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Canicule, nuits tropicales, explosion de la climatisation : l’été 2026 hors norme en Tunisie

29. Juli 2026 um 14:21

L’été 2026 pourrait marquer un tournant dans la manière dont la Tunisie appréhende les effets du changement climatique sur son système énergétique. Entre la multiplication des vagues de chaleur, la hausse spectaculaire de la demande en climatisation et la pression croissante sur le réseau électrique, le pays fait face à des défis qui pourraient devenir récurrents dans les prochaines années.

Dans une déclaration accordée à L’Économiste Maghrébin, en marge du séminaire intitulé « Facing the Energy Crisis: Empowering Tunisian Households to Embrace Solar Energy », organisé avec le soutien de la Fondation Friedrich Naumann Tunisie, l’ingénieur en environnement et spécialiste en énergie Hamdi Hached revient sur les facteurs qui expliquent cette situation exceptionnelle et appelle à accélérer l’adaptation des infrastructures.

Cette rencontre, qui a réuni des experts, des acteurs institutionnels et des professionnels du secteur énergétique, a notamment porté sur les défis actuels liés à la crise énergétique et sur le rôle du photovoltaïque résidentiel comme levier de résilience et de transition énergétique.

Hamdi Hached note que l’année 2026 constitue une rupture dans l’évolution des phénomènes climatiques extrêmes. « En 2026, nous avons connu une situation exceptionnelle à l’échelle mondiale. Près de 62 % des surfaces terrestres ont été touchées par des vagues de chaleur, avec des températures largement supérieures aux normales saisonnières », explique-t-il à L’Économiste Maghrébin.

Cette tendance s’est également manifestée dans la région méditerranéenne et en Europe, où plusieurs épisodes caniculaires se sont succédé sur une période particulièrement courte. « En seulement 40 jours, nous avons enregistré au moins quatre vagues de chaleur importantes, avec des durées relativement longues », précise l’expert.

Au-delà de l’intensité des températures, Hamdi Hached insiste sur un changement majeur dans le calendrier d’apparition de ces phénomènes. « Les vagues de chaleur étaient auparavant principalement associées à l’été. Aujourd’hui, nous observons des épisodes de forte chaleur dès le mois de mai », souligne-t-il.

Une demande électrique dopée par l’explosion de la climatisation

Pour l’ingénieur, la situation énergétique observée en Tunisie durant l’été 2026 n’est pas une surprise totale. Elle résulte d’une accumulation de facteurs climatiques et structurels qui avaient déjà été identifiés depuis plusieurs années.

« Nous avions été alertés depuis 2013-2014 sur le risque d’atteindre une telle situation. La transition énergétique et la nécessité d’investir dans les infrastructures étaient déjà au centre des discussions », rappelle-t-il.

Parmi les phénomènes les plus préoccupants figure celui des « nuits tropicales », caractérisées par une faible diminution des températures durant la nuit. Cette absence de rafraîchissement naturel empêche les bâtiments de retrouver des températures plus supportables et accentue le recours aux équipements de climatisation.

« Normalement, la température doit diminuer pendant la nuit. Mais nous avons connu des nuits où elle est restée autour de 34, 35 voire 36 degrés dans certaines régions, avec des pointes proches de 38 degrés. Le nombre de nuits tropicales prolongées a fortement augmenté », explique Hamdi Hached.

Cette situation a eu un effet direct sur la consommation électrique. Lorsque les températures restent élevées en continu, les climatiseurs fonctionnent plus longtemps et sollicitent davantage le réseau. « Lorsque la chaleur persiste jour et nuit, la consommation des climatiseurs augmente fortement. Cela a provoqué une hausse brutale de la demande électrique », affirme-t-il.

En outre, l’expert souligne que cette demande supplémentaire a entraîné une augmentation significative de la puissance appelée sur le réseau national. « Nous sommes passés d’une capacité de pointe autour de 5 000 mégawatts à une demande supérieure, avec près de 1 000 mégawatts supplémentaires liés essentiellement aux climatiseurs », détaille-t-il.

Un phénomène qui pourrait se reproduire

Ainsi, Hamdi Hached affirme que l’épisode vécu durant l’été 2026 doit être considéré comme un signal d’alerte. Rien ne permet d’affirmer que ces conditions climatiques resteront exceptionnelles.

« Nous n’avons aucune garantie que ce phénomène ne se reproduira pas. Nous n’avons jamais atteint auparavant ce niveau de chaleur », avertit-il.

Cette évolution intervient dans un contexte où le nombre d’équipements de climatisation installés dans les foyers tunisiens continue d’augmenter. « Aujourd’hui, nous comptons environ 2,8 millions de climatiseurs et ce chiffre continue de progresser. Avec la multiplication des épisodes de chaleur, la demande de refroidissement va continuer à augmenter », estime-t-il.

