L'ambassadeur de France en Algérie reprend ses activités...

© Mosaique FM

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Voici, enfin, une bonne nouvelle ! L’annonce par l’Office des Tunisiens à l’étranger (OTE) du lancement d’une plateforme dopée à l’intelligence artificielle pour guider nos investisseurs résidant à l’étranger sonne comme un premier acte de contrition. Il était temps. Car ne nous voilons pas la face : après une décennie de cafouillages byzantins, de dédales […]
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La cérémonie marquant la fin du partenariat entre Savoirs Éco et l’ITCEQ a réuni, jeudi soir, l’ensemble des acteurs qui ont contribué à faire vivre l’une des collaborations les plus importantes inscrites au portefeuille d’Expertise France en Tunisie.
Une coopération ancrée dans une ambition partagée
Mme Anne Guéguen, ambassadrice de France en Tunisie, a ouvert les discours en rappelant l’ampleur de la coopération scientifique et technique franco-tunisienne : près de 10 millions d’euros investis entre 2011 et 2026, 1 200 projets financés, 2 000 doctorants formés en cotutelle, et 800 000 euros engagés chaque année dans des partenariats mixtes de recherche portant sur des thématiques aussi transversales que le climat ou l’intelligence artificielle. Elle a également évoqué le volet archéologique de cette coopération, décliné à travers trois missions actives à Haïdra, Béja et Thapsus, à la hauteur de l’héritage exceptionnel de la Tunisie dans ce domaine. Insistant sur le rôle fondateur de la recherche appliquée dans l’élaboration des politiques publiques, l’intervenante a appelé au développement de projets similaires à Savoirs Éco, seuls à même de créer les conditions d’une analyse robuste dans un monde traversé par des ruptures systémiques. « La production de savoir économique est capitale, mais elle constitue la base de l’édifice », a-t-elle déclaré.
De son coté, Marco Stella, chef de section de développement économique à la Délégation de l’Union européenne en Tunisie, a replacé Savoirs Éco dans le cadre plus large de l’appui européen à la gouvernance économique en Tunisie, initié dès 2021. Il a souligné l’originalité d’un projet qui a délibérément travaillé avec des acteurs institutionnels nationaux dont la collaboration habituelle avec les partenaires européens n’allait pas de soi, illustrant ainsi la volonté d’élargir le périmètre des partenariats. Il a salué l’ITCEQ comme un organisme aujourd’hui renforcé, capable d’éclairer les décisions de politique publique et d’alimenter le débat sur les questions économiques et de développement durable.
Par ailleurs, Alaya Becheikh, Directeur Général de l’ITCEQ, a articulé son bilan autour de trois facteurs clés : la singularité d’une approche multidimensionnelle touchant simultanément au capital institutionnel, humain et organisationnel de l’Institut ; la parfaite adéquation du projet avec la stratégie de transformation 2023-2025 de l’ITCEQ, préalablement définie avant même le démarrage de la collaboration ; et la qualité exemplaire de la gestion partenariale entre les deux équipes. « Plus qu’un simple appui, Savoirs Éco a apporté une rigueur et une exigence professionnelle qui ont stimulé nos équipes à donner le meilleur d’elles-mêmes », a-t-il affirmé. Il a rendu un hommage appuyé à M. Stéphane Rivet, Directeur d’Expertise France Tunisie, pour son engagement constant tout au long du projet, alors que ce dernier s’apprête à rejoindre de nouveaux horizons professionnels.
Des réalisations concrètes sur le terrain
Mme Nejla Koubaa, coordinatrice du projet au sein de l’ITCEQ, a livré le bilan opérationnel le plus détaillé de la soirée. En trois ans, Savoirs Éco a permis le développement de deux modèles économétriques majeurs : un modèle intégrateur fondé sur les données d’enquête propres à l’ITCEQ et les bases de données internationales, et un modèle de prospective à long terme adapté au contexte tunisien à partir d’un outil de référence internationale. Sur le volet système d’information, un diagnostic global a conduit au lancement d’un projet de plateforme intégrée de données, infrastructure moderne appelée à transformer en profondeur le mode de production et de diffusion de la connaissance au sein de l’Institut, ainsi qu’à la refonte du site institutionnel.
Treize rencontres-débats ont été organisées depuis le lancement, toutes converties en notes de politique économique, et l’ITCEQ a tenu en 2025 son premier congrès international. L’ensemble des chercheurs de l’Institut a par ailleurs bénéficié de formations portant sur l’évaluation des politiques publiques, l’analyse de données et la prise de parole en public. Mme Koubaa a résumé les enseignements du projet en quatre points : la nécessité de faire circuler la connaissance au-delà des institutions productrices, l’agilité comme facteur de résilience face aux imprévus, la déontologie de la collaboration comme condition du partenariat durable, et l’impératif qu’un projet soit porté de l’intérieur pour produire un changement institutionnel réel. Elle a remercié M. Alexis Ghosn, premier chef de projet Savoirs Éco, pour avoir posé les fondations de la collaboration lors de la phase la plus exigeante, ainsi que son successeur M. Baptiste Pain, qui a su s’intégrer immédiatement à la dynamique collective.
Des partenariats scientifiques au service de la durabilité
Patrick Guillaumont, Président de la FERDI, s’est exprimé en visioconférence. Il a rappelé que la FERDI avait accompagné l’ITCEQ à travers deux programmes de mentorat ayant permis aux chercheurs de confronter leurs travaux aux standards internationaux les plus exigeants, débouchant sur deux notes de politique économique : l’une sur la fiscalité environnementale en Tunisie, co-rédigée avec l’Université de Clermont-Ferrand, l’autre sur la résilience de l’économie tunisienne.
