L’Observatoire tunisien de l’eau a indiqué que la Tunisie a franchi une étape critique d’urgence hydrique, alors que les températures grimpent et que l’été atteint son pic, sur fond d’une augmentation des signalements concernant les problèmes d’approvisionnement en eau.
L’Observatoire a précisé que le mois de juillet écoulé a enregistré un nombre record de 608 signalements — le chiffre le plus élevé depuis le début de l’année —, reflétant l’aggravation récente des problèmes liés à l’eau. Le gouvernorat de Nabeul arrive en tête de liste avec 65 signalements, suivi de celui de Monastir (62) et de Mahdia (51).
Le gouvernorat de Sousse occupe la quatrième place avec 49 signalements, suivi de Sfax (42) et de Médenine (41).
La Société nationale d’exploitation et de distribution de eaux (Sonede) justifie ces coupures par les pannes qui surviennent dans son réseau en raison de la vétusté des équipements et des canalisations, dont certains remontent aux années 1980 et 1990.
Les déficits financiers cumulés par cette entreprise publique et sa mauvaise gouvernance chronique expliquent cette situation dont souffrent les citoyens dans pratiquement toutes les régions du pays.
Avec un mois d’août qui se profile plus chaud que d’habitude, en raison du réchauffement climatique, les citoyens ne sont pas au bout de leur peine. Jusqu’à quand va se poursuivre cette torture générale à laquelle sont soumis les Tunisiens du fait de l’incompétence et de l’inanité de leurs dirigeants ?
Plusieurs personnes condamnées ont participé à une opération de nettoyage d’une plage de l’île de Djerba, dans le cadre de l’exécution d’une peine alternative. Au moment où nos prisons sont pleines à craquer et où nos plages et nos rues sont jonchées de détritus, cette action mérite d’être poursuivie dans d’autres régions tunisiennes.
Mohamed Bakhouche, responsable du bureau de probation de Médenine, a expliqué ce dimanche 9 août 2026, lors de son intervention sur Diwan FM, que ce bureau a débuté ses activités effectives le 17 février 2021. Il compte quatre agents de probation et est placé sous la direction du juge d’application des peines.
M. Bakhouche a indiqué que la campagne de nettoyage de la plage à Djerba s’inscrit dans une démarche de réforme visant à éviter l’incarcération et à substituer à la peine de prison — lorsque la loi le permet — un travail d’intérêt général.
Le bureau de probation assure la mise en œuvre de ces décisions en orientant les condamnés, en fonction de leurs compétences et des besoins des établissements publics, vers des structures ou des sites définis en coordination avec les autorités compétentes, a explique M. Bakhouche, en précisant que les peines alternatives ne s’appliquent pas à toutes les condamnations, mais concernent des affaires spécifiques prévues par la loi, notamment les délits et les infractions mineurs.
L’ambassade des États-Unis à Tunis et le Bureau des affaires du Proche-Orient (Bureau de coordination de l’aide) ont lancé un appel à soumission de propositions pour une nouvelle initiative majeure visant à soutenir des investissements transparents privés dans le secteur tunisien des phosphates. L’initiative s’intitule «Sécurisation des chaînes d’approvisionnement américaines en minéraux critiques – Tunisie».
«Nous recherchons des organisations innovantes pour contribuer à renforcer les liens commerciaux et d’investissement, optimiser les normes techniques en aval et soutenir des chaînes d’approvisionnement mondiales résilientes et transparentes», souligne l’appel à propositions.
Le montant de l’unique subvention est de 1 000 000 à 1 536 511 US$ et la durée du projet est fixée entre 18 et 24 mois
Les organisations à but non lucratif, les entreprises à but lucratif, les universités et les instituts de recherche américains et internationaux de confiance, possédant une expertise dans le financement de projets, la diplomatie commerciale ou le développement minier, peuvent postuler à cette subvention.
La date limite pour s’informer est le 18 août 2026 et celle du dépôt de la candidature est le 2 septembre 2026 (23 h 59, heure de la côte Est des États-Unis)
Face aux contraintes budgétaires, à la rareté des devises et aux réticences affichées vis-à-vis de certains bailleurs de fonds internationaux, la Tunisie ne peut plus faire l’économie d’une réflexion stratégique sur son marché financier. La Bourse des valeurs mobilières de Tunis (BVMT) ne doit plus être abordée comme un club restreint pour investisseurs institutionnels, mais comme le véritable moteur de démocratisation du capital, de restructuration des entreprises publiques et de captation de l’épargne informelle.