L’expert ajoute également que l’évolution des besoins sociaux pourrait accentuer cette pression. « Certaines catégories sociales qui n’avaient pas accès auparavant à la climatisation pourraient chercher à s’équiper en raison des fortes chaleurs. Cela entraînera mécaniquement une nouvelle hausse de la demande », explique-t-il.

Anticiper plutôt que subir

Face à cette nouvelle réalité climatique, Hamdi Hachad estime que la Tunisie doit changer d’approche et privilégier l’anticipation plutôt que la gestion des crises ponctuelles.

« Ce phénomène est lié à l’évolution du climat de la planète. Il ne faut pas transmettre un mauvais message aux citoyens en leur faisant porter toute la responsabilité. L’enjeu est plutôt de savoir comment se préparer et comment adapter nos infrastructures », insiste-t-il.

Selon lui, les prochaines décisions d’investissement seront déterminantes. « La vraie question est : que devons-nous investir aujourd’hui pour éviter de revivre cette situation demain ? », interroge-t-il.

L’adaptation du système énergétique ne passe pas uniquement par l’augmentation des capacités de production électrique. Elle implique également une transformation profonde des modes de construction et de consommation.

L’efficacité énergétique comme première ligne de défense

Parmi les solutions envisageables, Hamdi Hachad met en avant le développement du « refroidissement passif », qui consiste à concevoir des bâtiments capables de limiter naturellement l’accumulation de chaleur.

« Il faut réfléchir à l’architecture de nos maisons, de nos bâtiments administratifs et de nos infrastructures pour réduire naturellement la chaleur accumulée », explique-t-il.

La végétalisation des espaces urbains constitue également un levier important. « Chaque arbre, chaque espace vert contribue à créer un microclimat. La baisse de température générée permet de réduire la consommation énergétique liée à la climatisation », souligne-t-il.

L’isolation thermique des bâtiments doit aussi devenir une priorité dans les politiques publiques. « Nous devons revoir notre cadre réglementaire et intégrer davantage les techniques d’isolation thermique dans les constructions futures », plaide l’expert.

Enfin, Hamdi Hached insiste sur la nécessité d’une meilleure préparation des citoyens avant les périodes de forte chaleur. « Il faut mettre en place une véritable stratégie de sensibilisation avant la saison estivale, notamment sur la rationalisation de la consommation électrique. Cela ne réglera pas toute la crise, mais cela peut contribuer à limiter les pics de demande » conclut-il.

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Ce que les ksour du Sahara peuvent enseigner à un monde en surchauffe

29. Juli 2026 um 07:56

La question qui se pose aujourd’hui, alors que l’accélération du changement climatique multiplie les épisodes de grande canicule, est simple mais dérangeante : Comment la civilisation moderne, malgré toute sa puissance technologique, a-t-elle perdu la capacité de produire avec la terre et le vent ce que les bâtisseurs sahariens réalisaient naturellement une architecture de fraîcheur où le confort thermique se passe d’électricité et de climatisation ? (Photo : Oasis de Taghit, au sud-ouest de l’Algérie).

El Habib Ben Amara *

Ruelle du ksar de Taghit.

Ce vendredi-là, dans le sud-ouest saharien algérien ; à Taghit, le thermomètre dépassait largement les 40°C. L’horizon tremblait sous la violence du soleil. L’air semblait peser sur les épaules comme une matière compacte. Chaque pas demandait un effort. Chaque respiration paraissait plus difficile que la précédente. J’avais volontairement conduit quelques amis sous cette chaleur écrasante. Je connaissais pourtant ce qui les attendait quelques centaines de mètres plus loin.

Nous franchîmes la porte du ksar, traversâmes un porche puis la place centrale où se réunissait autrefois la djemaa, l’assemblée villageoise. De cette place partaient plusieurs ruelles étroites serpentant entre les maisons de terre. Et soudain, le monde changea.

Bien avant d’entrer dans une habitation, une fraîcheur douce et agréable nous enveloppa. Non pas le froid agressif et artificiel d’un climatiseur, mais une fraîcheur vivante, naturelle, presque bienveillante. L’un de mes amis s’arrêta, surpris. Son expression oscillait entre l’incompréhension et le soulagement.

Cette sensation n’avait rien d’un miracle. Elle était le résultat de siècles d’intelligence accumulée, d’une remarquable maîtrise de l’architecture, de l’urbanisme et de l’adaptation climatique développée par les habitants du Sahara.