Christophe Cottet, Directeur de l’AFD Tunisie, a témoigné de la coopération technique menée en parallèle à travers le déploiement d’un outil de modélisation des implications économiques et financières du changement climatique, appliqué en particulier au secteur agricole tunisien. Il a insisté sur la durabilité comme critère premier d’une coopération réussie, en précisant que les droits de propriété intellectuelle des modèles développés sont partagés avec l’ITCEQ, garantissant leur existence au-delà de la présence des partenaires. « Ce qui fait qu’une coopération est réussie, c’est que les outils perdurent au-delà de la présence de la coopération », a-t-il résumé.
Des chercheurs transformés par l’expérience
Alexis Ghosn, premier chef de projet Savoirs Éco au sein d’Expertise France, a mis en lumière avec recul la complexité du défi initial : articuler, au sein d’un seul projet de coopération technique, les temporalités longues de la recherche, les besoins urgents du décideur public et la pression médiatique du temps court. L’intervenant a annoncé qu’Expertise France avait depuis lors formalisé une stratégie propre à la coopération dans le domaine de la recherche appliquée au service des politiques publiques dans les pays du Sud, ouvrant la voie à de futures initiatives au Maroc, en Angola et dans d’autres géographies, à l’échelle nationale comme régionale.
Mme Olfa Bouzaiene, Directrice de la Division Synthèse et Modélisation de l’ITCEQ, a illustré à travers son propre parcours l’impact concret des formations reçues : une première expérience de vulgarisation médiatique à la suite d’une enquête sur la digitalisation des entreprises tunisiennes, une participation à des émissions radiophoniques, et une présence accrue dans les milieux universitaires. Elle a décrit les sessions consacrées aux techniques de communication, à l’analyse de données et à la collaboration avec les journalistes comme des outils essentiels ayant permis de combler le fossé entre rigueur économétrique et exigences de la communication publique.
Vers une institutionnalisation du lien entre recherche et décision publique
Mme Fatma Marrakchi, Présidente du laboratoire d’intégration économique internationale (LIEI), a témoigné des collaborations nouées avec l’ITCEQ, notamment autour de colloques sur le positionnement de l’économie tunisienne face à la fragmentation de l’économie mondiale, et annoncé qu’une étude commune portant sur le commerce international croisé aux exigences environnementales était en cours d’élaboration. Elle a plaidé, rejointe en cela par M. Saif Ben Sassi, Directeur Général du Centre de Recherches et d’Études Sociales, pour l’institutionnalisation du lien entre monde académique et décideurs publics. Tous deux ont convergé vers le même constat : le pont entre chercheurs et gouvernement existe, mais il demeure informel et insuffisamment structuré, là où une plateforme formelle de dialogue permettrait de fonder les décisions de politique économique sur des données quantifiées et des analyses rigoureusement validées. M. Ben Sassi a, de son côté, insisté sur la nécessité pour le chercheur de développer une posture de communicateur, seule à même de garantir que les résultats de la recherche appliquée trouvent leur chemin jusqu’aux décideurs et à la société.
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La Chambre criminelle du Tribunal de première instance de Tunis a condamné, jeudi 7 mai 2026, le journaliste Ziad El Hani à une peine d’un an de prison, dans une affaire liée à des poursuites engagées en vertu de l’article 86 du Code des télécommunications.
Cette décision intervient après l’émission, le vendredi 24 avril 2026, d’un mandat de dépôt à l’encontre du journaliste dans le cadre de la même affaire.
Dans un communiqué au ton particulièrement ferme, le Syndicat national des journalistes tunisiens a vivement dénoncé la condamnation du journaliste Zied El Heni, estimant que la décision repose sur une publication Facebook liée à sa participation à une rencontre-débat. L’organisation critique notamment le recours à l’article 86 du Code des télécommunications, qu’elle qualifie de « texte hérité de l’ère Ben Ali ».
Pour le syndicat, cette affaire illustre une tendance plus large marquée par le recours continu à des lois jugées répressives afin de contourner le décret-loi 115 de 2011, considéré comme le cadre légal régissant exclusivement les affaires de presse et de publication. L’organisation évoque ainsi un « détournement du droit » et une « instrumentalisation de la justice » visant les voix critiques.
L’instance professionnelle considère par ailleurs que les poursuites répétées contre Zied El Heni s’apparentent à une forme d’« acharnement judiciaire », rappelant que le journaliste a déjà été confronté à des peines privatives de liberté ces dernières années. Une situation qu’elle juge particulièrement préoccupante pour l’ensemble de la profession.
Le syndicat met également en garde contre un climat judiciaire qu’il estime de plus en plus lourd pour la liberté d’expression en Tunisie. Selon lui, la multiplication des poursuites et des condamnations contribue à instaurer un climat de peur et d’autocensure au sein des rédactions, avec des conséquences directes sur la qualité du débat public et le droit des citoyens à une information libre et pluraliste.
Réaffirmant son soutien à Zied El Heni, le syndicat appelle à mettre fin aux poursuites visant les journalistes pour leurs opinions, à garantir le respect des libertés constitutionnelles liées à la presse et à appliquer exclusivement le décret-loi 115 dans les affaires de publication.
Enfin, l’organisation exhorte les journalistes, les forces démocratiques ainsi que les acteurs de la société civile à intensifier la mobilisation pour la défense de la liberté de la presse, considérée comme un pilier essentiel de tout système démocratique.
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Le président de la République Kaïs Saïed a reçu jeudi après-midi, au palais de Carthage, la cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri. L’entretien a porté sur le fonctionnement de plusieurs services publics, la levée des obstacles administratifs, l’amélioration des conditions de vie des citoyens et la baisse des prix, à travers de nouvelles approches. Le chef de l’État a estimé que les attentes du peuple tunisien finiront par se concrétiser dans toutes les régions de la République, malgré les difficultés héritées et les critiques.