Abdelwaheb Ben Moussa *
Le constat macroéconomique est d’une stricte lucidité : dans une économie dépendante de ses approvisionnements extérieurs (énergie, céréales, matières premières), la création monétaire non adossée à une création de valeur réelle ne fait que nourrir l’inflation. S’il est possible de créer des lignes de crédit en monnaie nationale, le pétrole et les produits de première nécessité s’acquièrent en devises.
Dès lors que le recours aux emprunts extérieurs classiques se heurte à des exigences de souveraineté et que le secteur bancaire local porte déjà un niveau élevé de risque d’État, vers quelle alternative se tourner ? La réponse réside dans la profondeur encore inexploitée du marché financier local.
Le fardeau budgétaire des entreprises publiques
La Tunisie compte plus d’une centaine d’entreprises publiques dont les déficits récurrents pèsent lourdement sur les équilibres des finances publiques. L’erreur d’analyse consisterait à poser le problème sous la forme d’un dilemme binaire : la cession sauvage du patrimoine ou le maintien d’un statu quo dépendant des transferts budgétaires.
Une troisième voie existe, largement éprouvée par de grands pays émergents : l’ouverture minoritaire du capital via la Bourse. Il s’agit :
– d’introduire progressivement sur la Bourse de Tunis des participations minoritaires dans des acteurs publics industriels et commerciaux ne signifie pas renoncer au contrôle de l’État. C’est, au contraire, lever des capitaux propres frais pour financer la modernisation et l’investissement sans alourdir la dette publique ;
– d’instaurer une discipline de gouvernance fondée sur le reporting financier transparent, l’audit indépendant et l’obligation de performance ;
– d’offrir un support d’investissement à l’épargne nationale, en permettant aux citoyens et aux institutionnels de devenir actionnaires du développement économique.
Cependant, l’introduction en bourse ne saurait constituer un remède miracle immédiat : elle ne remplace pas l’effort préalable d’assainissement des bilans. L’État doit jouer pleinement son rôle d’actionnaire stratège en restructurant la dette croisée avant toute cotation.
Capter l’informel par l’inclusion financière
L’autre gisement de croissance réside dans la masse monétaire qui échappe aux circuits bancaires officiels. Les liquidités circulant dans l’économie parallèle ne constituent pas seulement un manque à gagner fiscal : elles témoignent d’une défiance systémique vis-à-vis des canaux traditionnels.
Pour réintégrer ces flux dans le circuit formel, la contrainte réglementaire doit s’accompagner d’une incitation opérationnelle : la numérisation intégrale des paiements et le déploiement du mobile banking. En simplifiant l’accès aux services financiers digitaux pour les populations non bancarisées, l’État et le secteur financier peuvent reconstituer la liquidité globale nécessaire au financement du secteur privé.
La volatilité récente des indices boursiers ne fait que refléter les incertitudes de l’économie réelle. Pour transformer ces contraintes en leviers de reprise, les politiques publiques doivent s’aligner autour de priorités claires :
– une banque centrale veillant à la stabilité monétaire tout en favorisant la neutralité prudentielle ;
– un ministère des Finances orienté vers l’assainissement de l’actionnariat public et la rationalisation des charges ;
– un marché financier érigé en instrument privilégié de collecte de l’épargne et d’orientation des investissements.
La véritable souveraineté économique réside dans la capacité à maîtriser les outils financiers et à les mettre au service des priorités nationales. Il est temps de faire de la Bourse de Tunis un pilier central de la rénovation du modèle économique national.
À la demande pressante d’amis chers et de confrères dont le patriotisme commande le respect, il convient aujourd’hui — à contre-cœur et en me pinçant très fort le nez — de descendre dans l’arène. L’objectif est de dissiper le tissu de contes de fées et de contre-vérités crasses que le soi-disant Dr Abderrahmane Cherfouh a commis dans les colonnes de Kapitalis pour tenter de faire taire la critique et de délégitimer mes analyses sur les relations tuniso-algériennes. **
Elyes Kasri *
Ce texte de la plume indigeste du Dr Cherfouh ne relève ni de la réflexion ni du débat d’idées, mais d’une tentative de voltige informationnelle assez pathétique.
