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Tribune – Administration : automatiser plutôt qu’épurer

14. Juli 2026 um 17:41

Les mots du président de la République ont été d’une rare sévérité, appelant à « assainir l’administration des cellules qui sabotent le pays ». Si ce constat politique pose le diagnostic d’une machine administrative grippée par les résistances et les inefficacités chroniques, le traitement de ce mal exige de dépasser la simple réponse disciplinaire. Pour un ingénieur et un gestionnaire, le « sabotage » administratif n’est pas toujours le fait d’intentions malveillantes isolées ; il est le produit systémique d’une architecture managériale obsolète.

L’enjeu n’est plus seulement d’épurer, mais de reprogrammer. Cependant, cette reprogrammation logicielle de l’État se heurte à un verrou invisible mais redoutable : la barrière culturelle et psychologique du changement.

Le coût macroéconomique de la subjectivité bureaucratique

L’administration tunisienne souffre d’une pathologie lourde : la prépondérance du facteur humain discrétionnaire dans les processus décisionnels. Chaque guichet, chaque direction, chaque niveau hiérarchique superposé devient un goulot d’étranglement potentiel où la lenteur, l’erreur de jugement ou l’obstruction peuvent paralyser l’économie. Ce déficit d’efficacité a un coût direct sur nos indicateurs macroéconomiques, décourageant l’investissement et ralentissant l’exécution des projets nationaux.

L’approche classique consiste à chercher des coupables et à multiplier les contrôles administratifs. Or, la surrèglementation produit l’effet inverse : elle tétanise les fonctionnaires intègres, ralentit encore les circuits et offre des boucliers procéduraux à ceux qui souhaitent bloquer le système. Le véritable assainissement ne se fera pas par l’accumulation de verrous bureaucratiques, mais par leur suppression au profit d’une transparence algorithmique.

 

Le verrou culturel : la peur de perdre le statut d’expert

Pourquoi l’appareil administratif résiste-t-il si puissamment à sa propre modernisation ? C’est que le principal frein à l’intégration de nouveaux outils — qu’il s’agisse de plateformes interconnectées ou d’intelligence artificielle — n’est jamais technique. Il est culturel.

Dans nos structures publiques, la légitimité et l’autorité des cadres se sont historiquement construites sur la détention exclusive du secret de la procédure, du tampon et du formalisme. Introduire la transparence algorithmique, c’est bousculer cette position de force. Des experts chevronnés redoutent, consciemment ou non, de perdre leur statut de « sachant » face à des systèmes automatisés dont ils ne maîtrisent pas immédiatement les codes. Face à l’inconnu technique, le réflexe bureaucratique naturel est l’inertie sécuritaire.

C’est ici que réside le véritable défi du leadership public, résumé par cette formule managériale percutante : « Ayez le courage d’être nul dans quelque chose de nouveau. » Pour rompre avec le sabotage par l’inertie, l’administration doit accepter la vulnérabilité transitoire de sa propre courbe d’apprentissage. Le courage managérial consiste à instaurer un authentique droit à l’erreur et à accompagner les cadres dans cette phase inconfortable de rodage, indispensable pour passer d’un modèle d’obsolescence à un modèle d’excellence.

 

Appliquer les principes de la saine gestion : les piliers de la refonte

Pour moderniser durablement l’appareil d’État et le prémunir contre toute mauvaise gestion, la Tunisie doit imposer les standards de la gouvernance technologique moderne. Cette refonte repose sur deux piliers managériaux clairs :

  1. L’automatisation radicale des back-offices et le « Zéro Subjectivité » : La meilleure manière d’éliminer une « cellule administrative défaillante », c’est de supprimer le pouvoir discrétionnaire qu’elle exerce sur le citoyen ou l’entreprise. L’octroi de licences, les autorisations financières, les contrôles douaniers ou l’évaluation fiscale doivent être traduits en algorithmes et en processus automatisés. Là où le code informatique remplace l’arbitraire humain, le sabotage devient techniquement impossible.
  2. Le pilotage par la donnée (Data-Driven Governance) : Une administration moderne ne peut plus être gérée à l’aveugle ou selon des grilles d’évaluation purement subjectives. Les critères de performance (KPI) des structures publiques et de leurs dirigeants doivent être quantifiables, transparents et audités en temps réel. Le gaspillage de ressources et les erreurs de priorités budgétaires ne peuvent être corrigés que par une traçabilité totale des flux financiers et décisionnels.