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C’est dans ce climat intellectuel que la question des inégalités s’est imposée comme le grand récit économique contemporain. Depuis deux décennies, les travaux de Thomas Piketty (1), de Gabriel Zucman (2) et d’une large partie de la nouvelle économie critique ont profondément transformé notre manière de lire le capitalisme. Leur influence dépasse largement les universités. Elle structure désormais les médias, les débats politiques, les discussions familiales, les réseaux sociaux et jusqu’à notre façon intime de percevoir la justice.
L’idée paraît simple, presque intuitive : si les plus riches deviennent beaucoup plus riches pendant que les autres stagnent, alors quelque chose dysfonctionne profondément dans le système économique. Cette intuition touche une corde sensible, parce qu’elle parle d’un sentiment universel : celui du décrochage, du déclassement, de l’impression que les règles du jeu favorisent toujours les mêmes.
Et pourtant, derrière cette évidence apparente, une question dérangeante demeure trop rarement posée : mesure-t-on réellement le progrès humain lorsque l’on ne regarde que les écarts ?
De fait, une société ne se résume pas à la distance entre son sommet et sa base. Elle se résume aussi à la manière dont vivent concrètement les êtres humains qui la composent. À leur accès à la santé, à l’éducation, au logement, à la dignité matérielle, à l’espoir d’une vie meilleure pour leurs enfants. En oubliant cela, le débat contemporain sur les inégalités finit parfois par produire une étrange cécité : il voit parfaitement les écarts, mais de moins en moins les trajectoires humaines.
Le débat sur les inégalités ne relève plus seulement de l’économie. Il touche désormais à une forme de morale collective. Dans beaucoup de pays occidentaux, la richesse est devenue suspecte avant même d’être analysée. On ne demande plus seulement comment elle a été produite ; on s’interroge presque instinctivement sur sa légitimité.
Cette évolution est compréhensible. Depuis les années 1980, les économies mondialisées ont produit des gagnants spectaculaires. La financiarisation a permis l’accumulation de fortunes gigantesques. Les marchés boursiers ont enrichi une minorité de détenteurs de capital pendant que les classes moyennes salariées avaient le sentiment de courir derrière une prospérité qui leur échappait peu à peu.
La crise financière de 2008 a ensuite agi comme une fracture psychologique mondiale. Beaucoup ont découvert avec brutalité que les pertes pouvaient être socialisées tandis que les gains restaient privatisés. À partir de là, le soupçon envers les élites économiques s’est enraciné durablement.
La Tunisie n’a évidemment pas échappé à cette dynamique. Certes, le pays ne produit pas de milliardaires comparables aux grandes fortunes américaines. Mais la perception d’une économie verrouillée, dominée par des rentes, des réseaux d’influence et des positions privilégiées, nourrit une colère diffuse depuis des années. Après les bouleversements de 2011, cette colère s’est même transformée en grille de lecture quasi permanente du réel économique.
Dans l’imaginaire collectif tunisien, la richesse est ainsi devenue moins le symbole d’une réussite productive que celui d’un accès privilégié au système. Cette perception n’est pas entièrement fausse. Certaines situations de rente existent réellement. Certains monopoles étouffent la concurrence. Certaines asymétries fiscales alimentent un sentiment d’injustice légitime.
Mais le danger apparaît lorsque toute réussite économique finit par être assimilée à une forme de prédation. À ce moment-là, une société entre dans une logique psychologique dangereuse : elle ne cherche plus seulement à réduire la pauvreté, elle cherche parfois à punir symboliquement la réussite.
L’immense force des travaux de Piketty et Zucman tient à leur capacité à avoir donné une architecture scientifique à ce malaise collectif. Grâce aux séries historiques longues, aux statistiques fiscales et aux comparaisons internationales, ils ont démontré que les patrimoines se concentraient davantage depuis plusieurs décennies.
Leur apport est considérable. Il serait intellectuellement malhonnête de le nier. Oui, les ultra-patrimoines disposent souvent de mécanismes sophistiqués d’optimisation fiscale. Oui, certaines transmissions successorales permettent d’échapper largement à l’impôt. Oui, la mondialisation financière a accru la mobilité du capital plus vite que celle du travail. Oui, une partie du capitalisme contemporain favorise davantage l’héritage que la mobilité sociale.
Mais le problème commence lorsque des constats empiriques solides deviennent progressivement des conclusions philosophiques implicites.
Car entre le fait de constater une hausse des inégalités et celui d’affirmer que cette hausse constitue le problème central de nos sociétés, il existe un saut normatif immense. Ce saut n’est pas scientifique. Il relève d’un choix moral et politique.
Or notre époque tend précisément à effacer cette frontière.
Les chiffres acquièrent alors une puissance quasi sacrée. Ils semblent parler seuls. Pourtant, ils dépendent toujours de ce que l’on choisit de mesurer.
Mesure-t-on les écarts relatifs entre individus ? Mesure-t-on l’amélioration du niveau de vie réel ? Mesure-t-on la capacité d’accès à certains biens essentiels ? Mesure-t-on la mobilité sociale entre générations ? Mesure-t-on le patrimoine ou le revenu ? Chaque indicateur raconte une histoire différente.
Le drame du débat public contemporain est qu’il transforme souvent une histoire partielle en vérité totale.
Imaginez deux sociétés. Dans la première, tout le monde est pauvre mais les écarts sont faibles. Dans la seconde, les écarts sont plus importants, mais les plus modestes vivent beaucoup mieux qu’auparavant : ils mangent mieux, se soignent mieux, accèdent davantage à l’éducation et vivent plus longtemps.
Laquelle est la plus juste ? Cette question paraît abstraite. Elle est pourtant centrale. Car une grande partie du débat contemporain privilégie désormais presque exclusivement la photographie des écarts relatifs. On observe la distance entre le haut et le bas de la distribution des revenus comme si cette distance résumait à elle seule la qualité morale d’une société.
