
On ne bâtit pas une souveraineté numérique avec des intentions. On la bâtit avec des institutions capables de les exécuter. **
* Ingénieur informatique et cadre de banque.
** Les analyses et opinions exprimées dans cette tribune n’engagent que leur auteur et ne sauraient en aucun cas refléter la position officielle d’une autorité publique ou d’une institution privée.
La khomsa, la main protectrice, des vestiges de l’antique Carthage aux taxis de la Tunisie moderne, c’est une longue histoire méditerranéenne de protection, de foi, d’artisanat et de mémoire collective
Paolo Paluzzi
On la retrouve au-dessus des portes des maisons de la médina, accrochée aux rétroviseurs des taxis, gravée sur des bijoux de mariage en argent, peinte sur des poteries de Nabeul, brodée sur des trousseaux de naissance, ou encore transformée en ornement contemporain sur des téléphones et des souvenirs.
Il s’agit de la khomsa, la main à cinq doigts, qui demeure en Tunisie l’un des symboles les plus reconnaissables de protection contre le mauvais œil, mais aussi l’un des signes les plus riches de l’histoire culturelle du pays.
Symbole de protection contre le mauvais œil
Le mot vient de l’arabe «khamsa», qui signifie cinq. Cinq comme les doigts de la main, mais aussi, dans l’interprétation islamique populaire, comme les cinq piliers de l’islam.
En Occident, elle est souvent connue sous le nom de «Main de Fatma», en référence à Fatima Al-Zahra, fille du prophète Mohamed. Dans le monde juif séfarade et mizrahi, elle est également associée à la «main de Miriam». Au Maghreb, cependant, la khomsa est souvent antérieure aux définitions religieuses qui l’ont adoptée par la suite : c’est un talisman, un ornement, un souvenir de famille, un signe apotropaïque, un objet d’usage et de transmission.
Le British Museum décrit la khomsa comme une amulette courante au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, utilisée par les musulmans et les juifs pour conjurer «le mauvais œil».
La khomsa tunisienne s’inscrit dans une continuité symbolique s’étendant sur près de trois mille ans, qu’il ne faut pas interpréter comme une lignée linéaire et ininterrompue, mais comme une sédimentation d’images, de croyances et de gestes protecteurs.
Une survivance de la Carthage punique
Dans le monde punique, avant l’arrivée de l’islam en Ifriqiya, la main ouverte figurait déjà dans l’iconographie religieuse associée à Carthage et à la déesse Tanit, principale divinité féminine du panthéon carthaginois.
Le musée du Bardo conserve des collections puniques comprenant des ex-voto dédiés à Baal Hammon et Tanit, tandis que les collections des musées tunisiens témoignent de la place centrale de cet héritage dans l’histoire religieuse antique du pays.
La force de la khomsa réside précisément dans son caractère transculturel. À Carthage, elle symbolise la protection de la déesse mère. Dans la culture islamique populaire, elle devient la main de Fatma et se charge de références à la bénédiction, au foyer et à la famille. À Djerba, île où la présence juive est indissociable de l’histoire locale, la khomsa peut aussi être interprétée comme la main de Miriam. L’Unesco, en inscrivant Djerba sur la Liste du patrimoine mondial, décrit l’île comme un territoire marqué par la coexistence de différentes communautés et confessions, organisées selon un modèle d’habitat qui s’est développé autour du IXe siècle dans un environnement aride.
En Tunisie, la khomsa est avant tout un objet domestique. Elle est suspendue aux seuils des portes pour protéger la maison, près des berceaux pour préserver les nouveau-nés des regards envieux, et portée autour du cou des mariées comme un présent symbolisant leur passage à la vie conjugale. Sa présence n’est pas seulement religieuse, elle est aussi sociale. Elle symbolise la continuité entre les générations, notamment chez les femmes : la grand-mère qui offre, la mère qui préserve, la fille qui porte ou réinvente. La géographie de son artisanat s’étend sur tout le pays.