Reclasser l’humain dans sa zone de haute valeur ajoutée

Il ne s’agit pas de promouvoir une vision technocratique déshumanisée, mais bien de restaurer la dignité de la fonction publique. En automatisant les tâches répétitives, bureaucratiques et sujettes à caution, l’État libère son capital humain — ce « Software » national dont nous soulignions récemment la valeur stratégique — pour le repositionner sur des missions de conception, d’analyse, de régulation et de stratégie.

L’assainissement par la technologie est le seul moyen de recréer un environnement de travail attractif pour les compétences tunisiennes intègres. C’est en offrant des outils de pointe et une culture du mérite que l’on redonnera de la fierté à nos cadres publics, tarissant ainsi à la source l’exode de nos talents les plus pointus.

 

Le choix de la rupture systémique

La Tunisie ne sortira pas de son impasse économique par la simple reconduction de ses vieilles méthodes de gestion, fussent-elles durcies par des vagues d’inspections. Le sabotage le plus insidieux et le plus coûteux pour nos finances publiques demeure celui de l’obsolescence. Nettoyer les structures est une étape de salubrité politique ; changer de système d’exploitation est un impératif de survie macroéconomique.

À l’heure des grands arbitrages, la modernisation technologique de l’appareil d’État n’est plus une option de confort budgétaire, mais le premier pilier de notre souveraineté nationale.

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Les analyses et propos contenus dans cette tribune n’engagent que l’auteur.

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La Tunisie honore un emprunt international de 700 M€

14. Juli 2026 um 12:35

La Tunisie s’apprête à honorer, mercredi 15 juillet 2026, le remboursement de son dernier grand eurobond de 700 millions d’euros (M€), marquant la clôture de cette importante dette contractée sur les marchés internationaux.

Il convient de noter que cet emprunt, contracté en 2019 sur les marchés financiers internationaux, représente l’une des échéances les plus significatives du calendrier financier tunisien de l’année, avec un coût total estimé à environ 2,3 milliards de dinars tunisiens, intérêts compris.

Cette opération marque la fin d’un cycle d’endettement direct auprès des marchés internationaux. Elle intervient dans un contexte où les autorités tunisiennes cherchent à réduire progressivement la vulnérabilité du pays face aux financements extérieurs, tout en préservant l’équilibre des finances publiques.

Un récent article publié par L’Economiste Maghrébin soulignait que l’eurobond de 700 millions d’euros émis au taux de 6,375 % constitue le principal rendez-vous de la dette extérieure en juillet 2026, avec un impact notable sur les réserves en devises et sur le service global de la dette.

Ce remboursement revêt aussi une dimension stratégique. Depuis plusieurs années, la Tunisie a fait le choix de limiter son recours aux émissions obligataires internationales, misant davantage sur des financements intérieurs et sur une gestion plus prudente de sa dette. Plusieurs analyses publiées en 2025 et 2026 rappellent que le pays a déjà remboursé plusieurs échéances majeures d’eurobonds sans recourir à de nouvelles émissions sur les marchés internationaux..

En somme, le remboursement de cet eurobond constitue un signal important : la Tunisie referme une page lourde de son endettement externe, tout en ouvrant une nouvelle phase où la discipline financière et la capacité à mobiliser des ressources durables resteront décisives.