Pourtant, l’histoire économique mondiale des quarante dernières années raconte une réalité plus complexe. Le Bangladesh, longtemps associé à l’extrême pauvreté, a connu une transformation sociale spectaculaire. La mortalité infantile y a chuté, la scolarisation des filles a explosé, le revenu par habitant a fortement progressé. Les conditions de vie réelles se sont améliorées à une vitesse historique. Et pourtant, les inégalités relatives ont légèrement augmenté.
La Corée du Sud a suivi une trajectoire comparable. En quelques décennies, le pays est passé d’une économie pauvre à une puissance technologique mondiale. Les écarts sociaux n’ont pas disparu. Mais les vies humaines, elles, ont été radicalement transformées.
Même dans les économies européennes, la réalité demeure ambiguë. En France, malgré la hausse de certains patrimoines, le niveau de vie réel des catégories modestes s’est amélioré sur le long terme. Le problème est que cette amélioration apparaît aujourd’hui trop lente par rapport aux attentes sociales, au coût du logement, à la précarisation du travail et à l’impression générale de déclassement.
Autrement dit, ce n’est pas seulement l’inégalité qui produit la frustration. C’est aussi le ralentissement du progrès partagé.
C’est précisément là que le cas tunisien devient particulièrement révélateur. La Tunisie ne souffre pas uniquement d’inégalités. Elle souffre d’un affaiblissement général de la dynamique économique. Depuis des années, la croissance demeure faible, l’investissement insuffisant, la productivité stagnante et les perspectives d’ascension sociale se réduisent.
Le véritable traumatisme tunisien n’est peut-être pas de voir certains réussir. C’est de voir de moins en moins de gens croire encore à leur propre possibilité de réussir.
Pendant longtemps, l’école publique jouait le rôle de grand ascenseur social. Les familles modestes acceptaient les sacrifices parce qu’elles croyaient qu’un diplôme pouvait transformer une destinée. Aujourd’hui, cette promesse s’effrite. Les diplômés s’exilent. Les jeunes accumulent frustration et précarité. Les classes moyennes s’appauvrissent lentement sous l’effet de l’inflation, de la fiscalité et de l’érosion des services publics.
Dans un tel contexte, la question des inégalités devient psychologiquement explosive. Car les écarts sont toujours plus difficiles à accepter lorsque l’espoir collectif disparaît. Une société supporte relativement bien les différences de richesse lorsqu’elle croit encore à la mobilité sociale. Elle les supporte beaucoup moins lorsqu’elle a le sentiment que les positions deviennent figées.
C’est pourquoi le débat tunisien gagnerait à sortir d’une logique exclusivement distributive. Redistribuer une richesse stagnante ne peut constituer un projet économique durable. Une société ne se stabilise pas uniquement par le partage ; elle se stabilise aussi par sa capacité à créer de nouvelles opportunités.
Le risque majeur pour la Tunisie n’est donc pas seulement l’inégalité. C’est la combinaison de l’inégalité et de la stagnation.
Une société qui ne crée plus suffisamment de richesse finit inévitablement par transformer chaque débat économique en conflit social. Les salariés accusent les entreprises. Les entreprises accusent l’État. Les classes moyennes accusent les élites. Les régions accusent le littoral. Les jeunes accusent les générations précédentes.
Lorsque la croissance ralentit durablement, la politique devient progressivement une lutte autour d’un gâteau qui cesse de grandir. Cette dynamique produit une fatigue démocratique profonde. Car chaque réforme apparaît alors comme une perte pour quelqu’un. Dans un contexte de faible création de richesse, les gouvernements finissent souvent par privilégier des politiques symboliques fortement émotionnelles : taxation exceptionnelle, dénonciation des spéculateurs, rhétorique anti-riches ou anti-privilèges.
Ces politiques peuvent parfois corriger certaines injustices réelles. Mais elles ne remplacent jamais une stratégie de développement. L’histoire économique montre pourtant une constante : les sociétés qui améliorent durablement le sort des plus modestes sont généralement celles qui parviennent à combiner croissance, innovation, mobilité sociale et institutions relativement efficaces.
Autrement dit, la réduction de la pauvreté dépend moins de la destruction de la richesse que de la capacité à la diffuser et à la renouveler.
Le débat sur les inégalités souffre finalement d’un manque de clarté intellectuelle. Les chiffres sont constamment mobilisés comme des vérités morales absolues alors qu’ils traduisent toujours des choix de valeurs implicites.
Privilégier l’égalité relative est un choix philosophique respectable.
Privilégier l’amélioration absolue des conditions de vie en est un autre.
Le problème commence lorsque chaque camp présente ses préférences morales comme des évidences scientifiques incontestables.
Cette confusion alimente la polarisation contemporaine. Les libéraux caricaturent parfois toute critique des inégalités comme une jalousie sociale. Les critiques du capitalisme caricaturent parfois toute défense de la création de richesse comme une apologie des privilèges.
Entre ces deux excès, une vérité plus inconfortable existe pourtant : une société peut avoir besoin simultanément de davantage de justice fiscale et davantage de création de richesse.
La Tunisie devra probablement apprendre cette double exigence. Corriger certaines rentes, lutter contre les asymétries fiscales et améliorer la transparence économique sont des nécessités. Mais reconstruire une dynamique de croissance, d’investissement et de mobilité sociale l’est tout autant.
Car au fond, le véritable scandale d’une société n’est pas seulement que certains soient très riches. C’est surtout que trop de citoyens cessent progressivement de croire qu’ils pourront vivre mieux demain qu’aujourd’hui.
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Références :
(1) Thomas Piketty : Éminent cartographe des fractures sociales, Thomas Piketty consacre son œuvre à l’autopsie des richesses et des héritages. Professeur à l’École d’économie de Paris et directeur d’études à l’EHESS, il scrute, depuis le World Inequality Lab, les mécanismes par lesquels le capital s’accumule et se fige.
