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«La femme doit pouvoir respirer et vivre», dixit Bourguiba

05. April 2025 um 07:26

Dans cette Tunisie qui m’a vu naître, où j’ai vécu les 20 premières années de ma vie, sous le règne de feu Bourguiba, je n’ai pas souvenir qu’un homme ait refusé, en public, de serrer la main d’une femme, comme l’a fait le nouvel homme fort du régime islamiste en Syrie qui a refusé récemment de serrer la main à la ministre allemande des Affaires étrangères alors qu’il venait de serrer celle de son homologue français.

Salem Ben Ammar * 

Dans les films égyptiens de l’époque, dont les Tunisiens était férus, les actrices et acteurs se claquaient la bise spontanément comme dans les films occidentaux. 

La vie était un hymne à l’amour et à la joie malgré les soucis en tous genres du quotidien.

C’était une autre époque où la religion était confinée dans les foyers et les mosquées, où la bonne moralité ne rimait pas avec la pratique religieuse, où la vertu de la femme ne s’évaluait pas à l’aune du voile qu’elle porte ou pas. L’espace public n’était pas un espace de restriction des libertés individuelles, qui étaient toujours exercées (sauf peut-être dans le domaine de la politique où elles étaient limitées) dans le respect des us et coutumes et de l’ordre public. Les bars ne côtoyaient certes pas les mosquées, mais ils étaient ouverts au public. Ainsi que les cafés et les restaurants pendant Ramadan, sans que cela ne trouble les croyants dans leurs convictions. On pouvait avoir, à la même table, juifs, chrétiens, musulmans, athées… ils étaient avant tout Tunisiens et enfants du même quartier. Le vivre-ensemble avait du sens, et il n’y avait pas de ligne Maginot séparant les communautés, les unes des autres.

Cette Tunisie, qui a posé les premiers jalons de l’émancipation et de l’éducation de la femme dans le monde arabe et musulman, a brisé les tabous et fait tomber le voile de la femme : «Le visage de la femme a plutôt besoin de prendre un contact avec l’air pur. La femme doit pouvoir respirer et vivre», plaida feu Habib Bourguiba en 1960, devant des femmes venues l’écouter dans le village de Ras Jebel. Il n’hésitait pas, d’ailleurs, de faire tomber le voile des femmes qu’il rencontrait au gré de ses sorties publiques, en prononçant à l’occasion un plaidoyer pour l’émancipation de la moitié de la société.    

La Tunisie, où la pauvreté était transcendée par la joie de vivre de sa population, était bercée par les hymnes à l’amour chantés par les divas de l’époque Habiba Msika, Oum Kalthoum, Saliha, Naama et autres Oulaya.

Il est vrai que le voile dit «islamique» a refait surface dès les années 1970-80 et qu’il est très visible aujourd’hui dans les lieux publics en Tunisie (rues, écoles, hôpitaux, administrations, etc.), mais l’islamisme, dont Ahmed Al-Charaa est aujourd’hui l’une des incarnations politiques dans la région, n’a pas pu s’implanter durablement dans notre pays et la parenthèse de la «décennie noire» marquées par la prise du pouvoir par le parti islamiste Ennahdha (2011-2021) semble avoir été fermée. Et nous ne pouvons que nous en féliciter, tout en restant vigilants pour que ces années-là ne reviennent jamais. Et cette vigilance, nous la devons pour nos femmes maos aussi pour nous-mêmes.

* Chercheur en sciences politiques et anthropologie sociale.

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