Le 22 septembre à Tunis, Arabsat et China Great Wall Industry Corporation (CGWIC) ont signé le contrat d’Arabsat-50. Derrière la célébration des 50 ans de l’opérateur arabe se joue une première pour l’industrie spatiale chinoise : il s’agit de son premier projet d’exportation d’un satellite de télécommunications complet vers le marché du Moyen-Orient.
La signature, passée relativement inaperçue en Tunisie, prend une autre dimension à la lecture des sources chinoises et de la presse spatiale internationale. Le contrat prévoit une solution complète fournie par la Chine : conception et fabrication du satellite, puis lancement et mise en orbite. Le satellite sera développé par la China Academy of Space Technology sur la plateforme DFH-3E, tandis que son lancement est prévu à bord d’une Longue Marche 3B depuis le centre spatial de Xichang.
La Chine franchit un cap commercial au Moyen-Orient
Arabsat-50 doit fournir des services en bande Ku pour les communications fixes et la diffusion audiovisuelle. Sa couverture s’étendra à l’Europe, au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord. Le satellite est notamment destiné à renforcer la continuité des services de télévision directe à domicile depuis la position orbitale de 26° Est, tout en offrant des capacités de secours à la flotte d’Arabsat.
L’importance du contrat dépasse donc le seul remplacement ou renforcement d’un satellite de la flotte Arabsat. Selon la communication chinoise, Arabsat-50 est le premier achat par l’organisation arabe d’un satellite de télécommunications chinois et constitue surtout le premier projet chinois d’exportation d’un satellite de télécommunications complet vers le marché moyen-oriental.
Pour Pékin, le contrat illustre la volonté de transformer son offre spatiale en produit d’exportation intégré. CGWIC, branche commerciale internationale de l’industrie spatiale chinoise, commercialise à la fois les satellites chinois et les services de lancement. La Chine a déjà livré des satellites de télécommunications à d’autres clients étrangers, notamment au Pakistan et à l’Algérie, mais le contrat Arabsat marque une nouvelle étape par son entrée sur le marché satellitaire moyen-oriental avec un opérateur régional majeur.
Pourquoi la signature a eu lieu à Tunis
La Tunisie n’est pas le client du satellite. Elle a toutefois servi de cadre à cette signature, organisée le 22 septembre dans le contexte du 50e anniversaire d’Arabsat et du 26e Festival arabe de la radio et de la télévision. La cérémonie s’est tenue en présence notamment de représentants diplomatiques arabes en Tunisie.
Ce choix donne à Tunis une visibilité particulière dans une opération qui rapproche deux acteurs majeurs des télécommunications spatiales : une organisation interarabe basée à Riyad et une entreprise chinoise chargée des exportations commerciales de l’industrie spatiale de Pékin.
Pour Arabsat, Arabsat-50 doit accompagner les besoins futurs en capacité Ku et améliorer la résilience de sa flotte. Pour la Chine, le contrat ouvre surtout une nouvelle référence commerciale sur le marché moyen-oriental. Et pour la Tunisie, la signature rappelle que ses rendez-vous internationaux peuvent aussi servir de cadre à des opérations industrielles et technologiques dépassant largement le seul marché tunisien.
Le président américain Donald Trump a accueilli en grandes pompes à la Maison Blanche, Xi Jinping, pour un sommet fastueux, riche en symboles mais pauvre en substance.
« Trump et Xi ont beaucoup parlé, mais ont obtenu peu de choses, à moins de considérer comme une percée majeure l’annonce par le président chinois de l’envoi de deux pandas géants au zoo d’Atlanta », ironise le magazine américain Foreign Policy, résumant ainsi l’impression laissée par le sommet sino-américain.
Rapports de force
Washington et Pékin ont certes décidé de prolonger leur trêve commerciale jusqu’au 10 janvier – sachant que les deux superpuissances avaient décidé en octobre 2025 de mettre fin à une surenchère de droits de douanes et de mesures commerciales restrictives, qui avait secoué toute l’économie mondiale -, mais l’accord semble davantage confirmer le rapport de forces actuel qu’ouvrir une nouvelle étape dans les relations entre les deux pays.