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Révélations | Comment le Mossad a-t-il recruté Mahmoud Ahmadinejad ?

14. Juli 2026 um 10:35

C’est une bombe. Le New York Times a révélé ce lundi 13 juillet 2026 que l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad a été recruté par le Mossad ! Les Israéliens ont commencé à s’intéresser à lui quand ses relations se sont dégradées avec le défunt Guide suprême Ali Khamenei. Ahmadinejad a été empêché à trois reprises de se présenter de nouveau à l’élection présidentielle ce qui a nourri chez lui un profond ressentiment contre le régime et a forgé sa conviction que son retour au pouvoir ne pourrait avoir lieu qu’avec la chute de ce régime. 

Imed Bahri

Dans une enquête intitulée «Dans les coulisses de l’opération secrète d’Israël pour recruter Ahmadinejad» et menée par quatre journalistes Mark Mazzetti, Julian E. Barnes, Farnaz Fassihi et Ronen Bergman, le New York Times a révélé, lundi 13 juillet 2026, que l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad est assigné à résidence par les services de renseignement des Gardiens de la révolution après que les autorités iraniennes ont découvert ses contacts avec Israël. 

Selon le journal américain, Israël a mené pendant des années une opération secrète visant à recruter Ahmadinejad dans le but de l’installer à la tête de l’Iran après la chute du régime. L’enquête s’appuie sur des sources américaines, israéliennes et iraniennes connaissant les détails de l’opération.

Début 2024, un haut responsable du gouvernement hongrois de l’époque a demandé au professeur Gergely Deli, président de la Ludovika University of Public Service (Université Ludovica de l’administration publique) à Budapest, d’inviter Ahmadinejad à une conférence sur le changement climatique. Selon Deli, on lui a indiqué que cette conférence servirait en réalité de couverture à des discussions secrètes entre Ahmadinejad et des responsables des services de renseignement israéliens.

Malgré ses craintes de nuire à sa propre réputation et à celle de l’université, il accepta, estimant que si les deux parties étaient disposées à dialoguer, il fallait leur en donner l’occasion.

L’enquête rapporte que les gardes du corps d’Ahmadinejad ont déclaré qu’il avait réussi à disparaître au moins deux fois durant sa visite pour assister à de longues réunions. Interrogé, il affirma rencontrer des professeurs d’université. Lors de la conférence, Ahmadinejad prononça un discours en anglais, évoquant «l’humanité commune» et un «ordre mondial en mutation». Il surprit l’auditoire en ne commençant pas son discours par un verset du Coran. Comme il l’avait fait tout au long de sa présidence, il offrit même au recteur de l’université un exemplaire du ‘‘Livre des Rois’’ * du grand poète persan du Xe siècle Ferdowsi et reçut de sa main l’emblème de l’université.

La mue d’Ahmadinejad

Deli admet avoir servi d’intermédiaire pour faciliter des réunions secrètes. Selon des sources américaines, l’ancien chef du Mossad David Barnea s’était personnellement rendu à Budapest pour rencontrer Ahmadinejad. Le Mossad a ensuite informé la CIA qu’Israël avait financé ses frais d’hébergement et de voyage ces dernières années et que des responsables du renseignement israélien l’avaient rencontré à plusieurs reprises hors d’Iran. Selon l’enquête, Ahmadinejad, qui a été président de l’Iran de 2005 à 2013 et considéré à l’époque comme l’une des figures les plus importantes de la ligne dure –partisan du programme nucléaire iranien, appelant régulièrement à la destruction d’Israël– a progressivement modifié son image après avoir quitté ses fonctions.