Son triptyque littéraire dessine une trajectoire de la lucidité vers l’espoir :
Aujourd’hui, en 2026, l’économiste se fait tribun : il s’alarme du divorce entre le peuple et ses élites, prônant une démocratie plus directe, tel le référendum d’initiative citoyenne, pour réconcilier le politique avec le réel.
(2) Gabriel Zucman est un économiste français, professeur à l’École d’économie de Paris et à l’université de Berkeley. Disciple de Thomas Piketty, il est devenu une figure centrale du débat public mondial grâce à ses travaux sur l’évasion fiscale et la taxation des ultra-riches. [1, 2, 3]
En mai 2026, son actualité reste dominée par ses propositions de justice fiscale radicale :
Lauréat de la prestigieuse médaille John-Bates-Clark en 2023, il continue de publier des recherches sur la redistribution et la mondialisation, notamment sur son Substack. Ses ouvrages de référence incluent :
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* Dr. Tahar EL ALMI,
Economiste-Economètre.
Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,
Psd-Fondateur de l’Institut Africain
D’Economie Financière (IAEF-ONG)
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La société tunisienne Société d’Articles Hygiéniques SAH a clôturé l’année 2025 avec une hausse de ses bénéfices. Le résultat net individuel a atteint 52,7 millions de dinars, contre 49,7 millions de dinars en 2024, soit une progression de 6 %.
Dans un communiqué publié sur le site du Conseil du marché financier, la société a indiqué que son Conseil d’administration, réuni le 29 avril 2026, a examiné le rapport d’activité et arrêté les états financiers de l’exercice clos au 31 décembre 2025. SAH a également annoncé une amélioration de son résultat individuel avant impôt, qui s’est établi à 57,4 millions de dinars, en hausse de 7 % par rapport à 2024. De son côté, le résultat net part du groupe a atteint 63,2 millions de dinars, contre 61,6 millions de dinars un an auparavant, soit une progression de 2,7 %. Le Conseil d’administration a par ailleurs décidé de proposer à l’Assemblée générale ordinaire la distribution d’un dividende de 0,400 dinar par action. Les actionnaires de la société sont convoqués à l’Assemblée générale ordinaire prévue le 9 juin 2026.
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Le groupe Asteelflash prévoit un nouveau projet d’extension en Tunisie, basé sur l’intégration de technologies avancées dans les industries électroniques. Cette initiative vise à renforcer ses capacités de production et à consolider sa présence industrielle dans le pays.
Lors d’une réunion tenue le 7 mai 2026 au ministère de l’Industrie, le PDG du groupe, Nicolas Denis, a présenté les perspectives de développement. Les discussions ont porté sur les activités actuelles de l’entreprise en Tunisie, ses projets futurs, ainsi que sur les leviers permettant de renforcer l’attractivité du secteur électronique.
Présent en Tunisie depuis 25 ans, Asteelflash y emploie environ 1 500 ingénieurs et cadres. L’entreprise y exerce une activité totalement exportatrice.
À l’échelle internationale, le groupe est implanté dans 18 pays. En 2025, il a réalisé un chiffre d’affaires de 900 millions d’euros, dont près de 15 % proviennent de ses activités en Tunisie.
Dans cette dynamique, Asteelflash s’inscrit dans les efforts de développement du secteur électronique tunisien. Cette stratégie s’appuie sur une charte de compétitivité visant à renforcer la valeur ajoutée locale et à stimuler l’investissement. Elle s’aligne également sur l’objectif national de création de 30 000 emplois d’ici 2030 et de montée en gamme de la filière.
Le secteur électronique en Tunisie compte aujourd’hui près de 150 entreprises et emploie environ 70 000 personnes. Il constitue un pilier important des exportations nationales.
Nicolas Denis a souligné la disponibilité de compétences qualifiées en Tunisie et a mis en avant son attractivité en tant que destination industrielle. Le ministre a, pour sa part, salué la contribution du groupe aux exportations tunisiennes et réaffirmé la volonté de l’État de renforcer l’attractivité du secteur pour de nouveaux investissements.
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La Tunisie accélère la modernisation de sa signalisation routière pour améliorer la sécurité des automobilistes et réduire les risques d’accidents liés au manque de visibilité sur les routes.
Le ministère de l’Équipement et de l’Habitat a annoncé, jeudi 7 mai 2026, l’achèvement du deuxième champ d’essai consacré au marquage routier horizontal sur l’autoroute A4 reliant Tunis à Bizerte. Cette opération s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer la visibilité des routes de jour comme de nuit et à améliorer la qualité ainsi que la durabilité de la signalisation au sol. Le projet a réuni plus de 15 entreprises tunisiennes, algériennes et libyennes spécialisées dans la fabrication de peinture routière, de billes de verre et dans les travaux de signalisation horizontale. Des experts du secteur, le Centre d’essais et des techniques de la construction ainsi que le Centre technique de la chimie ont également participé à cette expérimentation. Dans ce cadre, près de 40 formulations différentes de matériaux de signalisation ont été appliquées et testées selon une approche scientifique destinée à évaluer leur efficacité sur le terrain. Le ministère précise que ces essais feront l’objet d’un suivi sur une période de dix mois à travers plusieurs tests techniques, en laboratoire et sur site. Les évaluations porteront notamment sur le niveau de réflexion lumineuse de jour et de nuit, la résistance à l’usure et aux conditions climatiques, la stabilité des couleurs ainsi que la qualité d’adhérence au revêtement routier. Selon le ministère, ces expérimentations permettront de sélectionner les solutions les plus performantes et conformes aux normes nationales et internationales. L’objectif est d’améliorer la qualité des infrastructures routières tout en renforçant la sécurité des usagers grâce à une meilleure visibilité du marquage au sol. Le ministère de l’Équipement estime que ce projet représente une étape importante vers la mise en place d’un système moderne et durable de signalisation routière basé sur des critères scientifiques et techniques afin d’améliorer la durabilité des routes tunisiennes et de contribuer à la réduction des accidents de la circulation.