D’ailleurs, une partie de la presse américaine estime que Pékin serait même parvenu à imposer ses conditions à un Donald Trump affaibli sur deux fronts : à l’extérieur, par une guerre contre l’Iran qui s’enlise sans issue claire; et à l’intérieur, par une érosion sensible de sa cote de popularité, à quelques mois de midterms qui s’annoncent particulièrement périlleuses pour le président américain.
A part la décision de prolonger la trêve commerciale jusqu’au 10 janvier, les observateurs ne s’attendent guère au terme de cette visite à une percée sur les autres dossiers épineux, qu’il s’agisse de l’intelligence artificielle ou de l’accès aux terres rares chinoises. Pas davantage de coup d’éclat en perspective sur les sujets diplomatiques les plus sensibles, notamment le soutien militaire américain à Taïwan ou encore le rapprochement stratégique entre Pékin et Téhéran.
Faste protocolaire
Pourtant, lors de cette visite officielle de Xi Jinping aux États-Unis, du 23 au 25 septembre – la première visite du président chinois à la Maison Blanche depuis plus de dix ans et sa troisième rencontre avec Donald Trump depuis que ce dernier est revenu au pouvoir, deux autres pouvant suivre avant la fin de l’année, lors du sommet de l’APEC en Chine et du G20 en Floride -, rien n’a été épargné pour épater « l’empereur rouge » : accueil solennel sur le tarmac, militaires en grande tenue d’apparat, fanfare, fleurs et survol de bombardiers, dîner d’État, entretien privé autour d’un thé, visite des Archives nationales… Tout a été pensé pour soigner les apparences et marquer le caractère exceptionnel de la visite. Donald Trump espère sans doute reléguer un temps au second plan ses grandes difficultés politiques, tout en satisfaisant son goût du faste protocolaire.
En effet, jeudi 24 septembre, Xi Jinping a eu droit à toute la pompe d’une visite d’État. Une nouvelle cérémonie d’accueil militaire s’est tenue à la Maison Blanche, ponctuée de salves de canon et du survol spectaculaire d’un bombardier B-2, escorté par des chasseurs F-22 Raptor. Le président chinois a ensuite été convié à un dîner de gala réunissant quelques-unes des figures les plus influentes de la tech américaine, parmi lesquelles Sam Altman, patron d’OpenAI, Jensen Huang, dirigeant de Nvidia, et Elon Musk, à la tête de Tesla et SpaceX.
Et que dire du geste protocolaire rarissime : un président américain ne se déplace presque jamais pour accueillir un dirigeant étranger à l’aéroport, d’ordinaire, les chefs d’État étrangers en visite aux États-Unis sont accueillis sur le tarmac par des responsables d’un rang inférieur et ne rencontrent le président américain qu’à leur arrivée à la Maison Blanche. Mais Donald Trump l’a fait mercredi 23 septembre pour accueillir son homologue chinois à son arrivée sur le sol américain, bousculant les usages diplomatiques. Une attention particulière envers celui qu’il présente lui-même comme un dirigeant avec lequel il entretient des « affinités particulières » là où Xi Jinping aborde leur relation avec plus de pragmatisme.
D’ailleurs, n’est-il pas curieux de constater que le milliardaire républicain semble cultiver des « affinités particulières » avec les dirigeants « à poigne » tels le leader maximo nord-coréen Kim Jong-un ou encore Vladimir Poutine, le maître du Kremlin ?
Ces sujets qui fâchent
Toutefois, Pékin et Washington restent confrontés à de multiples sujets de friction. De l’Iran à Taïwan, revendiqué par la Chine mais soutenue militairement par les États-Unis, en passant par l’accès aux minerais stratégiques chinois et la course effrénée à la suprématie dans l’intelligence artificielle, les dossiers de confrontation ne manquent pas entre les deux puissances.
Mais c’est Taïwan qui est le principal sujet de discorde. Ainsi, lors d’un entretien bilatéral jeudi avec son homologue américain, Xi Jinping a exhorté les États-Unis à s’opposer à « l’indépendance de Taïwan ». En effet, la Chine revendique Taïwan, comme faisant partie intégrante de son territoire et n’exclut pas le recours à la force pour en prendre le contrôle.