L’enquête indique qu’Ahmadinejad a commencé à adoucir son discours anti-israélien, critiquant l’appareil sécuritaire et la corruption gouvernementale. Il a adopté une apparence plus occidentalisée, appris l’anglais, rencontré fréquemment des civils et s’est présenté comme un homme politique plus modéré. Selon l’un de ses anciens conseillers, Abdolreza Davari, la motivation d’Ahmadinejad n’était pas l’argent mais plutôt le désir de revenir au pouvoir. Un proche collaborateur a déclaré au journal qu’après avoir été disqualifié de la course présidentielle à trois reprises, Ahmadinejad avait conclu qu’il ne pouvait pas revenir au pouvoir tant que le régime en place resterait en fonction.

Renverser le régime

Selon la même source, Ahmadinejad craignait qu’en cas de guerre et de renversement du régime, les États-Unis et Israël choisissent d’installer un opposant exilé depuis l’étranger. C’est pourquoi il s’est présenté comme quelqu’un capable de diriger le pays de l’intérieur, à l’instar de Boris Eltsine en Russie au lendemain de la chute de l’URSS. La même source a affirmé qu’Ahmadinejad avait déclaré à ses conseillers que s’il dirigeait de nouveau l’Iran, le pays reconnaîtrait Israël et normaliserait ses relations avec ce pays dans le cadre des accords d’Abraham négociés par le président Donald Trump. 

Selon deux sources sécuritaires israéliennes, les services de renseignement israéliens ont suivi de près l’escalade des tensions entre Ahmadinejad et le Guide suprême Ali Khamenei, ainsi que de hauts responsables du régime, notamment après son inéligibilité répétée à la présidence. Parallèlement, selon des sources iraniennes, les services de renseignement des Gardiens de la révolution ont commencé à douter de sa loyauté bien avant ses contacts avec les Israéliens, précisément quand il a adressé des messages publics à Trump en 2017 puis au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

Visite au Guatemala

D’après l’enquête, les premiers contacts entre Ahmadinejad et Israël auraient eu lieu lors de sa visite au Guatemala en 2023, où il était invité à participer à une conférence sur l’environnement. Les autorités iraniennes ont tenté de l’empêcher de quitter le pays mais après qu’il se soit barricadé à l’aéroport pendant des heures et ait rendu l’incident public, il a finalement été autorisé à partir.

Selon l’enquête, l’opération a culminé fin février de cette année, au début du conflit israélo-iranien. Ce récit journalistique indique qu’une attaque israélienne a endommagé la résidence d’Ahmadinejad à Téhéran, précisément le bâtiment de sécurité et son véhicule blindé. Peu après, une Peugeot noire est arrivée sur les lieux, Ahmadinejad y est monté et a pris la fuite.

Des sources américaines et iraniennes ont affirmé que la voiture transportait des agents du Mossad qui l’ont conduit vers un lieu secret en Iran. Cependant, selon ces mêmes sources, Ahmadinejad aurait été déçu par l’opération de sauvetage et le plan visant à le réinstaller au pouvoir. Il a ensuite quitté les lieux dans des circonstances mystérieuses.

Suite à cela, il est allégué que les services de renseignement iraniens ont commencé à enquêter sur ses liens avec Israël et ont recueilli de nombreux renseignements sur ses activités. Selon quatre sources iraniennes de haut rang citées dans l’enquête, Ahmadinejad a été retrouvé et il est actuellement assigné à résidence par les services de renseignement des Gardiens de la révolution, après que les autorités ont rassemblé des preuves de ses contacts avec Israël.

Depuis son arrestation, il n’était pas apparu en public jusqu’à la semaine dernière, lorsqu’il a brièvement assisté aux funérailles du Guide suprême Ali Khamenei. Des vidéos de la cérémonie le montrent debout, la tête baissée, entouré de gardes du corps. Les anciens présidents iraniens Hassan Rouhani et Mohammad Khatami n’ont pas assisté aux obsèques. Le Mossad n’a pas répondu aux questions du NYT à ce sujet, de même qu’un porte-parole d’Ahmadinejad.

* Le Livre des Rois ou Shâhnâmeh est une épopée retraçant l’histoire de l’Iran depuis la création du monde jusqu’à l’arrivée de l’Islam.

