Disant vouloir donner davantage de temps au temps, Donald Trump a annoncé, mardi 21 avril, une prolongation sine die du cessez-le-feu avec l’Iran, à quelques heures de son expiration. Quant à la reprise des négociations entre Washington et Téhéran, l’incertitude est totale.
Une nouvelle fenêtre pour la diplomatie, susceptible de faire taire les canons au Moyen-Orient ? Dans un revirement spectaculaire dont il a le secret, Donald Trump a annoncé, mardi 21 avril au soir, la prolongation sine die de la trêve en vigueur depuis quinze jours avec l’Iran ; alors même que son échéance était imminente. Une décision justifiée, selon lui, par la nécessité de laisser se poursuivre les négociations avec Téhéran.
Cette décision de prolonger le cessez-le-feu marque toutefois une nouvelle reculade pour Donald Trump. Celui-ci avait déclaré plus tôt dans la semaine que si aucun accord n’était conclu d’ici mercredi, il s’attendait à « bombarder, car c’est une meilleure approche ». Tout en ajoutant que l’armée était « prête à intervenir ».
Réaction désabusée de la part d’un chroniqueur politique sur la chaîne CNN, pourtant pro Trump : « Le président veut à tout prix trouver une solution diplomatique à la guerre, par peur de raviver un conflit impopulaire. Or, cette dernière annonce aura pour effet de dévaluer un peu plus sa parole et sans doute sa crédibilité, à la fois face à l’Iran, mais également face aux Américains et son propre camp. »
Une folle journée
Pourtant, au terme d’une journée chaotique et pleine de rebondissements, où il n’a cessé d’alterner menaces et reculades, l’imprévisible milliardaire républicain avait, quelques heures plus tôt, agité le spectre d’une reprise des bombardements.
« Je m’attends à bombarder à nouveau, car c’est la meilleure idée pour avancer. On est prêt à le faire. Les militaires ont hâte » déclarait-il, dans la matinée du mardi 21 avril.
Entre temps, le président américain demande aussi à Téhéran de libérer huit femmes condamnées à la pendaison. Ce que dément le régime. « Ne leur faites pas de mal, écrit-il sur son réseau social, ce serait un très bon début pour les négociations. »
Revirement dans la soirée. Après avoir réuni ses plus proches conseillers à la Maison-Blanche, il a finalement annoncé que les États-Unis s’abstiendraient d’attaquer l’Iran, dans l’attente d’une proposition de Téhéran et de l’issue des discussions. Ouf !
« J’ai ordonné à nos forces armées de poursuivre le blocus. Par conséquent, je prolongerai le cessez-le-feu jusqu’à ce que l’Iran présente une proposition visant à mettre fin au conflit » a annoncé Donald Trump.
Humiliation
Or, il s’avère que la décision de prolonger le cessez-le-feu a été prise de manière unilatérale par les Etats-Unis, sans aucune coordination ou consultation préalable avec Téhéran. Résultat : le vice-président, J. D. Vance est contraint de reporter le déplacement à Islamabad pour une deuxième séance de négociations… faute d’interlocuteurs !
Et comble d’humiliation, des responsables américains auraient, rapporte le Washington Post, exhorté le principal médiateur pakistanais, le maréchal Asim Munir, à obtenir « au moins » une réaction iranienne avant que J.D. Vance n’embarque à bord de l’Air Force Two vers Islamabad. En vain.
Pour rappel, le vice-président américain était à la tête de la délégation qui a rencontré il y a dix jours au Pakistan des représentants iraniens de haut rang. Et ce, avant de regagner dare-dare Washington au bout d’une seule journée de négociations, en évoquant l’absence de promesse ferme de Téhéran concernant l’abandon de son programme nucléaire.
Mais comment expliquer, devant son opinion publique, l’affront infligé à la première puissance mondiale par les dirigeants iraniens, qui ont délibérément ignoré « la main tendue » et refusé jusqu’à se rendre à Islamabad ?
Pour l’administration américaine, la réponse coule de source. Si la République islamique est restée silencieuse sur les propositions d’accords de paix américaines, c’est surtout en raison de divisions internes au sein de l’actuelle direction iranienne. « Sur la base du fait que le gouvernement iranien est sérieusement fracturé […] on nous a demandé de tenir notre attaque contre le pays de l’Iran jusqu’à ce que leurs dirigeants et représentants puissent proposer une proposition unifiée », a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social. « Le cessez-le-feu durera jusqu’à ce que leur proposition soit soumise et que les discussions soient conclues, d’une manière ou d’une autre », a-t-il poursuivi.
Côté iranien, et en attendant l’arbitrage décisif de la part de Mojtaba Khamenei- nouveau Guide suprême, dont l’état de santé demeure très incertain- Téhéran a publiquement exigé que Donald Trump lève le blocus imposé aux navires entrant ou sortant des ports iraniens du détroit d’Ormuz avant d’entamer de nouvelles négociations.
Méfiance
La prolongation du cessez-le-feu « n’a aucun sens », a déclaré Mahdi Mohammadi, conseiller à la sécurité nationale du président parlementaire iranien Mohammad Bagher Ghalibaf. Tout en ajoutant que « le côté perdant ne peut pas fixer de conditions. La poursuite du blocus n’est pas différente des bombardements et doit être traitée militairement. De plus, la prolongation du cessez-le-feu par Trump signifie certainement gagner du temps pour livrer une frappe surprise. C’est le moment pour l’Iran de prendre l’initiative ».
Au final, y aurait-il de nouveaux pourparlers entre l’Iran et les États-Unis ? Pour l’instant, c’est le flou le plus total qui règne autour des négociations qui étaient prévues pour se tenir cette semaine au Pakistan.
Au final, en dépit de la suspension provisoire des hostilités entre Washington et Téhéran, les deux parties continuent de se parler sans réellement s’écouter. Un véritable dialogue de sourds nourri par des décennies de défiance et d’animosité.
« La paix est la vertu de la civilisation. La guerre en est le crime », dixit Victor Hugo.
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