Accuser un diplomate tunisien de «diaboliser» l’Algérie parce qu’il dissèque les leviers d’influence d’un pays voisin est un procédé d’intimidation intellectuelle usé jusqu’à la corde.
Passer au scalpel les impostures de ce censeur d’opérette permet de trancher dans le vif d’une relation bilatérale que certains tentent de faire avaler sous perfusion sentimentale.
1- L’imposture morale : avant d’ausculter la souveraineté tunisienne, Dr Chelfouh, en mal de reconnaissance, devrait interroger son effroyable désertion morale.
Voilà un clinicien qui a choisi de s’installer confortablement au Canada, fuyant la misère politique et économique de son propre pays pour aller soigner les rhumes à Montréal.
En s’exilant pour son confort personnel, il a délibérément choisi de priver ses concitoyens de ses prétendus talents, foulant aux pieds le serment d’Hippocrate avec un cynisme consommé.
C’est depuis son exil doré, bien au chaud à des milliers de kilomètres, que Dr Cherfouh s’improvise général en chef du patriotisme maghrébin.
Son indignation sélective et sa sémantique, si lourdement calquée sur les communiqués de presse des officines de la Mouradia, trahissent sa véritable fonction : celle de prête-nom pour la propagande d’un régime militaire aux abois.
La plume du Dr Cherfouh n’est pas guidée par la fraternité, elle est simplement téléguidée. Le public tunisien refuse de recevoir des ordonnances géopolitiques d’un expatrié qui a troqué son stéthoscope contre les basses œuvres de la guerre psychologique régionale.
2- La nature prédatrice de la junte d’Alger : Dr Cherfouh tente de draper la junte d’Alger dans les vertus de la fraternité maghrébine. La réalité politique est une insulte à ce concept.
L’Algérie est gouvernée par une oligarchie militaire prédatrice, une gérontocratie de généraux à médailles qui maintient son propre peuple sous une chape de plomb d’un autre âge, étouffe l’expression populaire, embastille les journalistes au moindre mot et a totalement assassiné l’élan démocratique du Hirak.
Ce paternalisme de caserne, où un régime despotique, liberticide et corrompu se pique de donner des leçons de morale et de bon voisinage par l’intermédiaire du soi-disant Dr Chelfouh, est d’un comique absolu.
Au-delà de la farce rhétorique, il faut appeler les choses par leur nom : le régime militaire d’Alger s’est érigé en principale menace contre les aspirations démocratiques, de justice sociale et de progrès du peuple tunisien.
En exportant son modèle autocratique et liberticide par un chantage permanent, la Mouradia cherche activement à étouffer le pluralisme tunisien.
Ce pouvoir gérontocratique ne peut tolérer l’émergence d’une véritable démocratie moderne et progressiste à ses portes, de peur qu’elle ne serve d’exemple à une jeunesse algérienne opprimée.
Saboter le progrès institutionnel et social de la Tunisie est une stratégie de survie pour cette junte kleptocrate.
Un régime qui traite ses propres citoyens en sujets terrorisés n’a aucune légitimité pour venir dicter les frontières de la liberté d’expression ou des analyses diplomatiques en Tunisie.
Que ces messieurs les généraux balaient d’abord les cours de leurs propres prisons avant de vouloir régenter l’esprit critique tunisien.
De plus, de la «décennie noire» aux maquis du GSPC et d’Aqmi, Alger a toujours utilisé la porosité terroriste transfrontalière comme un bouton de pression politique pour forcer Tunis à l’alignement.
3- Le chantage au Transmed ou le paradoxe d’un cordon ombilical vital : l’arrogance d’Alger atteint son paroxysme lorsque, par la voix du Dr Cherfouh, elle présente le transit du gaz comme une «faveur» ou une obole charitable accordée à la Tunisie. C’est un contresens économique absolu.
Le régime algérien est en situation de faillite systémique sur tous les plans. Il ne survit artificiellement que grâce à la rente des hydrocarbures, dont une part majeure transite par le gazoduc Transmed via le sol tunisien pour alimenter l’Italie.
Le Transmed n’est pas une fleur faite à la Tunisie ; c’est le ballon d’oxygène vital de la Mouradia, la laisse énergétique sans laquelle le budget de l’État algérien s’effondrerait instantanément.
Et pourtant, par un renversement burlesque des réalités, Alger utilise ce tuyau indispensable à sa propre survie comme une arme de chantage pour vassaliser la Tunisie.