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Amel Bedoui explore la mémoire des femmes et les blessures de la filiation

14. Juli 2026 um 08:25

Un retour à Tunis, une mère entre la vie et la mort, une femme confrontée à son propre passé. Avec ‘‘En instance de deuil’’, son deuxième livre publié aux éditions Manchourat Ibn Al Arabi en avril 2026, Amel Bedoui signe un roman intime où le deuil devient le point de départ d’une quête de soi. La psychiatre et écrivaine tunisienne y interroge la mémoire familiale, le corps féminin et ces blessures silencieuses qui traversent les générations.

Djamal Guettala

Ines revient à Tunis pour accompagner sa mère Leïla, hospitalisée et plongée dans le coma. Elle croit retrouver une histoire familiale qu’elle connaît déjà, mais ce retour aux sources va bouleverser ses certitudes. Derrière les souvenirs, les silences et les non-dits, elle découvre une autre réalité : elle doit affronter sa propre histoire.

Médecin installée à Montréal, Ines appartient à une génération de Tunisiens de la diaspora qui vivent entre plusieurs appartenances. Son retour n’est pas seulement un voyage géographique. Il est une confrontation avec un passé qu’elle avait tenté de tenir à distance.

À travers ce personnage, Amel Bedoui raconte une expérience largement partagée : celle de ceux qui partent sans jamais totalement quitter leur pays d’origine, de ceux qui construisent une nouvelle vie tout en restant liés à une mémoire familiale.

Le corps féminin au cœur du récit

L’originalité d’‘‘En instance de deuil’’ réside dans la place centrale accordée au corps des femmes. Chez Amel Bedoui, le corps devient un lieu de mémoire, un espace où s’inscrivent les expériences, les blessures et les silences.

La romancière aborde des sujets longtemps restés difficiles à nommer : les tabous autour du corps féminin, les violences invisibles, les rapports complexes à l’intimité, mais aussi les traumatismes transmis d’une génération à l’autre.

Loin d’une approche provocatrice, l’autrice adopte un regard profondément humain. Elle donne une voix à des douleurs souvent enfermées dans la sphère privée et montre comment certaines blessures individuelles sont aussi le reflet de réalités sociales plus larges.

Le corps n’est donc pas seulement un objet de souffrance. Il devient aussi un espace de résistance et de reconquête de soi.

Le roman porte un titre associé à la perte, mais son véritable sujet est la transformation. La disparition possible de la mère oblige Ines à regarder sa propre vie autrement.

Comment aimer sa famille sans s’effacer ? Comment rester fidèle à ses origines sans renoncer à ses propres choix ? Ce sont les questions qui traversent le parcours de l’héroïne.

Ines n’est pas une figure idéale. Elle doute, elle se protège, elle porte ses contradictions. Cette complexité donne au personnage toute sa force. Amel Bedoui refuse les portraits simplifiés : son héroïne est une femme avec ses fragilités, ses blessures et ses tentatives de reconstruction.

Le roman raconte ainsi une émancipation progressive. Choisir sa propre trajectoire ne signifie pas abandonner les siens. C’est accepter de vivre pleinement sans rester prisonnier des attentes héritées.

Une famille racontée par plusieurs voix

La construction du récit repose sur une pluralité de voix. Autour d’Ines apparaissent Selim, son ancien amour, Doussa, son amie, ainsi que Tata Leïla et Tante Warda.

Cette narration multiple permet de dépasser le simple récit individuel. Le deuil devient une expérience familiale, liée aux histoires transmises, aux secrets gardés et aux blessures jamais totalement refermées.

Chaque personnage apporte un éclairage différent. Amel Bedoui ne cherche pas à désigner des responsables, mais à comprendre la complexité des relations humaines.

Les personnages féminins occupent une place essentielle. À travers elles se dessinent différentes façons de résister, de survivre et de chercher une forme de liberté.