Rappelons qu’en signe d’apaisement sur ce sujet épineux, Donald Trump avait déclaré après sa visite à Pékin au printemps qu’il suspendait une commande d’armes à Taïwan d’une valeur d’environ 14 milliards de dollars, une décision qui avait suscité l’inquiétude de Taipei, et même de certains républicains proches du président. Ce geste de bonne volonté de la part de Washington serait-il le reflet d’un rapport de force qui aurait basculé en faveur de l’Empire du Milieu ?
Le sommet entre Donald Trump et Xi Jinping à Washington s’est déroulé jeudi 24 septembre sous le signe d’une volonté affichée de stabiliser les relations sino-américaines. Les deux dirigeants ont évoqué le commerce, l’intelligence artificielle et les relations économiques bilatérales.
La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à la Maison-Blanche, jeudi 24 septembre, a confirmé la volonté des deux premières puissances économiques mondiales de maintenir un dialogue direct, malgré des divergences persistantes sur le commerce, les technologies, Taïwan et les conflits au Moyen-Orient.
À l’issue de leurs échanges, Xi Jinping a appelé Washington et Téhéran à régler leurs différends « le plus rapidement possible » par la négociation, selon des propos rapportés par l’agence Chine nouvelle. A noter au passage du reste que les États-Unis et l’Iran ont engagé des contacts diplomatiques après plusieurs mois de confrontation.
Le président chinois a également insisté sur la nécessité pour Washington et Pékin d’éviter toute confrontation, appelant les deux pays à « coexister en paix » et à maintenir un dialogue régulier entre leurs forces armées afin de renforcer les mécanismes de prévention des crises…
Les États-Unis et la Chine ont conclu en 2025, rappelons-le, une trêve commerciale dont la prolongation constitue l’un des principaux enjeux du sommet. Les discussions portent notamment sur les droits de douane, les exportations américaines vers la Chine, les produits agricoles et les matières premières stratégiques.
Le commerce reste au centre de la relation
Au-delà des dossiers géopolitiques, les intérêts économiques occupent une place centrale dans la relation entre Washington et Pékin. Les deux pays cherchent à éviter une nouvelle escalade tarifaire qui pourrait affecter les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Les discussions préparatoires ont notamment porté sur une possible réduction des droits de douane appliqués à certains produits, dont le gaz naturel liquéfié américain. Washington et Pékin ont également examiné un éventuel paquet de réductions tarifaires portant sur plusieurs dizaines de milliards de dollars d’échanges.
Le sommet n’a toutefois pas permis de régler les principaux différends structurels entre les deux économies. Il confirme surtout l’existence d’un canal de dialogue entre Washington et Pékin. Alors que les deux puissances cherchent à contenir les risques d’une nouvelle confrontation commerciale et stratégique.
Le dîner d’État organisé jeudi soir à la Maison-Blanche, en présence de plusieurs dirigeants des grandes entreprises américaines de la technologie et de la finance, a prolongé cette volonté d’afficher une relation plus stable. Derrière les gestes diplomatiques, les dossiers de Taïwan, de l’IA, du commerce et de l’Iran restent cependant ouverts.
L’IA, nouveau terrain de coopération et de rivalité
L’intelligence artificielle figure également parmi les dossiers abordés par les deux dirigeants. Washington et Pékin cherchent chacun à préserver leur avance dans les technologies de pointe, tout en maintenant des restrictions sur certains composants et équipements stratégiques.
Des discussions préparatoires avaient notamment porté sur la mise en place éventuelle d’un mécanisme de notification concernant les incidents liés à l’intelligence artificielle susceptibles d’avoir des conséquences sur la sécurité nationale.
Le sujet reste cependant marqué par une forte concurrence technologique. Les États-Unis continuent de limiter l’accès de la Chine à certaines technologies avancées, notamment les semi-conducteurs destinés aux applications d’IA. Tandis que Pékin cherche à renforcer ses propres capacités.
Par ailleurs, Xi Jinping a invité Washington à faire preuve de « prudence » sur la question de Taïwan. En effet, Pékin considère l’île comme faisant partie de son territoire. Tandis que les États-Unis entretiennent avec Taipei des relations étroites et lui fournissent des équipements destinés à sa défense, entre autres.
