Iran : accord de paix annoncé, Ormuz libéré
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Pouvait-il rêver d’un aussi beau cadeau pour fêter ses 80 ans ? Dimanche 14 juin, qui s’avère être le jour de son anniversaire, le président américain Donald Trump a enfin arraché à la dernière minute un accord historique avec l’Iran. Et ce, en dépit de la frappe israélienne menée sans avertissement le jour même contre un centre de commandement du Hezbollah, dans la banlieue sud de Beyrouth.
Pour les responsables iraniens, cette attaque démontre soit l’incapacité des États-Unis à contenir leur allié israélien; soit leur absence de volonté de faire respecter les engagements pris dans le cadre des discussions. Mais il est clair que le choix du timing démontre la volonté du gouvernement Netanyahou de torpiller tout rapprochement entre Washington et Téhéran sur le dos d’Israël.
Selon le site Axios, Donald Trump aurait adopté un ton sévère lors d’un entretien téléphonique avec Benjamin Netanyahou. Il aurait reproché au Premier ministre israélien son « manque de discernement » après la frappe menée à Beyrouth, estimant que cette opération avait perturbé les derniers préparatifs de l’accord en cours de négociation avec Téhéran et retardé sa signature.
C’est le Pakistan, médiateur du conflit, qui a été le premier à annoncer officiellement la nouvelle, par la voix de son Premier ministre, Shehbaz Sharif, que les États-Unis et l’Iran étaient parvenus à un « accord de paix » mettant immédiatement fin à toutes les opérations militaires au Moyen-Orient, y compris au Liban.
« Maintenant que l’accord est conclu, les médiateurs faciliteront une série de réunions cette semaine. Ces discussions préalables à la mise en œuvre de l’accord jetteront les bases des pourparlers techniques et de la cérémonie officielle de signature ». Laquelle se tiendra selon lui à Genève, en Suisse, le 19 juin.
Pour sa part, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a déclaré dans la nuit de dimanche à lundi que l’accord avec les Etats-Unis mettait « fin immédiatement et définitivement à la guerre et aux opérations militaires sur les différents fronts, y compris au Liban ».
Quelques minutes plus tard, Trump confirma sur son réseau Truth Social que « L’accord avec la République islamique d’Iran est désormais finalisé. J’autorise pleinement la réouverture du détroit d’Ormuz sans droits de passage et, parallèlement, la levée immédiate du blocus naval américain. Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! », a ajouté le président américain, euphorique.
Mais que contient le protocole d’accord ou le « mémorandum d’entente » qui porte le nom de « déclaration d’Islamabad », un geste de reconnaissance envers le Pakistan, pays médiateur du conflit entre les deux pays et dont la signature se tiendra à Genève le 19 juin à 45 kilomètres d’Evian-les-Bains en France, ville où se déroulera un sommet du G7 en présence de Donald Trump et d’une délégation américaine du 15 au 17 juin ?
Selon la chaine américaine CNN, ce sera le vice-président américain, JD Vance, qui représentera les États-Unis et qui signera le texte. Lequel prévoit un cessez-le-feu de 60 jours sur « tous les fronts », y compris le Liban, le déblocage du détroit d’Ormuz « sans que l’Iran ne demande des taxes de passage » aux navires empruntant le corridor.
En échange, le blocus opéré par la Navy américaine depuis le 13 avril sera levé. Un allégement des sanctions à l’encontre de l’Iran est prévu, « selon l’avancement d’un accord et l’engagement continu et de bonne foi » de l’Iran.
Sur le sujet du nucléaire, l’accord devra « satisfaire toutes les exigences américaines ». Toujours selon CNN, Téhéran devra donc s’engager à ne pas chercher à obtenir l’arme nucléaire. Il devrait également renoncer à son stock d’uranium enrichi.
Reste la question du dégel ou non des milliards de dollars d’actifs iraniens qui demeurent en suspens. Toutefois, un haut responsable américain cité par l’agence de presse britannique Reuters a affirmé que l’accord en élaboration est « fondé sur les résultats ». Téhéran ne récupérerait pas ses avoirs gelés s’il ne remplit pas sa part de l’accord.
Au final, faut-il se réjouir de la conclusion de cet accord qui mettra fin à un conflit déclenché par les États-Unis et Israël le 28 février et qui a déjà fait plus de 7 000 morts, fragilisé les alliances régionales et porté un coup dur à l’économie mondiale ?