Un symbole de la continuité entre les générations
À Tunis, le point de référence est la médina et en particulier l’univers des orfèvres, avec la tradition des bijoux en argent travaillé. À Djerba, les mémoires juives et artisanales s’entremêlent dans un travail minutieux. À Nabeul, la main se fait céramique émaillée, souvent bleue et verte, pour les murs et les portes. À Sejnane, au nord, le langage des formes féminines en terre cuite, inscrit par l’Unesco en 2018 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, rappelle comment les motifs géométriques et protecteurs de la Tunisie rurale font partie d’un savoir transmis principalement par les femmes.
La khomsa est ainsi une sorte de petit atlas méditerranéen. Sa silhouette embrasse le monde phénicien-punique, Rome, les cultures amazighes, l’islam, le judaïsme nord-africain, l’artisanat ottoman et les influences coloniales européennes. C’est pourquoi elle perdure même dans la modernité urbaine. Elle n’est plus seulement une amulette de seuil ou un pendentif de mariage.
C’est un logo, un tatouage, un pendentif, un objet touristique, une icône du design.
Mais sa fonction symbolique reste inchangée : veiller sur ceux qui regardent, repousser le mal, protéger ceux qui entrent et ceux qui sortent. Dans un pays traversé par des millénaires de conquêtes, de migrations et d’échanges, la khomsa continue de transmettre une vérité essentielle sur la Tunisie : l’identité n’est pas un bloc figé, mais une stratification.
Une main ouverte qui a changé de noms, de croyances et de matières, mais qui demeure reconnaissable. Un petit signe, assez léger pour tenir dans la paume d’un enfant, et pourtant assez ancien pour embrasser Carthage, Djerba, la médina de Tunis et la Méditerranée.
Dans un communiqué publié ce samedi 26 juin 2026, où il commente l’issue de l’affaire dite de «l’appareil secret d’Ennahdha», le Comité pour le respect des libertés et droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) parle d’«un verdict d’une sévérité sans précédent dans l’histoire politique contemporaine de la Tunisie».
Le 2 juin 2026, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme auprès du Tribunal de première instance de Tunis a rendu son verdict dans l’affaire dite de «l’appareil secret» attribué au mouvement islamiste Ennahdha, qui était associé au pouvoir en Tunisie entre janvier 2012 et juillet 2021.
Les condamnations prononcées sont parmi les plus lourdes jamais enregistrées dans l’histoire contemporaine de la Tunisie, rappelle l’Ong tunisienne basée à Paris : Mustapha Khedher a été condamné à laréclusion criminelle à perpétuitéassortie de 96 années de prison supplémentaires. Ridha Barouni, Taher Boubahri, Kamel Aïfi ainsi que sept autres accusés ont été condamnés à la perpétuité assortie de 76 années de prison supplémentaires. Fathi Beldia écopé de la perpétuité assortie de 50 années supplémentaires, Abdelaziz Daghsnide la perpétuité assortie de 37 années supplémentaires, Kamel Bedoui de la perpétuité assortie de 32 années supplémentaires et Samir Hannachi de la perpétuité assortie de 30 années supplémentaires.
Rached Ghannouchi, président historique du mouvement Ennahdha et ancien président du Parlement, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de 30 années de prison supplémentaires. Ali Larayedh, ancien chef de gouvernement, a été condamné à 42 ans de prison, Kaïs Bakkar à 48 ans, Belhassen Nakkach à 46 ans et Ali Ferchichi à 34 ans. Tous les condamnés sont en outre placés sous surveillance administrative pendant cinq années après l’exécution de leur peine.
Le CRLDHT estime, dans le même communiqué, que les chefs d’accusation graves ayant fondé ce procès n’ont pas de «lien judiciairement établi» avec les assassinats des dirigeants de gauche Chokri Belaïd (6 février 2013) et Mohamed Brahmi (25 juillet 2013).