Ce piratage commercial s’appuie sur une spoliation tarifaire évidente :
1 – une redevance tunisienne dérisoire de 5,25 %. Pour 400 kilomètres d’infrastructures lourdes qui hypothèquent le territoire national, la Tunisie ne perçoit qu’une maigre redevance, un taux dérisoire bloqué par les menaces d’Alger depuis des décennies;
2- le modèle souverain du Maroc : à titre de comparaison, sur l’ancien gazoduc GME, le Maroc avait imposé un taux de 7 % à 10 % des volumes, assorti du transfert de la propriété intégrale des installations à l’État marocain après 25 ans.
Autant dire qu’à Alger, on sait compter quand il s’agit d’exploiter les voisins à vil prix, tout en se permettant de menacer de fermer les vannes à la moindre velléité d’indépendance diplomatique et d’expression des aspirations démocratiques de la Tunisie.
La diplomatie n’est pas une affaire de sensiblerie mémorielle ni de slogans lénifiants comme le «khawa-khawa» bon pour les naïfs.
La Tunisie n’a besoin ni de la protection étouffante ni des conseils d’un pays en faillite systémique qui ne produit rien d’autre que du ressentiment.
En analysant lucidement les risques de cette dépendance structurelle, les observateurs indépendants font leur strict devoir d’expertise et de patriotisme.
Les valets d’influence de la Mouradia, qu’ils écrivent masqués derrière la fausse identité du soi-disant Dr Cherfouh depuis son exil doré et pantouflard au Canada ou à découvert, doivent comprendre que la Tunisie n’est pas et ne sera jamais la 70e wilaya algérienne. Surtout qu’elle a toujours, tout au long de son histoire plusieurs fois millénaire, gouverné ce territoire voisin à partir de Carthage, Dougga, Kairouan, Mahdia et Tunis.
Le droit à la liberté d’opinion et d’analyse géopolitique restera libre, souverain et totalement imperméable aux intimidations des censeurs d’Alger ou d’ailleurs.
Un vieux proverbe tunisien dit :.ما دواء الفم الابخر كان السواك الحار
* Ancien ambassadeur.
** La rédaction : avec cette réponse, on clos ce débat qui ne saurait s’éterniser.
Les précédents éléments de ce débat tuniso-algérien sur Kapitalis :
En réaction à l’article de M. Abderrahmane Fékih intitulé «Tunisie-Algérie / aux origines d’un contentieux territorial» et à sa prise de position ravivant des griefs territoriaux et énergétiques relatifs aux relations algéro-tunisiennes, ce texte entend apporter un point de vue fondé sur la rigueur du droit international public (uti possidetis juris, Convention de bornage de 1970) ainsi que sur la réalité des enjeux techniques et économiques (gisement d’El Borma, partenariat gazier TransMed). L’objectif de cette contribution est de proposer une analyse objective et apaisée, démontrant que la solidité stratégique entre la Tunisie et l’Algérie repose sur des traités souverains incontestables et ne saurait être altérée par des récits d’amertume ou des tentatives de déstabilisation mémorielle.
Dr Abderrahmane Cherfouh *
Ceci dit, M. Fékih, je prends acte avec satisfaction de votre ton courtois et de votre attachement à la fraternité algéro-tunisienne, des sentiments que je partage du fond du cœur.
Cependant, la «vérité historique» que vous cherchez à me rappeler ne relève pas de faits oubliés, mais d’une grille de lecture anachronique. Rétablir la vérité, ce n’est pas déterrer des griefs éteints par le droit international ; c’est rappeler avec sérénité que la solidité de nos liens repose sur des traités souverains et des engagements que nos deux nations ont réellement choisis d’honorer.
Face à des récits qui risquent d’installer une défiance artificielle entre deux peuples frères, l’examen du droit, de la réalité du terrain et de nos accords bilatéraux le prouve : entre l’Algérie et la Tunisie, la solidarité stratégique n’est pas une illusion, mais un choix fondamental scellé par l’Histoire, basé sur le respect mutuel et le bon voisinage.
I. Le droit international et la souveraineté territoriale
Sur le plan du droit international, votre position repose sur une confusion majeure entre les différends franco-tunisiens de l’époque coloniale et les obligations d’un État algérien souverain ayant acquis son indépendance en 1962.