À Taghit, à Kenadsa ou dans tant d’autres ksour du Sud algérien, comme du sud tunisien, chaque ruelle, chaque mur, chaque cour intérieure et chaque ouverture étaient pensés en fonction du soleil, du vent, de l’ombre et de l’eau.

La question qui se pose aujourd’hui est simple mais dérangeante : Comment la civilisation moderne, malgré toute sa puissance technologique, a-t-elle perdu la capacité de produire avec la terre et le vent ce que les bâtisseurs sahariens réalisaient naturellement ?

Le génie de l’homme contre la brutalité de la machine

Les ksour sahariens assuraient le confort thermique sans consommer le moindre watt d’électricité. Leur secret résidait dans une conception intelligente de l’espace.

Les ruelles étroites et sinueuses limitaient l’exposition directe au soleil. Les murs épais en terre crue absorbaient la chaleur durant la journée pour la restituer progressivement pendant la nuit. L’ensemble urbain favorisait la circulation naturelle de l’air et créait des microclimats capables d’atténuer les températures extrêmes.

Mais le ksar ne peut être compris isolément. Pour saisir son fonctionnement, il faut le considérer avec la palmeraie voisine. Les deux formaient un seul et même système.

Le ksar était dense, compact, protecteur. La palmeraie était ouverte, respirante, génératrice d’humidité et de fraîcheur. Le premier protégeait les habitants du soleil ; la seconde régulait l’air et le cycle de l’eau. L’un ne fonctionnait pas pleinement sans l’autre.

Les bâtisseurs sahariens avaient compris ce que nous redécouvrons aujourd’hui : l’architecture n’est pas un objet isolé, mais une composante d’un écosystème vivant.

Quand la modernité oublie les leçons du désert

Fait étonnant, les premiers administrateurs coloniaux français avaient eux-mêmes reconnu certaines qualités de cette architecture.

Dans les anciens quartiers administratifs de Béchar ou de Kenadsa, on trouve encore des bâtiments construits en terre crue. Ils avaient compris l’intérêt du matériau, mais pas toujours la logique qui lui donnait son efficacité. La véritable rupture est venue plus tard.

Au fil des décennies, les architectes et urbanistes modernes ont progressivement abandonné les principes bioclimatiques au profit d’une architecture standardisée faite de béton, d’acier et de verre, souvent importée de contextes climatiques totalement différents.

La terre n’a pas cessé de fonctionner. Nous avons simplement cessé de lui faire confiance. Comme l’avait déjà montré l’architecte égyptien Hassan Fathy au siècle dernier, la terre crue souffre moins d’un problème technique que d’un problème culturel : elle est trop souvent associée au passé, à la pauvreté ou à l’arriération, alors qu’elle représente l’un des matériaux les plus performants pour les régions chaudes et arides.

Le cercle vicieux du refroidissement moderne

Aujourd’hui, nos villes dépendent massivement de la climatisation. Pourtant, malgré cette consommation énergétique colossale, elles peinent à offrir des espaces publics confortables.Le paradoxe est saisissant.

Chaque climatiseur refroidit un intérieur en rejetant davantage de chaleur à l’extérieur. Des milliers d’appareils fonctionnant simultanément contribuent ainsi à réchauffer les rues et les places publiques, aggravant le phénomène d’îlot de chaleur urbain.

Nous dépensons une quantité considérable d’énergie pour corriger des problèmes que les bâtisseurs traditionnels résolvaient par la conception même de l’espace. Les ksour produisaient de la fraîcheur avant même que l’on franchisse le seuil d’une maison.

Nos villes modernes offrent souvent l’inverse : des intérieurs climatisés entourés d’espaces extérieurs devenus hostiles. Plus les rues chauffent, plus nous climatisons ; plus nous climatisons, plus les rues chauffent. Le cercle est parfaitement vicieux.

Une leçon pour l’avenir

Les ksour ne sont pas seulement des monuments historiques ou des curiosités touristiques. Ils constituent de véritables laboratoires de connaissances climatiques. Ils témoignent d’une compréhension fine des interactions entre l’eau, la végétation, le vent, les matériaux et l’organisation sociale de l’espace.

À l’heure où le changement climatique multiplie les vagues de chaleur et où les coûts énergétiques augmentent partout dans le monde, ces savoirs apparaissent moins comme des vestiges du passé que comme des ressources pour l’avenir.

Dans les ruelles ombragées de Taghit, lorsque le désert dépasse les 40°C et que l’on ressent cette fraîcheur inattendue, une question s’impose : Comment avons-nous pu abandonner une telle intelligence du vivant ? Et surtout, comment pouvons-nous aujourd’hui la réinventer, l’adapter et la remettre au service des villes du XXIe siècle ?