«Contrairement à une perception largement répandue dans l’opinion publique, les personnes condamnées dans le dossier de l’‘‘appareil secret’’ n’ont pas été jugées pour avoir assassiné Chokri Belaïd ou Mohamed Brahmi, ni pour avoir ordonné directement ces assassinats», note l’Ong, en précisant que «les poursuites ont porté principalement sur l’existence présumée d’une organisation parallèle clandestine, sur des activités de renseignement et de collecte d’informations en dehors des structures légales de l’État, sur la détention et l’exploitation de documents confidentiels, ainsi que sur diverses infractions qualifiées de terroristes ou portant atteinte à la sûreté de l’État.»
«Malgré les tentatives répétées d’associer dans le débat public l’affaire de l’‘‘appareil secret’’ aux assassinats politiques de 2013, les décisions judiciaires rendues à ce jour n’ont pas consacré l’existence d’un lien pénal direct entre les personnes condamnées dans ce dossier et les auteurs matériels ou les commanditaires des assassinats», insiste le CRLDHT, qui s’interroge sur le déroulement du procès, son contexte politique et la nature même des accusations retenues. Il voit dans la «sévérité exceptionnelle» des verdicts prononcés «une volonté politique de parvenir à des condamnations exemplaires contre les principales figures d’Ennahdha.»
Le CRLDHT conclut en dénonçant «un véritable simulacre de procès, marqué par de graves atteintes aux principes fondamentaux de la justice équitable.» Etexprime sa «profonde inquiétude face à l’instrumentalisation croissante de l’appareil judiciaire comme instrument de règlement des conflits politiques.»
Dans cette déclaration commune intitulée «La dignité humaine est indivisible», des organisations, associations et partis politiques tunisiens dénoncent «l’escalade inquiétante des discours de haine», «la banalisation croissante des actes racistes» et l’«impunité persistante, favorisée par la complaisance manifeste des institutions de l’État».
Face à l’escalade inquiétante des discours de haine, de racisme et de discrimination en Tunisie, ainsi qu’à la recrudescence des agressions et des violations visant les personnes migrantes originaires d’Afrique subsaharienne et du Soudan, dans un contexte marqué par une impunité persistante, favorisée par la complaisance manifeste des institutions de l’État et la banalisation croissante des actes racistes, les organisations, associations, partis politiques et forces démocratiques et de défense des droits humains signataires de la présente déclaration expriment leur profonde indignation et leur vive colère à la suite du crime odieux révélé par une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux.
Une vidéo montre un groupe d’individus pénétrant de force dans le domicile d’une famille migrante, menaçant ses membres à l’aide d’armes blanches et proférant des menaces explicites de viol à l’encontre d’une femme enceinte sous les yeux de son époux.
Cet acte criminel ne peut être dissocié du climat délétère qui s’est installé depuis le communiqué présidentiel du 21 février 2023, date qui marque le début d’une période sombre de notre histoire récente. Depuis lors, de nombreuses violations, certaines documentées et d’autres passées sous silence, ont été commises, tandis que les corps, la sécurité et jusqu’à l’existence même des personnes migrantes sont devenus la cible de discours politiques et médiatiques encourageant leur stigmatisation et légitimant les atteintes à leurs droits fondamentaux.
Depuis cette date, la Tunisie connaît une progression sans précédent des discours racistes et xénophobes. Ces discours, désormais relayés au plus haut niveau de l’État et par les soutiens du régime,présentent les migrants et migrantes comme une menace démographique, sécuritaire et sociale. Ils ne se limitent pas à justifier la discrimination : ils participent à la déshumanisation des personnes concernées et créent un terrain propice aux violences dont elles sont victimes.
Lorsqu’un groupe humain est quotidiennement pris pour cible en raison de sa couleur de peau ou de sa situation administrative, à travers des campagnes de stigmatisation, de diabolisation et d’incitation à la haine, la violence cesse d’être une exception pour devenir une conséquence prévisible. Et lorsque ces agressions restent impunies, l’absence de sanction envoie un message politique et social particulièrement grave : celui selon lequel la vie, la sécurité et la dignité de certaines personnes auraient moins de valeur que celles des autres.