En qualifiant de «mauvaise foi» le refus de l’Algérie indépendante de céder des territoires délimités sous la colonisation, vous fermez les yeux sur une règle fondamentale du droit international public : le principe de l’uti possidetis juris («vous posséderez ce que vous possédiez»). Consacré en Afrique dès juillet 1964 par la Déclaration du Caire de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), ce principe veut que les nouveaux États accèdent à l’indépendance dans les frontières administratives héritées de la puissance coloniale.
Cette règle n’a pas été conçue pour avantager l’Algérie aux dépens de la Tunisie ou d’un autre pays, mais pour offrir un cadre clair, capable d’éviter les déchirements, la guerre, les luttes fratricides, le sang et le chaos sur le continent.
Remettre en cause les tracés hérités au nom de prétentions historiques antérieures ouvrirait une boîte de Pandore aux conséquences imprévisibles pour toute la région — qu’on pense aux découpages coloniaux ayant amputé l’Algérie à l’Ouest au profit de la Moulouya, ou aux dynamiques transfrontalières des populations touarègues au Sud.
C’est précisément pour prémunir le continent contre ces querelles sans fin que le droit international a tranché.
Dès son accession à la souveraineté le 5 juillet 1962, l’Algérie héritait donc légitimement de son territoire dans ses contours existants. Vouloir opposer un arrangement politique provisoire, discuté dans la douleur de la guerre de libération (comme les échanges entre Ferhat Abbas et Habib Bourguiba), à une norme internationale impérative constitue un anachronisme juridique.
La Tunisie souveraine du président Bourguiba l’avait d’ailleurs parfaitement compris. En signant la Convention de bornage du 6 janvier 1970, elle réglait définitivement, et dans un esprit de fraternité, la question des frontières communes. Parler aujourd’hui de «spoliation», c’est méconnaître le droit international, mais c’est aussi effacer la signature de l’État tunisien lui-même.
Par conséquent, vous tentez d’expliquer l’abandon des revendications tunisiennes par un soi-disant «rapport de forces» défavorable, suggérant que Habib Bourguiba aurait plié sous la contrainte face à une Algérie menaçante et mieux armée. Cette lecture simpliste fait injure à la mémoire et à la stature diplomatique du Combattant suprême.
Dans les années 1960, l’Algérie sortait à peine d’une guerre de libération éprouvante et se concentrait tout entière sur sa reconstruction. Elle n’a jamais menacé la Tunisie d’une quelconque intention belliqueuse. Habib Bourguiba, fin diplomate, intelligent et respecté sur la scène internationale, n’a pas cédé à la peur. Visionnaire, il a agi en homme d’État (voir mon article publié dans Kapitalis : «Israël-Palestine : Et si les Arabes et les Palestiniens avaient écouté Bourguiba en 1965 ?»). En adhérant à la Charte de l’OUA en 1964 et en signant la Convention de 1970, il a fait le choix de la raison, de la stabilité et de l’avenir du Maghreb. Réduire cette décision mûrie à une capitulation est une contrevérité qui altère la portée d’un engagement historique.
II. La réalité technique d’El Borma et les enjeux énergétiques
Vous allez plus loin dans le procès d’intention en réveillant la légende urbaine du «puits oblique» que l’Algérie aurait creusé pour «détourner le pétrole tunisien» à El Borma. Ce récit spectaculaire, très populaire sur les réseaux sociaux, ne résiste pas un instant à la réalité géologique.
Le gisement d’El Borma est un réservoir pétrolier continu qui s’étend de part et d’autre de la frontière. En matière d’hydrocarbures, l’exploitation d’une nappe commune suit les lois de la physique des fluides, pas des scénarios de piraterie industrielle. Loin des théories du complot, la gestion d’El Borma a toujours fait l’objet d’échanges techniques réguliers entre les compagnies nationales des deux pays (Sitep et Sonatrach) pour exploiter la ressource de manière rationnelle et respectueuse de la souveraineté de chacun. Transformer un enjeu technique classique en preuve d’«ingratitude» relève du raccourci politique et déforme la réalité de notre coopération. Les ingénieurs tunisiens ne sont pas si naïfs ni aussi dupes pour ne pas découvrir un soi-disant détournement de pétrole à El Borma.