Le regard de psychiatre d’Amel Bedoui imprègne son écriture. Elle observe avec précision les émotions enfouies, les mécanismes de défense et les fragilités intérieures.

Mais ‘‘En instance de deuil’’ n’est jamais une démonstration psychologique. La romancière privilégie la littérature, les silences, les souvenirs fragmentés et les détails du quotidien.

Son style, à la fois sobre et précis, évite le pathos. L’émotion naît des situations elles-mêmes, de ce qui est dit mais aussi de ce qui demeure caché.

Entre Tunis et Montréal, une quête d’équilibre

À travers Ines, Amel Bedoui explore également la question de l’exil intérieur.

Entre Tunis et Montréal, entre passé et avenir, l’héroïne cherche non pas à choisir un territoire contre un autre, mais à accepter toutes les dimensions de son identité.

Le roman rappelle qu’un départ n’est pas forcément un abandon et qu’aimer ses origines n’empêche pas de construire son propre chemin.

Avec ‘‘En instance de deuil’’, Amel Bedoui confirme une voix singulière dans la littérature tunisienne contemporaine. Elle choisit l’intime pour parler du collectif, l’histoire d’une femme pour questionner la mémoire des familles et la place des femmes dans la société.

C’est un roman sur la perte, mais surtout sur la capacité à renaître après les blessures.

Une histoire où une femme cesse progressivement de porter uniquement l’héritage des autres pour commencer enfin à écrire le sien.

Amel Bedoui est née en 1981 au Maroc. Psychiatre franco-tunisienne exerçant à Paris, elle est également musicienne et passionnée de littérature (arabe et française). ‘‘En instance de deuil’’ est son deuxième roman après ‘‘Sonate d’une âme perdue’’.

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Le pétrole repart à la hausse, le Brent dépasse les 85 dollars le baril

14. Juli 2026 um 08:11

Les prix du pétrole ont augmenté ce matin du 14 juillet 2026 après que Donald Trump a annoncé son intention d’imposer des frais de transit dans le détroit d’Ormuz, à hauteur de 20 % sur toutes les marchandises transportées.

Le blocus des ports iraniens a également repris. Cela a suscité des inquiétudes quant à d’éventuelles perturbations des approvisionnements mondiaux en brut.

 

Lire aussi : Détroit d’Ormuz : Trump propose une sécurité américaine… payante

 

Washington rejette les droits iraniens

Les États-Unis ont rejeté les projets iraniens de percevoir des droits sur les navires transitant par le détroit, jugés illégaux en vertu du droit international. Mais plutôt que d’appeler au retour du détroit à son statut d’avant-guerre, en tant que voie d’eau internationale sans droits, Trump a affirmé que les navires commerciaux tentant le transit doivent désormais verser de l’argent de protection aux États-Unis.

L’Organisation maritime internationale des Nations unies (OMI), qui régule le transport maritime, a déclaré qu’elle s’oppose fermement à la perception de frais pour le passage par les détroits utilisés pour la navigation internationale. Il n’existe effectivement aucun fondement juridique permettant d’introduire des droits obligatoires pour le simple transit par un détroit.

 

Lire également : L’OMI rejette les revendications de l’Iran sur le détroit d’Ormuz

 

Les marchés réagissent

En réaction, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, pour livraison en septembre, a grimpé à 84,84 dollars, prolongeant ses gains après avoir bondi de 9,6 % lors de la séance précédente. A la rédaction de ces lignes, il a même dépassé les 85 dollars. La possibilité que le régime iranien se retire du mémorandum d’accord jusqu’après les élections de mi-mandat aux États-Unis a également augmenté, un scénario qui verrait très probablement des prix du pétrole plus élevés plus longtemps.