Les menaces de viol proférées dans cette affaire revêtent une gravité particulière. Le viol y est utilisé non seulement comme une agression sexuelle, mais également comme un instrument d’humiliation collective, un moyen de domination et un outil destiné à briser la dignité de la victime et de sa famille. Il s’inscrit dans une logique de pouvoir qui considère le corps des femmes comme un espace de punition, de vengeance et d’affirmation de contrôle.
Cette violence ne surgit pas de nulle part. Lorsque, au sein même des institutions politiques, les crimes de viol sont tournés en dérision, minimisés ou instrumentalisés à des fins partisanes, le message adressé à la société est particulièrement dangereux. Il laisse entendre que le viol n’est plus perçu comme une atteinte fondamentale à la dignité humaine, mais comme un simple argument de polémique ou un outil de confrontation politique. La banalisation de ces crimes dans l’espace public contribue directement à normaliser les violences sexuelles et à les transformer en moyens acceptables d’intimidation et de domination.
La responsabilité ne saurait être imputée aux seuls auteurs de cette agression. Elle incombe également à toutes celles et ceux qui ont contribué à diffuser des discours racistes et haineux, à justifier les discriminations, à détourner le regard face aux violences répétées subies par les personnes migrantes ou encore à instrumentaliser la peur et le racisme à des fins politiques. Les violences auxquelles nous assistons aujourd’hui sont le résultat direct de plusieurs années de stigmatisation, de criminalisation et d’incitation à la haine.
Elles sont également la conséquence de politiques qui criminalisent la solidarité envers les migrants et les mouvements antiracistes, répriment les militants et militantes au moyen d’une justice privée de son indépendance et les érigent en boucs émissaires afin d’alimenter le récit d’un prétendu «complot de remplacement démographique» et de masquer l’alignement des autorités sur les politiques européennes d’externalisation des frontières.
Nous condamnons avec la plus grande fermeté ces crimes répétés et considérons qu’ils témoignent d’une dégradation alarmante de la situation des droits humains en Tunisie. Nous exigeons que l’ensemble des personnes impliquées dans des actes racistes soient poursuivies et sanctionnées, que les victimes bénéficient d’une protection immédiate et effective, et que des mesures concrètes soient prises pour lutter contre le racisme et toutes les formes de discrimination.
Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de rendre justice à cette famille*. Il s’agit également de défendre un principe fondamental : aucune société libre, juste et sûre ne peut être construite sur la peur de l’autre, l’exclusion ou l’injustice. De même, il est impossible de garantir le respect de la dignité humaine tant que les corps des femmes sont menacés ou instrumentalisés et que des personnes migrantes sont privées de leur pleine humanité. **
* 6 mai 2026 / Le ministère de l’Intérieur a annoncé l’arrestation des individus impliqués dans une agression visant des migrants subsahariens, après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant les faits. Selon le ministère, les services de sécurité ont identifié et interpellé les suspects à l’issue d’investigations approfondies.
** Les autorités tunisiennes, pour leur part, rejettent depuis longtemps les accusations de racisme et présentent leur approche comme une politique de lutte contre l’immigration irrégulière, la traite des êtres humains et les réseaux de trafic, réaffirmant que la Tunisie n’a aucune intention de devenir un pays de colonisation forcée.
Signataires
Campagne contre la criminalisation de l’action associative et civile
Association Beity
Organisation Al Bawsala
Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES)
Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH)
Avocats Sans Frontières
Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD)
Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT)
Union des diplômés chômeurs
Organisation mondiale contre la torture (OMCT)
Association tunisienne de défense des libertés individuelles (ADLI)
Intersection pour les droits et les libertés
DAMJ – Association tunisienne pour la justice et l’égalité
Al Qanounia (La Revue juridique)
Association Africaine
Association Al Khatt
I Watch (Ana Yaqdh)
Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT)
Réseau euro-méditerranéen des droits humains
Association Nashaz
Association tunisienne pour les droits et les libertés
Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR)
Union des travailleurs immigrés tunisiens
Groupe Tawhida Ben Cheikh
Coalition tunisienne pour l’abolition de la peine de mort
Association Al Karama
Parti des Travailleurs
Parti Al Qotb
Parti Républicain
Parti de la Voie démocratique et sociale (Al Massar)…
Tunis se prépare à accueillir le Forum d’affaires Tunisie-Italie, les 24 et 25 juin 2026. Cet événement s’inscrit dans le cadre du renforcement des relations économiques entre les deux pays et vise à consolider le rôle de la Tunisie comme partenaire privilégié de l’Italie en Méditerranée.