En qualifiant l’attitude de l’Algérie d’«acte prédateur», vous vous éloignez de la rigueur historique pour privilégier l’émotion et les accusations personnelles. Si l’Algérie s’était comportée en «prédateur», comment expliquer des décennies de partenariat stratégique, le partage des retombées du gazoduc TransMed qui traverse le territoire tunisien vers l’Europe, ou les approvisionnements énergétiques d’urgence accordés lors des moments critiques ?
Il n’y a pas meilleure illustration que le dernier message daté du 4 août 2026 adressé par la Tunisie à l’Algérie : une lettre de remerciement de la Steg aux dirigeants de Sonelgaz pour son soutien décisif en approvisionnement électrique, signée par Fayçal Trifa, PDG de la STEG.
La vraie fraternité ne consiste pas à ignorer les divergences, mais à savoir les résoudre par le dialogue et le droit. Réduire plus de soixante ans de solidarité à une rhétorique de la prédation est une posture qui ne sert ni la vérité, ni les intérêts de nos deux peuples.
En demandant «un peu d’humilité» et en ramenant la coopération énergétique à une simple fatalité géographique, vous faites une erreur de lecture sur la diplomatie interétatique.
La sécurité énergétique et la solidarité régionale ne relèvent ni de la charité paternaliste, ni de la condescendance, mais d’un partenariat réfléchi. Le passage du gaz algérien par la Tunisie via le TransMed est un accord équilibré : il offre à la Tunisie des redevances précieuses et une énergie sécurisée, tout en assurant à l’Algérie un accès fiable au marché européen.
Rappeler ces faits n’a rien d’arrogant ; c’est un acte de clarté. L’arrogance consisterait plutôt à balayer d’un revers de la main des décennies d’accords et de solidarité concrète pour nourrir une méfiance artificielle et préfabriquée entre deux peuples voisins.
En ironisant sur les livraisons de gaz, vous confondez aussi soutien tarifaire et don budgétaire. Personne n’a jamais prétendu que l’Algérie versait une aide directe sans contrepartie. La réalité repose sur deux leviers bien réels : la redevance de transit perçue par la Tunisie sous forme de gaz, et des contrats d’approvisionnement à long terme conclus entre Sonatrach et la Steg.
Bénéficier de ces conditions n’a rien d’un mythe : c’est le résultat concret d’une alliance solide. Nier cette réalité sous prétexte qu’il ne s’agit pas de charité relève de la querelle de mots et d’un orgueil mal placé. Sans ces accords stratégiques, la facture énergétique pèserait bien plus lourdement sur les ménages et les finances publiques tunisiennes.
III. Dépasser le ressentiment et construire le Maghreb
Voici une autre perle de votre part : en appelant à «rendre à César ce qui appartient à César» tout en peignant l’État algérien sous les traits d’un voisin dominateur, vous montrez les limites de votre démarche, qui préfère l’amertume à l’examen des faits.
Que faudrait-il «rendre» alors que le droit international, la déclaration de l’OUA de 1964 et la Convention de 1970 ont fixé nos frontières de manière claire et définitive ? L’Algérie n’a rien confisqué à la Tunisie, ne lui a rien annexé ; elle a partagé avec elle les épreuves de l’Histoire et les exigences du voisinage.
En tout état de cause, les relations privilégiées entre la Tunisie et l’Algérie ne font pas que des heureux. Nombreux sont ceux qui voient d’un mauvais œil cette entente solide entre les deux États. Il faut porter un regard lucide sur ce phénomène récurrent : il existe des voix et des intérêts qui guettent le moindre grain de sable, la moindre tension diplomatique ou médiatique pour tenter de fragiliser les relations entre nos deux pays et les discréditer.
Ces entrepreneurs de la discorde exploitent chaque faille pour nourrir le ressentiment et affaiblir l’axe algéro-tunisien. Céder à la surenchère mémorielle, c’est offrir une victoire à ceux qui redoutent un Maghreb stable et uni.
La critique et le débat sont des droits fondamentaux. Chaque citoyen algérien ou tunisien a le droit de porter un regard exigeant sur l’axe Alger-Tunis, mais l’injure, la provocation, la haine et l’atteinte à la dignité sont à bannir et à dénoncer. La liberté d’expression trouve sa limite lorsqu’elle se transforme en insulte.
Réduire une alliance stratégique, essentielle à notre sécurité commune et à notre stabilité énergétique, à un procès d’intention est une erreur de perspective.