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Lire plus tardLa Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a annoncé l’ouverture de concours externes sur dossiers et épreuves pour le recrutement de 494 agents. Une répartition entre nettoyage et gardiennage Selon un communiqué de la STEG, les postes ouverts concernent 194 agents de nettoyage et 300 agents de gardiennage. Inscription en ligne […]
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Lire plus tardLe Bahreïn et les États-Unis , au nom de l’État des Émirats arabes unis, de l’État du Qatar, de l’État du Koweït et du Royaume d’Arabie saoudite , ont soumis jeudi un projet de résolution au Conseil de sécurité concernant le détroit d’Ormuz. Le projet de résolution stipule que l’Iran doit immédiatement s’engager […]
L’article Projet de résolution à l’ONU : pression sur l’Iran autour du détroit d’Ormuz est apparu en premier sur Tunisie numerique.

Lire plus tardLe taux de change du Dinar Tunisien (TND) en devises étrangères (Euro, Dollar, Franc Suisse…) est un indicateur clé pour les entreprises, les voyageurs et les investisseurs opérant en Tunisie ou ayant des transactions internationales avec la Tunisie. Le dinar tunisien poursuit ses variations face aux principales devises étrangères, selon les derniers indicateurs […]
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Lire plus tardLe titulaire chinois du marché lié au projet gazier GTP-T à Tataouine accuse l’ETAP de ne pas l’avoir payé depuis neuf mois et annonce la fin des contrats de ses salariés à compter du 10 mai 2026. Mais selon des sources proches du dossier, la suspension des paiements pourrait être liée à un […]
L’article Affaire ETAP–Jereh : licenciements, paiements suspendus et zones d’ombre autour du projet gazier de Tataouine est apparu en premier sur Tunisie numerique.

Des couloirs de la mort au monde des cryptomonnaies. Tel est le destin romanesque de l’homme d’affaires et intermédiaire iranien Babak Morteza Zanjani qui s’est imposé comme une figure de proue des efforts déployés par l’Iran pour contourner les sanctions et ce, malgré sa condamnation à mort il y a dix ans. L’intermédiaire jongle avec maestria dans le monde des cryptomonnaies et c’est ce qui lui a permis de retrouver sa liberté à tel enseigne qu’il pourrait écrire le ‘‘Dictionnaire amoureux des cryptomonnaies’’ !
Imed Bahri
Selon une récente enquête du Wall Street Journal (WSJ), le département du Trésor américain a imposé à Zanjani des sanctions en janvier 2026, ajoutant que deux plateformes d’échange de cryptomonnaies qui lui sont liées –Zedcex et Zedxion– ont traité plus de 94 milliards de dollars de transactions depuis 2022, y compris des transactions pour des portefeuilles liés au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Pour sa part, Zanjani nie ces accusations.
Le département du Trésor a également qualifié ces plateformes d’«avoirs terroristes» et a déclaré que Zanjani s’était livré à du blanchiment d’argent et avait financé des projets du CGRI.
Zanjani s’est exprimé publiquement sur les réseaux sociaux et lors d’interviews concernant son rôle dans le contournement des sanctions occidentales par l’Iran, se décrivant lui-même comme un «soldat économique» du régime. Il a récemment déclaré sur la plateforme X : «Même une petite structure économique est plus puissante que n’importe quel navire de guerre. Il est clair aujourd’hui que développer une économie peut placer un pays au même niveau qu’une superpuissance».
Sollicité par le WSJ, Zanjani a nié avoir utilisé des plateformes de cryptomonnaies pour transférer des fonds aux Gardiens de la révolution, qualifiant l’information de fausse.
L’histoire de Zanjani est celle d’un homme parti de rien et devenu riche, ayant amassé une fortune en tant qu’intermédiaire avisé pour un régime iranien sous pression. Puis, il est tombé en disgrâce, avant de réapparaître l’année dernière comme si de rien n’était.
Né dans une famille ouvrière du sud de Téhéran, il a gagné ses premiers revenus en vendant des bijoux au Bazar, selon une interview accordée au journal Aseman en 2013. Il a ensuite travaillé comme chauffeur pour le gouverneur de la banque centrale et s’est lancé dans le trading de devises, gagnant jusqu’à 17 000 dollars par jour grâce aux écarts de prix entre le marché officiel et le marché parallèle.
Zanjani a ensuite fondé une société d’import-export, exportant notamment des peaux de mouton vers la Turquie. Il a déclaré avoir utilisé ses relations internationales pour conclure des contrats pétroliers d’une valeur allant jusqu’à 90 millions de dollars pour Khatam Al-Anbiya, la holding des Gardiens de la révolution. Ses compétences ont attiré l’attention du patron de la holding Rostam Ghasemi qui devint plus tard ministre du Pétrole sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad.
Zanjani est rapidement devenu le chef du plus important réseau de blanchiment d’argent connu de l’histoire moderne de l’Iran, injectant des milliards de dollars dont le pays avait désespérément besoin dans son système bancaire en difficulté. Avant ses 40 ans, il contrôlait un réseau d’une soixantaine de sociétés, dont des banques, des compagnies aériennes et des entreprises de cosmétiques, dont beaucoup servaient de façade pour dissimuler les flux financiers et pétroliers.

En 2013, il a déclaré : «C’est mon travail: contourner les sanctions! J’ai travaillé pour le pays».
Bien qu’il n’ait jamais servi dans l’armée, il a tissé des liens étroits avec les Gardiens de la révolution, se présentant comme un «Basij économique», en référence à la milice de volontaires organiquement rattachée aux Gardiens.