Latif Belhedi
Cet événement est organisé par le ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale et l’Agence italienne pour le commerce extérieur (ICE), en collaboration avec le ministère tunisien des Affaires étrangères, des Migrations et des Tunisiens de l’étranger, l’Agence pour la promotion de l’industrie et de l’innovation (APII), l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica).
6,5 milliards d’euros d’échanges commerciaux en 2025
Il intervient dans un contexte de développement des relations économiques bilatérales. Comme l’indique l’ICE sur ses réseaux sociaux, les échanges commerciaux entre l’Italie et la Tunisie ont atteint 6,5 milliards d’’euros en 2025, confirmant ainsi la position de Rome comme deuxième partenaire commercial de la Tunisie et premier client européen de notre pays.
Les importations tunisiennes d’Italie ont atteint 3,4 milliards d’euros, témoignant d’une relation économique de plus en plus intégrée tout au long des chaînes de valeur industrielles.
Le choix des secteurs au cœur du forum reflète les priorités industrielles et stratégiques communes aux deux pays. Selon Agenzia Nova, les discussions porteront sur les transitions énergétique et numérique, les industries de pointe – notamment pharmaceutiques, automobiles, de technologies innovantes et de matières premières critiques – ainsi que sur les secteurs traditionnels tels que le textile, l’agriculture et l’aquaculture, confrontés aux enjeux de durabilité et de compétitivité internationale. Une attention particulière sera également portée aux infrastructures de transport et à la logistique.
La Tunisie, plateforme de nearshoring
Ces dernières années, la Tunisie a lancé ou planifié une série de projets de modernisation des ports, des réseaux ferroviaires et routiers, ainsi que des plateformes logistiques, afin de renforcer son rôle de plaque tournante entre l’Europe et l’Afrique. Ceci ouvre d’importantes perspectives aux entreprises italiennes dans les domaines de l’ingénierie, de la construction, des services portuaires et des technologies de mobilité.
Le forum de Tunis revêt également une importance géopolitique. Dans un contexte international marqué par la recherche de chaînes d’approvisionnement plus courtes et plus résilientes, la Tunisie est de plus en plus considérée comme une plateforme de nearshoring pour les entreprises européennes. Sa proximité géographique avec l’Italie, la présence de plus de 900 entreprises italiennes déjà implantées dans le pays et la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée constituent des atouts majeurs qui favorisent de nouveaux investissements productifs.
Le forum offrira aux institutions financières, aux agences de développement et aux entreprises un espace d’échange sur les outils de soutien aux partenariats économiques bilatéraux. Ce cadre inclut également les initiatives promues dans le cadre du Plan Mattei pour l’Afrique promu par l’Italie et les programmes de coopération économique visant à promouvoir les investissements durables, le transfert de technologies et le développement des compétences.
Le 24 juin sera consacré aux présentations institutionnelles, aux séances plénières et aux tables rondes sectorielles, tandis que le 25 juin sera dédié aux rencontres interentreprises (B2B) entre entreprises italiennes et tunisiennes. Ce format B2B est l’un des aspects les plus attendus de l’événement, permettant aux entreprises d’établir des contacts directs, d’explorer des partenariats industriels et commerciaux et d’identifier de nouvelles opportunités d’investissement.
Pour l’Italie, ce forum représente une opportunité de consolider sa présence économique sur l’un des marchés les plus dynamiques d’Afrique du Nord.