Ce qui se passe n’est pas une bonne nouvelle pour nos finances publiques. L’impact est direct puisque l’Etat a choisi d’absorber le choc de prix en gardant les prix à la pompe stables d’une part, et en préservant le prix de l’électricité. Ce n’est pas rien, surtout avec cette canicule qui coïncide avec le pic de la consommation. Certes, il y aura des arbitrages à faire et c’est certainement l’investissement public qui en paiera la facture en premier lieu. Pour les entreprises, elles seront certainement rattrapées par l’inflation importée et par les coûts de transport qui ont flambé.

L’économie mondiale a besoin de voir ce conflit prendre fin, car, autrement, il ne faut pas s’offusquer de voir le FMI procéder à une nouvelle révision à la baisse de ses perspectives de croissance en octobre prochain.

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Le Centre des Arts de Djerba | Fadhel Jaziri et l’épreuve de la mémoire

14. Juli 2026 um 07:27

Une visite qui serre le cœur : un an après la disparition de Fadhel Jaziri, nous avons voulu revenir au Centre des Arts de Djerba. Non par curiosité, mais par devoir de mémoire. Car certains lieux ne sont pas de simples bâtiments : ils sont les témoins d’une aventure humaine, intellectuelle et artistique. Ils incarnent une vision, une volonté, une espérance. (Photo : Centre des Arts de Djerba, situé entre Guellala et Sedouikech au sud-est de l’île, avec des espaces couverts de 7000 m2).

Abdelhamid Larguèche *

En parcourant aujourd’hui ce vaste ensemble, le silence s’impose. Les espaces conçus pour accueillir les artistes, les spectacles, les résidences de création et les rencontres internationales semblent suspendus dans une attente interminable. Le visiteur ne peut s’empêcher d’éprouver une profonde émotion devant ce qui apparaît comme une œuvre inachevée, ou plus exactement une œuvre privée de vie.

Cette visite est d’abord un hommage. Un hommage à celui qui rêva ce lieu pendant des années et qui ne put véritablement le voir vivre.

L’ultime rêve d’un créateur

Fadhel Jaziri n’était pas seulement un metteur en scène de génie. Il appartenait à cette génération de créateurs qui considéraient la culture comme une responsabilité nationale.

Ses spectacles ont profondément renouvelé le théâtre tunisien, ouvert des chemins nouveaux entre patrimoine et modernité, entre mémoire populaire et création contemporaine. Son œuvre a toujours dépassé la scène : elle portait une réflexion sur l’identité tunisienne, sur la liberté de création et sur la place de l’art dans la cité.

Le Centre des Arts de Djerba fut probablement son projet le plus ambitieux. Il y investit des années de travail, d’énergie, de persuasion et d’engagement personnel. Ce centre est le fruit de sa sueur, de ses combats et de son obstination. Il ne cherchait pas à ériger un monument à sa propre gloire, mais à offrir à la Tunisie un équipement culturel capable de dialoguer avec les plus grandes institutions artistiques de la Méditerranée.

Conférence de presse de Fadhel Jaziri, le 26 octobre 2022, à la Cité de la culture de Tunis, pour présenter son projet de Centre des Arts de Djerba.

Quand le rêve rencontre les controverses

Mais les grandes ambitions rencontrent souvent les grandes résistances. Avant même son ouverture, le Centre des Arts se trouva au cœur de controverses liées notamment à son implantation dans un périmètre relevant du bien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Des associations de la société civile exprimèrent leurs inquiétudes et engagèrent diverses actions, tandis que plusieurs procédures furent ouvertes.

Il n’appartient pas ici de revenir sur le fond de ces différends, qui relèvent des juridictions compétentes et des autorités concernées.
En revanche, nul ne peut ignorer le coût humain de cette longue période d’incertitude. Celui qui avait consacré une partie de sa vie à construire ce projet dut aussi consacrer une énergie considérable à le défendre.

L’histoire culturelle est souvent faite de ces paradoxes : les créateurs doivent parfois lutter davantage contre les obstacles administratifs que contre les difficultés de la création elle-même.