Les peuples tunisien et algérien sont unis par des liens fraternels trop anciens pour s’effriter face à des discours d’amertume. Ce que nous devons viser, ce n’est pas le réveil de vieilles querelles, mais une ambition partagée, fondée sur le respect mutuel, la vérité des faits et la souveraineté de nos nations.
Je n’ai jamais eu de goût prononcé pour les blockbusters ni pour les effets spéciaux numériques et mon intérêt pour le grand spectacle cinématographique remonte au “Spartacus” de Kubrick et à la “Cléopâtre” de Mankiewicz. Une passion indéfectible pour la mythologie antique m’a conduit toutefois à surmonter mon dégoût et à franchir, pour la première fois de ma vie, le seuil d’un multiplexe, pour regarder “L’Odyssée” de Christopher Nolan. Or, si je garde encore une forme de rejet de ces lieux sans âme du spectacle numérique, sentant l’argent et le popcorn, j’ai été frappé par la singularité du film.
Issam Marzouki *
Je m’attendais en effet à revoir un avatar du très médiocre “Gladiator 2” avec ses cynocéphales ridicules, moi qui ai eu la chance de voir à l’âge quatre ans le superbe “Ulysse” de Mario Camerini avec le grand Kirk Douglas, dans une petite salle de banlieue ; heureusement il n’en fut rien !
Je n’évoquerai ici ni la récente technologie de l’Imax 70 mm qui ne peut d’ailleurs être reproduite dans une majorité des salles de l’univers, ni le degré de fidélité du scénariste à l’œuvre d’Homère, sujet qui a fait les choux gras des médias et des réseaux sociaux en mettant à contribution des historiens, des philosophes et d’autres érudits ; je me contenterai de livrer, dans un certain désordre, deux ou trois impressions que j’ai gardées des quelque trois heures qu’a duré la projection.
Je commencerai par l’épisode du cheval de Troie, extrêmement développé dans le film, contrairement à la petite place qu’il occupe dans l’épopée d’Homère. Ce cheval de bois, que j’ai toujours imaginé comme un jouet géant debout sur ses pattes, ou ses roues, selon les versions, est curieusement présenté penché et à demi-enfoncé dans le sable de la plage. L’image, assez inattendue, n’est pas sans rappeler la séquence finale de “La Planète des Singes” de Franklin Schaffner (1968) où Charlton Heston découvre la statue de la Liberté, dans la même position que notre cheval, enfoncée dans le sable sur une plage perdue d’une planète qui s’avère être la Terre.
La transgression du code
Clin d’œil ou intertextualité ? Peut-être, mais à mes yeux une analogie existe bel et bien : ainsi présenté, tordu et plein de guerriers entassés, nageant dans leurs excréments, le cheval fonctionne comme une matrice morale du film.
Le péché d’Ulysse, cet homme d’«idées», est d’avoir transgressé, en imaginant le stratagème du cheval de Troie, la loi de Zeus qui impose la loyauté envers l’autre. Or, les Achéens ont ignoré cette loi en s’invitant traitreusement au cœur même de Troie dans l’intention de saccager cette ville. Et c’est Ulysse qui assumera cette culpabilité envers les Troyens, les victimes de son idée, mais aussi envers les Grecs qui ont directement, ou indirectement, trouvé la mort à cause de cette idée qu’il a eue de tromper les Troyens et en leur manquant de loyauté.
Le film, qui s’achève dans une hubris frénétique, avec la séquence du massacre des prétendants, réitère cette idée du châtiment obligé de ceux qui n’ont pas respecté la loi de l’hospitalité décrétée par Zeus.
On retrouve également la même idée dans l’épisode de Circée et dans la référence à l’origine même de la guerre de Troie, la trahison de Pâris qui enfreint les règles de l’hospitalité en séduisant Hélène, l’épouse de son hôte Ménélas.
Nolan construit ainsi son film autour du thème de la culpabilité en l’associant à celui de la guerre qui matérialise ainsi la transgression d’un code censé maintenir l’équilibre de la coexistence entre les peuples.
Les références à l’achèvement de l’âge de bronze sont explicites dans le film alors que celles aux conflits modernes se lisent en filigrane.
C’est ainsi que “L’Odyssée” de Nolan s’écarte des différentes adaptations antérieures de l’épopée d’Homère (Je pense en particulier à l’‘‘Ulysse” de Camerini, centré sur la figure héroïque du protagoniste incarné par Kirk Douglas ou à la mini-série télévisée “L’Odyssée” d’Andreï Kontchalovsky (1997) fonctionnant surtout comme un récit initiatique).