La question des ventes d’armes américaines à Taïwan demeure ainsi l’un des dossiers les plus sensibles de la relation sino-américaine. Elle s’ajoute aux tensions concernant les technologies, les exportations et la présence militaire américaine en Asie-Pacifique…
L’Iran, un dossier stratégique pour Pékin
L’appel de Xi à un règlement rapide du différend entre Washington et Téhéran revêt également une dimension économique. La Chine est le principal acheteur du pétrole iranien et demeure l’un de ses principaux partenaires commerciaux.
La guerre entre les États-Unis et l’Iran a par ailleurs contribué à perturber les marchés énergétiques et les routes commerciales, notamment autour du détroit d’Ormuz. Washington souhaite obtenir une issue au conflit; tandis que Pékin entend préserver ses relations économiques avec Téhéran.
Au-delà de l’essor impressionnant de la Chine actuelle, un pays dont il n’y a pas si longtemps on considérait comme un exploit d’avoir réussi à assurer à ses habitants le bol de riz quotidien, mais dont l’ambition affichée est désormais de contrôler l’économie mondiale et d’assurer sa suprématie incontestée en mer de Chine aux dépens de ses voisins, force est de constater que la question des minorités n’y est pas réglée, malgré l’unité affichée de la nation, du reste portée par un nationalisme ombrageux.
Naturellement le caractère insolite d’une telle réaction, en particulier le droit de censure autoproclamé sur les publications d’un modeste journal électronique dans un pays étranger, a suscité des recherches pour en comprendre les raisons. S’agissait-il d’un simple dérapage ou d’un acte délibéré ?
Concernant les accusations d’intervention dans les affaires intérieures d’un État souverain, elles étaient plutôt disproportionnées relativement à la modestie de la page électronique. Il semble que le sujet ait été jugé suffisamment sensible pour ne pas être ignoré.
Une histoire de conflits entre États et de guerres civiles
En évoquant Taiwan, c’est évidemment toute la légitimité territoriale de la Chine Populaire qui est remise en question, et pas parce qu’elle se dit communiste, ou bien parce que les sécessionnistes de l’île constituent une menace militaire pour le continent. Mais l’Histoire démontre que cette nation n’a pas toujours été politiquement unie, loin de là, et que les conflits entre États ou bien les guerres civiles y ont fait rage bien avant l’ère universelle (eU), d’une manière souvent cruelle.
L’un des exemples les plus marquants de l’âpreté des luttes pour le pouvoir est l’assassinat en 197 (eU) du général Dong Zhou, dont le corps obèse servit de combustible et se consuma pendant plusieurs jours comme une bougie après que ses assassins lui eurent allumé une mèche préalablement introduite dans son nombril.
La perception de la menace si elle existe viendrait donc peut-être d’un sentiment du caractère fragile et éphémère de l’État et de l’union territoriale.
Si, à l’époque contemporaine, une partie quelconque de la Chine, composée de Hans, c’est-à-dire de vrais Chinois, s’estime en droit de faire sécession, pour des raisons qui lui sont propres, que faudrait-il alors dire des minorités périphériques non chinoises dont les territoires constituent 2/3 de la surface actuelle du pays qui ne peuvent pas vivre libres sur les terres de leurs ancêtres comme le ferait n’importe quel peuple du monde ?
Cette question a conduit à revoir le rôle des minorités, 15% de l’ensemble actuel de la population, dans la genèse de la Chine.
Force est de constater que leur rôle y fut immense. Il faut d’abord réaliser que le berceau originel de l’État chinois basé sur l’agriculture et le commerce couvre environ 270 000 km2 (une fois et demi la Tunisie) sur le cours moyen du Fleuve Jaune, face à la steppe plus au nord, peuplée de pasteurs, de chasseurs et de nomades toujours enclins à attaquer et piller les territoires sédentaires. Mais l’État chinois assure sa pérennité en se dotant d’une organisation, avec une administration utilisant une écriture unifiée et dont les membres, les mandarins, sont recrutés sur le mérite et le savoir, et une idéologie, le confucianisme, pour qui l’harmonie qui règne dans le ciel n’a de correspondance sur terre que par l’autorité exercée par l’Empereur, le Fils du Ciel disposant de tous les pouvoirs.