Après la disparition de l’homme, le silence des institutions

La disparition de Fadhel Jaziri aurait pu ouvrir un temps de rassemblement autour de son héritage. On pouvait espérer que son Centre devienne un lieu vivant, habité par les artistes, les chercheurs, les étudiants et le public. Un lieu où l’on poursuivrait son œuvre en lui donnant une dimension collective.

Force est pourtant de constater qu’un sentiment d’abandon s’installe. Un équipement culturel ne se résume pas à une architecture, aussi remarquable soit-elle. Sans programmation, sans gouvernance, sans moyens humains et financiers, un centre d’art cesse progressivement d’être un lieu de création pour devenir un simple bâtiment.
L’abandon est rarement spectaculaire. Il commence par quelques portes closes, quelques activités annulées, quelques budgets différés. Puis viennent le silence, le vieillissement des équipements et, finalement, l’oubli.

Le cas du Centre des Arts de Djerba dépasse largement le destin d’un établissement. Il pose une question fondamentale : quelle place la Tunisie accorde-t-elle à la culture ?

Depuis plusieurs décennies, notre pays inaugure des institutions culturelles avec enthousiasme, puis peine à assurer leur fonctionnement durable. Les annonces sont nombreuses ; les politiques publiques de long terme beaucoup moins. Or la culture ne peut vivre au rythme des seules cérémonies d’inauguration. Elle exige une vision, une continuité administrative, des financements stables et une volonté politique qui dépasse les alternances gouvernementales. Faute de cela, les bâtiments deviennent les monuments silencieux de promesses inachevées.

Fadhel Jaziri présentant son projet à l’ancienne cheffe de gouvernement Najla Bouden, le 23 juin 2023, en présence de la ministre des Affaires culturelles Hayet Ketat Guermazi.

Préserver un héritage national

Le Centre des Arts de Djerba n’appartient plus uniquement à son fondateur. Il appartient désormais à la mémoire culturelle de la Tunisie. Le faire vivre constituerait le plus bel hommage que la nation puisse rendre à Fadhel Jaziri. Ce serait reconnaître que les grandes œuvres ne meurent pas avec ceux qui les ont imaginées.

À l’inverse, laisser ce lieu s’enfoncer dans l’inactivité reviendrait à perdre bien davantage qu’un investissement matériel. Ce serait renoncer à une certaine idée de la culture comme bien commun.

L’avenir du Centre des Arts de Djerba concerne les pouvoirs publics, les collectivités locales, les institutions culturelles, les artistes et la société civile.

Il est encore temps d’imaginer une gouvernance renouvelée, respectueuse à la fois des exigences de protection du patrimoine mondial, des impératifs juridiques et de la vocation artistique du lieu. Il est encore temps de transformer une controverse en réussite collective. Car un pays se juge aussi à la manière dont il traite les œuvres de ses créateurs après leur disparition.

Pour que le silence ne soit pas le dernier mot

En quittant le Centre des Arts, une pensée s’impose. Les pierres attendent. Elles attendent les artistes, les étudiants, les musiciens, les metteurs en scène, les visiteurs. Elles attendent que l’intelligence, la beauté et la création reprennent possession de ces espaces.
Un an après la disparition de Fadhel Jaziri, il ne suffit plus d’évoquer son souvenir dans les discours commémoratifs. Le véritable hommage consiste à sauver son dernier grand rêve.

Laisser ce lieu s’éteindre serait une défaite pour la culture tunisienne. Le faire revivre serait, au contraire, une victoire de la mémoire sur l’oubli, de la création sur l’indifférence et de l’avenir sur le renoncement.

* Professeur émérite d’histoire, Conseiller en patrimoine. Ancien membre du Comité du Patrimoine Mondial à l’Unesco.

Un théâtre de plein air de 3000 places face à la mer.

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