Au plus fort de ses activités, il vendait du pétrole via l’île malaisienne de Labuan, un paradis fiscal, où des navires iraniens transbordaient le pétrole sur des pétroliers affrétés par des sociétés écrans battant pavillon étranger. Il a également acquis des participations majoritaires dans une banque malaisienne et créé une banque au Tadjikistan, selon le département du Trésor américain. Ces banques ont facilité le transfert de fonds vers la Turquie, où ils étaient convertis en or puis introduits clandestinement en Iran.
Dans un pays où la corruption est endémique mais où l’étalage de richesse est mal vu, Zanjani a suscité l’indignation en apparaissant dans les médias avec des montres Rolex, au volant de voitures de luxe et utilisant un jet privé, tout en profitant des sanctions qui pesaient sur les Iraniens ordinaires. L’Union européenne lui a imposé des sanctions en 2012, suivie par les États-Unis en 2013.
Pourtant, il a également suscité une certaine admiration. En 2013, les lecteurs de deux journaux iraniens l’ont classé troisième dans leur sondage «Personnalité de l’année», après le président Hassan Rouhani et son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif.
Plus tard cette année-là, après l’élection de Rouhani sur un programme anticorruption, Zanjani a été arrêté pour avoir prétendument détourné 2,7 milliards de dollars de fonds publics. Zanjani a affirmé que les sanctions internationales empêchaient le remboursement de cet argent. En 2016, il a été condamné à mort pour «corruption sur terre», une accusation rarement utilisée dans les affaires financières.
En 2024, la justice a commué sa peine de mort en 20 ans de prison, en raison de sa coopération au recouvrement des avoirs. Cette décision est intervenue alors que l’Iran se préparait à l’éventualité d’un retour au pouvoir de Trump et du rétablissement des sanctions européennes. À peu près au même moment, la propriété de son groupe Surent a été transférée à la Compagnie nationale iranienne du pétrole, selon des documents obtenus par Kharon Securities. Il a été libéré l’année suivante.
Les plateformes de cryptomonnaie de Zanjani ont permis à l’Iran de continuer à soutenir des milices à l’étranger, facilitant des transferts de plus de 10 millions de dollars à un homme d’affaires yéménite sous sanctions américaines afin de financer un réseau de contrebande pour les Houthis, selon TRM Labs.
Parmi les sommes importantes traitées, la société a suivi près d’un milliard de dollars entre 2024 et 2025, en plus de montants plus modestes en 2023, dont environ 56% étaient liés au CGRI.
La plateforme Zedxion a été enregistrée en 2021 à une adresse du centre de Londres au nom de Zanjani (utilisant son deuxième prénom Morteza) et Zedcex a été enregistrée à la même adresse en 2022. Ces dates suggèrent qu’il aurait pu travailler pour le régime depuis sa prison, bien que les flux financiers aient été limités jusqu’en 2024. Suite à l’imposition de sanctions, les autorités britanniques ont entamé une procédure de dissolution des deux sociétés.
L’utilisation des cryptomonnaies par l’Iran illustre l’évolution des sanctions, selon Afshon Ostovar, spécialiste des Gardiens de la révolution. Il explique que la complexité de l’empire militaro-économique iranien permet au régime de s’adapter aux pressions extérieures. «Il est donc difficile de renverser le régime car il ne s’agit pas d’une simple personne ou d’un groupe d’officiers mais d’un réseau complexe d’individus, d’institutions, de comptes, de partenaires et de portefeuilles numériques», ajoute-t-il.
Ces derniers mois, Zanjani a refait surface, affichant ses transactions sur les réseaux sociaux, une pratique rare pour les personnalités fidèles au régime. Il a également critiqué les «systèmes parallèles» en Iran, les accusant de ne pas comprendre la situation des manifestants et a dénoncé les restrictions d’accès à Internet.
Ses activités ne se limitent pas aux cryptomonnaies. Quelques mois après sa libération, il a annoncé un contrat de 800 millions de dollars avec la compagnie ferroviaire nationale, le qualifiant de «plus important investissement du secteur privé de l’histoire des chemins de fer iraniens».
Sa nouvelle entreprise, DotOne, opère dans les secteurs des cryptomonnaies, de la logistique, des transports, de l’aviation et des télécommunications, et possède des filiales à Dubaï, notamment une société d’investissement et un service de taxis.
Malgré ses désaccords passés avec le régime, les analystes estiment que sa libération confirme son importance pour l’Iran, en particulier compte tenu des pressions économiques exercées par les États-Unis et Israël.
«Il faut des gens comme Zanjani pour briser le blocus», a déclaré le politologue italien Emanuele Ottolenghi. Il a ajouté: «Avoir quelqu’un qui possède ces compétences et cette capacité d’adaptation aux nouvelles technologies est judicieux. C’est pourquoi ils l’ont fait sortir de prison».
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Il fallait oser le titre : ‘‘Rethinking Islamic Politics in Tunisia. Rethinking’’ — repenser. Comme si on avait déjà pensé correctement une première fois. C’est là, peut-être, le premier aveu implicite d’un ouvrage académique qui mérite qu’on s’y arrête sérieusement, tant il éclaire, avec une rigueur gramscienne inattendue, les ruines politiques que la Tunisie contemple aujourd’hui avec une résignation de plus en plus institutionnalisée.
Moktar Lamari *

Fabio Merone et Francesco Cavatorta, dans cet essai publié en 2025 chez I.B. Tauris, font le pari intellectuel audacieux de traiter l’islamisme et le salafisme non pas comme deux phénomènes distincts et antagonistes, mais comme les deux faces d’une même médaille : celle d’un projet contre-hégémonique cherchant à remodeler la société tunisienne de l’intérieur.