La réponse aux défis climatiques de demain ne réside peut-être pas dans des climatiseurs toujours plus puissants, mais dans la redécouverte des principes qui ont permis aux ksour sahariens de vivre pendant des siècles en harmonie avec leur environnement.

Loin d’être une nostalgie, cette architecture de la fraîcheur pourrait bien constituer l’un des modèles les plus modernes dont nous disposons pour construire un avenir habitable.

* Analyste stratégique (sécurité hydrique et géopolitique).

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Grosses chaleurs, grosses pertes et l’étrange silence de la Steg et du ministre

22. Juli 2026 um 14:51
Depuis le 12 juillet, la STEG coupe le courant par rotation à travers tout le pays. La chaleur était pourtant annoncée dès le 1er mai dernier. Les pertes, elles, se comptent déjà en récoltes perdues et en chaînes de production à l’arrêt. Reste le silence, celui d’une entreprise et d’un ministère qui listent des quartiers […]

Les climatiseurs, deuxième équipement le plus énergivore des ménages

Von: tmps
18. Juli 2026 um 08:23

Les climatiseurs occupent désormais la deuxième place parmi les équipements électroménagers les plus énergivores dans les foyers, selon la dernière étude datant de l’année 2024, alors qu’ils ont été classés au troisième rang dans l’étude précédente  de 2019, a indiqué le directeur de l’efficacité énergétique dans le secteur du bâtiment à l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), Abdelkader Baccouche.

Cette évolution  s’explique par la hausse importante du nombre de climatiseurs installés dans le secteur résidentiel, avec environ un million d’appareils supplémentaires intégrés au cours des cinq dernières années, ce qui a eu un impact direct sur la consommation d’électricité, notamment lors des pics de chaleur.

Les climatiseurs représentent ainsi près de 18 % de la consommation totale d’électricité des ménages, alors que le réfrigérateur occupe la première place des appareils les plus consommateurs d’énergie, bien que sa part soit passée de plus de 45 % à environ 36% selon l’étude de 2024.

Baccouche a souligné que ces données émanent d’un suivi de plus de vingt ans basé sur des études périodiques menées conjointement par la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) et l’ANME pour observer l’évolution des modes de consommation domestique.

Lors d’un récent débat organisé, à Tunis par la Chambre de commerce et d’industrie tuniso-française (CTFCI), Baccouche a signalé que le parc tunisien compte environ 2,7 millions de climatiseurs, plus de 50% des familles tunisiennes possédant au moins un appareil. Il a précisé que la climatisation résidentielle absorbe à elle seule près de 50 % du pic de consommation électrique estivale, qui a atteint un niveau de 4,8 gigawatts en juillet 2024.

Il a rappelé que le fonctionnement simultané de ces appareils lors des vagues de chaleur exerce une forte pression sur le réseau électrique national, ce qui explique l’accroissement de la contribution de ces appareils à la consommation ménagère globale de l’électricité.

BON

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Tunisie-Canicule | Régler la climatisation à 26 °C

17. Juli 2026 um 07:47

La mesure préventive exceptionnelle actuellement mise en œuvre par la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) — consistant en des coupures d’électricité alternées entre des zones et des gouvernorats — vise à alléger la charge sur le réseau, compte tenu notamment de la hausse sans précédent de la demande d’électricité, qui dépasse les capacités de production disponibles, et ce en pleine canicule estivale amenant un usage excessif de la climatisation.

C’est ce qu’a déclaré l’expert international en énergie Ezzeddine Khalfallah, jeudi 16 juillet 2026 dans l’émission ‘‘Minnek Nasmaâ’’ (Nous vous écoutons), sur Diwan FM. Cette pratique, courante dans de nombreux pays, a pour objectif de préserver la stabilité du réseau électrique et d’éviter un effondrement à grande échelle, a-t-il précisé.

L’expert a appelé à intensifier les campagnes de sensibilisation du public pour encourager les citoyens à utiliser l’électricité de manière rationnelle, soulignant que — selon une étude antérieure de la Steg — régler la climatisation en dessous de 26 °C augmente la consommation d’électricité de 7 %.

M. Khalfallah a insisté sur le fait que tout déséquilibre entre l’offre et la demande pourrait menacer le système électrique de la Steg, indiquant qu’une solution envisageable pour le pays, afin de réduire les coupures de courant durant la vague de chaleur actuelle, consisterait à acheter de plus grandes quantités d’électricité à l’Algérie.

On sait cependant que le pays voisin fait face lui aussi à un pic de consommation électrique et que certaines de ses régions ont connu cette semaine des coupures fréquentes d’électricité.

I. B.

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