L’État chinois survit et s’étend particulièrement vers l’Est, vers la mer, puis petit-à-petit vers le sud vers le fleuve Yangtsé recouvert de forêts et de tribus non sinisées qui finissent par adopter progressivement les normes de l’État pour s’y fondre. Mais au nord du Fleuve Jaune les Chinois, qu’ils demeurent fédérés dans le cadre d’un seul État, ou qu’ils subissent les aléas des guerres civiles qui les divisent, s’accordent pour chercher protection contre les maraudeurs de la steppe toujours à l’affut, qu’ils soient Turcs, Mongols, ou Mandchous, en construisant des hautes murailles. Ils ne cesseront de le faire durant 2700 ans jusqu’à l’érection de la Grande Muraille actuelle par les Ming qui d’ailleurs ne leur servira à rien. Et naturellement ils n’auront de cesse de diviser le monde de la steppe afin d’empêcher leurs adversaires de se constituer en États capables de conquérir leur territoire, et le cas échéant d’y porter la désolation par la guerre et la conquête.
Un État forgé par des conquérants étrangers
C’est ainsi que finit par se constituer dans les environs immédiats de la frontière avec la steppe et au contact de la Grande Muraille un glacis fait de tribus indépendantes mais culturellement assez sinisées avec qui les Chinois traitent pour se protéger contre les nomades de l’arrière-pays demeurés tels quels, de pures barbares aux yeux de leurs voisins parangons de la culture et de la civilisation.
Les Chinois qualifieront de barbares cuits ceux parmi eux qui leur paient tribut, et de barbares crus ceux qui ne le font pas. Il est à noter que la ville de Pékin n’est jusqu’au XIe siècle qu’une ville frontière au nord à la jonction de la Mongolie et de la Mandchourie dont seuls des conquérants étrangers, les Khitans puis les Mongols, feront leur capitale. Autrement dit, la capitale de la Chine actuelle se situe à l’origine sur un territoire étranger, et cela démontre déjà toute la complexité de la situation. D’autant plus complexe que les peuples nomades qui régulièrement envahissent la Chine après en avoir défait les armées n’ont de cesse de se siniser et leurs chefs qui ont chassé les empereurs de leur trône n’ont d’autre hâte que de se proclamer fils du ciel à leur place et de se substituer à eux sur le même trône dont ils les ont chassés, tout en gardant la même administration composée des mandarins chinois pour gouverner le pays.
En ce sens, ce sont les fils de Gengis Khan le Mongol qui finissent par unifier la Chine. La dynastie nationale chinoise des Ming qui leur succèdera trouvera un pays politiquement et territorialement unifié, tout comme leurs successeurs, les Mandchous, issus eux des steppes du Nord. Parmi les empereurs mandchous qui se comportent ainsi qu’on l’a dit comme de véritables Chinois, il faut citer Qianlong, ce précurseur de Mao , dont «la Prison des Lettres» fut un autodafé des livres critiques de sa dynastie, une véritable amnésie d’État instaurée par la terreur, qui servit sans doute de modèle à la Révolution Culturelle. Qianlong le Mandchou se révéla en fait l’un des véritables fondateurs de l’État chinois actuel, et paradoxalement il fut l’un des représentants les plus accomplis du chauvinisme Han, lui qui selon les normes chinoises n’était qu’un barbare. De 1750 à 1755 il fit exterminer le peuple Dzoungare bouddhiste qui s’était révolté contre l’occupation chinoise. Environ en 1795 il débuta la guerre contre les Miao, ces montagnards du Sud qui refusaient de se soumettre à l’autorité impériale, et son successeur l’acheva par le massacre de ce peuple dont les survivants appelés Hmongs se réfugièrent en masse au Vietnam.
Ce sont donc les Mandchous, des étrangers, qui imposèrent les normes chinoises aux populations qui ne l’étaient pas, qui écrasèrent dans le sang les révoltes des musulmans turcs ouïghours au XIXe siècle, et qui assurèrent l’unification territoriale du pays d’une manière souvent rien moins que pacifique en parachevant un processus d’expansion de 20 siècles entre le Gobi au nord, l’Himalaya au sud, et la chaîne du Pamir à l’Est.