Leur outil d’analyse ? Antonio Gramsci — oui, le penseur marxiste italien — mobilisé ici pour décrypter non pas la lutte des classes à Turin, mais la da’wa à Tunis. L’histoire intellectuelle a décidément le sens du paradoxe.
Le concept central du livre est limpide et dérangeant à la fois : la da’wa — l’appel à l’islam, la prédication religieuse et sociale — n’est pas une affaire de spiritualité débordant généreusement sur la politique. C’est, selon les auteurs, le mécanisme politique par excellence.
Gramsci l’aurait formulé ainsi : la politique est la réalisation en pratique d’une vision idéologique du monde. Al-Nahdha, dès ses origines dans les années 1970, l’avait compris avant tout le monde — et avant même d’avoir lu Gramsci, ce qui est d’autant plus remarquable.
Le Mouvement de tendance islamiste (MTI) qui allait devenir Ennahdha s’est construit en trois phases soigneusement décrites dans l’ouvrage : d’abord, l’élaboration d’un discours alternatif face aux défis de la modernité tunisienne des années 1970 ; ensuite, la mobilisation socioreligieuse comme levier d’organisation populaire ; enfin, la structuration en organisation politico-religieuse.
Un édifice patient, méthodique, érigé sur des décennies de prédication de quartier, de cercles d’étude, de réseaux de solidarité — pendant que Bourguiba et Ben Ali jouaient les architectes d’un modernisme imposé par décret.
Ce modèle gramscien de la guerre de position — occuper lentement la société civile avant de prendre le pouvoir politique — a fonctionné remarquablement bien… jusqu’au moment où il a trop bien fonctionné.
La révolution de 2011 ouvre les vannes. Ennahdha sort des prisons et de l’exil, remporte les premières élections libres de l’histoire tunisienne, entre au gouvernement. Victoire totale. Et c’est précisément là que le projet commence à se fissurer de l’intérieur.
Les auteurs identifient une tension fondamentale, longtemps contenue par la répression, qui éclate au grand jour : la direction du mouvement veut la participation institutionnelle, la gestion du pouvoir, la respectabilité démocratique. La base militante, elle, veut continuer la da’wa, transformer la société, concrétiser l’idéologie. Deux légitimités, deux temporalités, deux projets — dans le même parti.
La décision de 2016 tranche le nœud gordien de la pire façon qui soit : Ennahdha se déclare parti de «démocrates musulmans», abandonne officiellement toute mobilisation socioreligieuse et se repositionne comme force de gestion libérale du pouvoir. Les auteurs qualifient ce tournant de «post-islamiste» et «post-idéologique». On pourrait aussi l’appeler, avec moins de ménagement, une capitulation idéologique habillée en maturité politique.
Le parti qui voulait transformer la société devient un parti qui gère des coalitions et courtise les hommes d’affaires. Rien d’islamique là-dedans, si ce n’est le nom.
Car dans le vide laissé par la social-islamisation progressive d’Ennahda, quelqu’un d’autre s’est engouffré. Ansar Al-Charia, mouvement salafiste radical, est l’enfant naturel non reconnu de ce désengagement.
Là où Ennahdha abandonnait la prédication pour les antichambres ministérielles, Ansar Al-Charia investissait les quartiers populaires de Tunis, de Sfax, des banlieues délaissées — avec des cercles d’étude, des sermons, une présence concrète auprès des jeunes désenchantés que ni l’État ni le grand parti islamiste ne regardaient plus.
La dynamique est cruelle dans sa logique : plus Ennahdha se modérait, plus le salafisme radicalisait le terrain laissé vacant. Les auteurs font la comparaison avec les partis socialistes européens qui, en embrassant la social-démocratie institutionnelle, ont laissé le flanc gauche aux communistes puis aux mouvements radicaux. Histoire universelle de la modération qui crée ses propres monstres.
Ansar Al-Charia s’effondre après 2013, sous la répression consécutive aux assassinats politiques de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Mais son passage laisse une empreinte profonde sur la psychologie collective tunisienne : la peur, la méfiance, la demande sécuritaire — autant de conditions favorables à ce qui allait suivre.
Le recenseur de l’ouvrage, Rory McCarthy, professeur à Durham, formule le verdict avec une précision clinique : la transition tunisienne a depuis sombré dans l’autoritarisme populiste. Les dirigeants pragmatiques d’Ennahdha qui avaient piloté le tournant post-idéologique sont aujourd’hui en prison — avec des dissidents de tout le spectre politique.
La démocratie que le parti avait érigée en objectif terminal de son existence était, ironiquement, la première à payer le prix de ses ambiguïtés.
Car c’est là l’enseignement le plus amer du livre : le projet islamiste tunisien a échoué non pas faute d’avoir voulu la démocratie, mais faute d’avoir su la défendre avec cohérence.
En abandonnant son ancrage social au profit d’une gestion politique de façade, Ennahdha a perdu à la fois sa légitimité idéologique et sa capacité de mobilisation. Et sans mobilisation populaire, aucune démocratie ne résiste longtemps à un pouvoir exécutif déterminé.
Le paradoxe est vertigineux : un mouvement né dans la résistance contre l’autoritarisme a finalement contribué, par son retrait idéologique et ses calculs tactiques, à créer les conditions de retour de cet autoritarisme qu’il combattait depuis cinquante ans.
Dans ses Cahiers de prison, Gramsci notait que la guerre de position exige une constance idéologique sans faille. Abandonner le terrain sociétal pour les délices du pouvoir institutionnel, c’est perdre la guerre en croyant gagner la bataille.
Ennahdha a gagné les élections de 2011. Ennahdha a perdu la Tunisie.
* Economiste universitaire.
« Rethinking Islamic Politics in Tunisia: A Gramscian Analysis », Merone F. et Cavatorta F., I.B. Tauris, Londres, 2026, 224 pages.
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