La réponse est suggérée par la BBC qui souligne que des questions subsistent sur plusieurs “points cruciaux, notamment la nature des restrictions imposées à l’enrichissement et le sort à réserver au stock d’uranium hautement enrichi que détient actuellement l’Iran.
« Certains de ces aspects seront sans doute réglés lors de négociations ultérieures et de discussions “techniques” menées durant la prolongation de 60 jours de la trêve actuelle. Mais s’il est une chose qui ressort clairement de décennies d’efforts pour tenter d’amadouer l’Iran et le contraindre à renoncer à ses ambitions nucléaires, c’est qu’il n’existe aucune garantie, n’en déplaise aux États-Unis », conclut le média britannique.
Des garanties pour prouver sa bonne foi ? « Le meilleur moyen de savoir si vous pouvez faire confiance à quelqu’un, c’est de lui faire confiance », dixit Ernest Hemingway.
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Il convient de noter que le gouvernement irakien vient d’approuver des plans visant à accélérer les exportations de pétrole brut via le réseau d’oléoducs Kurdistan-Turquie. Cette décision permettra de plus que tripler les exportations actuelles, passant de 220 000 barils par jour à 770 000. Cet itinéraire offre un passage alternatif à travers le Kurdistan jusqu’au port turc de Ceyhan, en Méditerranée.
Des données exclusives présentées à CNBC par QuantCube Technology révèlent que les exportations irakiennes globales se sont pratiquement taries depuis le début de la guerre. Et ce, en raison de sa dépendance géographique vis-à-vis du détroit d’Ormuz.
« L’Irak se trouve dans une situation beaucoup plus compliquée car nous savons que la majeure partie, voire la totalité, de son pétrole transite par le détroit d’Ormuz », a déclaré Alan Aleman, économiste principal chez QuantCube, à CNBC lors d’une interview…
Parallèlement, Abou Dhabi accélère la construction du nouvel oléoduc est-ouest vers Fujairah, cherchant ainsi à contourner le détroit d’Ormuz. Ce projet, qui devrait être opérationnel en 2027, doublera la capacité d’exportation de la compagnie pétrolière nationale ADNOC.
Le prince héritier d’Abu Dhabi, Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyan, a appelé le 15 mai à l’accélération des travaux d’expansion du pipeline, dans un contexte de demande énergétique mondiale croissante. Les Émirats arabes unis peuvent toujours exporter du pétrole via d’autres terminaux. Cela atténue l’impact de la fermeture d’Ormuz, note encore CNBC.
« Il est clair que l’Irak, de par sa situation géographique, se trouve dans une situation beaucoup plus compliquée que celle des Émirats arabes unis ou de l’Arabie saoudite » a ajouté Aleman. « Les Émirats arabes unis possèdent toujours le terminal de Fujairah. Même s’il a été endommagé pendant la guerre, il dispose théoriquement encore des infrastructures et des navires nécessaires pour exporter une grande quantité de pétrole ».
Mais même les infrastructures alternatives existantes sont menacées. L’oléoduc reliant l’ouest à l’est de l’Arabie saoudite a été attaqué par l’Iran en avril, et Fujairah a également été la cible de frappes de drones iraniens.
L’oléoduc saoudien, qui relie les installations de traitement près du golfe Persique à un centre d’exportation en mer Rouge, et l’oléoduc des Émirats arabes unis jusqu’au port de Fujairah, ont une capacité disponible combinée estimée entre 3,5 et 5,5 millions de barils par jour, note l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Bien que l’Arabie saoudite ait déclaré en mars que son oléoduc pompait 7 millions de barils par jour.
Cependant, ces flux restent bien loin des quelque 20 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers qui transitaient quotidiennement par le détroit d’Ormuz avant la guerre. Le développement de voies d’exportation alternatives exige non seulement d’énormes investissements dans les infrastructures, mais aussi du temps. Des accords interétatiques sont souvent nécessaires, car les pipelines traversent différents territoires…
Par ailleurs, les navires immobilisés dans le Golfe risquent d’être attaqués par les forces iraniennes s’ils n’obtiennent pas l’autorisation de Téhéran pour emprunter une route désignée via le détroit d’Ormuz.
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Tout le monde sait, et les responsables du gouvernement libanais en premier, que les Américains qui se sont posés en « intermédiaires », sont partie prenante plutôt qu’un arbitre neutre. Que les responsables américains, quand il s’agit d’Israël, non seulement tournent le dos à toute autre considération, mais ignorent même l’intérêt de leur propre peuple. Pourtant, le président du Liban Michel Aoun et son Premier ministre se sont pliés aux pressions américaines de s’engager dans des négociations directes avec leur pire ennemi.