Une unification linguistique, culturelle et idéologique
Cette unification politique n’aurait bien entendu pas été possible sans une autre, idéologique, constituée autour de l’écriture chinoise et de la langue parlée par les fonctionnaires lettrés de l’État, le mandarin, du Bouddhisme souvent combattu comme une foi étrangère mais finalement intégré, du néo-Taoïsme et du néo Confucianisme. Que cette idéologie ait abouti à une vision mécaniste d’un univers en perpétuel expansion et rétraction rappelant d’une manière étrange les théories les plus modernes de l’astrophysique, importe peu.
Le phénomène historique, c’est donc que les conquérants étrangers, la moitié du temps à la tête du pays du fait de leur supériorité militaire, se sont toujours pliés après leurs victoires aux normes de l’État chinois, seul légitime et auquel tout autre État de la Terre se doit selon eux de rendre hommage et d’accepter de payer le tribut.
Le conquérant étranger s’est ainsi mué la plupart du temps en représentant le plus chauvin de l’expansionnisme han. Cela n’a pas empêché en 1911 le grand soulèvement national contre les Mandchous, accusés par les Han de toutes les turpitudes dont leur pays a été la victime dans ses rapports avec les grandes puissances.
Chassés du pouvoir, les Mandchous furent partout en Chine pourchassés et massacrés. Paradoxalement ils avaient bien pris soin de ne pas se mêler à une population à laquelle ils avaient imposé des marques distinctives humiliantes comme le port de la natte et le rasage du crâne. Il faut reconnaître qu’à leur décharge ils n’imposaient pas à leurs filles les bandages serrés qui dès le plus jeune âge afin de satisfaire à une esthétique jugée érotique finissaient par leur briser les pieds. Mais les nationalistes Han réalisèrent que les minorités périphériques, dont les territoires couvraient les deux tiers de la surface du pays, ne s’estimaient liés par une quelconque allégeance que d’une manière personnelle envers les empereurs mandchous, et une fois ceux-là partis, ils n’étaient plus tenus par aucun devoir envers la nouvelle république.
Tenant compte de cette réalité, les nationalistes jouèrent donc de la carte de la nation constituée par plusieurs peuples unis fraternellement, en choisissant le drapeau à bandes horizontales multicolores, représentant chacune une minorité, celle du haut, la rouge, symbolisant évidemment la majorité Han.
Que le drapeau intégralement rouge ait été plus tard choisi peut donc donner lieu à plusieurs interprétations différentes, et pas nécessairement celle de la révolution communiste. Néanmoins, les Tibétains en profitèrent à l’avènement de la République pour s’affranchir de la tutelle chinoise. Leur indépendance ne durera qu’une cinquantaine d’années. D’autres minorités comme les Turcs musulmans de l’Ouest tentèrent de les imiter en 1933 et 1944, dans le Turkestan Oriental, mais les Soviétiques qui les soutenaient cessèrent de le faire en 1949 après la victoire finale des communistes chinois.
Pour en revenir au courroux de l’ambassade évoqué ci-haut, nous avons essayé d’en rechercher les raisons à travers une histoire il est vrai tumultueuse et une idéologie sans doute pas aussi fraternelle que l’internationalisme prolétarien. C’est au lecteur, en l’occurrence un barbare cru, qu’il revient de se faire sa propre opinion sur la question, derrière l’essor impressionnant d’un pays dont il n’y a pas si longtemps on considérait comme un exploit d’avoir réussi à assurer à ses habitants le bol de riz quotidien, mais dont l’ambition affichée est désormais de contrôler l’économie mondiale et d’assurer sa suprématie incontestée en mer de Chine aux dépens de ses voisins.
Néanmoins malgré une politique d’assimilation tout-azimut par l’ethnie dominante, la question des minorités semble loin d’avoir été réglée. Je le dis avec tout le détachement possible sans remettre en question le profond respect que je porte à ce pays et ses habitants.
* Médecin de libre pratique.
‘‘Histoire de la Chine : Des origines à la seconde révolution’’, de René Grousset, éditions Payot, Paris, 17 mars 2004, 360 pages.