Un autre point qui m’a semblé particulier au traitement du mythe dans le film de Nolan réside dans la synthèse opérée entre l’épisode de Calypso et celui des mangeurs de lotos. On nous présente dans le film un Ulysse abandonné à la nymphe Calypso qui use du pouvoir anesthésiant des fleurs de lotos pour maintenir le héros dans une quasi-servitude dans laquelle ce dernier jouit d’une béatitude dénuée de souvenirs.
La confusion des deux épisodes de l’épopée me vexe en tant que Tunisien car l’île des mangeurs de lotos a toujours été identifiée à notre Djerba nationale. Cet oubli sacrifie néanmoins aux servitudes de l’écriture scénaristique qui impose des coupes, des résumés et toutes sortes d’altérations du texte littéraire en vue de le transformer en récit filmique.
C’est ainsi que deux autres détails importants dans l’épisode du cyclope ont été escamotés, résidant dans le double stratagème dont Ulysse use en vue de tromper le cyclope Polyphème : la découverte qu’il lui fait faire du vin qui va l’enivrer et l’endormir ainsi que le dialogue entre les deux au cours duquel Ulysse trompe Polyphème en lui annonçant qu’il se nomme «Personne»…
Une version rationaliste du mythe
Ces différentes manipulations du texte d’Homère semblent relever d’un souci de concentrer l’action sur l’idée centrale du film en la débarrassant d’un grand nombre de ramifications narratives susceptibles de diluer l’action.
En résumé, nous pouvons affirmer que Nolan a réussi à créer une œuvre travaillée et suffisamment subtile pour ne retenir du mythe originel que les seuls éléments susceptibles de servir le spectacle cinématographique -car “L’Odyssée” est un film très spectaculaire au sens premier du terme- et d’étoffer la portée morale du film : l’existence humaine est façonnée par une violence perpétuelle, dont la manifestation suprême est la guerre et dont l’une des implications obligée est une culpabilité éternelle de l’homme que ce dernier seul doit assumer.
Il n’est pas étonnant à cet égard que, contrairement à l’œuvre d’Homère, qui fait intervenir les Dieux à tout bout de champ, ces derniers sont quasiment absents du film de Nolan, exceptée la présence épisodique, et sans grande influence sur le destin d’Ulysse, d’Athéna dont l’identification originelle au personnage de Mentor est escamotée dans le scénario, ce qui semble prouver que Nolan a cherché à proposer une version rationaliste du mythe selon laquelle les hommes, et non les Dieux, sont responsables de leurs propres actes.
* Ecrivain et producteur radio d’émissions culturelles.
Né en 1906 à Cooldrinagh, en Irlande, Samuel Beckett est écrivain, dramaturge et poète. Il écrit en anglais et français.
Prix Nobel de littérature, en 1969. Le jour de l’annonce du prix, il était en vacances, incognito, à Hammamet, en Tunisie. Connu surtout pour son théâtre de l’absurde et son œuvre dramatique, pessimiste et non sans dérision, il semble, pourtant, avoir commencé par écrire de la poésie qu’il a publiée très jeune. Il laisse aujourd’hui trois recueils, Peste soit de l’horoscope ; Os d’écho et Poèmes Mirlitornades, paru très peu avant sa mort, en 1989, à Paris, et qui reprend des poèmes écrits vers la fin des années 1930 dont le poème choisi ici.
Tahar Bekri
bon bon il est un pays où l’oubli où pèse l’oubli doucement sur les mondes innommés là la tête on la tait la tête est muette et on sait non on ne sait rien le chant des bouches mortes meurt sur la grève il a fait le voyage il n’y a rien à pleurer
ma solitude je la connais allez je la connais mal j’ai le temps c’est ce que je me dis j’ai le temps mais quel temps os affamé le temps du chien du ciel pâlissant sans cesse mon grain de ciel du rayon qui grimpe ocellé tremblant des microns des années ténèbres
Vous voulez que j’aille d’A à B je ne peux pas je ne peux pas sortir je suis dans un pays sans traces oui oui c’est une belle chose que vous avez là une bien belle chose qu’est-ce que c’est ne me posez plus de questions spirale poussière d’instants qu’est-ce que c’est le même le calme l’amour la haine le calme le calme