Pire encore, ils ont accepté de négocier avec leur ennemi « sous le feu », c’est-à-dire négocier alors que les bombes israéliennes continuent de tuer les Libanais par centaines et de détruire leurs villages par dizaines.
La seule « concession » que Trump a pu arracher à Netanyahu est que la banlieue sud de Beyrouth, la fameuse ‘Dhahya’, soit épargnée. Une concession obtenue après que l’Iran a menacé de bombarder le nord d’Israël au cas où celui-ci attaquerait la ‘Dhahya’.
Mais les démangeaisons de Netanyahu pour plus de guerre, plus de morts, plus de destruction se sont avérées plus fortes que les pressions américaines et les menaces iraniennes : il a bombardé la banlieue sud de Beyrouth. Et l’Iran a répondu aussitôt en lançant des missiles sur des cibles militaires en Israël, après avoir ordonné aux Israéliens vivant à proximité d’évacuer les lieux…Netanyahu qui n’attendait que ça, a répondu par des bombardements en Iran, escomptant que Trump le rejoigne dans la guerre. Jusqu’à présent, Trump n’a pas rejoint son allié, mais les Houthis sont entrés en scène en lançant une série de missiles sur Israël et en interdisant la mer Rouge aux navires israéliens…
Nul ne sait comment les choses vont évoluer dans les prochaines heures et les prochains jours. Nul ne sait si l’on est au bord de la guerre totale ou s’il s’agit d’une tentative désespérée de Netanyahu de provoquer une reprise des hostilités entre les Etats-Unis et l’Iran. Mais une chose est certaine : l’économie mondiale que la prise en charge par l’Iran du détroit d’Ormuz a mise à genoux et une éventuelle fermeture de Bab el Mendeb par les Houthis engendreraient l’asphyxie économique de la planète. Ce qui se traduirait par l’aggravation des conditions de vie, déjà précaires, des milliards d’êtres humains, y compris la majorité des Américains qui ne cachent plus leur fureur contre leurs dirigeants et ceux d’Israël…
Dans son podcast, « Judging Freedom », diffusé le 1er juin, le juge Andrew Napolitano a demandé à l’ancien diplomate britannique Alastair Crooke si les Israéliens et les milliardaires en Amérique se souciaient réellement de la fermeture du détroit d’Ormuz et des conséquences néfastes pour l’économie américaine, et par extension pour l’économie mondiale ?
Crooke a répondu : « Les milliardaires qui soutiennent si ardemment Israël, possèdent une fortune telle que beaucoup considéreraient une récession, voire une dépression, comme une opportunité d’acquérir des terres agricoles et d’autres biens. »
Tout est dit. Les 10 % d’Américains qui possèdent 90 % des richesses du pays sont majoritairement de grands défenseurs d’Israël. C’est parmi eux que se trouvent ceux qui ont conçu, planifié et soutenu toutes guerres de l’Amérique, du Vietnam à l’Iran, en passant par l’Afghanistan et l’Irak. Car la guerre, loin de les affecter, est une aubaine qui accroîtrait leurs richesses…
Le drame est que cette infime minorité a le pouvoir de manipuler à sa guise l’opinion publique américaine pour lui faire accepter toutes ses décisions politiques, y compris celles très dommageables pour les intérêts de la grande majorité, comme la guerre contre l’Irak hier et contre l’Iran aujourd’hui. Toutefois, ce pouvoir de manipulation se réduit de jour en jour à mesure que les millions d’Américains prennent de plus en plus conscience que les responsables des malheurs de leur pays sont les hordes enragées au pouvoir à Tel-Aviv encore capables de mener par le bout du nez la plus grande puissance du monde.
Charley Reese, chroniqueur vedette de C-SPAN (Cable-Satellite Public Affairs Network) et d’autres médias a écrit en 2005 : « Les principaux instigateurs de la guerre en Irak sont les mêmes que d’habitude : des Américains qui, depuis longtemps, prétendent défendre les intérêts des États-Unis alors qu’en réalité, ils servent les intérêts israéliens. »
La même vérité écrite il y a plus de 20 ans, s’applique à la réalité que le monde vit aujourd’hui. Il suffit de remplacer « Irak » par « Iran ».
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