Pour la Tunisie, cet événement est une vitrine pour attirer des capitaux, des technologies et des expertises dans des secteurs jugés stratégiques pour la modernisation de l’économie nationale. Dans un contexte méditerranéen de plus en plus central dans les équilibres économiques régionaux, le partenariat entre Rome et Tunis continue de se renforcer grâce à une coopération qui dépasse le simple cadre commercial et vise à construire des chaînes d’approvisionnement industrielles intégrées entre les deux rives.
Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a exprimé sa vive inquiétude suite à l’annonce de la grève de la faim entamée par le journaliste Mourad Zeghidi.
Dans un communiqué publié ce vendredi 5 juin 2026, le SNJT a affirmé suivre avec une « grande préoccupation » la situation de Mourad Zeghidi, qui a choisi cette forme de protestation pour dénoncer la poursuite de sa détention et ce qu’il considère comme une atteinte flagrante à ses droits fondamentaux.
Tout en réaffirmant son « soutien total et indéfectible » au journaliste dans son combat pacifique, le syndicat a exprimé ses profondes craintes quant aux répercussions médicales de cette grève de la faim.
« Nous appelons notre confrère à suspendre sa grève de la faim afin de préserver son intégrité physique et psychologique, et pour permettre aux structures juridiques et de défense des droits de l’homme de poursuivre efficacement leurs efforts de soutien », lit-on encore dans le communiqué.
Le SNJT a fermement renouvelé son rejet de toute « instrumentalisation des textes juridiques » visant à restreindre la liberté d’expression ou à criminaliser les prises de position des professionnels des médias.
Face à la vague d’indignation soulevée par une vidéo montrant l’agression sexuelle d’une femme subsaharienne devant son mari, le ministère de l’Intérieur a réagi ce vendredi 5 juin 2026.
Dans son communiqué, le ministère affirme que les auteurs des faits ont été identifiés et interpellés par les forces de sécurité, qui se sont saisies de l’affaire malgré l’absence de plainte officielle.
L’enquête a toutefois mis en lumière un élément clé : les faits datent en réalité d’il y a cinq ans, selon le département de l’Intérieur, qui ajoute que la vidéo a fait l’objet d’une diffusion coordonnée depuis deux continents, ce que les autorités qualifient d’« instrumentalisation ».
« Indépendamment des tentatives de dénigrement qui entourent cette vidéo, l’État tunisien est déterminé à garantir les droits et la dignité de toute personne présente sur son territoire et à appliquer la loi face aux contrevenants », lit-on encore dans le communiqué, qui conclut en réitérant l’engagement de la Tunisie en faveur d’une approche humanitaire de la migration irrégulière. Le gouvernement exprime également sa volonté de trouver des solutions urgentes pour encadrer le retour volontaire des migrants en situation irrégulière vers leurs pays d’origine, et ce, dans les meilleures conditions possibles.
La Cour d’appel de Tunis a renvoyé l’affaire liée au décès de l’ancien député Jilani Daboussi au 19 juin 2026, date à laquelle seront auditionnés les prévenus avant le verdict final.
En première instance, le tribunal avait condamné Noureddine Bhiri et Mondher Lounissi à 4 ans de prison ferme, ainsi qu’une ancienne médecin de Mornaguia et un ex-procureur général à 2 ans avec sursis. Seul le dossier de l’ancien ministre de la Santé, Abdelatif Mekki, a été définitivement classé après cassation.
Pour mémoire, Jilani Daboussi avait été incarcéré au lendemain de la révolution de 2011 dans le cadre de poursuites pour corruption. Durant sa détention, sa santé s’était gravement détériorée en raison de multiples pathologies chroniques, notamment une insuffisance rénale sévère nécessitant des soins réguliers.
L’ancien député s’est éteint à son domicile, quelques heures seulement après avoir obtenu une mise en liberté provisoire. Depuis ce drame, ses proches et son collectif de défense fustigent des négligences médicales ainsi que des violations flagrantes des droits humains lors de son incarcération, mettant directement en cause la responsabilité du parti Ennahdha, alors au pouvoir.