Le président de l’Organisation tunisienne de l’information des consommateurs plaide pour une approche globale combinant régulation des loyers, construction de villes nouvelles et développement de la location-vente.
Lotfi Riahi, président de l’Organisation tunisienne de l’information des consommateurs (OTIC), a livré à L’Économiste Maghrébin une analyse approfondie de la crise du logement locatif en Tunisie. Il appelle à dépasser les solutions ponctuelles au profit d’une vision stratégique d’ensemble.
Selon les données de l’Institut national de la statistique citées par Riahi, l’inflation des loyers a atteint environ 5,3 % en glissement annuel en décembre 2025. Dans le même temps, l’inflation générale s’établissait autour de 4,8 % en janvier 2026. Ce différentiel place le logement parmi les principales sources de pression sur le pouvoir d’achat des ménages tunisiens.
Un enjeu social avant d’être économique
Pour le président de l’OTIC, la question des loyers dépasse désormais le cadre du débat économique. Elle touche directement à la stabilité sociale et à la dignité des familles. Il rappelle que son organisation a appelé dès l’an dernier à une régulation du secteur. Les initiatives législatives récentes interviennent dans un contexte de forte pression subie par des milliers de foyers.
Le logement absorbe une part croissante des revenus. Il influence aussi des décisions majeures, comme le mariage, la procréation, la mobilité géographique et la stabilité professionnelle.
Lotfi Riahi pose une question centrale. Il ne s’agit pas seulement de réguler les prix, mais de restructurer en profondeur la politique du logement. Selon lui, le logement locatif n’est pas une marchandise ordinaire. Il constitue un service essentiel de long terme, comparable à l’éducation ou à la santé.
Le locataire n’est pas un consommateur passager. Il est lié par un contrat qui engage sa stabilité de vie. Cette réalité justifie un encadrement législatif à dimension sociale et économique, davantage qu’une simple intervention sur le marché.
Régulation des loyers : une étape nécessaire mais insuffisante
L’initiative législative visant à limiter les augmentations et à encadrer les contrats ne procède pas, selon Riahi, d’une logique de confrontation avec les propriétaires. Elle vise plutôt à rééquilibrer une relation fragilisée par la spéculation, la rareté de l’offre structurée et l’affaiblissement des mécanismes de contrôle.
Il avertit toutefois que la loi ne suffira pas. Un traitement juridique, même avancé, agit sur les symptômes. Il ne règle pas les causes profondes. La crise ne tient pas uniquement au niveau des loyers, mais aux facteurs ayant rendu le logement rare et coûteux.
Pour Lotfi Riahi, la crise des loyers est avant tout une crise de planification urbaine et de stock immobilier. Lorsque les villes se concentrent excessivement, que les banlieues s’asphyxient et que la production de logements ralentit, les prix augmentent mécaniquement. Le marché devient alors dysfonctionnel, non à cause des textes réglementaires, mais en raison de la rareté de l’offre organisée. La solution structurelle proposée repose sur la création de véritables villes nouvelles. Il ne s’agit pas d’ajouter des quartiers, mais de concevoir des entités urbaines intégrées. Ces villes devraient s’appuyer sur une vision économique et sociale cohérente.
Elles devraient être reliées à des zones d’emploi, disposer de transports publics efficaces, de services éducatifs et sanitaires, ainsi que d’espaces verts assurant une qualité de vie durable.
Lorsque l’État met à disposition des terrains aménagés et un stock immobilier orienté, la pression sur les villes saturées diminue. L’offre s’élargit et les prix baissent naturellement, sans intervention administrative permanente.
La location-vente comme levier social
Dans cette dynamique, le président de l’OTIC met en avant la formule de la location-vente. Il la considère comme l’une des solutions les plus innovantes. Ce mécanisme permet aux familles d’accéder progressivement à la propriété, sans supporter immédiatement le poids d’un crédit bancaire.
Les loyers deviennent un investissement. Les jeunes accèdent à une perspective de stabilité réelle.
Lotfi Riahi plaide pour que cette formule devienne une option stratégique nationale. Son développement devrait impliquer le promoteur public, à travers des projets ciblés et subventionnés, mais aussi le secteur privé, grâce à des incitations fiscales adaptées.
Vers une vision cohérente et durable
Le président de l’OTIC conclut en distinguant la gestion de crise de la construction d’un équilibre durable. La régulation des loyers stabilise le présent. La location-vente sécurise la transition sociale. Les villes nouvelles préparent l’avenir.
Ces solutions forment un système cohérent. Elles redéfinissent le rôle de l’État, qui passerait d’un acteur réactif à un véritable planificateur du marché.
La cherté des loyers n’est pas une fatalité économique. Elle résulte de choix d’aménagement qui peuvent être corrigés. L’initiative législative est une étape nécessaire. Elle ne devient pleinement efficace que si elle s’inscrit dans une politique nationale intégrée, articulant régulation, élargissement de l’offre, soutien à la location-vente et construction de villes intelligentes pour les générations futures.
L’article Crise du logement locatif en Tunisie : pour une réforme structurelle est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.